Donatien Alphonse François de Sade — Wikipédia
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Donatien Alphonse François de Sade
Profil supposé
du marquis de Sade à vingt ans par
Charles van Loo
vers 1760-1762. Les dépositions du procès de Marseille le décrivent, à trente-deux ans, « d’une jolie figure, visage rempli », yeux turquoise, cheveux blonds, petite bouche avec la lèvre inférieure proéminente, élégamment vêtu d'un frac gris doublé de bleu, portant canne et épée.
Titres de noblesse
Comte
Marquis
Biographie
Naissance
2 juin
1740
Hôtel de Condé
Paris
Royaume de France
Décès
décembre
1814
(à 74 ans)
Asile de Charenton
Charenton-Saint-Maurice
Royaume de France
Sépulture
Hôpital Esquirol
Nom dans la langue maternelle
Donatien-Alphonse-François Sade
Nom de naissance
Donatien Alphonse François de Sade
Époque
Siècle des Lumières
Nationalité
royaume de France
Formation
Lycée Louis-le-Grand
Collège Louis-le-Grand
Activité
Écrivain
Romancier
Philosophe
Famille
Famille de Sade
Père
Jean-Baptiste de Sade
Mère
Marie-Éléonore de Maillé
Conjoint
Renée-Pélagie de Montreuil
(de
1763
1790
Enfants
Louis-Marie de Sade
Armand de Sade
Madeleine-Laure de Sade
Autres informations
Parti politique
Indépendant
Idéologie
Libertarianisme
Grade militaire
Lieutenant général
Mouvement
Matérialisme
Genres artistiques
Érotisme
en
philosophie
prose
, fiction gothique
en
Condamné pour
Sodomie
Lieux de détention
Bastille
1784
1789
Vincennes
(jusqu'en
1790
Adjectifs dérivés
Sadisme
Sadique
Sadomasochisme
Œuvres principales
Les Cent Vingt Journées de Sodome
1785
Les Infortunes de la vertu
1787
Justine ou les Malheurs de la vertu
1791
Aline et Valcour
1795
La Philosophie dans le boudoir
1795
La Nouvelle Justine
1799
Histoire de Juliette, ou les Prospérités du vice
1800
Les Crimes de l'Amour
1800
La Marquise de Gange
1813
Signature.
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Donatien Alphonse François de Sade
, communément appelé le
Marquis de Sade
, né le
2 juin 1740
Paris
et mort le
2 décembre 1814
Charenton-Saint-Maurice
, aujourd'hui
Saint-Maurice
dans le
Val-de-Marne
, est un
aristocrate
criminel
homme de lettres
romancier
et
philosophe
Il est, dès son vivant, une personnalité très controversée, en raison de ses crimes commis dans les années 1760 et 1770 (séquestration, torture, viols, violences sexuelles, pédophilie). Il parvient à échapper à plusieurs reprises à la justice, ou à atténuer ses peines, grâce à la protection de sa famille, ou en se cachant, voire en fuyant la France. Il est finalement arrêté et emprisonné au
donjon de Vincennes
puis à la
Bastille
pendant onze ans.
Après sa libération, en 1790, c'est la part accordée dans ses écrits à l'
érotisme
et à la
pornographie
, associés à des actes de
violence
et de
cruauté
tortures
incestes
viols
pédophilie
meurtres
etc.
), qui lui vaut à nouveau l'hostilité des autorités. L'expression d'un
athéisme
anticlérical
virulent lui vaut également des inimitiés.
Détenu sous tous les régimes politiques (
monarchie
République
Consulat
Empire
), il est resté enfermé — sur plusieurs périodes, pour des raisons et dans des conditions fort diverses — pendant vingt-sept ans sur les soixante-quatorze années que dura sa vie. Lui-même, en passionné de théâtre, écrit : « Les entractes de ma vie ont été trop longs
». Il meurt en détention à l'
asile d'aliénés de Charenton
où il était chargé des arts dramatiques et vivait avec sa compagne.
De son vivant, les
titres
de « marquis de Sade » et de « comte de Sade » lui ont été alternativement attribués
, mais il est plus connu par la postérité sous son titre de naissance de
marquis
. Dès la fin du
XIX
siècle, il est surnommé le
Divin Marquis
, en référence au « divin
Arétin
», premier auteur érotique des temps modernes (
XVI
siècle).
Occultée et clandestine pendant le
XIX
siècle, son œuvre littéraire est réhabilitée au début du
XX
siècle par
Apollinaire
et les
surréalistes
mais toujours interdite.
Jean-Jacques Pauvert
est le premier éditeur à braver la censure en publiant sous son nom ses œuvres dans les années 1940 et 1950, dans un contexte où le
désir sexuel
, parfois transgressif, s'impose comme un thème à part entière dans la littérature française de l'époque. Depuis, plusieurs rééditions et chercheurs ont tâché de mettre en avant l'intérêt historique et littéraire de l’œuvre de Sade, comme témoin des
perversions sexuelles
de son temps. Toutefois, sa dimension amorale, cruelle et violente, à mettre en parallèle avec le parcours criminel de l'auteur, continue de susciter nombre de réactions de rejet.
Son nom est passé à la postérité sous forme de substantif. Dès 1834, les néologismes «
sadique
» et «
sadisme
», qui font référence aux actes de cruauté décrits dans ses œuvres, figurent dans un dictionnaire ; les deux mots finissent par être transposés dans diverses langues.
Biographie
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Jeunesse
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Le marquis de Sade naît à Paris le
2 juin 1740
à l’
hôtel de Condé
, où il fut élevé les trois premières années de sa vie, aux côtés de
Louis V de Bourbon, prince de Condé
, de quatre ans son ainé. Le père de Donatien Alphonse est
Jean Baptiste
, comte de Sade (1702-1767),
franc-maçon
et héritier de la
maison de Sade
, l'une des plus anciennes maisons de Provence, seigneur de
Saumane
et de
Lacoste
, co-seigneur de
Mazan
, et sa mère est Marie Éléonore de Maillé (1712-1777), parente et « dame d’accompagnement » de la
princesse de Condé
. Du mariage du comte de Sade et de Marie Éléonore le
3 novembre 1733
, naissent également deux filles, mortes en bas âge
Marie Éléonore de Maillé de Carman, mère du marquis.
Baptisé à
Saint-Sulpice
, les parents, parrain et marraine s’étant fait représenter par des officiers de maison, il reçoit par erreur les prénoms
N 1
de Donatien Alphonse François au lieu de Donatien, Aldonse (prénom d'origine provençale), Louis
. Le marquis utilise dans la plupart de ses actes officiels les prénoms qui lui étaient destinés, entretenant une confusion qui aura des conséquences lorsqu'il se retrouvera, pendant la Révolution, inscrit par erreur sur la liste des émigrés ; ou qu'un homonyme sera condamné à mort à sa place. De fait, toute sa vie, il s'est appelé, fait appeler et a signé Louis. Une lettre du
19 avril 1792
à Gaufridy est encore signée " Louis " (Lely, 2004, p. 461, dans cette lettre il dit "ouvrez mes écrits", lesquels en 1792 ?). En
octobre 1793
, quand il renouvelle sa carte de la Section des Piques, il fait substituer " François " à " Louis ". Après la Terreur, dans les actes officiels, il utilise son état civil réel suite aux ennuis liés à l'émigration. Son fils aîné, prénommé Louis-Marie, a effectivement émigré. Sade pendant la Révolution n'a jamais quitté la capitale, ce qui est exceptionnel pour un ex-noble.
Sur le blason de la
maison de Sade
, l’
aigle impériale à deux têtes
, concession faite à Elzéar de Sade, lors de sa visite en
Avignon
en 1415, par l’empereur
Sigismond
Le
comte de Sade
, père du marquis, militaire, diplomate, poète, philosophe et libertin.
Toile attribuée à
Jean-Marc Nattier
, vers 1750.
Titre de noblesse
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Du vivant de son père, connu sous le titre de comte, Sade ne porte que celui de marquis
. Il ne s’agit là, en vérité, que de
titres de courtoisie
, sans érection par lettres patentes du fief de Sade en fief de dignité
N 2
. Après la mort de son père en 1767, il est indifféremment qualifié de marquis ou de comte : le
parlement d'Aix
, dans sa condamnation de 1772, lui donne le titre de « marquis de Sade », ainsi que le conseil de famille réuni en 1787 par ordonnance du Châtelet de Paris ; il est incarcéré à la Bastille en 1784 sous le nom de « sieur marquis de Sade » ; l’inscription de la pierre tombale de sa femme porte la mention de «
me
Renée-Pélagie de Montreuil, marquise de Sade » ; mais il est enfermé à
Charenton
en 1789 sous le nom de « comte de Sade » et qualifié dans son acte de décès, dressé en 1814, de « comte de Sade ». Au reste, Sade lui-même, à partir de 1800, décide d'abandonner tout titre et particule et signe, jusqu'à la fin de sa vie : « D.-A.-F. Sade ». Sur l'en-tête de son testament figure seulement : « Donatien-Alphonse-François Sade, homme de lettres ».
Parenté
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Jean-Baptiste François Joseph de Sade, père de Donatien de Sade est, par droit d’aînesse, le chef de la famille. Il a deux frères, Jean-Louis-Balthazar, commandeur de l’
ordre de Malte
, puis bailli et
grand prieur de Toulouse
, ainsi que Jacques-François, abbé
commendataire
d’
Ébreuil
. Il a également cinq sœurs, dont quatre vivent en religion. La cinquième épouse le marquis de Villeneuve-Martignan, qui fit construire à
Avignon
l'hôtel seigneurial aujourd'hui
musée Calvet
, à l'entrée duquel on peut encore voir le blason des Sade. Donatien aima et admira son père autant qu’il ignora sa mère tenue à l’écart par son mari avant de se retirer dans un couvent.
Homme d’esprit, grand séducteur, prodigue et libertin, avant de revenir à la religion à l’approche de la cinquantaine, le père du marquis est le premier Sade à quitter la Provence et à s’aventurer à la Cour. Il devient le favori et le confident du
prince de Condé
qui gouverne la France pendant deux ans à la mort du
Régent
. À vingt-cinq ans, ses maîtresses se comptent parmi les plus grands noms de la cour : la propre sœur du prince de Condé,
lle
de Charolais
, ancienne maîtresse royale, les duchesses de
La Trémoille
, de
Clermont-Tonnerre
, jusqu’à la jeune princesse de Condé, de vingt-deux ans moins âgée que son mari et très surveillée par ce dernier. C'est pour la conquête de celle-ci qu'il épousera en 1733 la fille de sa dame d’honneur,
lle
de Maillé de Carman, sans fortune, mais alliée à la branche cadette des Bourbon-Condé
N 3
. Comme son frère l'abbé, il est assez lié avec
Voltaire
et a des prétentions littéraires. Capitaine de dragons dans le régiment du prince, puis aide de camp du
maréchal de Villars
pendant les campagnes de 1734-1735, il obtient du roi en 1739 la charge de lieutenant général des provinces de
Bresse
Bugey
Valromey
et
Gex
qu’il achète
135 000
livres et qui lui rapporte en gratifications
10 200
livres par an. Il se lance dans la diplomatie, se voit confier une négociation secrète à la cour de Londres, est nommé ambassadeur à la cour de Russie, nomination remise en cause à la mort du tsar
Pierre
II
, puis ministre plénipotentiaire auprès de l'
Électeur de Cologne
. Sa conduite pendant son ambassade, puis une imprudente attaque contre la maîtresse du roi, lui vaudra le ressentiment de
Louis
XV
et il ne sera plus employé que pour des postes sans conséquence
10
Éducation
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Donatien passe les trois premières années de sa vie à l’hôtel de Condé éloigné de ses parents. Élevé avec la conviction d’appartenir à une espèce supérieure, sa nature despotique et violente se révèle très tôt :
« Allié par ma mère, à tout ce que le royaume avait de plus grand ; tenant, par mon père, à tout ce que la province de Languedoc pouvait avoir de plus distingué ; né à Paris dans le sein du luxe et de l’abondance, je crus, dès que je pus raisonner, que la nature et la fortune se réunissaient pour me combler de leurs dons ; je le crus, parce qu’on avait la sottise de me le dire, et ce préjugé ridicule me rendit hautain, despote et colère ; il semblait que tout dût me céder, que l’univers entier dût flatter mes caprices, et qu’il n’appartenait qu’à moi seul et d’en former et de les satisfaire
11
. »
De quatre à dix ans, son éducation est confiée à son oncle, l’abbé
Jacques-François de Sade
, qui l’héberge au
château
de
Saumane
N 4
près de
L'Isle-sur-la-Sorgue
, où il s’est retiré après une existence mondaine.
Abbé
commendataire
d’
Ébreuil
dans le
Bourbonnais
, ce cadet de famille embrasse l’état ecclésiastique, devenant vicaire général de l’
archevêque de Toulouse
, puis de celui de
Narbonne
, en 1735. Chargé, par les
États de Languedoc
, d’une mission à la cour, il réside plusieurs années à
Paris
, et se lie d’amitié avec
Voltaire
avec qui il correspond au moins jusqu’en 1765 (« Vous qui pensez/b… (diffère selon les versions) mieux que
Pétrarque
/ Et rimez aussi bien que lui » lui écrit ce dernier
12
) et avec
Émilie du Châtelet
Historien de
Pétrarque
, « moins un abbé qu’un seigneur curieux de toutes choses, et singulièrement d’antiquités et d’histoire » selon Maurice Heine (il y a à Saumane une bibliothèque enrichie par l’abbé, un médaillier et un cabinet d’histoire naturelle que le marquis a toujours fort à cœur de conserver), ce
sybarite
selon un autre biographe
13
, aime vivre et bien vivre, s’entourant de livres et de femmes.
À dix ans, Donatien entre au
collège Louis-le-Grand
que dirigent les pères
jésuites
, établissement alors le mieux fréquenté et le plus cher de la capitale. Les représentations théâtrales organisées par les pères sont sans doute à l’origine de la passion de Sade pour l’art du comédien et la littérature dramatique.
Capitaine au régiment de Bourgogne cavalerie
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Il a à peine quatorze ans lorsqu’il est reçu à l’École des
chevau-légers de la garde
du roi, en garnison à Versailles, qui n’accepte que des jeunes gens de la plus ancienne noblesse. À quinze ans, Sade commence à fréquenter les bordels
14
. À seize ans, il prend part à la
guerre de Sept Ans
et reçoit son baptême du feu au siège de
Port-Mahon
où il s'illustre par sa témérité
15
. À dix-sept ans, il obtient une commission de cornette (officier porte-drapeau), au régiment des carabiniers du
comte de Provence
, frère du futur
Louis
XVI
. Lors de l'engagement de Krefeld le
23 juin 1758
, il rapporte que le fils du maréchal De Belle Isle, Louis-Marie, qui commande la charge des carabiniers, est mortellement blessé à quelques pas de lui. À dix-neuf ans (1759), après les grades de cornette, sous-lieutenant et lieutenant, il est reçu comme capitaine au régiment de Bourgogne cavalerie avec l’appréciation suivante : « joint de la naissance et du bien à beaucoup d’esprit ; a l’honneur d’appartenir à
M.
le prince de Condé par Madame sa mère qui est Maillé-Brézé
16
». Il fait le reste de la Guerre de Sept Ans dans ce régiment. Celui-ci, bien éprouvé, ne participe pas à la dernière année du conflit et fusionne avec un autre reliquat. En
janvier 1762
, le régiment Bourgogne-Cavalerie est envoyé à Rethel, dans les Ardennes, pour se refaire. Sade termine sa carrière militaire avec le grade de Mestre de Camp-Commandant (commandant). La fin de la guerre, le manque d'argent, les projets de mariage et une réputation déjà mauvaise l'empêcheront d'exercer les fonctions de ce grade et le pousseront à quitter le service. Il est démobilisé le
16 mars 1763
« Fort dérangé, mais fort brave
17
. » La seule appréciation retrouvée sur ses états de service en 1763 montre que le jeune homme a été un cavalier courageux. Mais il a déjà la pire réputation. Il est joueur, prodigue et débauché. Il fréquente les coulisses des théâtres et les maisons des proxénètes. « Il est assurément peu de plus mauvaises écoles que celles des garnisons, peu où un jeune homme corrompe plus tôt et son ton et ses mœurs », écrit-il lui-même dans
Aline et Valcour
. Pour se débarrasser d’un fils qu’il sent « capable de faire toutes sortes de sottises
18
», le comte de Sade lui cherche une riche héritière.
Donatien voudrait épouser Laure de Lauris-Castellane, héritière d’une vieille famille du
Luberon
dont il est amoureux fou et avec qui il a une liaison. Les deux familles se connaissent bien, le grand-père du marquis et
M.
de Lauris ont été syndics de la noblesse du
Comtat Venaissin
mais
lle
de Lauris est réticente
19
N 5
et le comte a fixé son choix sur l’héritière des Montreuil. « Tous les autres mariages ont rompu sur sa très mauvaise réputation
20
» écrit-il.
Mariage
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Le
17 mai 1763
, le mariage du marquis et de Renée-Pélagie, fille aînée de Cordier de Montreuil, président honoraire
N 6
à la
cour des Aides
de Paris, de petite noblesse de robe, mais dont la fortune dépasse largement celle des Sade, est célébré à Paris en l'église
Saint-Roch
. Les conditions financières ont été âprement négociées par le comte de Sade et la présidente de Montreuil
21
, femme énergique et autoritaire. Il n'existe pas de portrait de Renée-Pélagie qui manque peut-être d'agréments. Le comte de Sade, la voyant pour la première fois, la décrit ainsi à sa sœur :
« Je n'ai pas trouvé la petite laide, dimanche ; elle est fort bien faite, la gorge fort jolie, le bras et la main fort blanche. Rien de choquant, un caractère charmant
22
. »
La correspondance familiale montre, sans aucun doute possible, que le marquis et la nouvelle marquise se sont entendus à peu près parfaitement.
« Il est très bien avec sa femme. Tant que cela durera, je lui passerai tout le reste »
(le comte à l’abbé,
juin 1763
).
« Leur tendre amitié paraît bien réciproque »
(madame de Montreuil à l’abbé en août). Renée-Pélagie aima son mari tant qu’elle le put, jusqu’au bout de ses forces
23
. Mais le marquis a plusieurs vies. Il continue de fréquenter les bordels, comme celui de la Brissault, et abrite ses nombreuses aventures dans des maisons qu'il loue à Paris, à Versailles et à
Arcueil
Il succède à son père dans la charge de
lieutenant-général
aux provinces de
Bresse
Bugey
Valromey
et
Gex
. Il se rend à
Dijon
pour prononcer le discours de réception devant le
parlement de Bourgogne
. De retour à Paris, il a des liaisons avec des actrices connues pour leurs amours vénales avec de grands seigneurs :
lle
Colet, dont il tombe amoureux
24
lle
Dorville,
lle
Le Clair,
lle
Beauvoisin, qu’il amène à
La Coste
, où il la laisse passer pour sa femme au grand scandale de sa famille. Il réplique assez brutalement à une de ses tantes, l’abbesse de Saint-Benoît, qui lui adresse une lettre de remontrance :
« Vos reproches sont peu ménagés, ma chère tante. À vous parler vrai, je ne m’attendais pas à trouver dans la bouche d’une sainte religieuse des termes aussi forts. Je ne permets, ne souffre, ni n’autorise, que l’on prenne pour ma femme la personne qui est chez moi. […] Quand une de vos tantes, mariée comme moi, vivait ici publiquement avec un amoureux, regardiez-vous déjà La Coste comme un lieu maudit ? Je ne fais pas plus de mal qu’elle, et nous en ferons fort peu tous deux. Quant à celui de qui vous tenez ce que vous me dites (
son oncle, l’abbé de Sade, qui réside au château de Saumane
), tout prêtre qu’il est, il a toujours un couple de gueuses chez lui ; excusez, je me sers des mêmes termes que vous ; est-ce un sérail que son château, non, c’est mieux, c’est un bordel. Pardonnez mes travers, c’est l’esprit de famille que je prends, et si j’ai un reproche à me faire, c’est d’avoir eu le malheur d’y être né. Dieu me garde de tous les ridicules et vices dont elle fourmille. Je me croirais presque vertueux si Dieu me fait grâce de n’en adopter qu’une partie. Recevez, ma chère tante, les assurances de mon respect
25
. »
En 1767, son père, le comte de Sade, meurt avant la naissance de son petit-fils. Le prince de Condé et la princesse de Conti acceptent d’être les parrains de son premier fils, Louis-Marie né le
27 août 1767
26
En 1769, Sade organise à son château de Mazan, de nombreuses fêtes. Bals et comédies se succèdent à Lacoste. En juin, naît à Paris son deuxième fils, Donatien-Claude-Armand, chevalier de Sade
27
. Fin septembre, il voyage un mois en Hollande : Bruxelles, Rotterdam, La Haye, Amsterdam, peut-être pour y vendre un texte érotique
28
. L'année suivante, il part pour l’armée pour y prendre ses fonctions de capitaine-commandant au
régiment de Bourgogne cavalerie
, mais l’officier supérieur qui le reçoit refuse de lui laisser prendre son commandement. Sa fille Madeleine Laure née en 1771, année au cours de laquelle Sade commence une liaison avec Anne-Prospère de Montreuil, petite sœur de son épouse Renée-Pélagie. Sade a trente ans. Il mange la dot de sa femme et ses revenus
29
. Il fait réparer son
château
de quarante-deux pièces et donne libre cours à sa passion pour le théâtre. Il fait construire un théâtre à
Mazan
, aménage celui de Lacoste et embauche des comédiens. Il invite la noblesse des environs à des fêtes et à des représentations théâtrales dont il est le régisseur et le maître de scène. Sade prévoit un programme de vingt-cinq soirées théâtrales entre le
3 mai
et
22 octobre 1772
à Lacoste et à Mazan, des pièces de Voltaire,
Destouches
Chamfort
Gresset
Regnard
Sedaine
Le Père de famille
de
Diderot
. Il remporte un franc succès et toutes et tous le trouvent
« fort séduisant, d’une élégance extrême, une jolie voix, des talents, beaucoup de philosophie dans l’esprit »
. L’argent fait défaut. Il s’endette auprès de sa belle-mère pour payer ses
« folles dépenses »
. Mais les festivités seront interrompues le
27 juin
par l’affaire de Marseille.
Sade aura toujours obtenu le soutient de son épouse, même contre sa propre mère, Mme de Montreuil. Toutefois, Renée-Pélagie finit par le quitter, et obtint officiellement le divorce en 1790
14
Parcours criminel
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L'affaire de Mouffetard
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Le
29 octobre 1763
, moins de six mois après son mariage, il
séquestre
humilie
agresse sexuellement
et
menace de mort
une ouvrière
éventailliste
de 22 ans, Jeanne Testard
30
. Il est arrêté dans sa garçonnière
rue Mouffetard
pour « débauche outrée » et est enfermé au
donjon de Vincennes
, par lettre de cachet sur ordre du roi, à la suite de la plainte de Jeanne. L'arrestation est due, tant à l'outrage sexuel fait à Jeanne Testard et aux plaintes précédentes déposée par des prostituées
14
, qu'aux blasphèmes et actes sacrilèges commis par Sade, qui sont des faits très graves pour la législation de l'époque.
« Petite maison louée, meubles pris à crédit, débauche outrée qu’on allait y faire froidement, tout seul, impiété horrible dont les filles ont cru être obligées de faire leur déposition »
, écrit le père de Sade à son frère l’abbé en
novembre 1763
. L'intervention personnelle du comte de Sade auprès du roi
Louis
XV
le fait libérer au bout de quinze jours et assigner à résidence jusqu’en
septembre 1764
au château d’
Échauffour
en
Normandie
chez ses beaux-parents
31
. Durant cette période, il abusera tellement de la prostitution, que la police donnera ordre aux proxénètes de ne plus lui fournir de femmes
14
Depuis la fin 1764, il est surveillé par la police. « Il était essentiel, même politiquement, que le magistrat chargé de la police de Paris, sût ce qui se passait chez les personnes notoirement galantes et dans les maisons de débauche » a écrit le lieutenant général de police de Paris
Le Noir
. Le marquis apparaît dans les rapports
32
de l’inspecteur Marais qui vont devenir, avec les lettres de
me
de Montreuil, les principales sources sur la vie du marquis à cette période. L’inspecteur Marais note dans un rapport de 1764 :
« J’ai fort recommandé à la Brissault, sans m’en expliquer davantage, de ne pas lui donner de filles pour aller avec lui en petites maisons. »
. Le
27 mai 1765
, il passe la journée chez
Madame du Barry
, future
favorite royale
, alors connue pour ses mœurs légères
33
. Le
16 octobre 1767
, il prophétise : « On ne tardera pas à entendre parler encore des horreurs du comte de Sade. »
L'affaire d'Arcueil
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Maison d'Arcueil où Sade fit venir Rose Keller, le dimanche de Pâques,
3 avril 1768
En 1768, au matin du dimanche de Pâques, Rose Keller, immigrante allemande d’environ trente-cinq ans, veuve et fileuse de coton sans emploi depuis près d’un mois, aborda Sade
place des Victoires
pour lui demander l’aumône
N 7
. Selon Rose Keller, Sade lui a proposé une place de gouvernante en promettant qu'elle sera bien traitée et, sur son acceptation, l'a entraînée dans sa petite maison d'
Arcueil
. Là, il lui a fait visiter la maison, jusque dans une chambre. Il lui arrache ses vêtements, la menace de la tuer, l'attache et la fouette avec un martinet à noeuds. Sade dira qu'il l'avait payée pour la fouetter et tester sa pommade sur elle
14
. Abandonnée dans la pièce, Rose Keller parvient à défaire ses liens et à s'enfuir, les vêtements en lambeaux, des passants lui portent secours. L’affaire fait scandale, l’imaginaire collectif multiplie les détails tandis que
Restif de la Bretonne
contribue à la mauvaise réputation du marquis en transformant la scène de
flagellation
en séance de
vivisection
, en disant que la tombe de Rose était déjà creusée dans le jardin, etc. La rue et les salons s’émeuvent. La lettre de
Madame du Deffand
Horace Walpole
le
12 avril 1768
en témoigne
N 8
. Le dossier judiciaire de l'affaire a été retrouvé par Maurice Heine, qui le retranscrit. L'ouvrage de Maurice Heine est publié peu après sa mort par Gilbert Lely en 1950. Les procès verbaux montrent que c'est parole d'ouvrière contre parole de noble, Sade et Rose maintiennent leurs versions des faits. La situation est plus grave pour Rose qui est une femme, sans soutiens politiques et n'est pas une prostituée enregistrée par la police et à ce titre, risque la prison. Les médecins relèvent uniquement des hématomes typiques d'un martinet à nœuds. La cire d'Espagne ou pommade n'est que de la cire blanche de bougies versée sur la jeune femme. Rose accepte de retirer sa plainte pour la somme de 8 000 livres.
La famille, Sade et Montreuil réunis, se mobilise encore pour soustraire Sade à la justice commune et le placer sous la juridiction royale. Pendant sept mois, il est incarcéré au
château de Saumur
, puis à celui de
Pierre-Scise
. La plaignante reçoit de l’argent par la famille de Montreuil. L’affaire est jugée au Parlement en juin et le roi, à la demande de la comtesse de Sade — le comte étant mort un an plus tôt — fait libérer le coupable en novembre, mais lui enjoint de se retirer dans ses terres
N 9
L'affaire de Marseille
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En 1771, Sade vend sa charge de capitaine commandant. Sa carrière militaire est terminée. Il passe la première semaine de septembre à la prison parisienne de
For-l'Évêque
pour dettes. Début novembre, il est est de retour chez lui à Lacoste avec sa femme, ses trois enfants, et sa jeune belle-sœur de dix-neuf ans, Anne-Prospère de Launay, chanoinesse séculière
N 10
chez les Bénédictines, avec laquelle il va avoir une liaison violente et passionnée.
Le château de Mazan
Anne-Prospère de Launay, chanoinesse de 19 ans, belle-sœur de Sade.
« Je jure à
M.
le marquis de Sade, mon amant, de n’être jamais qu’à lui… »
Tout aurait pu tomber dans l’oubli si le scandale n’avait à nouveau éclaté en
juin 1772
. L’affaire de Marseille succède aux précédentes. Mais cette fois, il ne s’agit plus d’une fille mais de cinq : quatre lors d'une partie fine en fin de matinée dans la quartier chaud de Marseille et une autre que Sade verra seul en début de soirée. Le
25 juin 1772
à l’hôtel des Treize Cantons, au cours d'une «
soirée de Cythère
» chez l'hôtesse Mariette Borely
34
, le marquis propose en quantité des pastilles à la
cantharide
. Le principe actif bien connu des milieux interlopes provoque une hypersécrétion vaginale et rectale. Le marquis " veut des vents " et pousse à une consommation excessive. Deux filles, une du matin et celle du soir, plus jeune, tombent malade, la seconde se croit empoisonnée. En l'absence de toute plainte, le Parlement d'Aix se saisit de l'affaire et mène une instruction à charge sur fond de rivalités entre les anciens et les nouveaux Parlements. Le beau-père de Sade est un ennemi déclaré des nouveaux Parlements de Maupeou. Les prostituées nient fermement tout fait de sodomie (passible de la peine de mort), elles rapportent que le marquis et son valet l'ont pratiqué et que le marquis s'est fait flageller jusqu'au sang. Mariette Borely, la tenancière, ira acheter un petit balai de bruyère pendant la séance du matin.
Le récit des
Mémoires secrets
de
Bachaumont
daté du
25 juillet 1772
en témoigne
N 11
. L’aphrodisiaque est présenté dans l’opinion comme un poison. La participation active du valet, Monsieur Latour, justifie l’accusation de sodomie, punie alors du bûcher. La condamnation par contumace du
parlement de Provence
est cette fois la peine de mort pour empoisonnement et sodomie à l'encontre du marquis et de son valet. Le
12 septembre 1772
se déroule à
Aix
les
exécutions en simulacre
des deux hommes avec des mannequins grandeur nature (tête de l'effigie de Sade tranchée et celle de son valet pendue) qui sont ensuite jetés au feu
35
Sade s'enfuit alors en Italie avec sa jeune belle-sœur Anne-Prospère de Launay, qui lui signe de son sang une lettre passionnée :
« Je jure à
M.
le marquis de Sade, mon amant, de n'être jamais qu'à lui
36
. »
Les amants sont à Venise fin juillet, visitent quelques autres villes d’Italie, puis la chanoinesse rentre brusquement en France à la suite d’une infidélité du marquis
37
. Ce dernier a fixé sa résidence en
Savoie
, mais
le roi de Sardaigne
le fait arrêter le
8 décembre 1772
à Chambéry à la demande de sa famille et incarcérer au fort de
Miolans
me
de Sade achète des gardiens qui le font évader le
30 avril 1773
. Réfugié clandestinement dans son château — officiellement il est à l’étranger — le marquis échappe aux recherches, prenant le large quand il y a des alertes. Le
16 décembre 1773
, un ordre du Roi enjoint au lieutenant général de police de s’assurer de sa personne. Dans la nuit du
6 janvier 1774
, un exempt suivi de quatre archers et d’une troupe de cavaliers de la maréchaussée envahit le château. Sans résultat. En mars, Sade prend la route de l’Italie, déguisé en curé (
M.
le curé a très bien fait son voyage à ce que dit le voiturier, excepté que la corde du bac où il était ayant cassé sur la
Durance
que l’on passe pour aller s’embarquer à Marseille, les passagers voulaient se confesser »
, écrit Madame de Sade le
19 mars
. L’idée de devenir confesseur a dû intéresser Sade, malgré son manque d’entrain, commente Jean-Jacques Pauvert
38
).
L'affaire des « petites filles »
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Le château familial de
Lacoste
bâti sur l’un des contreforts du
Luberon
, pillé à la Révolution, puis vendu.
La marquise et sa mère travaillent à obtenir la cassation de l’arrêt d’Aix, mais l’affaire de Marseille l’a cette fois coupé de son milieu aristocratique. L'affaire des « petites filles
39
» va le couper de sa famille. « Nous sommes décidés, par mille raisons, à voir très peu de monde cet hiver… » écrit le marquis en
novembre 1774
N 12
Lyon
et à
Vienne
, Sade recrute comme domestiques cinq « très jeunes » filles et un jeune secrétaire ainsi que « trois autres filles d’âge et d’état à ne point être redemandées par leurs parents » auxquelles s’ajoute l’ancienne domesticité. Mais bientôt les parents déposent une plainte « pour enlèvement fait à leur insu et par séduction », Sade refuse de libérer les captives. Une procédure criminelle est ouverte à Lyon. Une des enfants, grièvement blessée est envoyée chez l'oncle de Sade, le temps que ses blessures guérissent, afin qu'elle ne puisse pas témoigner. Mais neuf mois ne suffisent pas, et la fillette est envoyée à l'hôpital. Le scandale est cette fois encore, étouffé par la famille (toutes les pièces de la procédure ont disparu), mais l’affaire des petites filles nous est connue par les lettres conservées par le notaire Gaufridy (voir Correspondance), publiées en 1929 par Paul Bourdin. L'oncle du marquis est cette fois convaincu qu'il faut l'arrêter.
« Les lettres du fonds Gaufridy ne disent pas tout, écrit ce dernier
40
, mais elles montrent nettement ce que la prudence de la famille et les ordres du roi ont dérobé à la légende du marquis. Ce n’est pas dans les affaires trop célèbres de la Keller et de Marseille, mais dans les égarements domestiques de
M.
de Sade qu’il faut chercher la cause d’un emprisonnement qui va durer près de quatorze années et qui commence au moment même où l’on poursuit l’absolution judiciaire des anciens scandales. On verra par la suite avec quel soin madame de Montreuil s’est préoccupée de faire disparaître les traces de ces orgies. L’affaire est grave car le marquis a de nouveau joué du canif. Une des enfants, la plus endommagée, est conduite en secret à Saumane chez l’abbé de Sade qui se montre très embarrassé de sa garde et, sur les propos de la petite victime, accuse nettement son neveu. Une autre fille, Marie Tussin, du hameau de Villeneuve-de-Marc, a été placée dans un couvent de Caderousse, d’où elle se sauvera quelques mois plus tard. Le marquis prépare une réfutation en règle de ce qu’a dit l’enfant confiée à l’abbé, mais elle n’est pas la seule à avoir parlé. Les fillettes d’ailleurs n’accusent point la marquise et parlent au contraire d’elle « comme étant la première victime d’une fureur qu’on ne peut regarder que comme folie ». Leurs propos sont d’autant plus dangereux qu’elles portent, sur leurs corps et sur leurs bras, les preuves de leurs dires. Les priapées de la Coste ont peut-être inspiré les fantaisies littéraires des Cent vingt jours de Sodome, mais le canevas établi par le marquis passe de loin ces froides amplifications. « C’est un sabbat mené à bave-bouche avec le concours de l’office. Gothon
41
y a probablement chevauché le balai sans entrer dans la danse, mais Nanon
N 13
y a pris une part dont elle va rester toute alourdie ; les petites ravaudeuses de la marquise y ont livré leur peau au jeu des boutonnières et le jeune secrétaire a dû y faire la partie de flûte. »
On lit juste ci-dessus : " Leurs propos sont d'autant plus dangereux qu'elles portent, sur leurs corps et leurs bras, les preuves de leurs dires ". Sade a t-il pratiqué la saignée "médicale" à titre sexuel ? Restif nous dit qu'il le fait avec Constance Quesnet, qu'il rencontre en 1790 une fois libéré par la Révolution. Mais Sade et Restif de la Bretonne se haïssent.
Et Restif a toute sa vie diffamé Sade jusqu'aux mensonges les plus délirants ce qui disqualifie son " témoignage "
[réf. nécessaire]
(voir ci-dessus l'affaire d'Arcueil). La diffamation fait songer à un personnage récurrent des romans les plus sulfureux de Sade : le comte de Gernande.
Le voyage d’Italie (juillet 1775- mai 1776)
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Dans ce contexte où il ne se sent plus en sûreté, Sade fuit de nouveau vers l'Italie le
17 juillet 1775
sous le nom de comte de Mazan. Il va en rapporter des dizaines de cahiers et dossiers en vue d’écrire un journal de voyage, projet inabouti car les portes de prison vont se refermer sur lui quelques mois après son retour en France. Sade puisera largement dans ces dossiers, quand il écrira l’
Histoire de Juliette
, pour évoquer le périple de l’héroïne dans la péninsule.
Retrouvé dans les archives familiales au château de Condé-en-Brie avec les dessins du peintre rouennais
Jean-Baptiste Tierce
, qui accueillit le marquis à Naples, le manuscrit du
Voyage en Italie
est publié une première fois par
Gilbert Lely
chez Tchou en 1967, puis en 1995 chez Fayard par
Maurice Lever
qui double le texte, transcrivant tous les dossiers de travail et notes préparatoires, et y ajoutant les 107 dessins et gouaches de Tierce.
La première étape du marquis est Florence que lui fait visiter le docteur Mesny, l’un des hommes les plus érudits de la ville pour qui il a une lettre de recommandation et avec qui il se liera d’amitié. À Florence, le marquis devient l’amant de
Sara Goudar
, femme de l’écrivain, aventurier et libertin,
Ange Goudar
, l’une des plus jolies femme de la ville « tant par la beauté de sa figure que par la supériorité de sa taille et la culture de son esprit. », tout en ayant une liaison passionnée — et brève — avec une des filles du docteur
42
Il est à Rome le
27 octobre 1775
. Grâce à Goudar, il est reçu par le
cardinal de Bernis
, ami de
Casanova
, alors ambassadeur de France à Rome et assiste à la cérémonie de couronnement du pape
Pie
VI
me
de Sade, informée, va répandre en Provence la nouvelle d’un entretien de son mari en tête à tête avec le pape, prélude à sa conversion.
Sade arrive à Naples en
janvier 1776
, accueilli par Jean-Baptiste Tierce, gendre du docteur Mesny et fournisseur du cardinal de Bernis en paysages italiens, qui l'accompagne dans ses visites de monument et randonnées. Pris par le chargé des affaires de France à Naples pour un caissier de Lyon ayant fui en Italie avec la caisse, il se voit contraint de révéler son vrai nom et de se présenter au roi
Ferdinand
IV
qui lui fait des offres de service qu’il refuse. Cet incident, qui le prive de son incognito, va provoquer son retour en France en
mai 1776
, accompagné de deux grandes caisses pleines de curiosités et d’antiquailles.
Retour, arrestation, cassation, évasion
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Son retour en août à Lacoste fait surgir de nouvelles menaces, les fillettes sont toujours captives au château. Le
17 janvier
, le père d’une jeune servante (que
M.
et
me
de Sade ont rebaptisée Justine) vient réclamer sa fille et tire sur Sade. « Il a dit qu’il lui avait été dit qu’il pouvait me tuer en toute assurance et qu’il ne lui arriverait rien » s’indigne Sade à Gaufridy. Fin janvier, contre les avis de son entourage provençal (l’avocat aixois Reinaud qui a prévu l’événement écrit à Gaufridy le
8 février
: « le marquis donne dans le pot au noir comme un nigaud […] Sur ma parole, le mois ne s’écoule point que notre champion soit coffré à Paris. » Peu de jours après, il demande « si notre
Priape
respire toujours le bon air »). Avertit que sa mère est mourante, le marquis décide de se rendre à Paris, mais celle-ci décède avant son arrivée.
Il est arrêté dans la capitale le
13 février 1777
et incarcéré au
donjon de Vincennes
par
lettre de cachet
, à l’instigation de sa belle-mère, Madame de Montreuil. Cette dernière travaille toujours à la cassation de l'arrêt de Marseille pour l'honneur de la famille. Après d'innombrables démarches, elle obtient l'avis favorable du
Conseil des dépêches
, le
26 septembre 1777
, mais le marquis devra comparaître devant le parlement d'Aix. Il est transféré du donjon de Vincennes à la prison royale d'Aix le
20 juin
. Le procès s'ouvre le 22 et ne dure pas plus de trois semaines. Tout est réglé d'avance. La cour ne retient que les faits de « débauche et libertinage outré » et condamne le marquis à une aumône de
50 livres
à payer à l'œuvre des prisons, une interdiction de trois ans de résidence à Marseille et une admonestation « de mettre à l'avenir plus de décence dans sa conduite ».
L'honneur de la maison est sauf, mais le marquis toujours sous le coup de la lettre de cachet, doit regagner sa cellule de Vincennes. À l'auberge de Valence où ils font halte le
16 juillet
, il réussit à échapper à ses quatre gardiens et s'évade.
Il se réfugie à Lacoste. Il est sur ses gardes, quittant le château à la moindre alerte, mais il se fait prendre le
26 août
, à
4 heures
du matin par l'inspecteur Marais à la tête de
4 exempts
venus de Paris et de
6 gendarmes
provençaux. Sa cavale aura duré 40 jours.
Captivité au fort de Vincennes et à la Bastille
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Le
donjon de Vincennes
: Sade y est enfermé en 1777, puis de 1778 à 1784, date de son transfert à la Bastille
la Bastille
, Sade est enfermé, au
puis au
étage de la tour Liberté (B sur le plan).
« Le plus honnête, le plus franc et le plus délicat des hommes, le plus compatissant, le plus bienfaisant, idolâtre de mes enfants, pour le bonheur desquels je me mettrais au feu […] Voilà mes vertus. Pour quant à mes vices : impérieux, colère, emporté, extrême en tout, d'un dérèglement d'imagination sur les mœurs qui de la vie n'a eu son pareil, athée jusqu'au fanatisme, en deux mots me voilà, et encore un coup, ou tuez-moi ou prenez-moi comme cela ; car je ne changerai pas. »
Tel est le portrait que Sade trace de lui-même, dans une lettre à sa femme de
septembre 1783
. Et il ajoute :
« Si, comme vous le dites, on met ma liberté au prix du sacrifice de mes principes ou de mes goûts, nous pouvons nous dire un éternel adieu, car je sacrifierais, plutôt qu’eux, mille vies et mille libertés, si je les avais. »
Sade a trente-huit ans. Il restera onze ans enfermé, d'abord au
donjon de Vincennes
puis à la Bastille où il est transféré le
29 février 1784
, le
fort de Vincennes
devant être désaffecté en tant que prison d'État. À Vincennes, il est « enfermé dans une tour sous dix-neuf portes de fer, recevant le jour par deux petites fenêtres garnies d’une vingtaine de barreaux chacune ». Il devient pour ses geôliers
Monsieur le 6
, d'après son numéro de cellule (que l'on visite encore aujourd'hui) selon l’usage dans les forteresses royales. Avant le
13 décembre 1780
, il a pour voisin de cellule le jeune
Mirabeau
, en train d'écrire son
Erotika Biblion
43
À la Bastille, il est enfermé, au
puis au
étage de la tour Liberté. Chaque tour comporte 4, 5 ou
6 chambres
superposées, généralement octogonales, de 6 à
7 mètres
de largeur, avec environ
5 mètres
sous plafond et une grande fenêtre barrée d'une triple grille. Comme à Vincennes, il devient la
Deuxième Liberté
44
Il a droit à un traitement de faveur, payant une forte pension.
me
de Montreuil, sa famille attendent de lui une conduite assagie pour faire abréger sa détention. Ce sera tout le contraire : altercation avec d’autres prisonniers dont
Mirabeau
, violences verbales et physiques, menaces, lettres ordurières à sa belle-mère et même à sa femme qui lui est pourtant entièrement dévouée. La présidente de Montreuil ne juge pas possible une libération. En 1785, sa femme écrit : «
M.
de Sade, c’est toujours la même chose : il ne peut retenir sa plume et cela lui fait un tort incroyable. » « L’effervescence de caractère ne change point », souligne
me
de Montreuil, « un long accès de folie furieuse », note
Le Noir
, traité dans une lettre de
juillet 1783
de « foutu ganache » et de « protecteur-né des bordels de la capitale ».
La libération devenant improbable, la rage s’éternise dans ses lettres de Vincennes et de la Bastille :
« Depuis que je ne puis plus lire ni écrire (
de janvier à juillet 83, Sade perd presque totalement l’usage d’un œil
), voilà le cent onzième supplice que j’invente pour elle (
sa belle-mère Madame de Montreuil
). Ce matin, je la voyais écorchée vive, traînée sur des chardons et jetée ensuite dans une cuve de vinaigre. Et je lui disais : exécrable créature, voilà, pour avoir vendu ton gendre à des bourreaux ! Voilà, pour avoir ruiné et déshonoré ton gendre ! Voilà, pour lui avoir fait perdre les plus belles années de sa vie, quand il ne tenait qu’à toi de le sauver après son jugement
45
! »
« Ma façon de penser, dites-vous, ne peut être approuvée. Eh, que m'importe ! Bien fou est celui qui adopte une façon de penser pour les autres ! Ma façon de penser est le fruit de mes réflexions ; elle tient à mon existence, à mon organisation. Je ne suis pas le maître de la changer ; je le serais, que je ne le ferais pas. Cette façon de penser que vous blâmez fait l'unique consolation de ma vie ; elle allège toutes mes peines en prison et j'y tiens plus qu'à la vie.
Ce n'est point ma façon de penser qui a fait mon malheur, c'est celle des autres
46
. »
Ce qui n’exclut pas chez le prisonnier Sade le recours à l’ironie :
« Si j'avais eu
Monsieur le 6
à guérir, je m'y serais pris bien différemment, car au lieu de l'enfermer avec des anthropophages, je l'aurais clôturé avec des filles ; je lui en aurais fourni en si bon nombre que le diable m'emporte si, depuis sept ans qu'il est là, l'huile de la lampe n'était pas consumée ! Quand on a un cheval trop fougueux, on le galope dans les terres labourées ; on ne l'enferme pas à l'écurie. […]
Monsieur le 6
, au milieu d'un sérail, serait devenu
l'ami des femmes
; uniquement occupé de servir les dames et de satisfaire leurs délicats désirs,
Monsieur le 6
aurait sacrifié tous les siens. Et voilà comme, dans le sein du vice, je l'aurais ramené à la vertu
47
! »
Ou lorsque l'administration pénitentiaire lui refuse les
Confessions
de
Jean-Jacques Rousseau
« Me refuser les Confessions de Jean-Jacques est encore une excellente chose, surtout après m'avoir envoyé
Lucrèce
et les dialogues de
Voltaire
; ça prouve un grand discernement, une judiciaire profonde dans vos directeurs. Hélas ! ils me font bien de l'honneur, de croire qu'un auteur déiste puisse être un mauvais livre pour moi ; je voudrais bien en être encore là. Vous n'êtes pas sublimes dans vos moyens de cure, Messieurs les directeurs ! […] Ayez le bon sens de comprendre que Rousseau peut être un auteur dangereux pour de lourds bigots de votre espèce, et qu'il devient un excellent livre pour moi. Jean-Jacques est à mon égard ce qu'est pour vous une
Imitation de Jésus-Christ
. La morale et la religion de Rousseau sont des choses sévères pour moi, et je les lis quand je veux m'édifier […] Vous avez imaginé faire merveille, je le parierais, en me réduisant à une abstinence atroce sur le péché de la chair. Eh bien, vous vous êtes trompés : vous avez échauffé ma tête, vous m'avez fait former des fantômes qu'il faudra que je réalise
47
. »
Sans oublier des accès de folâtrerie dignes de
Molière
, ainsi sa réplique à son valet La Jeunesse le
8 octobre 1779
« Tu fais l'insolent, mon fils ! Si j'étais là je te rosserais… Comment, vieux jean foutre de singe, visage de chiendent barbouillé de jus de mûre, échalas de la vigne de Noé, arête de la baleine de Jonas, vieille allumette de briquet de bordel, chandelle rance de vingt-quatre à la livre, sangle pourrie du baudet de ma femme, […] Ah, vieille citrouille confite dans du jus de punaise, troisième corne de la tête du diable, figure de morue allongée comme les deux oreilles d'une huître, savate de maquerelle, linge sale des choses rouges de Milli Printemps (
lle
de Rousset
), si je te tenais, comme je t'en frotterais avec ton sale groin de pomme cuite qui ressemble à des marrons qui brûlent, pour t'apprendre à mentir de la sorte. »
L’incarcération l’amène à chercher dans l’imaginaire des compensations à ce que sa situation a de frustrant. Son interminable captivité excite jusqu’à la folie son imagination. Condamné pour débauches outrées, il se lance dans une œuvre littéraire qui s’en prend aux puissances sociales que sont la religion et la morale. « En prison entre un homme, il en sort un écrivain. », note
Simone de Beauvoir
Le
22 octobre 1785
, il entreprend la mise au net des brouillons des
Cent Vingt Journées de Sodome
, sa première grande œuvre, un « gigantesque catalogue de perversions », selon
Jean Paulhan
. Afin d’éviter la saisie de l’ouvrage, il en recopie le texte d’une écriture minuscule et serrée sur
33 feuillets
de 11,5
cm
collés bout à bout et formant une bande de 12
de long, remplie des deux côtés.
Le
2 juillet 1789
, « il s’est mis hier à midi à sa fenêtre, et a crié de toutes ses forces, et a été entendu de tout le voisinage et des passants, qu’on égorgeait, qu’on assassinait les prisonniers de la Bastille, et qu’il fallait venir à leur secours », rapporte
48
le
marquis de Launay
gouverneur de la Bastille
, qui obtient le transfert immédiat de « cet être que rien ne peut réduire » à
Charenton
, alors hospice de malades mentaux tenu par les frères de la Charité
49
. On ne lui laisse rien emporter. « Plus de cent louis de meubles, six cents volumes dont quelques-uns fort chers et, ce qui est irréparable, quinze volumes de mes ouvrages manuscrits […] furent mis sous le scellé du commissaire de la Bastille. » La forteresse ayant été prise, pillée et démolie, Sade ne retrouvera ni le manuscrit, ni les brouillons. La perte d’un tel ouvrage lui fera verser des « larmes de sang ».
L'histoire du manuscrit des
Cent Vingt Journées de Sodome
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Le rouleau de la Bastille : le manuscrit des
Cent-Vingt Journées de Sodome
exposé en 2014 à l'hôtel de Bragelonne
En 2020,
Michel Delon
, dans son livre,
La
121
journée
, détaille l’incroyable histoire du manuscrit. Le rouleau aurait été trouvé dans la cellule de Sade, peut-être caché dans la fente d’un mur, par un ouvrier travaillant à la démolition de la Bastille, un certain Arnoux, originaire de
Saint-Maximin-la-Sainte-Baume
. Il devient en
Provence
la possession d'une famille de bibliophiles, les
Villeneuve-Trans
, qui le conserveront pendant trois générations.
À la fin du
XIX
siècle, il est vendu à
Iwan Bloch
, un médecin berlinois intéressé par la sexologie, qui publiera en 1904, sous le pseudonyme d’Eugène Dühren, une première version comportant de nombreuses erreurs de transcription
50
. En 1929, après la mort de Bloch,
Maurice Heine
, mandaté par le célèbre couple de mécènes
Charles
et
Marie-Laure de Noailles
— cette dernière née Bischoffsheim étant une descendante du marquis —, rachète le manuscrit et en publie, de 1931 à 1935, une version, qui, en raison de sa qualité, peut être considérée comme la seule qui soit originale.
En 1982, le manuscrit est volé à une descendante du vicomte de Noailles, exporté illégalement de France et revendu, à Genève, au collectionneur suisse, Gérard Nordmann (1930-1992). Entre-temps, en
juin 1990
, la France estime que le manuscrit a été volé et qu'il doit être restitué à la famille de Noailles. De son côté, en
mai 1998
, le tribunal fédéral helvétique estime que Nordmann a acquis en toute légalité le document. Il est exposé au public pour la première fois en 2004, à la
fondation Martin Bodmer
, près de
Genève
. En
avril 2014
, un compromis entre les familles est trouvé par
Gérard Lhéritier
, gestionnaire de la société
Aristophil
qui achète des manuscrits et en vend l’indivision à de nombreux investisseurs avec promesse de plus-value et rendement élevé, qui en devient acquéreur. Aristophil ouvre en 2004 un
Musée des lettres et manuscrits
dans l’
hôtel de Bragelonne
, où le rouleau est exposé en 2014 lors d’une exposition.
En 2015, Gérard Lhéritier étant soupçonné d’escroquerie et de pratique commerciale trompeuse, la société Aristophil est mise en liquidation judiciaire et les collections mises en vente. Le rouleau de Sade est proposé à la vente en
décembre 2017
, estimé entre 4 et 6 millions. Deux jours avant la vente, il est classé
trésor national
par la ministre de la Culture,
Françoise Nyssen
pour son caractère exceptionnel par « sa forme particulière résultant des conditions de sa création en cellule lors de l’incarcération du marquis de Sade à la Bastille, son parcours fort mouvementé, sa réputation sulfureuse et son influence sur un certain nombre d’écrivains français du
XX
siècle
51
». L’État lance en 2021 un appel au mécénat d'entreprise pour acquérir le manuscrit. La somme à réunir atteint
4,55 millions
d’euros
52
. Le
9 juillet 2021
, le
Ministère de la Culture
annonce que le manuscrit a été acquis par l'État et sera conservé à la
Bibliothèque de l'Arsenal
à Paris
53
Sade et la Révolution
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Sade met sa plume au service de la
Section des Piques
. Le
2 novembre 1792
, il lit ce discours qui lui vaut les félicitations de ses collègues ; on en décide l’impression et l’envoit aux autres sections.
Rendu à la liberté le
2 avril 1790
par l’abolition des
lettres de cachet
, Sade s’installe à Paris.
Il a cinquante ans. Il est méconnaissable, physiquement marqué par ces treize années. Il a prodigieusement grossi, gavé de pâtisseries grâce à l'argent versé par sa famille
N 14
. « J’ai acquis, faute d’exercice, une corpulence si énorme qu’à peine puis-je me remuer », reconnaît-il.
La marquise, réfugiée dans un couvent, demande la séparation de corps et l’obtient. Il fait la connaissance de Marie-Constance Quesnet, « Sensible », une comédienne de
33 ans
qui ne le quittera plus jusqu’à sa mort. Les dévergondages de son imagination, il les réserve désormais à son œuvre. Dès que je serai libre, avait-il prévenu en 1782, « ce sera avec une bien grande satisfaction que, me relivrant à mon seul genre, je quitterai les pinceaux de Molière pour ceux de l’
Arétin
».
Ses fils émigrent, il ne les suit pas. Il essaie de faire jouer ses pièces sans grand succès. Sa qualité de ci-devant le rend
a priori
suspect. Il se lance dans le mouvement révolutionnaire et met ses talents d'homme de lettres au service de sa section de la place Vendôme, la
section des Piques
— à laquelle appartient
Robespierre
. Et aussi les Montreuil ! Sade ne profitera pas de ce retournement de situation pour se venger de sa belle-mère qui l'a fait enfermer à Vincennes et à la Bastille. « J'ai fait passer, pendant ma présidence, les Montreuil à une liste épuratoire. Si j'avais dit un mot, ils étaient malmenés. Je me suis tu ; voilà comme je me venge », écrit-il à Gaufridy le
3 août 1793
. Mais Sade n'a pas intérêt à voir ses beaux-parents déclarés « suspects », cela pourrait être dangereux pour lui et d'autre part, ce sont les Montreuil qui entretiennent sa femme et ses enfants.
En 1792, « Louis Sade, homme de lettres » est nommé secrétaire, puis en
juillet 1793
, président de la section des piques
54
. Le
9 octobre 1793
, il prononce le
Discours aux mânes de Marat et de Le Peletier
lors de la cérémonie organisée en hommage aux deux « martyrs de la liberté ». Entraîné par le succès de ses harangues et de ses pétitions, emporté par sa ferveur athée, il prend des positions extrêmes en matière de
déchristianisation
au moment où le mouvement va être désavoué par
Robespierre
et les
sans-culottes
les plus radicaux éliminés de la scène (les
Hébertistes
vont être exécutés le
24 mars
).
Le
15 novembre
, délégué à la
Convention
, il est chargé de rédiger et d'y lire, en présence de Robespierre qui déteste l'athéisme et les mascarades antireligieuses, une pétition sur l'abandon des
« illusions religieuses »
au nom de six sections
55
« Législateurs, le règne de la philosophie vient anéantir enfin celui de l'imposture […] Envoyons la courtisane de Galilée se reposer de la peine qu’elle eut de nous faire croire, pendant dix-huit siècles, qu’une femme peut enfanter sans cesser d’être vierge ! Congédions aussi tous ses acolytes ; ce n’est plus auprès du
temple de la Raison
que nous pouvons révérer encore des Sulpice ou des Paul, des Magdeleine ou des Catherine
56
… »
Il s'expose imprudemment en cette occasion. « Sa masse considérable était-elle couverte d’une chasuble ? Tient-il la crosse en main ? A-t-il posé la mitre sur ses cheveux presque blancs ? Au moins — c’était pratiquement obligatoire en novembre 93 dans sa position, un bonnet rouge
57
? », se demande Pauvert. Une semaine plus tard, Robespierre répond dans son
Discours pour la liberté des cultes
prononcé au
club des Jacobins
: « Nous déjouerons dans leurs marches contre-révolutionnaires ces hommes qui n'ont eu d'autre mérite que celui de se parer d'un zèle anti-religieux… Oui, tous ces hommes faux sont criminels, et nous les punirons malgré leur apparent patriotisme. »
Lever
écrit : « Robespierre et Sade ! Le premier, cravaté de roideur vertueuse ne pouvait que mépriser l'adiposité de son collègue de section. Ce prototype du voluptueux lui inspira sûrement, dès la première rencontre, un insupportable dégoût […] L'antipathie de Robespierre dut se changer en haine après la pétition du
15 novembre
58
. » Le
8 décembre
, Sade est incarcéré aux
Madelonnettes
comme suspect. En
janvier 1794
, il est transféré aux Carmes, puis à Saint-Lazare. Le
27 mars
, Constance Quesnet réussit à le faire transférer à
Picpus
, dans une maison de santé hébergeant de riches « suspects » incarcérés dans différentes prisons de Paris que l’on faisait passer pour malades, la
maison Coignard
, voisine et concurrente de la
pension Belhomme
, que Sade qualifie en 1794 de paradis terrestre
59
Le
8 thermidor
26 juillet
) il est condamné à mort par
Fouquier-Tinville
pour « intelligences et correspondances avec les ennemis de la République » avec vingt-sept autres accusés. Le lendemain (
9 thermidor
), l’huissier du Tribunal se transporte dans les diverses maisons d’arrêt de Paris pour les saisir au corps, mais cinq d’entre eux manquent à l’appel, dont Sade. Il est sauvé par la
chute de Robespierre
et quitte Picpus le
15 octobre
. À quoi doit-il d’avoir échappé à la guillotine ? Au désordre des dossiers et à l’encombrement des prisons comme le pense Lely, ou aux démarches et aux pots-de-vin de Constance Quesnet qui a des amis
60
au
Comité de sûreté générale
, comme le croient ses deux plus récents biographes Pauvert et Lever ? On en est réduit aux hypothèses. Il écrit à son homme d’affaires provençal le
21 janvier 1795
« Ma détention nationale, la guillotine sous les yeux m’a fait cent fois plus de mal que ne m’en avaient fait toutes les bastilles imaginables. »
Libéré, il cherche des moyens de subsistance. En 1795, il publie, ouvertement,
Aline et Valcour, ou le Roman philosophique
, un roman où deux amants font le tour du monde à la recherche l'un de l'autre, dans le goût de
La Nouvelle Héloïse
de Rousseau, qui passe inaperçu et, clandestinement, la
Philosophie dans le boudoir
, « sans doute tiré à très peu d'exemplaires et fort cher, qui s'efface aussitôt paru et ne refera surface qu'au
XIX
siècle (toujours clandestinement bien entendu)
61
». En 1796, il vend le
château de La Coste
au député du Vaucluse
Rovère
. Il voyage en Provence avec Constance Quesnet de mai à
septembre 1797
pour essayer de vendre les propriétés qui lui restent mais son nom se trouve par erreur sur la
liste des émigrés
du
Vaucluse
, l'administration le confondant avec son fils Louis-Marie qui a émigré
N 15
, ce qui place ses biens sous séquestre et le prive de ses principaux revenus. Sa situation s’est considérablement dégradée. Aux abois, couvert de dettes, il doit gagner sa vie.
La production d’ouvrages clandestins pornographiques devient pour Sade une bénéfique ressource financière : en 1799,
La Nouvelle Justine
suivi de
l’Histoire de Juliette, sa sœur
, qu’il désavoue farouchement, lui permet de payer ses dettes les plus criardes. Les saisies de l’ouvrage n’interviendront qu’un an après sa sortie, mais déjà, l’étau se resserre. La presse se déchaîne contre lui et persiste à lui attribuer
Justine
en dépit de ses dénégations.
On lit dans la gazette
L'Ami des Lois
du
29 août 1799
« On assure que de Sade est mort. Le nom seul de cet infâme écrivain exhale une odeur cadavéreuse qui tue la vertu et inspire l’horreur : il est auteur de
Justine ou les Malheurs de la vertu
. Le cœur le plus dépravé, l’esprit le plus dégradé, l’imagination la plus bizarrement obscène ne peuvent rien inventer qui outrage autant la raison, la pudeur, l’humanité. »
Une œuvre emblématique :
Justine
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La Nouvelle Justine
, édition de " 1797 " (fausse date pour 1799) en dix volumes.
L'édition est illustrée de cent gravures obscènes.
Certaines figures de fiction ont accompagné leur créateur tout au long de leur vie : comme
Faust
62
pour
Goethe
ou
Figaro
63
pour
Beaumarchais
, c’est le cas de
Justine
pour Sade. Comme la plupart de ses romans,
Justine
est un texte d’une très grande violence, laquelle se manifeste sous la forme d’une force « fondamentalement brute
64
».
Une première version,
Les Infortunes de la vertu
, est rédigée à la Bastille en 1787, un conte philosophique au ton voltairien. Par étapes successives, l’auteur ajoute de nouveaux épisodes scabreux qu’il fait se succéder les uns aux autres, comme un feuilleton.
Une deuxième version, deux fois et demi plus longue, franchement pornographique, est publiée en 1791 après sa libération des prisons royales grâce à l'abolition des lettres de cachet. Sade annonce à Reinaud, son avocat à Aix : « On imprime actuellement un roman de moi, mais trop immoral pour être envoyé à un homme aussi pieux, aussi décent que vous. J’avais besoin d’argent, mon éditeur me le demandait
bien poivré
, et je lui ai fait capable d’empester le diable. On l’appelle
Justine ou les Malheurs de la vertu
. Brûlez-le et ne le lisez point s’il tombe entre vos mains : je le renie. »
Lors de l'été 1799, chez l'imprimeur Colnet du Ravel commence l'impression d'une troisième variation de la même histoire qui transforme le roman en « une fresque hallucinée et sanglante
65
»; qui sera suivie de l’
Histoire de Juliette, sa sœur
, au début de l'année 1801. En tout, dix volumes, illustrés de cent gravures pornographiques, « la plus importante entreprise de librairie pornographique clandestine jamais vue dans le monde » selon Jean-Jacques Pauvert. Sade en désavouera toujours farouchement la paternité.
Le livre scandalise, mais surtout il fait peur : très vite on sent que la subversion l’emporte sur l’obscénité. C’est pourquoi les contemporains lui refusent ce minimum de tolérance dont bénéficient ordinairement les écrits licencieux. L’œuvre marque la naissance de la mythologie sadienne.
Treize ans en psychiatrie
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Bonaparte jetant
Justine
au feu :
« Le livre le plus abominable qu’ait enfanté l’imagination la plus dépravée
66
. »
Le
6 mars 1801
, une descente de police a lieu dans les bureaux de son imprimeur Nicolas Massé. Le
Consulat
a remplacé le
Directoire
. Le Premier consul
Bonaparte
négocie la réconciliation de la France et de la papauté et prépare la réouverture de
Notre-Dame
. Sade est arrêté
67
. Il va être interné, sans jugement, à
Sainte-Pélagie
. En 1803, son attitude provoque des plaintes qui obligent les autorités à le faire transférer le
14 mars
Bicêtre
, la « Bastille de la canaille », séjour trop infamant pour la famille qui obtient le
27 avril
un nouveau transfert à l'asile de Charenton comme fou. Comme il jouissait de toutes ses facultés mentales, on invoqua l’obsession sexuelle :
« Cet homme incorrigible, écrit le
préfet Dubois
, est dans un état perpétuel de démence libertine. »
Il reste, dans les
Souvenirs
de
Charles Nodier
, un portrait de Sade au moment de son transfert :
« Un de ces messieurs se leva de très bonne heure parce qu’il allait être transféré, et qu’il en était prévenu. Je ne remarquai d’abord en lui qu’une obésité énorme, qui gênait assez ses mouvements pour l’empêcher de déployer un reste de grâce et d’élégance dont on retrouvait les traces dans l’ensemble de ses manières et dans son langage. Ses yeux fatigués conservaient cependant je ne sais quoi de brillant et de fin, qui s’y ranimait de temps à autre comme une étincelle expirante sur un charbon éteint
68
. »
Plan de la
maison de santé de Charenton
en 1838.
Charenton
, il jouit de conditions privilégiées. Il occupe une chambre agréable que prolonge une petite bibliothèque, le tout donnant sur la verdure du côté de la Marne. Il se promène dans le parc à volonté, tient table ouverte, reçoit chez lui certains malades ou leur rend visite. Constance Quesnet, se faisant passer pour sa fille naturelle, vient le rejoindre en
août 1804
et occupe une chambre voisine. Aussitôt enfermé, et pendant des années, il proteste et s’agite. Il fait l’objet d’une étroite surveillance. Sa chambre est régulièrement visitée par les services de police, chargés de saisir tout manuscrit licencieux qui pourrait s’y trouver. Le
5 juin 1807
, la police saisit un manuscrit,
Les Journées de Florbelle
« dix volumes d’atrocités, de blasphèmes, de scélératesse, allant au-delà des horreurs de Justine et de Juliette »
écrit le préfet Dubois à son ministre
Fouché
François Simonnet de Coulmiers
, directeur de l'
asile de Charenton
Sade sympathise avec le directeur de Charenton,
M.
de Coulmiers
. Ce dernier avait toujours cru aux vertus thérapeutiques du spectacle sur les maladies mentales. De son côté, le marquis nourrissait une passion sans bornes pour le théâtre. Il va devenir l’ordonnateur de fêtes qui défrayèrent la chronique de l’époque.
Coulmiers fait construire un véritable théâtre. En face de la scène s’élèvent des gradins destinés à recevoir une quarantaine de malades mentaux, choisis parmi les moins agités. Le reste de la salle peut recevoir environ deux cents spectateurs, exclusivement recrutés sur invitation. Très vite, il devient du dernier chic d’être convié aux spectacles de Charenton. La distribution des pièces comporte en général un petit nombre d’aliénés, les autres rôles étant tenus soit par des comédiens professionnels, soit par des amateurs avertis comme
M.
de Sade ou Marie-Constance Quesnet. Le marquis compose des pièces pour le théâtre et dirige les répétitions
69
Supplique de Sade à
Fouché
en 1804 demandant l’assouplissement de sa détention.
Le médecin-chef, en désaccord avec le directeur, estime que la place de Sade n’est pas à l’hôpital mais
« dans une maison de sûreté ou un château fort »
. La liberté dont il jouit à Charenton est trop grande. Sade n’est pas fou mais rend fou. La société ne peut espérer le soigner, elle doit le soumettre à
« la séquestration la plus sévère »
. En 1808, le préfet Dubois ordonne son transfert au
fort de Ham
. La famille intervient auprès de
Fouché
qui révoque l’ordre et autorise Sade à demeurer à Charenton.
En 1810, Sade a soixante-dix ans. Mais l’auteur de
Justine
fait toujours peur aux autorités. Le nouveau ministre de l’Intérieur, le comte de
Montalivet
, resserre la surveillance :
« considérant que le sieur de Sade est atteint de la plus dangereuse des folies ; que ses communications avec les autres habitués de la maison offrent des dangers incalculables ; que ses écrits ne sont pas moins insensés que ses paroles et sa conduite, […] il sera placé dans un local entièrement séparé, de manière que toute communication lui soit interdite sous quelque prétexte que ce soit. On aura le plus grand soin de lui interdire tout usage de crayons, d’encre, de plumes et de papier. »
On dispose d'une description physique de Sade, âgé de soixante-douze ans, dans les mémoires de
lle
Flore, artiste au
théâtre des Variétés
« Il avait une assez belle tête un peu longue, les coins de la bouche retombaient avec un sourire dédaigneux. Ses yeux, petits mais brillants, étaient dissimulés sous une forte arcade qu'ombrageaient d'épais sourcils
70
. »
Obèse et malade, Sade meurt en 1814 d'un
œdème aigu du poumon
d'une très probable origine cardiaque »
71
. Quelques années auparavant, il avait demandé dans son testament à ne pas être autopsié et à être enterré non religieusement dans un bois de sa terre de la Malmaison, près d'Épernon :
« … La fosse une fois recouverte, il sera semé dessus des glands, afin que par la suite le terrain de ladite fosse se trouvant regarni, et le taillis se retrouvant fourré comme il l'était auparavant, les traces de ma tombe disparaissent de dessus la surface de la terre, comme je me flatte que ma mémoire s'effacera de l'esprit des hommes. »
Sa terre de la Malmaison étant vendue, Claude-Armand, son fils cadet et exécuteur testamentaire, le fait enterrer dans le cimetière de
Charenton
en présence d'un prêtre malgré ses dernières volontés. Les manuscrits saisis dans sa chambre sont emportés à la préfecture de police de Paris et triés. « Ceux qui intéressent les mœurs et la religion » sont brûlés en présence de Claude-Armand.
En 1818, des travaux dans le cimetière exigent de déplacer sa sépulture. Le docteur Ramon, interne de la maison de Charenton, qui s'occupe de
phrénologie
, se fait remettre le crâne afin de l'étudier. Il écrit dans ses « Notes sur
M.
de Sade
72
», après avoir donné ses mesures et ses observations :
« En un mot, si rien ne me faisait deviner dans Sade se promenant gravement, et je dirai presque patriarcalement, l'auteur de
Justine
et de
Juliette
, l'inspection de sa tête me l'eut fait absoudre de l'inculpation de pareilles œuvres : son crâne était en tous points semblable à celui d'un Père de l'église. »
Le docteur Spurzheim, disciple du médecin
Franz Joseph Gall
, père de la
phrénologie
, emprunte le crâne et en fait faire un moulage. À sa mort, le crâne a disparu. Seul reste un moulage dans les réserves du
musée de l'Homme
73
. En 2012, à partir de ce moulage, un tirage en bronze de 99 exemplaires numérotés a été exécuté à des fins commerciales par un fondeur d’art français.
Œuvres
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Justine ou les Malheurs de la vertu
, édition originale de 1791, ornée d’un frontispice allégorique de
Philippe Chéry
représentant la Vertu entre la Luxure et l’Irréligion. Le nom de l’auteur ne figure pas sur la page de titre et le nom de l’éditeur (Girouard à Paris) est remplacé par la mention : « En Hollande, chez les Libraires associés ».
Œuvres clandestines
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Publiées sous le voile de l'anonymat, objets de scandale dès leur parution, interdites jusqu'en 1960, elles sont à l'origine de la renommée de leur auteur et lui valent ses dernières années d'emprisonnement. Publiquement, Sade a toujours soutenu opiniâtrement qu'elles n'étaient pas de sa plume.
Justine ou les Malheurs de la vertu
, publié en 1791 (la trame originale est celle du conte
Les Infortunes de la vertu
, rédigé en 1787).
La Philosophie dans le boudoir
, publié en 1795.
La Nouvelle Justine
, suivi de l’
Histoire de Juliette, sa sœur
(également titré
Histoire de Juliette, ou les Prospérités du vice
), et leurs cent et une gravures, la plus importante et la plus radicale des œuvres publiées de son vivant (publication de 1797
74
à 1801).
Les Cent Vingt Journées de Sodome
, manuscrit disparu à la prise de la Bastille.
Iwan Bloch
, un psychiatre allemand, l'imprime en 1904, cette édition est défectueuse. L'édition de référence par
Maurice Heine
paraît en 1931-1935.
Le manuscrit des
Journées de Florbelle ou la Nature dévoilée
, important récit en dix volumes in-4° rédigé à Charenton, terminé le
29 avril 1807
, sera saisi par la police lors d'une perquisition le
5 juin
dans l'appartement de Constance Quesnet. Après la mort du marquis, sur ordre du préfet de police Delavau et à la requête de son fils Claude-Armand, tout ce qui a été saisi à plusieurs reprises à Charenton est brûlé dans la cour de la préfecture. Seuls
17 feuillets
de remarques de Sade sur son récit ont échappé à la destruction et ont pu être photographiés par
Maurice Heine
, qui a fait don de sa reproduction au département des Manuscrits de la BNF.
Œuvres officielles
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Revendiquées par Sade, signées, sauf une :
Le Comte Oxtiern ou les Effets du libertinage
, seule pièce de Sade — sur dix-sept connues — représentée au théâtre en 1791 et lors de l'hiver 1799/1800, où il joue lui-même un des rôles, et publiée en 1800. Les autres pièces, non imprimées de son vivant, ont été publiées en 1970 par Jean-Jacques Pauvert
75
Aline et Valcour
publiée en 1795.
Pauline et Belval
ou les Victimes d'un amour criminel ; anecdote parisienne du
XVIII
siècle, d'après les corrections de l'auteur d'Aline et Valcour
, An VI (22/09/97 au 21/09/98). On connaît trois autres éditions, dont une non autorisée, pirate et sans date :
Pauline et Belval, Ou les victimes d'un amour criminel. Par le Marquis De SADE, Auteur d'Aline et Valcour, etc. etc.
, qui est la seule à attribuer la paternité complète de l'ouvrage à Sade. L'édition de 1812, titre, sans mentionner « l'auteur d'Aline et Valcour »,
Pauline et Belval, ou Suites funestes d'un amour criminel ; Anecdote récente avec romance et figures, par
M.
R***
, la quatrième édition, de 1817, posthume donc, titre
Pauline et Belval, ou les Victimes d'un amour criminel ; Anecdote parisienne du
XIX
siècle, avec romance et figures. Par
M.
R***, d'après les corrections faites par l'auteur d'Aline et Valcour
. Publications officielles. C'est un roman sentimental dramatique. Dans la préface, énigmatique et paradoxale à souhait, Sade fait la critique du roman, et elle est assez sévère, mais il en justifie la publication. Dans cette préface et au moins certains passages on reconnaît indéniablement la main de Sade. Ce roman larmoyant, tout en longueurs et en langueurs a tout ce qu'il faut pour excéder Sade lui-même, et il le dit dans la préface. Tout en étant préfacier, relecteur, il se démarque de cet ouvrage dont toute l'énigme réside dans le partenariat — jamais commenté ni démenti par Sade — qui l'a motivé et dont nous ne savons rien.
La Rose
, romance chantée. Paroles de Mr Sade. Mise en musique par D'Heyder. Propriété de Jame Éditeur. À Paris. Cette chanson de 2 pages à l'impression a été composée alors que Sade était enfermé à Sainte-Pélagie, elle était initialement chantée sur l'air de
la Soirée orageuse
, 1800.
Les Crimes de l'Amour
publiée en 1800, recueil de onze nouvelles composées à la Bastille entre 1787 et 1788, précédées d'un court essai intitulé
Idée sur les romans
(essai sur le genre romanesque commenté dans l'article
Réflexions sur le roman au
XVIII
siècle
).
La Marquise de Gange
, roman historique, publié anonymement en 1813 (enfermé à Charenton il ne peut pas faire imprimer son nom).
Textes politiques :
1791. Adresse d'un citoyen de Paris, au roi des Français, libelle imprimé dans les jours qui suivent le retour du roi après son arrestation à Varennes.
Nommé secrétaire de la section des Piques, le « citoyen Sade, hommes de lettres » a rédigé pour sa section, en 1792 et 1793, des discours ou des pétitions, on en connait huit imprimés et un qui ne l'a pas été (07/11/93) :
1792,
28 octobre
. Section des Piques. Observations présentées à l'Assemblée administrative des hôpitaux. Sade, rédacteur.
1792,
2 novembre
. Section des Piques. Idée sur le mode de sanctions des Loix; par un citoyen de cette Section. Le plus important texte politique imprimé de Sade. Ce texte, entre autres, lui vaudra son arrestation et sa condamnation par la Terreur.
1793. Projet de pétition des sections de Paris à la Convention nationale.
1793, juin. Pétition des Sections de Paris à la Convention nationale. Version corrigée et définitive du projet précédent, les deux impressions existent.
1793,
12 juillet
. Section des Piques. Extrait des Registres des délibérations de l'Assemblée générale et permanente de la Section des Piques.
1793,
19 juillet
. La Section des Piques à ses Frères et Amis de la Société de la Liberté et de l'Égalité, à Saintes, département de la Charente-Inférieure.
1793,
29 septembre
. Section des Piques. Discours prononcé à la Fête décernée par la Section des Piques, aux mânes de Marat et de Le Pelletier, par Sade, citoyen de cette Section et membre de la Société populaire.
1793,
7 novembre
. Projet tendant à changer le nom des rues de l'arrondissement de la section des Piques. Présenté par Sade à l'assemblée de sa section le
7 novembre 1793
(Envoyé à l'impression, il ne sera pas imprimé.).
1793,
15 novembre
. Pétition de la Section des Piques, aux représentants du peuple français. Sade, rédacteur. Ce
jour de la
III
décade du
mois de la
année de la République française, une et indivisible.
Le manuscrit inédit du
Dialogue entre un prêtre et un moribond
, manifeste de l'athéisme irréductible de Sade, rédigé au donjon de Vincennes en 1782, a été découvert et publié en 1926 par
Maurice Heine
, ainsi que
Historiettes, Contes et Fabliaux
(dont certains, à ce jour, restent perdus). Initialement, Sade avait prévu d'alterner dans une même publication ces contes et les nouvelles, tragiques, des
Crimes de l'amour
, parus en 1800.
Sade, à Charenton, a également écrit deux autres romans historiques qui ne seront pas imprimés de son vivant :
Histoire secrète d'Isabelle de Bavière, reine de France
et
Adélaïde de Brunswick, princesse de Saxe
Correspondance
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La découverte, au cours du
XX
siècle, d’une importante correspondance a été essentielle pour la connaissance de la vie du « divin marquis » et a révélé parallèlement un étonnant
épistolier
En 1929, Paul Bourdin est le premier à publier la « Correspondance inédite du marquis de Sade, de ses proches et de ses familiers », conservée par le notaire d'Apt Gaufridy et par ses successeurs. Gaufridy, régisseur des biens de Sade en Provence (La Coste, Saumane, Mazan, Arles) pendant vingt-six ans, a été l’homme de confiance du marquis, de
me
de Sade et de
me
de Montreuil. Ces lettres donnent l’histoire presque journalière de sa famille de 1774 à 1800.
Lettre du marquis de Sade à son épouse depuis le donjon de Vincennes.
Une autre découverte importante est faite par Gilbert Lely en 1948 dans les archives familiales que le descendant direct du marquis, Xavier de Sade, accepte de lui ouvrir au château de Condé-en-Brie : cent soixante-deux lettres du marquis écrites au donjon de Vincennes et dix-sept lettres rédigées à la Bastille, qu’il publiera en trois recueils :
L'Aigle, Mademoiselle…
(1949),
Le Carillon de Vincennes
(1953),
Monsieur le 6
(1954).
Maurice Lever
retrouvera, toujours dans les archives familiales, les lettres du marquis et de sa jeune belle-sœur, Anne-Prospère de Launay, chanoinesse bénédictine, échangées pendant leur liaison. Il les publiera en 2005 sous le titre
Je jure à
M.
le marquis de Sade, mon amant, de n’être jamais qu’à lui…
Enfin, Alice M. Laborde (1922-2010), professeur de français à l'
université de Californie à Irvine
et spécialiste du
XVIII
siècle, a entrepris, de 1991 à 1997, la publication d’une correspondance générale du marquis de Sade et de ses proches en vingt-sept volumes aux
Éditions Slatkine
à Genève.
Journal de Charenton
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Georges Daumas a publié en 1970 des fragments — le reste ayant été saisi et détruit — du Journal écrit par le marquis à l’asile de Charenton. Retrouvés par le comte Xavier de Sade dans les archives familiales, ils couvrent la période du
5 juin 1807
au
26 août 1808
et du
18 juillet
au
30 novembre 1814
, l’avant-veille de sa mort. Ils sont difficiles à comprendre, le marquis n’écrivant que pour lui et avec précaution, par allusions pour la plupart très difficiles à élucider. La graphie est souvent abrégée, volontiers incorrecte, hâtive, négligée. L’intimité découverte est triste : « argent, mensonges, querelles, illusions puériles, le tout assaisonné par un érotisme pauvrement prolongé, dans un tout petit univers clos, terne et étouffant
76
. » On y découvre la dernière aventure érotique du marquis avec Madeleine Leclerc qui semble avoir été la fille d'une employée de l'hospice de Charenton, probablement apprentie dans la couture ou le blanchissage. Georges Daumas fixe « grâce à l'extraordinaire manie chiffrale du marquis » au
15 novembre 1812
la première visite de la jeune fille dans sa chambre et vers le
15 mai 1813
leurs premières relations intimes. Le marquis a alors soixante-treize ans et sa partenaire seize. Il l'aurait, d'après « une note marginale du manuscrit fort discrète », remarquée à douze
77
Postérité
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De Sade au sadisme
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Sade disparu, son patronyme, synonyme d’infamie, entre assez vite dans le langage commun comme substantif et adjectif. Le néologisme « sadisme » apparaît dès 1834 dans le
Dictionnaire universel
de
Boiste
comme
« aberration épouvantable de la débauche : système monstrueux et antisocial qui révolte la nature. »
« Voilà un nom que tout le monde sait et que personne ne prononce ; la main tremble en l’écrivant, et quand on le prononce les oreilles vous tintent d’un son lugubre »
peut-on lire dans un dictionnaire de 1857
N 16
à l’article Sade.
« Non seulement cet homme prêche l’orgie, mais il prêche le
vol
, le
parricide
, le
sacrilège
, la profanation des tombeaux, l’
infanticide
, toutes les horreurs. Il a prévu et inventé des crimes que le
code pénal
n’a pas prévus ; il a imaginé des tortures que l’
Inquisition
n’a pas devinées
78
79
. »
En 1877,
Pierre Larousse
écrit :
« Celui qui écrivait de pareilles choses, qui reflétait dans ces pages immondes ses pensées et ses désirs, peut-être quelques faits réels de sa vie, avait sa place marquée à
Charenton
80
. »
C’est
Richard von Krafft-Ebing
, médecin allemand, qui donne, à la fin du
XIX
siècle, un statut scientifique au concept de
sadisme
, comme antonyme de
masochisme
pour désigner une perversion sexuelle dans laquelle la satisfaction est liée à la souffrance ou à l’humiliation infligée à autrui.
Auteur clandestin
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Illustration pour
Aline et Valcour
. Une jeune Bohémienne est torturée par l'Inquisition en Espagne.
L'œuvre de Sade restera interdite pendant un siècle et demi. En 1957 encore, dans le « procès Sade », Jean-Jacques Pauvert, éditeur de
Justine
, défendu par Maurice Garçon avec comme témoins
Georges Bataille
Jean Cocteau
et
Jean Paulhan
, sera condamné par la chambre correctionnelle de Paris
« à la confiscation et la destruction des ouvrages saisis »
Mais des éditions circulent sous le manteau, surtout à partir du Second Empire, époque des premières rééditions clandestines, destinées à un public averti et élitiste.
« Génération après génération, la révolte des jeunes écrivains du
XIX
et du
XX
siècle se nourrit de la fiction sadienne »
, écrit
Michel Delon
dans son introduction aux
Œuvres
de la Pléiade.
Sainte-Beuve
en avertit les abonnés de
La Revue des deux Mondes
en 1843 :
« J’oserai affirmer, sans crainte d’être démenti, que
Byron
et de Sade (je demande pardon du rapprochement) ont peut-être été les deux plus grands inspirateurs de nos modernes, l’un affiché et visible, l’autre clandestin – pas trop clandestin. En lisant certains de nos romanciers en vogue, si vous voulez le fond du coffre, l’escalier secret de l’alcôve, ne perdez jamais cette dernière clé. »
Flaubert
est un grand lecteur de Sade.
« Arrive. Je t’attends. Je m’arrangerai pour procurer à mes hôtes un de Sade complet ! Il y en aura des volumes sur les tables de nuit ! »
écrit-il à
Théophile Gautier
le
30 mai 1857
Les
Goncourt
notent dans leur
Journal
« C’est étonnant, ce de Sade, on le trouve à tous les bouts de Flaubert comme un horizon (
10 avril 1860
)… Causeries sur de Sade, auquel revient toujours, comme fasciné, l’esprit de Flaubert : “c’est le dernier mot du catholicisme”, dit-il. Je m’explique : c’est l’esprit de l’Inquisition, l’esprit de torture, l’esprit de l’Église du Moyen Âge, l’horreur de la nature (
20 janvier 1860
)… Visite de Flaubert. – Il y a vraiment chez Flaubert une obsession de Sade. Il va jusqu’à dire, dans ses plus beaux paradoxes, qu’il est le dernier mot du catholicisme (
9 avril 1861
). »
Baudelaire
écrit dans
Projets et notes diverses
« II faut toujours en revenir à de Sade, c'est-à-dire à
l'Homme Naturel
, pour expliquer le mal. »
Les Fleurs du mal
suggère ce quatrain à
Verlaine
Je compare ces vers étranges
Aux étranges vers que ferait
Un marquis de Sade discret
Qui saurait la
langue des anges
Dans
À Rebours
Huysmans
consacre plusieurs pages au sadisme,
« ce bâtard du catholicisme »
Réhabilitation
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Le tournant a lieu au début du
XX
siècle, période où s’amorce un processus de libération des corps et des sexes et où l’érotisme se manifeste en littérature par des catalogues d’ « art érotique » et des traités d’éducation sexuelle. Sade suscite l'intérêt des scientifiques et des romanciers en raison du caractère précurseur de sa démarche.
Un psychiatre allemand
Iwan Bloch
, sous le pseudonyme d’Eugen Dühren, publie en 1901, simultanément à Berlin et à Paris,
Le Marquis de Sade et son temps
, et en 1904 le rouleau retrouvé des
Cent Vingt Journées de Sodome
. Il fait de l’œuvre sadienne un document exemplaire sur les perversions sexuelles, « un objet de l’histoire et de la civilisation autant que de la science médicale » tout en rapprochant les excès sadiens de la dégénérescence française du temps.
Article de
Paul Éluard
dans le numéro 8 du
er
décembre 1926
de
La Révolution surréaliste
: « D.A.F. de Sade, écrivain fantastique et révolutionnaire ».
Apollinaire
est le premier à faire paraître, en 1909, une anthologie, en choisissant des textes sadiens très prudents et en insistant sur les réflexions morales et politiques plutôt que sur les éléments scabreux. En même temps, à l’image d’un débauché capable des pires excès et au cas pathologique qui intrigue la science médicale, il substitue un portrait psychologique, à dimension humaine, où sont valorisés le savoir immense et le courage de « l’esprit le plus libre qui ait jamais existé », d’un homme non « abominable », trop longtemps nié alors qu’« il pourrait bien dominer le
XX
siècle ».
À la suite d’Apollinaire, les
surréalistes
, se réclamant d’une logique de liberté et de frénésie, intègrent Sade, « prisonnier de tous les régimes » dans leur Panthéon. Sa présence est extraordinaire dans toutes leurs activités depuis le début. C’est
Desnos
qui écrit en 1923 : « Toutes nos aspirations actuelles ont été essentiellement formulées par Sade quand, le premier, il donna la vie sexuelle intégrale comme base à la vie sensible et intelligente » (
De l’érotisme
). C’est
André Breton
disant : « Sade est surréaliste dans le sadisme. » C’est
Paul Éluard
en 1926 reconnaissant : « Trois hommes ont aidé ma pensée à se libérer d’elle-même : le marquis de Sade, le
comte de Lautréamont
et André Breton ».
Éluard
écrit à son propos :
« Enfermé pendant trente années, il mourut dans un asile de fous, plus lucide et plus pur qu'aucun homme de son temps. En 1789, celui qui a bien mérité d'être appelé par dérision le Divin Marquis appelait de la Bastille le peuple au secours des prisonniers ; en 1793, dévoué pourtant corps et âme à la Révolution, membre de la section des Piques, il se dressait contre la peine de mort, il réprouvait les crimes que l'on commet sans passion, il demeure athée devant le nouveau culte, celui de l'Être Suprême que
Robespierre
fait célébrer ; il veut confronter son génie à celui de tout un peuple écolier de la liberté. A peine sorti de prison, il envoie au Premier Consul le premier exemplaire d'une libelle contre lui. Sade a voulu redonner à l'homme civilisé la force de ses instincts primitifs, il a voulu délivrer l'imagination amoureuse de ses propres objets. Il a cru que de là, et de là seulement, naîtra la véritable égalité. »
— Paul Eluard,
L'Évidence poétique
La Vie immédiate
Pour les surréalistes, Sade est un révolutionnaire. Ses discours politiques — pourtant en partie opportunistes et de circonstance — font de lui un philosophe apôtre de la liberté et de la Révolution
81
. L'anticolonialisme d'Aline et Valcour y a aussi contribué. Dans les années 1970 une longue phrase de ce roman philosophique qui tourne le dos à la perversion sadique, et dénonce les violentes persécutions de tous les peuples de couleur par
« l'Européen féroce, inquiet, né pour le malheur du reste de la terre renonçant à ses jouissances pour aller troubler celles des autres, catéchisant l'Asiatique, enchaînant l'Africain, exterminant le citoyen du Nouveau-Monde et cherchant encore dans le milieu des mers de malheureuses iles à subjuguer… »
a intéressé l'un d'eux, Georges-Henri Morin. Il la mit en introduction d'un livre traitant de l'image de l'Indien dans le western
82
Les surréalistes rendent hommage à Sade dans leur propre édition du jeu de Tarot
83
, où l'écrivain est décerné du titre de « Génie de la Révolution ».
Le portrait imaginaire de
Man Ray
(1938), profil sculpté dans les pierres de la Bastille sur fond de Révolution en marche, symbolise cette vision que tout le
XIX
siècle et une grande partie du
XX
siècle, jusqu’au graffiti de
mai 68
, « Sadiques de tous les pays, popularisez les luttes du divin marquis », se sont plu à répandre.
Mais Sade est l’écrivain de tous les paradoxes : après la Seconde Guerre mondiale et la découverte des camps de concentration, on le fait passer sans transition du communisme au nazisme :
« Que Sade n’ait pas été personnellement un terroriste, que son œuvre ait une valeur humaine profonde, n’empêcheront pas tous ceux qui ont donné une adhésion plus ou moins grande aux thèses du marquis de devoir envisager, sans hypocrisie, la réalité des camps d’extermination avec leurs horreurs non plus enfermées dans la tête d’un homme, mais pratiquées par des milliers de fanatiques. Les charniers complètent les philosophies, si désagréable que cela puisse être », écrit
Raymond Queneau
dans
Bâtons, chiffres et lettres
(1965), tandis que
Simone de Beauvoir
se demande : « Faut-il brûler Sade ? »
En 1946, Xavier, comte de Sade, propriétaire du
château de Condé
, rouvre la bibliothèque de son ancêtre qui était murée dans les greniers du château familial pour protéger toute la correspondance du marquis des deux guerres mondiales
84
. Après-guerre sont publiés sur la pensée sadienne, souvent par des philosophes, des textes qui font date :
Sade mon prochain
de
Pierre Klossowski
paraît en 1947,
Lautréamont et Sade
de
Maurice Blanchot
en 1949,
La littérature et le mal
Faut-il brûler Sade ?
(article de
Simone de Beauvoir
paru en 1955 dans
Les Temps Modernes
et parle chez le marquis d'une cérébralité lumineusement écrite
85
), puis « Sade, l’homme souverain » dans
L’Érotisme
, de
Georges Bataille
en 1957. Les écrits de Sade sont censurés jusqu'en 1957 pour
délit d'outrage à la morale publique et religieuse, ou aux bonnes mœurs
, l'éditeur
Jean-Jacques Pauvert
est condamné aux dépens le
12 mars 1958
pour la publication de certaines œuvres de Sade, mais la Cour d'appel de Paris ne lui reproche plus qu'une réédition offerte « à tout venant », confirmant la « saisie des livres » mais « ordonne que ces livres seront versés à la
Bibliothèque nationale
86
. Dans les années 1960, Sade devient, aux yeux de nombreux intellectuels français, un opérateur majeur de la « transgression »
87
Michel Foucault
souligne et théorise l’importance de la figure de Sade dans l’
Histoire de la folie
(1961),
Les Mots et les choses
(1966) et la « Présentation des
Œuvres complètes
de Bataille » (1970).
Jacques Lacan
publie
Kant avec Sade
en 1963. « La pensée de Sade » fait l’objet d’un numéro spécial de la revue
Tel Quel
, datée de l’hiver 1967 où figurent des textes de
Philippe Sollers
(« Sade dans le texte »), de
Pierre Klossowski
(« Sade ou le philosophe scélérat »), de
Roland Barthes
(« L’arbre du crime »), d’
Hubert Damisch
(« L’écriture sans mesure »).
Roland Barthes
écrit en 1971
Sade, Fourier, Loyola
et, dans
La Chambre claire
(1980), il éclaire l’expérience du modèle photographique par le texte sadien. Sollers se fait l’auteur, en 1989, d’une œuvre apocryphe de Sade intitulée
Contre l’Être suprême
, pamphlet politique et philosophique.
La dernière étape vers la reconnaissance de Sade est sans doute représentée par l’entrée de ses récits dans la
Bibliothèque de la Pléiade
en 1990
84
En 2014, dans le cadre du bicentenaire de la mort du marquis célébré par ses descendants, une exposition lui est consacrée au
Musée d'Orsay
88
Quant à la philosophe
Marie-Paule Farina
, qui a longuement étudié l'œuvre et la correspondance de Sade, elle consacre trois ouvrages successifs à la réhabilitation d'une œuvre dont elle renouvelle la lecture
89
en rapprochant les écrits de Sade du rire et de la joyeuse grossièreté des romans de Rabelais, en même temps qu'elle en décrypte le sens politique, dans le contexte de la Terreur révolutionnaire, dissimulé sous les outrances « sadiques » de l'écrivain
90
; elle montre également combien les discours féministes se trompent sur le compte de cette œuvre
91
Comprendre Sade
, aux éditions
Max Milo
(2012),
Sade et ses femmes
, aux éditions
François Bourin
(2016) et
Le Rire de Sade. Essai de sadothérapie joyeuse
, aux éditions
L’Harmattan
(2019). En 2021, Christian Lacombe publie le premier Dictionnaire Sade aux éditions L’Harmattan, à partir du projet inachevé de dictionnaire Sade de Jean-Jacques Pauvert. Christian Lacombe publiera l’ensemble des notices que Jean-Jacques Pauvert avait rédigées,c'est-à-dire les lettres A ; B ; C et des fragments de D ; E ; F. et fera appel à près de quarante chercheurs et écrivains spécialistes de Sade pour compléter les Entrées manquantes.
Grands éditeurs et biographes
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Paul Bourdin (1882-1965), avocat, écrivain, membre de l'Académie d'Aix, est le premier à publier en 1929 — avec une introduction, des annales et des notes — l’importante
Correspondance inédite du marquis de Sade, de ses proches et de ses familiers
92
, conservée par le notaire d'
Apt
Gaufridy, régisseur des biens des Sade en Provence pendant vingt-six ans et homme de confiance du marquis, de
me
de Sade et de
me
de Montreuil. Sans ces lettres, aujourd’hui disparues, « dont les vers commençaient à faire de la dentelle » et qui donnent l’histoire presque journalière de sa famille depuis le début de 1774 jusqu’en 1800, les grandes biographies de Sade n’auraient pu être aussi complètes.
Première édition en 1931 des Cent Vingt Journées par Maurice Heine, réservée à 360 « bibliophiles souscripteurs » pour éviter la censure.
Maurice Heine
(1884-1940), un compagnon de route des surréalistes, poète et communiste, parent de riches banquiers, dévoue sa vie à la connaissance et à l’édition de Sade.
Philologue
scrupuleux et précis, il fonde en 1924 la Société du roman philosophique qui se propose de publier sans bénéfice, en ouvrages hors commerce, réservés exclusivement à des sociétaires souscripteurs, des textes rares et inédits du marquis. Il publie en 1931 la première transcription rigoureuse des
Cent Vingt Journées
en
360 exemplaires
« aux dépens des bibliophiles souscripteurs ». Auparavant, il découvre et publie en 1926 le
Dialogue d’un prêtre et d’un moribond
, composé par Sade à la prison de Vincennes, et les
Historiettes, Contes et fabliaux
, ainsi que la première version de
Justine, les Infortunes de la vertu
(1930). Il exhume les procédures d’Arcueil et de Marseille. En 1933, il donne une nouvelle anthologie, toujours réservée à des amateurs. « A une époque où l'histoire littéraire universitaire peine à donner une place à
Laclos
, Maurice Heine fait entrer Sade dans la littérature. », écrit
Michel Delon
93
Château de Condé-en-Brie (Aisne), résidence des Sade, branche d'Eyguières, devenu propriété familiale des descendants du marquis à la suite du mariage de son fils cadet avec sa cousine.
Gilbert Lely
(1904-1985), poète, proche des surréalistes, reprend la mission d’éditeur et de biographe de Maurice Heine. En 1948, au
château de Condé-en-Brie
, Xavier de Sade, descendant direct du marquis, accepte ce que son père avait refusé quelques années plus tôt à Maurice Heine et
Charles de Noailles
: donner accès aux archives familiales qui contiennent de nombreux manuscrits autographes du marquis et en particulier deux cent cinquante lettres écrites durant sa captivité au donjon de Vincennes et à la Bastille
94
. Lely les publie (
L’Aigle, Mademoiselle
, 1949,
Le Carillon de Vincennes
, 1953,
Monsieur le 6
, 1956) ainsi que d’autres œuvres jusque là inconnues. En 1952, il compose la première grande biographie de référence,
La Vie du marquis de Sade
, accompagnée de nombreux documents, le plus souvent inédits, sans cesse parfaite et complétée jusqu'à sa dernière édition de 1982 chez Garnier.
Jean-Jacques Pauvert
(1926-2014) est le premier à publier sous son nom d'éditeur fin
décembre 1947
, à vingt-et-un ans, l'
Histoire de Juliette
. Les dix volumes sont terminés en 1949. Peu de libraires osent les vendre. Perquisitions et convocations à la
Mondaine
se succèdent. Pauvert est bien décidé à continuer à publier les
œuvres complètes
du marquis. La
Commission de surveillance du Livre
émet l'avis qu'il y a lieu à poursuivre. Le
15 décembre 1956
, s'ouvre le procès Sade devant la
XVII
chambre correctionnelle. À l'audience, viennent déposer
Jean Cocteau
André Breton
Georges Bataille
Jean Paulhan
. Défendu par
Maurice Garçon
, il est condamné le
10 janvier
à une lourde amende et à la confiscation et destruction des ouvrages incriminés. Le jugement d'appel est rendu le
12 mars 1958
. Le tribunal déclare que « Sade est un écrivain digne de ce nom » et que sa philosophie ne relève pas des tribunaux. Il confirme le jugement de 1957 mais supprime l'amende et la destruction des ouvrages. « Pourquoi donc et comment une victoire ? », écrit Pauvert, « parce que à la suite de ce jugement, il y eut comme un silence stupéfié de la police et de la magistrature
95
». En 1986, après Gilbert Lely, Jean-Jacques Pauvert met en chantier une nouvelle grande biographie du marquis avec les trois volumes de
Sade vivant
(1986-1990), rééditée en un seul volume de 1 196 pages, en 2013 aux éditions Le Tripode.
Maurice Lever
(1935-2006), après d’importantes découvertes dans les archives familiales entièrement mises à sa disposition — citons en particulier les révélations sur la vie du comte de Sade —, publie en 1991 la troisième grande biographie du marquis de Sade, puis une édition de ses
Papiers de famille
(1993 et 1995), son
Voyage d'Italie
(1995) et des lettres inédites échangées par le marquis et sa belle-sœur Anne-Prospère de Launay, chanoinesse séculière chez les bénédictines,
« Je jure à
M.
le marquis de Sade, mon amant, de n’être jamais qu’à lui… »
(2005).
Andrea Dworkin
(1946-2005), analyse les biographies du marquis de Sade, ainsi que certaines positions des intellectuels et membres de l'élite culturelle, dans son ouvrage Pornographie
14
. Dworkin expose principalement les biographes et traducteurs anglophones, mais aussi
Simone de Beauvoir
Albert Camus
Roland Barthes
Apollinaire
et les
surréalistes
en général, Jean Paulhan, Maurice Heine et Gilbert Lely, pour leur minimisation systématique des agressions du marquis de Sade, pour l'effacement et le mépris des victimes, ce qui selon Dworkin, contribue aux biais permissifs à l’égard de la violence contre les femmes. En niant la réalité même des victimes, ils soutiendraient une culture où les femmes ne sont pas vraiment des personnes, où elles sont "comme des ombres" dans l'Histoire, moins importantes que les fantasmes sexuels des hommes, des ombres que l'on peut
violer
humilier
et oublier.
« L'essentiel de la légende de Sade a été créé par Sade lui- même, en particulier dans ses lettres de prison et dans les méandres philosophiques qui imprègnent sa fiction. Maurice Heine, un libertaire de gauche, et son disciple Gilbert Lely, les premiers soi-disant historiens de Sade, ont repris les complexes justifications écrites par Sade lui-même, les transposant dans le contenu de leurs travaux comme des faits avérés. Sade a écrit sa propre légende; Heine et Lely l'ont ressuscitée; d'autres écrivains l'ont ensuite reformulée, défendue, et embellie. »
Descendants du marquis de Sade
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Article détaillé :
Maison de Sade
Les enfants
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Louis-Marie (1768-1809)
C’est le seul des trois enfants qui semble avoir hérité des goûts intellectuels de son père. Artiste, il joue de plusieurs instruments, pratique la gravure et le dessin. Féru d'histoire, il publie à compte d'auteur, en 1805, une
Histoire de la nation française
. Coureur impénitent, il reste célibataire (avoir un père enfermé comme fou est assurément un handicap pour un mariage dans son milieu, mais il se récuse poliment lorsqu'on lui propose une union avec sa cousine, Laure de Sade d'Eyguières, qui épousera plus tard son frère cadet Claude-Armand). Contrairement à son père, il a des amis fidèles avec qui il échange une correspondance en partie conservée
96
. Il parle de « l'égoïsme de mon père, la faiblesse de ma mère, la sottise de ma sœur, l'hypocrisie de mon frère, la rapacité de mes oncles et tantes maternels, tout cela fait partie de notre infernale famille ».
Émigré en 1791, il revient en France dès 1794. Il finit, à quarante ans passés, par s’engager dans la Grande Armée comme lieutenant au régiment d’Issembourg, reçoit une blessure à Friedland. Il est tué en
juin 1809
dans une embuscade par des révoltés napolitains en Italie près d’Otrante alors qu’il rejoint son régiment.
Claude-Armand (1769-1847)
Fervent catholique, c’est le préféré de sa mère. Chevalier de l’ordre de Malte grâce à son grand-oncle le commandeur, il émigre en 1791, passe dans l’
armée des émigrés
, puis dans celle de l’empereur de Russie où il obtient le grade de capitaine, puis de colonel dans les cuirassiers de l’ordre de Saint-Georges
97
. Il demande son congé de l’armée russe en 1803 et rentre en France. Il épouse en 1808 Laure de Sade d'Eyguières qui a
36 ans
et s’installe au
château de Vallery
, près de Sens, hérité de sa mère. Il sera maire de sa commune.
Toute sa vie, il essaiera d’effacer la mémoire d’un père qu’il juge avoir déshonoré la famille. À la mort de Sade, les « familles », celle de Sade, sa belle-famille, Armand et sa belle-famille, refusent de payer ce qu'elles doivent à l'hospice de Charenton, alors qu'elles ont tout fait pour qu'il soit maintenu sur la liste des émigrés (il n'a jamais émigré contrairement à la plupart d'entre eux), et en détention afin de pouvoir le dépouiller totalement.
Madeleine-Laure (1771-1844).
Très pieuse, elle vivra avec sa mère, jusqu'à la mort de celle-ci et restera célibataire. Son père la décrit ainsi dans une lettre à Gaufridy du 18 aout 1790 : « Je vous assure que Mademoiselle ma fille est tout aussi laide que je vous l’avais peinte. Je l’ai vue trois à quatre fois depuis ; je l’ai très bien examinée et je vous assure que tant pour l’esprit que pour la figure, c’est tout bonnement une grosse fermière
98
. »
Et son frère Louis-Marie : « Ma sœur est une bonne personne, mais faisant tout par boutades, n’ayant aucun usage du monde, et en tout ni rime, ni raison (lettre de Louis-Marie à Claude-Armand du
20 avril 1801
99
). »
La descendance de Claude-Armand
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Le titre de marquis ayant été abandonné à sa mort, les descendants du marquis de Sade portent le titre de comte
100
Claude-Armand, comte de Sade (1769-1847) x 1808 Gabrielle Laure de Sade (branche d’Eyguières) (1772-1849), dont :
René (1809-1820). Mort noyé. Sans postérité.
Laure-Émilie (1810-1875) x 1839 Louis de Graindorge d’Orgeville, baron du Mesnildurand (1814-1889). Dont notamment :
Paul de Graindorge d'Orgeville (1846-1879) x 1875 Béatrix Le Bastier de Rainvilliers (1847-1938). Dont notamment :
Marie-Gabrielle de Graindorge d'Orgeville (1878-1963) x 1898 Constant, comte de Lesquen du Plessis-Casso (1865-1959), dont postérité, notamment :
Pierre de Lesquen du Plessis-Casso (1905-1990) x 1935 Anne-Marie Huon de Kermadec (1913-2006), dont postérité, notamment :
Henry de Lesquen du Plessis-Casso
(1949-)
Gabrielle (1814-1875) Sans postérité.
Alphonse-Ignace, comte de Sade (1812-1890) x 1842 Henriette de Cholet (1817-1895), dont :
Laure (1843-1893) x 1870 Eugène, vicomte de Raincourt (1839-1906) Dont postérité, notamment :
Henri, vicomte de Raincourt (1883-1928) x 1908 Marie Beuvain de Beauséjour (1883-1974), dont notamment :
Philippe, vicomte de Raincourt
(1909-1959) x 1933 Germaine de Selle de Beauchamp (1911-2010), dont postérité, notamment :
Henri, marquis de Raincourt
(1948-)
Hugues, comte de Sade (1845-1925) x 1877 Marguerite Janson de Couët (1856-1915), dont :
Edith (1878-1882) Sans postérité.
Yvonne (1880-1941) x 1904 Henri, vicomte d’Argent de Deux-Fontaines (1875-1955). Dont postérité.
Elzéar (1885-1914), mort pour la France. Sans postérité.
Bernard, comte de Sade (1891-1933) x 1918 Jeanne de Sarrazin (1897-1987), dont :
Gilberte (1920-1933)
Elzéar (1921-1933)
Xavier, comte de Sade (1922-2010) x 1946 Rose-Marie Meslay (1926-2013). Dont postérité, souche de la famille de Sade actuelle.
Laure (1923-2017) x 1946 Henri Bohineust de Boulardière (1914-1989). Dont postérité
Étiennette (1925-2016) x 1948 Jacques de Beaumont (1926-1996). Dont postérité.
Raoul (1931-2012) x 1960 Cécile du Boberil (1933). Sans postérité.
Auguste de Sade (1815-1868) x Germaine de Maussion (1818-1876)
Valentine (1847-1922) x 1864 Pierre Laurens, comte de Waru (1837-1914). Dont postérité.
Laure
(1859-1936), x 1879 Comte Adhéaume de Chevigné (1847-1911), dont :
Comte François de Chevigné (1882-1962) x 1908 Marie Collas (1888-1965), dont notamment :
Pierre de Chevigné
(1909-2004) x 1931 Hélène Rodocanachi (1911-1939), dont postérité, notamment :
Gisèle de Chevigné (1933-) x 1953 François de La Croix de Castries (1919-2011), dont postérité, notamment :
Henri de La Croix de Castries
(1954-) x 1984 Anne Millin de Grandmaison (1963-)
Marie-Thérèse de Chevigné (1880-1963) x 1902 Maurice Bischoffsheim (1875-1904) x 1910
Francis de Croisset
(1876-1937)
Marie-Laure Bischoffsheim
(1902-1970) x 1923
Charles, vicomte puis comte de Noailles
(1891-1981), dont postérité, notamment :
Nathalie de Noailles (1927-2004) x 1949
Alessandro Perrone
(it)
(1920-1980), dont postérité, notamment :
Carlo Perrone
(it)
Philippe Wiener de Croisset (1911-1965) x 1941 Ethel Woodward (1914-1999), dont postérité, notamment :
Charles de Croisset
(1943-)
Germaine Wiener de Croisset (1913-1975) x André Lannes de Montebello (1908-1986), dont postérité, notamment :
Philippe Lannes de Montebello
(1936-2009)
Sade philosophe
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Sade s’est toujours proclamé philosophe :
« Je suis philosophe, tous ceux qui me connaissent ne doutent pas que j’en fasse gloire et profession. »
Jean Deprun
101
, dans son article d’introduction aux
Œuvres
du marquis dans la Pléiade
102
pose la question
« Sade fut-il philosophe ? »
pour répondre par l’affirmative :
« Sade est philosophe au sens polémique du mot. Philosophe ne veut pas dire ici confrère posthume de
Platon
ou de
Descartes
, mais adepte des
Lumières
. »
S'il a bien été philosophe, son appartenance à la
franc-maçonnerie
reste controversée et débattue entre historiens
103
67
104
Sade est résolument un homme des Lumières et son
matérialisme
a toujours procédé des Lumières les plus radicales. Les « dissertations » (le mot est de lui) philosophiques qu’il fait alterner avec les scènes de ses romans sont le plus souvent des emprunts directs — parfois de plusieurs pages — aux philosophes matérialistes des Lumières : Helvétius,
d’Holbach
La Mettrie
Diderot
N 17
Michel Delon
a aussi fait remarquer à quel point l’œuvre de Sade est parallèle à celle de
Rousseau
, affirmation reprise et nuancée par
Jean Terrasse
: « Sade explore le non-dit du système rousseauiste, les pulsions motivant le passage de l'état de nature à l'état civil, objet d'un savoir sur lequel le philosophe de Genève fait silence
105
».
Cependant, et c'est tout le problème de Sade, il en a lui-même parfaitement conscience, on relève trois importantes déviances dans sa
pornographie
développées par les personnages qu'il met en scène dans celle-ci, par rapport aux principes des Lumières dont il est lui-même un des plus fermes représentants : l’« isolisme »
106
, l’homme désirant, dans sa pornographie, est un solitaire ; autrui n’est pour lui qu’une proie, un moyen de plaisir ou, au mieux, un complice ; l’« intensivisme », il faut pour que le plaisir soit complet que le choc soit le plus violent possible, tout est bon quand il est excessif ; et l’« antiphysisme », la nature est mauvaise et la seule façon de la servir est de suivre son exemple, la nature ne dispose que d’éléments en nombre fini, le meurtre, la destruction sous toutes ses formes lui permettent non seulement de multiplier, mais de renouveler ses productions. La philosophie de Sade consiste à affirmer que le
meurtre
, la
pédophilie
ou l'
inceste
, sont des inclinations naturelles, partagées par tous les hommes à divers degrés. Sade soutient que les crimes sont dictés par des forces extérieures, ce qui dégagerait les agresseurs de toute responsabilité morale. Le marquis décrit la nature du mal comme une force omniprésente et essentielle à l'existence humaine. Faire le mal serait alors le seul moyen d’éprouver la liberté
107
Sade est tout entier ce
nœud gordien
. Il est un homme hanté par une sexualité où règne le
mal
. C'est ainsi qu'on peut lire dans une œuvre non-pornographique l'exact contraire de ce qu'on peut lire dans une œuvre pornographique. Exemple : dans sa pornographie on voit ses libertins développer avec une effrayante et implacable logique l'antiphysisme, ailleurs
[évasif]
il ne cesse de dire,
à propos des passions, « comme si la nature se mêlait de tout cela » et a toujours bien distingué «
philosophie physique
», «
philosophie morale
» et «
sciences humaines
» (il est l'un des premiers à faire usage de cette formule).
[réf. nécessaire]
. Il attend, exige, que la philosophie pense tout.
Avec Sade, le nouvel horizon que viennent d'élaborer les Lumières, est déjà caduc, immédiatement renvoyé à ses carences. Il faudra bien un jour penser le mal et
« l'infracassable noyau de nuit (selon A. Breton) »
« de la sexualité qui parfois se chevauchent, et même fusionnent dans la pornographie de Sade. C'est là qu'il attend le philosophe ou autre, d'un pied qu'on ne vit jamais aussi ferme ici. »
Positions sur la religion
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L'
athéisme
est un thème récurrent dans les écrits de Sade, ses personnages niant avec vigueur l'existence de
Dieu
autant qu'ils contestent la morale
chrétienne
. Le
Dialogue entre un prêtre et un moribond
tourne tout entier autour de la réfutation de l'existence de Dieu. L'athéisme exprimé dans ce texte est encore raisonné et serein, mais il se radicalise dans les œuvres postérieures, devenant de plus en plus virulent et extrême
108
. Sade lui-même se dit
« athée jusqu'au fanatisme
109
. Réclamant à
me
de Sade un livre de
d’Holbach
, il se déclare « sectateur jusqu’au martyre, s’il le fallait » de l’athéisme qui y est exposé
110
. En tant que secrétaire de la
section des Piques
, il écrit, signe de son nom et lit devant la
Convention nationale
le texte d'une pétition sur l'abandon des
« illusions religieuses »
, réclamant notamment que les lieux de cultes soient transformés en temples dédiés aux
« vertus »
et que
« l'emblème d'une vertu morale soit placé dans chaque église sur le même autel où des vœux inutiles s'offraient à des fantômes
111
Sade est généralement cité comme l'un des athées les plus virulents parmi les auteurs de la littérature française
112
, et l'apôtre d'une pensée
matérialiste
issue du contexte intellectuel du
XVIII
siècle
113
114
115
116
Maurice Blanchot
estime que
« l'athéisme fut sa conviction essentielle, sa passion, la mesure de sa liberté
117
Gilbert Lely
juge que l'athéisme de Sade englobe
« une égale et furieuse réprobation de tout ce qui représente à ses yeux une entrave à la liberté native de l'homme, qu'il s'agisse d'une tyrannie d'ordre religieux, politique ou intellectuel
118
Pierre Klossowski
a émis dans l'ouvrage
Sade mon prochain
(paru en 1947) une thèse sur l'athéisme de Sade, qu'il juge paradoxal, estimant qu'on ne peut
blasphémer
— ce que Sade, via ses personnages, fait avec constance — contre un Dieu que l'on estime par ailleurs inexistant. Klossowski postule que Sade prend
« le masque de l'athéisme pour combattre l'athéisme
119
. Cette interprétation suscite alors des polémiques : l'écrivain
surréaliste
Guy Ducornet publie le
pamphlet
Surréalisme et athéisme : « à la niche les glapisseurs de dieu ! »
, dans lequel il s'en prend notamment à
Sade mon prochain
120
Albert Camus
reprend par la suite l'argument de Klossowski, jugeant que
« devant la fureur du sacrilège »
, on hésite à croire à l'athéisme de Sade, malgré ce que ce dernier croit et affirme
121
Simone de Beauvoir
écrit, dans
Faut-il brûler Sade
: « Malgré l'intérêt de l'étude de Klossowski, j'estime qu'il trahit Sade quand il prend son refus passionné de Dieu pour l'aveu d'un besoin
122
». Klossowski lui-même finit par renoncer à sa lecture, et l'indique dans une réédition de
Sade mon prochain
123
. L'universitaire Laurent Jenny juge que l'hypothèse de Klosskowski sur une
« stratégie littéraire »
, que Sade aurait suivie en jouant l'athéisme, est difficile à concilier avec le texte rédigé pour la section des Piques ; il reconnaît néanmoins à Klossowski le mérite d'avoir
« problématisé »
l'athéisme de Sade
120
Les écrits de Sade laissent entendre qu'il ne considérait les insultes envers Dieu, être selon lui inexistant, que sous l'angle de l'excitation qu'elles pouvaient apporter.
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
, qui rapporte cette interprétation, souligne cependant : « Dans quelle mesure les blasphèmes sont réellement compatibles avec l’athéisme. Ce sont des insultes. Or pour être cohérentes elles impliquent forcément deux conditions préalables : l’existence et l’importance de ce qui est insulté. Le problème est que Sade athée nie l’un et l’autre. Il passe donc son temps à s’adresser à des êtres qui n’existent pas, à profaner des chimères auxquelles soi-disant, il n’accorde pas la moindre considération. Ce paradoxe célèbre intrigue depuis toujours les commentateurs
124
». Le même auteur note que « l’
athéisme
de Sade est complexe et que ses rapports avec la religion sont ambivalents » : connaisseur des textes religieux, Sade semble avoir reconnu à la religion un rôle social, la rejetant en constatant qu'elle échouait à faire le bonheur des hommes
125
. Selon une autre interprétation, la virulence du blasphème et de l'athéisme sadiens viendraient de ce que Sade reproche à Dieu de ne pas exister : l'inexistence même de Dieu est alors perçue comme cause de l'injustice, dont Sade lui-même se juge victime
126
Selon Nancy Bolles, doctoresse en philosophie, à travers ses actions et écrits, Sade critique tout sens moral et appel à « la destruction du travail de
Dieu
». En présentant une théologie qui inverse les rôles de Dieu et de Satan, il justifie le
vice
et l'immoralité, utilise la vision d'un dieu maléfique pour légitimer ses propres perversions, et faire l’apologie du
crime
comme acte de rébellion contre la
bonté
, la
justice
et la
vertu
. Il utilise alors l'imagerie sataniste pour subvertir les valeurs chrétiennes et créer une philosophie où
Satan
serait un symbole de liberté individuelle et l’
orgueil
, l’
avarice
, la
luxure
et le
meurtre
, seraient le summum de la rébellion contre Dieu
107
Dans les arts et la culture populaire
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Littérature
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Bibliographie spécifique
Article détaillé :
Bibliographie sur Donatien Alphonse François de Sade
Bande dessinée
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Les œuvres du Marquis de Sade ont été plusieurs fois adaptées en
bande dessinée
, souvent dans les genres
érotique
ou
pornographique
Juliette de Sade
est paru en deux albums (1979 et 1983, scénario de
Francis Leroi
, dessins de Philippe Cavell) aux
Éditions Dominique Leroy
127
Guido Crepax
a publié une adaptation de
Justine
, parue en France en 1980 aux
Éditions du Square
128
Les
120 journées
de Sodome
(dessins et scénario de Da Silva) est paru en 1990 chez Magic Strip
129
. La série britannique
Les Malheurs de Janice
(quatre albums parus en France chez IPM, scénario et dessin d'
Erich von Götha
) s'inspire nettement de l'univers du Marquis de Sade, sans l'adapter directement
130
Le Marquis de Sade lui-même a été le personnage principal d'une série de
bande dessinée italienne
en
petit format
, intitulée
De Sade
, qui le mettait en scène dans des situations aventureuses pimentées d'érotisme. Publiée dans les années 1970 par Ediperiodici, cette série est inédite en France
131
. Il est l'un des personnages de la série de
comic
Les Invisibles
, de
Grant Morrison
. Sade est le protagoniste d'un album intitulé
Sade : l'aigle, mademoiselle
(scénario de
Jean Dufaux
, dessins de
Griffo
), paru en 1991 chez
Glénat
132
. Le Marquis joue aussi un petit rôle dans la bande dessinée
Petit Miracle
de Valérie Mangin et toujours dessiné par Griffo et édité par Soleil Productions.
Prix Sade
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Article détaillé :
Prix Sade
Filmographie
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Représentation imaginaire du marquis de Sade prisonnier (
XIX
siècle).
Sade et son œuvre ont fait l'objet de nombreux films, qu'il s'agisse d'adapter l'un de ses romans, de raconter la vie du marquis, ou simplement d'y faire référence
133
: outre les adaptations littéraires et les biographies historiques, ces productions relèvent des genres les plus divers, allant du
film d'horreur
au
film expérimental
, en passant par les
films érotiques
et
pornographiques
. En mettant à part ceux qui ne comportent qu'une allusion au marquis ou à son univers, ces films, quelle que soit leur nature, n'entretiennent souvent qu'un rapport éloigné avec la réalité historique, comme avec les sources littéraires : ainsi, Sade y est parfois représenté comme un séducteur au physique de jeune premier, ou au contraire comme un monstre de film d'épouvante, tandis que ses romans ont été adaptés de manière très libre, voire fantaisiste, et leur action transposée à diverses époques
134
Cinéma
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Parmi les films adaptant directement Sade ou faisant simplement allusion à son œuvre ou à sa vie :
1930 :
L'Âge d'or
: film français de
Luis Buñuel
, avec la collaboration de
Salvador Dalí
pour le scénario.
Le dernier épisode, transposition des
Cent Vingt Journées de Sodome
, évoque une orgie dont l'un des protagonistes est le Christ.
1952 :
Hurlements en faveur de Sade
: film expérimental sans images de
Guy Debord
1963 :
Le Vice et la Vertu
: film franco-italien de
Roger Vadim
, qui transpose les personnages de Justine et Juliette, interprétées respectivement par
Catherine Deneuve
et
Annie Girardot
, dans le contexte de la
Seconde Guerre mondiale
1965 :
Le Crâne maléfique
ou
Les Forfaits du Marquis de Sade
The Skull
) : film d'épouvante britannique de
Freddie Francis
. Le crâne du Marquis de Sade, conservé, puis volé par un curieux, est porteur d'une malédiction.
1967 :
Marat-Sade
: film britannique de
Peter Brook
avec
Patrick Magee
dans le rôle de Sade, et
Ian Richardson
. Adaptation de la pièce de Peter Weiss (voir § Au théâtre ci-dessous).
Valmy
d’
Abel Gance
avec
Serge Gainsbourg
dans le rôle du Marquis.
Moi, marquis de Sade
de
Mac Ahlberg
et Peer Gulbrandsen avec
Gabriel Axel
dans le rôle du marquis de Sade.
1968 :
The Devil in Velvet
de Larry Crane avec Karl Steen dans le rôle du Marquis de Sade.
1969 :
La Voie lactée
: film franco-germano-italien de
Luis Buñuel
, avec
Michel Piccoli
dans le rôle de Sade.
Les Deux beautés
; autres titres français :
Justine ou les infortunes de la vertu
Marquis de Sade : Justine
) : film italo-américano-germano-britannique de
Jess Franco
. Justine et Juliette sont interprétées par
Romina Power
et
Maria Rohm
. Avec également
Jack Palance
Klaus Kinski
interprète le rôle du marquis de Sade.
Le Divin marquis de Sade
: film américain de
Cy Endfield
, avec
Keir Dullea
dans le rôle de Sade,
John Huston
et
Lilli Palmer
Justine ou les Infortunes de la vertu
de
Jesús Franco
, joué par
Klaus Kinski
Juliette de Sade
, film érotique italiende
Lorenzo Sabatini
1970 :
Les Inassouvies
: film germano-espagnol-britannique de
Jess Franco
avec
Marie Liljedahl
, Maria Rohm,
Christopher Lee
1971 :
La Marquise de Sade
de
Kurt Nachmann
La Philosophie dans le boudoir
; autres titres français :
De Sade 76
, film français de
Jacques Scandelari
1972 :
Justine de Sade
, film français de
Claude Pierson
avec
Alice Arno
dans le rôle de Justine.
1974 :
Eugénie de Sade
: film français de
Jess Franco
avec
Soledad Miranda
dans le rôle de Eugénie de Franval.
1975 :
Salò ou les 120 Journées de Sodome
: film italien de
Pier Paolo Pasolini
. Pasolini a adapté le roman de Sade au contexte italien en situant l'action dans la
république fasciste de Salò
, durant les derniers mois de la
Seconde Guerre mondiale
et en superposant la progression des quatre mois sadiens et les cercles de l’
Enfer
, décrits par
Dante
1977 :
Monsieur Sade
, film expérimental de
Jacques Robin
, avec Bernard Sury, Frédérique Monge et Juliette de Fillerval.
1983 :
Le Marquis de Sade
de
Patrick Antoine
avec
Bruno Cremer
1988 :
Waxwork
, film d'épouvante américain de
Anthony Hickox
. Le « divin marquis » (interprété par
J. Kenneth Campbell
) est représenté comme un monstre de légende, aux côtés du
Comte Dracula
, du loup-garou et de la momie.
1989 :
Marquis
de
Henri Xhonneux
et
Roland Topor
: film inspiré de la détention de Sade. Les comédiens portent des masques d'animaux anthropomorphes.
1993 :
Le Marquis de Sade
Night Terrors
), film d'épouvante américainde
Tobe Hooper
, avec
Robert Englund
. Un descendant du marquis de Sade commet des crimes inspirés des œuvres de son ancêtre. Sade lui-même, représenté comme un être monstrueux, apparaît dans des scènes d'hallucinations. Robert Englund interprète les rôles de Sade et de son descendant.
1994 :
Marquis de Sade
film pornographique
italien de
Joe D'Amato
, avec
Rocco Siffredi
dans le rôle du marquis de Sade
134
1996 :
Les Conspirateurs du plaisir
: film tchèque de Jan Svankmajer, le film s'ouvre sur des illustrations du Marquis de Sade et développe le thème du fétichisme et de la relation sado-masochiste.
2000 :
Jack of all Trades
de Josh Becker avec Stuart Devenie dans le rôle du marquis.
Quills, la plume et le sang
Quills
) : film américain de
Philip Kaufman
avec
Geoffrey Rush
dans le rôle du marquis de Sade, et
Kate Winslet
Sade
: film français de
Benoît Jacquot
avec
Daniel Auteuil
dans le rôle de Sade, et
Isild Le Besco
, d'après le roman de
Serge Bramly
2012 :
Rjevski contre Napoléon
Marius Waisberg avec Mikhaïl Galoustian dans le rôle du marquis.
2020 :
Les Mélancolies de Sade
de Guy Marignane avec
Didier Sauvegrain
dans le rôle du marquis.
Télévision
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Téléfilm
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1992 :
La Marquise de Sade
: téléfilm suédois d’
Ingmar Bergman
1996 :
Marquis de Sade
de Gwyneth Gibby, avec
Nick Mancuso
dans le rôle du marquis de Sade.
1999 :
Sade en procès
de
Pierre Beuchot
avec
André Dussollier
Théâtre et arts vivants
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Charles Méré
Le Marquis de Sade
, 1921
Peter Weiss
Marat-Sade
Die Verfolgung und Ermordung Jean Paul Marats dargestellt durch die Schauspielgruppe des Hospizes zu Charenton unter Anleitung des Herrn de Sade
), 1963
Les malades de l'hospice de Charenton jouent, sous la direction du marquis de Sade et sous le regard vigilant de Coulmier, directeur et premier spectateur, une pièce sur la Révolution française et la mort de Marat. Celui qui joue Marat est un paranoïaque retenu dans sa baignoire pour un traitement hydrothérapique, Charlotte Corday est une hypotonique se comportant en somnambule, Duperret est un érotomane, Roux un fanatique de la politique…
Yukio Mishima
(1925-1970),
Madame de Sade
, 1969, adapté en français par
André Pieyre de Mandiargues
en 1976
« Sade vu à travers le regard des femmes » comme l'écrit l'auteur : dans le salon de
me
de Montreuil, six femmes - l'épouse, sa sœur, sa mère, une amie d'enfance, une courtisane et la domestique - sont réunies par trois fois, entre 1772 et 1790, pour évoquer le marquis de Sade emprisonné.
Michèle Fabien
Notre Sade
, Bruxelles, Éditions Didascalies, 1985
Prix Triennal de Littérature Dramatique 1987 - Belgique
Enzo Cormann
Sade, concert d'enfers
, 1989
Enzo Cormann fait éclater Sade en plusieurs personnages, joués par des acteurs d'âge différent : le jeune libertin dans le contexte de la dégénérescence d'une fin de règne monarchique, le prisonnier de la Bastille qui se découvre écrivain, le dramaturge dépassé par la folie révolutionnaire, l'interné à l'asile de Charenton qui porte un regard amer sur sa propre vie.
Doug Wright
Quills
, 1995, mise en scène et espace scénique: Jean-Pierre Cloutier,
Robert Lepage
, 2016, reprise 2023
Pierre Bourgeade
Theresa
, mélodrame fantastique en quatre tableaux, dans une mise en scène de
Marc André
, musique de
Marius Constant
, Théâtre des Carrières, Château de Lacoste, 1995. Reprise en Allemagne sous le titre :
Sade-Teresa : phantastisches Melodram in vier Bildern
. Mise en scène : Henry Akina, Brynmor Jones. Représentation à Berlin, en 1996, au Berliner Kammeroper.
Bernard Noël
Le Retour de Sade
, 2004
Pierre-Alain Leleu
D.A.F. Marquis de Sade
, Ciné 13 Théâtre à Paris, 2013
Ion Ciobanu,
Le transfert ou la psychanalyse dans le boudoir
, l'Harmattan, 2014
N 18
Musique
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Rock
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Marquis de Sade
, groupe de musique français.
Notes et références
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Notes
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Louis, rappelant sa parenté avec le roi, Donatien étant celui de son parrain et grand-père maternel, Donatien de Maillé.
Le certificat de noblesse délivré à Donatien en 1754 par le généalogiste officiel Clairambault pour lui permettre d’entrer à l’école, extrêmement fermée, des
chevau-légers de la garde
qualifie le postulant de : « fils de Messire Jean-Baptiste-François de Sade,
appelé
(c’est nous qui soulignons) le comte de Sade, chevalier, seigneur de Mazan », etc.
Le prince de Condé se remarie en 1728 avec une jolie princesse allemande âgée de quinze ans. Il en a quarante. « Il a tant usé des hommes et des femmes », observe Mathieu Marais dans son
Journal
, « qu’il est tombé dans la nullité. On prétend que son mariage n’a pas été consommé. » Jaloux, le prince tient son épouse sous bonne garde. Le comte de Sade commence à courtiser en 1733 la jeune princesse dont il va devenir l’amant. Il fait le récit de son aventure dans un fragment autobiographique découvert en 1990 par Maurice Lever dans les archives du comte conservées par son fils et ses descendants : « […]
lle
de Carman étant à marier, j’imaginai que la princesse me saurait gré si je me présentais pour l’épouser, et qu’étant logé dans la maison et mari d’une personne pour qui elle avait l’amitié la plus vive, il me serait aisé de m’insinuer dans son cœur. […] Mon mariage m’avait donné beaucoup de familiarité. À tout moment j’entrais chez elle. Le cœur de cette princesse était désœuvré, elle eût sans doute trouvé des hommes qui lui auraient plu plus que moi, mais elle n’avait pas la liberté de les voir. Tout lui persuada que je l’aimais, et elle n’hésita à se rendre que pour me faire valoir sa défaite. J’avais gagné sa femme de garde-robe qui me faisait entrer par une porte qui était au bas de mon escalier. […] ».
Le château présentait, selon
Maurice Heine
en 1930, un double aspect : du côté du plateau, une fortification massive, interrompue au milieu du
XV
siècle, dans le style des
kraks des chevaliers
au Proche-Orient, du côté opposé de l’éperon, d’étroites terrasses en escalier surplombant une pente raide. Les sous-sols ont dû impressionner le jeune Sade.
« Vastes, profonds, véritable forteresse de ténèbres assise et parfois creusée dans le roc […] un cachot voûté, défendu par une double porte de chêne à judas grillagé. N’est-on pas déjà au château de Roland ? »
, s’exclame Maurice Heine.
« Parjure ! Ingrate ! que sont devenus ces sentiments de m’aimer toute ta vie ? Qui t’oblige à rompre de toi-même les nœuds qui pour jamais allaient nous unir ? […] J’obtiens le consentement de mes parents ; mon père, les larmes aux yeux, ne me demande pour toute grâce que de venir faire le mariage à Avignon. Je pars ; Mais que deviens-je quand j’apprends qu’inspirée par un généreux transport, tu te jettes aux genoux de ton père pour lui demander de ne plus penser à ce mariage, et que tu ne veux pas entrer de force dans une famille… Vain motif, dicté par la perfidie, fourbe, ingrate ! Tu craignais d’être réunie à quelqu’un qui t’adorait. C’est de quitter Paris qui t’effrayait ; mon amour ne te suffisait pas. […] Prends garde à l’inconstance ; je ne la mérite pas. Je t’avoue que je serais furieux, et il n’y aurait pas d’horreurs où je ne me portasse. La petite histoire de la c… doit t’engager un peu à me ménager. Je t’avoue que je ne le cacherai pas à mon rival, et ce ne serait pas la dernière confidence que je lui ferais. Il n’y aurait, je te jure, sortes d’horreurs auxquelles je ne me livrasse… ».
Il a occupé cette charge de 1743 à 1754.
Veuve d'un pâtissier, elle a été congédiée de son atelier de filage un mois plus tôt et est contrainte de mendier.
« Un certain comte de Sade, neveu de l’abbé auteur de
Pétrarque
, rencontra, le mardi de Pâques, une femme grande et bien faite, âgée de trente ans, qui lui demanda l’aumône ; il lui fit beaucoup de questions, lui marqua de l’intérêt, lui proposa de la tirer de sa misère, et de la faire concierge d’une petite maison qu’il a auprès de Paris. Cette femme l’accepta. Il lui dit d’y venir le lendemain matin l’y trouver; elle y fut ; il la conduisit d’abord dans toutes les chambres de la maison, dans tous les coins et recoins, et puis il la mena dans le grenier ; arrivés là, il s’enferma avec elle, lui ordonna de se mettre toute nue ; elle résista à cette proposition, se jeta à ses pieds, lui dit qu’elle était une honnête femme ; il lui montra un pistolet qu’il tira de sa poche, et lui dit d’obéir, ce qu’elle fit sur-le-champ ; alors il lui lia les mains et la fustigea cruellement ; quand elle fut tout en sang, il tira un pot d’onguent de sa poche, en pansa les plaies, et la laissa ; je ne sais s’il la fit boire et manger, mais il ne la revit que le lendemain matin ; il examina ses plaies, et vit que l’onguent avait fait l’effet qu’il en attendait ; alors il prit un canif, et lui déchiqueta tout le corps ; il prit ensuite le même onguent, en couvrit toutes les blessures et s’en alla. Cette femme désespérée se démena de façon qu’elle rompit ses liens, et se jeta par la fenêtre qui donnait sur la rue ; on ne dit point qu’elle se soit blessée en tombant ; tout le peuple s’attroupa autour d’elle ; le lieutenant de police a été informé de ce fait ; on a arrêté
M.
de Sade ; il est, dit-on, dans le château de Saumur ; l’on ne sait pas ce que deviendra cette affaire, et si l’on se bornera à cette punition, ce qui pourrait bien être, parce qu’il appartient à des gens assez considérables et en crédit ; on dit que le motif de cette exécrable action était de faire l’expérience de son onguent. »
Elles se composent de :
la seigneurie de Lacoste, un ancien fief de la maison de Simiane passé dans la famille du marquis en 1627. Le seigneur y avait haute, basse et moyenne justice. Trois petits domaines entouraient le château ;
le château et les dépendances de
Saumane
loués à vie par le comte de Sade à son frère l’abbé d’Ébreuil ;
le château de
Mazan
, en copropriété avec la
famille de Causans
, en terre du pape. Sade y fera pour cette raison de fréquents séjours après l’affaire de Marseille. C’était une grande bâtisse entourée de jardins et d’un fruitier. Les biens de Mazan comprenaient en outre des prairies et des chènevières ;
le Mas-de-Cabanes, au terroir d’
Arles
, en
Camargue
, le bien qui rapportait le plus au marquis;
Toutes ces terres donnaient, bon an mal an, dix-huit à vingt mille livres. Tous les châteaux étaient meublés.
Une chanoinesse séculière ne prononce pas de vœux et demeure donc libre de se marier et de rentrer dans le monde.
Mémoires secrets
de
Bachaumont
daté du
25 juillet 1772
« On écrit de Marseille que
M.
le comte de Sade, qui fit tant de bruit en 1768, pour les folles horreurs auxquelles il s’était porté contre une fille, vient de fournir dans cette ville un spectacle d’abord très plaisant, mais effroyable par les suites. Il a donné un bal, où il avait invité beaucoup de monde, et dans le dessert il avait glissé des pastilles au chocolat, si excellentes que quantité de gens en ont dévoré ; mais il y avait amalgamé des mouches cantharides. On connaît la vertu de ce médicament : elle s’est trouvé telle, que tous ceux qui en avaient mangé, brûlant d’une ardeur impudique, se sont livrés à tous les excès auxquels porte la fureur la plus amoureuse. Le bal a dégénéré en une de ces assemblées licencieuses réputées parmi les Romains ; les femmes les plus sages n’ont pu résister à la rage utérine qui les travaillait. C’est ainsi que
M.
de Sade a joui de sa belle-sœur, avec laquelle il s’est enfui, pour se soustraire au supplice qu’il mérite. Plusieurs personnes sont mortes des excès auxquelles elles se sont livrées dans leur priapisme effroyable, et d’autres sont encore très incommodées. »
Lettre du marquis à Gaufridy novembre ou décembre 1774 :
« Nous vous attendons donc mardi, mon cher avocat[…] Je vous prie de vouloir bien venir de bonne heure, au moins pour dîner, c’est-à-dire à trois heures ; vous m’obligerez d’observer cette même coutume toutes les fois que vous viendrez nous voir cet hiver. En voici la raison : nous sommes décidés, par mille raisons, à voir très peu de monde cet hiver. Il en résulte que je passe la soirée dans mon cabinet et que Madame avec ses femmes s’occupent dans une chambre voisine jusqu’à l’heure du coucher, moyen en quoi, à l’entrée de la nuit, le château se trouve irrémissiblement fermé, feux éteints, plus de cuisine et souvent plus de provisions. Conséquemment c’est vraiment nous déranger que de ne pas arriver pour l’heure du dîner. Nous vous connaissons trop honnête pour ne pas vous soumettre à cette petite gêne, que nous chercherons d’autant moins à reformer en votre faveur qu’elle nous fait gagner deux ou trois heures de plus du plaisir d’être avec vous. »
Nanon — Antoinette Sablonnière — est chambrière au château ; elle a
24 ans
et accouche en mai d'une fille dont la rumeur attribue la paternité au marquis (
« elle passait le plat quand les petites filles avaient apporté les épices »
dit Bourdin). Elle fait scandale, menace sans doute. Les Sade demandent à
me
de Montreuil une lettre de cachet pour la chambrière qui se retrouve en juillet 1775 à la maison de force d'Arles. Sa petite fille, confiée à une nourrice enceinte de quatre mois meurt fin juillet (enceinte, la nourrice a manqué de lait), sans qu'on ose l'apprendre à Nanon qui ne sera remise en liberté qu'en février 1778 après avoir promis de ne plus parler du passé.
Même emprisonné, Sade n’oublie jamais d’être gourmand. Gilbert Lély a publié une lettre du marquis, datée de 1781, dans laquelle il se laissait aller à quelques critiques sur les provisions de la quinzaine que lui faisait parvenir la dévouée Renée Pélagie. Le passage sur le biscuit de Savoie vaut d’être connu dans son intégralité :
« Le biscuit de Savoie n’est pas un mot de ce que je demandais :
1 - Je le voulais glacé tout autour, dessus et dessous, de la même glace de celle des petits biscuits.
2 - Je voulais qu’il fût en chocolat en dedans et il n’y en avait pas le plus petit soupçon, ils l’ont bruni avec du jus d’herbes, mais il n’y a pas ce qui s’appelle le plus léger soupçon de chocolat. Au premier envoi je te prie de me le faire faire et de tacher que quelqu’un de confiance leur voit mettre le chocolat dedans. Il faut que les biscuits le sentent, comme si on mordait dans une tablette de chocolat. Au premier envoi donc un biscuit comme je viens de te dire, six ordinaires, six glacés et deux petits pots de beurre de Bretagne, mais bons et bien choisis. Je crois qu’il y a un magasin pour cela à Paris comme celui de Provence pour l’huile »
. Après quelques années d’incarcération et de ce régime, Sade perdit la grâce et l’élégance qui avaient fait sa réputation autour du Luberon. En 1790, il ironisa sur son apparence de bon gros curé de campagne et Renée, elle-même, subit, à son tour, cette influence gourmande, puisque de mince — sinon maigre — dans les premières années de son mariage, elle devint obèse.
Le quiproquo était lié à l'utilisation par Sade dans des actes officiels du prénom de Louis qui lui était destiné mais qu'il n'avait pas reçu à la suite d'une erreur de domestiques le jour de son baptême.
Dictionnaire de la conversation et de la lecture – Inventaire raisonné des notions générales les plus indispensables à tous – par une société de savants et de gens de lettres – sous la direction de M.W. Duckett
, tome
XV
, 1857. L’article est de Jules Janin qui ajoute :
« Les livres du marquis de Sade ont tué plus d’enfants que n’en pourraient tuer vingt
maréchaux de Rais
; ils en tuent chaque jour, ils en tueront encore, ils en tueront l’âme aussi bien que le corps ; et puis le maréchal de Rais a payé ses crimes de sa vie : il a péri par les mains du bourreau, son corps a été livré au feu, et ses cendres ont été jetées au vent ; quelle puissance pourrait jeter au feu tous les livres du marquis de Sade ? Voilà ce que personne ne saurait faire, ce sont là des livres, et par conséquent des crimes qui ne périront pas. »
Tous les emprunts de Sade sont recensés dans les notes de l’édition de ses œuvres dans la bibliothèque de la Pléiade.
Au cours d'un débat antagoniste entre Freud et Einstein, Freud subit expérimentalement un transfert "négatif" qui le renvoie dans le boudoir du Marquis de Sade.
Références
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On ne possède aucun portrait parfaitement attesté de Sade, mais on sait, par ses lettres écrites à Vincennes à
lle
de Rousset (
21 mars 1779
) et à sa femme (
22 mars 1779
) qu'il possédait à Paris un « grand » portrait de lui par Van Loo et que
lle
de Rousset en avait fait une copie.
AD 94, 1Mi 382, registre NMD de Saint-Maurice (1813-1822), vue 235, 3 décembre 1814, acte de décès de Donatien Alphonse François de Sade
Pauvert 1990
p.
339.
L'encyclopédie Larousse intitule sa notice
Donatien Alphonse François, comte de Sade, dit le Marquis de Sade
Encyclopédie Larousse en ligne
Œuvres complètes de Montesquieu, t. 19, 2014, Garnier,
p.
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Gilbert Lély,
Vie du marquis de Sade
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Lever 1991
p.
48.
Hervé Aliquot,
La chronique d'Avignon
, Aubanel, 1990,
p.
80.
Ainsi qu'en témoigne un passage de sa lettre à sa femme, Madame de Sade, datée de janvier 1784 :
« Au reste, madame, à présent que voilà votre fils aîné une espèce de personnage dans le monde, je dois vous prévenir que mon intention est de suivre l'usage établi dans toutes les familles, où le chef prend le titre de comte, et laisse celui de marquis à son fils aîné. Je ne ferai d'ailleurs, relativement à moi, que ce que le Roi veut sans doute que je fasse, puisque je n'ai pas un seul brevet, ni de ma charge, ni de mes emplois, pas une seule lettre de princes ou de ministres qui ne me soit adressé sous ce titre. Je vous dis cela afin que vous y accoutumiez le public qui, une différente habitude prise, changerait difficilement après ses idées. »
Lever 1991
p.
23-44.
Les informations, inédites jusque-là, sur la vie du père du marquis, sont le résultat des recherches de Maurice Lever dans les archives familiales mises à sa disposition par
MM.
Xavier et Thibault de Sade.
Aline et Valcour
, dans « la Pléiade », t. I,
p.
403.
Lettre de Voltaire à l'abbé de Sade de fin mai 1733.
Henri Fauville,
La Coste – Sade en Provence
, Édisud, Aix-en-Provence, 1984.
et
Andrea
Dworkin
Pornographie : les hommes s'approprient les femmes
, Éditions Libre, réédition 2022, 339
p.
ISBN
978-2-490403-26-4
lire en ligne
Un supplément de
La Gazette
du 27-28 juin 1756 rapporte ainsi ses exploits : « Le marquis de Briqueville et le sieur de Sade se portèrent avec vivacité sur la redoute de la Reine et, après un feu très vif et assez meurtrier, ils parvinrent à s'en emparer par assaut et par escalade » (cité par Maurice Lever,
Sade
, Fayard, 1991, p.82).
Le
21 avril 1759
, Louis XV signe la commission de capitaine de compagnie, laquelle compagnie a été achetée par son père au prix de
13 000
livres (Maurice Lever,
Sade
, Fayard, 1991, p.92).
Note retrouvée par Mathias Pauvert en 1986 sur les états de service de Sade aux archives de l'Armée. Citée par
Pauvert 1986
p.
53.
Lettre du comte de Sade à sœur Gabrielle Laure du
19 avril 1763
Papiers de famille
, sous la direction de Maurice Lever, Fayard, 1995, t. II).
Lettre du marquis de Sade à Mademoiselle de L… datée d’Avignon le
6 avril 1763
(reproduite intégralement dans Gilbert Lely,
Vie du marquis de Sade
, Cercle du livre précieux, 1962, tome 1,
p.
68-71
et citée par
Lever 1991
p.
112-113).
Lettre du comte de Sade à son frère l'abbé de Sade du
17 mars 1763
Papiers de famille
, sous la direction de Maurice Lever, Fayard, 1995, t. II).
C'est ainsi qu'on appelle ordinairement Madame de Montreuil. Marie Madeleine Masson de Plissay, de petite noblesse de robe elle-aussi, a épousé en 1740 Claude-René Cordier de Montreuil.
Lettre du comte de Sade à sa sœur Gabrielle Laure du
19 avril 1763
. L'orthographe est respectée.
Liliane Giraudon
Sade épouse Sade
Les Presses du réel
, 2021.
Puissé-je mille fois mourir !
», sur
Marquis de Sade
12 novembre 2020
(consulté le
er
septembre 2024
Lettre de 1765.
Gilbert Lély 1965
p.
103.
Gilbert Lely,
Vie du marquis de Sade
, Paris, Gallimard,
1952
p.
147
La lettre suivante écrite de Vincennes en janvier 1782 le laisse supposer :
« Dès que je serai libre […] ce sera avec une bien vive satisfaction que me relivrant à mon seul génie, je quitterai les pinceaux de Molière pour ceux de l'
Arétin
. Les premiers ne m'ont valu qu'un peu de vent dans la capitale de Guyenne ; les seconds ont payé six mois mes menus plaisirs dans une des premières villes du royaume, et m'ont fait voyager deux mois en Hollande sans y dépenser un sol du mien. Quelle différence ! »
Il est aussi sensible aux gourmandises provençales si l’on en croit le long mémoire, établi par le sieur Légier, confiseur, retrouvé par Paul Bourdin, qui détaille les articles qu’il a livrés au château en 1772 :
« pommades en bâtons et en pots, amandes et pâtes d’amandes, sucre raffiné et cassonade, pralines et azeroles au sucre, coings, chinois, gelées et marmelades, oranges de Portugal et fleurs d’orange, biscuits et
vermichelly
, moutarde et poivre blanc, eau de lavande et savonettes, colle forte et pierre d’indigo. »
Extraits de la déposition faite le
19 octobre 1763
devant un commissaire au Châtelet par une fille galante, Jeanne Testard, ouvrière en éventails :
« … il lui a d'abord demandé si elle avait de la religion, et si elle croyait en Dieu, en Jésus-Christ et en la Vierge ; à quoi elle a fait réponse qu'elle y croyait ; à quoi le particulier a répliqué par des injures et des blasphèmes horribles, en disant qu'il n'y avait point de Dieu, qu'il en avait fait l'épreuve, qu'il s'était manualisé jusqu'à pollution dans un calice qu'il avait eu pendant deux heures à sa disposition dans une chapelle, que J.-C. était un J… f… et la Vierge une B… Il a ajouté qu'il avait eu commerce avec une fille avec laquelle il avait été communier, qu'il avait pris les deux hosties, les avait mises dans la partie de cette fille, et qu'il l'avait vu charnellement, en disant : “Si tu es Dieu, venge toi” ; qu'ensuite il a proposé à la comparante de passer dans une pièce attenant lad. chambre en la prévenant qu'elle allait voir quelque chose d'extraordinaire ; qu'en y entrant elle a été frappée d'étonnement en voyant quatre poignées de verges et cinq martinets qui étaient suspendus à la muraille, et trois Christs d'ivoire sur leurs croix, deux autres Christs en estampes, attachés et disposés sur les murs avec un grand nombre de dessins et d'estampes représentant des nudités et des figures de la plus grande indécence ; que lui ayant fait examiner ces différents objets, il lui a dit qu'il fallait qu'elle le fouettât avec le martinet de fer après l'avoir fait rougir au feu, et qu'il la fouetterait ensuite avec celui des autres martinets qu'elle voudrait choisir ; qu'après cela, il a détaché deux des Christs d'ivoire, un desquels il a foulé aux pieds, et s'est manualisé sur l'autre jusqu'à pollution ; […] qu'il a même voulu exiger de la comparante qu'elle prît un lavement et le rendit sur le Christ ; […] que pendant la nuit que la comparante a passée avec lui, il lui a fait voir et lui a lu plusieurs pièces de vers remplies d'impiétés et totalement contraires à la religion ; […] qu'il a poussé l'impiété jusqu'à obliger la comparante à lui promettre qu'elle irait le trouver dimanche prochain pour se rendre ensemble à la paroisse de Saint-Médard y communier et prendre ensuite les deux hosties, dont il se propose de brûler l'une et de se servir de l'autre pour faire les mêmes impiétés et les profanations qu'il dit avoir faites avec la fille dont il lui avait parlé… »
29 octobre 1763. Détention de Sade pour éjaculation sur un crucifix et autres blasphèmes
», sur
Le Point.fr
29 octobre 2012
Les journaux des inspecteurs ont été trouvés à la Révolution dans les cassettes de Louis
XV
, ils ont été publiés en 1863, expurgés car trop de familles importantes se sentaient encore visées, puis de 1906 à 1914 en cinq volumes(
Pauvert 1989
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133).
Emmanuel de Waresquiel, Jeanne du Barry: une ambition au féminin, Paris, Tallandier, 2023, 590 p., P. 120
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, p. 120
Gilbert Lely
Vie du marquis de Sade. De la naissance à l'évasion de Miolans, 1740-1773
, Gallimard,
1952
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311
Les Étranges Amours du marquis de Sade
, Omnibus,
2013
p.
17
Cette lettre extraordinaire de
lle
de Launay (signée avec du sang), conservée par Sade, transmise à ses descendants, a été découverte et publiée en 2006 par Maurice Lever avec trois autres lettres inédites de la jeune chanoinesse. Voici la suite du début de cette fameuse lettre :
« […] de ne jamais ni ne me marier, ni me donner à d’autres, de lui être fidèlement attachée, tant que le sang dont je me sers pour sceller ce serment coulera dans mes veines. Je lui fais le sacrifice de ma vie, de mon amour et de mes sentiments, avec la même ardeur que je lui ai fait celui de ma virginité. […]. »
Quatrième lettre inédite de
lle
de Launay découverte et publiée par Maurice Lever (
Je jure au marquis de Sade, mon amant, de n'être jamais qu'à lui…
, Paris, Fayard, 2006).
Lettre de Madame de Sade du
19 mars
à Ripert, régisseur de Mazan, dont le frère est curé. (
Pauvert 1986
p.
341).
« petites filles » est un terme courant à l'époque pour désigner des adolescentes.
Paul Bourdin,
Correspondance inédite du Marquis de Sade
, Librairie de France, 1929, année 1775,
p.
18-19
Gothon, « le plus beau c… qui fût échappé des montagnes de Suisse depuis plus d'un siècle » dit le marquis, est « fille d'un huguenot suisse, concierge et factoton, qui en sait long sur son maître et qui le sert en toutes choses sans se desservir » (Paul Bourdin).
me
Moldetti, âgée de
30 ans
, femme d’un employé des douanes et mère de famille. Ses lettres passionnées au marquis, ainsi que
18 lettres
du docteur Mesny à Sade sont publiées en appendice de la biographie de Maurice Lever.
« Lettre de Mirabeau adressée à
Sophie de Monnier
», le
21 septembre 1780
, in: préface à l'édition de 1833,
p.
XIV.
Jean-Jacques Brochier,
Donatien-Alphonse-François, marquis de Sade : un classique du
XX
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Lettre à Madame de Sade, début novembre 1783.
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Lettre à Madame de Sade du
25 juin 1783
Gilbert Lely,
Vie du marquis de Sade
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, Albin Michel, 2020, p.94
Michel Delon,
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121
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, Albin Michel, 2020, p.217
Journal officiel
du
18 février 2021
« Apprenez que me voilà encore monté en grade, que je suis président de ma section, et qu'hier, le papa Montreuil étant à l'assemblée, je l'avais sous ma couleuvrine. » (lettre à Gaufridy du
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DES MANUSCRITS INÉDITS DU MARQUIS DE SADE détruiront-ils sa légende?
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Norbert Sclippa,
Lire Sade
, L'Harmattan, 2004,
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Jacques J. Natanson le considère comme un
« grand athée du
XVIII
siècle »
La mort de Dieu: essai sur l'athéisme moderne
, Presses universitaires de France, 1975,
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Pasquine Albertini,
Sade et la République
, L'Harmattan, 2006,
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Maurice Blanchot,
Sade et Restif de la Bretonne
, Complexe, édition de 1999,
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Gilbert Lély,
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, Gallimard, 1967,
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Klossowski 1967
p.
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et
Laurent Jenny in Jenny Pfersmann (dir.),
Traversées de Pierre Klossowski
, Droz, 1999, pages 40-41.
Albert Camus,
L'Homme révolté
, in
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, Gallimard, 1965,
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Simone de Beauvoir,
Faut-il brûler Sade
, Gallimard, 1955,
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Klossowski 1967
p.
14.
Jeangène Vilmer 2008
p.
43-47.
Jeangène Vilmer 2008
p.
202.
Jeangène Vilmer 2008
p.
49.
Fiche sur bedetheque.com
Fiche sur bedetheque.com
Fiche sur bedetheque.com
Janice étoilée
Le Journal du dimanche
, 14 avril 2008.
Fiche sur comicvine.com, avec quelques dessins de couverture
Fiche sur bedetheque.com
Alberto Brodesco,
Sade et le cinéma : regard, corps et violence
2020
ISBN
978-2-915083-93-4
et
Jacques Zimmer
, in
Le Cinéma X
La Musardine
, 2012, pages 162-164
Voir aussi
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Sur les autres projets Wikimedia :
Donatien Alphonse François de Sade
, sur
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Bibliographie
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Article détaillé :
Bibliographie sur Donatien Alphonse François de Sade
Le château de Lacoste racheté et rénové par
Pierre Cardin
en 2001.
Biographies
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Gilbert Lely
Vie du marquis de Sade
, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1952-1957 ; rééd., Paris, Mercure de France, 1989.
Jean-Jacques
Pauvert
Sade vivant
t.
1 :
« Une innocence sauvage », 1740-1777
, Paris,
Robert Laffont
1986
XII
-427
p.
ISBN
2-221-05205-6
présentation en ligne
Jean-Jacques
Pauvert
Sade vivant
t.
2 :
« Tout ce qu'on peut concevoir dans ce genre-là... », 1777-1793
, Paris, Robert Laffont,
1989
, 636
p.
ISBN
2-221-05953-0
présentation en ligne
Jean-Jacques
Pauvert
Sade vivant
t.
3 :
« Cet écrivain à jamais célèbre... », 1793-1814
, Paris, Robert Laffont,
1990
, 593
p.
ISBN
2-221-07014-3
présentation en ligne
Édition intégrale revue et augmentée, en un seul volume :
Jean-Jacques
Pauvert
Sade vivant
, Paris, Éditions le Tripode,
2013
, 1204
p.
ISBN
978-2-37055-003-3
Maurice
Lever
Donatien Alphonse François, marquis de Sade
, Paris,
Fayard
1991
, 912
p.
ISBN
2-213-02765-X
Le chapitre « La postérité de Sade » s'appuie sur les travaux de
Michel Delon
qui a établi les notes de l'édition des
Œuvres de Sade
en trois tomes dans la
Bibliothèque de la Pléiade
(1990, 1995, 1998), publié
Sade après Sade
, dans
Les Vies de Sade
, Éditions Textuel, 2007 et
La
121
Journée
chez Albin Michel en 2020.
Autres études et essais
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Jean-Baptiste
Jeangène Vilmer
La Religion de Sade
, Ivry-sur-Seine,
Éditions de l'Atelier
coll.
« La religion des philosophes »,
2008
, 172
p.
ISBN
978-2-7082-4017-9
présentation en ligne
Pierre
Klossowski
Sade mon prochain
, Paris,
Le Seuil
1967
re
éd.
1947)
présentation en ligne
Annie
Le Brun
Soudain un bloc d'abîme, Sade : introduction aux œuvres complètes
, Paris,
Éditions Pauvert
1986
, 335
p.
ISBN
2-72020-195-2
présentation en ligne
Réédition :
Annie
Le Brun
Soudain un bloc d'abîme, Sade
, Paris,
Éditions Pauvert
coll.
« Folio. Essais » (
593),
2014
, 335
p.
, poche
ISBN
978-2-07-045980-3
Stéphanie Genand,
Sade
, Paris, Gallimard,
coll.
« Folio. Biographies » (
149),
2018
, 345
p.
, poche
ISBN
978-2-07-269402-8
(en)
Alyce Mahon,
The Marquis de Sade and the Avant-Garde
Princeton
Princeton University Press
2020
, 296
p.
ISBN
978-0691141619
Christian
Lacombe
Dictionnaire Sade
, Paris,
L'Harmattan
2021
, 627
p.
ISBN
978-2-343-22243-1
présentation en ligne
Marc Alpozzo
, « Sade, une esthétique de la souillure »,
Galaxie Houellebecq (et autres étoiles)
, Nice-Paris, Éditions Ovadia, 2024, p. 141-146.
Stamatios Tzitzis,
L’Incantation sadienne entre la force et le droit
, Presses de l'Université Laval, 2016, 272 p.
Maurice Nadeau
Sade, l’insurrection permanente
, suivi de
Français encore un effort si vous voulez être républicains,
Éditions Maurice Nadeau
, 2025, 224 pages,
présentation éditeur
Articles connexes
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Anticléricalisme
Censure
Littérature érotique
Laure de Sade
La liberté est le crime qui contient tous les crimes
(citation attribuée à Sade)
Sadisme
Violence sexuelle
Liens externes
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: site tenu par un descendant du Marquis de Sade. Publication hebdomadaire d'articles autour de l'actualité de Sade
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Francisco Ferrer
Denis Diderot
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Anticléricalisme par pays
Fédération française de la libre-pensée
(1890)
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(1901)
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(1930)
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La Religieuse
Denis Diderot
(1780)
Catéchisme du curé Meslier
Jean Meslier
(prétendu),
Sylvain Maréchal
(présumé)
(1790)
L'Origine du monde
Gustave Courbet
(1866)
Dieu et l'État
Mikhaïl Bakounine
(1882)
L'album anti-clérical
et
La Marseillaise anticléricale
Léo Taxil
(1881)
Le Père Duchesne
Ravachol
(1892)
La Lanterne, journal républicain anticlérical
Eugène Ogé
(1902)
L'Âge d'or
Luis Buñuel
(1930)
La Crosse En L'air
Jacques Prévert
(1946)
Mère Jeanne des anges
Jerzy Kawalerowicz
(1961)
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Ken Russell
(1971)
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Le Libertaire
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Ouvrages de référence
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L'Anticléricalisme en France de 1815 à nos jours
(1976)
Jacqueline Lalouette
La République anticléricale :
XIX
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Athéisme
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