Au-delà du 8 mars : mobilisation du mouvement féministe contre l’impuissance - Gauche anticapitaliste

Au-delà du 8 mars : mobilisation du mouvement féministe contre l’impuissance - Gauche anticapitaliste
Au-delà du 8 mars : mobilisation du mouvement féministe contre l’impuissance
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Féministes anticapitalistes
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21/03/2026
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Communiqués
,
Féminisme
Les mobilisations du 8 mars 2026 ont été multiples et dans l’ensemble assez bien suivies, malgré le déplorable reflux de la grève féministe (voir notre
retour des différentes actions
). Le mouvement féministe belge se trouve maintenant au défi d’effectuer un saut qualitatif, pour pérenniser cette dynamique tout au long de l’année, et construire des convergence avec le reste du mouvement social, a fortiori les luttes contre l’Arizona.
Ce 8 mars s’inscrivait dans un contexte politique particulièrement inquiétant. À l’échelle internationale, la progression de forces autoritaires et réactionnaires s’accompagne presque partout d’attaques frontales contre les droits des femmes et des minorités de genre. Les campagnes dites « anti-genre », les offensives contre les droits reproductifst ou encore la banalisation de discours masculinistes ne sont pas des phénomènes isolés : elles constituent aujourd’hui un pilier central de la stratégie des droites et de l’extrême droite pour réorganiser la société sur des bases autoritaires.
En Belgique, ces dynamiques se traduisent par l’offensive antisociale et autoritaire menée par le gouvernement Arizona. Les politiques d’austérité, les attaques contre la sécurité sociale, la précarisation du travail ou encore les restrictions budgétaires dans les services publics et le secteur non-marchand frappent particulièrement les femmes, qui y travaillent massivement et qui assument encore l’essentiel du travail reproductif. Pourtant, malgré cette réalité, la riposte féministe reste aujourd’hui limitée. Si la manifestation du 8 mars a rassemblé plusieurs milliers de personnes dans les rues de Bruxelles, les dynamiques de mobilisation restent fragiles et trop peu de secteurs féminisés se mettent réellement en mouvement.
La nécessité d’un véritable plan d’actions syndicales et féministes contre l’Arizona
Cette situation renvoie également aux difficultés du mouvement syndical à construire une réponse à la hauteur du rouleau compresseur néolibéral. Alors que les attaques du gouvernement touchent directement les conditions de vie et de travail de millions de personnes, l’articulation entre luttes féministes et plan d’action syndical demeure largement insuffisante. La grève féministe reste pour l’instant un mot d’ordre symbolique, faute d’un véritable investissement des organisations syndicales pour en faire un outil concret de mobilisation, avec des préavis permettant aux travailleuses de se mettre massivement en grève.
Les directions syndicales et le monde associatif continuent par ailleurs à réclamer une “véritable concertation”, pourtant explicitement enterrée par l’Arizona. Or, la négociation et le plaidoyer ne nous seront d’aucun recours face à un gouvernement déterminé à mettre la classe travailleuse à la solde des besoins du capital. Au contraire, réclamer à cor et à cri la discussion avec nos fossoyeurs ne fait que leur laisser le champ libre pour poursuivre le bain de sang. Attendre 2029 dans l’espoir d’une coalition plus sensible aux enjeux féministes est une autre illusion dangereuse : d’une part parce que les dégâts occasionnés par l’Arizona ne seront pas facilement réparés (songeons seulement aux propos de Paul Magnette indiquant qu’il ne reviendra pas sur la réforme du chômage si le PS revient au pouvoir), d’autre part parce que la
Vivaldi nous a largement montré ce que nous pouvions attendre d’un gouvernement « féministe »
(entre autres choses : attaque contre les crédits-temps, statut quo sur l’avortement, blocage des salaires).
Pourtant, cette relative passivité ne reflète pas un manque de combativité dans les secteurs concernés. Certaines dynamiques montrent au contraire qu’une volonté de se mobiliser existe bel et bien, notamment dans des secteurs fortement féminisés. Le retour du collectif Santé en lutte en 2025 en est un exemple encourageant. Ce réseau de soignant·es et de patient·es, qui avait pratiquement cessé d’exister pendant plusieurs années, s’est réactivé face à l’effondrement progressif du système de santé. Très actif ces derniers mois, il contribue à redonner une perspective de mobilisation dans un secteur central du non-marchand, largement féminisé et particulièrement touché par les politiques d’austérité.
Dans ce contexte, la grève et la manifestation nationale du 12 mars ont constitué une étape importante pour construire un rapport de force face au gouvernement, et la mobilisation de plus de 100 000 personnes a montré que malgré les errements du plan d’actions syndicales, la colère était intacte. Mais pour que ces mobilisations puissent réellement peser, il faudra dépasser les limites de la stratégie syndicale actuelle. C’est dans la rue, sur les lieux de travail et par la construction d’un rapport de force durable que ces politiques pourront être mises en échec. Cela suppose de se doter d’un véritable plan d’actions, capable d’articuler mobilisations sectorielles et interprofessionnelles et de construire l’unité la plus large entre syndicats et mouvements sociaux.
La stratégie actuelle, qui consiste trop souvent à empiler des journées d’action sans perspectives claires, risque au contraire d’alimenter le découragement et la fatigue parmi celles et ceux qui se mobilisent. La relative démobilisation observée dans certaines actions de ce début d’année illustre ce danger, alors même que les mobilisations de la fin de l’année 2025 avaient montré qu’une combativité importante existait encore dans de nombreux secteurs.
Les nombreux défis pour le mouvement féministe
Dans ce contexte, la grève féministe conserve une importance stratégique. Elle permet de rendre visible le rôle central du travail des femmes dans le fonctionnement de la société, qu’il soit salarié ou gratuit, et de relier les luttes contre les violences sexistes, la précarité économique, les politiques migratoires racistes ou encore la destruction des services publics. Dans une période marquée par l’offensive des droites et de l’extrême droite, cet outil reste un levier essentiel pour construire un rapport de force réel.
Le mouvement féministe ne peut cependant pas se limiter à une mobilisation annuelle ou à une présence institutionnelle dans le débat public. Face aux attaques actuelles, il devra se renforcer comme mouvement social ancré dans les luttes, capable de s’organiser dans les lieux de travail, les universités, les quartiers et les associations, et de peser concrètement sur les mobilisations sociales en cours.
Cette bataille ne peut être menée qu’en assumant pleinement une perspective internationaliste. Partout dans le monde, des femmes et des minorités de genre sont en première ligne dans les luttes contre les régimes autoritaires, les guerres et les politiques réactionnaires. Des militantes en Iran qui affrontent le régime sanguinaire des mollahs et font face à l’impérialisme israélo-étatsunien, aux femmes ukrainiennes confrontées à l’invasion russe, en passant par les féministes palestiniennes qui résistent à l’oppression coloniale, ces combats rappellent que les luttes féministes dépassent largement les frontières nationales. C’est pourquoi plutôt que de se contenter d’une critique abstraite de la guerre qui invisibilise ces résistances, un féminisme véritablement internationaliste doit se tenir aux côtés de celles et ceux qui luttent au péril de leurs vies contre toutes les invasions impérialistes, et qui sont aujourd’hui en première ligne de la lutte contre le fascisme.
Un tel projet ne peut enfin se construire que dans l’indépendance complète du mouvement féministe vis-à-vis des Etats et des agendas gouvernementaux. Notre seul espoir, ce sont nos luttes. Cette indépendance du mouvement féministe n’est pas seulement la meilleure manière de construire aujourd’hui le rapport de force, c’est aussi la seule façon de ne pas nous faire balayer par la spirale réactionnaire qui conquiert actuellement le monde, et dont l’Arizona est l’avant-poste en Belgique. Une première étape serait de (re)créer de véritables espaces de convergence entre syndicats, associations féministes et collectifs autonomes. Une telle articulation a pu se mettre en œuvre vers la fin des années 2010, sous l’impulsion de la quatrième vague du féminisme et de la dynamique de la grève internationale féministe, mais il nous semble que de tels lieux peinent à exister aujourd’hui. Un tel décloisonnement est une condition
sine qua non
pour (re)mettre en mouvement une activité féministe qui ne se centrent pas uniquement sur quelques dates clefs, et qui sortent des questions organisationnelles pour se plonger dans une réflexion politique et stratégique : pour quoi luttons-nous ? Comment pouvons-nous gagner ? C’est à cette condition que les mobilisations du 8 mars pourront devenir autre chose qu’un moment symbolique, et constituer un véritable point d’appui pour les luttes à venir.
Photo : manifestation du 8 mars 2026 à Bruxelles. Crédit : Gauche anticapitaliste / CC BY-NC-SA 4.0
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