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LINGUISTICS
JULES FELLER
NOTES DE PHILOLOGIE WALLONNE
JULES FELLER
NOTES
DE
PHILOLOGIE WALLONNE
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1912
IMPRIMERIE LIBRAIRIE ANCIENNE
H. VAILLANT-CARMANNE HONORÉ CHAMPION
(S. A) EDITEUR
8. RUE St-ADALBERT. 8 5. QUAI MALAQUAIS, 5
LIÈGE PAR,S
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JUL 2 81967
Y OF
Ce volume réunit les principales études que M. Jules Feller
a consacrées à la philologie wallonne. Il est publié sur l'initiative
de la Société Verviétoise d'Archéologie et d'Histoire et de
Verriers-Athénée, à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire
d'enseignement de M. .1 . Feller.
Le Comité organisateur :
Ed. Peltzer de Clermont,
Président d'Imnueur.
Km. Fairon
L. Foulon
H. Gobbels
G. Hennen
Em. Jaeghers
A. Weber.
COMITE DE PATRONAGE
Dieudonné Brouwers, conservateur des Archives de l'État à
Namur.
\. Cley< m ns, professeur honoraire de l'Athéuéede Verviers.
Oscar Colson, directeur de Wallonia.
Guili m mi Crutzi \. professeur à l'Athénée d'Anvers.
Camille Gillet, professeur à l'École supérieure des Textiles,
membre de la Commission de la Bibliothèque communale
de Yit\ iers.
El gène Gillet, professeur à l'Athénée de Verviers.
Oscar Grojean, conservateur-adjoint à la Bibliothèque royale,
secrétaire de la Société pour le progrès des études philo-
logiqu.es et historiques.
Jean Haust, professeur à l'Athénée de Liège, secrétaire de la
Société de Littérature wallonne.
Nicolas Lequarré, professeur émérite de l'Université de Liège,
président de la Société de Littérature wallonne.
Eugène Monseur. professeur à l'Université libre de Bruxelles.
Henri Pirenne, professeur à l'Université de Gand, directeur de
la Renne de l'Instruction publique en Belgique.
Jean Roger, conseiller provincial, directeur de la Revue
wallonne.
Maurice Wilmotte, professeur à l'Université de Liège, directeur
de la Renne de Belgique.
Victor Wittmann, professeur à l'Athénée d'Ixelles, secrétaire de
la Fédération des professeurs de l'Enseignement moyen
officiel.
LISTE DES SOLSCFIPTEL
Miov PERMANENTE DI IA ;
Mims: ère des Sciences
Ville i>k Lri G
Vn.i e de Ver1.
AnhhkR" - ue <lu l'ont Léopold, H
\. Henri, docteur en médecine, rue du Palai-. u. Verriers.
Arnold, < >scar. |irofessear honoraire, rue - 22. Verriers.
Balac, Sylvain, membre de la Commis* île d'Histoire, cure a
Pepinster.
Rarzin. Léopold, étudiant, rue du Mai
Pierre, rue Haute Mezelle. Verriers.
Bastin. Joseph, al>lȎ, r a l'Institut Saint-Joseph, Dolhain.
Kastin. Paul, rue Laourettx, Verviers.
Hwcit. Alphonse, professeur a l'Université, rue «les Joyeuses Entrées. 126,
Louvain.
Reaipain. Marcel, avocat, place du Mar -
Reaipain. Mathieu, place «lu Marché. 4">- Vervit -
Behrkns. I)r I).. professeur a l'Université. Wîlhelms sse, 2 G --en.
- A., rue <le Dison, Vervier-.
Beri.ierk. R.-P.. iloni Ursmer, membre de la Commission royale d'Histoire,
à l'abbaye <k- Maredsous.
Bertrand, J., préfet de- études à l'Athénée royal. Arlon.
BÉTHCNE, baron François, professeur à l'Université, rue
Louvain.
Bettonville, Alphonse, industriel, château des Tourelles, Petit-Rechain.
RlBI K'THEQIE 1 <>MMl NAIE DE VERVII -
Rirnbaum. V.. professeur à l'Athénée : on.
Ri.tTZ. Gustave, rue des Villa-. Vervh -
Bodart, Maurice, professeur à l'Ecole supérieure des Textiles ssée de
Heusy, 190. Verviers.
Rody. Albin, archiviste, à Spa.
Rûinem. Jules, professeur a l'Athénée royal, chaussée de Willemea
Tournai.
Roi and. Mathieu, notaire, rue de Rome. 10. Verviei -
BoNJEAN, Albert, avocat, rue du Palais. 124- Verviers.
BOCHY, Jacques, professeur de chant, rue Defays. 7. Pepinster.
Bouillenne, Victor, échevin, rue de la Paix. 17. Verviers.
Boclrouule, L., professeur à lAthéné -
— X —
|{(>\ n , L, docteur en médecine, à < >uffet.
Bci ens, l'i erre Joseph, professeur à l'Athénée r<>\ al, boulevard Léopold, 75,
rournai.
Brictei \. Auguste, professeur à l'Université de Liège, Flémalle-Haute.
Brouwkrs, Dieudonné, conservateur des archives de l'État, rue Lelièvre,
\annir.
Brunot, Ferdinand, professeur ;i la Sorbonne, rue Leheveux, 8, Paris.
Cajot, Alphonse, professeur à l'Athénée royal, nie «le Séroule, ;». Verviers
Centner, Charles-Robert, industriel, avenue Victor-Nicolaï, 5o, Heusy.
Centner, Paul, ingénieur, à Seraing.
Centner, Robert, industriel, à Lambermont.
Cercle pédagogique de Verviers.
Cercle Verviétois de Bruxelles.
Cerexhi . Jules, rue des Messieurs, p>. Hodimont.
Charlier, Alfred, professeur à l'Athénée du Centre, place Communale, 28,
La l lestre.
( harlier, François, rue de l'Harmonie, (>4. Verviers.
CHARI 1ER, Henri, docteur en médecine, à Borgoumont.
Chai \in, Victor, professeur à l'Université, rue Wazon, ."><>, Liège.
Chevalier, Joseph, professeur à l'Athénée royal, Anvers.
Ci 1 yckens, A., professeur honoraire, avenue Royale K"-.\larie. 5, Bruxelles.
Cloots, Louis, professeur à l'Athénée royal, rue Lemarchand, 4i< Heusy.
Cot Q, Fernand, membre de la Chambre <les Représentants, rue de l'Arbre-
Bénit, 32, Ixelles.
Cohen, Gustave, docteur en phil. romane, rue Chasseloup. 7, Paris, XV.
Collomb, André de, rentier, Ënsival.
Colson, Oscar, directeur de Wallonia, rue Fond-Pirette, 14^. Liège.
(oui, M., régente à l'École moyenne de l'État, rue de la Concorde, 53,
\ ci\ iers.
Corbey, Victor, docteur en médecine, rue Delporte, 18, Tirlemont.
Counson, Albert, professeur à l'Université, boulevard des Hospices, i52,
< i.iud.
Coi rtoy, Fernand, conservateur-adjoint des Archives de l'État, boulevard
Frère-Orban, i>. Namur.
Cozier, Joseph, professeur a l'École moyenne de l'État, rue de Liège, Ko.
\ 'er\ iers.
Cremer, Alfred, ingénieur aux Usines de Biache, Saint-Vaast.
Cremer, Auguste, rentier, château de Petaheid, Hodimont.
Cri 1/1 \. Emile, professeur à l'Athénée communal de Saint-Gilles.
Cri i/iv François, industriel, avenue du Jardin-Ecole, '5i>. Dison.
Cri l'ZEN, Guillaume, professeur à l'Athénée royal, rue Verte. 82, Anvers.
Cri i'zen, Nicolas, industriel, avenue du Jardin-Ecole, 4°> Dison.
Cumont, Frantz, professeur à l'Université, rue Montoyer, 7">, Bruxelles.
I) V.rchambi m . Célestin, receveur des contributions, Francorchamps,
D Avignon, .iules, professeur à l'Athénée royal, rue de l'Évèque, -24. Anvers.
— XI —
Davister, Guillaume, libraire, rue du Marteau. n5, Verviers.
DechesnE, Prosper, juge au Tribunal de première iustance, Liège.
Defays, Lucien, avocat, rue du Palais, 56, Verviers.
De<;ey. Henri, rentier, rue des Villas, lit. Verviers.
Dejardin, Adolphe, étudiant, rue «le Liège, Verviers.
Dejardin, Léo. étudiant, rue Rogier, 33, Verviers.
Delkortkie, Georges, étudiant, rue Tranchée, 35. Verviers.
DEMOULIN, Charles, rue Godin, 21, Ensival.
Demoulin, Hubert, professeur à l'Athénée royal, rue des Villas, 6, Fluv.
DEMOOMN-GOHY, Maurice, avenue Hanlet. 12, Verviers.
DemouI/IN, Victor, constructeur, rue Neuve. Dison.
Depuessedx, Henri, entrepreneur, rue Calamine. 53, Stembert.
Depresseux, Jean-Nicolas, place de l'Abattoir, 23, Verviers.
Derchain, Philippe, avocat, rue de la Concorde, Verviers.
Deku-Simus, Alexandre, chaussée de Heusy, 199, Verviers.
lu 1 \i ans. Théophile, avocat-avoué, rue du Midi. 24. Verviers.
Despa, Justin, industriel, rue de Bruxelles, 3o, Verviers.
Detim.ei \. Servais, à Heusy.
Dewert, .Iules, professeur a l'Athénée royal, Ath.
DEWEZ, Emile, industriel, rue du Palais, i$j. Verviers.
Di.wi.z. Fanny, rue Bidaut, 2. Verviers.
Dewez, Mariette, rue Bidaut, 2, Verviers.
DiscAïu.r.s. Krnest, membre de l'Académie royale de Belgique, avenue
Louise. 4f)2, Bruxelles.
DOMBART, Marcel, étudiant, rue Sur le Tombeux, Stembert.
Dony, Emile, professeur à l'Athénée royal, rue «le la Réunion, 1, Mons.
Dony. Léonce, professeur à l'Athénée royal, rue Delescluze, 25, Bercheni-
Anvers.
Doutrepont, Auguste, professeur a l'Université, rue Fusch, 5o, Liège.
Doutrepont, Charles, professeur a l'École des Cailets. avenue de Sal-
zinnes. S2, Namur.
Doutrepont. Georges, prof, a l'Université, rue des Joyeuses Entrées. 2»i.
Louvain.
Driessen. Emile, étudiant, rue de Bruxelles, 85, Verviers.
Drdmeatjx, Arthur, préfet des études honoraire, avenue delà Couronne. 191,
Bruxelles.
Dubois. René, secrétaire communal, Iluy.
Duchesne. Alfred, docteur en philosophie et lettres, rue Vanderkindere,
Uccle.
Duchesne, Eugène, professeur à l'Athénée royal, rue Naimette, Liège.
Duckertz, François, professeur à l'Athénée royal, Verviers.
Dleskerc;, Albert, architecte. Heusy-Verviers.
Dumont, F., ihier de Cornillon, Bressoux.
Dumont, Henry, professeur à l'Athénée royal d'Ixelles, rue Montoyer. 66,
Bruxelles.
XT1 —
Rrnst, Gustave, notaire, Dolhain.
Etienne, Isidore, pharmacien militaire, nie de l'Harmonie, ri, Verviers.
Fabritius, <).. professeur à l'Athénée royal, Arlon.
Fabry, François, rue Wilson, '>;>, Bruxelles.
Fairon, Kniilo, conservât eur-adjoinl des Archives de l'État, Pepinster.
Fassotte, Noël, instituteur en chef, place Neufmoulin, .3.3. Dison.
FAYEN, Louis, avenue de Spa, :>5, Verviers.
l'i i.i i wi •:. Prosper, imprimeur, rue du Collège, 5o, Verviers.
Fei/terre-Lenain, Remacle, peintre, rue de la Colline, 18, Verviers.
FETTWEISS, Albert, étudiant, rue de Limbourg, <S, Verviers.
FONSNY, Henri, étudiant, rue de Bruxelles, 91, Verviers.
Fontaine, Marie, directrice de l'École moyenne de l'État, rue des Ecoles. 19,
Verviers.
Fonthier, Félix, professeur à l'École normale de l'État, rue Donckier, 25.
Verviers.
FONTIGNY, Edouard, professeur à l'École supérieure des Textiles, rue du
Palais, 56, Verviers.
FOULON, L.. professeur a l'Athénée royal, Verviers.
Fraxsskn, Gérard, employé, AVegnez.
Franz. Arthur, 1)' phil., Keplerstrasse, <), Giessen.
Fredericq, Paul, professeur à l'Université, rue des Boutiques, 7, Gand.
Gaidoz, II., directeur à l'École des Hautes Etudes, rue Servandoni, 22,
Paris.
Gens, Emile, professeur honoraire de l'Athénée royal de Verviers.
Gihoul, Isidore, professeur, Mont-Dison.
Gilbart, Olympe, publiciste, rue Fond-Pirette, 77, Liège.
GlIJCINET, Alfred, professeur à l'Université, rue Renkin, Liège.
GlLLET, Alfred, étudiant, avenue de Spa, 19, Verviers.
GlLLET, Camille, professeur à l'École supérieure des Textiles, avenue de
Spa. 10, Verviers.
GlLLET, Eugène, professeur à l'Athénée royal, rue du Brou. Verviers.
GlLLET, Mathieu, rue Grandjean, 4o, Verviers.
GôBBELS, Henri, junior, rue de Liège, 56, Verviers.
GOEDERS, Auguste, secrétaire-surveillant de l'École supérieure des Textiles
de Verviers.
GOEMANS, L., inspecteur général de l'enseignement moyen, avenue Royale
Sainte-Marie. Bruxelles.
GOHY, Jules, professeur au Collège communal de Virton
GOIRE, Joseph, employé, boulevard du Jubilé, 87, Bruxelles.
Gorissen, Emile, professeur à l'Athénée royal, rue du Palais, 38, Verviers.
GRANDJEAN, Alfred, fils, rue du Collège. Verviers.
GRANDJEAN, Henri, avocat-avoué. Verviers.
GRAVEN, Pierre, rue de Ilodimont, Verviers.
Grégoire, Antoine, professeur a l'Athénée royal, agréé a l'Université de
Liège, rue des Crépalles, \\). Huy.
— xm —
Grenade, Albert, négociant, rue de Limbourg, 3. Verviers.
Grojean, Oscar, conservateur-adjoint à La Bibliothèque royale, avenue
Brugmann, Uccle.
Grosjean, Edmond, pharmacien, avenue de Spa, i3, Verviers.
Grosjean, Léonard, professeur à l'École supérieure des Textiles, Verviers.
Gùnther, Charles, docteur en sciences phj siques et mathématiques, chaussée
de Heusy, i">4- Verviers.
Gordal, Auguste, pharmacien, rue Saint-Rem a cl e, 34. Verviers.
Sans, II.. docteur en médecine, rue de Dison, VTerviers.
Hansenne, Jean, attache a la Bibliothèque royale, rue Américaine, 140.
Ixelles.
Hansez, Adolphe de, avocat, Theux.
Harroy. Léonie, régente de l'École moyenne de l'État, rue Laoureux, 22
Verviers.
Badst, Jean, professeur à l'Athénée royal, rue Fond-Pirette, 75, Liège.
Henen, Mathieu, professeur à l'Athénée royal, courte rue de l'Autel. 10.
Anvers.
Bennen, Guillaume, attache aux Archives de l'Étal à Liège.
H ENS, Joseph, auteur wallon. Yielsalin.
Hombert, Joseph, professeur à l'Athénée royal, rue Marnix, ai, <laud.
H01 HKN. Henri, industriel, avenue de Spa. 82, Verviers.
Hodben, Louis, étudiant, rue du Palais, -\, Verviers.
HDBY, Edouard, employé aux Ponts et (haussées, rue Mangomhroux, Heusy.
IL 1 .1 .EN, Ilerinann. rue Armand Simonis. a3, Verviers.
Hdveneers, Victor, rue de Namur, 14. Verviers.
Institut Archéologiqi i. Lu geois.
ISERENTANT, professeur a L'Athénée royal. Malines.
Jacqi es, Victor, professeur à l'Athénée royal, rue Bassenge, ">i>. Liège
Jaeghees. Ein.. place des Minières, Verviers.
Jenicot, Willy, étudiant, place Verte, 38, Verviers.
JEDNEHOMME, Léon, instituteur. Flemalle-Ilaute.
JOPKEN, Ernest, préfet des études honoraire, rue Rioul, 5, Iluy.
JUSTICE, .Jean, professeur à l'Athénée royal, chaussée de Bruxelles, 74.
Ledeberg-Gand.
Kavskk. Walter, étudiant, rue Grandjean, i3, Verviers.
Koumoth, Armand, professeur à l'Athénée royal, rue d'Ensival, G. Verviers.
Lacroix. Edmond, professeur, place des Minières. Verviers.
Lacroix, Léon, imprimeur. Pont-aux-Lions, 17, Verviers.
Lahaye, Mathieu, rue de Verviers. 2Ô. Disou.
Lallemand, Alexis, prof, honoraire de L'Athénée royal, rue de Locht. 70,
Bruxelles.
Lambotte, Emma, rue Louise, 28, Anvers.
Laxg, Joseph, industi'iel. rue du Palais, 112, Verviers.
Lecat. Eimest. rue Henripré, Verviers.
Leclercu.. Jean-Jacques, rue du Prince, 20, Verviers.
XIV —
Leclère, Constant, professeur à L'Athénée, rue des Vennes, 282, Liège.
Lecocq, A.uguste, instituteur, rue Longue. 124, Dison.
Lefèbvre, Alphonse, notaire, rue du Midi, Verviers.
Lejear, Jean, docteur en médecine, rue Laoureux, ">4. Verviers,
Lejear, Jean, architecte, rue Saucy, 19, Verviers.
Lejeune, ALard, docteur en médecine, rue Laoureux, 11, Verviers.
Lejeune, Jean, auteur wallon, villa du Rogier-Thier, Jupille.
LELARGE, Gustave, professeur à l'Ecole supérieure des Textiles, rue des
Minières. 3i, Verviers.
Lequarré, Alphonse, professeur honoraire de l'Athénée de Verviers, à
Retinne.
LEQUARRÉ, Nicolas, professeur émérite de l'Université de Liège, président
de ia « Société de Littérature wallonne », rue André-Dumont, 37, Liège.
LHONEUX, Joseph, professeur à l'Athénée royal, rue Coupure, <>i. Gand.
Li ban Clokk, de Namir.
Liégeois, L., instituteur en chef pensionné, Hollogne-aux- Pierres.
Lierneux, Ainédée, étudiant, rue de Bruxelles, 98, Verviers.
Lieutenant, Henri, rue de la Concorde, Verviers.
Limbourg, le chevalier Philippe de, Theux.
Lobet, Léon, ingénieur, rue du Palais. i38, Verviers.
Loge (la) « Le Travail », Verviers.
Lonchay, Henri, professeur à l'Université, rue Van de Weyer, 38, Schaer-
beek-Bruxelles.
Lundy, Joseph, étudiant, rue de Bruxelles, 108, Verviers.
LURQUIN, Auguste, percepteur des Postes, Verviers.
MAGNETTE, Félix, professeur à l'Athénée royal, rue Saint-Gilles, 'r>8. Liège.
Marchand, Arthur, sous-chef de station, rue Bidaut, ;><). Verviers.
Marcotte, Eugène, place du Centre, 5, Verviers.
Marcotte, Paul, place du Centre, 5, Verviers.
Marcotte, Victor, rue Laoureux, Verviers.
Maréchal, Alphonse, professeur à l'Athénée royal, rue de Dave, 54, Jambes-
lez-Namur.
Maréchal, Maurice, directeur de l'Ecole moyenne de l'État, Waremme.
Marneffe, Alphonse, professeur à l'Athénée royal, rue Léanne, 27, Namur.
Massange, Jean, industriel, Stavelot.
Massart, Oscar, docteur en médecine, rue Maréchal, Ensival.
MASSON, Antoine, professeur à l'Athénée royal, rue Pasteur, 14. Liège.
Masson, Emile, ingénieur, avenue Peltzer, 21, Verviers.
Materne, Oscar, préparateur à l'École supérieure des Textiles. Verviers.
\1 \ 11111.1 , Edouard, rue de la Montagne, 45, Verviers.
MAURY, Alfred, professeur à l'École moyenne de l'État, rue de Liège, 59.
Yt'i\ iors.
MELEN, Eugène, avocat, rue du Palais, 118. Verviers.
Merten, J., professeur à l'Athénée royal, Verviers.
Mi 1 i;e.\s, Gérard, professeur à l'Athénée royal, rue de l'Église. 1 37. Anvers.
XV —
Michel. Charles, professeur à l'Université, avenue Blonden, 42, Liège.
Michel. Emile, professeur à l'Athénée royal, Chimay.
Michel, Victor, instituteur, rue d'Anvers, 10, Verviers.
Michoel, Fr. -Antoine, instituteur en chef honoraire. Sart-Iez-Spa.
Moi.inghex. Edmond, ingénieur, rue Allard, Marcinelle.
Moi.ixghex, Emile, professeur à l'École supérieure des Textiles, rue de la
Paix. Verviers.
MoLINGHEN, Gérard, employé, avenue des Rogations. S9, Bruxelles.
MoLiXGHEN. P.-A.-J., chef de bureau. Pepinster.
Moi.iioK. Lucien, professeur à l'Athénée royal, quai Mativa. S. Liège.
Monsei k, Eugène, professeur à l'Université, avenue Milcamps, 7"), Bruxelles.
MORAY, Servais, commis des chemins de fer, rue d'Andrimont, G8, Dison.
Mullexdorii . Eugène, bourgmestre, place des Minières. 102. Verviers.
Miller. Gustave, rue Lambert-, 28, Welkenraedt.
Navaux, Maurice, rue des Villas. Verviers.
Nicaise, Maurice, professeur a l'Athénée royal, rue de la Culture, 24. Ixelles.
NlSSENNE, .Iules, employé, rue Renkin. 17. Verviers.
Nissenne, Jules, entrepreneur, rue Laoureux, Verviers.
NOKIN, Jean, marchand de laines, rue aux Laines, 41, Verviers.
Oger, Adrien, conservateur du Musée archéologique, Namur.
Ophovex, Léon, Stavelot.
Parmentier, Léon, professeur à l'Université de Liège, Hamoir-sur-Ourthe.
Patar, IL, docteur en médecine, rue de Linthout. i(i(j, Etterbeek.
Pauliis. Charles, rue des Villas, Verviers.
PECQUEUR, Oscar, professeur à l'Athénée royal, rue des Anglais. i(i, Liège.
Peltzer, Pierre, étudiant, rue de la Station. 9, Verviers.
Peltzer de Clerraont, Edouard, sénateur, Verviers.
Peltzer de Rossius, Georges, industriel, Verviers.
Peuteman. Jules, homme de lettres, 34. route de Lambermont, Verviers.
Pietkln. Nicolas, curé à Sourbrodt (Prusse Rhénane).
Piette, Henri, étudiant, rue Renkin, 23, Verviers.
PlGEOLET, F., professeur à l'Athénée royal, Anvers.
Pinto. le comte F. de. propriétaire. Maison-Bois, Ensival.
Pirari). Louis, échevin de l'Instruction publique, rue de l'Escalier. 6,
Verviers.
Pirexne. Emile, rentier, rue des Vieillards, 8b, Verviers.
PlREXXE. Henri, professeur à l'Université, rue Neuve Saint-Pierre. [2G, Gand.
Pirexne, Maurice, conservateur du Musée communal, Verviers.
Poetgexs, Guillaume, expéditeur, rue Tranchée, 107, Verviers.
Poetgexs. Henri, rue Repos du Roi, 3, Verviers.
Polis, J.-M., industriel, avenue du Chêne, 195, Heusy.
Polis. Sébastien, employé, rue du Progrès, 20, Verviers.
Preudhomme, Léon, professeur à l'Université, rue Nassau, 4, Gand.
Raxdaxhe, S., docteur en médecine, rue César Franck, 63, Liège.
Redixg, J. -P. .professeur à l'Athénée royal, rue Km. Banning, 5<), Ixelles.
— XVI —
REMOUCHAMPS, J.-M., avocat, boulevard d'Avroy, 280, Liège.
Ri< «elle, osée, employé, rue Renkin, 25, Verviers.
RIVIÈRE, Hubert, professeur à l'Athénée royal, Longue rue Van Ruus-
broec, 110. Anvers
ROGER, Jean, industriel, rue de Fragnée, i55, Liège.
ROSMANT, Fernand, étudiant, rue de Liège. 82. Verviers.
ROUILLER, Charles, agent de la Banque nationale de Belgique, Verviers.
ROUMEN, Henri, professeur à L'Athénée royal, rue des Agneaux. 8. Anvers.
Ruhl, Gustave, avocat, membre correspondant de la Commission royale des
Monuments, boulevard d'Avroy, G7, Liège.
SAGE Henry, professeur à l'École française de Droit au Caire, rue Km ma
N'iel, Paris.
SAGEHOMME, Léon, receveur de la ville de Verviers.
SASSERATH, Simon, avocat, rue Crespel, 24, Bruxelles.
Scharff, Paul, professeur à l'Athénée royal, rue de Kinkempois, 4:!. Liège.
Schauer, Louis, étudiant, rue du Centre, 91, Verviers.
Schouten, M., professeur à l'Athénée royal, rue Haringrode. 43, Anvers.
Semertier, Charles, pharmacien, rue Sainte-Marguerite, Liège.
Simon, Constant, professeur à l'Athénée royal, rue Bidaut. 22, Verviers.
Si, use, René, professeur à l'Athénée royal, chaussée de Heusy, 204, Verviers.
Société d'Archéologie de Namur.
Société Verviétoise d'Archéologie et d'Histoire
Spinhayer, Jules, échevin des Travaux publics, Verviers.
Stappers, Jeanne, régente à l'École moyenne de l'Etat, rue des Villas.
Verviers.
Stiels, Arnold, sub1 Auditeur militaire, rue S' Adalbert, 5, Liège.
Thibert, Constant, chirurgien-oculiste, rue des Célestines. G, Liège.
Thibert, Jean, chef d'école honoraire, Sart-lez-Spa.
Thimister, Dieudonné, pharmacien, rue Maréchal, Ensival.
Thirion, Charles, architecte, rue Tranchée, 14. Verviers.
Thomas, Antoine, professeur à l'Université de Paris, avenue Victor-Hugo,
3;>, Bourg-la- Reine
Thomas, Paul, professeur à l'Université, rue Joseph Plateau. Grand.
ThÔNET, Jules, juge au Tribunal de Verviers, rue de l'Académie, 24. Liège.
Tihon, Fernand, docteur en médecine, rue de la Chaussée, Theux.
Tombeur. Fr., prof, à l'Athénée royal d'Anvers, avenue de la Princesse
Elisabeth. 5i, Schaerbeek.
Tourneur, Victor, professeur honoraire, rue des Minières, 127, Verviers.
Tourneur, Victor, conservateur-adjoint à la Bibliothèque royale, rue
Defacqz, 98, Saint-Gilles (Bruxelles;.
TyoO, Hyacinthe, surveillant à l'Athénée, rue des Gémeaux. 3a, Anvers.
Vai. kmin, Georges, préfet des études à l'Athénée royal, rue Cottrel, 34,
Tournai.
V vNDERLlNDEN, Ilerinan. professeur à l'Université de Liège, rue de Tirlemont,
Louvain.
— XVII —
Van DoOREN, .)., professeurà l'Athénée royal. Arlon.
Van de Vkld. Ernest, directeur-éditeur de la Bibliographie de Belgique.
avenue de la Brabançonne, 12. Bruxelles.
Van OlRBEEK, professeur honoraire île l'Athénée de Liège, Brusthem.
Van Pee, Paul, docteur en médecine, Hodimont.
Van Veerdeghem, F., professeur émérite de l'Université de Liège, rue de
Chestret, 6, Liège.
VERCODLLIE, J.. professeur a l'Université, rue aux Draps, Gand.
Verken, François, étudiant, avenue Ilanlet, 25, Heusy.
Verviers-Athénée.
Vom IIai.kn. Léon, directeur de fabrique, Czestochowa (Pologne russe 1.
Wai < omoni, Thomas, professeur à l'Athénée royal de Mous, Nimy-lez-
Mons.
Wattiez, Adolphe, président de la « Ligue Wallonne du Tournaisis ». rue
de Courtrai. 2V Tournai.
WAUCQTJEZ, Henri, professeur a l'Athénée royal, rue de la Brasserie, 12,
Ixelles.
WAUTERS, Joseph, professeur à l'Athénée royal, Ixelles.
\\ 1 i;i:h. Armand, ingénieur-opticien, place du Martyr. 55, Verviers.
Weber. Armand, médecin-oculiste, place du Martyr, Verviers.
Weerts, Fernand, étudiant, rue du Brou, 6i, Verviers.
WEISGERBER, Ernest, prof, à l'Athénée royal, rue de Liège, 34, Verviers.
Wéve, Louis, directeur de l'École supérieure des Textiles de Verviers.
Wii.motth. Maurice, professeur à l'Université de Liège, rue de Pavie, 4°-
Bruxelles.
Wirth. Alfred, pharmacien, rue Crapaurue, Verviers.
Wisimus. Jean, rue de Namur, 3, Verviers.
WlTMEUR, Emile, professeur à l'Athénée royal de Liège, Jupille.
WiTT.MANN. Victor, professeur à l'Athénée royal, rue Guillaume Stocq, 34,
Ixelles.
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Folklore.
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C. r. d'ouvrages <le : JULIO Camus, Réceptaire français du XIV siècle, -
Les noms de plantes du Liure d' Heures d'Anne de Bretagne, — Historique des
— XXVII —
premiers herbiers. — Un manuscrit namurois (noms de plantes) du XV siècle
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C. r. de : EUG. Rolland. Flore populaire, t.Ier, BFW, t. III. 1898, pp. 5o-52
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BFW, (. III, 1898, pi». r>i>--»4.
Collaboration a la Flore populaire d'EuGÈNE Rolland, 1. II à VIII, et à la
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Henri Gaidoz, 1896-1911.
C. r. du livre de I)i 1! \ U)T sur les Sobriquets des Communes belges, dans
Jadis, t. XII, avril 1908, pp. 62-64.
<'. r. de deux romans folkloriques, André Malaise, de LUCIEN COLSON,
dans Wallonia. I. XVII, rgog, pp. 209-210, et le Puison de GEORGES Willame,
dans BDW, >' année, 1908, p. 116.
Pour la création d'un concours de folklore à la Société de Littérature
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Archéologie et Histoire.
Limbourg-Aduatuca, critique d'un livre de Elisée Harrov, Les Éburons
à Limbourg. dans Revue Belge de CHARLES TlLMAN, n" 38, 1". nov. 18S;).
C. r. de : Cromlechs et dot mens, par E. Harroy, dans Revue Belge, n" 46,
i5 mars 1890.
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C. r. de : Y. MiRGUET, Histoire des Belges, III PB, 1897.
Collaboration aux publications de la Société verviétoise d'Archéologie et
d'Histoire. 1897-1911 : préface du Bulletin, t. I. pp. 7-10;
— Chronique de la Société pour les années 1897-8 et 1898-9, t. I,
pp. 263-283.
— Le Bethléem verviétois ou survivance d'un théâtre religieux de marion-
nettes, avec planches, t. II, 1900, pp. 1-60;
— Les noms de lieux en -ster, t. V, 1904. pp. i-i44 (Cf. Toponymie);
— Chronique de la Société, année 1906-6. pp. 1-98; édition de l'ensemble
et composition des articles suivants : sur le nom de Soblehaye. wall. Nablé-
hâye = Aublinhaie. 17 ; sur l'inscription de la Vierge d'argent de Walcourt,
3o-33; sur le nom de Walhère = Wohi. Bohi, 70: Conférence sur l'origine
et la signification des noms propres, spécialement en pays wallon. 77 !)"
Année 1906-7, pp. 1-44 : Conférence sur la conquête de la Gaule-Belgique
par César. 43-58. — Année 1907-8 : Observation sur l'origine du mot
èéqwème (quin quagesimum) et son emploi dans les documents. 5-6;
sur hârkè, 18; Conférence sur la vie et les œuvres d'un linguiste verviétois.
J. F. Hansay, 19-20.
C. r. de : Pietkin. La germanisation de la Prusse wallonne, RIPB, I9<>5,
pp. 44-45.
XXVTII —
0. r. de : DD. BHOUWERS, Mémoires de Jean de llnynin. Ier vol., Wallonia
t. XIV. [906, pp. 105-107; 2evoJ , ibid., t. XV, i<)07, pp. iu8-i.3o.
C. r. de: 1)1). Brouwers, Le Cartulaire de Dînant, t. VII et VIII. Wallonia^
t. XVI, 1909, pp. 72-75.
Le Chat volant de Verviers, BSVAH, t. XI, pp 7.3-1 n (Cf. Phil. wall.).
Le suffixe toponymique -Aan, BSVAH, t. XI, pp. i»45-3ai (Cf. Toponymie).
La race et la langue wallonnes (').
Idées erronées sur l'origine du langage wallon ; conséquences de ces
erreurs et nécessité de les combattre. — Les mots wallon, gaulois,
celte, etc. — Premier sens du mot wallon : il désigne peuples et dialectes
celtiques. — Second sens : wallon désigne des peuples celtiques et des
dialectes romans. - Troisième sens : wallon désigne des dialectes romans
et des peuples celto-germains. — Sens linguistique à opposer aux sens
historiques précédents. — Pourquoi ce sens linguistique est si restreint.
— Sens opposés des expressions langue wallonne et langue française. —
Position du wallon en regard du français, en regard de l'allemand.
11 ne m'arriverait pas de traiter ce sujet tout élémentaire si
je n'étais pas soutenu par l'assurance de rectifier quelques erreurs
trop répandues. Beaucoup de gens, d'ailleurs fort instruits et
même souvent très polyglottes, n'ont jamais eu l'occasion de
rencontrer un livre qui les éclairât sur les origines de leur race
et de leur langue. Aucun manuel d'histoire ne leur a dit ce
qu'étaient les Wallons; aucune grammaire ne leur a dit d'où
venait le wallon. Quoi d'étonnant si les idées sont obscures ou
troubles sur cette double question, si l'on divague à son insu,
quand par hasard l'étrangeté d'un mot ou le pittoresque d'une
expression ramène dans la conversation le problème des ori-
gines? On énonce alors les conjectures les plus extravagantes,
basées sur quelque vaine et fugitive ressemblance d'un mot ou
deux. J'ai entendu vingt fois des amis affirmer que le wallon
venait du provençal ! Ils avaient lu le Tartarin d'Alphonse
Daudet, où revient plusieurs fois l'expression fan dé brut ;
comme cette phrase ressemble — beaucoup plus dans l'écriture
que dans la prononciation — au wallon verviétois fans de brut,
le wallon était du provençal ! Tel autre, qui connaît l'espagnol,
est persuadé que notre dialecte vient des bords de l'Èbre. A
d'autres, la présence de quelque mot germanique suffit pour
donner la persuasion que le wallon vient de l'allemand ou du
C1) Article de vulgarisation composé pour le n° de Noël 1909 de la Société
verviétoise l'Aide mutuelle, sous le titre L'origine du wallon.
flamand. Et, chose étrange, on n'est jamais à court d'argument
historique pour justifier les assertions les plus hasardées. C'est
la domination espagnole qu'on invoque, ou la domination bour-
guignonne, ou la conquête franque, ou la sujétion de la Prin-
cipauté de Liège à l'Allemagne. Cependant la croyance courante
et en quelque sorte officielle, celle qu'il importe le plus de
combattre et de déraciner, c'est que le wallon est du français
corrompu. Les antres opinions ne sont nuisibles qu'à leurs
auteurs, en les rendant ridicules; celle-ci est nuisible au wallon
lui-même. C'est en vertu de cette erreur pernicieuse que tant de
gens méprisent la langue de leurs pères et de leurs aïeux, que
beaucoup d'instituteurs basent leur enseignement du français sur
la persécution ou la prohibition du wallon. Ils substituent le
bon français au français corrompu ! Enfin c'est une croyance
presque générale chez les Belges que le wallon est moins cor-
rompu du côté de la frontière française, à Bouillon, à Chimay,
à Mons : on s'imagine qu'au delà de Quiévrain et de Tournai
règne sans partage le français académique, et qu'il teinte de
beau langage, par endosmose, les heureux habitants de la Haine
et de la Semois. Aussi, chez nous, le mot wallon est employé
couramment dans le sens de patois et l'on peut entendre dire
que le flamand est un wallon (c'est-à-dire un patois) de l'allemand.
Le mot wallon a la même terminaison que gascon, breton,
saxon, teuton, bourguignon : il faut retrancher ce suffixe on
pour retrouver le vrai nom du peuple. Supprimons donc cette
finale chère aux écrivains latins du moyen âge et dont ils ont
arrondi beaucoup de noms de peuples, et wallon nous ramène
à wall-.
11 s'agit de rechercher d'où vient ce wall-, dont le w semble
accuser une origine germanique. Le problème serait insoluble si
on ne retrouvait pas ce mot ailleurs que dans notre région.
Mais les Allemands et les Flamands le possèdent aussi : on peut
comparer les formes et les sens. Les Allemands, eux, ont encore
l'adjectif wael-sch ou wel-scli, qui s'applique, d'ordinaire avec
une nuance de mépris, à tout ce qui est français ou italien.
Pour eux die welsche Schweiz est la Suisse romande, et das
welsche Flandern est la Flandre française. Les Flamands ont
aussi l'adjectif waalsch, relatif aux Wallons, de Wallon, et le
substantif neutre waal, l'idiome wallon.
Les formes de l'adjectif en ancien -haut -allemand étaient
— 3 —
valahisc, walhisc, walisc: la seconde nous montre le peu de
solidité de l'a; la troisième est sans doute une forme dialectale
$n avance, puisque le moyen-haut-allemand écrit encore, avec h,
oalhisch et welhisch. On aboutit en allemand moderne à
velsch, wàlsch. Ce1 adjectif est dérivé du substantif ancien-haut-
illemand Walah, moyen-haut-allemand Walch, génitif Walhes.
[1 y a d'autres graphies qui traitent le h comme une survivance
sans valeur, en le déplaçant ou en le supprimant : Wahle,
Wale (»).
Toutes ces formes nous ramènent donc à un primitif wal ou
vall ou walh, dont il faut rechercher l'origine. Pour nous aider
lans cette recherche, nous savons que le mot est susceptible de
lignifier, suivant les lieux où on l'emploie, wallon, français,
•omand, italien. Or aucun autre mot ne satisfait à ces condi-
ions de sens que le mot Gall-, en latin Gallus, qui servait à
lésigner les Gaulois ou Celtes.
Qu'est-ce que ce nouveau mot Gallus ? Peut-on l'identifier
i.vec le wall précité? Au point de vue de la phonétique indo-
mropéenne, le g latin correspond à un A* germanique (lat. genu,
ill. knié) ou à h (lat. cor, canis, ail. herz, hundj ; d'autre part
e w germanique correspond à v du latin (ail. wissen, lat. videre;
ill. iveg, lat. via ; ail. wagen, lat. vehere, vehiculiimj. Donc la
;onsonne initiale de Gallus et celle de Walh ne se correspondent
>as. Toutefois il serait d'une philologie un peu courte de déclarer
>our cela les deux mots étrangers l'un à l'autre. Les noms
le peuples n'ont pas nécessairement suivi la filière indo-euro-
)éenne comme le nom d'un animal domestique ou d'une céréale;
ls sont souvent empruntés, ils passent de proche en proche avec
les déformations inattendues. Il n'y aurait donc rien d'étonnant
. ce que des Germains traduisissent une racine celtique *gwal-
>ar wall- et des Romains par Gall-. Nous voyons bien, plus tard
apparemment, le nom roman de la noix, gallica nux, en picard
<;aille ou gaye, en wallon djaye ou djèye, devenir en allemand
valnuss, en ancien nordique walhnot.
Germains et Romains avaient de bonnes raisons pour apprendre
e nom des Gaulois. A l'époque où les essaims germaniques
avançaient vers les barrières du Rhin et des Alpes, ils relou-
aient devant eux des peuplades de race celtique ; au delà, dans
(') H. Paul, Deutsches WôrL, p. 53i. — Weigand, Deutsches Worl.,
* éd., 1910, col. 1238.
-4 -
les régions qu'ils convoitaient, ils voyaient, assises et florissantes,
des populations celtiques, les Gaulois de l'ancienne Belgique, les
Gaulois des plaines du Pô (Gaule cisalpine). Partout dans les
pays où ils désiraient aller, il y avait des Gaulois.
Ces Gaulois s'appelaient Keltai ('); les Grecs, qui les connais-
saient à leurs dépens, les nommaient Keltoi ou Keltai ou Galatai.
Ainsi la Galatie au centre de l'Asie mineure est une province
celtique. Des celtisants timorés se refusent a comparer Keltai et
Galatai. Ces deux tonnes cependant présentent simplement la
même disparition de la voyelle a que walah, walh, le même
<( umlaut » (pie walsch, welsch. Quant au changement de l'initiale
forte ou douce, c'est un phénomème très commun. Si l'on n'ose
identifier Keltai et Galatai, à plus forte raison serait-il téméraire
de rapprocher Keltoi et Galli. L'excellent précis de Georges
Dottin (2) se eontente de traiter ces mots comme « synonymes »,
sans poser la question d'origine. Cette prudence radicale sup-
prime les pentes dangereuses qui vous font glisser des Gaulois
aux Wallons, des Welsches aux Valaques ou Gaulois de Rou-
manie, dont le pays s'appelle, avec une forte aspiration de 17?,
Valahie, puis des Welsches aux Yolkes, puis des Volkes aux
Belges. Au reste il suffit pour notre thèse que nous voyions hien
quel peuple immense désignait dans le monde germanique le nom
de Wallons. Ce peuple était le peuple celtique, qui remplissait les
iles britanniques, la Gaule, l'Espagne, la vallée du Pô, la plus
grande partie de l'Allemagne actuelle. 11 est bon de le redire,
les Celtes ont habité les plaines baltiques, où s'établirent plus
tard les Germains; l'invasion germanique les a forcés peu à peu
de franchir le Rhin, et il n'est pas étonnant que César ait pris
pour des Germains ces peuplades belges celtiques dont on lui
«lisait qu'elles venaient d'au delà du Rhin.
Mais quelle langue parlait ce peuple? et en particulier Ja
fraction «les Gaulois belges ? Les Celtes parlaient une langue
commune, le celtique, naturellement différenciée on dialectes
nombreux, langue pas très différente du latin, ce qui explique la
facilité avec laquelle ils se sont plus tard romanisés. Xos Gaulois
belges parlaient donc, eux aussi, des dialectes celtes, comme
(!) Au témoignage de César lui-même, De Iiello Gallico I, i ; Qui ipso-
rum lingua Ueltae, nostra Gai.i.i appellantur.
(2) Manuel pour servir à l'étude de l'Antiquité celtique, Paris. II. Cham-
pion, 190U.
- 5 -
encore aujourd'hui les Bretons de France, les Gallois du pays de
Galles, les Irlandais et les Écossais. Ainsi, dans la langue des
Germains, avant César, wull désignait à la fois les races et les
dialectes du domaine celtique, dont nous faisions partie. C'est
là le premier sens du mot.
Plus tard les Romains firent la conquête des Gaules. La Gaule
cisalpine (Italie septentrionale) céda la première, entre 225 et 221
avant J.-C. Nous savons assez que la Grande Gaule fut conquise
par César entre 5a, et 5i avant notre ère. Pendant cinq siècles les
Gaulois eurent le temps d'apprendre la langue des Romains.
Cinq siècles représentent quinze générations : or il en faut trois
seulement pour faire qu'un peuple oublie son langage. Les néces-
sités politiques, L'intérêt matériel, la contrainte, la supériorité
morale du vainqueur et de son langage, véhicule de civilisation,
créent en un siècle ce phénomène troublant de l'oubli total d'une
langue par un peuple. D'abord la première génération s'essaye à
baragouiner l'idiome de la population ambiante ou des étrangers
vainqueurs; déjà la seconde génération, si son intérêt le réclame,
sait mieux la langue nouvelle que l'ancienne ; la troisième ne
sait ou n'utilise presque plus que la nouvelle. D'ordinaire le
phénomène ne se précipite pas avec cette rapidité, mais les
années dans le cas particulier des Belges n'importent guère.
Ils eurent cinq cents ans pour se romaniser, et la frontière du
Rhin, où s'échelonnaient des légions et des camps, dont plusieurs
devinrent des villes, résonna du bruit des syllabes fières et
sonores du parler latin. Les Ménapiens, les Xerviens, les
Tongres, les Condruses, les Trévires parlèrent latin. Le latin,
on ne saurait trop le répéter, fut la langue parlée dans la
Hollande au sud du Rhin et dans tonte la Belgique aujourd'hui
flamande. S'il n'en est plus ainsi à présent, c'est parce que
l'invasion franque a repoussé les populations gallo-romaines,
et le flamand n'est autre chose que la forme moderne de la langue
des Francs saliens.
Ce latin de soldat, latin vulgaire, latin déformé et barbarisé
encore par les populations celtiques des Gaules, prit le nom de
roman (c'est-à-dire romain), mais les Germains lui continuèrent
le nom précédemment employé, car on dénomme souvent la
langue d'après la race. Ainsi, après la romanisation des Gaules.
wall est toujours le nom dont les Francs, les Saxons, les Alamans
et autres Germains désignent ici le roman belge des bords de la
Meuse, là le roman des bords de la Seine, là le roman des
— 6 —
plaines du Pô. Tel fut le second sens : Wall désigne des peuples
celtiques et des dialectes romans.
Mais les Germains rompront la barrière. Mêlée de races et
mêlée de langues. Quand l'accalmie se sera produite, on verra
les Visigotlis installés dans le Sud de la Gaule (ancienne Aqui-
taine), les Burgondes dans l'Est, les Alamans au nord de ceux-ci,
les Normands dans une province du Nord-Ouest, les Lombards dans
l'Italie septentrionale; mais tous ont adopté la langue romane
du peuple qui les entoure et délaissé leur idiome national. Les
Francs saliens seuls font exception, parce qu'ils émigrèrent en
masses compactes avec toutes leurs familles dans des plaines
sans doute fort peu cultivées et de population clairsemée. Telle
est l'origine de la division du pays belge en deux langues. Ce
mouvement de peuples crée un troisième sens du mot wall : il
désigne des dialectes romans et des peuples celto-germains, ceux-
ci non plus d'après la race, mais d'après la langue. Et ce sont
les populations flamandes et allemandes enveloppant le monde
roman qui se servent de ce nom, par contraste. Ils en affublent
surtout leurs voisins immédiats. Les gens de la Flandre française,
de la Picardie, du Hainaut, du Namur, du Luxembourg, de la
Lorraine, de la Suisse romane ou romande, de l'Italie sont des
Wallons ou des Welches. On se doute bien quel sentiment de
baine ou de mépris ils incarnent souvent dans ce mot. Les
peuples ainsi désignés ne repoussèrent pas non plus ce nom :
c'était leur vieux nom etbnique traditionnel ; il mettait en évi-
dence la vieille race et la langue. Par contraste donc, dans la
France mérovingienne et carolingienne, la zone septentrionale
se dit wallonne et déclare parler le wallon. Flandre française et
Flandre wallonne sont deux expressions synonymes. Dans ce
sens, encore usité aujourd'hui, Lille, Douai, Tournai, Maubeuge,
Reims, Metz, parlent le wallon. Cette zone n'a pas de limite
géographique : elle s'étend jusqu'où le besoin de poser l'indivi-
dualité wallonne en contraste avec le thiois s'est fait sentir.
Arrêtons-nous un instant sur ce phénomène. On voit combien
le sens des mots est changeant. C'est une question d'histoire d'en
préciser la valeur suivant le siècle et la région. Il n'y a peut-être
plus beaucoup de sang gaulois dans nos veines, mais nous portons
le nom de gaulois. Notre langue est un dialecte latin qui a subi en
vingt siècles bien des vicissitudes : elle continue à porter le nom
de gaulois sous la forme germaniséede wallon. Rappelons de même
à certains de nos concitoyens que le mot France aurait dû désigner
la Flandre, que le mot de langue française aurait dû désigner le
flamand ! Mais, les bandes flamandes de Clovis ayant jadis con-
quis la Gaule, l'antique Gallia devint une nouvelle Francia ; seule-
ment les vainqueurs, nullement flamingants, ont adopté le langage
des Gaulois romanisés. S'ils avaient un peu plus de connaissances
historiques, nos flamingants verraient que leurs ancêtres, depuis
Clovis, ont l'habitude — déplorable ! — de lâcher leur idiome pour
adopter le riche, clair, élégant langage du midi: imprudents papil-
lons qui se lancent tête baissée, de génération en génération, vers
les feux séduisants du phare électrique !
Le troisième sens est le sens historique et large du mot wallon
à notre époque. A côté de ce sens, il existe un sens plus restreint,
plus précis, un sens linguistique, dont nous devons maintenant
nous occuper.
Les dialectes de France, également issus du latin, le bourgui-
gnon, le picard, le normand, le champenois, le lorrain, ont été
cultivés, écrits, étudiés plus tôt et plus intensément que le nôtre.
Si nous avions eu l'initiative des grammaires wallonnes et des
dictionnaires wallons et si nous y avions englobé tout ce qui s'ap-
pelait wallon autrefois, le nom de wallon se serait imposé aux
linguistes modernes. Ceux-ci sans doute auraient créé les mêmes
divisions dialectales qu'ils ont créées, ou plutôt reconnues, mais
ils auraient respecté le nom de wallon. Ils auraient dit le wallon
lorrain, le wallon picard, le wallon rouchi, le wallon liégeois.
Mais il est arrivé que les linguistes français, ayant pris les
devants dans cette étude, n'ont nullement ressenti le besoin
de ce terme : ils ont dénommé les espèces linguistiques roman
lorrain, roman picard, roman champenois, et ainsi de suite, on.
plus simplement, ils se sont contentés de dire lorrain, champe-
nois, picard, normand, etc. Il ne restait donc pluspour être dénom-
més wallons que les patois inexplorés de la Belgique romane. Et
encore ! Comme les traits caractéristiques des parlers de la Semois
appartiennent au lorrain, il nous faut bien enlever ces parlers au
wallon et dire qu'ils sont lorrains (l). De même, comme les traits
caractéristiques des dialectes du Hainaut, au delà de Charleroi,
appartiennent réellement au picard, il nous a fallu en frustrer le
wallon et les restituer au picard. Au point de vue linguistique,
(l) J'ai essavé jadis de déterminer la frontière linguistique .lu cote de la
Semois dans l'ouvrage intitulé « Phonétique du wallon et du gaumet coin
parés », Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne, t. ■>>-. 1897.
— 8 —
wallon ne désigne donc plus que les dialectes parlés depuis Sour-
brodt et Faymon ville dans la Prusse rhénane jusqu'à Beaumont,
Thuin et Nivelles ('), soit donc dans le petit canton de la Wallonie
prussienne, la province de Liège, les trois quarts du Luxembourg,
le Namurois, le Brabant méridional et le Hainaut oriental.
Pour celui qui a bien saisi l'exposé qui précède, la question des
origines du langage wallon est déjà résolue. Insistons cependant
un peu, pour rendre plus claire la relation qui existe entre wallon
et français.
L'ensemble des dialectes wallons forme une unité linguistique
d'un ordre supérieur. On peut convenir d'appeler cette unité
langue wallonne ou wallon ; seulement ce ne peut être au sens où
l'on dit langue française ou frauçais. La langue française est une,
dit-on, et sa force est dans son unité. Je le crois facilement : la
langue française n'est rien qu'un dialecte, un seul, celui de l'Ile
de France, qui a fait fortune. Non pas que ce dialecte fût en soi
supérieur aux autres, il ne valait ni plus ni moins : c'étaient des
grains de blé du même sac. Il a fait fortune parce qu'il fut, à partir
de l'avènement des Capétiens, originaires de l'Ile de France, la
langue de la famille royale et de la cour. Les trouvères ou poètes
du Nord se mirent à composer dans le dialecte royal ; les courti-
sans de toute origine se mirent à parler le dialecte royal. C'était
bien naturel, autant qu'il est naturel à un Verviétois émigré à
Liège d'imiter les belles résonances nasales des Liégeois. Ainsi
l'on évite d'être moqué, de paraître un étranger, et on fait sa cour
au pouvoir. Auparavant, à l'époque où aucun dialecte n'était pré-
dominant, à l'époque féodale des dialectes, les poètes avaient
chanté en bourguignon, en normand, en picard, en champenois,
en lorrain, en wallon ; désormais ils essayeront de composer leurs
œuvres en dialecte français. Qu'est-ce donc que le français ? Un
soldat de l'armée des dialectes romans, qui est devenu général,
un brillant soldat de fortune. Qu'est-ce que le wallon? un faisceau
de dialectes, un petit corps de soldats, qui, placés à l'extrémité du
bataillon, n'ont pas eu l'occasion de se distinguer. Ils sont restés
ce qu'ils étaient. Ils ne sont pas devenus des Napoléon ni des
Bernadotte, mais ils ne sont pas non plus des descendants abàtar-
(l) Ces indications sont tout à l'ait approximatives. La limite est précisée
<l;ms un travail de notre concitoyen le P. Adelin Grignard, (pie j'ai édité en
1908. Voyez Bulletin cité ci-dessus, t. 5o, 2e partie, 1909.
dis de quelque César impérial. Ce sont des soldats de la grande et
respectable armée des dialectes romans.
Le français est une langue littéraire planant au-dessus des
dialectes. Nous apprenons ainsi, nous autres wallons, deux lan-
gues, notre wallon et le français. Dans beaucoup de familles, il
est vrai, le wallon n'existe plus qu'à l'état de souvenir ; le français
y est devenu la langue familiale, la langue des nouvelles, des
effusions, et des explications. D'autres, bourgeoises ou populaires,
continuent à cultiver religieusement notre vieil idiome. Il ne faut
pas croire qu'il en soit différemment au delà de la frontière fran-
çaise et qu'il n'y ait point deux langues en présence au delà comme
en deçà. Frontière française signifie frontière de domination fran-
çaise et non pas de la langue française. Plus loin que la limite
politique, à Metz, à Nancy, à Reims, à Péronne, à Douai, à Lille,
à Boulogne ; au centre même de la France, en Saintonge, en
Poitou, en Bourgogne, il y a des dialectes romans comme langues
naturelles et populaires, puis une langue cultivée, littéraire, politi-
que, qui plane au-dessus. Grâce à l'enseignement des écoles, il
est certain que ce français, langue artificielle, deviendra de plus
en plus, cbez nous comme en France, la langue de tout le peuple,
de tous les instants, de toutes les circonstances, et alors les patois
s'éteindront peu à peu. Chez nous, cette position excentrique, qui
a empêché les patois wallons de faire fortune, les empêchera aussi
de succomber si tôt. Le fait aussi que nous sommes soustraits
politiquement à l'influence française prolongera la durée du
wallon. La renaissance littéraire dont nous sommes témoins est
aussi un agent de longévité. Enfin, si cette vérité que le wallon
est le latin de chez nous, créé ici sur place, comme le français est
le latin de l'Ile de France, pouvait un peu augmenter notre estime,
cette estime prolongerait aussi la vie du wallon.
C'est tout ce que l'on peut espérer aujourd'hui. Jadis, si les
Princes-Évêques n'avaient pas été des étrangers, mais des wallons,
des patriotes, ou si les Ducs de Bourgogne n'avaient pas eu une
éducation si complètement française, Liège ou Bruxelles auraient
pu devenir des centres de culture littéraire wallonne. Mais c'était
déjà trop tard peut-être à l'époque de Philippe-le-Bon, qui d'ail-
leurs n'essaya pas et favorisa une littérature d'expression fran-
çaise. Aujourd'hui, pour réveiller le sentiment linguistique na-
tional, il faudrait une persécution inouïe. Il faudrait bien d'autre:
facteurs. Car comment créer une unité dialectale ? Ce ne sont pa
les congrès qui l'imposent, mais les nécessités économiques. Et
— 10 -
puis comment changer une langue de sentiments élémentaires et
de choses concrètes en une langue d'idées, d'abstractions, de
science et de philosophie ?
Si la ressemblance entre le wallon et le français ne vient pas de ce
que le wallon serait du français dégénéré, mais de la commu-
nauté d'origine, on peut en dire autant à l'adresse de ceux qui, sur
la foi de quelques mots, se hâtent de conclure que le wallon vient
du provençal ou de l'espagnol ou de l'italien. Le provençal et l'es-
pagnol sont aussi des langues issues du latin, comme aussi l'ita-
lien, le portugais, le roumain et Sa Majesté le français. Tel mot
wallon ressemble à tel mot italien ou provençal ou espagnol : je le
crois bien ! Ces mots sont un seul et même mot latin modifié
différemment, mais toujours reconnaissable avec un peu d'exer-
cice. Ces ressemblances et cette parenté font que l'on peut insti-
tuer la grammaire et le dictionnaire collectifs de tous les dialectes
romans parlés depuis la Roumanie jusqu'au fond de l'Amérique
méridionale. Mais que l'on comprenne bien que cette merveilleuse
ressemblance vient d'une parenté collatérale et non de filiation.
A ceux qui songent à des origines allemandes, ou à je ne sais
quelle infâme mixture de français et d'allemand, il faut répondre
énergiquement qu'ils se trompent. Ils posent mal le problème. Ils
ne savent pas la valeur relative des facteurs qui constituent une
langue. Ce qui établit une parenté entre deux langues, ce n'est pas
quelques mots empruntés. La parenté provient de la transmission
ininterrompue des façons de parler, de décliner, de conjuguer, de
réunir les termes en phrases vivantes. Qu'est-ce que cinq cents
mots empruntés, sur un total de cent mille ? Un demi pour cent.
On peut comparer ce mot d'emprunt à quelque fugitif aliment
qu'un être vivant absorbe et digère. Ou encore, en êtes-vous moins
l'héritier de votre père, de son sang et de sa chair, de ses qualités
et de ses défauts, de sa ténacité, de son amour-propre, de son intel-
ligence, parce que vous avez hérité de cinq cents francs d'un
étranger ? Voilà de quel œil il faut voir les choses et comment
doit se poser le problème. La vie du langage n'est pas dans le mot
en lui-même, mais dans l'art de l'accommoder, de le costumer, de
le sertir en des phrases. Il y a près de soixante-dix pour cent de
mots d'origine étrangère dans l'anglais : cela n'empêche pas l'an-
glais d'être une langue germanique et non romane, parce que sa
grammaire, c'est-à-dire la vie du parler anglais, est germanique.
Quant aux mots, ce sont des flans sur lesquels on imprime à sa
fantaisie.
— II —
Alors, à quoi sert-il de rechercher si précieusement l'étymologie
des mots ? D'abord ce n'est pas seulement la première origine
d'un mot que l'on recherche sous le nom d'étymologie, comme on
le croit d'ordinaire, c'est toute l'histoire du mot; c'est, outre sa
provenance, la transformation des sons qui le composent et des
significations qu'il a revêtues. Et puis, si les échanges commer-
ciaux entre nations ont une importance historique, pourquoi les
échanges intellectuels n'en auraient-ils pas ? Mais ce n'est pas ici
le lieu de montrer la valeur de cette histoire des mots et les béné-
fices qu'on en retire pour l'histoire des idées, des institutions,
des religions, des coutumes, des littératures et des arts. Ren-
voyons ce sujet à une autre occasion. Mon désir actuel était de
montrer, — non point par des exemples, parce qu'il en faudrait
trop pour prouver réellement quelque chose, — mais simplement
en énonçant les faits dans leur valeur historique, que le wallon
doit au français des mots, comme à l'allemand et au flamand, en
échange desquels il en a donné à son tour, et que ces emprunts
ne créent pas une filiation ; que la parenté entre un dialecte
wallon quelconque et le français estime parenté de frère à frère,
le père commun étant le latin. Ou plutôt, comme ces termes ne
sont que des métaphores explicatives, et qu'il n'y a point dans
l'espèce de père et de fils, de mère et de fille, disons que le wallon
et le français sont toujours du latin, du latin vivant, évoluant
comme tout ce qui vit, transformé par vingt siècles de vie aventu-
reuse dans des milieux opposés.
II.
Le français et les dialectes romans dans le Nord-Est. (')
La lutte entre le roman et le thiois en Belgique et dans le nord
de la France a été étudiée en dernier lieu par M. Kurth dans un
livre magistral (*). Quiconque désire connaître cette question com-
plexe doit avant tout lire et méditer l'ouvrage du savant profes-
seur de Liège. Ce court rapport en sera le plus souvent un écho.
En France, à part le monde savant habitué à plus de précision,
(') Rapport présenté au Congrès pour l'extension et la culture de ht langue
française, tenu à Liège, io-i3 septembre if)o5.
(2) G. KURTH, La frontière linguistique en Belgique et dans le nord de la
France, dans Mémoires couronnés et autres mémoires publies par J Académie
rovale de Belgique, coll. in-8, t. XL VIII, '2 vol. et carte, 1895-98.
— 12 -
c'est une opinion commune et invétérée que la Belgique est fla-
mande. Cette erreur tient-elle à ce que la France du moyen âge,
dans ses démêlés avec le Nord, a surtout eu affaire aux Flamands,
tandis que la région mosane, où s'étendait la principauté deLiège,
relevait de l'Allemagne? Faut-il l'attribuer aux savants eux-
mêmes, pour qui Belgicus fut trop souvent synonyme de flamand ?
Les Français qui voyagent chez nous ne savent-ils pas distinguer,
ce qui est possible, entre les patois germaniques et les patois
wallons ? Toujours est-il qu'il faut profiter de l'occasion éclatante
d'un congrès pour affirmer que la moitié de la Belgique est wal-
lonne et parle, outre le français, des patois romans.
Il serait trop long d'indiquer ici, village par village, la délimi-
tation actuelle. Disons en résumé, que la Wallonie forme un
triangle dont la base est la frontière française et dont le sommet
tombe sur la Meuse en aval de Visé. Depuis Bâle jusqu'à
Maestriclit la ligne de démarcation entre allemand et roman
serpente du sud au nord en une courbe sinueuse, qui, dans notre
pays, laisse Arlon à l'allemand, puis suit à peu près les limites
entre la province belge de Luxembourg et le Grand-Duché,
pénètre en Prusse, laisse au wallon l'ancien domaine de l'abbaye
de Malmedy et s'infléchit ensuite pour rentrer dans la province de
Liège, qu'elle écorne au profit de l'allemand, et pour se diriger
vers la Meuse entre Visé et Maestriclit. La limite septentrionale-
laisse au wallon, en bloc, les provinces de Liège, Namur et
Luxembourg, la moitié sud du Brabant, le Hainaut, une dizaine
de communes de la Flandre Occidentale (1).
A la prendre en général et sans égard à de minimes fluctuations
postérieures, cette limite est le résultat de la double invasion des
Francs saliens et ripuaires. A la vérité, la conquête linguistique
romaine s'était étendue plus loin au nord et à l'est ; elle avait
rayonné jusqu'au Rhin, jusqu'à Utrecht et Cologne. Mais, i° faute
de population gallo-romaine assez dense dans les terres basses et
marécageuses de la Ménapie et de la Campine, 2° par suite d'infil-
trations successives ou des transplantations de colons germani-
ques, 3° par l'invasion des Francs au ive siècle, la langue latine
des Gaules s'arrêta désormais au seuil des plaines de Belgique.
Tout le pays qui s'étend au nord d'une ligne tracée de Boulogne à
(') Ou trouvera dans l'ouvrage cité de M. Kurth les délimitations absolu-
ment précises (t. I. pp. 17-26), et dans la carte linguistique qui accompagne
l'ouvrage.
— i3 -
la Meuse fut colonisé en masse par les Francs salieus, dont les
Flamands actuels sont les descendants. De Maestricht à Boulogne,
le flot salien battit la région gallo-romaine sans presque ren-
contrer d'obstacle provenant du sol ou des habitants. Il ne s'arrêta
que quand il rencontra la chaussée de Bavay à Cologne, route
bien fortifiée et sans doute bien défendue, et, au delà, la masse
impénétrable de la Forêt charbonnière (1). A l'est, la limite est due
aux Francs ripuaires. Là, dans un pays de montagnes et de forêts,
l'occupation du sol il ut se faire autrement. Les envahisseurs
remontèrent le Rhin, la Moselle, puis les moindres affluents de la
Moselle, en profitant, j'imagine, des éclaircies pratiquées dans les
riantes vallées de la région par des populations celtiques anté-
rieures. Aussi, de ce côté, la limite a-t-elle un caractère hydrogra-
phique que la limite septentrionale n'a pas. Les bassins de la
Vesdre, de l'Amblève, de l'Ourthe, de la Semois, de la Chiers sont
wallons ; ceux de la Geule, de l'Our, de la Wiltz, de la Sûre sont
allemands. Seul le point de naissance de la rivière a pu être
négligé, ravin encaisse ou simple filet d'eau, trop insignifiant pour
attirer le colon.
Cependant si on étudie la zone que nous disons être restée
latine à cette époque au point de vue de la toponymie, on s'aper-
çoit d'une violente contradiction. Une foule de noms géographi-
ques de cette région dissimulent à peine sous la patine romane
leur origine germanique. Le thiois aurait-il pénétré plus profon-
dément à l'époque mérovingienne? Oui et non. Cette région n'a
pas subi d'occupation en masse, mais, après les conquêtes royales
qu'il faut distinguer soigneusement des invasions, elle a reçu çà et
là, sporadiquement, des seigneurs et des colons de la race conqué-
rante. Il va de soi que ceux-ci imposèrent des noms germains à
leurs villes, à leurs domaines ruraux. Ces noms, les populations
romanes répandues autour d'eux les adoptèrent.
Cependant il faut faire une importante restriction. De même
que des termes romans avaient passé la frontière linguistique et
avaient été adoptés comme noms communs significatifs en terre
germanique, de même un grand nombre de mots germaniques
étaient usités dans tout le Xord roman, et pouvaient servir à fabri-
quer en roman même, dans des bouches ne parlant (pie le roman,
des noms de lieux dont l'origine franque n'est qu'apparente (*).
(1) Kurth, ouv. cité, t. I, p. 545.
(2) Kurth, ouv. cité, t. I, pp. 4ai-428-
- i4-
M. Kurth développe longuement cette thèse et fournit à l'appui
un grand nombre d'exemples. N'exagérons rien cependant. Pour
qu'uu si grand nombre de termes étrangers soient devenus fami-
liers aux gallo-romains, il faut que ces termes aient été vivants
et présents parmi eux, matérialisés en quelque sorte dans la
bouche et la physionomie de gens dont ils étaient la monnaie cou-
rante en conversation. Sans une population germanique fortement
mêlée aux gallo-romains, pas d'emprunts fréquents et multipliés
aux dialectes germaniques. Les anciens occupants avaient certai-
nement des mots pour désigner les accidents de terrains et
n'attendaient pas pour se tirer d'affaire une infiltration des
vocables du nord. Mais ils ont docilement adopté ceux des vain-
queurs quand les vainqueurs ont dénommé de nouveaux lieux en
se servant de leur terminologie thioise. Bref, l'abondance des
mots germaniques dans la géographie du Nord roman s'explique
mieux par la cohabitation de deux peuples mêlés que par l'émigra-
tion vers le sud de nombreux vocables étrangers. Si donc il est
dangereux de conclure, sans autre argument, que tel établisse-
ment de nom germanique dans la zone romane fut fondé par les
Francs, il est permis de croire qu'il existe un rapport assez
constant entre le mélange des deux peuples et le mélange des deux
sortes de noms.
Au reste, ce qui caractérise le wallon relativement aux dialectes
plus méridionaux, est une preuve nouvelle de cette dualité de
langues dans une marche assez étendue. Le wallon se distingue
moins par un certain nombre de tours syntaxiques qui sont des
germanismes que par un contingent très abondant, encore qu'im-
parfaitement dénombré, de mots d'origine germanique. Donc,
comme nous avons dû le constater ailleurs ('), il y a eu une lisière
linguistique où les langues se compénétrèrent, voisinant dans une
fraternité d'usage et d'emprunts dont on n'a plus d'idée aujourd'hui.
M. Wilmotte conclut de même: «rien ne nous interdit l'hypothèse
d'une longue période de bilinguisme pour la partie septentrionale
du pays wallon » (•).
Ainsi, pendant plusieurs siècles, le Nord roman a dû être le
théâtre de phénomènes intéressants de lutte et de sélection lin-
guistiques. Deux cas ont pu se présenter : i° des Francs ne connais-
(') .T. Feller. Les noms de lieux en Ster, dans Bulletin de la Société ver-
viéloise d'Archéologie et d'Histoire, t. V (1904). p. 275.
(2) M. Wilmotte, Le Wallon, Bruxelles, Rozez, 1898. p. 35.
10
sant que la langue franque sont mélangés à des populations
romanes ne connaissant que le roman ; 2° Francs et Gallo-romains
mélangés parlent les deux langues. Voilà deux sortes de bilin-
guisme qu'il ne faut pas confondre. Dans le premier cas, si le pays
est bilingue, l'habitant ne l'est pas ; il tend seulement à le devenir.
puisque l'on parle pour se faire comprendre. Supposez donc le cas
de seigneurs francs disséminés dans la unisse gallo-romaine, c'est
la langue de la majorité qui s'impose à eux. Mais si le nombre
n'assure pas le succès, comme il arrive à la frontière où un groupe
puissant est mêlé par les nécessités sociales à un autre groupe
aussi puissant, il doit se produire un enchevêtrement de popula-
tions et d'idiomes, qui, d'abord, se manifeste largement dans la
toponymie et le langage courant ; qui, ensuite, aboutit au recul de
l'une ou de l'autre des langues en présence. Dans le cas actuel,
est-ce le roman, est-ce le germain qui a reculé?
Remarquez d'abord avec M. Kurth que le barbare n'y met point
de patriotisme ni de sentimentalité. Ce facteur, qui est aujour-
d'hui capital, étant écarte de la lutte, la langue qui doit l'emporter
est la plus riche, celle qui condense dans ses mots et ses tournures
les résultats d'une longue culture. Le Germain sentait la supério-
rité de la civilisation romane ; il désirait se l'assimiler. Or,
prendre les idées, les mœurs, les jeux, les cérémonies ne va point
sans prendre les mots.
Mais on peut adopter les termes et les incorporer dans sa langue.
C'est très juste, et il faut faire intervenir encore de nouveaux
agents : la paresse du civilisé à étudier la langue d'un barbare qu'au
fond il méprise ; et, concurremment, l'avidité chez le barbare de
s'assimiler la langue d'un peuple qu'au fond il admire. Or, comme
le dit finement M. Kurth, c'est celui qui sait deux langues qui
finira par ne plus parler la sienne (J). C'est ce qui explique pour-
quoi, sur toute la frontière du nord et de l'est, le germain a été
absorbé ou a reculé, laissant comme témoins de son passage une
masse considérable de noms géographiques marqués de son coin.
Mais c'est assez nous reporter aux temps lointains d'une Francia
encore voyageuse et fluide, d'une France qui ne parle pas encore
le roman, et qui l'adoptera pourtant, et qui, bizarrerie de la poli-
tique, lui imposera même son nom. Dans les temps postérieurs,
une fois résorbée la couche plus ou moins épaisse des envahisseurs
les plus avancés, ce qui doit nous préoccuper, c'est la lutte inces-
(') Frontière linguistique, t. II. p. "i-
-li-
sante et pied à pied entre roman et thiois le long de la ligne fron-
tière, lutte qui se livre depuis le tassement des populations au
moyen âge jusqu'aujourd'hui. De même que nous avions les noms
géographiques pour étudier les remous des peuples à l'origine, de
même nous avons pour l'étude des temps postérieurs la masse
énorme des termes toponymiques ou lieux-dits.
La toponymie est une science jeune, dont la méthode ni les
principes ne sont encore exactement fixés. On ne peut donc exiger
d'un seul homme une étude complète et systématique de maté-
riaux qui ne sont encore ni recueillis, ni classés, ni datés.
Cependant les listes imparfaites de noms rassemblées par
M. Kurth pour son travail lui ont permis de tirer des conclusions
d'ensemble assez significatives. Elles prouvent que le thiois est en
recul à peu près sur toute la ligne. Tantôt ce recul est de l'épais-
seur d'une commune ou d'une section de commune, ce qui est
le cas le plus général ; tantôt il est d'une plus grande étendue,
par exemple au nord de la Berwinne, où quatre communes,
Dalhem, Bombaye, Warsage, Berneau, qui ont parlé flamand
autrefois, sont aujourd'hui foncièrement wallonnes. Un profane
peut constater sans peine ce progrès du roman par la singu-
larité de villages qui sont surnommés Vallemand et qui parlent
le français. C'est le cas pour Dentsche-Riinibach en Alsace,
Aiidun-le-Tige (= le thiois) en Lorraine, Meix-Ie-Tige en
Belgique (province de Luxembourg). Un mot comme Roubaivaux
à Halanzy dénonce presque aussitôt la superposition du roman
à l'allemand (rot-bach ~\- vauj. Un examen attentif des listes
toponymiques de M. Kurth nous amène à conclure que, loin
d'exagérer dans le sens de sa thèse, il est souvent resté discrète-
ment bien en deçà. Mais il serait trop long de signaler ici,
commune par commune, les noms de lieux qui nous semblent
attester leur germanicité primitive, partielle ou totale.
Sur deux points la fluctuation de la frontière mérite une
mention particulière. Dans la Flandre française, le flamand a
été éliminé sur un large espace ('). Saint-Omer, Calais, Dun-
kerque, Guines et leurs entours, localités foncièrement germa-
niques à l'origine, devinrent au moyen âge des villes bilingues.
Le français y prit une place prépondérante à mesure que s'intro-
duisit la vie littéraire et sociale française. De la bourgeoisie
(*) Les causes de ce phénomène ont été étudiées par M. Kurth, ouvrage
cité, t. II, p. 72-8G.
— il-
lettrée, par esprit d'imitation, l'emploi du français se répandit
dans les classes inférieures. Enfin le génie centralisateur et unifi-
cateur de Louis XIV éloigna le flamand des tribunaux, puis la
Convention exigea le français dans tous les actes publics. Après la
Révolution, quand les écoles furent rouvertes dans ce pays, on n'y
enseigna plus que le français. De là date la mort de l'idiome
indigène.
Dans la Prusse rhénane il existe un îlot de langue wallonne
réparti en quinze villages évalués à dix mille âmes, dont on
attribue la formation à l'influence de la double abbaye de
Stavelot-Malmedy. Le wallon s'y est conservé jusqu'aujourd'hui,
mais il est menacé dans son existence par la politique unificatrice
allemande. Cette lutte vient d'être racontée d'une façon tics
dramatique par M. l'ietkin ('). Retenons-en ce trait invraisem-
blable : le français est maintenant enseigné à Malmedy, en terre
wallonne, comme une langue étrangère, c'est-à-dire en se servant
de l'allemand comme langue véhiculaire. On peut prévoir les
bienfaits que cette tactique va produire à bref délai. La
nouvelle génération élevée à la mode allemande dans les écoles
désapprend les mœurs et le langage de ses pères. Le wallon n'a
plus que le foyer et la rue. J'ai noté ailleurs (-) que la rue même
commence à lui échapper; et le foyer même est bien menace
quand, au wallon du père, le fils se prend à répondre en allemand.
Malmedy en est au point où se trouvait Dunkerque au sortir de la
Révolution. Cen'est pas qu'il n'y ait des protestataires: il y a même
un groupe littéraire wallon, que le Congrès aura peut-être l'occa-
sion d'étudier sur place; mais ce groupe n'a pour lui que l'amour
de la langue et des mœurs traditionnelles, il a contre lui le
vent de l'utilitarisme moderne.
Il nous reste à examiner la question de l'extension romane
sous une autre forme : l'influence de la langue littéraire française
dans le Xord-Est.
« Dès le xme siècle, le français était en Flandre comme
une seconde langue maternelle, ou, si l'on préfère, une seconde
langue nationale, d'ordre plus relevé que la première, et qui était
considérée comme la vraie langue de la bonne société et des gens
(1) X. Pietkix, curé de Sourbrodt (Malmedy), La Germanisation de
Wallonie prussienne, dans la revue Wallonia, t. XII, 1904.
(2) El
V Instructioi
lie prussienne, dans ta revue n auoma, 1. au, 13^.
In faisant le compte rendu du livre de M. Pietkin dans la Revue de
uction publique en Belgique, t. XLVIH (i<)o5), pp. 444>-
— I» —
cultivés (') ». Il en était de même à la cour des ducs de Brabant.
A Maliues, à Enghien, dans le Luxembourg, dans le pays de
Liège le français s'installe dans les salons des familles nobles et
souvent dans les actes publics. Le français, conclut M. Kurth,
a été l'idiome préféré des classes supérieures dans nos provinces
de langue germanique; et l'on peut ajouter qu'il a gardé cette
position. Cependant les progrès des communes, l'entrée des
classes populaires dans la vie publique mirent en honneur les
langues populaires, le flamand au nord à partir de i3o2, l'alle-
mand à l'est dès i34o. De cette époque date l'éveil du patriotisme
sous sa forme linguistique, mouvement dont on connaît à
l'heure actuelle et les revendications légitimes et les prétentions
exagérées.
Dans la région wallonne, il va sans dire que le français a
toujours été en honneur. 11 n'a jamais été traité en langue étran-
gère. Mais il y a une grande différence d'intensité entre son
influence actuelle et celle qu'il exerça jusqu'au xixe siècle. Sans
doute, avant la Révolution, les chancelleries tenaient à posséder
des scribes instruits, assez au courant des formes du beau lan-
gage; mais tout le monde parle sans arrière-pensée son langage
local. L'aristocratie du xvme siècle se complaît aux inventions
du téâte lidjivès, aux traits satiriques des èwes di Tongue; le
peuple se contente des pasquilles, des cramignons et des chan-
sons d'amour importées de Champagne. Comme on lit peu, l'in-
fluence d'une langue centrale ne se manifeste guère. Ceux qui se
mêlent d'écrire emploient des formules et des graphies qui
retardent de cinquante ans. Le souffle réformateur du xvme siècle
apporta un changement à cet état, dans les idées, sinon dans la
littérature. Enfin lorsque la tempête révolutionnaire aura fait de
la principauté de Liège et des régions voisines les départements
français des Forêts, de l'Ourte et de Sambre-et-Meuse; lorsque
les journaux commenceront à introduire une vie politique plus
intense; quand, au lieu de soldats pillards, il nous viendra du
midi des livres et des idées, le français se superposera peu à peu
au wallon comme langue de discussion, de conversation dans
la société instruite.
(*) Kurth, ouvrage cité, II, 3i. Sur cette question le lecteur fera bien de
lire toute la savante démonstration de M. Kurth, qui va de la p. 23 à la
p. 71.
— 19 —
Aujourd'hui, l'école et le journal ont pour résultat de reléguer
le wallon à l'arri ère-plan. Dans les meetings le peuple a parfois
encore des orateurs wallons, mais le phénomène devient de plus
en plus rare. Tout instituteur, surtout à la campagne, considère
comme un de ses premiers devoirs d'extirper le wallon, le
« patois », en faveur du français, qui peut seul conduire à des
emplois rémunérés. Ne faut-il pas en effet courir au plus pressé?
Nous connaissons mieux que personne cette déconsidération
attachée naïvement au wallon, nous qui parcourons le pays
pour recueillir des documents sur les patois locaux. Faire com-
prendre que le wallon est intéressant, qu'il n'est pas méprisable,
qu'il mérite d'être étudié et qu'en fait des messieurs savants, des
professeurs d'université l'étudient, c'est presque tenter l'im-
possible. Le paysan se défie longtemps et flaire une fumisterie.
Jugez, par ce mépris inintelligent des patois, de l'estime où l'on
tient le français.
La désorganisation des patois est aussi une preuve indirecte
de l'influence du français et un moyen de mesurer cette influence
en profondeur. La constitution intime du wallon est profondé-
ment altérée dans sa syntaxe et surtout dans son vocabulaire par
l'introduction du français. Pour des idées nouvelles il faut des
mots nouveaux. Puis les termes anciens eux-mêmes apparaissent
grossiers ou familiers : on leur substitue des formes nouvelles ou
des termes nouveaux. Aussi, en présence de cette disparition
inquiétante des vocables les plus caractéristiques, les philologues
qui ont entrepris de composer le dictionnaire général des patois
romans de Belgique, feront bien de se hâter : sinon ils courront le
risque de ne plus rencontrer que des dialectes apauvris ou
singulièrement abâtardis. Déjà les wallonisauts qui explorent la
région ont peine à trouver, dans leurs enquêtes à travers le
pays, des gens qui sachent la vieille langue. Il leur arrive même
de se heurter à des gens qui font profession de l'ignorer. Il est
arrivé à l'auteur de ces lignes et à son ami, M. J. Haust, de
passer plusieurs jours à Marche, à Bouillon, à Xeufchâteau
sans réussir à y entendre le dialecte de la localité. Dans le
Luxembourg central et méridional, on cache son patois devant
l'étranger, non comme une relique, mais comme une paysannerie.
Cet état d'esprit, que je regrette en ma qualité de Wallon, est
éminemment favorable à la diffusion du français. S'il y a quelque
chose de triste à voir disparaître les parlers locaux, la consola-
tion gît dans ce fait que le français ne peut prendre leur place
— 20 —
sans apporter avec lui des idées généreuses et humanitaires.
On y gagne en culture générale ce qu'on perd en pittoresque.
Cependant la littérature wallonne est cultivée plus que jamais :
comment expliquer cette anomalie ? Est-ce un réveil ? Est-ce le
l'eu concentré et nullement artificiel d'un retour d'âge? Il nous
semble que, par comparaison, on est devenu conscient des beautés
d'un idiome qu'on a le regret d'avoir trop négligé et envers qui on
se sent ingrat. On s'y attache avec la crainte de voir disparaître
quelque chose de savoureux et d'original (J). Puisse ce félibrisme
septentrional durer longtemps ! La culture du français n'est pas
intéressée à sa perte. C'est au français que nos littérateurs
wallons demandent leurs inspirations poétiques et leurs formes
d'art, quand ils veulent s'élever au-dessus de la plaisanterie
satirique du cru. La langue française est une sœur aînée qui doit
protéger ses sœurs cadettes, timides Cendrillons qui n'ont
•pas osé revêtir la robe de bal et les souliers blancs, bien qu'elles
aient des grâces cachées et des naïvetés charmantes.
Quoi qu'il doive en advenir, les constatations de la vie actuelle
sont d'accord avec celles de l'histoire relativement à la diffusion
de? parlers romans et du français en particulier. Elles peuvent
se résumer ainsi : pénétration continue et progressive du fran-
çais soit en étendue, soit en profondeur, dans la région du Nord-
Est soumise à notre examen.
III.
Avertissement pour le « Projet de Dictionnaire wallon » (4)
Le public wallon n'ignore pas que la Société liégeoise de Litté-
rature wallonne a toujours considéré comme un de ses devoirs
principaux de dresser l'inventaire des richesses verbales du pays.
Elle a favorisé de tout son pouvoir la composition de lexiques
régionaux ou professionnels. Certains de ses membres ont
exécuté dans ce sens des travaux remarquables. Depuis plu-
sieurs années la question du Dictionnaire général de la langue
wallonne est entrée dans une phase nouvelle. La Société a recruté
(1) On trouvera les archives les plus abondantes de la littérature et de la
philologie wallonnes dans le Bulletin de la Société liégeoise de Littérature
wallonne, 1857-19 10, 5a volumes.
(2) Publié en tète du Projet de Dict. gén. de la langue wallonne, Liège,
Vaillant, 1904 et dans le t. 44 du Bulletin précité.
21 —
un noyau de philologues qui consacrent leurs loisirs aux opéra-
tions préparatoires de cette grande et patriotique entreprise.
Ils ont épluché mot par mot la majeure et la meilleure partie
des œuvres wallonnes et consigné sur des fiches séparées,
faciles à classer suivant les diverses exigences du travail, leurs
remarques sur le sens des mots, leur histoire, le dialecte, la
grammaire. Le moment est venu de tirer parti des matériaux
amassés. Mais, pour y arriver, il faut à la Société l'appui des
pouvoirs publics, celui du pays tout entier, et l'encouragement
des savants étrangers. C'est pour l'obtenir que nous publions
aujourd'hui ce spécimen de l'œuvre à exécuter.
Avant d'entrer en matière, nous devons au public quelques
détails sur l'opportunité d'un travail semblable et sur les
moyens de le conduire à bonne fin. Les dictionnaires wallons ne
manquent pas. Chacun d'eux a des qualités; par malheur ils
présentent de graves défauts qui infirment absolument l'œuvre.
L'un imagine de transposer les mots de son patois natal dans un
dialecte qu'il ne connaît pas; un autre noie d'excellent wallon du
terroir dans une profusion de termes français; tel compose un
dictionnaire wallon pour enseigner la langue française, afin
d'extirper le wallon ou les wallonismes ; tel vise à l'encyclopédie
scientifique et endosse à chaque mot wallon tous les sens qu'il
trouve au mot correspondant dans les dictionnaires français,
brouillant tout d'ailleurs au point de ne pas comprendre, par
exemple, le mot apétale des traités français, mot qu'il interprète
par à pétale en une foule d'endroits. Pourtant, bien que leur
science soit fort trouble, leur grammaire douteuse, leur ortho-
graphe abominable, il faut leur savoir gré du travail qu'ils ont
fait. Ils nous ont conservé des richesses de langage, et, si le
peuple belge a été parfois égaré par leurs renseignements, le
savant étranger dérouté par leur phonétique ou leur grammaire
fantaisistes, ils ont malgré tout légué aux linguistes wallons, à
qui la connaissance de la langue permet de les consulter avec
critique, d'utiles documents. Très supérieurs aux dictionnaires
proprement dits, les lexiques publiés par la Société de Littérature
wallonne sont la partie forte de ces œuvres préparatoires.
Nous mettons hors de pair le Dictionnaire étymologique de
Grandgagnage, achevé par Scheler, travail scientifique dont les
qualités appartiennent bien à ces deux savants et dont les défauts
sont ceux de la science même à leur époque.
Mais la Wallonie attend toujours son Littré.
Il est grand temps d'agir. Les langues mondiales étendent sur
nous leur nappe d'huile. Les dialectes se dissolvent. L'intérêt
de la patrie et de la science nous crient impérieusement de ne
point laisser ainsi s'évaporer la saveur du plus original des
parlers romans. Hâtons-nous donc de rassembler nos richesses et
de les mettre en lieu sûr. Encore qu'il soit légitime de résister au
courant de la francisation qui nous assaille, on ne peut songer
sérieusement à combattre l'emploi des mots étrangers qui sont le
véhicule nécessaire des idées scientifiques. Les mots sont au
service des idées. Notre but n'est pas de contrarier les change-
ments que créent à la fois une éducation plus généreuse des
masses et une expansion scientifique sans précédent. Mais on
peut concilier le respect du présent avec le culte du passé. Si le
wallon est destiné à se désagréger de plus en plus, à s'alourdir
d'éléments étrangers, il faut, par amour du passé, se hâter d'en
fixer par écrit la physionomie et l'histoire ; si on juge qu'il a
mérité de vivre, aussi pur, aussi intact que possible, il faut en
fixer les traits actuels pour l'enseignement de l'avenir. Dans les
deux hypothèses, notre œuvre arrive à son heure. Vous souhaitez
que le wallon vive et qu'il soit cultivé? Une langue qui a produit
quinze cents pièces de théâtre, dont quelques-unes au moins sont
des chefs-d'œuvre, qui a donné l'essor à des romans, des poèmes,
des satires à foison, qui a créé une floraison lyrique dont les
fleurs ne pourraient se compter, mérite de vivre encore long-
temps, longtemps... Eh bien, le meilleur moyen de la faire durer,
c'est d'en rassembler toutes les forces en un livre capable de
résister aux coups de bélier des assiégeants.
Nos compatriotes de langue flamande ne peuvent demeurer
indifférents à notre beau projet. Si on nous présentait, pour les
dialectes flamands et allemands de Belgique et de la région
environnante, une œuvre analogue à celle que nous entreprenons,
avec quelle joie nous l'accueillerions ! La langue des Erancs
saliens et des Francs ripuaires, différenciée en dialectes nom-
breux, a exercé sur la partie méridionale du pays une action
puissante et prolongée; de même le pays flamand nous a fait
depuis seize siècles de continuels emprunts. Or. seuls, des dic-
tionnaires scientifiques des dialectes wallons, flamands et bas-
allemands, sont capables de mesurer ce phénomène d'endosmose
réciproque.
Les savants étrangers aussi seront sympathiques à notre tenta-
tive, à moins qu'ils n'aient vraiment aucune confiance dans la
- 23 -
valeur de l'exécution. Il y a plus de cinquante ans que Diez
encourageait Grandgagnage à doter la philologie romane d'une
œuvre analogue à celle-ci. Il sentait de loin l'originalité puissante
du wallon et les lumières qu'un semblable travail pourrait jeter
sur cette partie des études linguistiques. Ce n'était pas non plus
pour les auteurs wallons, mais pour les savants étrangers que la
Société publiait jadis la Parabole de l'Enfant prodigue dans les
principaux dialectes wallons, que Grandgagnage s'attelait au
Dictionnaire étymologique, que M. Wilmotte plus tard triait
soigneusement les chartes wallonnes pour sa Dialectologie, que
M. Aug. Doutrepont mettait les Noëls wallons en orthographe
phonétique dans la Renne des Patois gallo-romans. Notre ambi-
tion, à ce point de vue, serait de continuer le travail scientifique
de nos devancier-, d'offrir aux linguistes qui étudient notre
langue en Allemagne, en France, ailleurs, des réponses à leurs
doutes, des arguments pour leurs études comparatives, des ren-
seignements plus complets et sûrs.
Nous avons pris comme base de ce travail le Dictionnaire
général de la langue française de Hatzfeld, Darmesteter et
Thomas. On ne saurait trouver un meilleur modèle; c'est un
chef-d'œuvre de concentration et de science que tous les gens
instruits doivent posséder. L'ouvrage de Littré, dont la partie
étymologique et historique a vieilli, mais plus complet au point
de vue des acceptions diverses des mots, nous est un auxiliaire
précieux. Xotre Dictionnaire sera pourvu d'un Traité de la
formation de la langue wallonne sur le plan de V Introduction de
Darmesteter, où seront exposées la phonétique, la morphologie
et la syntaxe du wallon. Comme l'inventaire d'une langue à nom-
breux dialectes doit nécessairement choisir un de ces dialectes
pour point de départ, nous avons adopté celui qui s'imposait par
sa culture plus avancée, le dialecte liégeois. Les formes dissi-
dentes, quand elles s'éloigneront du liégeois par leurs lettres
initiales, se trouveront à leur ordre alphabétique avec renvoi aux
formes liégeoises correspondantes. Les termes particuliers à
d'autres dialectes, verviétois, malmédien, ardennais, chestrolais,
gaumais, namurois, condruzien, brabançon, carolorégien, pour
autant que nous les connaissons, seront traites à leur place
alphabétique. On pourra juger de la constitution de chaque article
par les exemples qui vont suivre.
Qu'on veuille bien noter que nous ne donnons pas ces article
comme définitifs. Ainsi l'étude sur le suffixe-a, dans une Intro-
- 24 -
(ludion où Cille serait préparée par les paragraphes antérieurs,
se réduirait à quelques lignes. La liste qui accompagne cette
étude n'a d'autre but que de montrer sur un exemple probant que
le wallon a des richesses à lui, des procédés propres, des termes
originaux et pittoresques. L'ensemble des articles présentés dans
ce Projet a pour but de faire comprendre comment nous entendons
notre tâche.
Nous ne sommes plus embarrassés pour le choix d'un système
orthographique. An reste, pour obvier aux insuffisances d'un
système pratique, nous figurons phonétiquement entre paren-
thèses la prononciation de chaque mot.
Tout cela sera chose facile. La grosse difficulté sera de repré-
senter tous les dialectes dans le dictionnaire. Certes nous possé-
dons une somme immense de renseignements. Les concours de
lexicologie institués par la Société ont provoqué l'envoi de beau-
coup de recueils. Il existe des travaux philologiques sur divers
dialectes, dans les Mélanges wallons, dans le Bulletin de la
Société, dans la Romania et les Zeitschrift de Grober et de
Behrens. Des œuvres littéraires nombreuses ont été composées en
dialectes non-liégeois. Néanmoins il y a beaucoup de lacunes
encore dans nos connaissances. Les auteurs de lexiques n'ont
pas toujours précisé avec exactitude l'aire d'emploi d'un mot ou
son sens. Prosateurs et poètes collectionnent souvent les mots
rares et les enchâssent dans leurs pièces sans se préoccuper de
leur état-civil, sans se faire scrupule du mélange des dialectes,
créant ainsi peu à peu une xo'.vy, dont les avantages sont visibles,
mais dont le lexicographe n'a pas le droit d'abuser pour confondre
les lieux et les temps. Enfin, bien des régions sont restées isolées
du mouvement littéraire, sans rapports intellectuels avec les
Sociétés centrales. Ce sont celles-là dont le langage est demeuré
le plus original. Il faut l'atteindre coûte que coûte, soit par des
voyages, soit par un système d'information habilement dirigé.
Nous n'avons négligé ni l'un ni l'autre et nous continuerons à
perfectionner nos moyens d'investigation. Nous avons déjà un
certain nombre de correspondants dévoués et nous faisons appel
encore à tous les amis de la langue wallonne qui liront ces lignes.
S'ils veulent contribuer à l'œuvre commune et prendre rang dans
la liste de nos collaborateurs, qu'ils nous envoient leur nom et
leur adresse en nous permettant de leur transmettre de temps à
autre une courte liste de questions. Il ne leur faudra, pour nous
satisfaire, ni érudition, ni loisirs, ni belle écriture, ni ortho-
— 23 —
graphe. Il ne faut que savoir son patois, avec la bonne volonté de
répondre à des demandes comme celles-ci : « Connaît-on tel mot
dans votre canton? Quel est le sens exact de telle expression?
Mettez ce mot dans un exemple». Nous procéderons chaque fois
par questions semblables sur un très petit nombre de termes, de
sorte que notre correspondant puisse nous renseigner en quelques
minutes.
Bref, c'est une consultation générale de la Wallonie que nous
voulons organiser pour compléter notre collection de termes,
de sens, de variantes phonétiques, de spots, de locutions, afin
d'embrasser à la fois toute la région de langue wallonne et tout le
domaine varié de la vie wallonne. L'idéal serait que, dans chaque
commune, nous eussions un ou deux correspondants de bonne
volonté parlant le dialecte du pays et désireux de nous aider
dans notre tâche. On le voit, nous ne sollicitons pas seulement
des encouragements matériels à notre œuvre, nous demandons à
tous leur contribution intellectuelle.
La publication de cet ouvrage durera plusieurs années, nous le
savons, car les œuvres consciencieuses ne s'improvisent pas.
Darmesteter a consacré dix-sept ans au dictionnaire français
dont nous faisions tantôt l'éloge; il ne travaillait pas seul, et il
est mort avant d'en voir la fin! Nous ne dirons pas depuis
combien d'années nous travaillons en vue de notre dictionnaire;
nous affirmons seulement que nous sommes résolus à consacrer
plusieurs années de notre vie à mettre en valeur les matériaux
amassés et ceux que nous récolterons encore. On a ri des lenteurs
de l'Académie française. Les Sociétés, en effet, sont peu expédi-
tives quand elles prétendent faire le travail en séance. Mais,
quand elles nomment une commission de quelques membres à qui
elles délèguent leurs pouvoirs et confient le travail, la besogne
avance plus rapidement. D'autre part, le risque de voir l'auteur
manquer à une œuvre de trop longue durée est réduit au mini-
mum, parce que, dans une Société, uno avulso non déficit alter.
IV.
Quelle place le wallon doit-il occuper dans l'enseignement
en Belgique romane (')?
La question du wallon dans l'enseignement paraît mince en
comparaison des autres questions vitales qu'on vient de traiter a
C1) Conférence faite au Congrès des Professeurs de langues vivantes tenu
à Liège du 20 au 22 septembre 1909.
— 26 —
cette tribune : ce n'est là, pourtant, qu'une apparence. Elle a une
portée beaucoup plus générale que son titre ne l'indique. Elle
pourrait être traitée sans citer les noms de wallon et de Wallonie.
Partout, en pays de langues romanes comme en pays de langues
germaniques et ailleurs, il y a des dialectes locaux, auxquels la
langue littéraire et scientifique vient se superposer. Quelle doit
être l'attitude de l'enseignement des langues nationales en face
des dialectes locaux : tel est notre sujet dans toute son étendue.
C'est parce que nous sommes à Liège et en pays wallon que nous
l'envisageons au point de vue spécial du français et du wallon.
("est une opinion courante, non seulement parmi les Belges
peu lettrés, mais encore souvent chez ceux qui se targuent d'avoir
de la littérature, que le langage wallon est un français abâtardi,
corrompu. Les publications philologiques de la Société de Littéra-
ture wallonne ont amélioré les idées sous ce rapport et détruit
dans leur cercle d'influence ce préjugé funeste. Mais tant
d'esprits échappent encore à ces efforts multipliés! Tant de gens
instruits demeurent encore étrangers aux plus simples questions
de langue! Et alors, ils restent soumis à des erreurs étranges.
Ils s'imaginent qu'autrefois le français était parlé de la même
façon des Pyrénées au Rhin, mais que nous, par paysannerie,
nous avons grossièrement déformé les mots, tandis que la France
les a conservés purs. Quand donc un bon bourgeois substitue chez
nous à ses formes wallonnes des formes françaises ou prétendues
telles, il croit faire un travail d'épuration et d'assainissement ;
il est convaincu fermement qu'il extirpe le sauvageon en faveur
de la bonne plante légitime ; il exerce donc ainsi un sacerdoce, il
est ministre du droit et il corrige des déviations ! Cette erreur,
consciente ou non, exprimée ou tacite, est à la base de toutes les
idées qui régnent dans le public sur les dialectes. Elle explique
l'ostracisme dont le wallon est la victime de par les uns et
l'acharnement même que d'autres mettent à le persécuter. Elle
explique pourquoi dans certaines régions les habitants cachent
leur wallon comme une infirmité. Quand un wallonisant va
visiter Marche, Neufchâteau, Bouillon, l'indigène répond en
français à l'étranger qui lui parle wallon. Il croit qu'on lui parle
wallon par condescendance pour se mettre à son niveau, et il
tient d'autant plus à exhiber sa connaissance du beau langage.
Quand on lui demande de répondre en wallon, il pense qu'on
veut se moquer de lui, ou qu'on veut insinuer que son français ne
vaut rien et qu'il fera mieux de patoiser. Remarquez, ce n'est pas
— 2'
de l'emploi du français que je me plains, c'est de l'état d'esprit
des habitants, état d'esprit peu sensé et peu généreux vis-à-vis de
la langue maternelle.
Dans le milieu où je parle, ce serait faire injure que de réfuter
plus longuement l'opinion commune. Passons tout de suite aux
conséquences : i" Si un dialecte wallon est un langage aussi
légitime, aussi ancien, aussi naturel, aussi pur en soi que le
français, il est insensé de la part d'un éducateur d'inspirer aux
enfants le mépris du wallon, en le faisant passer pour du français
déchu et corrompu ; 2° Quand même le français serait pins
aristocratique, plus utile, plus artistique, il est malhonnête
d'assurer le succès de l'enseignement du français par la com-
pression du wallon, en défendant aux écoliers de parler leur
langue maternelle entre eux, dans la rue ou aux récréations.
Que l'instituteur ait ses idées particulières sur l'avenir des
langues, sur le rôle qu'elles sont appelées à jouer dans la forma-
tion intellectuelle des peuples, sur les avantages de l'unification
linguistique, soit; nous avons aussi les nôtres sur ce point, que
l'amour du wallon ne nous fait pas abdiquer. Mais s'il croit
favoriser l'essor des langues mondiales, et des grandes idées dont
elles sont les véhicules, en poussant l'élève à mépriser sa langue
maternelle, à en rougir, à la cacher devant les étrangers comme
une tare, il fait fausse route.
Laissons à d'autres peuples le beau système de coercition et de
compression des langues non officielles. Si le français doit triom-
pher, que ce soit par sa seule supériorité comme instrument de
science et d'art. Je conçois le français chez nous comme un
langage qui, au fur à mesure des besoins de la pensée, se super-
pose au wallon et le continue. Langue universitaire et acadé-
mique, langue de la vie politique et sociale, qu'il se substitue au
wallon dans la bouche de l'homme du peuple ou du bourgeois au
moment où le wallon est impuissant à exprimer des idées trop
abstraites, devant lesquelles son vocabulaire est en détresse. Mais
si un brave Ardennais a pour langue maternelle le pur wallon de
ses aïeux, ce serait faire une action ridicule et dangereuse que de
lui apprendre à endimancher maladroitement ses idées plé-
béennes, familiales et rurales, et de lui inspirer le sentiment que
ces idées seront moins pittoresques et moins présentables sous la
livrée ardennaise.
Enseigner le français sans nuire ru wallon, l'enseigner comme
continuation ou prolongement du wallon, faire servir le wallon à
— 28 -
l'étude du français, et, réciproquement, — pourquoi pas? — profiter
du français pour mieux faire comprendre le wallon : tel serait
mon programme. On peut être sans contradiction membre de la
Société pour la culture et l'extension de la langue française et, à la
fois, membre de la Société de Littérature wallonne.
Quelle est la méthode à suivre pour que les deux langues
s'aident au lieu de se combattre ? Le premier remède est de réagir
contre le préjugé capital, de rendre au paysan l'estime du wallon.
11 en a encore l'amour, mais un amour honteux qui ne s'avoue
pas, l'amour d'une maîtresse qu'on croit indigne. Il faudrait
surtout donner cette estime à l'instituteur. C'est chose faite dans
la région liégeoise, grâce aux efforts de MM. Colson, Frenay
et autres, et partout où pénètrent les études entreprises sur le
wallon (l), mais le revirement est loin d'être général. C'est à la
source même, à l'école normale, que le futur éducateur doit
apprendre la valeur et le respect des dialectes locaux. Je souhaite
qu'on lui enseigne là combien le wallon peut lui être un auxiliaire
puissant, combien la comparaison de deux langues est précieuse.
Au lieu de bourrer sa mémoire de mille et une règles et
exceptions d'une syntaxe insipide où rien n'est justifié, qu'on
l'initie par l'histoire de la langue et la comparaison à l'intelli-
gence des phénomènes du langage. Une page des quatre petits
volumes du cours de Grammaire historique de la langue fran-
çaise (2) vaut plus comme initiation que tous les « traités
complets » et toutes les « grammaires complètes » du monde,
dont l'obésité n'est nullement une force. Il faut changer l'air de
l'école normale, pour changer l'air de l'école primaire.
Retournons à l'école primaire. Là, l'instituteur wallon doit
aimer le wallon. Il doit le considérer comme étant la forme que le
latin a prise dans notre pays. Qu'il réfléchisse que les hasards
politiques seuls, notamment l'établissement du siège de la royauté
capétienne à Paris, ont favorisé le français. Le français doit être
enseigné avec ardeur, mais le wallon doit être cultivé comme
(') L'Annuaire de l'Enseignement jirimaire pour le département des Ardennes
de 1896 contient une liste de mots wallons recueillis par les instituteurs
pour l'inspecteur primaire de Sedan, M. Hannedouche (communication de
M. Charles Bruneau) A quand pareille initiative dans nos revues pédago-
giques de l'Enseignement primaire/ — Ajoutons que ces enquêtes tendent
à se généraliser dans le nord de la France, à l'imitation surtout, croyons-
nous, de notre modeste Bulletin du Dictionnaire wallon. Notre correspondant,
M. Bruneau, est un des enquêteurs les plus actifs.
(2) Par Arsène Darmesteter. Paris, lib. Delagrave, 8 fr. 5o les 4 volumes.
— 29 —
la fraîche églantine à côté de la rose, comme l'œillet des champs,
comme le rustique géranium. Mais il est d'autres arguments
que eeux de justice et de sentiment, il y a des arguments de péda-
gogie et de raison pure.
D'abord, quel langage faut-il parler au bambin wallon que
la cinquième ou sixième année amène sur les bancs? On lui parle
le français. Ne récriminons pas sur ce point; notons seulement
comme un excès de zèle que ce soit avec une exclusion jalouse du
wallon. Dès (pie le jeune élève met le pied sur le seuil de l'école,
il est censé n'avoir été élevé qu'en français, n'avoir d'autre
vocabulaire qu'un vocabulaire français ; il a déniché des nids en
français, il a joué en français, il s'est battu en français. Combien
il faut en rabattre! Sauf dans les familles bourgeoises à la ville,
les termes déjà nombreux dont ces enfants désignent toutes
choses sont des termes wallons. Qu'est-ce que la logique réclame
impérieusement de l'instituteur ?
Mlle demande qu'il ne craigne pas de faire passer le wallon là
où le français ne peut passer, de traduire en wallon une question
qu'il croit ne pas avoir été comprise dans ce nouveau langage
moins familier, de comparer souvent wallon et français. 11 y a
mille occasions de se servir du patois. La meilleure et la plus
courte explication, quand il s'agit des objets concrets de la vie
rurale, des outils et des ustensiles d'un métier, des animaux et
des plantes, c'est la synonymie wallonne. Elle aura souvent
l'avantage de souder un mot français à un mot patois de même
origine, qui aidera à le retenir ; et non seulement à un terme
connu, déjà déposé dans la mémoire, mais inscrit dans la région
intime du sentiment. Le mot wallon est un ami pour le petit
paysan. Sans qu'on l'avoue, ce mot est aimé. Un mot français
rapproché d'un mot wallon et reconnu identique cesse d'être un
étranger, un intrus, un indifférent : il est le frère de notre ami.
Puis, par ce moyen, on échappe aux définitions abstraites.
L'objet une fois reconnu grâce à une simple juxtaposition de
mots, on peut transformer la définition en une description inté-
ressante de l'objet, dont le petit élève lui-même fera les frais.
Qu'on rencontre dans une lecture à l'école primaire les mots
putois, blaireau, écureuil : si l'instituteur ne commence point
par dire : :< ce sont le vècheù, le tasson et le spirou, que vous
connaissez tous », il aura beau faire des descriptions savantes et
des distinctions d'aspect, de taille, de fourrure, il n'obtiendra
aucun résultat. Qu'il traduise chélidoine par yèbe di pores
(herbe aux verrues) et scabieiise par fleur di tonire, en attendant
qu'il puisse montrer la plante elle-même; ou, même, en la mon-
trant : les noms wallons lui seront une oecasion d'expliquer un
usage, de combattre une superstition. S'il veut graver dans les
jeunes mémoires le mot coudrier, qu'il le rapproche de côre et de
cari. 11 rencontre dans la grammaire coi et coite : qu'il ait soin
d'identifier ces mots avec le wallon keù, féminin keùte. Ce sera
pour lui une belle occasion de montrer que cette irrégularité
reprochée au féminin coite existe en wallon comme en français (').
Faîne comparé à farine montrera que le wallon a mieux conservé
les syllabes antiques, comment le français a contracté, qu'il y a
des raisons d'écrire faine par ai et même par ai. Les prétendues
aberrations de l'orthographe française peuvent souvent être
expliquées au jeune écolier intuitivement en inscrivant le corres-
pondant wallon à côté du mot français. Ainsi, pour l'emploi de
l'accent circonflexe, il suffira de rapprocher au tableau pâte,
passe; maitre, maisse ; gâteau, wastê ; râteau, ristê, à côté de
bateau, batè; ôter, wèster; côte, cwèsse; croûte, crosse; vôtre,
vosse; gite, djisse; verdàtre, uerdasse ; boite, bwèsse et beùsse;
goût, gos'; août, awous'. L'enseignement insipide de l'orthographe
peut devenir intelligent, amusant, source d'observation. En
rapprochant mai de may, maire de mayeûr, mère de mère, on
étaie d'arguments simples et visibles les graphies françaises.
Le son in wallon peut servir à départager les an et les en du
français: wallon vin , donc français vent et non vant; wallon
vinte, donc français ventre et non vantre; wallon infier, rimpli,
rinte, trinte, donc français enfler, remplir, rente, trente. Au delà
des mots et de l'orthographe, on donnera du piquant et du pitto-
resque aux locutions et aux proverbes français, en les rappro-
chant des locutions et des proverbes wallons de même inspiration,
de même sens, de même rythme. Peu à peu le français, neutre et
insipide comme de l'eau claire pour nos jeunes paysans, prendrait
de la saveur, de la couleur et de la vie au contact du wallon.
Pour retenir l'attention sur les phénomènes du langage, le
wallon vaut une langue étrangère, et vaut même davantage, à
cause de l'identité du fond. C'est ce magnifique instrument d'en-
(1) Je corrige ici ma première rédaction. La forme régulière «lu féminin
devait être cote par chute du t média] intervocalique de 'quêta. L'ancien
français en effet dit cote, coiement. Le français roite et le wallon keùte sont
sans doute dus à l'analogie d'adjectifs comme droit-droite, étroit-étroite, en
wallon dreùt-drcûte, streiït-streûte, où la présence du test légitime.
— 3i —
seignement de progrès intellectuel et d'intérêt que la majeure
partie des instituteurs rejettent ou méconnaissent.
Cependant à peine un sur vingt de leurs élèves continueront
des études au sortir de l'école primaire. Les dix-neuf autres
seront-ils donc condamnés à oublier le langage franc et instinctif
qui fleurissait naturellement sur leurs lèvres pour je ne sais quel
idiome emprunté et maladroit, qu'ils écorchent, dont ils ne
connaissent bien ni la prononciation, ni la syntaxe, ni les vocables,
ni les nuances, et qui leur va comme l'habit de gala et la cravate
blanche un jour de noces? Elevés dans le respect de leur dialecte
naturel, ils ne seront pas vers la douzième année assis entre
deux selles, privés de la langue wallonne dont on leur aura
inspiré le mépris, privés de la française dont ils seront loin de
posséder une connaissance suffisante. Ils ne ressembleront pas
à ces fransquillons dont on s'est tant moqué dans les pièces de
théâtre. Quand ils auront sucé avec le lait du premier enseigne-
ment L'estime et l'admiration des deux langues, ils tâcheront de
retenir l'une et d'acquérir l'autre; et ils y parviendront parce
qu'on aura déposé en eux sous forme d'amour et de curiosité le
levain précieux de l'étude.
A mesure que l'élève se perfectionne dans la connaissance de
la langue littéraire, le wallon ne doit pas être abandonné, ni par
les maîtres ni par les élèves. Dans l'enseignement moj'en, au lieu
de condamner sans phrases les wallonismes que les collégiens
introduisent dans leurs écrits et leurs conversations, ne serait-il
pas plus utile de leur expliquer les différences des tournures, les
origines et la légitimité de chacune? Le respect de l'un peut
s'allier avec l'emploi de l'autre. De la comparaison des choses il
ne peut sortir que du bien, une connaissance mieux trempée et
plus capable de résister : c'est l'arrêt sans motif, le ne dites pas...,
dites... qui est déplaisant et stérile.
Par exemple, puisque le français dit avoir beau, avoir chaud,
avoir froid, il est naturel que le jeune wallon dise avoir bon et
avoir facile. Corrigez-le, puisque l'usage est la loi souveraine
fermant le bec à toute controverse, mais profitez de l'occasion
pour montrer que aveùr bon et aveùr âhèy sont tout aussi logi-
ques; dites que beau, chaud, froid, bon, facile, aisé, sont en ce
cas des adjectifs neutres pris substantivement; concluez que tout
ce qui est logique n'est pas nécessairement usité: l'usage est
capricieux. Cette petite comparaison fera mieux retenir les choses
qu'un ordre sans critique ni analyse ni justification.
— 32 —
Vous voulez faire comprendre à uu jeune homme de seize ans
qu'il y a une raison pour laquelle roi s'écrit avec oi au lieu
d'un wa qui serait aujourd'hui plus logique. Si vous lui dites que
l'on a prononcé jadis ro-i, il ne vous croira pas, — et il aura
raison : la crédulité dans les choses de science est plus sotte que
toute autre crédulité — ; mais demandez-lui comment le wallon
liégeois appelle le roi au jeu de cartes, il répondra ro-y, et,
dès lors, il aura une raison de croire que le français a prononcé
jadis ro-i, et il vous suivra avec intérêt si vous entreprenez de lui
montrer au tahleau, par quelques signes, sans y insister outre
mesure, comment la diphtongue o-i s'est transformée.
Dans les classes latines, là où on peut — et où on doit — profiter
de l'étude du latin pour faire comprendre, à mesure que les mots
se présentent, l'évolution lente qui a, pendant des siècles, accu-
mulé les menus changements phonétiques, pourquoi le wallon,
frère du français, n'interviendrait-il pas maintes fois à côté du
français, soit pour corroborer des lois phonétiques, soit pour
apporter des exemples que le français ne possède pas? Étreindre,
étrenner, écrire, n'ont plus Y s du latin stringere, strenna, scr ibère;
mais le wallon l'a conservée dans strinde, strumer, scrîre; c'est
un chaînon dont il ne faut point se priver dans une démonstra-
tion. Vous voulez faire deviner ou faire retenir texere : vous avez
le wallon tèhe, plus transparent que le vieux français tistre,
d'ailleurs inconnu à l'élève. Votre collégien liégeois, confondant
les mots, écrit : il n'a pas eu l'heure de vous plaire; il s'étonne
quand vous le corrigez : profitez donc de cet heureux étonnement
pour lui expliquer que heur ne vient pas de hora, mais de augu-
rium ; que le h doit être mis sur la conscience des demi-savants du
xve siècle, qui se sont maintes fois trompés en étymologie ; et,
comme intermédiaire pour confirmer cette origine, demandez
comment on dit heur, heureux en liégeois; aussitôt aweûr,
awoureûs lui seront un trait de lumière.
Ces sortes d'exemples, que je voudrais multiplier, piqueront
l'attention de l'élève. Il sera charmé de comprendre enfin que ce
wallon de son enfance vaut quelque chose, remonte à une noble
origine, et qu'il n'est pas obligé de l'extirper de son cœur et de
sa mémoire pour satisfaire à la loi du progrès. Pour intéresser
l'élève à une explication, mieux vaut comme terme de compa-
raison un mot wallon, que l'élève a dans les moelles, qu'un beau
mot étranger italien ou espagnol. Pour le maître wallon aussi,
si je puis en juger d'après moi-même, c'est une véritable volupté
— 33 —
de transcrire au tableau, lui donnant une forme et une âme,
un mot wallon afin de mieux faire saisir et retenir tel terme
latin ou français. Et phonétique, morphologie, syntaxe, séman-
tique peuvent y passer tour à tour. Le wallon intervient natu-
rellement, à moins qu'on ne l'écarté par système, comme un des
chaînons de cette analyse multiple et incessante du langage et de
la pensée, qui est le nœud vital de l'enseignement, puisqu'elle est
la continuelle mise sous les yeux du devenir et de l'évolution des
idées et des choses.
A plus forte raison, dans l'enseignement supérieur des langues,
le wallon mérite-t-il d'être estimé, traité en langue romane,
étudié chez nous comme une des sources les plus riches et les
plus suggestives de la philologie romane. Je ne demande pas
qu'on enseigne a parler wallon à l'école primaire, mais je demande
qu'on étudie nos dialectes romans de Belgique. A côté du pro-
vençal, de l'italien, du roumain, du catalan, de l'espagnol, du
sarde, le wallon intervient a titre comparatif dans les travaux
des philologues, comme il appert des grammaires magistrales de
Diez et de Meyer-Liiltke. On ne se contente plus, comme aux
premiers temps, d'étudier le groupe roman par les principales
langues littéraires : ce serait comme si on était réduit aux
variétés à fleurs doubles pour étudier une famille de plantes.
Les plus humbles dialectes valent mieux pour cette étude que les
belles langues littéraires.
A vrai dire, on ne les a pas négligés, ni ailleurs ni chez nous,
et je rends hommage ici aux efforts de M. Wilmotte en faveur de
l'étude scientifique du wallon. Mais l'enseignement en est resté
malgré tout occasionnel et arbitraire; c'est la bonne volonté des
maîtres qui supplée au silence du programme. Serait-il déraison-
nable d'ambitionner davantage? Dans chaque pays, l'enseigne-
ment supérieur fait profession d'étudier plus à fond ce qui est
particulier au pays. S'étonnera-t-on que le vieil anglais soit plus
cultivé à Oxford et le romanche dans une université suisse,
qu'il y ait des chaires consacrées à Dante en Italie, à Montai- ne
ou à Rabelais en France? De même si la dialectologie wallonne
doit paraître au programme d'une université, c'est bien à celui
d'une université belge, au centre de la Wallonie. Ce progrès n'a
pas encore été réalisé en Belgique. L'étranger nous devance.
Lille vient d'inscrire ce cours à son programme de philologie.
Quand l'Université de Liège fera-t-elle de même ;
Je conclus en présentant les vœux suivants :
-34-
Que les autorités compétentes attirent l'attention de l'institu-
teur sur l'importance du wallon dans l'enseignement du français;
que l'enseignement du français dans les écoles devienne de
plus en plus historique et comparatif; qu'il soit basé sur un
enseignement du latin conçu en prévision de l'étude du français ;
qu'il s'appuie latéralement sur la comparaison avec le wallon,
sans exclusion d'autres procédés comparatifs;
que le gouvernement central attire l'attention des professeurs
des écoles moyennes, des collèges et des athénées royaux, sur
l'importance du wallon dans l'enseignement du français;
que l'État organise en pays wallon, à la section de philologie
romane de l'Université de Liège, des cours spéciaux de phoné-
tique et de dialectologie wallonnes (l).
V.
La Philologie wallonne (2).
A côté de l'art wallon, de la littérature wallonne, il est juste de
faire une place à la philologie, à la critique, à l'histoire, au
folklore de notre pays, à toutes ces branches d'étude qui se
servent, à la vérité, du français comme langue véhiculaire indis-
pensable, — de la même façon que la science du moyen âge
empruntait le latin, — mais que la Wallonie doit revendiquer
comme siennes, puisqu'elles ont pour objet le peuple wallon, ses
gestes, ses mœurs, ses œuvres, son langage.
Je ne me suis chargé en cette occasion que de retracer le passé
et le présent de la philologie wallonne; mais je croirais faire
œuvre trop partielle si je n'évoquais pas, au moins dans le loin-
tain, si je ne saluais pas, au moins collectivement, avant de
passer à mon sujet propre, tant d'œuvres et d'hommes qui ont
commenté et magnifié notre pays. Dans ces rapports officieux
étrangement tronqués où l'on vante la Belgique intellectuelle en
cet anniversaire de 1905, avec quelle désinvolture on oublie nos
historiens, nos critiques, nos folkloristes, nos philologues, comme
aussi cet admirable effort de nos sociétés archéologiques pro-
vinciales pour exhumer du sol ou de9 archives les institutions, les
(!) Cette année i<)io, M. Auguste Doutrepout, professeur de philologie
mane à l'Université de Liège, a eu l'heureuse initiative d'expliquer la
0
ronii
célèbre pièce wallonne de Remouchamps Tètî /' pèriquî.
(*) Rapport présenté au Congrès Wallon tenu à Liège en i<)o5. à l'occa-
sion de l'Exposition universelle de Liège.
— 35 -
mœurs et les grandes figures du passé! Nous avons des histo-
riens qui appartiennent à l'histoire internationale, mais d'autres
savants méritent notre hommage, qui se sont cantonnés volon-
tairement dans l'étude d'une province, d'une ville, d'un ordre de
faits particulier. Leur valeur est inscrite dans ces bulletins et ces
annales de nos sociétés dont la seule table des matières serait un
livre d'or d'une richesse insoupçonnée. L'histoire économique et
politique de la Wallonie est là en monographies patientes, jamais
trop minutieuses pour des yeux amoureux de l'horizon natal.
L'étude des manifestations si variées de l'esprit populaire, du
sentiment populaire s'est surtout concentrée dans Wallonia.
Cette revue, qui existe depuis plus de douze ans, élargissant peu
à peu son cadre, a fait, place à la critique littéraire et artistique.
On y a donc vu, chose nouvelle chez nous, des études sur nos
sculpteurs, nos peintres, nos auteurs, par des critiques de notre
pays. Constantin Meunier, Rassenfosse, Jaspar, Krains, Severin,
l'électricien Gramme et beaucoup d'autres ont eu les honneurs de
ces archives wallonnes. On y a montré ce que valaient nos poètes
du terroir : nul n'a mieux parlé du lyrisme de Vrindts que
M. O. Gilbart; nul n'a mieux défini Defrecheux et Henri Simon
que M. O. Grojean; nul n'a plus finement analysé le sentiment
wallon ni raisonné de la terre wallonne avec plus de tendresse
que M. Mockel dans Wallonia', nul ne pouvait mieux y raconter
cette lutte dramatique entre wallon et allemand dans la Wallonie
prussienne (pie M. le curé Piétkin; et nul ne s'y est plus géné-
reusement dépensé en excellents travaux de toute espèce que son
directeur M. Oscar Colson.
Mais venons-en à la philologie.
11 n'y avait point de philologie wallonne avant Grandgagnage.
Tout au plus peut-on citer avant lui le Liégeois Simonon, qui fut
scientifique par instinct, mais plus original que pratique dans la
recherche d'une orthographe (1845). Le Namurois H. Chavée, selon
la mode de 1840, se perdit dans les spéculations de l'étymologie
abstraite au lieu d'observer avec patience les phénomènes
existants; et si, en 1857, il publia une esquisse de grammaire
wallonne namuroise sous le titre Français et wallon, ce fut sans
doute entraîné par l'exemple de Ch. Grandgagnage. L'année
suivante, Chavée mit une préface orthographique à la troisième
édition des Chansons wallonnes de Charles Werotte, et il donna
au Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne (t. 111,
mélanges, pp. 27-31) un court article, d'une légèreté de ton qui
— 36 —
n'exclut pas la pédanterie, sur une maladie chronique de la
langue wallonne ; il s'agissait tout simplement dans cette prose
médicale de l'épaississement en consonnes fortes des douces qui
suivent la voyelle tonique (rotche pour rodje, âpe pour àbe).
C'est peu de chose en comparaison du travail persévérant, ardu et
souvent perspicace de Grandgagnage.
Grandgagnage a trouvé dans M. Auguste Doutrepont un
biographe compétent et sympathique^).» Ce fut, dit-il, un savant,
au sens sérieux et solide du mot... A l'étranger, il était comme
l'incarnation, la personnification des études wallonnes. C'était,
par excellence, le philologue wallon, le linguiste liégeois auquel
l'Europe aimait à rendre hommage. La meilleure preuve, d'ail-
leurs, de sa valeur scientifique, c'est que son œuvre lui a survécu,
et que, tout insuffisante qu'elle soit devenue pour nous, nul ne
s'est encore senti de force à la reprendre pour la mettre au niveau
de la science actuelle. Son érudition solide, sa critique ingé-
nieuse le firent remarquer par les savants les plus éminents de
France et d'Outre- Rhin. Ce fut pour récompenser ses travaux de
linguistique que le duc de Saxe-Cobourg Gotha le nomma officier
de l'ordre de la Branche Ernestine de Saxe. Les plus brillants
représentants de la philologie en Allemagne, Diez, Pott, Diefen-
bach, Forsteniann, le tenaient en singulière estime et le citent
comme une autorité en linguistique. Il était en relations avec
eux : Forstemann l'appelle son ami ; Laurent Diefenbach inscrit
son nom en tète de ses Origines europeœ, et, dès i856, l'illustre
Frédéric Diez, le fondateur de la philologie romane, l'appelle un
maître, et il lui dédie, en i865, ses Altromanische Glossare. »
Les divers travaux de Grandgagnage sont trop connus pour qu'on
ait besoin de les citer ici. Ajoutons encore ce trait à son éloge
qu'il porta son attention sur l'onomastique et la toponymie en
même temps que sur la langue wallonne proprement dite, ce qui
n'est pas une mince preuve de sa clairvoyance et de l'étendue de
sou esprit. Enfin il fut, en décembre i856, un des fondateurs de
la Société liégeoise de Littérature wallonne, qu'il présida pendant
plus de vingt ans.
A partir de cette époque, l'histoire de la philologie wallonne en
(*) Pour ne pas multiplier inutilement les références bibliographiques,
avertissons le lecteur qu'il les trouvera sans difficulté dans le Liber memo-
rialïs, t. XL VII, du Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne,
1907.
- 37 -
Belgique se confond presque avec l'histoire de cette Société
jusque vers i885.
A la Société liégeoise, Grandgagnage avait à ses côtés François
Bailleux, Ulysse Capitaine, Ad. Stappers, Aug. Hock,Ep. Martial,
Alph. Leroy, .Jean Stecher, St. Bormans. Ce fut une période
d'ardeur, de création, d'excellente besogne.
Bailleux éditait des pièces anciennes, entreprenait la première
consultation phonétique de la Belgique romane en faisant traduire
la Parabole de l'Enfant prodigue en 56 dialectes, étudiait le
pluriel des substantifs et des adjectifs dans une note fameuse qui
a longtemps l'ait autorité et que Grandgagnagne, on ne sait
pourquoi, ne combattit point.
Ulysse Capitaine, bibliographe érudit, sans cesse à l'affût du
livre rare, créa la bibliothèque de la Société, l'enrichit infatiga-
blement et publia, année par année, dans le Bulletin, la liste des
acquisitions nouvelles. Sans cesse il battait le rappel pour que
chaque auteur envoyât à la Société ces productions éphémères de
La verve wallonne, ces feuilles volantes exposées à disparaître
sans laisser de trace.
Aug. Hock versait dans les Mélanges du Bulletin des notes et
des souvenirs de folklore et de parémiologie « Un trait de mœurs
un peu saillant, disait le président en inaugurant les Mélanges,
une métaphore un peu originale, un dicton traditionnel un peu
narquois, quelque vieux refrain exposé à l'oubli, une étymologie
piquante ou curieuse, quelquefois même une simple question, un
point d'interrogation à propos d'un sujet local,... tout est suscep-
tible d'intérêt. Ne sont-ce pas là, en effet, les marques distinc-
tives de notre individualité? » Cette exhortation était sage, et
Aug. Hock, N. Del'recheux, Jean Stecher donnèrent l'exemple,
qui trouva plus tard des imitateurs dans Joseph Defrecheux et
J. Dejardin.
Dès 1839, Alph. Leroy proposait la rédaction de glossaires
technologiques; Ep. Martial préconisait la traduction dans les
divers dialectes wallons de la Parabole de l'Enfant prodigue, pour
faire suite à l'ouvrage de Schnakenburg sur les patois de France;
J.-H. Bormans proposait de dresser une carte de la frontière lin-
guistique wallonne. Ainsi le programme s'élargissait peu à peu.
En 1861 parait la première édition du Dictionnaire des spots de
Dejardin. En i863, le vice-président de la Société, J.-L. Michiels,
publie une Grammaire élémentaire liégeoise. Jean Stecher, pro-
fesseur à l'Université, le plus liégeois des flamands, dans ses
- 38 -
rapports, ses discours, ses préfaces, ses contributions étymolo-
giques toujours très étudiées, t'ait œuvre de linguiste et plus
encore de promoteur. Stanislas Bormans se révélait historien et
lexicographe dans son ouvrage sur le Métier des tanneurs, son
Vocabulaire des bouilleurs liégeois, son Métier des drapiers. Après
la mort de Bailleux, Ch. Grandgagnage reprend la mise au point
orthographique des versions wallonnes de la Parabole, et cette
publication difficile, qui a toujours été faite avec soin, sinon selon
toutes les exigences de la critique moderne, a certainement rendu
de grands services aux linguistes étrangers. Enfin, dans le
tome VIII, M. Albin Body inaugure la série de ses précieux
lexiques par celui des Menuisiers, charrons et charpentiers.
A partir de ce moment, les vocabulaires se suivent d'année en
année. Ainsi se constituait, à côté des œuvres littéraires, un
trésor très riche, unique dans l'espèce, de glossaires technolo-
giques. Les auteurs furent St. Bormans, Mathelot, Acb. Jacque-
min, Kinable, Lezaack, J. Defreclieux, J. Délai te, Semertier,
Marchai, Verteourt, J. Bury, F. Sluse, J. Closset, Vict. Willem,
A. Boubou, Martin Lejeune, Jean Lejeune, G. Paulus, A. Rigali
et E. Jacquemotte.
A partir de 1867, le feu se ralentit. L'âge héroïque de la philo-
logie wallonne est passé; Grandgagnage lui-même est isolé et
découragé. La Société, assise sur de fortes bases, continuait à
exercer une salutaire influence par ses concours, mais le travail
actif lui vient trop exclusivement du dehors. Grandgagnage, qui
n'avait point publié le second volume de son Dictionnaire étymo-
log-i(]ue, ne désigna ni un Wallon ni un de ses collègues de la
Société pour achever son œuvre : ce fut Auguste Scheler qui eut
cet honneur, et il s'en acquitta avec un soin pieux, et il y mit tout
ce qu'il put de sa science. Cette période dura, à notre avis,
jusqu'en 1892.
On peut compter, dans l'intervalle, outre les glossaires dont
nous avons parlé, un essai curieux d'orthographié wallonne par
J. Delbœuf, une étude très minutieuse et très érudite sur les
wallonismes du puriste I. Dory, des recherches étymologiques sur
divers mots wallons par Dory, par le Dr Jorissenne, Alph. Maré-
chal; une étude personnelle et instructive sur les noms de famille
par Albin Body, un article d'Emmanuel Pasquet sur les mots
goupil et renart. Body publie une édition critique des Aiwes di
Tongues, .1. Defrecheux un Recueil de comparaisons populaires.
A côté de ces bons travaux, la Société avait la faiblesse d'imprimer
- 39 -
dans son Bulletin un soi-disant Glossaire d'anciens mots wallons
venant du latin et dont l'emploi tend à disparaître, lequel ne
contenait pour ainsi dire que des mots communs, dont la vie
n'était pas du tout menacée.
A l'étranger, sous l'influence de la science allemande et fran-
çaise, on étudiait les patois romans. Grâce à Grandgagnage, à
Sigart, à Scheler, et en dépit d'une documentation assez trouble
puisée à nos mauvais dictionnaires wallons et à des textes d'une
orthographe décevante, le wallon commençait à prendre rang-
dans la philologie romane. Trois ou quatre eurent la chance de
pouvoir se renseigner à une source orale : Sturzinger étudia ainsi
la conjugaison wallonne dans le dialecte de Malmedy, Horning
eut à sa disposition uue personne de Seraing, Altenburg put faire
son enquête phonétique presque sur place (').
A la fin de i883, un jeune homme qui venait de passer brillam-
ment son doctorat en philosophie et lettres à Liège, alla se mettre
à l'école de Gaston Paris, de Paul Meyer et d'autres savants
renommés dans la philologie et la critique. A son retour à Liège,
il fut nommé maître de conférences à l'Ecole normale des Huma-
nités, et bientôt, à la suppression de celle-ci, professeur de philo-
logie romane à l'Université de Liège. En même temps qu'il
popularisait le wallon au dehors dans la Romania, dans la Revue
des patois gai lo- romans, dans le Moyen âge et ailleurs, M. Wil-
motte formait des élèves. 11 sut les attirer dès le début et les
intéresser hautement par des études vivantes de ces chers patois
dédaignés; il fit des promenades linguistiques avec eux; il les
initia aux méthodes d'observation et de notation; bref il fit ce
que d'autres autour de lui n'avaient jamais réussi ou songé à
faire : il fit aimer la philologie en général, et, en particulier, la
philologie wallonne. Son attention se portait même sur d'autres
élèves que les siens propres; il recevait chez lui tous les jeunes
gens de bonne volonté et les initiait aux méthodes scientifiques ;
et cette influence s'étendait par ceux-ci de proche en proche.
Les fruits de cet enseignement se montrèrent bientôt. Dès 1887,
Aug. Doutrepont publiait une transcription phonétique des Noëls
wallons dans la Revue des patois gallo-romans; en 1890, Paul
Marchot publiait des Vocables couvinois, des Notes sur le patois
(') J. STiiRZlXGER, Remarks on the conjuration of the walloman dialect^
dans Transaction of the modem langnage Association in America, I, 204.
Horning, dans la Zeitschrift fur rom. PhiL, IX. - Altenburg, Versuch
einer Darstellung der wallonischen Muvdart, Eupen, 1880.
- 4o-
de Saint-Hubert dans la Revue de philologie française et proven-
çale, des études phonétiques sur les patois du Luxembourg
central et du Luxembourg- méridional dans la Revue des j>atois
gallo-romans. M. Georges Doutrepont consacre sa thèse de
l'École normale, en 1890, à une étude linguistique sur Jacques de
Hemricourt et son époque, en môme temps qu'il présentait aux
concours de la Société wallonne une remarquable étude morpho-
logique et phonétique sur le verbe en wallon. Cette étude, publiée
en 1892 dans le Bulletin, est le prélude d'une période nouvelle.
A la même époque paraissait le Bulletin de folklore wallon sous
la direction d'Eugène Monseur, et un groupe d'élèves et d'amis
offraient à Maurice Wilmotte les Mélanges wallons, recueil de
linguistique et de folklore.
Dès lors l'élan est rendu aux études philologiques. Le Bulletin
de 1895 publie une phonétique comparative du gaumais et du
wallon, en même temps que paraît le premier lexique régional, le
lexique du patois gaumet de M. Liégeois. La série de ces voca-
bulaires dialectaux, plus utiles au point de vue de la phonétique
et de la morphologie que les vocabulaires technologiques, se
continuera plus tard par le Complément de M. Liégeois (1902),
par le Vocabulaire du dialecte de Stavelot, de M. Haust (1904),
par le Vocabulaire du dialecte de Perwez que MM. Dory et Haust
ont annexé aux Poésies de l'abbé Courtois (1905). Nous avons
même à signaler un travail de phonétique pure : la Carte linguis-
tique de l'arrondissement de Namur par M. Alph. Maréchal
(1900) (»).
En même temps, de jeunes savants étrangers, influencés par la
faveur dont jouissaient chez nous les études de linguistique
wallonne, publient des notes et des monographies excellentes sur
nos patois. Ainsi Zéliqzon étudia la phonétique de la Wallonie
prussienne; Niederliinder profita de son alliance avec une famille
namuroise pour étudier sur place, et très profondément, la phoné-
tique du patois de Namur (2).
Toutes ces études convergaient vers un but. La Société en effet,
sous l'impulsion d'éléments nouveaux, et bien secondée par son
!! faudrait signaler encore nue œuvre importante, qui n'a pas été
imprimée, l'Etude comparée de la syntaxe wallonne et de la syntaxe française
depuis le XVIIe siècle, thèse présentée en 189:1. par M. A. Charlier, à la
faculté «le philosophie et lettres de Liège en section romane, puis l'année
suivante à la Société liégeoise de Littérature wallonne, qui la couronna.
(*) ZÉLIQZON, Die franz. Mundart in der preuss. Wallonie, dans la Zeit-
schrift fur ro/n. Pltil.. XVII. — .T. NlEDERLAENDER, Die Mundart uonXamur,
ibid., XXIV.
- 4i -
président, M. \. Lequarré, méditait l'exécution d'un grand dic-
tionnaire général dos patois romans de Belgique. Il fallait donc
songer à créer un système d'orthographe assez pratique pour
convenir aux écrivains wallons, assez scientifique pour ne pas
jeter le wallon en dehors des traditions romanes. De là l'Essai
d'orthographe wallonne (t. 41- fasc I; 1901), de là les Règles
d orthographe wallonne (t. 41» tase- H, 1902; 2e édition en
août 1905) et plusieurs belles polémiques sur cette question.
Aujourd'hui que la qnerelle parait définitivement vidée, la Société
s'est attelée au Dictionnaire. En même temps qu'elle étendait et
systématisait pour le dehors la série de ses concours annuels,
qui embrassent maintenant toutes les manifestations littéraires et
philologiques, elle réorganisait au dedans ses différents services,
notamment celui des publications et celui de la bibliothèque, elle
chargeait une commission de lui présenter un projet spécimen
du Dictionnaire de la langue wallonne. Le Projet a paru (1904),
il a reçu l'approbation de M. Wilmotte au Congrès de Mons
(août 1904), de M. A. Thomas, professeur de philologie à la
Sorbonne, dans Romania (janvier 1905), et de beaucoup d'autres
autorités. La commission nommée définitivement continue ses
enquêtes et ses travaux préparatoires. Composée de purs wallons
en possession chacun de trois ou quatre dialectes, qui emploient
leurs vacances à parcourir les villages du pays wallon, pour
étudier sur place, pour recruter des adhérents et des correspon-
dants, qui consacrent leurs loisirs depuis vingt-cinq ans à la lin-
guistique et à la récolte de matériaux en vue de cette œuvre,
elle est capable de mener l'ouvrage à bonne fin.
Mais, pour la continuer largement et dignement, ils demandent
l'appui de la Wallonie, l'appui de la Belgique et des pouvoirs
publics. Nous avons quelque droit à l'affirmer : il existe une
école de philologie wallonne qui mérite d'être encouragée dans
ses travaux. Cette branche si importante de la philologie romane
ne doit pas être abandonnée aux mains des savants étrangers.
Il y va de l'honneur du pays, nous semble-t-il, de la faire fleurir
dans la capitale même du monde wallon.
Quant à la question de création d'une académie wallonne, n'est
elle pas aux trois quarts résolue? Elle existe, cette académie;
elle est même en possession du nom: il n'y manque vraiment que
la reconnaissance officielle, et même la Société wallonne la
posséderait aujourd'hui, n'avait été l'opposition d'un membre
influent, frondeur par caractère, le regretté J. Delbœuf, qui
-42 -
pensait beaucoup de mal des académies. Plus pénétré des devoirs
et des sujétions attachés à ce titre que de l'avantage moral que la
Société en retirerait, Delbœuf combattit les propositions offi-
cieuses faites par M. de Burlet. Aujourd'hui, nous pensons que
l'opposition de .1. Delbœuf resterait sans écho. Non pas que le
titre d'académicien nous éblouisse, mais, s'il peut contribuer à
l'unité, à la grandeur, au triomphe du mouvement littéraire et
scientifique wallon, il faut en user.
VI.
De l'utilité du « Dictionnaire wallon » (')
Messieurs,
M. Lequarré, notre dévoué président, vient de vous souhaiter
la bienvenue au nom de la Société liégeoise de Littérature
wallonne. A mon tour, je vous souhaite la bienvenue au nom des
membres du comité spécial du Dictionnaire. Vous avez bien
voulu venir à notre appel, quoique nous n'eussions pas imposé de
grosses cotisations, ni promis un meeting monstre : c'est très
méritoire et nous vous en remercions de tout cœur. Nous voulions
une réunion intime, sans embarras, sans dépense, sans charla-
tanisme, dans notre local, qui n'est pas grand, ni princier;
mais puisse-t-il être toujours plein de vrais amis comme aujour-
d'hui !
Puisque l'honneur m'est échu d'ouvrir le feu pour vous parler
de notre cher Dictionnaire, afin de procéder avec ordre, je dois
vous entretenir de l'utilité et de l'opportunité de cette œuvre.
Peut-être pensez-vous intérieurement qu'il n'est guère besoin
d'en démontrer l'utilité. Chacun sent vaguement qu'une pareille
œuvre est utile. Et cependant, dans les campagnes, lorsque,
commis-voyageurs sans marchandises, sans capital et sans
revenus, nous annonçons pudiquement, à mots couverts afin de ne
pas effaroucher, pourquoi nous faisons nos tournées, nous sommes
accueillis soit par de beaux rires qui fendent les visages d'une
oreille à l'autre, soit par quelque lueur discrète du regard aussitôt
réprimée, mais qui signifie : « Toi, mon garçon, tu n'es guère
(') Discours prononcé à la première réunion des correspondants du Dic-
tionnaire wallon, le 9 septembre 1900, inséré au Hulletin du Dict. général de
la langue wattonne, I, i5-2i.
-43-
sérieux. Nous ne te gobons pas. C'est quelque farceur de la ville
qui vient pour se moquer de nous, pour débaucher nos filles.
Ouvrons l'œil, et, en attendant, vendons-leur beaucoup de chopes,
de cigares et d'almanachs ». Que répondrez-vous, chers amis et
collaborateurs, lorsque, a votre tour, vous profiterez de vos
courses et de vos rencontres pour poser des questions ? Il faut
que vous puissiez répondre, et vous justifier, et faire, si possible,
un peu de propagande autour de l'œuvre commune. Il faut que,
vous aussi, vous releviez un peu le wallon aux yeux des campa-
gnards. Or, par quels arguments leur montrerez-vous que c'est
sérieux ?
Il y a, il est vrai, l'argument d'autorité. Dire que des hommes
d'étude, des gens en lunettes qui ont vieilli sur les livres, des
professeurs d'Université comme MM. Aug. Doutrepont et Nicolas
Lequarré, s'occupent des patois et y consacrent leurs veilles,
c'est employer un argument d'autorité, et c'est souvent le seul
possible. La difficulté est de persuader au campagnard que c'est
bien vrai ? Aussi est-il bon d'avoir, dans sa serviette ou dans sa
marmotte, quelques spécimens des derniers travaux exécutés.
A cette annonce de dictionnaire, de plus instruits croiront
avoir trouvé une utilité suffisante pour ne pas vous accueillir par
des rires incrédules : « Un dictionnaire wallon? de tous les patois
wallons? Ah! bien! Charmant! on y découvre de vieux spots de
nos grand'mères qui tombent en désuétude et qui sont cocasses.
Il y en a, Dieu me pardonne, de très décolletés. Et puis, on
s'amusera de voir comment parlent les Wallons des autres pro-
vinces! » On s'amusera, soit! Je ne recule pas devant ce résultat
et je l'inscris en premier.
Nous ne voulons pas nécessairement faire une œuvre funèbre.
On s'amusera dans ce sens qu'on reprendra contact avec la naïveté
savoureuse, avec la grasse et rouge matérialité des patois du
terroir wallon. Mais s'il n'y avait que cette utilité, nos professeurs
en lunettes passeraient la plume aux rédacteurs de fabliaux et de
journaux wallons, qui s'acquitteraient bien mieux qu'eux de la
plaisante besogne. Il y a donc d'autres raisons.
Tous les auteurs wallons, tous les curieux de littérature wal-
lonne reconnaîtront sans peine l'utilité d'un bon dictionnaire,
plus méthodique et plus complet que ceux qui existent. Les litté-
rateurs puisent plus qu'ils ne l'avouent dans les dictionnaires.
Ils sentent que leur connaissance de la langue n'est jamais que
fragmentaire et, amateurs de termes anciens frappés au bon coin,
- 44-
d'expressions pittoresques ou énergiques, ils étudient les recueils.
'IV1 compose su palette de descriptif à l'aide des mots rares
entendus dans les villages ou empruntés au dictionnaire. Celui-ci
s'est fait une copieuse collection de rimes. Ce chansonnier possède
vraiment toutes les ressources de la langue; c'est un vieux Wallon,
un fin Wallon, un pur Wallon. Et l'on vous étonnerait beaucoup
si on vous disait que ce pur se documente dans les lexiques. Il sait
parler son wallon parce qu'il l'apprend. Dites-moi pourquoi les
mots rares que vous admirez dans telle pièce commencent tous
par la même lettre? C'est parce que l'auteur en est arrivé à cette
lettre dans son étude systématique du dictionnaire. Et je ne
songe pas à les en incriminer, je constate. Il me semble tout
naturel qu'on apprenne sans cesse ce que l'on ne sait jamais
qu'imparfaitement; et, à ce point de vue, nous veillerons à ce que
notre dictionnaire soit beaucoup plus complet et plus méthodique,
donc beaucoup plus instructif que tous les autres réunis. Nous
voulons qu'il soit le trésor du wallonisant.
Limité à ce seul but, le travail vaudrait déjà la peine d'être
entrepris sur des bases scientifiques. Il est pourtant une utilité
plus haute, plus lointaine, plus générale. Mais ici la démonstra-
tion devient si complexe que je ne sais par où commencer.
Le discrédit jeté partout sur les patois wallons provient de ce
qu'on les considère comme du français corrompu. C'est le plus
funeste des préjugés que vous ayez à extirper. Le wallon n'est ni
un bâtard, ni un adultérin, ni un avorton, ni un enfant qui a mal
tourné. C'est un fils très sain et très digne de la même mère que
le français. Cette mère commune est la langue latine. Le wallon
est resté dans ses terres en gentilhomme campagnard, tandis que
le français est allé faire le beau à la cour. Là gît tout le secret de
la différence. Le wallon est resté libre, fruste, solide; il n'a pas
acquis les fines manières et les richesses de son frère le parvenu.
Mais il est aussi noble que l'autre. Le latin que vous chantez à
l'église et le patois que vous parlez au cabaret sont une seule et
même langue. Un dictionnaire qui étudie non seulement le présent
des mots, mais leur passé, le démontrera. 11 rendra au wallon
sa dignité aux yeux de ceux qui le méprisent.
11 n'y a point de langues méprisables. Toutes sont parentes, à
des degrés divers. Toutes sont des produits de l'ingéniosité
humaine et reflètent les idées, les sentiments, les croyances des
hommes, dans tel siècle et à telle latitude. L'histoire d'un mot est
bien plus importante que l'histoire d'un grand coup d'épée. Si vous
-45-
savez considérer l'histoire comme l'étude de tout le passé humain,
de toutes les créations humaines, vous serez aussitôt pénétrés de
ce sentiment que les langues sont des philosophies concrètes, que
les mots sont des êtres psychiques, symboles de nos idées vraies
ou fausses. D'où viennent-ils? quelles transformations de son et
de sens ont-ils subies pendant leur longue carrière? quel état
d'esprit, quel degré de civilisation suppose ce proverbe ancien, ce
conte, cette croyance, ce dicton ? Les mots sont des témoins qui
en disent bien plus long que les médailles, les poteries, les fibules,
les lacrimatoires de nos musées.
Mais un mot, une langue ne peut s'étudier isolément. C'est par
la comparaison qu'on réussit à pénétrer le mystère des origines et
des évolutions du langage. Le wallon, frère du français, l'est aussi
de l'italien, de l'espagnol, du portugais, du provençal; il fait
partie du groupe des langues romanes, c'est-à-dire romaines ou
issues du latin. Or l'état ancien d'une langue ne nous est connu
que par les œuvres littéraires, historiques, etc., qui nous restent
de cette langue, et ces œuvres ont elles-mêmes besoin de longues
et patientes explications. L'étude des œuvres, des langues, des
esprits et des mœurs d'autrefois ne peut s'exécuter que par com-
paraison. On complète par des langues voisines des séries de
phénomènes qui manquent. Ainsi on demande à un patois d'ex-
pliquer tel mot de la langue de Rabelais que le français n'a pas
conserve. Un humble terme wallon peut éclairer les origines de
vocables et partant d'usages ou d'idées de provenance obscure en
terre française ou dans d'autres pays romans. Celui qui éclaircira
les origines du mot houye, hoye (houille), fournira, en faisant de
l'etymologie, les linéaments d'un chapitre d'histoire économique.
Montrer que crompîre a une origine flamande, n'est-ce pas infir-
mer la croyance traditionnelle que la parnientière serait venue de
France dans nos provinces de l'Est? L'existence de Bazin et de
Baligand dans nos dialectes ne témoigne-t-elle pas de la popularité
de certaines chansons de gestes? Où peut-on trouver des preuves
de l'occupation franque dans le Sud et doser en quelque sorte
le bilinguisme des provinces wallonnes, sinon dans l'étude des
villas et des cimetières francs d'une part, et, d'autre part et
surtout, dans l'étude des noms de lieux qui nous restent de cette
époque ?
Faire de l'etymologie wallonne, c'est donc tour à tour faire de
l'histoire politique, de la toponymie, de l'histoire économique,
littéraire, artistique, de la philosophie; c'est travailler pour
-46-
autres langues, romanes et même germaniques ; c'est travailler
pour la philologie classique, dont les phénomènes phonétiques se
comprennent bien mieux à la lumière des phénomènes observés
dans nos humbles patois C'est travailler pour le français, notre
éminent frère. En voulez-vous un exemple saillant? Voici un mot,
le mot orvet, que le savant dictionnaire de Hatzfeld-Darmesteter-
Thomas présente « comme de même famille que le provençal
aneduelh ». Les auteurs ont beau invoquer les variantes arguei
et anioei, le berrichon aneuil ; ils ont beau insinuer ensuite que
orvet semble une forme influencée par l'ancien français orb
(aveugle) : la conviction ne se fait pas en moi. Or un jour l'étude
du patois de Tintigny-Rossignol (sud du Luxembourg) me fournit
lourvége = orvet. Notre correspondant de Prouvy, M. Roger,
note dans son travail que le nom de l'orvet est lôrvér ou ôrvér.
Ôrvér, c'est un peu plus proche de orvet que le provençal
aneduelh ! Ne me faites pas dire que le mot français vient de
Prouvy, je veux simplement montrer que c'est le même mot
de part et d'autre. Un ver se dit vége à Tintigny et vér à Prouvy.
La coexistence des formes vége-lourvége, vér-lôrvér me pousse
à conclure que j'ai affaire à un mot composé dont la dernière
partie signifie ver. Mais que signifie la première ? L'orvet n'ayant
rien de lourd, bien au contraire, il fait conclure que la forme
intégrale est ôrvér, que / est un article agglutiné par méprise au
substantif. Il ne reste donc plus qu'à expliquer ôr-, qui s'expli-
quera comme dans orpiment, orfèvre, par le génitif auri. L'orvet
est donc, par étymologie comme dans la nature, un ver d'or.
Les formes provençales citées semblent au contraire être des
dérivés de anguis. Quant au français orvet, on saura quelque
chose de précis sur son lieu de provenance quand on aura trouvé
dans quelle province l'r du latin verme(m) s'amuït. Il suffirait de
chercher dans la Faune populaire de Rolland.
Mais c'est trop peu dire que d'affirmer l'utilité de l'étude du
wallon au point de vue des langues romanes : la position du
wallon à la frontière germanique, la longue trituration qu'il a
subie par suite de la colonisation franque et dans sa phonétique
et dans son lexique, font de lui un champ d'expériences indispen-
sable au français et doublent son importance dans le concert des
langues romanes
Laisserons-nous les étrangers, Allemands et Français, intro-
duire à l'envi dans leurs revues de philologie et dans leurs uni-
versités l'étude de ce précieux dialecte, et ne ferons-nous rien
-47-
pour assurer dans la mémoire des hommes la permanence d'un
idiome qui menace de s'éteindre? Il est grand temps de nous
mettre à l'œuvre. Le commerce, les journaux, l'école primaire
font aux patois une guerre inconsciente et d'autant plus sûre.
Il faut se hâter de recueillir, loin des centres, dans les villages
écartés, à l'abri des chemins de fer et des grand'routes, les restes
d'un langage qui n'est plus destiné, vraisemblablement, à vivre
des siècles. C'est pourquoi nous y travaillons, depuis nombre
d'années déjà, et c'esl pourquoi nous vous convions à y travailler
avec nous.
VII.
Instructions à nos correspondants du Dictionnaire wallon (').
« J'aime le wallon ; la saveur de nos dialectes me grise ; je seus
combien le wallon est riche, et j'ai souvent songea en recueillir
les dictons caractéristiques et les mots les plus curieux: mais à
quoi bon? Ce que je recueillerais serait une goutte d'eau de la
mer.
— Donnez-nous-la quand même, votre goutte d'eau. Elle sera
reçue avec recon naissance. Devenez donc correspondant du
Dictionnaire wallon. »
Protestations d'amour pour notre vieux langage, exhortations à
nous aider dans l'œuvre (pie nous avons entreprise, tel est le schéma
d'un dialogue que nous avons provoqué cent fois. « Mais à quoi
s'engage-t-on ? », dit alors la personne interviewée, « et comment
faut-il s'y prendre ? — Et quel est le traitement ? », ajoutent mali-
gnement les sceptiques. C'est pour répondre à ces questions bien
naturelles que nous reprenons la parole.
La commission du Dictionnaire ne demande à ses correspon-
dants ni connaissances spéciales, ni engagements à long terme, ni
promesses formelles, ni devoirs ardus. Votre nom que nous
inscrivons, signifie que vous vous intéressez à notre œuvre et que
vous seriez disposé, le cas échéant, à nous aider de vos renseigne-
ments. Il y aura, évidemment, plusieurs catégories de correspon-
C1) Préface composée pour le premier n° du Bulletin du Dictionnaire
général de la langue wallonne paru en janvier 1906. Ce bulletin, rédigé
par MM. Doutrepont. Feller et Haust, depuis 190G. a pour but de tenir
les rédacteurs du Dictionnaire wallon en rapport constant avec leurs corres-
pondants, de faire peu à peu l'éducation linguistique du public wallon, de
procurer aux philologues étrangers des matériaux d'étude plus sûrs que
ceux des dictionnaires wallons existants.
- 48 -
dants. Les nus ne comptent pas l'aire acte d'initiative, mais se
déclarent prêts à nous fournir des renseignements quand nous
leur en demanderons. D'autres, sans doute en grand nombre, ont
assez de zèle, de goût et de loisir pour nous donner une collabo-
ration spontanée, active et suivie. Entre ces deux espèces, tous les
intermédiaires sont possibles. Donc vous êtes des nôtres du
moment que vous avez le désir de coopérer à une oeuvre dont vous
reconnaissez l'importance et pour laquelle nous affirmons (pie
vous pouvez nous être utiles.
Surtout qu'on ne laisse pas de se déclarer par crainte d'être
insuffisant à la tâcbe. Qu'on ne s'imagine pas que nous tenons à
la lettre moulée, au papier glacé, à une orthographe impeccable.
Nous n'organisons ni un concours d'écriture, ni un concours de
dictées. Nous ne demandons à personne de danser sur une corde
tendue entre deux précipices. Nous cherchons simplement des
hommes de bonne volonté. Nous insistons sur ces points parce
que nous savons qu'il faut dissiper la défiance et secouer la torpeur
des Wallons de nos campagnes. Pour eux, souvent, par suite de
préjugés, écrire une lettre est une terrible affaire, que l'on ajourne
volontiers aux calendes grecques. Par crainte de mal faire, ou de
mal dire, ou de mal écrire, on diffère toujours. Nous avons
connu des paysans qui faisaient six lieues à pied et dépensaient
une journée pour une commission qui ne demandait qu'une
carte-correspondance. Nous voudrions secouer cette inertie et
inspirer une confiance telle que jamais il n'y eût ni répugnance
ni hésitation à saisir une plume ou un crayon pour correspondre
avec nous.
Tel est instituteur. Il pourrait nous fournir une aide précieuse,
car il a eu l'occasion de comparer le patois de son village natal
avec celui du village où il exerce ses fonctions. Mais il n'ose
prendre sur lui de nous adresser des renseignements. Il craint
d'être critiqué ; il s'imagine que nous allons éplucher son ortho-
graphe wallonne, incriminer ses définitions, ses explications.
Donc il s'abstient. Et c'est pourquoi nous ne saurions trop insister
auprès de lui. Erreur, erreur ! lui crions-nous. Nous ne songeons
pas à chercher les puces dans la crinière du lion. Nous nous
moquons de tous les excès de purisme. Nous avons l'habitude de
correspondre avec des ouvriers plus habiles à manier la faux ou
la pioche que la règle et la plume, et nous avons toujours re<:u
avec le plus vif intérêt leurs communications.
- 49-
Siuons étions étrangers aux infinies variétés du dialecte wal-
lon, nous serions forcés de pratiquer la prudence, Nos instructions
seraient d'autant plus défiantes que nous nous défierions davan-
tage de nos propres connaissances. Mais, par bonheur, nous
n'avons pas besoin d'user de tant de précautions. Chacun de nous
sait d'enfance plusieurs dialectes wallons. Par l'étude, par des
voyages répétés, nous avons acquis l'expérience des autres dia-
lectes. Nous ne savons pas tout, parce qu'on ne peut, en voyage,
interroger sur quelque trente mille mots dans chaque commune,
— et c'est justement pourquoi nous faisons appel au dévouement
de collaborateurs ; — mais nous sommes assez familiers avec le
monde wallon, nous en avons assez pétri la pâte pour avoir le
droit de compter un peu sur nous et exiger d'autant moins de nos
correspondants. Le contrôle des matériaux rassemblés s'exer-
cera souvent par comparaison d'une façon presque mécanique, et,
en cas de doute, nous écrirons à nos correspondants pour leur
soumettre la difficulté, ou nous irons vérifier sur place.
Nos collaborateurs amont, pour continuer nos enquêtes, des
facilités que nous ne pouvons avoir. Pour opérer cette analyse
du patois local avec l'ampleur désirable, ils ont devant eux les
jours et les soirs, et les mois, et même les années, — car notre
œuvre ne se fera pas en un an ! Ils sont sur les lieux, mêlés à la
population, qui ne se gêne pas devant eux pour filer la conversa-
tion au naturel, en reparties mordantes, en termes bien frappés,
tout vifs et tout crus. Eux, ils inspirent confiance. On leur débi-
tera des contes, des fantaisies, des rîmes, des spots qu'on nous
cacherait soigneusement. Xous, messieurs de la ville, dont le
peuple des campagnes se fait parfois une si fausse idée, nous ne
pouvons guère atteindre le peuple à la soirée, au jeu, à la danse.
On se contraint devant nous ; on veut être conforme, hélas ! à ce
monde sans traditions et sans poésie que nous coudoyons. Pour
entrer dans les bonnes grâces du campagnard, il nous faut des
ruses, des patelinages qui demandent des préparations savante-.
et du temps ! Nos correspondants sont débarrassés de tous ces
ambages. On verra, eux, qu'ils ne se moquent pas. Une fois qu'ils
auront expliqué le but, on ira au devant de leur désir. Nous
savons des endroits où le wallon, jusque-là méprisé comme un
infâme patois, est maintenant un sujet de conversations et de
remarques incessantes, depuis qu'il y a là un homme du pays
affilié à la puissante société de Liège et qui fait au vieux jargon
4
- 5o -
l'honneur de le coucher par écrit dans son calepin po fé on live,
po fé on dicsioncre !
Mais supposons le principe admis. Qui donc sera qualifié pour
prendre cette initiative ? Et où, et quand sera-t-il le plus commode
de faire ces enquêtes ? Comment s'y prendre ? Sous quelle forme
en livrer les résultats ? Répondons à chacune de ces questions.
D'abord notre appel s'adresse à quiconque est capable de
prendre une note. Un artisan qui connaît bien les termes de son
métier pourrait nous être un auxiliaire précieux rien qu'en nous
signalant ces termes. Un agriculteur nous rendrait service en
inscrivant, au hasard de ses idées et de ses loisirs, la langue de la
vie agricole dans son canton. Que les instituteurs surtout ne
croient pas que leur dignité ou leur apostolat les force à mépriser
le langage de leur mère et de leur enfance. Plus que les autres,
ils sont à même d'observer les phénomènes linguistiques (1). S'ils
sont originaires d'une autre commune, ils ont eu l'occasion de
remarquer des différences, qui nous seraient précieuses, dans
l'emploi des termes, dans la signification, dans la prononciation.
Enfin le culte, la magistrature, les fonctions municipales laissent
certainement des loisirs qu'on pourrait employer plus mal ou
d'une manière moins attrayante qu'à l'étude des moeurs, des cou-
tumes, du langage. Nous ne voulons point, d'ailleurs, répétons-le,
que l'acceptation des fonctions de correspondant du Dictionnaire
wallon soit jamais pour quelqu'un une fatigue ou une obsession.
Que faut-il recueillir de préférence? Quel choix faut-il faire
dans la masse énorme des phénomènes d'un idiome local ? Nous
prions nos correspondants de noter avant tout les mots rares, ces
vieux mots qu'on ne recueille plus guère que sur les lèvres des
vieillards, les termes de métiers, les proverbes et façons de parler
caractéristiques. Les mots de la langue courante peuvent venir
après, en rangs plus serrés, sans longue explication. Us se ren-
contreront d'ailleurs enchâssés dans les exemples. Il va de soi que
des notes de grammaire et de prononciation seront bien accueil-
lies, en attendant que nous publions un questionnaire phoné-
tique auquel il suffira de répondre mot par mot. Au reste, si
quelque chose nous paraît obscur ou douteux dans les envois de
(') Quelques-uns nous ont procuré des contributions de haute valeur.
Ainsi M. A. Servais, instituteur à Salm-Château, a recueilli d'après nos
conseils des listes de mots usités à Cherain et dans la région environnante.
Il s'est servi pour ce travail du Vocabulaire de Slavelol de M. Haust. — M.
Rfaury, de Chitiy, instituteur à l'Ecole moyenne de Verviers, se servant du
Lexique gaumais de M. Liégeois, nous a fourni des milliers «le notes.
— 5i —
nos correspondants, il nous sera toujours loisible de leur deman-
der un supplément d'explication.
Le langage étant une marchandise que tout le monde a toujours
sous la langue, tous les instants sont propices à l'observation.
Au cabaret, en chemin de fer, au marché, à l'école, à la prome-
nade, à la veillée pendant les longues soirées d'hiver, aux champs
lors des grandes opérations de l'année agricole, le chasseur de
mots trouve son gibier. Il suffit de la présence d'un meunier dans
un café pour qu'on cause grains et farines, d'un tanneur pour
qu'on discute cuirs et peaux. Là tous les métiers défilent, et tous
les vocabulaires. Quelle moisson ferait, dans ce milieu propice,
un observateur de bonne volonté, armé d'un calepin et d'un
crayon. On le plaisanterait bien un peu, au début ; mais bientôt
on s'habituerait à cette «manie» et on viendrait spontanément
lui offrir des mots rares et des spots du vieux temps. Voici un
autre cas possible : dans un moment d'enthousiasme on a fondé
une société, sous prétexte de chant, d'excursions, de causeries,
d'enseignement mutuel. Mais on se fatigue de la chanson, tou-
jours la même, du baryton attitré. On a tôt fait de décocher au
plus inoffensif les railleries coutumières. Dès lors, ne sachant
comment s'amuser, la société ne bat que d'une aile. Les membres
s'amènent tard ou pas du tout. Je lui propose pour ces moments
d'accalmie un plaisir précieux. Qu'un des membres, affilié à notre
œuvre, apporte un dictionnaire wallon, ou mieux, quelques
feuilles de notre questionnaire. Aussitôt vous verrez les réponses
s'entrecroiser, réponses diverses, multiples, contradictoires peut-
être. Et que de souvenirs évoqués ! que de discussions intéres-
santes ! Quelles richesses à recueillir pour un de nos correspon-
dants décidé à extraire la quintessence des conversations qu'il
entendrait ! (')
Ce qui précède implique l'idée que nos collaborateurs ne se
contenteront pas de noter les choses qu'ils savent, mais aussi des
choses qu'ils entendront autour d'eux ou qu'ils demanderont à
l'occasion. En ceci encore, tous les degrés sont possibles et admis-
sibles. Nos affiliés apprendront bientôt à susciter les occasions,
et, pour peu qu'ils persévèrent dans leurs recherches, ils devien-
(!) C'est dans une réunion de société, à Hotton, que la version hoton-
nienne de la Parabole de V Enfant prodigue a été rédigée par une bande de
joyeux lurons ; et elle n'en est pas plus mauvaise, au contraire.
— 52 -
dront de vrais centres linguistiques : les amis, acceptant cette
spécialité, leur réserveront des trouvailles.
La méthode la plus naturelle d'interrogation est de procéder
par association d'idées. On choisit un sujet, en raison de l'endroit
et, de la qualité des auditeurs. Ceux qui connaissent le Diction-
naire un illogique de Boissière comprendront à l'instant. Suivant
les groupes, les âges, les métiers, les saisons, les préoccupations
du moment, on parle amour et mariage, chasse et pèche, eaux
et forêts, culture, essartage, sorcières, remèdes et botanique
populaires. Tantôt on dirige la causerie, tantôt on la laisse flotter à
la dérive. Nous annexons à ces remarques cinq ou six feuilles de
questionnaires à titre de spécimen. Nous en rédigerons d'autres
si celles-ci produisent de bons résultats. Nos correspondants vou-
dront bien, espérons-le, nous dire leur avis sur ce point comme
sur maint autre.
Une fois en possession d'une récolte, le correspondant peut
l'envoyer à l'un de nous telle qu'elle est, en cahier, en farde,
notes isolées, notes réunies et enchevêtrées. Il ne faut pas qu'une
question accessoire de mise en ordre ou de mise au net nous
prive longtemps de notes précieuses, ou que l'ennui de recopier
retarde un correspondant dont les loisirs sont comptés. Toute-
fois, pour le cas où il tiendrait à faire la besogne aussi délicate-
ment que possible et à nous livrer des notes immédiatement
utilisables, nous lui dirons qu'il y a un système préférable à tout
autre. Il est mieux d'écrire les renseignements relatifs à chaque
mot du dictionnaire sur une feuille séparée. La grandeur de
cette feuille est la moitié du format cahier d'écolier, ou mieux
encore le format de la carte postale (1). On appelle ces paginettes
des fiches. Sur chaque fiche donc, on peut coucher le mot en
guise de titre, le nom du village où il est recueilli, un ou
plusieurs sens de ce mot, une ou plusieurs phrases servant d'exem-
ples, puis s'il y a lieu, des observations ou explications, voire
aussi des questions de toute espèce. Le travail sur fiches ainsi
fait pourra être immédiatement distribué par nous entre tous les
mots du dictionnaire, chaque fiche allant se placer à côté de vingt
ou trente autres consacrées au même sujet.
Quant à l'orthographe des mots wallons, ceux qui voudront
bien nous donner leur nom recevront une brochure explicative.
(') Nous en enverrons aux correspondants qui eu désireraient et qui
seraient à même de nous faire des communications d'une certaine impor-
tance.
— 53 -
Pour toute recommandation actuelle, nous leur dirons qu'il suffit
de bien distinguer dans la notation ch et tch, j et fy, les voyelles
ouvertes ou fermées, in et an, wé, wè et wa, les graphies fran-
çaises en et ni étant proscrites comme équivoques.
Ce travail que nous demandons à nos collaborateurs, nous
n'avons pas du tout l'intention de nous l'approprier. Quiconque
nous enverra des notes sera inscrit, comme ayant participé à
l'œuvre, dans le rapport annuel de la commission du Dictionnaire
et l'on dira dans quelle mesure. De plus, chaque fascicule du
Dictionnaire contiendra la liste de ceux qui auront apporté leur
contribution. Au reste, nous nous empresserons de répondre à
l'envoi de communications par l'envoi de brochures, qui serviront
d'accusé de réception d'abord, qui auront en outre l'avantage de
tenir nos membres éloignés en rapport avec le comité directeur.
De la sorte, les correspondants qui ne jugeront pas à propos de
devenir membres effectifs de la Société pour recevoir toutes les
publications annuelles, auront néanmoins des attaches intellec-
tuelles avec nous. Nous ne pouvons pas leur offrir de rémunéra-
tion pécuniaire, le travail que nous entreprenons n'étant pas du
tout une entreprise commerciale de librairie, mais une œuvre
nationale, toute de dévouement et de science, sans aucun esprit
de lucre.
VI11.
Rapport sur le Dictionnaire -wallon (]).
Le comité directeur du présent Congrès a pensé qu'il y avait
lieu de s'occuper aussi, aux assises de Liège, de l'archéologie du
langage, et il a désiré voir publier un rapport sur l'élaboration
du Dictionnaire wallon annoncé depuis plusieurs années. Une
explication serait assez opportune, en effet, car le public com-
mence à accuser le comité chargé de publier ce dictionnaire.
Parmi les personnes qui veulent bien s'intéresser à cette œuvre,
il en est qui s'imaginent que la Société liégeoise de Littérature
wallonne compose ce travail depuis cinquante ans. qu'elle le
détient, tout fait, en portefeuille, et qu'il ne s'agit que de l'im-
primer. D'autres ne comprennent pas qu'il faille tant de temps
(') Présenté au Congrès de la Fédération archéol. et hist. de Belgique tenu
à Liège en 1909. Inséré dans les Annales du XXL Congres de la Fédération,
t. II, p. 176-199.
-54-
pour composer un ouvrage sur une matière dont nous avons tous
les éléments en nous, les mots! Même il ne s'agit à leurs yeux
que de compléter un dictionnaire existant. Ils nous demandent
donc, avec une candeur qui nous effraie, à quelle lettre nous en
sommes. Jugez du scandale lorsque nous répondons : « à la
lettre A ! »
— « Alors, c'est comme à l'Académie française ! » nous objecte
aussitôt le questionneur.
— (.( C'est bien pis ! » répliquons-nous avant d'entamer des
explications sur notre « paresse ». Mieux au courant des diffi-
cultés de l'affaire, philologues et historiens voudraient, eux aussi,
savoir ce qu'on a produit jusqu'ici, ce qui reste à exécuter, et
comment nous procédons, et comment s'opérera la publication.
Le présent rapport a donc pour but de prévenir les désirs des
uns et des autres en exposant l'histoire et la préparation du long-
travail entrepris.
Ou a dit maintes fois que la constitution d'un dictionnaire
wallon fut un des objectifs de la Société liégeoise de Littérature
wallonne à ses débuts. Cette affirmation peut s'interpréter de
diverses manières. Le public l'a prise dans son extension la plus
large, sans distinguer entre dictionnaire liégeois et dictionnaire
wallon, entre recueillir des matériaux et mettre une oeuvre sur
pied. Comme cette affirmation, aujourd'hui, commence à se re-
tourner contre nous, il importe d'en mesurer l'envergure.
La Société, prise en bloc, ne songeait au début qu'à la culture
du liégeois. Dans son esprit, le nom de Dictionnaire wallon,
qui peut recouvrir bien des programmes divers, n'avait guère
alors l'étendue de sens actuelle. L'article V des statuts, de 1857
à 1898, reste libellé comme ceci : « La Société réunit les maté-
riaux du dictionnaire et de la grammaire du wallon liégeois ».
Voilà ce que dit l'officiel, ce que l'on crut sagace d'acter, ce que
la majorité vota, non pas, je suppose, sous l'impulsion des plus
timides, mais à la voix de ses philologues réputés.
Qu'un projet plus étendu existât dans les désirs de deux ou
trois membres, il n'est guère permis d'en douter. C'est pourquoi,
en regard du texte officiel, on voudrait savoir quelles étaient les
visées de Charles Grandgagnage et de l'élite en ce même temps.
On peut le conjecturer par les préfaces du Dictionnaire étymo-
logique et par les rapports ou discours qu'il fit à la Société
même.
— 55 -
La première partie du Dictionnaire étymologique, qui l'ut
imprimée d'octobre 1845 à 1847, c'est-à-dire dix ans avant la
naissance de la Société, ne contient pas de préface explicative;
mais, dans l'avertissement de la seconde partie (i85o), l'auteur
nous apprend que la première avait été précédée d'un prospectus
dont il rappelle un passage important : « Nous ne voulions faire
autre chose en commençant qu'un glossaire, c'est-à-dire un recueil
des mots que nous jugions les plus remarquables, en nous bornant
à peu près, quant à leur explication, à la recherche des corres-
pondants; cela, par la double raison que nous avions un autre
ouvrage sur le métier, et que, nos études n'ayant point été
dirigées de ce côté, nous ne citions pas pouvoir entreprendre
davantage ». C'est en préparant la rédaction définitive de sa
première livraison que G-raudgagnage sentit « que, pour être
vraiment utile, il fallait embrasser le cercle tout entier : chose
longue et difficile ! Tout, en effet, était à créer : recueillir tous
les mots des différents dialectes et des différents âges, s'assurer
les formes, de la vraie signification (ce qui est bien plus malaisé
qu'on ne le croirait), établir une orthographe conséquente sans
qu'elle blessât ni l'étymologie, ni l'œil, comparer les mots d'abord
entre eux, puis avec ceux des autres langues et idiomes romans,
enfin rechercher l'étymologie dans plusieurs langues différentes
éparses dans une quantité de livres. Le pis est que, le fond même
étant pour ainsi dire inépuisable, les matériaux continuaient
à arriver pendant que le travail d'élaboration s'opérait, de sorte
que l'édifice croulait souvent avant d'être achevé ». On ne saurait
mieux décrire à la fois le programme intégral de ce qu'il y avait à
faire, et l'impossibilité de réaliser ce programme sans une longue
et patiente et minutieuse enquête préalable. Ce passage nous
éclaire pleinement sur le but que Grandgagnage assignait à ses
efforts. Il l'a poursuivi à travers la maladie, les afflictions et
l'indifférence presque totale de son entourage.
A la Société même, quelques années plus tard (discours du
i5 janvier i858), il semble que Grandgagnage ajoutait au but
purement philologique affirmé jadis un second but plus pratique.
11 parle de « constituer la langue wallonne » en faisant dans un
dictionnaire l'inventaire de ses richesses ». Ici l'expression de
langue wallonne reste indéterminée par rapport à son étendue ;
mais cette idée de constituer une langue par un dictionnaire attri-
bue au dictionnaire une action éducatrice et unifiante qui ne cadre
guère avec le but scientifique d'une étude des patois.
— 56 -
Un autre sociétaire, Adolphe Picard, en 1859 (*), dans une
séance rnérale devant le public liégeois rassemblé, développait
un programme plus étendu que celui de l'article V. Toutefois il
n'osait parler que de matériaux : « N'est-il pas intéressant de
recueillir le vocabulaire de tous les mots qui ont eu cours parmi
nous?.... Sans doute ce ne sont là que les matériaux d'un travail
plus sérieux, mais ces matériaux ne sont-ils pas indispensables
aux savants laborieux qui recherchent, dans l'origine et la forma-
tion des langues, une des phases les plus intéressantes de
l'histoire? Les linguistes les plus distingués de tous les pays
n'ont eu garde de dédaigner ces ressources et les Burguy, les
Diez, les Diefenbach, les Genin, les Chevallet, etc., ont consacré
la meilleure partie peut-être de leurs travaux aux divers patois
de la langue d'oïl. Ce sont des recherches de ce genre qui ont
valu à notre honorable président [Grandgagnage] une légitime
notoriété (p. 21). Le but de la Société est donc bien caractérisé :
elle veut encourager les études sérieuses, elle veut contribuer
pour une part, si faible qu'elle soit, aux travaux de la philologie
française. » (p. 24).
Non, le but n'était pas très bien caractérisé quant à l'étendue
de pays qu'on allait explorer, mais il l'était par rapport à l'esprit
qui animait les directeurs de la Société, et il dépassait visible-
ment la conception d'un dictionnaire liégeois. Tel n'était pas
l'idéal de tous les membres, sans doute ; cet idéal de l'élite
restait lui-même assez flottant, un peu trop platonique. On compte
sur les concours beaucoup plus que sur l'effort personnel pour
le réaliser. Au reste, dans la conception même des philologues de
la Société, il y avait de singuliers compromis ou de singulières
lacunes. Ainsi le même discours d'Adolphe Picard (p. 26) annon-
çait que la Société avait résolu de publier dans son Bulletin
une série de glossaires technologiques. Pour justifier cette inno-
vation, l'orateur explique que le but est d'apprendre aux ouvriers
les termes français de leur métier et de leur faciliter la lecture
des livres français qui leur dévoileront les secrets de leur art.
Initier l'artisan à la lecture des Manuels Roret ! J'avoue que
nous avons une idée fort différente de l'utilité des glossaires
technologiques. Mais peut-être est-ce un argument de circon-
stance, afin de populariser ces glossaires ? Nullement. Pour se
1'1 1 Discours prononcé à la séance de la distribution des prix aux lauréats
du Concours, le 24 juin iS5<). Cf. Bulletin de la Soc. liégeoise de Litt. wall.,
3e année (18G0J. pp. 21-2(5.
- 57 -
détromper, il suffit de se reporter à la parole d'un homme compé-
tent, J.-L. Micheels. Dans un rapport adressé à la Société
même ('), où il n'y avait aucun besoin de venir humaniser Pavai)
tage de ces glossaires, Micheels insistait sur les mêmes raisons :
« Sur la proposition de M. A. Leroy, vous avez décidé la rédac-
tion de glossaires technologiques.... Ces travaux seront d'une
grande utilité, tant au point de vue du propriétaire ou de l'in-
dustriel qu'à celui des ouvriers; les uns et les autres y trouveront
L'équivalent du terme wallon ou français qui portera dans
l'ordre c'est-à-dire : dans les commmandes], la convention ou le
bordereau, la clarté qui est indispensable dans les relations
d'affaires >> (*).
Ll serait puéril de louer ou de blâmer les sociétaires d'alors de
limiter ainsi leur programme. La plupart furent franchement lié-
geois, ils n'eurent point de lointaines visées; c'est tout ce qu'il faut
noter. Ce n'est que progressivement qu'ils s'élevèrent à la concep-
tion d'un but scientifique et qu'ils étendirent leur champ d'inves-
tigation. Particularisme fâcheux, si on se place au point de vue
de l'exploitation des dialectes wallons, parce qu'il y avait peut-
être dans les parlers de 1860 des richesses qui ont disparu
depuis; mais, en revanche, ni en surface, ni en profondeur, on
n'aurait pu conduire alors une enquête systématique. On aurait
exploité la surface comme les anciens propriétaires des mines du
pays de Franchimont. L'analyse des phénomènes du langage a
pris de nos jours une précision qui eût semblé minutie à nos
devanciers. Fait alors, le dictionnaire aurait été, j'imagine, un
Forir précédé ou plutôt suivi article par article d'un Grandga-
gnage. La Société aurait pu patronner et fusionner ces deux
oeuvres? Mais elles avaient été conçues avant son existence el
en dehors d'elle. Et pourquoi, d'autre part, aurait-elle assumé
une tâche identique, puisque deux de ses hommes, poursuivant
leur ouvrage, composaient l'un la partie philologique, l'autre la
partie pratique du « dictionnaire wallon », tel qu'on pouvait le
concevoir? Pour oser entreprendre un plus ample travail, les
esprits n'étaient pas mûrs, ni la science. C'est pourquoi, jus-
qu'en 1898, l'article V des statuts ne prévoit qu'un dictionnaire
C1) Séance du i5 janvier i859, Bulletin, t. IV. 1" livraison, p. 2;.
(») Quelle illusion! Les patrons, toujours pratiques, prêtèrent s adresser
a un wallonisant que de consulter nos glossaires. J'ai ete appelé ainsi a
donner par correspondance maintes consultations, une lois par exemple
sur le mot ahèsse. dont le sens était contesté dans un testament.
- 58 —
liégeois. Le sentiment de la nécessité philologique n'entrait pas
en ligne de compte. On songeait plutôt pratiquement à constituer
la langue, à faire du liégeois une v,owî; que les autres cantons
adopteraient peu à peu, à faire des auteurs liégeois les four-
nisseurs de toute la Wallonie. On rêvait de ressusciter la fortune
du dialecte attique et du dialecte de l'Ile de France, sans songer
à la différence des temps.
Quoi qu'il en soit de ces différences notables de conception, on
doit ajouter que jamais la Société ne se montra exclusive. Elle
accueillit et, probablement, elle provoqua les essais littéraires
et philologiques dans tous les dialectes. Le travail d'analyse
nécessaire à la création du dictionnaire général commença donc
assez tôt à s'opérer. Notons-en les étapes principales.
La première édition du Dictionnaire des Spots de J. Dejardin
paraît au tome IV du Bulletin (t86i), avec un savant rapport de
M. J. Stecher. (''est un essai de dictionnaire partiel, dont l'auteur
ne se limitait pas du tout au liégeois.
Le premier glossaire est celui des termes archaïques donné en
annexe à l'histoire du Métier des tanneurs, par M. St. Bormans
(t. V, 1862).
En i863, paraissait chez Renard la Grammaire liégeoise de
L. Mficheels], membre de la Société.
Le premier glossaire technologique du wallon moderne est le
Vocabulaire des houilleurs liégeois, le second est celui des
drapiers, dus également à M. St. Bormans, (t. VI, i863, et IX,
1867).
Le premier travail de linguistique comparative est le recueil
des Versions wallonnes de la Parabole de l'enfant prodigue
(t. VII, 1870).
Au tome VI (1864), Charles Grandgagnage continuait ses
études dialectales par ses extraits annotés du dictionnaire mal-
médien de Villers. Au tome VIII (1866), commence la série des
vocabulaires d'Albin Body, esprit curieux et encyclopédique, qui
exploita surtout les parîers de l'Ardenne liégeoise.
En 1868, t. X, paraît le premier essai d'orthographe, par
J. Delbœuf, appliqué à la transcription d'une pièce de théâtre,
li Mâïe neur d'à Cola. Ce système ingénieux aux graphies trop
archaïques ne fut d'ailleurs pas suivi.
M. I. Dory étudie les wallonismes en 1878, t. XV. Il est
également le premier qui compose des articles d'étymologie
(1878, t. XI), suivi bientôt par M. G. Jorissenne (1879, *• XVII).
- 59-
L'examen critique des dictionnaires wallons existants fut
entrepris par le président J. Dejardin (1886, t. XXII). Cette
œuvre touche de trop près à notre but pour ne pas nous arrêter
un instant. Constater les parties faibles de ce qui existe est une
préparation et un excitant à de meilleurs travaux : l'examen de
Dejardin avait donc le droit d'être sévère, pourvu qu'il lût
suggestif. Il ne fut ni sévère, ni suggestif, ni critique. L'essai de
Dejardin ne donne guère autre chose que les titres des diction-
naires, deux ou trois mots de biographie, des extraits de chaque
préface pour montrer le but de l'auteur, puis une partie critique
souvent très faible; enfin, à titre d'exemple, l'article herna de
chaque ouvrage. Il ne dit pas ce qui a manqué à chaque lexico-
graphe pour- faire autre chose qu'une œuvre d'amateur ou de
fantaisie. [1 ne s'occupe qu'incidemment de l'orthographe de ces
auteurs, chose pourtant de première importance, et même, à
l'article Hubert, il dit n'avoir pas « mission » de s'occuper de
l'orthographe! On voit, par les « conclusions » (p. 357), combien la
pensée de Dejardin était loin de la philologie romane : les diction-
naires y sont considérés par lui comme « devant servir aux
Liégeois pour rendre exactement en français les mots wallons
qu'ils emploient ».
La première étude de morphologie est le Tableau de la conju-
gaison dans le wallon liégeois, par M. Georges Doutrepont
(t. XXXII, 1902), œuvre d'un romanisant couronnée au Concours.
Une question de délimitation linguistique : « le gaum[ais] (l)
est-il du wallon? » est examinée pour la première fois en 1896,
dans un rapport du soussigné sur le Lexique du patois gaumais
de M. Edouard Liégeois. L'esprit avait changé : à la demande
de l'assemblée et surtout de son président, M. X. Lequarré, une
partie de ce rapport fut développée en un mémoire qui exposait
comparativement la phonétique du gaumais et celle du wallon
et où l'on essayait de tracer la limite entre wallon et lorrain
du côté du Sud (t. XXXVII, p. i85). C'était le commence-
ment de l'analyse phonétique des dialectes en vue du dictionnaire,
comme le travail de M. Liégeois était le premier lexique régional,
abstraction faite des extraits de Villers.
(') J'ai écrit jadis gaumet à l'imitation «le M. Liégeois, qui se basait sur
le féminin gaumète. Mais aucun nom ethnique ne se termine par cl.
L'ensemble des villages gaumais s'appelle gaumachie. Je croîs donc que
gaumais doit suivre l'analogie de hamais-havnacher, marais-maraîcher,
anglais, etc.
— 6o
Au reste, le dictionnaire, non plus partiel et liégeois, mais
général désormais, entrait dans les préoccupations de l'assemblée.
« 11 convient, dit le même rapport sur le lexique gaumais
(t. XXXVII, p. 186), de laisser un sens assez élastique à ce mot
de dialectes wallons pour n'exclure aucun des villages romans
de la Belgique ». Celui qui dissertait alors sur le patois gaumais
était bien décidé à faire triompher le projet d'un dictionnaire
général contre ceux qui bornaient le but de la Société à rapetasser
l'œuvre de Forir. D'ailleurs, il n'avait été nommé membre de la
Société (mars 1895) que parce qu'il composait, de son côté, un
dictionnaire wallon. Il sentait bien, grâce à ce qu'il savait des
dialectes du Luxembourg, qu'il fallait asseoir les recherches
étymologiques sur des bases plus larges que ne l'avait fait Grand-
gagnage. Mais, pour composer un dictionnaire, il faut une ortho-
graphe. Le nouveau venu agita dès les premiers mois cette grave
question. L'appel demeura sans écho, et le manuscrit lu en
séance resta pour compte à l'auteur. Tout ce qu'il obtint fut de
faire ranger la question dans le programme des Concours.
L'expérience était acquise que, pour faire fleurir la philologie
à la Société autrement que par les Concours, il fallait d'abord
renforcer le contingent des philologues. L'assemblée voulut bien
se prêter à cette réforme : M. Aug. Doutrepont fut nommé en
avril 1896, M. Haust en avril 1897, M. Parmentier en mars 1898.
Les mots de « grammaire et dictionnaire du wallon liégeois »
qui avaient figuré pour la dernière fois dans le Bulletin de 1894
(t. XXXIV), perdent l'épithète restrictive dans la suivante réim-
pression (1898).
Désormais les années ingrates étaient franchies. Pour ramener
l'attention de la Société et du public sur la question toujours
pendante de l'orthographe, le soussigné soumit au concours
et jeta ainsi dans la discussion un Essai d'orthographe wal-
lonne ('), qui, vivement critiqué par un des membres, M. J. Delaite,
eut la chance d'obtenir les suffrages du jury. La question était
amorcée, l'assemblée nomma une commission chargée d'élaborer
un projet d'orthographe définitive pour le dictionnaire futur et
les publications de la Société, comme aussi pour les écrivains de
la Wallonie qui consentiraient à sortir de l'anarchie et de l'igno-
rance. Cette commission se composait de l'auteur du mémoire
couronné et de MM. Delaite et Doutrepont.
(!) T. XXII, fasc. I,(i9oi).
- 6i -
L'auteur du premier travail condensa les règles proposées en un
petit traité provisoire (juin 1901) («). On s'aboucha avec les prin-
cipales sociétés littéraires liégeoises. On fit des tentatives de
discussions, — sans grand succès, la phonétique n'étant pas un
article courant. — Le plus ardent adversaire du projet, et le
plus éclairé, fut M. Delaite, qui, partant de principes opposes a
ceux de ses collègues, devait rester irréductible. L'assemblée
ratifia les propositions de la majorité. On peut voir, en com [ta-
rant les solutions préconisées par VEssai et celles des Règles
d'orthographe wallonne, que le projet de M. Feller était sorti
indemne de l'aventure.
C'est que, à vrai dire, on n'était pas ici en présence d'un
système artificiel auquel on pût opposer d'autres systèmes artifi-
ciels. Il se posait, au contraire, en face de tous les systèmes arti-
ficiels comme la classification naturelle de Jussieu s'oppose, en
botanique, aux systèmes antérieurs. Il était simple, il voulait
être phonétique, analogique et étymologique exactement là où il
fallait l'être et dans la mesure où il le fallait; il se promettait de
respecter les lois bien constatées de la formation et de l'évolution
des sons et des mots dans les langues romanes, dont le wallon fait
partie, l'analogie n'étant qu'une façon abrégée de respecter
l'histoire du développement linguistique; enfin, il laissait du jeu
aux graphies, admettant certaines tolérances que l'avenir doit
nécessairement restreindre. Une couple d'années se passa encore
à favoriser la diffusion du système. L'auteur se mit à la dispo-
sition des poètes, romanciers, dramaturges, qui voulaient se
servir de la nouvelle orthographe pour la publication ou la réédi-
tion de leurs œuvres. D'autre part, M. Haust, nommé secrétaire
de la Société et, de ce chef chargé de veiller à la correction
des épreuves de toutes nos publications, a contribué beaucoup,
par la bonne tenue du Bulletin, à montrer les avantages du
système.
Ce grave problème résolu, on pouvait désormais se tourner
vers le dictionnaire. Il fallait d'abord donner une idée précise,
adéquate, de l'ouvrage qu'on voulait entreprendre. On peut
affirmer qu'au sein même de la Société peu de personnes avaient
conscience de la richesse inouïe de nos parlers romans et de la
0) J. Feller, Règles d'orthographe wallonne, ^'tirage : juin 1901 ; 2e tirage
janvier 1902 ; 3e tirage : mai 1902. Bulletin, t. XLI, lus.-. 2. Deuxième édition.
1905.
— 62 —
complexité du travail ; le public à plus forte raison ne les soup-
çonnait pas. Il fallait aussi montrer aux pouvoirs dirigeants,
dont on devait solliciter l'appui, le genre de travail qu'on pro-
jetait. Au lieu d'entamer de longues explications, la Société
chargea l'ancienne Commission de l'orthographe, à laquelle avait
été adjoint M. Haust, de rédiger un spécimen d'articles. De la
est né le Projet de Dictionnaire général de la langue wallonne (l).
Un mot du titre d'abord. C'étaient bien les patois de la Belgique
romane dont on annonçait l'exploitation ; mais le mot roman
n'aurait rien signifié aux yeux du public sur lequel on avait
besoin de s'appuyer et dans l'esprit duquel nous devions d'abord
populariser notre œuvre. De là, l'emploi du vieux terme histo-
rique wallon, que les Hennuyers peuvent revendiquer au même
titre que nous, que tout le nord de la France a porté et continue
à porter. De là aussi le terme ambitieux de langue wallonne,
emprunté à Grandgagnage, terme qu'on nous a reproché avec
plus de raison que de finesse. Les romanistes étrangers ne s'y
trompèrent pas d'ailleurs. On ne pouvait nous accuser d'ignorer
des limites que nous avions contribué à déterminer. Les deux
principaux auteurs du Projet, MM. Feller et Haust, ont essayé
d'y traiter des exemples très divers, des cas difficiles : mots rares
et de sens même controversable (vièrlète), mots à double forme et
à double étymologie (bètsâle, bètôle), mots d'étymologie obscure
(hô, chou, consîre, hèrlèye, rèmîdrer), mots à dialectologie
curieuse (pan, arègne, ranteûye, p'tchï), mots remarquables par
la variété de sens ou d'expressions proverbiales (pan, êwe, tchin),
mots surannés rencontrés dans l'ancien wallon (èheù), mots
choisis en dehors du langage liégeois (êwée, êwihas', troufe=troc,
sorfa), mots empruntés à la toponymie (fay, fayit, hièrdâve),
particules intéressantes au point de vue grammatical ou par leur
archaïsme (a, mièr, ins, insè, le suffixe -a), verbes à conjugaison
forte (sûre). Grâce à ce travail, on comprit enfin que le diction-
naire valait la peine d'être entrepris, et la Société nomma une
Commission définitive du Dictionnaire, composée de MM. A. Dou-
trepont, J. Feller et J. Haust.
Mais la rédaction du Projet n'avait été qu'un intermède, ou, si
l'on aime mieux, une réclame, — une réclame qui avait coûté
huit mois de travail à plusieurs collaborateurs. Depuis l'adoption
(') Liège, Vaillant, 190^-1904.
— 63 -
des règles d'orthographe, on s'était mis résolument et systéma-
tiquement à l'ouvrage. La première besogne devait être de
concentrer à p:ed d'oeuvre, sons l'orme alphabétique, le contenu
des nombreux lexiques épars dans les Bulletins de la Société!
Pour ne pas perdre de temps à recopier ou à résumer chaque
article, il fallait prendre deux exemplaires de chaque glossaire,
un pour en utiliser le recto, l'autre pour le verso, puis découper
chaque article et le coller sur une fiche. Ce travail de démem-
brement fut conduit par les soins de M. Delaite. Au reste, les
glossaires technologiques ne donnèrent pas tant de richesses
qu'on en espérait. Les mêmes noms d'instruments usuels reviennent
à satiété d'un vocabulaire à l'autre. Beaucoup d'articles ne l'ont
souvent que répéter Remacle, Lobet et Forir. Il faut excepter de
cette critique et mettre hors de pair les glossaires composés par
MM. Albin Body, Jos. Defrecheux, Semertier, Martin Lejeune,
dont les auteurs doivent être rangés, pour cette raison, parmi
les plus méritants des premiers collaborateurs du Dictionnaire
wallon.
Les dictionnaires existants, à cause de leurs mauvaises gra-
phies, doivent être traités de la même façon que les glossaires,
ou bien il faut renseigner sur des fiches spéciales la page
exacte où chaque mot est traité. Il fallait repérer de même
L'o aivre de Grandgagnage, à cause de ses multiples additions et
de sa façon de traiter plusieurs mots en un seul article. Une
bonne partie de ce triple travail est maintenant achevée (1).
Il y avait ensuite à dépouiller les œuvres littéraires wallonnes,
et d'abord les chiquantes volumes du Bulletin, en notant tout ce
qui, à la lecture, frappait l'esprit comme particulier, original,
obscur et, pour suivre une règle pratique, tout ce qui, en général,
ne se rencontrait pas dans le dictionnaire de Forir, Pour le
Bulletin, les fiches, établies par M. Haust, passèrent à MM. Feller,
Doutrepont, Henri Simon, qui y ajoutaient les éclaircissements
et les comparaisons avec d'autres dialectes que leurs connais-
sances respectives leur suggéraient. 11 ne fallait pas non plus
négliger l'immense fouillis des autres publications wallonnes,
théâtre, œuvres lyriques, romans, journaux, almanachs, en tous
les dialectes. Est-il nécessaire de dire que, malgré d'incessantes
lectures, malgré une concentration vigilante de tout ce qui paraît
C1) Depuis la date de ce rapport, le Grandgagnage a été mis sur fiches
par M. Haust, Remacle et Forir par M. Heuri Simon, le manuscrit de
Maus (dict. du patois gaumais) par M. Ed. Liégeois.
-64 -
en Belgique et même au-delà (Fumay, Maubeuge, Tourcoing), nous
n'avons pas réussi à épuiser ce fonds réellement inépuisable?
Par dessus tout, il fallait recourir aux sources orales, aller
étudier les patois là où on les parle dans leur grâce et leur naïveté
coutumières, noter les particularités de prononciation, de sens,
les spots de chaque terroir, les formes grammaticales, les idio-
tismes. Ce travail, MM. Feller et Haust s'y appliquaient avec
ardeur depuis longtemps : le premier, depuis 1879, notait, à la
lumière de Grandgagnage, Dasnoy,Lobet et autres lexicographes,
ce qu'il avait appris dans son enfance des dialectes de la Semois,
de l'Ourthe et de la Vesdre et ce qu'il entendait autour de lui ;
l'un et l'autre, conjointement depuis 1888, consacraient une partie
de leurs vacances à des excursions pour étudier la linguistique
et le folklore wallons (1).
Mais l'impossibilité de se transporter partout pour faire de
longues et profondes enquêtes à la fois sur le phonétisme, la
morphologie, la syntaxe, le vocabulaire de chaque dialecte; la
difficulté de s'ancrer suffisamment dans un endroit pour inspirer
confiance et délier les langues; la nécessité grandissante de
consacrer le plus clair des vacances aux publications elles-mêmes,
ces raisons ont amené les deux enquêteurs à perfectionner un
organisme qui s'est créé tout naturellement par la force des
choses. Ces visites dans les provinces wallonnes nous faisaient
des amis, qu'on pouvait interroger au besoin par écrit et qui
même, parfois trop rarement, prenaient l'initiative de nous ren-
seigner sur des mots rares ou des particularités curieuses, ou
même de nous questionner sur des points qui les intriguaient.
Ainsi s'est formé peu à peu un noyau de correspondants qu'il n'y
a eu qu'à augmenter pour créer un des organes les plus intéres-
sants et les plus nécessaires de l'œuvre. Ce fut surtout afin
d'entretenir des relations suivies avec ces collaborateurs éloignés
que fut créé le Bulletin du Dictionnaire wallon, en novembre 1905.
11 débute par des Instructions à nos correspondants dans lesquels
M. Feller, bon connaisseur des mentalités ardeunaises, essayait
de stimuler par persuasion les activités hésitantes, de dissiper
les défiances naturelles des Wallons de nos campagnes. Il se
(') 1891 sqq. : J. Feller, Flore populaire wallonne, dans Bull, de Folklore
wallon. — 1892 : Geoi'ges Doutrepont et J. Haust, Les parlers du nord et
du sud-est de la province de Liège, dans Mélanges wallons. — Voyez aussi
dans le même recueil : Aug. Doutrepont, Formes variées de quelques mots
wallons.
— 65 —
continue par des discours et des rapports de MM. Feller et
Haust sur le but, l'opportunité, la nécessité de l'œuvre entre-
prise et sur les travaux déjà exécutés. Puis il fournit des ques-
tionnaires, les uns sur des sujets aimés, la fenaison, la moisson,
les instruments agricoles, le rouet, le foyer, l'abeille, le jeu de
quilles ; les autres sur des mots qui doivent venir au début
du dictionnaire, sous aa-, ab-, ac-, ad-, ae-, a/-. Ce moyen d'en-
quête s'est révélé le plus puissant et le plus pratique; son seul
défaut est d'être très exigeant. Les correspondants reçoivent des
exemplaires interfoliés des questionnaires. La plupart répondent
sur des feuilles ad hoc avec beaucoup de bonne volonté et d'in-
telligence. Et ce n'est pas un mince mérite, car les vocabulaires
qui leur sont soumis sont très long, très serrés de texte, et. pour
gagner de la place, fourmillent d'abréviations.
On nous a objecté qu'il est dangereux de tabler sur des maté-
riaux ne provenant pas de pbilologues ou non recueillis person-
nellement. Lu principe, rien de plus vrai. Mais ce n'est vrai que
pour les pbilologues étrangers, souvent réduits à étudier le
wallon dans les Remacle et les Lobet, qui leur fournissent des
matériaux moins suis, moins bien élaborés que ceux de nos
correspondants. Quand nous n'aurions pas d'autres sources,
l'avantage serait encore de notre côté. Mais bâtons-nous de dire
que nous avons d'autres sources. Les directeurs de l'entreprise
connaissent la pbonétique des dialectes sur lesquels ils inter-
rogent. Leurs efforts tendent surtout à recueillir plus de termes
rares et tecbniques, plus d'expressions pittoresques et prover-
biales. La comparaisou des renseignements recueillis n'est pas
non plus un critérium inopérant. Enfin, en cas de doute, le
contrôle est facile et l'on ne craint pas d'en user; c'est l'enquête
personnelle sur les lieux au premier jour de liberté, ou l'enquête
par écrit, simultanée, auprès de divers correspondants.
Les questionnaires sur la vie rurale ont été faits en général
par M. Eeller. Les vocabulaires-questionnaires, œuvre beau-
coup plus considérable, qui rassemblent une matière déjà beau-
coup plus ricbe, plus sûre et plus scientifique surtout que tous les
dictionnaires wallons réunis, ont été composés par un des trois
rédacteurs à tour de rôle, et revus, corrigés, augmentés par ses
deux collègues.
Les dépouillements des réponses ont été faits jusqu'ici par M.
Haust, à qui les cabiers sont renvoyés en sa qualité de secrétaire
de la Société. Le classement des ficbes au siège de la Société est
— 66 -
surtout fait par M. Auguste Doutrepont. Ou aurait peine à se
figurer la multitude et la variété de formes, de significations
inédites et même de mots nouveaux que nous apportent ces
enquêtes de tous les points importants de la Wallonie. Le classe-
ment en est laborieux, mais la récolte vaut largement l'effort.
Aux milliers de fiches ainsi constituées viennent s'ajouter
celles qui proviennent de communications spontanées, soit de
membres de la Société, soit de correspondants doublement actifs :
s'ajouter les notes que nous prenons en dépouillant non seule-
ment les œuvres littéraires, mais encore les documents les plus
divers : vocabulaires anciens ou nouveaux, travaux envoyés aux
concours, anciennes pièces de concours restées anonymes et iné-
dites, textes d'archives. Ainsi s'explique le fait qu'en la seule
année 1908, nos collections aient pu grossir de près de 3o.ooo
fiches.
A sa réception chaque fiche nouvelle, ramenée au format dési-
rable, est soigneusement contrôlée. On inscrit en tête le mot-type
auquel elle se rattache. Enfin gï'âce à un travail d'insertion sys-
tématique et jamais interrompu, la fiche va prendre sa place
dans l'un de nos 4°o cartons à coté d'autres consacrées au même
mot. Chaque mot a donc son dossier, qui s'enrichit peu à peu. Un
carton pourrait recevoir jusqu'à mille fiches, si certaines notes,
découpées et collées n'augmentaient pas l'épaisseur des feuilles.
Au reste, comme la même feuille reçoit aussi très souvent plusieurs
renseignements, il y a compensation.
Il existe encore d'autres provisions de fiches. La principale est
celle qui a été recueillie par le signataire de ce rapport avant et
depuis 1895, pour servir à ses études de philologie wallonne. La
grande majorité d'entre elles, en vue du Dictionnaire, est classée
par ordre alphabétique ; le reste, qui a trait à la phonétique
et à la morphologie, est classée provisoirement d'après l'ordre
usité dans le traité qui précède le Dictionnaire général de la
langue française. Le tout comprend environ 5o.ooo fiches.
Il est regrettable, au point de vue de l'unité, que cette col-
lection ne puisse dès maintenant être versée à la masse au siège
de la Société. Mais ce transfert à Liège paralyserait l'auteur,
puisque celui-ci, résidant à Verviers, serait en ce cas privé d'un
instrument de travail auquel il doit avoir recours à tout instant. 11
y a là une dualité fâcheuse, à laquelle le détenteur remédie par
des copies et des extraits au moment d'établir les vocabulaires-
questionnaires.
-67-
Au total, on peut évaluer à 3oo.ooo fiches le nombre de notes
actuellement recueillies et classées ('). Nous indiquons ces chiffres
uniquement pour la curiosité, car il est plus facile de se faire une
idée exacte des richesses acquises en consultant les vocabulaires
et les suppléments publiés dans notre petite revue.
Ainsi la documentation se fait pour tout l'ouvrage en général,
et en particulier pour les premières feuilles à imprimer. Mais le
public se tromperait s'il croyait que le dictionnaire ne comporte
que des enquêtes ou des opérations de classement et de compila-
tion. Ce serait oublier que l'étude de chaque mot, de son origine,
de l'évolution qu'il a subie, de la différenciation dialectale, de la
filiation des sens, ne se fera pas mécaniquement, par simple juxta-
position des documents recueillis. L'histoire des mots exige des
connaissances philologiques très étendues. Elle ne peut se l'aire
que par une comparaison incessante. Or, à la limite linguistique
où nous sommes placés, ce ne sont pas seulement les revues, lexi-
ques ou autres travaux de philologie romane ou de latin médiéval
que nous devons manier chaque jour, mais aussi les œuvres de
philologie germanique, notamment pour ce qui concerne les
dialectes flamands, néerlandais et ceux de la Prusse rhénane. La
connaissance de la technologie, des métiers, de la vie rurale, de
la botanique, de la zoologie, ne serait pas chose superflue, ne fût-ce
que pour empiéter avec intelligence, apprécier avec justesse les
renseignements reçus et définir les termes avec précision. Pour
mener à bien le Dictionnaire général de la langue frc.içaise, il
n'a pas fallu moins qu'un logicien comme l'était Hatzfeld, un pho-
néticien comme Arsène Darmesteter, un romaniste comme An-
toine Thomas, un grammairien comme Léopold Sudré. Et combien
plus facile, leur tâche !
Le dictionnaire à composer ne peut guère être comparé a celui
d'une langue littéraire comme la langue française. La langue fran-
çaise correspond à ce qu'on appellerait en botanique une « variété
cultivée » : le wallon, (nous ne dirons pas ici la langue wallonne ! |
nous représente toute une flore de dialectes eb de sous-dialectes.
Entre une langue arrivée à l'hégémonie et une juxtaposition de
dialectes, il y a, si vous aimez mieux, la différence que présente
raient l'organisation d'une monarchie bien unifiée et celle d'une
agglomération de petits états féodaux. Que de problèmes ardus
cette féodalité va susciter ! Pouvons-nous créer au hasard de
(l) Ce nombre s'est encore accru considérablement depuis 1909.
— 68 —
l'ordre alphabétique un ouvrage qui sera une bigarrure de tous
les dialectes ? Certes le romaniste ne s'en effrayerait pas plus que
de celle qui existe dans Godefroy ou dans Du Cange ; mais il faut
:mssi que le dictionnaire wallon puisse servir aux Wallons. Donc,
au lieu de composer un article sur chaque forme d'un mot ou
variante dialectale, il vaudra mieux grouper la matière relative à
un mot dans un seul et même article. Quand le mot existe eu
liégeois, la forme liégeoise servira de tête d'article, et les signifi-
cations, les exemples seront rassemblés à cette place. Pour éviter
des généralisations erronées, un sens particulier à une région
sera indiqué comme appartenant à cette région. Les autres for-
mes dialectales d'un même mot, celles qui seront sensiblement
différentes, devront être inscrites à leur ordre alphabétique, mais
avec simple renvoi à l'article principal. Les mots qui n'existent
que dans un dialecte déterminé auront nécessairement leur article
à la place où chacun doit être1 inscrit. Ne sera-t-il pas opportun
aussi de distinguer par quelque différence typographique les
principales régions ? On a le choix entre une différence de carac-
tères affectant tout le mot, un signe conventionnel précédant le
mot, une indication dialectale à la suite. Cette dernière est
en tout cas nécessaire, mais sera-t-elle suffisante ? Il serait
bon que, dans les quatre colonnes qui formeront deux pages
en regard, l'œil pût distinguer instantanément ce qui est du
dialecte liégeois, ce qui est ardennais, ce qui est namurois,
ce qui appartient aux dialectes extra- wallons, le gaumais et le
rouchi. Ces cinq divisions pourraient suffire pour signaler le
genre ; l'indication dialectale après le mot préciserait l'espèce.
Le plan idéal d'un article consisterait à suivre d'un bout à
l'autre l'évolution phonétique et l'évolution sémantique d'un mot.
D'abord devrait venir la dialectologie. Car si le mot mis en tête
de l'article n'est qu'un titre ou un constat d'existence, les variantes
devraient l'accompagner pour la même raison. D'ailleurs les
variantes dialectales forment souvent un faisceau d'arguments
pour aider à retrouver l'origine du mot. La partie sémantique, de
même, devrait présenter les sens dans leur ordre d'engendrement
ou filiation, autant qu'il est possible de le découvrir, et non dans
l'ordre de fréquence des sens ou dans un ordre arbitrairement
imaginé en vertu de conceptions logiques subjectives. On pourrait
considérer la partie historique et la partie sémantique comme
étant sans liens entre elles, et adopter pour la seconde un ordre
purement pratique, sans prétention à reproduire l'arbre généalo-
-%-
gique des sens. Ce procédé, qui est à peu près celui de Littré,
serait un pis-aller. Il ne peut servir que dans les cas où l'étymo-
logie, et par conséquent la filiation des sens, sont inconnues.
Quel que soit d'ailleurs le caractère donné à cette seconde
partie des articles, elle devra contenir des exemples significatifs,
empruntés a divers dialectes. 11 sera plus difficile d'en restreindre
le nombre que de L'augmenter. Elle fera bien de renvoyer le
lecteur à d'autres mots synonymes ou quasi-synonymes, sans
insister sur les nuances, puisque le rapprochement des définitions
et des exemples doit suffire pour les indiquer.
Si le dictionnaire était fait uniquement à l'usage des littéra-
teurs, malgré toutes ces précautions pour assurer la clarté et
l'ordre, je considérerais comme une monstruosité de rassembler
dans un même ouvrage et de mêler dans la même page et jusque
dans le même article «les formes et des phrases de physionomie
très diverse. Mais ici la variété est partie constitutive de l'œuvre.
Le dictionnaire des dialectes romans de Belgique s'adresse à
la fois aux Littérateurs et aux linguistes. Aux premiers, il faut
donner les moyens de distinguer soigneusement ce qui appartient
à leur dialecte propre de ce qui revient aux dialectes circon-
voisins. Sans cette précaution ils emprunteraient de toutes
mains des formes disparates, car les poètes sont avides de mots
nouveaux. Notre dictionnaire ne veut pas les empêcher d'em-
prunter, de naturaliser un mot qui leur paraîtrait de bonne prise,
mais il veut leur permettre d'emprunter en connaissance de
cause. Aux linguistes, il faut offrir le recueil comparatif auquel
ils ont droit, destiné à remplacer avec avantage, c'est-à-dire
avec plus de richesse, de méthode, de science, ce qui traîne épars
dans une vingtaine de publications, épars et fragmentaire, le
plus souvent erroné et antiscientifique, ("est seulement par la
substitution de grands recueils méthodiques au nombre infini de
lexiques régionaux sans grammaire et sans critique, que les
études comparatives de philologie romane pourront s'étendre
avec sûreté sur des aires de plus en plus vastes. Acceptons donc
de bon cœur ce voisinage des dialectes dans notre œuvre.
Il est bien plus étendu dans le Thésaurus de Du Cange, où les
mots prétendus latins, fabriques par quelque moine ou quelque
tabellion, n'ont souvent de latin que leur terminaison : ce sont
des vocables saxons, burgondes, picards ou wisigoths déguisés.
Il est plus étendu aussi dans le Dictionnaire de l'ancien français
de Godefroy, où l'on soupçonne à peine, par la qualité des
— 70 -
exemples cites, la vraie patrie d'un mot. C'est très décevant pour
qui savent are dans ces ouvrages sans fil conducteur. Heureuse-
ment, ces recueils sont de vastes nécropoles de termes morts, où
le publie ne pénètre guère. Nous essayerons de donner toujours
a chaque mot, à chaque forme dialectale, son état-civil exact,
afin d'éviter, à force de clarté et d'analyse, ce que la complexité
.lu sujet pourrait présenter de déroutant pour le public.
Une œuvre semblable doit être publiée non en une fois, mais par
fascicules de 64 à 80 pages. Attendre qu'elle soit rédigée en entier
pour en entamer la publication ne ferait ni l'affaire du public ni
celle des auteurs. Ceux qui ne verraient rien venir accuseraient
ou soupçonneraient les auteurs de ne pas travailler. X'est-ce pas
ce (pie le public pense déjà maintenant ? Que serait-ce si nous
tardions vingt ans à donner le premier fruit de nos recherches?
Nous essayerons donc dès l'année prochaine de livrer le premier
fascicule de l'œuvre (l). Le relevé systématique des richesses de
nos idiomes doit être complété par une grammaire comparative
des dialectes romans de notre pays. Les Mélanges wallons dédiés
par des élèves et amis à M. Wilmotte, la Revue des patois gallo-
romans, les Bulletins de la Société contiennent déjà des travaux-
partiels sur la phonétique et la morphologie. Il ne peut être
question de composer une œuvre grammaticale d'ensemble avant
de recevoir, du moins en partie, l'expérience que doit donner la
composition du Dictionnaire.
In atlas phonétique est le complément naturel de la partie
phonétique de cette grammaire.
Mais l'histoire des mots ne peut se limiter à des lois en quelque
sorte mathématiques et soustraites aux temps : le vocabulaire
de l'ancien wallon, dont Grandgagnage a donne un noyau en
cent pages à la fin de son dictionnaire étymologique, doit être
exploité, recueilli, venir en témoignage dans la partie historique
de notre oeuvre. Que d'autres travaux importants ou nécessaires
se rattachent encore à celui du Dictionnaire, attendant chacun
son ouvrier! Il y aurait lieu d'étudier la langue de chaque auteur
wallon ancien, ou assigné au domaine wallon, comme M. Georges
Dont repont l'a fait pour Hemricourt, de les étudier à tous les
points de vue, vocabulaire, idiotismes, grammaire, orthographe
(l) Cette promesse n'a pu être tenue, faute de ressources. Une pétition,
datée 'I" iti janvier 191 1. vient d'être adressée au gouvernement belge.
- 7i -
et phonétisme, en des monographies ou en des éditions plus
critiques que les anciennes.
Nous voici, je pense, a la fin de notre explication. Le diction-
naire est donc fait ou il n'est pas fait, suivant ce que l'on exige de
nous. Plus exigeants que nos propres amis, nous ne pouvons
nous résoudre à produire une compilation comme il en existe
tant, entreprises par des gens qui centralisent des notes, mais
(pii, incapables d'en faire la critique, impriment tout pêle-mêle.
Ces gens ne donnent l'illusion qu'ils sont des auteurs (au sens
réel du latin auctures. parent de auctoritas et de augere) qu'aux
lecteurs incompétents et crédules; les autres reconnaissent à
l'ensemble et a mille détails le résultat de compilations mal
faites, où rien n'est à sa place, ni interprété sainement, où même
souvent le compilateur n'a pas su tenir compte avec intelligence
des notes de ses correspondants. Nous espérons que pareil
reproche ne s'adressera pas à notre œuvre. Si nous voulions faire
une rhapsodie de ce genre, elle est laite et bien au-delà : il ne
reste plus qu'à numéroter 4.00.000 fiches et imprimer ! Si nous
voulons créer une u livre, (die est a composer tout entière, avec
une sage activité, et il ne faudra pas moins de l'esprit critique,
des connaissances diverses et des talents particuliers de ses trois
rédacteurs, aidés de leurs collègues de la Société de Littérature
wallonne et d'une armée de deux à trois cents correspondants,
pour la mener à bonne fin. 11 y aurait un moyen pratique de
presser le travail et de terminer trois fois plus tôt. Ce serait que
chacun composât le tiers de l'ouvrage. Mais nous n'entendons
pas ainsi la collaboration. Que l'un ou l'autre des trois ait pris
l'initiative de charpenter un article, il faut que son travail suit
examiné, complété, raccourci, remanié par ses collègues. Mais
tout heureusement ne comporte pas discussion et controverse.
M'arrèterai-je ici sans parler des circonstances vitales de
personnes, d'impression, de dépenses? Ce serait volontairement
rester incomplet. Pour réaliser le Dictionnaire, il faut plus
qu'un beau plan et un beau programme. Il faut une somme que je
n'oserais pas évaluer sans faire jeter les hauts cris, une demi-
fortune. D'abord l'œuvre exige un matériel d'impression tout à
fait particulier, 'qu'un éditeur ne se procure pas sans des garanties
sérieuses. Xous devons compléter notre bibliothèque romane et
germanique. Jusqu'ici les auteurs y ont pourvu, grâce au budget
ordinaire de la Société et surtout de leurs propres deniers. Sous
le rapport des dépenses, il n'y a pas à craindre d'être laissé
— 72 -
découverl i1). L'État, les Provinces, les Villes, déjà sur la simple
appréciation des travaux commencés, le Projet et le Bulletin
<lu Dictionnaire, rivalisent pour nous envoyer leur cotisation
annuelle. Des particuliers tiennent à honneur d'être inscrits
parmi les protecteurs de cette œuvre. Quant aux hommes, il y a à
craindre l'âge, la maladie, les découragements, les dissenti-
ments, l'absence de loisirs. .le passe très vite à dessein sur ces
causes de retard, dont, quelques unes existent réellement et
devront être vaincues. En dépit des obstacles, le Dictionnaire
se fera, certes; mais il importe aussi qu'il se fasse vite, qu'il se
l'aise bien, couvé par la chaleur de ceux qui l'ont conçu, et, pour
y arriver, il ne faut escompter rien moins qu'une synergie par-
faite de toutes les forces, de toutes les aptitudes et de tous les
dévouements.
IX.
Principes d'orthographe wallone (8)
La Wallonie souffre de ce «pie l'écriture, telle qu'elle est prati-
quée par la majorité des auteurs wallons, ne reproduit fidèlement
ni les sons, ni les formes, ni les rapports syntaxiques. On ne lit
pas les œuvres wallonnes, on les devine plutôt. Le but que nous
(') Cette prévision volontairement optimiste ne s'est pas réalisée en entier.
Les publications actuelles, Bulletin général, Bulletin du Dictionnaire,
Annuaire, Bibliothèque de philologie wallonne, les récompenses affectées
aux vingt-cinq Concours annuels absorbent toutes nos ressources et nous
laissent en déficit. Ce n'est pas que la Province et les Villes nous aient
marchandé leur appui, mais la subvention efficace doit venir de l'État. [A
cette date du S mai 1911, l'intervention de l'État n'est pas venue sous la
tonne que nous espérions, malgré les efforts persévérants de notre ami et
collaborateur Â.ug. Doutrepont. L'État ne manque pas de lionne volonté
envers notre œuvre, mais il entre difficilement dans nos vues et n'a pas le
sentiment des nécessités qui nous entravent : et peut-être craint-il aussi
pour sa générosité des remontrances flamingantes... Pour mettre l'œuvre
en train et couvrir les frais d'impression du premier fascicule, nous axions
besoin d'une dizaine de mille francs, que la Société endettée par sa propre
activité ne pouvait fournir : M. le Ministre nous propose un subside de
t,5oo francs par fascicule à charge d'envoyer 4°- exemplaires de l'ouvrage
au ministère. 11 n'a point calculé que ces 401: exemplaires nous conteront
1,200 francs et que l'État ne fait ainsi qu'une souscription. Or chaque
fascicule nous contera i.ooo francs de papier el d'impression, et nous
aurions, si l'État maintenait ses conditions, a fournir douze cents exem-
plaires au public (800 6X. promis aux sociétaires. 400 au ministère) avant
d'en mettre un exemplaire en vente! Et puis nous restons toujours dans
l'impossibilité «le démarrer].
Chapitre détaché des Règles d'Orth. wall.. 2' édition, tgo5, pp. 14-16.
• 73-
nous sommes fixé, en élabornnt ce système d'orthographe, peut se
résumer de la façon suivante :
r. Représenter plus exactement les sons de la langue parlée :
notre orthographe sera donc, autant que la pratique le permettra,
phonétique.
2. Respecter la parenté qui unit les dialectes wallons au fran-
çais : notre orthographe sera, autant que la phonétique le per-
mettra sans danger, analogique.
3. Respecter les différences dialectales et les analogies dialec-
tales, aussi exactement que la pratique le permettra. On y arrive
d'ailleurs en se conformant aux principes d'analogie et de phoné-
tisme énoncés plus haut. Notre système ne sera donc ni liégeois,
ni verviétois, ni namurois; il doit servir pour tous les dialectes
wallons; il doit permettre à un poète liégeois d'être lu fidèlement
par un Ardennais, un Malmédien, un Brabançon, voire par un
étranger qui connaît les habitudes graphiques du français. Tout
artiste wallon comprendra l'avantage d'une orthographe qui ne
trompe pas le lecteur. Unifier l'orthographe, c'est faire des
règles telles que les mêmes sons, dans les mêmes mots, soient
écrits par tous de la même façon ; que des sons différents soient
écrits différemment. A différence phonétique (assez sensible pour
être exprimée par l'écriture), il faut une différence graphique.
Certains auteurs, mus par un sentiment patriotique excessif,
préféreraient un système purement liégeois, ne prévoyant que les
prononciations liégeoises, étouffant les autres prononciations
dialectales. Cette politique, soyez-en sûrs, ne pourrait donner au
liégeois qu'une catholicité artificielle. C'est par l'excellence des
œuvres, non par des équivoques de prononciation, qu'il faut
assurer à un dialecte la supériorité sur les autres.
4. Respecter les lois bien constatées de la formation et de l'évo-
lution des sons et des mots dans les langues romanes, dont le
wallon fait partie. Méconnaître ces lois par des graphies fantai-
sistes, c'est rejeter le wallon en dehors du cycle des langues
romanes. Quand nous refusons d'écrire bai pour bé, c'est parce
qu'il ne nous est pas du tout prouvé que l'on ait jamais prononcé
en wallon ba-i, bay. Bai s'éloignerait donc du phonétisme sans
raison analogique ni historique.
L'analogie ou imitation des graphies françaises n'est qu'une
façon abrégée de respecter l'histoire du développement linguis-
tique du wallon. Un homme qui n'a pas le temps ou les moyens
d'apprendre le pourquoi et le comment d'un acte, se tire d'affaire
- :4-
on imitant le voisin qui est mieux au courant; de même, nous
autres Wallons, tante de connaître par une suite continue de
documents la transformation du latin en wallon, nous allons
demander au français les résultats d'une transformation parallèle.
Os considérations sur la valeur de l'orthographe analogique,
qous permettront de nous affranchir au besoin de l'analogie. Le
français a des graphies mauvaises, inutilement compliquées, dues
an pédant isme on à l'ignorance. Il faut savoir en secouer la
tyrannie, en wallon, pour se rapprocher de ce qu'exigent la pho-
nci ique et l'histoire.
5. Quand on doit obéir a plusieurs néeessités à la t'ois, il faut
établir une subordination entre elles. Qui l'emportera de la
phonétique, ou de l'analogie brutale, ou de l'analogie corrigée et
simplifiée par l'histoire? \ notre avis, la phonétique doit primer
tout. On pourra donc aller, dans les concessions analogico-histo-
riques, aussi loin seulement que le permettra cette nécessité de
représenter exactement les sons de façon à ne pas tromper le
lecteur.
Beaucoup de ceux qui demandent à un système orthographique
<l'etre facile, sans plus, confondent l'orthographe et la grammaire
Tout système présuppose la connaissance de la grammaire, c'est-
à-dire une certaine habileté dans l'analyse du langage. L'espèce
de facilite qu'on demande surtout a un système orthographique,
celui-ci ne peut la donner. On voudrait qu'il dispensât de savoir
diviser le discours en mots, de savoir distinguer un sujet, un
verbe, une négation, un subjonctif, un homonyme, un rapport
syntaxique. Aucun système ne peut en dispenser. Qu'on ne mette
donc pas au compte du système orthographique les difficultés de
la grammaire générale et de la logique II faut appeler simple et
facile tout système permettant a qui connaît la grammaire de
transcrire sa pensée, sans avoir à trembler pour chaque mot
devant les exceptions et les caprices de l'usage.
X.
L'orthographe du dialecte de Frameries (1).
M. Louis Dufrank a eu l'heureuse idée de faire paraître, en
annexe aux œuvres de Joseph Dufrane, un Vocabulaire conte-
nant lu plupart des mots framerisons (— de Frameries) prv-
I m ra n du Jjull. du DicL de lu langue wall., 4e année, 1909, pp. 37-49.
- 75 -
sentant une particularité. Ce vocabulaire a 87 pages et contient
plus de 1100 articles. C'est une bonne contribution à la lexico-
graphie du Hainaut. Nous n'examinerons pas le lexique en lui-
même ; nous en tenons les renseignements pour excellents, car ils
émanent d'un connaisseur amoureux de sou dialecte. C'est sur un
autre point que nous voudrions attirer l'attention.
Le Vocabulaire est précédé d'une note sur l'orthographe, qui
appelle la discussion. En voici le premier paragraphe :
« L'orthographe adoptée par .lus. Dufrane dans ses dernières œuvres se
rapproche, mitant qu'il est possible, des régies fixées par la Société
liégeoise de Littérature wallonne. Nous avons, dans la présente édition,
accentué encore le rapprochement, mais en respectant scrupuleusement
L'étymologie dont Les Liégeois s'écartaient trop, au sens de Bosquktia (').
Toutefois, nous n'avons pu suivre aveuglément toutes les règles imposées;
il y en a qui auraient rendu notre dialecte illisible en lui donnant l'aspect
d'une langue artificielle. <>n pourra on juger, car nous avons placé entre
parenthèses, à la suite de chaque mot, l'orthographe telle que l'exigerait la
Société liégeoise. »
Ce préambule nous plaît. Nous avons affaire ici à gens de bonne
foi. Or nous sommes de bonne foi nous-même; nous ne deman-
dons pas mieux que d'apprendre les étymologies dont nous nous
éloignons, bien à notre insu, et nous ne prétendons pas qu'on
suive aveuglément nos régies. Nous sommes donc dans de bonnes
conditions pour nous entendre, d'autant plus que, paraissant
d'accord sur les principes, nous n'avons qu'à examiner les points
particuliers sur lesquels l'honorable éditeur de Bosquètia fait des
réserves.
1. « Une quantité de mots se prononcent de deux façons :
faudra-t-il deux orthographes pour ces mots?» - L'ancien fran-
çais n'hésitait pas à écrire une gent, des gens: un enfant, des
enfans; une clef ', des clés; un buef, des bues (bœufs), parce que
la consonne finale du singulier ne se prononçait pas devant Vs au
pluriel ou se combinait avec elle. Aujourd'hui encore, on écrit
cheval et chevaux différemment parce qu'ils se prononcent diffé-
remment, et personne ne réclame l'uniformité graphique sous
prétexte d'unité ou de simplicité. Donc, logiquement et en théorie,
à prononciations diverses doivent répondre des graphies diverses.
Dans la pratique (car, dans un système d'orthographe populaire,
nous distinguons toujours la pratique de la théorie, et nous
cherchons des tempéraments pour concilier la logique avec la
C1) Pseudonyme de Joseph Dufrane.
- 76 -
tradition, les aises on la faiblesse des lecteurs), il y a lieu de peser
les avantages des deux procédés.
Vous propose/ d'uniformiser «huis l'écriture des formes d'un
même mol différentes par la prononciation. Comme il n'est pas
vrai que jusqu'ici nous ayons exigé une orthographe strictement
phonétique, nous comprenons très bien le désir de Bosquètia
d'écrire Armand ou Annan dans tous les cas. Cela ne gène pas
les Framerisons. Ils prononceront, dans les cas divers d'euphonie
syntaxique, selon les liabitudes acquises, et ils n'ont pas besoin
d'être avertis par récriture pour bien prononcer. Mais la question
est de savoir si M. Dufrane se contente d'être lu par ses voisins.
N'écrit -il pas aussi pour nous, qui ne sommes point de Fra-
meries ? S'il veut (pie les oeuvres de Bosquètia soient lues par
nous et savourées par nous dans leur vraie prononciation, —
je ne dis pas seulement comprises, car comprendre est un mi-
nimum, je dis savourées avec leur plein goût de terroir, — il
doit nous aider à les bien prononcer. La solution dépend donc du
but ; ce n'est pas nous qui vous l'imposons, c'est votre but.
Supposons donc <pie les écrivains wallons de Frameries ne
dédaignent pas d'être goûtés par ceux de Liège. En ce cas, ils
ont le devoir de nous faciliter, par des graphies fidèles, la pronon-
ciation exacte du dialecte qu'ils aiment, et dont ils sont fiers à
bon droit, et qu'ils ont consacré par quelques jolis chefs-d'œuvre.
Tirons les conséquences.
Vous dites, — permettez-moi seulement de traduire un peu, —
que maison se prononce avec la voyelle nasale pure on devant
consonne, tandis que, devant voyelle ou à la fin d'un membre
de phrase, maison se prononce avec voyelle orale o suivie d'une
consonne nasale gutturale. Vous voulez l'écrire de la même façon
dans les deux cas. Cela ne vous est pas défendu, même par notre
système, mais vous y gagnerez (pie tous vos lecteurs étrangers
ignoreront cette particularité dialectale et prononceront maison.
Le verviétois, qui présente une différence analogue, n'hésite
pas a écrire tché, né, vét, ré (chien, pas, vient, rien) et tchin, nin,
vint, rin : !fu n'n ré vèyou (je n'ai rien vu), mais r/ii n'vou rin
(je ne veux rien). A la vérité, cette dernière graphie est mau-
vaise et ne correspond pas a la réalité, car on prononce ce rm
précisément connue a Frameries, mais nous voulons acter ici que
le principe des deux graphies est observé a Verviers sans que
nous soyons intervenu. De même, je n'hésiterais pas, si j'avais à
écrire le langage de Frameries, à adopter le principe des deux
- 77 —
graphies, représentant les mots tantôt avec des an, on, in purs,
tantôt avec le signe de la nasale gutturale. Est-ce à dire que nous
imposons cette nasale gutturale? Pas plus à Frameries qu'à
Verviers. Nous avons jusqu'ici toléré rin pour rè» et tchin pour
tchéw a Verviers, ce qui n'est pas le signe d'une grande tyrannie,
ce qui démontre que nous ne sommes pas les théoriciens intran-
sigeants et irréductibles que croit M. 1).; mais enfin nous avons
bien le droit d'exprimer une préférence et de dire comment nous
écririons, en ce qui nous concerne.
M. D. dessert notre orthographe sans le savoir en nous prêtant
des graphies barbares. 11 s'imagine (pie nous écririons marchanng,
Armanng, maisonng: C'est nous écraser sous le coup du ridicule.
Jamais nous ne voudrions, a aucun prix, de ces graphies horribles,
et nous prions M. I). de ne pas nous les endosser dans son
Vocabulaire-
Quel sera le signe adopté ?
A petite différence phonétique doit répondre une petite diffé-
rence graphique, assez Légère même pour que les lecteurs peu
délicats ou distraits ne l'aperçoivent pas, — ne l'apercevant pas,
ils n'en seront pas gênés, — mais suffisante pour que le lecteur
délicat soit averti de la différence. Je représenterais donc Yn
guttural, non par nng, mais par une n légèrement modifiée, soit ».
Les lecteurs vulgaires prendront la boucle inférieure pour une
fioriture ; la fantaisie des imprimeurs de prospectus et la mode
leur présentent des déformations de caractères bien plus grandes,
qui ne les déroutent guère. D'autre part, les lecteurs étrangers,
qui veulent lire le framerison en framerison et non en français,
sauront gré à l'auteur d'avoir si élégamment résolu un petit
problème d'orthographe. Nous écririons donc fil maison, tju
m'in von.
On autre avantage de cet n, c'est qu'il permet d'écrire les
consonnes finales et de respecter scrupuleusement l'étymologie,
que nous prétendons respecter plus exactement que Bosquètia.
Xous n'écririons donc pas marchan et marchanng-, mais marchand
et marchand ; non pas inuchan et muchanng, mais muchant,
muchant (méchant). Cela nous permettra de conserver Vs du
pluriel : vous hésiterez à écrire maisonngs, nous n'hésiterons pas
à écrire discrètement maisons. Cela nous permettra encore de
conserver les désinences personnelles des verbes : il in vont a
Paris et non pas i7 in vonng a Paris.
Vous ne voulez pas de mou n sous prétexte que je n'ai pas
- 78*-
hésité à inventer un signe spécial. De grâce nous ne nous dispu-
terons pas pour cela. Tournez la boucle à droite et n'en parlons
plus ! Mais avoue/ que notre » ne rendra pas trop pénible la
Lecture des mots framerisons et verviétois, qu'il ne tire pas l'œil,
qu'il a des qualités.
•2. On prononce à Frameries Icù (loup) devant consonne, leuy
devant voyelle. Nous avouons le désir de voir employer les denx
graphies. Que M. D. ne nous prête pas l'idée d'écrire en ce
dernier cas leuïe, car nous ne mettons pas l'e final à tort et à tra-
vers. Leiïie serait doublement fautif, et par sa terminaison fémi-
nine et par l'emploi de ï en fonction de y.
3. Dans les terminaisons -et, -é, -ais, -ez, la voyelle se prononce à
Frameries comme l'e des mots français le, nie, te, se, de. On peut
représenter ce trait intéressant de prononciation par eu, par œ,
par un e pointé ou simplement par un e en caractère différent du
reste du mot. Il suffira donc d'imprimer muguet, maquet,
assoume, café, astez, pied, ou muguet, maquet. assoume, cale,
astez, pied. Le masculin restera ainsi aussi conforme que possible
au féminin, et aussi aux graphies françaises dont on désire ne
pas s'écarter.
4- Si parti, banni se prononcent parte, banè, il faut écrire parte,
banè, sous peine de mal faire prononcer les mots.
5. On prononce à l'infinitif fumé devant consonne, fumèy dans
les autres cas. Nous écrivons fumer, fumèy. A vrai dire, l'r de
fumer nous a été arrachée par un désir de rester le plus possible
d'accord avec le français. Nous regrettons bien cette concession
à l'analogie, parce qu'on ne prononce pas fumer partout, et
que l'alternance des formes dialectales fumé, fumé, fumèy, est
plus logique. Mais, fumer ou fumé, la différence ne touche pas ici
à la prononciation, et l'on peut tolérer les deux. Ce qu'on ne
peut accorder, c'est qu'on adopte entre fumé et fumèy un moyen
terme, une graphie; fumei qui est mauvaise dans tous les cas,
puisqu'elle se prononcera fumé. Les questions de phonétique ne
se résolvent pas comme les questions de vente et d'achat, en « cou-
pant la différence en deux ».
6. L'e aigu nasal est très fréquent en framerison. Ce son est
absolument inconnu en français. L'auteur conclut... qu'il ne faut
pas le figurer dans l'écriture ; que, si on le figurait, le plus
patoisant des Framerisons ne pourrait plus lire couramment deux
lignes. Ainsi, chose bizarre, quand les auteurs écriront malén,
don vén, magazén, gobén, les lecteurs dépaysés ne parviendront
- 79 -
plus cà lire ! Il faut absolument que les auteurs écrivent malin on
malin pour que les lecteurs prononcent malén ! Bref, nous nous
butons toujours au même procédé : écrire les choses en français,
le lecteur les devinera et les prononcera en wallon. Nous
affirmons, au contraire, que, au bout de cinq lignes, sans aver-
tissement préalable, le lecteur comprendra la valeur et le bien-
fondé des graphies en on.
La graphie malén n'est pas disgracieuse. Elle n'est pas irrépro-
chable, puisqu'on peut l'interpréter mal et lire malé-n: mais c'est
un défaut qui lui est commun avec les autres signes des voyelles
nasales. Elle est certes plus exacte que malin, et elle est moins
sujette à erreur, car -in n'existe pas non plus en français et, par
conséquent, on sera tente de le prononcer î-n. Une fois le prin-
cipe admis que le signe compose en représente une voyelle nasale,
la prononciation s'ensuit : en est la voyelle nasale de é. Mais, une
fois le principe admis que le signe in est une voyelle nasale, la
prononciation qui en résulte est simplement in, c'est-à-dire la
voyelle nasale de è et non celle de é.
7. Suivant en cela une habitude du Hainaut qui est déplo-
rable, l'auteur change les in en ein et en ain. Les écrivains
hennuyers s'imaginent rester plus fidèles à l'étymologie quand ils
écrivent bonlaintyie à cause de l'a de boulanger, teimpète à cause
de l'e de tempête, deint à cause de l'e de dent. C'est sans doute
en cela qu'ils estiment que nous nous écartons de l'étymologie.
Hélas, ils ne savent pas que les graphies ain, ein ont une histoire
particulière et qu'il n'y a pas de rapport entre ain et an, entre
ein et in. Si l'on écrit aujourd'hui main, j>ain, plein en français,
c'est parce que l'on a prononcé jadis mayn, payn, pleyn : corré-
lativement, M. D. est-il sûr que l'on a prononcé jadis en frame-
rison bonlayntjie, teympète, deynt ? Nous sommes certain du
contraire, et, par conséquent, ce qui respecte l'étymologie, c'est
d'écrire boulinfyiy, timpète, dint. On doit être intransigeant sur ce
point. Cette habitude des ain et des ein est empruntée à quel-
ques vieux auteurs sans connaissances grammaticales. Le plus
grand service qu'un écrivain hennuyer pourrait rendre à sa région
serait l'échenillage de ces a et de ces e parasites.
8. Il paraît que nous proscrivons d'une façon absolue les
consonnes parasites, mais sans fournir aucune règle. Si l'auteur
avait lu, dans VEssai d'orthographe wallonne ou dans les Règles,
les passages relatifs à cet objet, il saurait qu'il s'agit ici non des
consonnes finales qu'exigent la déclinaison et la conjugaison, si
— bo —
du veut rester dans le cercle des langues romanes, mais de
consonnes ridiculement introduites par les grammairiens do \ Ve
et du XVIe siècle, au mépris des lois du langage, qu'ils igno-
raient. .1 ai cité jadis vingt ai doigt comme étant les plus carac-
téristiques de ces bévues. Le latin viginti, qui contient un g- en
effet, est devenu à peu près viyinti, vinti, vint; digitum
est devenu a peu près deyt', puis doyt' (de-if, do-if).
Les grammairiens français de la fin du moyen âge, en écrivant
vingt et doigt, ont introduit un g qui était mort ou transformé
en y depuis dix siècles et plus ! Et, pour comble, ils l'ont intro-
duit à une mauvaise place, après n de vingt, c'est-à-dire après le
n de viginti ! Ces Messieurs les grammairiens, beureuse incon-
séquence ! — n'ont pas pensé à introduire ce même g dans froid,
de t'rigidum, dans roide de rigidam. Il est étonnant qu'ils
n'écrivent pas roig à cause de regem et loig à cause de legem.
Mais ils nous ont doté de scier à cause du c de secare, qui s'était
aussi changé en y quelques siècles auparavant, et de sçavoir à
cause de scire, bien que savoir vienne de sapere et non de
scire. Partant nous devons nous féliciter de ce que les gallo-
pbiles ue nous ont pas encore réclamé sçoyî au lieu de soyî et
sçaveùr au lieu de saveur.
Notre système à nous est de suivre l'analogie du français
partout où c'est plausible, de ne pas la suivre dans ses verrues et
ses polypes. Au moment où nous nous occupions d'agencer une
réforme cohérente, la réforme de l'orthographe française était
dans l'air. Nous espérions que les romanistes français réussi-
raient à balayer certaines consonnes ridiculement introduites :
ils ont échoué contre la routine et l'incompréhension des acadé-
miciens. Us ont échoué; mais nous, qui sommes libres, pourquoi
irions-nous jusqu'à imiter les verrues d' autrui? Nous nous
sommes permis d'écrire vint et doit, et. chose plus grave, nous
avons supprimé Vs que le français a introduite à la première
personne du singulier dans toute la conjugaison, écrivant^/ von
à cause de volo, tyi so à cause de su m, fyi vin (venio), fyi prind
( prendo), fyi voleû (volebam), dfèsteù (stabam).
9. La graphie wa n'a pas eu l'heur de plaire à M. D. Pour-
quoi? Est-ce parce que la voyelle a précédée d'un w s'exprime
mieux par oi? Non, mais Frameries prononçant wa comme
le français, on n'y sent pas la nécessité de changer oi français.
Le raisonnement est excusable, mais ce n'est pas se soucier
beaucoup de ce qui correspond à oi français dans les autres
il —
dialectes wallons. Ceux qui prononçaient wè, wé, prétendaient
aussi conserver oi ('). De sorte que, dans tout ce qui s'est écrit
en wallon eu dehors de notre orthographe, il n'y a pas moyen
de savoir ce que l'auteur prononce quand il écrit oi 1 II n'y a
qu'un seul remède à cet abus de la graphie oi : c'est de faire
écrire wé, wè, ma, ivâ, wo suivant la prononciation locale.
io. L'abus des signes w et k donnerait, dit-on, aux dialectes
wallons un aspeci germanique. — C'est répéter ce que nous
avons dit nous même; nous sommes donc d'accord sur le principe.
Mais où est l'abus? M. I). a-t-il jamais vu écrit du picard ancien?
Sans doute. Il sait «loue que les dialectes romans du Nord
ne répugnaient pas a remploi de w et de k. Le texte picard
d'Aucassin et Nicolete écrit ki à côté de qui, kaitif à côté de
caitif, manke et non manque, waucrer, waumoner. Philippe
Mouskès écrit enkor, ki. arceveskes, rike (riche), clokète, triuwe
(trêve), lieiiwe (lieue), waiter guetter), wès (us). Les exemples
foisonnent dans les écrits namurois et liégeois. L'emploi de w
et A" se justifie doue par la tradition. Au reste, nous n'abusons pas
de ces deux lettres, puisque, partout où le français emploie c et
(]ii, nous en usons de même. Il n'y a qu'une exception à cette
règle de bonne analogie : c'esl lorsque le c dur se trouverait en
wallon devant c, /". Si commencer se dit comincher en Hainaut,
cumincî en verviétois, il est kiminct à Liège et nous ne pouvons
pas écrire ciminci, ni quiminci, ni cuimincî. Xos graphies nous
sont dictées par des circonstances plus fortes que nous, tandis
que nos contradicteurs s'imaginent toujours que nous les choisis-
sons par caprice, pour taquiner les habitudes reeues et barba-
riser les textes. En conséquence, il faut employer le k ailleurs
encore que dans les mots d'origine étrangère, dans uake, kèryi
(charrier), kèrki (charger), keude (coudre), kèyére (chaise), keuy
(chu), qui ne présentent qn ni en français ni en latin. Pour le w,
nous n'approuvons pas plus scouatei que ouallon : c'est sewatèy,
walon, wé, watyûre (2) qui s'imposent.
il. M. D. loue notre emploi de la demi-consonne y. Cependant
il ne se fait pas une idée tout-à-fait adéquate de son emploi (s).
Sans quoi décrirait leny, fuinèy, aiwéye (aiguille), ab"yi (habillé).
(*) Un correspondant hennuyer nous écrivait un jour que, dans sa loca-
lité. « connaître » se disait counoite. Invité à préciser quel était Le son qui
se dissimulait sous cette graphie équivoque, il transcrivit counwote !
(2) M. D. écrit par inadvertance wadgnre avec 1111 g.
(5) Jamais notre y n'équivaut à ii.
(i
— 82 —
Il ne proposerai pas de conserver /// pour y, juste au moment où
en France le signe de / mouille vient, de perdre le son de / mouillé.
Le signe y esl si commode, si simple que les Français devraient
l'adopter; le signe /'// est si incommode, si compliqué, si équi-
voque enfin que les Français devraient le rejeter. Cet ///.disions-
nous, • a toujours été une cause d'embarras; il ne correspond
plus a la réalite ». M. D. nous l'ait l'honneur de nous citer, puis
il conclul a la conservation de /'//. Nos arguments ont donc,
glissé sur lui.
Les Borains n'ont aucune raison d'adopter ly, dit-il, puisque,
dans aucun de leurs mots, il n'existe d'ill mouillé « proprement
dit ». M. I). a l'air de comprendre (pie nous lui conseillons
d'écrire papilyon quand il prononce papiyon. Eh bien! pas du
tout. Si vous prononcez milyon, écrivez milyon; si vous pro-
noncez papiyon, écrive/, papiyon. Ce que l'on déconseille, c'est
d'écrire papillon, parce que personne ne sait si vous prononcez
cela comme les Français d'aujourd'hui ou comme les Fiançais
d'hier; parce que les provinces n'ont pas encore adopté la mode
parisienne et que ill, en conséquence, est équivoque. Vous aurez
beau me citer le gl italien et le // espagnol; cet argument ne me
touche guère, puisque vous ne proposez pas d'écrire papiglon.
Ce qui est plus grave, vous citez la « tradition » boraine; c'est
la prononciation boraine qui a « prévalu »; c'est une « abdi-
cation » de supprimer le signe ill « puisqu'aujourd'hui tous les
peuples latins le prononcent comme les Wallons l'ont toujours
prononcé ». M. D. voudra bien nous accorder que #7 et // ne sont
pourtant pas ill, en sorte que le français seul se sert de ill, et non
tous les peuples latins. Le patriotisme fait faire à l'auteur une
confusion entre les signes et les sons. Si d'autre part le borain
prononce y aujourd'hui un groupe qui a été (' / ou gl. puis yl,
pour devenir ly (/ mouillé), il a subi la même évolution que les
autres peuples; il n'a imposé sa prononciation à personne; et,
quant à la façon de figurer cette prononciation, si l'italien en est
resté au stade gl et le français à il, ill qui représente la pronon-
ciation yl d'il y a dix ou douze siècles, ce n'est pas une raison
pour adopter ce gl ou cet ill; au contraire. Ce serait affubler un
jeune homme d'une défroque de vieillard Ce serait abdiquer sa
jeunesse et le droit de renouveler le vieux costume graphique
des mots. De quel côté serait l'abdication?
12. De même, c'est parce (pie le français a tort d'écrire nous
portions et des portions que je désire supprimer cette équivoque
— 83 —
en wallon. Puisque l'espagnol et l'italien touchent M. I)., qu'il
regarde comment le -tion français s'écrit dans ces deux langues
(il. venerazione, propagazione, ambizione; esp. narracion, cor-
rupcion, émotion), il sera moins fasciné par la graphie française;
il ne craindra ni constitution, ni portion, ni action ou acsion.
i3. Pour liyon, M. D., emboîte l'argument contraire. Tantôt
il voulait conserver -ill- et -tion parce que la prononciation
boraine est conforme au français. Ici il prétend conserver la
graphie française, bien que la prononciation soit différente,
C'est parce que, en fait, M. D. se guide d'après des répugnances
et des sentiments. Son siège est fait, son parti pris avant qu'il
n'argumente. Répétons donc pour le cas de lion ce que nous
avons déjà dit : si vous l'écrivez comme en français, je le pro-
noncerai comme en français, en une syllabe, soit lyon. Si vous
l'écrivez liyon, vous m'apprendrez qu'il y a une syllabe li et une
syllabe on, liées par un y qui se prononce plus ou moins suivant
les régions et suivant les individus. Vous êtes libre d'écrire
comme vous voulez et de me tromper par vos graphies, mais je
veux avoir le droit de prononcer ce que je vois écrit.
Les exemples fournis par M. D. ne prouvent donc pas que nous
ayons préconisé des règles incompatibles avec le génie de son
dialecte. Aucun d'eux ne démontre que les créateurs de l'ortho-
graphe wallonne n'ont pas une connaissance suffisante des
dialectes hennuyers. Pour adapter une graphie à un son, il n'est
pas nécessaire de savoir tous les mots d'un dialecte. Celui qui
sait moins de mots et plus de phonétique est beaucoup mieux
préparé pour déterminer l'orthographe d'un dialecte que celui qui
sait plus de mots et moins de phonétique.
Au fond, n'y a-t-il pas quelque malentendu entre M. D, et
nous? Pour M. D. notre orthographe se confond avec l'ortho-
graphe phonétique. De là certaines erreurs de son Vocabulaire.
Certes nous tendons au phonétisme, mais avec bien des atté-
nuations. Ainsi nous écrivons, tout aussi bien que M. D., clicotia,
blaria, èscoiwion au lieu de -ya, -yon. Nous conservons les
lettres finales muettes qui attestent l'étymologie du mot; au lieu
des graphies blouk, bideu, catwar, crabo, gado, corau, qu'il
nous attribue, nous écrivons blouke (fr. boucle), bidet, catwâre,
cras-bos, gadot, corô ou corde (fr. courroie) (')• En revanche
- (') Le liégeois prononce et écrit corûye. haye; le framerison prononce
et peut écrire corô, «. mais il peut aussi conserver I'e muet du français
courroie, haie.
-84-
nous repoussons pusse pour pus' (puits), colibète pour quolibet'.
Nous conservons la douce finale dans dalâge, pwalâge, iêve
(lièvre), cachîve, ga.de, m'atind-je, mâgue, (maigre), parée qu'elle
est étymologique et qu'elle se prononce douce dans certains cas,
par exemple devant une voyelle initiale. Nous écrivons, tout
comme M. I)., (fiiiue, dèsconcanèy, et non kine, dèskonkanèy,
mais aussi broke (fr. broche), et non broquc. Nous notons soi-
gneusement la voyelle longue et fermée dans skeùie (secouer),
cèmintiêre (cimetière), etc.
Voici d'autres mots où l'orthographe de l'éditeur et la nôtre,
bien enseignée cette fois, sont en présence. Nous ne craignons
pas d'en offrir la comparaison à tout lecteur non prévenu.
Orth. Dukrane
aroïie
arrousette, barrette
artoile
assayie
bauffe (petite cave)
bauillie
bèrdouille
billettes
bi'n-aise
brain
busïe
causse
cerque
couaille
coueillie
doûgt (doigt)
dueil, sueil
eindamei
t'ourbillïe
gaillie
habeille
mouiat
pouail
saillette
waillin
Orth. de la Soc. Wall.
aroyî
arousète, barète
artwal (fr. orteil)
assayî
bôfe
bôyi
bèrdouye
biyètes
binaise
brin (fr. bren, embrener)
busyî ( = bus'yîj
eau s' (chaux)
cèrke (cercle)
cwaye (caille)
cwèyî (cueillir)
dont
dwèy (deuil), swèj7
indamèy (intaminare)
fourbiyî
gayî
abèye
mouya (liég. mouwè
pway (poil)
sayète
wayen
Notre orthographe n'a certes pas la prétention d'être impec-
cable, puisqu'elle n'est pas exclusivement phonétique et qu'elle
comporte une certaine somme de transactions. Encore convient-
il de ne pas lui attribuer par erreur des vices qu'elle a pris soin
d'éviter. Le système que nous préconisons est le fruit d'une étude
approfondie; une pratique de plusieurs années en a l'ait ressortir
les avantages. Nous reconnaissons toutefois qu'il est susceptible
de s'améliorer et de se compléter. C'est ainsi que M. D. nous
révèle l'existence à Frameries d'un œ fermé nasal qu'il transcrit
par un : pûn (pomme;, inrùn (discorde), d'rûnbèy (dérober .
Cette graphie est parfaitement acceptable.
Nous serions heureux si les explications qui précèdent pou-
vaient dissiper chez M. D. ses dernières préventions contre
l'orthographe dite « liégeoise » et lui faire voir que nous sommes
bien près de nous entendre.
XI
La zone picarde-wallonne (')
étudiée par le R. P. Grignard.
L'œuvre couronnée du P. Grignard sur les patois de l'Ouest-
wallon n'a pas eu la chance d'être corrigée et remaniée amou-
reusement par lui pour la publication dans nos Bulletins. Sa
vocation l'a conduit aux Indes, où il évangélise les Faharias ou
les Lepchas à la mission de Kurséong, au pied de l'Himalaya, au
lieu de peser des syllabes picardes ou wallonnes à Charleroi. Peu
avant son départ, il avait bien commencé une refonte de son
premier manuscrit, dont les grandes pages pleines de surcharges,
d'additions aux marges, de notes intercalées en des temps divers,
n'étaient pas déchiffrables pour un imprimeur. Mais il n'a pas
eu le loisir de pousser très loin ce travail. Il s'est arrêté au début
de la lettre o, et encore renvoie-t-il souvent du second manuscrit
au premier, compliquant ainsi la publication au lieu de la faciliter.
Quant aux trois autres quarts, il a dû se contenter de biffer
au crayon des mots, des exemples, des membres de phrase incri-
mines par le jury et d'ajouter des numéros aux paragraphes. Or,
on a vu par le rapport de M. A. Doutrepont que le jury aurait
désiré une mise en valeur beaucoup plus intime et plus labo-
rieuse des précieux matériaux accumulés. La mission m'est échue
d'opérer ce travail. Je dois donc dire en quoi j'ai respecté l'œuvre
(') Préface de la Phonétique et Morphologie des dialectes île l'Ouest-wallon.
par Adelin Grignard, S. J.. éditée par J. Feller, dans Bull, de la Soc lié»-.
de Littér. wall., t. 5o, 2e partie, 1909.
86 —
première, en quoi j'ai cru devoir la transformer, à mes risques et
aux risquer de l'auteur — absent et consentant.
L'œuvre de M. Grignard a l'avantage, ou la disgrâce, suivant
le point de vue, qu'elle n'expose pas l'étude d'un dialecte wallon
naturellement délimité, offrant, à tous les endroits, sur tous les
points importants de son vocalisme, le même traitement presque
invariable, n'ayant que des variations légères de détail, comme
de tchantnut a tchantneiit ou demwart à mwtrt. La région étudiée
ici n'a pas d'unité. C'est une zone de transition où se croisent et
s'entrecroisent deux dialectes. Les esprits purement spéculatifs
objecteront que toutes les régions sont intermédiaires, que dans
toutes se présentent des limites phonétiques, en deçà et au delà
desquelles les mêmes mots ne sonnent plus du même son. Nous
leur répondrons qu'il y a différences et différences : il ne faut pas
seulement les compter, mais les peser. Les unes sont presque
négligeables, les autres sont radieales, et, accumulées, impriment
la sensation bien nette du passage d'un idiome à un autre. Telle
est la région explorée ici. Deux espèces appartenant à des genres
différents, le rouchi, du domaine picard, et le namurois, du
domaine wallon, s'y rencontrent et s'y entrepénètrent. Ce n'est
pas un centre d'où les eaux gonflées s'avancent rythmiquément
en ondulations successives, c'est un détroit où s'entrelieurtent
les derniers flots de deux mers opposées.
Voilà ce qui rend si compliquée la description phonétique de
ce soi-disant dialecte de l'Ouest-wallon. Cette description, l'auteur
l'avait commencée sans avoir une vue bien nette des oppositions
qu'il aurait à mettre en relief. Il a cru qu'il lui suffirait d'em-
prunter le moule d'un travail analogue fait sur le dialecte de
Namur et d'introduire les variantes dialectales. Mais le dialecte
de Namur est homogène : il n'y a, pas d'homogénéité dans la
région qui s'étend de Waterloo à Chimay et de Walcourt à Thuin.
A mesure qu'il avançait dans sa description, l'auteur s'en est
aperçu. A la fin, il en avait acquis la claire intuition et c'est
alors qu'il a rédigé cette introduction S3rnthétique à laquelle nous
nous sommes gardé de toucher. Il en résulte que l'exposé des
traits dialectaux est resté assez lent et confus. L'auteur y mettait
un peu toutes les questions au même plan. Il faisait la chasse
aux exemples rares et d'étymologie douteuse, tandis que pareille
démonstration réclame des exemples communs et non contrô-
ler sables. Puis il arrivait que certains mots choisis à cause de
leur singularité avaient besoin d'exhiber tout un état-civil de
- 87 -
variantes et de dérivés. Tous ces détails, sollicitant l'attention en
même temps, empâtaient le sujet principal. D'autre part, trop
peu étonné des résultats de son enquête, l'auteur enregistrait les
variations profondes et les superficielles avec la même sérénité,
sans une phrase qui mît le lecteur en arrêt et l'avertît de l'impor-
tance du phénomène. Mon premier rôle a donc été, dans ce
travail de mise au point, de supprimer des causes d'encombre-
ment et de confusion, de sacrifier certains exemples, de délester
l'œuvre des remarques de syntaxe et de lexicologie inopportunes,
de clarifier et de raccourcir les délimitations géographiques des
sons, de donner çà et là, par quelque phrase ou quelque mot
précis, la sensation qu'on avait affaire à une zone de transition et
à un caractère différentiel important.
Forcé de respecter autant que possible la conception d'autrui,
je n'ai pu m'en affranchir aussi complètement que j'aurais voulu.
Il est souvent plus difficile de remanier une œuvre que d'en com-
poser une nouvelle. Ainsi, quoi que nous ayons fait pour rendre
plus saillants les traits spéciaux et réduire la place des caractères
génériques et communs, nous avons conscience de n'avoir réussi
que très imparfaitement Nous avions contre nous à la fois le
sujet, trop composite pour se prêter à une rapide analyse, et
la crainte de trahir notre auteur, trop éloigné pour nous donner
sur chaque innovation son opinion définitive. Puissent mes deux
collègues du jury, qui ont étudié attentivement l'original, estimer
que six mois d'un travail intensif n'ont pas nui à l'œuvre con-
sciencieuse du P. Grignard.
Les changements opérés portent tantôt sur la forme et tantôt
sur le fond. J'ai déjà parlé du travail d'élagage dans les exemples :
il en reste souvent trop, mais le lecteur peut s'arrêter en cela au
bout de deux ou trois exemples probants, et négliger les excep-
tions et explications qui remplissent le reste du paragraphe. J'ai
séparé dans la mesure du possible les phénomènes généraux des
variations particulières. Les indications des limites ont été sou-
vent mises à part, afin que le lecteur puisse les sauter ou les
consulter attentivement, suivant son objet. L'auteur n'a pas
craint la copieuse énumération des communes formant la limite
de chaque phénomène. Il faut lui en savoir gré, et l'on peut être
sur qu'il a déterminé ces limites avec soin et presque toujours
sur place. Quand ces listes faisaient double emploi avec une
carte, je les ai abrégées; celles qui, au contraire, remplaçaient
une carte, ou qui contenaient des considérations théoriques, une
— 88 —
façon particulière de présenter les faits, je les ai conservées.
Parfois l'auteur ne donnait que des titres et des exemples :
j'ai dû alors interpréter les résultats et les classer. Parfois je n'ai
pris que les exemples et j'ai refait tout le cadre de l'exposé
théorique. Il en est arrivé ainsi, notamment, dans la partie relative
aux consonnes. Le jury aurait voulu une disposition à peu {très
semblable à celle de la grammaire de Meyer-Lûbke : je n'ai pas
osé opérer une reconstruction aussi complète; mais, conservant
chaque famille de consonnes, j'ai refait à peu près chaque chapitre.
L'auteur commençait par des accidents phonétiques sans impor-
tance, mélangeait les cas des consonnes simples et des consonnes
doubles, des groupes d'origine latine et des groupes d'origine
romane, ce qui ajoutait une anarchie; nouvelle à l'anarchie natu-
relle1 du langage composite de cette région. Il faisait venir au
même plan et dans la môme liste des phénomènes très distincts
comme la dénasalisation de c dans tchèrpètî (charpentier) et la
disparition de n dans ministerium. J'ai tâché de présenter un
tableau complet des destinées de chaque consonne, les prenant
d'abord entre voyelles ou simples, comme initiales, médiales pro-
toniques et posttoniques, finales; ensuite doublées ; puis en groupe
avec d'autres consonnes, groupe latin, groupe roman, consonnes
précédant et suivant, groupe initial, médial, final. C'est dans
cette partie, où je croyais d'abord n'avoir rien à changer, que j'ai
dû innover le plus.
Partout j'ai essayé d'accentuer les différences entre l'Est et
l'Ouest du pays exploré, entre la région wallonne proprement dite
et le domaine du rouchi. Rarement l'auteur mettait en opposition
les deux usages. Certes nous savons ce qu'il y a d'artificiel
dans cette action d'individualiser par un nom un idiome local,
mais nous savons aussi combien c'est plus clair et plus com-
mode pour le lecteur. Ici d'ailleurs on peut parler de dialectes
différents sans courir le risque d'errer et de prendre des varia-
tions insignifiantes pour des caractères différeneiels tranchés.
Sur ce point il n'est pas possible que je sois en contradiction
avec l'auteur. Il a lui-même synthétisé son opinion dans le cha-
pitre d'introduction : je n'ai fait que la répartir en détail dans les
divers paragraphes. C'est un soulignement, tout au plus.
l 'iiil'ois cependant j'ai dû me mettre en opposition avec des
idées de l'auteur et je n'ai pas toujours indiqué en note ces
divergences, pour ne pas me poser en critique de l'œuvre savante
que j'avais à publier. Ainsi j'avertis ici que l'auteur, dans une
longue note ajoutée au § 82 (L + consonne) et que j'ai fondue
dans ce paragraphe, croit, avec son guide Xiederlànder, que /
est tombée après e dans bellum : bia, sans se vocaliser en u.
Je lui ai endossé dans mon texte l'opinion contraire : « dans le ia
namurois, qui est pour iau, u s'est résorbé » (§ 82). Je dois donc
assumer la responsabilité de divers changements de rédaction
qui impliquent une autre façon d'interpréter les faits. Peut-être
aurais je dû avertir, comme je l'ai fait dans une note à la fin du
§ 36 pour a représentant in et in de. Mais la théorie en tout
ceci n'est-elle pas une chose accessoire? Ce que le linguiste recher-
chera dans ce travail, ce n'est pas une explication conjecturale,
ee sont des faits, des faits nombreux et classés avec ordre.
J'ai ajouté une couple de cartes, une pour où : wè (frou, f'rwè,
frigidum), une pour doûr : dwam (dorm(i)o), qui montrent
la distribution géographique de deux traits d'une importance
capitale. J'ai essayé de rendre plus parlantes certaines autres
cartes, par exemple celle de l'imparfait, celle de la seconde per-
sonne du pluriel en -èz, -éz, -iz, -ôz, -ouz, celle de la troisième
personne en -tè, -et, -mit, -liât, -net.
Le mot mis entre parenthèse après un exemple wallon a sim-
plement pour but de faire reconnaître facilement par un étranger
l'identité du mot wallon, et non de fournir au linguiste, qui n'en
a pas besoin, l'étymologie du mot. Pour y arriver, nous choisis-
sons tantôt la forme latine, pleine ou syncopée suivant l'oppor-
tunité, tantôt la forme française collatérale. Quand il n'y a pas
d'erreur possible, nous omettons toute traduction. Pour alléger
le texte propre, nous avons rejeté souvent dans cette même
parenthèse des variantes dialectales, que le lecteur pourra délais-
ser s'il est plus désireux de trouver une suite de formes concor-
dantes que curieux de divergences et d'exceptions.
L'auteur n'a pas choisi pour ses exemples une orthographe
purement phonétique. Il a cru, et personnellement nous aurions
mauvaise grâce à lui en faire un reproche, il a cru devoir adopter
celle de la Société de Littérature wallonne, en se rapprochant
toutefois du phonétisme et en laissant les tolérances analogiques
permises. Ainsi son travail sera plus accessible à toute une caté-
gorie de lecteurs. Quant aux philologues, il n'y a pas pour eux
d'erreur possible de lecture dans ce système, s'ils veulent bien
retenir que l'e non marqué d'accent représente Ve muet du fran-
çais, que les consonnes finales non suivies de la minute (') sont
muettes, que la consonne douce et sonore finale est forte et
— 9° —
sourde dans la moitié dos cas, que les voyelles nasales sont écrites
comme en français. On a d'ailleurs averti de la prononciation
dans le texte, quand on prévoyait une confusion possible.
Il nous restera, au cours de l'impression, à dresser un index
des mots wallons cités.
Une dernière réflexion, au sujet du titre. Cette région étudiée,
l'auteur l'appelle Ouest-wallon : je la nommerais volontiers zone
picardo-wallonne. La raison de cette différence gît dans la façon
d'interpréter les faits. L'auteur choisit une limite séparative
(c -f- a, voir l'Introd.) en décidant qu'elle est la plus importante
et que le wallon commence à cette limite. A notre avis, on tombera
dans l'arbitraire chaque fois qu'on voudra, en fait de délimitation
dialectale, choisir pour frontière une ligne et non une zone.
Il ne faut pas adopter de ligne-limite. Les partisans des solutions
simplistes y trouvent leur compte, non la vérité. L'expérience
nous montre que les dialectes se compénètrent à leurs confins
comme les ondulations de l'eau parties de deux centres voisins.
Une lutte pour la vie se produit là entre les phonèmes syno-
nymes, et le résultat, c'est la bigarrure dont nous tenons ici un
superbe exemple. Le faisceau des limites importantes, depuis
la plus occidentale jusqu'à la plus orientale, enserre une bande
de terre qui est la vraie limite, la marche commune entre les
deux dialectes.
L'auteur avait commencé, en attendant l'opinion du jury sur
le présent travail, une Phonétique et Morphologie des dialectes de
la Haine. Il n'en a fait que la phonétique, et pour la morphologie,
des tableaux de conjugaison. Il nous a livré son manuscrit,
précieux bien qu'inachevé. Peut-être aurons-nous quelque jour le
loisir de le compléter et de le publier.
XII.
Pour la Typonymie wallonne.
Comment faut-il faire la toponymie d'une commune ? (l)
C'est surtout en toponymie que les concurrents nous donnent
(') l'aies détachées d'un rapport lu à la séance <le mai 1907. sur deux
travaux de toponymie, et inséré dans le Bulletin du Dictionnaire, 2e année.
1907, p. 1-10. L'assemblée avait décidé de publier incessamment cette partie
générale, qui pouvait être utile dès cette année aux participants du
10e concours. —On sait que la Société liégeoise de Littérature wallonne
inscrit au programme de ses concours, depuis plusieurs années, une « Étude
sur la toponymie d'une commune wallonne ».
— 9i —
— très savamment parfois — ce dont nous n'avons que faire,
quittes à ne pas nous fournir ce (pie nous demandons. Comme
d'autres auteurs sont déjà tombés dans ce défaut (2), il sera
peut-être d'un intérêt assez général de préciser le but du con-
cours, de tracer dans ses grandes ligues le programme des
recherches à faire, de délimiter une bonne fois pour les concur-
rents futurs ce qui est indispensable, ce qui est suffisant, ce qui
est facultatif.
Lorsque la Société a inscrit la toponymie parmi ses questions
de concours, elle a été mue par les considérations suivantes.
En soi, par son contenu, la toponymie relève plus de la linguis-
tique que de l'histoire proprement dite. Elle prête à l'historien
des matériaux dont il peut tirer des conséquences historiques,
mais c'est le philologue qui doit étudier les noms de lieux. Ou
plutôt, comme ces qualités de philologue et d'historien sont des
abstractions et peuvent se rencontrer réunies, à des degrés divers,
chez les savants, disons que c'est faire œuvre de philologue que
de recueillir, définir et expliquer les noms, œuvre d'historien
d'en tirer des arguments et des conséquences. Une société qui a
inscrit la philologie à son programme ne peut se désintéresser de
la masse énorme de termes qui ont servi dans notre région à
dénommer, depuis vingt-cinq ou trente siècles, les eaux et les
bois, les monts et les vaux, les lieux habités, les lieux cultivés,
tous les accidents de terrain, tous les phénomènes de colonisation
et d'appropriation du sol. Ces termes font partie du langage; ils
évoluent dans leur phonétique et leur signification au même titre
que les autres. Ce qui les différencie, c'est qu'ils sont plus diffi-
ciles à observer et à recueillir. Parfois même ils n'existent que par
unité. Or ces termes ne sont explicables et significatifs qu'à deux
conditions. D'abord il faut bien connaître la nature de l'objet
dénommé, dans le présent; et, cet objet étant immeuble, on doit
aller à lui pour le connaître ou bien avoir recours aux lumières
des indigènes. Ensuite il faut pouvoir remonter dans le passé des
lieux et de leurs habitants.
Une société comme la Société liégeoise de Littérature wallonne,
un philologue, un historien ne peuvent se transporter partout,
pour étudier à loisir les lieux et les dénominations. Us ne peuvent
que s'évertuer sur les matériaux fournis par les travailleurs
(2) Les auteurs des toponymie* de Francorehamps. de Spa, de .Tupille. de
Jamoigne.
— Ç)2 —
locaux. Ils demandent donc ces matériaux aux gens instruits et
de bonne volonté qui connaissent à fond la topographie de leur
commune. Que faut-il doue savoir et quel travail faut-il exécuter
pour être à même de fournir à la Société wallonne une contribu-
tion utile? Nous allons essayer de le dire, de point en point, en
suivant un ordre presque chronologique des opérations.
§ i.
La première condition est de connaître la région à décrire par
le menu. On ne doit pas se contenter de puiser dans sa mémoire
ou dans quelque liste cadastrale : il faut aller visiter les lieux,
pour se rendre compte de visu de la nature et des qualités de
l'endroit. Quelles sont les dimensions approximatives, l'altitude,
les limites, les lieux avoisinants, la nature du sol? Cette visite
doit aboutir à une description topographique précise, courte, de
l'objet; elle pourrait se réduire à deux ou trois lignes de texte,
souvent a moins quand il s'agit de prés, de labours, de propriétés,
à condition qu'on ait soin de tracer de bonnes cartes.
Les cartes sont indispensables. Celui qui entreprend de décrire
sa commune doit s'en faire une carte étendue et complète. D'ordi-
naire l'hôtel de ville de la commune en possède une de grande
dimension. Mais c'est un plan cadastral se préoccupant beau-
coup plus des limites des propriétés que des noms originaux.
11 ne contient qu'une minime partie des noms à relever. En
outre, il ne dit rien du relief du sol qui joue un si grand rôle
dans les dénominations. Le relief du sol sera donné par la Carte
de l'Institut cartographique militaire au vingt millième. A l'aide
de ces deux cartes, le concurrent devrait fabriquer une carte
toponymique assez grande pour être bien lisible, qui indique à la
fois le relief du sol avec les lignes hypsométriques de cinq en cinq
mètres, et qui retienne de la division cadastrale des terres ce qu'il
juge utile comme argument, sans exagération de détail. La numé-
rotation cadastrale des propriétés n'aura que rarement de l'impor-
tance. Ce travail préparatoire achevé, l'auteur inscrira les noms
fidèlement, soigneusement et, si j'ose dire, calligraphiquement,
avec la pensée que sa carte devra être gravée et reproduite par
l'impression. Qu'il soit bien pénétré de cette idée que la recherche
des noms est sa besogne fondamentale, et que l'inscription précise
de «es noms en bonne place sur la carte équivaut à un procès-
verbal d'identité entre le nom et le lieu. Tout le reste est commen-
taire, éclaircissement, démonstration.
-93 -
Jusqu'ici, le travail n'est guère une œuvre dé philologue ou
d'historien; c'est plutôt une œuvre de géographe, avec cette
différence capitale toutefois que le géographe ne donne le nom
que comme un moyeu facile de reconnaître le lieu, tandis que le
toponymiste donne les indications topographiques pour définir et
expliquer le nom.
Tous les renseignements ainsi rassemblés contiendront déjà la
solution de maintes questions de linguistique et d'histoire. Il est
cependant des termes, et ce sont les plus anciens et les plus inté-
ressants, qui ne se laisseront expliquer qu'en remontant dans le
passé. Ici le procédé d'exploration est tout autre, et moins à la
portée de tous les concurrents. Il consiste à chercher dans les
archives manuscrites des traces de l'ancienne toponymie commu-
nale, à consulter les anciens plans terriers, les vieilles listes
cadastrales, les registres aux tailles, aux contributions foncières,
les recueils aux œuvres et procès relatifs à la propriété, les procès-
verbaux de uisitation et cirquemanage, à noter (avec la date de
l'acte et les indications de registres pour rendre toute vérification
facile) les faits intéressants relatifs aux lieux et surtout les
anciennes formes de ces noms curieux dont il s'agit de déchiffrer
l'origine et de suivre l'évolution.
Cette partie historique ne peut se résumer par une carte. C'est
pourquoi tout nom qui ne s'explique pas de soi-même en raison
de sa modernité doit avoir son article, plus ou moins touffu
suivant la qualité du nom lui-même, suivant l'abondance ou la
pénurie des documents. On ne demande pas aux auteurs de
bourrer leurs articles de conjectures sans preuves et d'exercices
de haute voltige étymologique : on leur demande plutôt des faits,
et on les laisse libres d'abandonner aux philologues de profession
le soin de tirer de ces faits des conjectures et des conclusions
scientifiques.
Dans cette recherche à travers le passé toponymique d'une
région, il se présentera bien des noms tombés en désuétude,
qui ne pourront trouver leur place sur la carte, et faute d'iden-
tification précise, et parce qu'il n'est pas bon, sur une carte, de
confondre le passé avec le présent : ces noms devront aussi avoir
leur article, qui sera d'autant plus intéressant et plus précieux.
La toponymie d'une commune ne doit pas se limiter volontaire-
ment à retracer l'état présent; elle doit essayer d'atteindre le
passé. Ainsi la reproduction des cartes anciennes, d'anciens plans
serait une bonneaubaine, qui enrichirait singulièrementun travail.
- 94-
Si un concurrent se trouve avoir les connaissances nécessaires
pour faire la description topographique de sa commune, sans
avoir le goût ou les aptitudes nécessaires pour consulter les cartu-
laires ei les archives, rien ne l'empêche de s'associer à un colla-
borateur à qui le travail oppose serait plus accessible. Il y a dans
nos dépôts d'archives assez de jeunes savants formés aux bonnes
méthodes, qui savent à quelles conditions un travail local peut
contribuer a un ensemble; il y a dans nos écoles des maîtres
d'histoire «pie la lecture de poudreux manuscrits ne rebuterait
pas : les uns et les autres ne demanderaient pas mieux (pie de
contribuer pour leur part à un travail de ce genre. Je souhaiterais
(pie toute œuvre de toponymie communale fût le produit de la
coopération d'un habitant de la commune, instituteur, secrétaire
communal, desservant, arpenteur, garde-forestier, etc , et d'un
spécialiste archiviste. (')
Être aussi complet et aussi précis que possible dans les rensei-
gnements, consulter tour a tour le sol et les vieux écrits, c'es-1
tout ce qu'il faut pour produire un travail utile à la science. Que
les concurrents cessent de s'imaginer que nous leur demandons,
à la place ou à côté de ces renseignements, des tours de force
étymologiques. Ils font fausse route s'ils considèrent ce sport
dangereux comme le tout ou le principal de leur œuvre. S'ils ne
savent rien du celtique, qu'ils laissent dormir le celtique, qui n'est
pas d'ailleurs du ressort de la toponymie locale. 11 y avait dans
l'ancien libellé du concours une clause qui recommandait la
comparaison des noms découverts avec les noms présumés iden-
tiques d'autres endroits : cette clause a été rapportée; elle ne
figure plus depuis plusieurs années dans le libellé. Non pas (pie
la méthode comparative soit prohibée, mais elle exige plus que de
la bonne volonté. L'un va chercher ses analogies dans l'Hérault
ou le Tarn au lieu de regarder autour de lui; l'autre étale du
celtique parce que, au premier nom de cours d'eau, il peut copier
f1) Tout archiviste ou employé d'archives, désireux de servir la science.
devrait d'ailleurs prendre la bonne habitude de noter au passage, dans ses
lectures de documents, les noms de lieux qu'il rencontre. Ces indications
rapidement jetées sur fiches et centralisées peu à peu formeraient des
répertoires inestimables. On objectera (pie les documents sont utiles à bien
des points de vue. et que, si on devait s'astreindre, au cours d'une recherche.
a noter tout ce qui se rencontre d'intéressant, l'accessoire étoufferait
souvent le principal. Je le sais, et pourtant j'insiste. Toute notation,
même générale, signalant simplement la richesse toponymïque de tel
registre, sera une indication utile aux chercheurs futurs.
- 95 -
d'Arbois de Jubain ville on, plus simplement, la partie parue de la
Toponymie namuroîse de Roland : niais, arrivé a la partie romane,
il divague si follement qu'on s'aperçoit bien alors que toute cette
science celtique était du plaquage, de l'emprunt plus on moins
adroit, et que les principes les plus élémentaires de la phonétique
lui font défaut. Laissant donc aux linguistes et aux historiens de
profession l'examen de ces problèmes, nous ne demandons réel-
ment au toponymiste local que la précision, l'exactitude, l'abon-
dance des matériaux. Xous le laissons libre de faire de l'étymo-
logie, mais nous ne lui en faisons pas une obligation ni ne lui en
donnons même le conseil: et que. au lieu de faire graviter tout le
monde celtique ou roman autour de son village, il veuille bien
se rappeler qu'on lui demande un deux-mille-six-cent-vingtième
du dictionnaire toponymique de la Belgique.
Qu'importe, pourrait-on dire, tout ce fatras étymologique, si
on vous le donne par surcroît, si le reste est bon? D'abord, celui
qui use son temps a fournir ce superflu fournit rarement le
nécessaire; nous le savons par expérience. Ensuite le mauvais
jette le discrédit sur le bon. Autant une conjecture discrète, une
explication ressortant de la topographie bien observée de l'en-
droit sont légitimes, autant les suppositions en l'air, les vagues
analogies sans base sérieuse encombrent et enlaidissent de leurs
verrues énormes un travail consciencieux.
Il reste à dire aussi un mot relativement a la quantité des
indications requises ou demandées.
La toponymie d'une commune ne se compose pas seulement
des noms que contiennent les cartes ou les dictionnaires géogra-
phiques. A côté des noms de lieux habités, utiles au service des
postes, il y a des centaines de noms de ebamps, prés, bois, haies,
sources, fontaines, arbres, rochers, ravins, qu'il importe de nous
indiquer. Un grand nombre de ces désignations ne contiendront
peut-être qu'un banal nom de personne : c'est possible; mais
alors, cités sans commentaire, ils ne tiendront pas dans le travail
plus de place qu'ils ne méritent. La toponymie locale doit souvent
se résigner à donner trop pour donner assez. Philologues et
historiens chercheront leur butin dans cette mine copieuse, mais
il serait dangereux, pensons-nous, de laisser au toponymiste local
le soin de faire lui-même l'élimination des non-valeurs.
§ 2.
Sur le plan général de l'ouvrage et la constitution de chaque
article, il y a aussi des recommandations à faire.
96
La disposition alphabétique ne paraît désirable qu'en sous-
ordre, 1" dans le détail, pour classer des désignations de même
valeur, 2° pour récapituler, en un index nécessaire, le contenu du
travail. Dans le corps de l'œuvre, il faut établir une classification
logique basée sur la qualité des lieux. Cet ordre n'a rien d'im-
muable encore. Cependant on est à peu prés d'accord pour
observer le principe de classification suivant : traiter des objets
et accidents naturels, cours d'eaux, collines, forêts, ete., avant
de traiter des objets et accidents qui proviennent de l'industrie
humaine, hameaux, chemins, Termes, châteaux, moulins, prés et
terres. L'index alphabétique corrigera du reste ce qu'il pourrait
y avoir de différence sous ce rapport entre un auteur et un autre
auteur. 11 faut éviter en tout cas de placer dans le même chapitre
des choses disparates. Un chapitre Lieu.x dits, bois et chemins
est absolument factice : lieux dits est un terme générique; il n'y
a pas de rapport entre bois et chemins. Le chapitre consacré à
l'hydronymie doit contenir tout ce qui est cours d'eau, étangs,
fontaines, viviers, mais non tel nom de village sous prétexte que
son étymologie rappelle le nom de la rivière. Le caractère hybride
do certains lieux peut seul faire hésiter : faut-il classer les fagnes
parmi les prés ou parmi les bois ou à part? C'est à celui qui étudie
les terrains à prendre parti.
Chaque article devrait être construit de façon invariable. Ce
que nous avons dit plus haut des recherches à faire nous per-
mettra ici d'être bref. Un article de toponymie doit fournir :
i" le nom indigène et le nom officiel. Lequel devra servir de
tête d'article, de l'orthographe officielle ou de la prononciation
locale ? Pour les neuf dixièmes des cas, la solution est tout
indiquée : il n'y a pas de forme officielle, parce que le nom n'est
connu que des habitants de la commune. Pour les autres, il est
préférable de partir encore de la forme wallonne, qui est la seule
vraie et authentique; la l'orme francisée figurera d'ailleurs dans
l'index alphabétique avec renvoi à l'article. Quant aux noms
anciens sans équivalents modernes, il est évident qu'ils ne peuvent
figurer que sous la forme ancienne. S'il y a plusieurs variantes
anciennes, il faudra choisir comme tète d'article, non la première
en date, mais la graphie la plus rationnelle.
2° les indications relatives à l'emplacement; les autres notions
topographiques, s'il y a lieu d'en donner.
3° les formes découvertes dans les chartes, et la date de cha-
cune ; des formules abrégées, aussi peu encombrantes que possible,
— 97 -
pour désigner les volumes et registres «l'archives où on les a
trouvées. Ici encore le choix est nécessaire. Accumuler des pages
de variantes trop peu distinctes ne ferait pas avancer le problème
philologique.
4° s'il y a lien, la discussion des formes recueillies, la mention
d'autres formes analogues à titre de comparaison, le tout présenté
en vue d'éclairer la signification du nom. D'autres arguments de
nature historique pourront aussi être invoques, cela va sans dire;
des citations et des renvois précis aux travaux toponymiques les
plus récents seront parfois désirables ou nécessaires, mais il
importe (pic l'auteur voie bien que, dans un pareil travail, tout
converge vers l'explication intégrale du mot. Quand même il ue
conclurait pas lui-même et ne ferait qu'exposer les pièces du
procès, la même disposition s'impose.
Ajoutons enfin qu'il ne faut pas se battre les flancs pour créer
de longs articles sur des désignations toutes modernes que tout
le inonde comprend. Souvent même une simple mention suffira.
§ 3.
Les considérations et le programme qui précèdent ont pour
but de guider les futurs concurrents et d'endiguer en quelque
sorte un zèle trop susceptible de s'égarer. Nos recommandations
relatives à l'étymologie, nous en avons bien conscience, sont plus
prudentes que généreuses. Qu'on nous pardonne ces défiances en
raison du résultat d'ensemble qu'il s'agit d'obtenir. Le Diction-
naire de lu Langue wallonne ne peut laisser de côté les noms
communs toponymiques, et même nous caressons le projet de
publier plus tard un Glossaire toponymique général de la
Wallonie. Un de nous, M. Baust, en a même fait dernièrement
à la Société la proposition formelle. C'est donc le sentiment
profond du but à atteindre qui nous donne la hardiesse de tracer
des règles, afin d'éviter autant que possible les déperditions de
forces.
Les recherches étymologiques exercent une puissante attrac-
tion. Parmi nos correspondants, plusieurs ne se croiront payés de
leurs peines que s'ils ont découvert eux-mêmes le sens des noms
de lieux qu'ils enregistrent. A ceux-là, nous conseillons de ne
point se livrer au jeu séduisant des conjectures sans avoir médité :
i° pour leur éducation phonétique, le Traité de la formation de la
langue française qui accompagne le Dictionnaire général de
Hatzfeld-Darmesteter-Thomas; 2° pour leur orientation en science
- 98 -
toponymique, la Frontière linguistique de M. Kurtli (l). Ces
livres leur procureront pour plusieurs années ample matière
à méditation. Le dernier leur fournira une bibliographie excel-
lente, qui les guidera dans leurs investigations ultérieures, qui les
mettra en garde par quelques jugements sommaires contre les
ouvrages surannés. 11 sérail injuste de ne pas citer ici la Topo-
nymie namuroise de M. le chanoine Roland, mais le premier
volume, le seul qui a paru jusqu'ici, traitant uniquement des
noms les plus anciens, sera moins utile que les volumes suivants
pour l'étude des lieux dits : il peut servir au même titre que la
Frontière linguistique à l'éducation générale des concurrents
en toponymie. Les quelques travaux de toponymie communale
exécutés avant ceux (pie nous publions dans nos Bulletins,
sont également notés dans l'ouvrage de M. Kurtli. Nous pourrions
compléter ces indications par quelques exemples d'articles, mais
nous pensons que la Toponymie de Jupille (-'), éditée par
M. llaust, fournira un nombre suffisant de modèles variés.
XIII.
L'État des Études toponymiques en Belgique (3).
1. — A diverses reprises, dans les introductions de leurs tra-
vaux; de toponymie, nos auteurs ont jugé bon de démontrer
l'utilité de cette science encore neuve et d'en rappeler les antécé-
dents. En coordonnant ces notes fragmentaires, il serait facile de
composer une histoire de la toponymie en Belgique. Mais, bien
que courte, elle dépasserait le cadre de ce rapport. Xous nous
contenterons d'indiquer ici les passages où les curieux pourront
se documenter.
i° L;i Frontière linguistique de M. Kurth (t. I, p. 6) rappelle
la grosse question posée par l'Académie royale en 1822, sur
l'origine de la différence de langue en Belgique, le mémoire de
Uaoux, la réplique de Meyer. En somme, cette question de 1822,
prématurément posée, aboutit au livre de M. Kurth, qui en est
(') KORTH, La Frontière linguistique en Belgique et dans le .Von/ de lu
France, dans les Mémoires couronnés de V Académie Royale de Belgique.
collection in-8°, (omeXLVIII; vol. 1. i8<p; vol. II, iS<,s.
(2) Elle .1 paru dans le tome 49 du Bulletin.
(6) Rapport présenté au Congrès de la Fédération areh. et hist. de Belgique
tenu à Liège en 1909. Inséré dans les Annales du XXIe Congrès de la Fédé
ration, t. II, pp. S.'{ 1 853.
— 99 -
une réponse éloignée de soixante-quinze ans. Preuve qu'il n'est
pas toujours mauvais d'attirer l'attention sur des questions pré-
maturées.
■2" A. -G. Chotin, dans les Prolégomènes à ses Études sur les
noms de villes, bourgs, villages, hameaux, rivières et ruisseaux
du Brabant, publiées en 1859, remémore les appels faits par le
ministre de l'Intérieur aux Commissions provinciales de statis-
tique en 1843, les mémoires de Willems, de J.-J. de Smet en i85o,
puis le concours ouvert par la Société provinciale des sciences, arts
et lettres du Ilainaut pour obtenir une toponymie du Ilainaut. On
ne visait alors que les noms géographiques et on ne songeait pas
encore à une exploration toponymique minutieuse. Chotin eut le
prix. Son mémoire, imprimé en 1857, est refait en 1868, après
une seconde étude, celle du Brabant, qui est de 1859.
3° Dans l'intervalle, avaient paru les deux travaux de Grand-
gagnagne, le Mémoire sur les anciens noms de lieux de la Belgique
orientale, 1854, et le Vocabulaire des mêmes noms, 1859. Signa-
lons ici, dans le même ordre d'idées, le remarquable travail de
Piot sur les pagi de la Belgique, 1876.
4° La même introduction de M. Kurth (p. 11) signale une
proposition faite en 1877 par le curé Sulbout à l'Institut archéolo-
gique du Luxembourg, tendant a faire recueillir en détail la
toponymie de cette province. Le dixième volume des Annales
de rinstitut archéologique du Luxembourg (1878, pp. vm-ix),
retrace cet épisode et la fin de non-recevoir opposée à Sulbout.
5° Les appels réitérés de M. Kurth depuis i885, en vue d'obtenir
des sociétés d'archéologie du pays des glossaires toponymiques
de communes, sont présents à la mémoire de tous. Ils ont été
rappelés dans la même introduction de La Frontière linguistique,
dans celle du Glossaire toponymique de Tongres, par Ulrix et
Paquay (1908), laquelle ne mentionne même que les efforts de
M. Kurth son Glossaire toponymique de la Commune de Saint-
Léger et son intervention dans ce sens à la Société d'Art et
d'Histoire du Diocèse de Liège
6° Enfin la propagande entreprise par la Société liégeoise de
Littérature wallonne a été récemment mise en lumière par
M. Emile Dony dans son article intitulé : Pour la toponymie
{Revue des Humanités, mars 1908) et par la bibliographie que
fournit sur la question le Liber memorialis de la même société
{Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne, t. XLVI1;
1908, pp. 58-59).
IOO —
En réunissant ces divers écrits, le lecteur qui le désire aura
mu' idée des aspects variés sous lesquels on a envisagé la ques-
tion «les recherches toponymiques en Belgique et des faits qui
jalonnent cette histoire. L'étude des noms de lieux peut, en
effet, se faire de diverses manières et à divers points de vue.
Elle peut être entreprise en vue d'une démonstration d'ordre
historique, comme celle des pagi ou de la Frontière linguistique.
Elle peut se proposer une fin linguistique, l'explication des noms
eux-mêmes, dont l'historien et l'archéologue pourront ensuite
tirer parti, à leur tour, pour étayer leurs thèses, telle la Topo-
nymie nnmuroise de Roland. Elle peut se proposer simplement
de dresser le catalogue systématique des noms de lieux d'une
commune, d'une province, d'un pays. Ce qui a été reconnu le
plus immédiatement nécessaire, c'est ce dernier genre de travaux.
Un des meilleurs conseils qu'on puisse donner à des chercheurs
en quête de sujets est celui-ci : « Faites-nous le glossaire topony-
mique de votre commune ». C'est ce qu'a prêché longtemps
M. Kurth et, après lui, la Société wallonne.
11. — C'est un lieu commun, aujourd'hui, de démontrer l'utilité
de ces glossaires aux historiens et aux linguistes; ce n'en est pas
un du tout de la démontrer aux autres, à ceux précisément qui
auraient les loisirs, les connaissances requises pour composer ces
recueils. Et c'est depuis peu même que les sociétés archéolo-
giques, en général, sont converties à l'utilité et à la possibilité de
l'entreprise. Ecoutez-en l'exemple instructif : il expliquera pour-
quoi les meilleures idées doivent subir un si long stage avant de
produire des fruits.
Sulbout avait donc proposé, en 1877, que l'Institut archéolo-
gique du Luxembourg s'adressât aux instituteurs afin d'obtenir
la désignation des lieux-dits et des petits cours d'eau sous leur
prononciation locale. Le secrétaire, M. Dupont, dans son rapport
d'octobre 1877, publié quelques mois après la mort de Sulbout,
reflète l'opinion du comité permanent de la façon suivante :
« Messieurs, nous vous ferons observer d'abord qu'il y a
une quantité innombrable de lieux-dits, et, dans notre province,
montueuse par excellence, un nombre considérable de cours d'eau.
» Réunir tous les noms de ces ruisseaux et de ces endroits
exigerait un travail énorme; et quel serait le fruit d'un tel labeur?
Nul n'ignore* Messieurs, que la plupart des lieux-dits doivent leur
nom a des circonstances fortuites, à des accidents ou à des événe-
ments le plus souvent sans importance; qu'endroits et ruisseaux
IOT —
tirent leur dénomination presque toujours de leur aspect, de leur
situation, de la nature du sol ou de celle de l'eau : en un mot ils
l'empruntent généralement à des faits qui n'offrent guère d'in-
térêt ni de caractère historique, et il serait téméraire de tirer de
ces appellations des inductions a l'aide desquelles on prétendrait
éclairer le passé !
>: Il faudrait, en outre, compulser des montagnes d'archives et
faire des recherches infinies à travers les anciens registres de
l'enregistrement et des hypothèques; car ces dénominations
changent fréquemment de génération en génération, preuve mani-
feste qu'il ne s'y attache le plus souvent que peu de valeur histo-
rique; enfin beaucoup de ces noms se sont altérés dans la bouche
du peuple, au point qu'il est impossible de les reconstituer dans
leur état primitif.
» J'ajoute, pour terminer ce point, que les noms des lieux-dits,
dont la dénomination aurait quelque importance par le fait qu'elle
se conserve à travers les âges, sont consignés pour la plupart
dans les atlas cadastraux et dans ceux des chemins vicinaux, où
il est facile de les trouver.
» Ainsi, Messieurs, le Comité permanent ne méconnaît pas
l'utilité que pourrait offrir le recensement général réclamé par
notre regretté confrère; mais il est d'avis qu'il est impraticable
à cause de l'infinité de ces noms, de leurs variations continuelles
et de la difficulté qu'il y aurait à contrôler les indications four-
nies par les instituteurs. Il serait plus pratique de se borner à
demander des indications sur les noms locaux paraissant avoir
un sens véritablement historique : c'est une question à examiner
ultérieurement. »
Bien que la toponymie eût fait son entrée dans le monde avant
1877, ne soyons pas trop sévères pour cette fin de non-recevoir
opposée à l'intelligente initiative de Sulbout Trente ans se sont
écoulés depuis : trouverait-on, aujourd'hui, un beaucoup plus
grand nombre de lettrés qui comprissent l'importance et le rôle
de la toponymie ? Le rejet de la proposition ne nous scandalise
pas; ce qui nous a semblé hautement intéressant, ce sont les
considérations du refus, qui sont toujours d'actualité. Remercions
donc les honorables archéologues qui se sont dévoués pour
donner une formule — excellente, ma foi, — à des objections
topiques, qui n'ont pas encore cessé de refleurir fidèlement; puis
examinons-les. Nous échapperons ainsi à l'ennui de parler dans le
vide et de paraître tisser des lieux communs sur l'utilité et sur la
— 102 —
possibilité dos recueils toponymiques. Le premier ordre d'argu-
ments se rapporte à la difficulté du travail « Quantité innom-
brable ouvrage énorme.. .., compulser des montagnes d'ar-
chives , recherches infinies », tel est le premier cri. Mais
pourquoi les savants se réunissent-ils en sociétés, sinon pour oser
des travaux (pie redouteraient la faiblesse individuelle et la
brièveté d'une seule vie? A moins qu'on ne fasse alliance pour
supporter à quarante le travail d'un seul et n'encourir que le
quarantième de responsabilité!
« Difficulté de contrôler les indications fournies par les institu-
teurs ». Ainsi ce sont les instituteurs qui travailleront, et la
société scientifique, n'ayant dans cette hypothèse que la charge
de contrôler leur travail, la jugerait encore trop lourde! Cette
besogne ne sera pas trop lourde : elle sera facile ou impossible;
facile, si le contrôleur sait son métier de philologue; impossible,
s'il ne le sait pas.
Pourquoi demande-t-on aux instituteurs (j'ajouterai aux prêtres,
aux secrétaires communaux, aux gardes forestiers, aux géomètres
du cadastre, aux notaires ou agents des notaires) de dresser des
listes toponymiques? Ce n'est point dans l'intention de faire faire
par les étrangers l'œuvre de la Société. Cette œuvre se divise en
trois parties. La première, qui est la collecte sur place, est impos-
sible à la Société sans correspondants dévoués : celle-ci ne peut
sérieusement songer à se transporter dans les 2.620 communes
belges, à étudier longuement le territoire et à interroger cent
mille personnes. Au contraire, ce travail, réduit à une commune,
est un jeu pour celui qui vit dans sa commune et la connaît
depuis quarante ans. Il n'a qu'à parler de ce qu'il sait, il n'a
qu'une commune à décrire. Demander les matériaux bruts à celui
qui détient les matériaux, c'est croyons-nous, une démarche et
une dépendance nécessaires, honorables pour celui qui fournit ces
renseignements, nullement honteuses pour celui qui les reçoit.
Ce n'est pas un édifice tout construit qu'une société demande à
eel homme expert, mais seulement de quoi le bâtir. Et même,
comme ces matériaux sont de deux sortes, modernes et anciens,
il conviendra de partager la besogne, de demander les noms
modernes aux topographes, les anciens aux archivistes. Qu'un
archiviste s'abouche avec un ami qui est sur les lieux, ou que le
connaisseur des lieux s'abouche avec un archiviste, ou qu'un
homme soit assez compétent pour assumer les deux ouvrages, ou
• pic la Société suggère le travail à deux personnes qu'elle associe,
- io3 —
ou enfin qu'elle consente à recevoir deux ouvrages partiels poul-
ies coordonner elle-même, ce sont des arrangements accessoires
qui peuvent se plier à diverses variations.
La seconde opération peut s'appeler le contrôle des matériaux.
La troisième est le travail de mise en œuvre. L'une et l'autre sont
du ressort d'une société archéologique. Le contrôle exige un
concours de connaissances diverses, topographie, paléographie,
philologie avant tout. Il y faudra de la psychologie aussi : disons
plus simplement l'expérience des fautes que les correspondants
peuvent commettre, car il faut leur reconnaître le droit de se
tromper.
On parait douter ensuite de l'utilité de l'entreprise ou du moins
on affirme que le résultat ne serait point en proportion du labeur.
On insinue (pie ce qui a seul quelque valeur est connu par les
atlas du cadastre et des chemins vicinaux, que le reste est fugitif,
fantaisiste, sans portée, et d'ailleurs corrompu. Que d'erreurs en
peu de mots! Les atlas précités sont utiles, mais, faits souvent
par des étrangers, ils estropient les noms d'une façon si naïve
qu'elle déride les fronts les plus moroses. Chez eux, ans scotons
devient Hausse coton (Vonèche) et petit-tiêr devient Petit-Hier
(le/- Vielsalm). Ce sont des documents bons à consulter, rien de
plus; ils ont d'ailleurs été composés pour enseigner les voies et
las biens, nullement pour enseigner les noms.
Que les noms changent, est-ce une raison pour ne pas les
recueillir? Si on veut dire par là qu'ils subissent des variations
phonétiques, c'est un malheur qui leur est commun avec tout être
existant, animal, plante, idée, vocable. Si on veut dire par la
qu'ils ont une vie très éphémère et que la toponymie d'une com-
mune se transforme complètement à chaque génération, c'est
prendre l'exception pour la règle : la vérité est que la plupart des
désignations sont stables. Et pourquoi d'ailleurs l'éphémère ne
contiendrait-il pas en soi un enseignement?
Enfin il faut relever cette idée que les noms historiques seuls
contiennent un enseignement historique. Je crains de découvrir
en cela quelque immense illusion. Les grands noms ne recèlent
rien de plus poétique ni de plus mystérieux que les petits; les
anciens, rien de plus que les modernes. Rhône et Rhin signi-
fient cours d'eau; Latium, Campanie, Champagne et Flandre
signifient plaine ; Gand, Coudé, Coblenz, Gemûnd signifient
confluent; Bruxelles doit son nom à quelque bois marécageux;
un gué, un pont, un bouquet d'arbres, une colline, une source
— k>4 —
ont suffi, autrefois comme aujourd'hui, à dénommer les lieux.
Bref, ce ne sont pas les résidus étymologiques que peuvent laisser
les analyses «les noms qui ont le plus d'importance pour l'histo-
rien, ce sont les circonstances qui entourent le t'ait même de la
dénomination; ce sont les renseignements qui résultent de groupes
de noms identiques. Ce ne sont donc pas nécessairement les noms
obscurs et anciens qui ont seuls quelque chose à nous apprendre.
D'humbles matériaux sans importance pour le linguiste peuvent
donner à l'histoire d'utiles indications sur le régime de la pro-
priété, sur les époques de défrichement et de colonisation, sur
l'industrie, sur l'aspect ancien du pays aujourd'hui asséché,
essarté et fertilisé, sur la nationalité des occupants d'une région.
Il y a deux ans, au Congrès de Gand, un habile archéologue,
M. Louis Stroobant, a montré victorieusement comment des noms
encore parfaitement intelligibles pour les Campinois peuvent
être révélateurs d'anciens bois sacrés ou de nécropoles histo-
riques. Combien de fois le nom de lieu n'a-t-il pas inspiré ou
guidé l'archéologue dans ses fouilles ? Les tombeux, les hostert,
les paradis ou hemel, les wérixhas, les -sart, les -hem, les -lo, les
-lé, les -ville nous instruisent à la façon des médailles et des
urnes. Un groupe de noms insignifiants aura sa signification
ethnologique ou économique à des yeux avisés.
Nous sommes donc peu touchés de cet argument que beaucoup
de noms de ruisseaux, de champs, de prés, de bois seront d'une
grande banalité. D'abord, ils ne prendront pas dans un recueil plus
de place qu'ils ne valent. Il en est qu'il suffira de citer. Ensuite
il n'importe pas que les glossaires toponymiques des 2.620 com-
munes de la Belgique soient publiés à part et forment une littéra-
ture immense : il importe que, pour un travail d'ensemble, une
société, la Société wallonne ou toute autre, possède en manuscrit
le relevé des désignations toponymiques des communes belges.
III. — S'il s'agit maintenant de dénombrer ce qui a été fait
jusqu'aujourd'hui dans ce sens, je ne puis compter comme glos-
saires de communes les travaux trop partiels de de Smct, de
Chotin, de Tarlier et Wauters, de Tandel; ni les listes qu'on
trouve dans divers dictionnaires topographiques, tels ceux de
Delvaux de Fouron, dedeHyckel, de Vandermaelen, de Jourdain
et Van Stalle : il ne s'agit ici que de glossaires de communes.
Nous avons donc, a ma connaissance du moins, Le Rœulx ('),
(i) .1. MONOYER, Les noms de lieux du canton du Rœulx, Mous, 1879.
— io5 —
Saint-Léger ('), Saint-André lez-Bruges (*), Braine-le-Comte (3),
Bilsen (4), Francorchamps (5), Jupille (fi), Spa (7), Tongres (8),
Gouy lez-Piéton i"), Forges lez-Chimay ("'), Beaufays (ll), Aye-
neux (l2). Les histoires des communes contiennent souvent un
chapitre plus ou moins copieux consacré aux noms de lieux.
Pour ne pas remonter jusqu'aux travaux de Tarlier et Wauters
sur les communes du Brabant, et de Tandel sur les communes
luxembourgeoises, citons, par exemple, le glossaire toponymique
annexé à V Histoire de la bonne ville de Waremme, par M. A.
de Ryckel (l8); la table des lieux dits et la carte que M. Louis
Darras a insérées dans sa Xotiee sur Vogenée lez-Walcourt ; le
chapitre consacré aux lieux dits dans Y Histoire de la ville de
Limbourg, par M. J. Thisquen (u). Dans les Communes namu-
roises, excellentes monographies historiques publiées depuis 1905
sous la direction de MM. C.-G. Roland et L. Lahaye, un chapitre
de topographie fournit un certain nombre de noms pour Auvelais,
Arsimont, Hemptinne. Nous souhaitons que les auteurs ne
craignent pas de donner une extension plus grande à leurs listes
pour les monographies ultérieures.
D'autres glossaires sont en formation. MM. Ulrix et Paquay
annoncent dans leur Toponymie de Tongres, p. 36, un glossaire
de Berg, et, p. 65, un glossaire de s'Heeren Elderen. Le titre
(') G. KuRTH. Glossaire toponymique de la commune de Saint-Léger,
Namur, 1887.
(2) Aug. VAN SPEYBROUCK, dans Annales de la Société d'Émulation. Bruges,
1889.
f:)) C. Du JARDIN et J. CROQUET, Toponymie de Braine-le-Comte, i8y3.
(*) C. HUYSMANS et J. CUVELIER, Toponymische studie over Bilsen, iS<j-.
Publié par l' Académie flamande.
(s) A. COUNSON. Glossaire toponymique de Francorchamps, dans Bull, de la
Soc. liég. de Littérature wallonne, t. XLVI, i<)°^-
(6) Edm. Jacquemotte et Jean Lejeune. Glossaire toponymique de la com-
mune de Jupille. même collection, t. XLIX, 1907.
(7) A. Bonv, Toponymie de Spa, même Société, inédit. 1904.
(8) E. Ulrix et .1. PAQUAY, Glossaire toponymique de la ville de Tongres.
Tongres. 1908.
(9) L.-J. JAQUET, dans la Semaine religieuse de Gouy, 1908.
(,0) Em. DOXY. Toponymie de Forges-lez-Chimay. dans Bulletin de la
Société liégeoise de Littérature wallonne, t. LI, 1909.
(") Jean Lejeune, Edm. Jacquemotte et Ed. Monseur, Glossaire to[,o-
nymique de la communne de Beaufays, dans Bull, de la Société de Littérature
wallonne, t. LU, 2e partie, 1910.
C2) Jean Lejeune. inédit, Paraîtra dans le Bull, de la Soc de Littérature
wallonne en 191 1 .
(13) Dans Bull, de la Soc. d'Art et d'Histoire du diocèse de Liège, t. \ .
p.i66-i85. Sur ce glossaire, cf. Kurth. Front, ling.. t. I, p. 137.
(") Dans Bull, de la Soc. verviéloise d'arch. etd'hist.. t. X, 1908. p. 247-278.
— io6 —
d'ailleurs promel encore davantage et le plan imprimé du travail
d'ensemble comportait, outre Tongres, la toponymie de dix com-
munes. M. Jean Lejeune, de Jupille, continue ses excursions à
travers les communes voisines de son lieu natal et le dépôt des
Archives de Liège. M. l'abbé J. Bastin compte nous donner pro-
chainement la toponymie de Malmedy. Deux autres auteurs ont
entrepris le glossaire de la commune de Polleur. Nous comptons
refaire celui de Jalhay, ébauché jadis par l'eu J.-S. Renier (').
11 est donc permis d'espérer que l'impulsion donnée ne s'arrêtera
plus.
Le travail d'ailleurs deviendra d'autant plus facile crue les
auteurs auront plus de modèles entre les mains. La Société lié-
geoise de. Littérature wallonne ne ménage ni les récompenses ni
ses peines. Les rapports critiques qu'elle publie depuis 1895
abondent en conseils à l'adresse des auteurs éventuels.
lies glossaires toponymiques les plus difficiles à composer sont
ceux des communes dont remplacement est occupé par quelque
grande ville, ancienne et pleine de souvenirs, comme Liège et
Tongres. Là, en effet, l'histoire locale, dans ce qu'elle a de plus
minutieux, peut seule rendre raison des dénominations multiples
que les rues, les places, les monuments, les maisons importantes
ont reçues dans la suite des temps. C'est avec les archives surtout
que ces glossaires doivent être composés, et ils ne peuvent être
de simples glossaires. D'autant plus faut-il savoir gré de leur
œuvre aux deux auteurs de la Toponymie de Tongres, et, à
M. T. (iobert, de son énorme et savant travail sur Les Rues de
Liège.
IV. — Mais, pour être fécond, le travail doit être bien organisé.
Qu'a-t-on fait pour guider dans leur œuvre les chercheurs de
bonne volonté? Dans cette question de méthode, il y a trois choses
a examiner : 1" quels matériaux recueillir?; 20 comment procéder
pour les recueillir?; 3° comment les exposer en un ouvrage? On
paraît beaucoup mieux d'accord sur les deux premiers points que
sur h; troisième.
Ier point. — 11 s'agit donc de composer une œuvre surtout ou
exclusivement documentaire. Il y a à recueillir les noms actuels,
les formes anciennes des noms actuels, les noms anciens qui sont
(') Voyez le rapport sur ce travail inséré dans le Bull, de la Soc. liég. de
Littérature wallonne, t. .'58. p. 1 j)-i>C>. Le mémoire, rendu à l'auteur, n'a
jamais été remanié ni imprimé. Quand la Soc. wall. est rentrée en posses-
sion de ce travail, à la mort de l'auteur, le ms. était à moitié carbonisé.
— 107 —
tombés dans l'oubli, sous leurs diverses formes; à identifier le
nom et l'objet; à expliquer la convenance du nom à l'objet. Ce
dernier article a seul besoin d'éclaircissement.
Si les recherches sur le nom avaient pour but de mieux faire
connaître le lieu, le travail serait d'ordre topographique, ou géo-
graphique, ou cadastral. Mais, en ce cas, il est visible que le nom
ne serait qu'une des caractéristiques du lieu, une des moins
importantes peut-être. Ici, au contraire, les renseignements rela-
tifs au lieu n'ont d'autre but que d'éclairer le nom ; ils sont subor-
donnés au nom; le travail est d'ordre linguistique. Sans doute
le nom seul, sans la connaissance de l'objet, nous intéresserait
moins, il serait moins clair. Le nom a besoin, comme on dit,
d'être identifié avec l'objet. Le toponj^miste doit donc nous mon-
trer l'objet juste assez pour nous intéresser au nom, et par les
attributs qu'il juge à même d'éclaircir la désignation.
2e point. —Les noms, on les recueille à des sources diverses: à la
tradition orale, pour l'usage actuel ; à la tradition écrite pour le
passé. Les sources de la tradition orale sont : les connaissances
propres de l'auteur en première ligne ; l'enquête auprès des gens
experts, des vieux habitants du pays, de ceux qui, par métier,
doivent mieux le connaître, par exemple les secrétaires commu-
naux, les gardes-forestiers et les gardes-champètres. Les sources
écrites sont les chartes, les documents d'archives, les cartes, les
livres concernant la région.
L'identification se fait, pour les noms modernes, sur le terrain.
en s'aidant des connaissances des gens experts cités plus haut, en
s'aidant des cartes existantes, en faisant pour mémoire des cro-
quis sur place. La vue du terrain suggérera nombre d'explications
topographiques et autres qui trouveront place dans l'articule!
consacré à chaque nom.
Pour les noms anciens périmés, l'identification ne peut se faire
que pour autant que les documents fournissent des points de
repère. Il ne suffit pas de parcourir rapidement les archives pour
ne recueillir que les formes ; il faut souvent prendre note du con-
texte qui mentionne les lieux voisins, le propriétaire, l'étendue, la
nature du sol, ou d'autres particularités utiles.
L'objet étant dénommé en raison de ses attributs, non de tous,
mais de l'un ou de l'autre, qui peut être fort accessoire ou fort
extrinsèque, ce serait maigre de se contenter d'inscrire un nom à
une certaine place sur une carte : il faut expliquer, si on le peut,
le rapport entre le nom et l'objet.
— 108 —
.')'' point. — Il s'agit maintenant d'exposer les renseignements
recueillis. Nous n'irons pas jusqu'à (lire qu'un glossaire topony-
mique est formé d'un certain nombre d'articles, tous sur le même
type. Avant de nous introduire dans le détail des noms de lieux,
il convient que l'auteur crée des chapitres d'ensemble qui nous
orientent, en nous montrant la commune par ses traits essentiels
ri à vol d'oiseau, en nous faisant connaître l'état actuel du pays et
même un peu, s'il est possible, son passé. Nous avons besoin de
ces chapitres généraux pour nous intéresserai! sujet.
Dans le corps de l'ouvrage, quel type d'article et quel ordre
adopter? On peut réduire à deux les types d'article que nous
offrent les travaux imprimés. L'un est celui des toponymies de
Saint-Léger, de Francorchamps et de Forges ; l'autre est celui de
la toponymie de Jupille. Chacun a ses avantages particuliers ; le
premier mode condense moins la matière et se laisse lire plus faci-
lement. Le second mode, imaginé par M. Haust pour l'édition qu'il
a donnée de la toponymie de Jupille, a le mérite de mieux préparer
les matériaux en vue d'un classement général. L'écueil à éviter
dans le premier cas, c'est la diffusion ; dans le second cas, c'est la
sécheresse. Peut-être y aurait-il moyen de combiner la forme
méthodique du second mode avec l'allure plus humainement nar-
rative et descriptive du premier. Quelque système qu'un auteur
adopte, il doit vous donner des articles significatifs et qui se prê-
tent à la lecture. Ce serait un leurre de composer maintenant un
travail illisible avec l'espoir que, dans cinquante ans, on s'en ser-
vira plus facilement pour une œuvre d'ensemble. Il faut que les
auteurs se donnent la peine de rédiger, d'exposer clairement, sans
verbiage et sans concentration trop savante, des renseignements
qui seront très variés d'ailleurs, et d'autant plus intéressants que
souvent ils auront été recueillis sur place et non empruntés à des
livres.
Voici le minimum de ce que doit contenir un article :
En tète, le nom moderne, dans la langue du terroir, accom-
pagné du nom officiel francisé, s'il y en a un. Si l'on croit néces-
saire de donner la priorité au nom officiel, comme étant un nom
universellement connu (ex. : Charleroi), nous n'y voyons pas d'in-
convénient. L'ordre des articles seul en sera peut-être parfois
légèrement modifié. Mais si le nom n'a de traduction que les
traductions souvent maladroites ou fantaisistes des tabellions et
des géomètres, il faut adopter la forme patoise, qui a le mérite,
elle, d'être vivante. Enfin, quand les formes anciennes seules
— 109 —
existent, faut-il choisir la plus ancienne? Elle est respectable,
certes, mais elle peut être singulièrement altérée, soit par igno-
rance du scribe, soit par quelque autre accident. Il vaut mieux,
à notre avis, choisir la plus fidèle, qui ne sera pas très difficile
à déterminer, pour peu qu'on ait des variantes. L'arbitraire,
qui risque de fausser parfois le choix, nous paraît moins dan-
gereux que la nécessité de suivre une graphie qui peut être
absurde, qui d'ailleurs, étant la plus ancienne aujourd'hui,
pourrait être détrônée par quelque autre forme antérieure demain.
En second lieu vient le tableau des variantes du nom recueillies
dans les anciens textes imprimés et manuscrits. Ce tableau n'a
d'autre but que de fournir une idée approximative de l'ancienneté
du nom, chose dont l'historien peut se servir, et de donner les
éléments comparatifs pour la restitution exacte et l'explication
d'un nom obscur. Il faut en tout cas s'assurer de l'accord entre
les noms modernes et la tradition, car des noms modernes qui
apparaissent a priori très clairs et très simples sont parfois dus à
des déformations par étymologie populaire (exemples : Pont-de-
loup, issu du Funderlo de 840; Saint- Vincent, issu de Saivinsart).
Celui qui entreprend ces recherches à travers les archives
n'a pas besoin qu'on lui dise dans quelles pièces et dans quelles
collections il a chance de rencontrer de nombreuses formes et
indications toponymiques. S'il n'est archiviste lui-même, il sera
renseigné à souhait par les archivistes de nos grands dépôts.
Peut-être sera-t-il bon ici de mettre les néophytes en garde contre
les excès de zèle, les lectures fastidieuses sans utilité réelle. S'il
est intelligent, par exemple, de noter que telle forme est isolée,
accidentelle, et que telle autre est la forme ordinaire, ce ne serait
guère comprendre le but de ces recherches que de compter com-
bien de centaines de fois une forme se rencontre dans les quatre-
vingts volumes des registres aux œuvres d'une commune. Dans le
travail définitif, ces indications se donnent par la date et par la
mention de la collection, du registre et de la page en abréviations
convenues, assez claires pour renseigner celui qui désire vérifier,
pas assez étendues pour arrêter le profane qui cherche dans pareil
ouvrage des connaissances plus simples. De même que la synony-
mie, le reste de l'article a pour but d'éclairer le terme en appor-
tant ce que la topographie et l'histoire locale peuvent fournir.
Quelle est la nature de l'objet? Où est-il situé exactement? N'a-t-il
pas subi des changements d'attribution ou de forme ? Quelles sont
les particularités intéressantes qui le concernent? Celui qui vise
— 110 —
à fournir Lui-même une explication du nom et qui est capable d'éty-
mologie saura facilement quels traits il doit choisir. Au contraire,
celui qui veut se borner a la mission plus modeste de recueillir
des notes el des arguments utilisables, prévoit plus difficilement
ce qui peut servir dans les cas les plus obscurs, qui sont aussi les
plus intéressants. 11 faut alors (pie ce dernier, en attendant que
l'expérience lui vienne, ne craigne pas d'en dire trop pour en dire
assez.
Quelques auteurs demandent en outre des noms comparatifs,
des analogies de toute sorte, qui sont du ressort de la philologie.
11 nous parait (pie ces rapprochements ne seront faits avec succès
par les auteurs de glossaires que dans les cas tout à t'ait faciles,
c'est à-dire quand ils seront inutiles. Dès lors, à quoi bon embar-
rasser de ces comparaisons élémentaires les glossaires topony-
miques demandés?
Les articles constitués, dans quel ordre devront-ils être rangés?
Disons d'abord que l'auteur fera bien de laisser ces articles en
pages séparées, pour laisser à lui et aux autres la faculté d'amé-
liorer l'ordre choisi Jusqu'ici, sur la façon de coordonner et de
présenter la toponymie d'une commune, les avis sont assez diver-
gents. Certes, il n'est nullement nécessaire que tous les travaux
de ce genre soient coulés dans le même moule. Il n'y a pas grand
mal à ce que les monographies présentent quelque variété par la
rédaction, la disposition, voire par les préoccupations favorites
de l'auteur. Indiquons les divers types proposés et examinonsdes.
L'un voudrait que l'on étudiât d'abord le nom de la commune,
puis ceux des hameaux, des rues, des chemins. La première partie
serait ainsi consacrée aux ouvrages de l'homme. Dans une seconde
partie viendraient les cours d'eau, les accidents de terrain, les
cultures, bois, bruyères, marécages.
Cependant, les cultures, les prairies sont aussi des œuvres de
L'homme. Puis n'est-il pas plus juste de commencer par ce qui ne
dépend pas de l'homme et est antérieur à son installation : le sol,
L'hydrographie et l'orographie; de continuer par les bois, naturels
plus souvent qu'artificiels; puis par les lieux qui dépendent du
travail de l'homme, chemins, prés, terres arables; enfin par les
constructions humaines : fermes, églises, rues, monuments, ponts,
viaducs, chemins de fer? C'est suivre, autant qu'il est possible,
un ordre chronologique des choses et des noms.
A ces deux types s'en oppose un troisième, l'ordre alphabétique
pur et simple. Nous en avons dit un mot tantôt, en tant que le
— III —
plan de l'ouvrage influe sur la rédaction des articles. Ce système
a deux qualités. Il fait venir sous le même titre tout ce qui con-
tient le même nom, quelles que soient les différences de destination
des objets. Ainsi corti Zabê, pré Zabê et fontaine Zabê seront pla-
cés kZabê. Tout se dispose ainsi mécaniquement en vue d'un grand
recueil de toponymie ou belge ou wallonne. L'inconvénient prin-
cipal de cette méthode, c'est qu'elle sacrifie l'avantage immédiat a
un avantage ultérieur. On lira toujours plus facilement et avec
plus de plaisir un ouvrage qui essaye de retracer la physionomie
de la commune et qui n'éparpille point l'intérêt topographique et
historique au hasard de l'ordre alphabétique. Nul doute, cepen-
dant, que cet ordre ne soit de mise dans chaque chapitre, pour
classer des étangs, «les fontaines, des prés dont, logiquement, la
place est indifférente; nul doute qu'un index final ne doive
rassembler ce que l'expose systématique a dû séparer; il y a du
moins accord sur ce point. Les amateurs d'une disposition réaliste
pourraient aussi se rapprocher de la disposition alphabétique en
multipliant moins les subdivisions. Inutile de mettre à part, en
effet, les haies et les heids, dénominations souvent confondues.
C'est faire du zèle de distinguer en chapitres séparés des prés,
des prairies, des assises. Cn chapitre cultures pourrait envelop-
per tout ce qui est prés et terres, d'autant que l'un se transforme
en l'autre assez facilement. Voilà des concessions possibles en vue
de l'utilisation ultérieure du glossaire. Je ferai remarquer aussi,
relativement à l'ordrealphabétique.que rien en réalité ne s'y prête
moins que les dénominations toponymiques. Ainsi Zabê, qui con-
centre diverses expressions, n'est pas un nom de lieu, c'est un
prénom de femme. C'est donc bien à corti que doit se trouver
corti Zabê, à supposer que ce nom demande autre chose qu'une
simple mention. A Zabê, qui sera dans l'index final, il ne doit
y avoir qu'un rappel ou un renvoi. Sinon, tous les noms de per-
sonnes viendront se ranger par ordre alphabétique dans un
dictionnaire toponymique. Il y a des cas où le classement alpha-
bétique devient presque impossible; c'est lorsque l'expression
contient une préposition, un adjectif faisant partie intégrante du
nom. Disos V tiêr, a pi de tiér, est un autre lieu que le tièr. Si
on fait un sort à la préposition dans le classement de Derricre-
Coronmeuse (Vottem, Herstal), Dessous-les Bois (Erezée), Devant-
le-Pont (Visé), à l'adjectif dans Diêrin-patàr (Hollogne-aux-
Pierres, Baisy-Thy. Vogenée), que fera-t-on des innombrables
locutions commençant par a, al, è, so ou soit Elles ne se caseront
— 112 —
pas sans classement arbitraire el sans beaucoup de renvois.
Tels sont les avantages et inconvénients de chaque système. Nous
conseillons aux interesses de les étudier en détail dans les
œuvres publiées avant de choisir une disposition, mais nous ne
prétendons exclure aucune des dispositions proposées.
Tout glossaire toponymique doit être accompagné d'une carte
de la commune, sans exclusion d'autres cartes partielles. Les
auteurs devraient toujours adopter pour base de leur travail les
cartes de l'Institut cartographique militaire au vingt-millième,
qui donnent exactement le relief du sol et tous les accidents de
terrain ; quittes à en amplifier le format, s'ils le jugent nécessaire.
( "est dans ce cadre fidèle et lisible qu'ils devraient inscrire les
noms de lieux, avec tout le soin qu'on donne à un travail qui doit
être gravé ou reproduit par la photogravure. Qu'on ne cesse de
prêcher aux futurs auteurs : « Faites-nous de bonnes cartes ». Une
bonne carte dispense de tant d'explications ! Si on possédait déjà,
sans texte explicatif, les 4^7 planchettes de la (Jarte de I>elgi<jiic
soigneusement élaborées au point de vue des noms de lieux, la
question du répertoire toponymique de notre pays serait bien près
d'aboutir !
V. — La culture de la toponymie dans notre pays n'a pas seule-
ment produit des recueils de noms : elle a eu quelquefois l'ambition
de fournir des théories, des explications, des démonstrations. Sans
s'aventurer aussi profondément dans le passé que H. d'Arbois
de Jubainville, elle a souvent appliqué à la Belgique ou critiqué
avec bonheur les hypothèses heureuses ou hasardées de la science
française et germanique. M. Knrth a étudié en détail par la topo-
nymie les fluctuations de la limite linguistique en Belgique, et,
débordant beaucoup de sou cadre, il a fait de sou livre, par l'appa-
reil de démonstration et les listes de noms, une vraie bible du
toponymiste belge. Dans le premier volume de sa Toponymie
namuroise, le chanoine C. G. Roland a savamment étudié les plus
anciennes couches de noms géographiques de sa province. Avant
eux, dans la Wallonie prussienne, M. Quirin Esser avait donné de
nombreux articles de toponymie celtique qui intéressent aussi
notre région ('). On peut signaler ensuite des monographies rela-
Les articles antérieurs à [885 sont réunis dans une brochure : Beitràge
sur gallo-keltischen Namenkun.de, Malmeuy, 1SS4 : d'autres ont paru dans
le Kreisblatt fur <U-n Kreis Malmedy, imprimé à Saint- Vith, dans VAachener
allgemeine Zeitung (Lousberg, Salvador, etc.).
— n3 —
tives à des suffixes, à des préfixes, à des termes fréquents ou
curieux : le travail de M. Paul Errera sur les Waréchaix (l) ; une
Etude critique sur le nom de Mons (2), par É. Dony et I. Fonsny ;
les notes de Vanderkindere sur Meer et Belle, et, plus récemment,
sur Dieweg et Diestelle (3) ; un travail du rapporteur soussigné sur
les noms en -ster (*), l'article de l'abbé J. Bastin sur le préfixe
Chin- (s) ; des articles de M. G. Ceyssens dans Leodium (6) ; des
études de toponymie flamande dans la petite revue flamande
Biekorf (1908) ; le vif débat qui eut lieu entre MM. Kurth et Gobert
à propos de Merchoul et Legia ('■) ; l'article du chanoine Roland
sur Astanetum (8) ; celui de M. A. Vincent sur Willerieken et su
légende (') ; celui de M. Lucieu Roger sur la toponymie du pays
Gaumet et spécialement de Jamoigne (10) ; telles sont les traces les
plus récentes des préoccupations linguistiques appliquées aux
noms de lieux. Il faudrait étendre de beaucoup cette liste si l'on
voulait citer les travaux historiques à base toponymique comme
les Origines de la ville de Liège, de M. Kurth (n), contre lesquelles
M. J. Schrciber vient récemment de rompre sa lance (12) ; les études
de D. Jonckheere sur YOrigine du nom de Flandre (13), et de
Vanderkindere sur les Origines de la population flamande (u). le
Majeroux de M. Kurth (15), des articles de M. Victor Tourneur
sur la mythologie ou l'archéologie gauloise dont la toponymie n'est
pas exclue (l6).
(l) Dans Annales de la Soc. d'arch. de Bruxelles, 1894, t. VIII, 2' liv.
(-) Daus Annales du Cercle arch. de Mons, t. XXIX, 1899.
(3) Dans Annuaire-Bulletin pour le progrès des études philologiques et histo-
riques, 1899 et 1904.
(') Dans Bull, de la Soc. verviétoise d'arch. et d'hist., t. Y, 1904 ; reproduit
ci-après dans ce volume.
(5) Dans Leodium, 1907.
(6) Leodium, 1908, 1909-
(7) GOBERT, sur Merchoul dans Bull, de l'Institut archéologique liégeois,
t. XXXV, 189k. — Kurth, La Legia, avec appendice relatif à Merchoul, même
Bulletin, t. XXXVII. — GOBERT, Merchoul et Matricula. 1907.
(8) Dans Mélanges Kurth, t. II, 289-293.
(9) Dans Revue de l'Université de Bruxelles, juin-juillet 1910.
(10) Dans Annales de l'Institut arch. du Luxembourg, t. XLV, 1910.
(») Dans Bull, de la Soc. d'art et d'histoire du Diocèse de Liège, t. II, [882.
(12) Dans le Bull, de la Soc. scient, et lilt. du Limbourg, t. XXVI. 1908.
pp. 19-67.
(13) Dans Revue catholique, 1 882-83.
(u) Dans Bull, de l'Acad. roy. de Belgique, i885.
(15) Daus Annales de l'Institut arch. du Luxembourg, t. XVII.
(16j Dans le Musée belge.
- II/5 -
\vec de la patience ël de la concordance dans les efforts, on
peut arriver à recueillir les désignations de tout genre des
cadastres aiïcien et actuel. Mais, pour faire le triage et tenter
l'explication de ce qui mérite l'attention du linguiste dans cette
masse énorme el superfétatoire, il faut autre chose que de la
patience. En eeci, le toponymiste belge ne saurait faire oeuvre
scientifique sans se tenir au courant des meilleures publications
étrangères qui présentent un intérêt général. Les conclusions
trop radicales d'Arnold dans l'application de la toponymie à
l'ethnographie sont battues en brèche depuis 1890. Arnold a
ouvert le champ à l'appréciation scientifique des noms de lieux,
mais dans le détail ses théories sont à reviser. Elans YYitte ('),
Adolf Schieber (2), Georg Heeger (3), Franz Cramer (*) ont
repiis l'une ou l'autre question et, par des comparaisons méticu-
leuses, ont réduit les affirmations aventureuses, mais fécondes,
d'Arnold.
Nous aurions pu allonger cette liste, mais la liste des ouvrages
ne donne pas la manière de s'en servir. On ne saurait trop répéter
que la toponymie est une partie de la linguistique, la plus difficile
à exploiter, la plus ingrate et la plus décevante. On pourrait dire
encore à ceux qui désirent s'y aventurer que, dans l'état actuel,
où tant de grandes hypothèses ont été lancées, la science a sur-
tout besoin de travaux critiques partiels, de démonstrations
patientes, qui aient pour résultat de ruiner définitivement celles
des grandes synthèses prématurées qui encombrent et illu-
sionnent. Prenons un exemple relatif à notre pays. Vous savez
quelle importance M. d'Arbois de Jubainville donne aux Ligures,
dont il fait les prédécesseurs des Gaulois dans une grande partie
de la Gaule. On attribue aux Ligures les noms de suffixe -asco,
-osco, -usco, le thème aliso. Or, on prétend signaler leur habitation
en Belgique par un Stabelasco de 69,3 (Stavelot), par un Geningha
Thriusca (Drieseh sous Waereghem, Flandre occ), par le nom du
(') D'abord dans Jahrbuch der Gesellschaft fur lothringische Geschichte,
iS|)o. p. 278; puis dans Cher Deutsche niul Keltoromanen in Lothringen,
Strasburg, Trubner, itt<ji (-îngen, -weiler).
(2) Dans la même revue lorraine, t. XII, 1900 (-îngen, -heim)\ t. XIV.
i!>"'-^ 1»- U9-
(3) Die germanische Besiedlung der Vorderpfalz an der //.nid der Ortsna-
iiii-n. Programme du gymnase de Landau, [900.
Die Ortsnamen auf-weiler im Aachener Bezirk. dans Zeitachrift des
Aachener Geschichtsoereins, t. XXIX. 190-.
- n5 —
Condroz : Condruscus pagus (l). Ces formes isolées sont-elles de
mauvaises lectures ou non? Les mots de terminaison -sco sont-ils
nécessairement assignables aux Ligures? Des études critiques de
ce genre, sur des points bien délimités, peuvent rendre les plus
grands services. Signalons comme des modèles à suivre, en ce
sens, les études d'Antoine Thomas sur la formation du nom du
pays de Comenge, sur les noms de rivières en -ain, sur le « plomb n
du Cantal, sur la formation du nom de la ville (F Arles, sur aise et
aisance (*), les Notes critiques .sur la toponymie gauloise et gallo-
romaine (3). Le Manuel de Vantiquité celtique de G. Dottin (4)
est aussi un livre de science prudente qui n'égarera pas les
travailleurs.
Mais aux toponymistes il ne faut pas seulement des livres de
linguistique: il faut des recueils comme ceux de Forstemann, de
Holder, et surtout des cartulaires bien faits, comme ceux de
Saint-Hubert (Kurtli), de Stauelot-Malmedy (Roland et Halkin),
comme le Cantatorium de Saint-Hubert (Hanquet), pour ne citer
que des textes relatifs à notre région, où les auteurs ont dépensé
des trésors de sagacité et d'érudition pour identifier et expliquer
les noms propres de leurs textes. Peut être serait-il désirable
qu'un recueil critique général d'onomastique et de toponymie
belge fournît à pied d'œuvre aux historiens et aux linguistes les
matériaux de cette nature disséminés dans une foule de publica-
tions, au moins depuis les auteurs anciens jusqu'à l'époque où
commencent nos archives.
XIV.
Les origines et la signification des noms propres de personnes,
spécialement en pays wallon (5).
On étonne beaucoup les gens simples quand on leur dit (pie les
noms propres, noms de lieux et de personnes, ont à l'origine un
sens, tout comme les noms communs et les noms qualificatifs.
(') ZANÀRDELLI, Toponymie fluviale, cité dans Raoul de FÉLICE, Les noms
de nos rivières. Paris, H. Champion, i!)07, p. ôa.
(2) Recueillies dans les Essais de philologie française, Paris, Bouillon, 1898.
(3) Dans Nouveaux essais de philologie française, Paris, Bouillon, i<)o~>,
pp. 34-62.
(*) Paris, H. Champion, 1906.
{*) Conférence faite à la Société verviétoise d'archéologie et d'histoire, et
insérée dans la Chronique de cette société, u" 5 (juin-juillet 1906), p. 77"93-
— n6 —
Actuellement, en effet, ils servent à distinguer, comme une
étiquette, un endroit d'un autre, un individu d'un autre, sans
indiquer de qualification particulière. Parmi les noms de per
sonnes, ceux mêmes qui ont conservé un sens visible ne désignent
pas l'objet en raison de la qualité indiquée. Leblond peut être le
nom d'une femme, comme d'un homme, et ne désigne pas néces-
sairement un blond. De même il y a des noires qu'on appelle
Blanche, des évaporées qu'on appelle Sophie, des gens détestables
([u'on appelle Désiré.
Il faut distinguer dans un nom : i° l'objet qu'il désigne ou
signifie; 2° la qualité à l'aide de laquelle ce nom est signe de
l'objet, signifie cet objet. Stuart-Mill (Cf. Logique t. I) dirait, à
l'imitation des anciens logiciens, que le nom dénote un objet et
connole une qualité. C'est par la connotation (pie la dénotation
est rendue possible. Par exemple le mot bluct signifie ou dénote
telle fleur, telle plante dont la flore énumère tous les attributs; ce
mot ne désigne cependant cette plante qu'en énonçant ou conno
tant une seule qualité de la fleur, sa couleur. De même sanglier a
été adjectif, il signifie solitaire, et le wallon dit encore on pourcê
single. C'est cette habitude de vivre isolé qui a servi à l'origine à
dénommer le porc des bois. C'est uniquement la couleur de la
fleur qui a servi à l'origine à dénommer le bluet. Nous disons à
l'origine, car bien des gens se servent aujourd'hui du mot sans
penser à la couleur bleue. Il en est ainsi de la plupart des noms
communs, et l'oubli du sens est si bien la régie chez un peuple que
l'étude de la langue est en partie l'étude des qualifications oubliées
cpie renferment les noms. Apprendre le sens de âme, esprit, frag-
ment, trait, fait, livre, ville, c'est apprendre beaucoup d'histoire et
même de philosophie, mais c'est avant tout apprendre la valeur
exacte des mots.
Les philosophes qui ont le génie mathématique ou qui raisonnent
sur les abstractions, comme Auguste Comte, se réjouissent de
cette perte du sens connotatif, en raison de ce qu'ils y trouvent
de fugitif et de fortuit. Ils craignent de voir le sens attributif
ancien projeter son ombre sur la signification objective moderne.
C'est que ces messieurs ne font pas l'histoire des idées, sans quoi
ils sauraient que l'histoire des idées est inscrite dans les mots.
Au reste, l'oblitération du sens attributif des noms peut avoir
ses avantages comme elle a ses désavantages : ce n'est pas ici
le lieu de traiter cette question. Nous voulons nous borner à
constater qu'il y a deux choses que l'on confond d'ordinaire sous
I I
lion ou sens d'un nom, qu'une seule i
bien «rivante l'ap >n à an objel | que
l'autre disparaît pen à ;
PI ifi nom commun, le nom propre se vide - - conno-
tatif initial. ■ - l'une autre -
Qom de pers pase l'autre; la qualité que le
nom était de* chez le nouveau pos
-.•m- du nom. A - tout Muet reste bleu, - scendants
Lelongg pew - sRousseaux tourner au noir.
La. quai ste, il se transmet indéfiniment,
simpl _ spourvo
Il est pourtant in1 îhercher l'orighn
propres. Leur immense variété vous intrigue. Puis on se doute
bien qu'il y a un grand ensehj ut à tirer de l'étude des cir-
constances multiples entourai
D'abord <] ■ - L'un nom propre, individuel? Le
prennent-ils eux-mêmes ou le leur in. - - Qui aurait qualité
pour se donn< voir, imposer un nom? Pourquoi, ou. quand,
a quelle occasion se fail éation de noi
Pois vient l'étude «lu nom propre en lui-même. Quelles qualités
exprime-t-il les ? La linguistique peut-
elle arriver à retrouver l'id sentiment qui a présidé à la
g nation ?
Enfin, limitant le problème au domaine roman et particuli
lut-ut wallon, il y a lieu aguer divei ses es de noms
propres, de -uivant leurs origin<
fournir chemin faisant de nombreux exemph
I. — L - communs sonl . - 5pécifiqn<
- les individus d'une - - pas d'un nom indivi-
duel, leur appartenant en propre. Tel chêne vénéré a rer;u un nom
ju'on lui prêtait, tous 1 •■- S n'ont point
reçu un culte et un nom. Les petites lonnent des noms
- laboureurs 3 boeufs, les chasseurs a leurs
chiens, les cochers à leur.-. situation particu-
le rapport- plus intimes avec l'homme qui ont prov<
ippellations individuelles. A plus raison les lieux, les
tribus et les hommes ont-ils • de bonne heure des noms
distinctifs. Ces non.- >nt chez les peuplades sauvages. A la
vérité, ils ne peuvenl nporaii-
tations du langage. Les interjections nomatopi mots
si mal dénommé- pronom-, c'est-à-dire le démonstratifs et
— nS
adverbes pronominaux, bon nombre de noms tour à tour qualifi-
catifs el verbes ont dû exister avant les noms propres, puisque
ceux-ei sont à l'origine des noms qualificatifs. Néanmoins l'in-
vention du nom individuel remonte bien au delà des temps histo-
riques.
Un individu prend rarement lui-même un nom. Ce nom lui vient
d'autrùi, étant (oui d'abord un pur moyen pratique de distinguer
dans le discours une personne d'une autre personne. L'usage de
donner un nom officiel à l'entant, à sa naissance, est une systéma-
tisation (pie la raison nous dit bien postérieure, pour laquelle il
faut une sorte de baptême, une cérémonie de la naissance, une
inscription obligatoire. Les autres noms sont des sobriquets
donnés par les parents, les voisins, amis ou ennemis. Le même
individu peut évidemment en recevoir plusieurs. Il les reçoit en
fait, sans les accepter, sans leur donner valeur officielle. Lui-
même se dénomme d'un de ces noms ou d'un nom qu'il se fabrique,
mais ce dernier cas doit être rare. Comment vous nommez-vous'!
et comment vous appelle-t-oni sont donc deux questions fort
différentes.
Aujourd'hui, à l'état-civil, chaque personne a un nom de famille,
un nom individuel souvent composé d'une kyrielle de prénoms.
L'identité, la distinction de tout autre individu est assurée par
l'adjonction de qualifications de lieu d'origine, de date d'origine,
de profession.
Dans la vie courante sociale, chacun est désigné au moins par
deux noms; dans la vie de famille, le cercle étant plus restreint
et les confusions moins possibles, un seul nom suffit, celui qui
différencie un membre de l'autre, le prénom. De môme autrefois,
chez, les Grecs, le nom individuel était suivi du nom du père et
du nom du dème ou bourg d'où l'on était originaire. Mais dans
la vie ordinaire le nom individuel suffisait. Il n'y avait point
de nom de famille transmissible de génération en génération.
Chez les Romains, au contraire, les gentes patriciennes avaient
un nom, dont elles étaient fières, nous en reparlerons tantôt, —
de sorte (pie le nom gentilice, précédé du praenomen, souvent
suivi du cognonem indiquant telle branche de la famille, formait
lf nom officiel d'un Romain de race. Dans l'intimité seulement,
If terrible citoyen répondant en public aux noms de Titus Annius
Milo, se contentait d'être Annius ou Milo ou Titus tout court.
Les personnages gaulois cités par César n'ont qu'un seul nom.
On ne voit pas qu'il en soit des Germains autrement que des
- rig -
Celtes. Cependant pareille indétermination me semble impro-
bable. Officiellement le nom individuel devait être renforcé par-
tout du nom du père et du nom de la tribu. Attila est de la famille
des Baltes, Hamilcar de la famille Barca.
En effet, donner des noms, c'est l'aire de la classification. Les
noms n'étant pas en nombre infini, une fois que les générations se
sont multiplie..-, il y a plus d'individus que de noms différents. Il y
a nécessairement des personnes qui portent le même nom. Pour-
tant, dans les relations réciproques, il faut éviter des confusions
possibles. Je ne vois pas d'autre moyen que le moyen usité en
zoologie ou en botanique. La juxtaposition de deux ou trois
noms enlève seule toute équivoque. On peut ne considérer comme
nom propre que le nom individuel, mais les autres cependant,
noms patronymiques ou gentilices, noms de tribus et de terres,
noms de qualité, de profession, de résidence, tendent au même
but, qui est de classer, de différencier sans cesse.
II. — Il est temps d'étudier le nom propre en lui-même pour
savoir ce qu'il signifie et quelles sont les liabitudes diverses des
nations à ce sujet.
Chez les Hindous, les Grecs, les Celtes, les Germains, les noms
sont en général poétiques, longs, harmonieux. Les poèmes de
l'Inde nous offrent des noms comme Brahmadatta (donné par
Brahma), correspondant des Diodotos et des Théodotos du grec ;
comme Yadjnadattn (donné au sacrifice), correspondant du grec
hagiodotos ; comme Sâvitrî (la créatrice). Les Grecs portent
volontiers des noms tirés du nom d'un dieu, ou exprimant quelque
chose de noble et d'élevé, parlant des aspirations de la jeunesse,
de vaillance, d'habileté à manier les armes et les chevaux, d'in-
fluence politique. On connaît assez, par l'histoire ou la littérature,
les noms de Diodôros (don de Zens), Diogenês (né de Zeus), Apol-
lodôros (don d'Apollon), Athênadôros don d'Athêna, la Minerve
grecque), Apollônios (fils d'Apollon), Dêmêtrios (fils de Dèmêter,
Cérès), Themistoclês (gloire de la justice), Héraclès (gloire de
Hèra, Junon). Ou bien on s'appelle Timothée (qui honore Dieu),
Philothée (qui aime Dieu), ou, moins religieusement, Alciphrôn
(cœur de cerf), Damnippe (dompte-chevaux), Arisie (excellent),
Aristobule (bon conseiller). Les femmes s'appellent Iphigénie,
Eugénie (bien née), Iphianasse (fortement reine), Aspasie (bien-
venue), Mélanie (la noire), Thérèse (la tendre), Arsène (la mâle),
Glycère (la douce).
Les Grecs concevaient leurs dieux comme bienfaisants et pro-
— 120 —
tecteurs ; peuple gai, optimiste, heureux de vivre, aimant la
nature et la divinisant. Les Romains, eux, craignent leurs dieux,
qu'ils imaginenl colères et méchants. Ils ne pouvaient doue songer
à donner a leurs enfants les noms de ces dieux redoutés, qui
seraient des noms de sujétion, de défiance, de crainte. Nous
n'appelons pas nos enfants Satan, ni Démon, ni don du diable, ni
tison d'enfer : nous réservons ces termes pour l'exécration de nos
ennemis. Les noms de personnes chez les Romains ont donc un
autre caractère. L'esprit pratique et prosaïque du Romain de
vieille roche, avant l'influence grecque, s'y reflète étonnamment.
D'abord le père de famille romain a plaisir à désigne]- mathé-
matiquement par des noms ordinaux : Quintus (mon numéro
cinq !), Sextu.s (sixième), Septimus (septième), Oelavus (huitième),
Decimus (dixième), Secundus (le puîné). Et ces mêmes noms indi-
viduels sont devenus noms de familles (noms de gens ou genti-
lices) par le suffixe -ius : Sextius, Septimius, Octauius, Nonius,
Decius.
En second lieu, le Romain, en cela comparable au wallon, aime
à remarquer les défauts physiques ou les imperfections morales, à
traduire en sobriquets son observation des tics, des attitudes, de
la démarche, de la couleur des cheveux, de la forme de certains
organes. De là, les noms de Albus (blanc), Ru fus (roux», Rufw
(gros roux), Plancus (pieds larges), Plot us et Pedo (pieds plats),
Varus, Varo et Valgius (cagneux), Claudius (boiteux), Flaccus
(qui vacille), Sulla (petits mollets, de sur'la diminutif de sura,
mollet), Capito (grosse tête), Fronto (grand front), Mento (gros
menton), Naso (gros nez), Stilo (goutte au nez, morveux), Labeo
(grosse lèvre), Rucco (grosse bouche), Rarbo (grande barbe),
Dentio (dents longues) Ralbus (bègue), Turpio (laid), Lurco (glou
ton), Strabo (louche), P>œtus (qui cligne des yeux), Cal vus
(chauve), Glabrio (glabre, chauve), Crispus (crépu), Crassus (gros),
Dorso (gros dos, bossu), Tubero (bossu), .S7o/o (grosse bête),
Naevius (qui a des naevi, taches de naissance ou grains de beauté).
De ces noms individuels naissaient ensuite des noms de familles :
les Albii, les Rnfii. les Rutilii, les Livii, les Caesii, les Fulvii, les
Nigidii, les Claudii.
Voici une troisième espèce de noms, pour laquelle deux expli-
cations sont possibles. D'après les philologues classiques (') ils
(') C'est l'explication de F. <>. Weise, Les caractères de la langue lutine,
trad. de l'allemand par F. Antoine ; Paris, Klincksieck, 1896.
— 121 —
reflètent l'amour des Romains pour la vie rustique, l'agriculture
et l'élevage. Fabius serait l'homme qui cultive spécialement les
fèves (faba), Lentiilus serait l'homme aux lentilles (lens), Piso
l'homme aux pois, (licero l'homme aux pois chiches, Caepio
l'homme aux oignons. Il y a des Taurus, des Asellio, des Bubul-
cus. Le temporiseur Quintus Fabius Maximus fut surnommé Ooi-
cula (petite brebis), sans doute à cause de sa douceur. L'élevage de
tel ou tel animal en quantité ou de préférence à d'autres espèces
aurait donné naissance aux familles des Porcii, des Asinii, des
Vitellii (oituliis, vitellus, veau), des Ovidii (puis, brebis), des Canii
et Canidii (canis, chien,), des Caprarii (capra, chèvre).
À cette explication, des folkloristes et mythologues modernes (')
substituent celle-ci : les Fabii, les Porcii, les Asinii, etc. sont de
vieux clans romains qui avaient pour totem la fève, le pore, l'âne,
etc., et qui ont pris, comme il est de règle, le nom de leur totem.
Le tabou ou sanctification de la fève est en effet bien antérieur
aux doctrines pythagoriciennes. On le retrouve chez les Orphiques,
en Egypte, en Italie. A Rome même, le flamen dialis ne devait ni
manger ni même nommer une fève. Cette explication, plausible
pour les noms de clans (gentes), n'est pas d'ailleurs applicable à
des surnoms individuels comme Ovicala (brebis), Lentiilus
(lentille), Caepio (oignon), Anser (oie), Gallus (coq), qu'il est plus
prudent d'interpréter comme des sobriquets moqueurs.
Chez les Celtes, les noms sont d'ordinaire composés de deux
ternies. Le déterminant précède le déterminé, comme en grec et
en germain. Les noms expriment soit une filiation divine, soit un
rapport totémique, soit quelque particularité physique ou morale,
notamment la valeur guerrière. A la première catégorie appartien-
nent, par exemple, Esugenos, fils du dieu Esus, Camulogenos, fils
de Camulus, Divogenos, fils de Dieu ; Divogena, fille de Dieu ;
Esunertos, force d'Esus. L'affiliation totémique se laisse devi-
ner (2) dans Artigenos et Malugenos, fils de l'ours : Urogenos,
fils de l'unis ; *Brannogenos, fils du corbeau ; Boduognatos, fils
de la corneille ; * Vidage nos, fils de l'arbre ; *Vernogenos, fils de
l'aune. On trouve des qualités, mais sans intention satirique, dans
Nertomaros, grand par la force ; Dagodubnos, profond par la
bonté ; Dubnotalos, front profond ; Dubnorix ou Dumnorix, roi
(') Sai.omox Reixacii. Cultes, mythes et religions. I, 4(J-4~-
(2) Quant au totémisme des anciens Celtes, cf. SALOMON ReïNACH, Cultes.
mythes et religions, I, 3o-"8.
— 122 —
ilu profond (du monde) ; dans les noms guerriers Catugnatos, né
pour le combat ; Catnmaros, grand dans le combat ; Caturix,
roi du combat ; Albiorix, roi du inonde ; Çingetorix, roi des
guerriers ; Vercingetorix, roi des grands guerriers ; Orgetorix,
roi des tueurs ; Eporedorix, roi des cavaliers (sur ehar)(').
Chez les Germains aussi, les noms de personnes ont quelque
chose d'héroïque el de fort. La guerre y tient la première place.
Au lieu d'ailleurs d'en parler d'une façon théorique, il vaudra
mieux de vous montrer des échantillons de ces racines adjeetives
qui entrent dans la composition des noms germaniques et d'ana-
l\ ser quelques-uns de ces noms. Adal qu'on retrouve dans Adalbert,
signifie noble ; bald, qu'on retrouve dans Baudouin, signifie
hardi : berht de Bertrand = brillant ; daghe de Dagobert = épée ;
et de même citons rapidement eghe, subtil ; frid, paix ; gund,
combat ; hard, brave ; helm, bouclier: her, guerrier ; hilpe, secou-
ruble ; hlode, brillant ; hramn, vigoureux ; hrode, parleur ou
conseiller ; hug, prévoyant ; karl, robuste ; mund, chel ou protec-
teur ; rad, prompt ; rand, bouclier ; rik, /br< ; swind, agile; wite,
sage.
Voulez-vous voir ces racines en composition ? Il me suffira de
vous citer quelques noms pris au hasard dans la masse énorme de
noms mérovingiens et carolingiens que l'histoire nous a trans-
mis, et dont un grand nombre vivent encore aujourd'hui, trans-
formes, il est vrai, et souvent méconnaissables. Clovis s'appelait
Hlodo-vech, et un chroniqueur ancien, Ermold le Noir, nous
expliquera lui-même ce nom : « nempe sonat hluto praecla-
rum, wigch quoque mars est ». Mars brillant, c'est-à-dire
guerrier brillant, voilà ce que signifiait il y a quinze siècles
le nom qui est devenu Louis en français, Ludwig en allemand.
Daghebert, Dagobert signifiait brillant par iépée, dague existe
encore en français au sens de épée. Swindebald, Zwentibold est
formé de deux racines qui signifient agile et hardi. Merevig,
Mérovée = éminent guerrier; Carlemann = homme robuste;
Adalbert = brillant ]>ar la noblesse; mais Witekind est un sage
enfant et Godefroid est la paix de Dieu. Le fameux pharamund
qu'on a longtemps considéré comme le premier roi des Francs esl
un nom commun signifiant chef de clan. Le moderne Bertrand
I <J. DOTTIN, Manuel j>our servir;) l'étude de V Antiquité celtique. Paris,
II. Champion, i;)o<>, pp. 83-g6.
— 123 -
peut provenir f1) de Berht-rand : brillant bouclier, ou de Berht-
hraban : brillant corbeau: le corbeau (allemand moderne : Rabe)
était l'oiseau sacré de Wodan ou Odin, et le nom d'animal ici
invoqué ne procède nullement du môme esprit satirique qui a fait
créer le latin Cornus ou Corvinus.
ITT. — Mais il est temps d'examiner plus en détail les origines
du régime des noms propres existant encore chez nous. Il date
évidemment du moj-en âge. La question se présente assez com-
pliquée : i° en raison de la variété des populations qui s'implan-
tèrent sur le territoire de la Gaule; 2" en raison des diverses
classes de la population que la hiérarchie féodale délimita plus
strictement que jamais.
Avant les invasions régnait l'usage romain des deux noms chez
les Gallo-romains habiles à copier la coutume des vainqueurs;
mais les Germains, soit Visigoths, soit Saliens, soit Ripuaires,
soit Alamans, soit Normands, apportèrent avec eux une énorme
quantité de noms, qui furent bientôt à la mode parmi les descen-
dants des vaincus. Tl faut dire que les vainqueurs adoptèrent
aussi des noms gallo-romains, en sorte que le nom n'est pas du
tout un sur indicateur de la race. Cet état dura jusqu'au moment
où le régime féodal de la possession territoriale fut bien établi.
Au xie siècle, les propriétaires de fiefs se mirent à bâtir des
forteresses, à joindre à leur nom personnel un surnom tiré de
leur terre. Chez les Romains, le possesseur imposait son nom à la
terre; dans le système féodal, c'est la terre qui impose son nom
au seigneur.
Donc, avant cette époque le nom était personnelle nom de
famille ou n'existait pas ou se formait peu à peu par la transmis-
sion du nom personnel aux descendants. Au xne siècle le seigneur
a un nom, le nom de son baptême, plus un surnom qui est le nom
de son fief. A mesure que le nom du fief deviendra plus stable, il
passera de l'état de surnom à celui de nom de famille, et, corré-
lativement, le nom individuel ou de baptême passera au rang de
prénom. Maintenant encore, en wallon, le nom de famille s'appelle
sorno, témoin de l'ancienne coutume.
Mais avant que le nom de terre pût acquérir assez de stabilité
pour être le nom distinctif de la famille, le régime féodal devait
(•) Remarque faite par M. Schweisthal, Une loi phonétique de lu langue
des Francs Saliens, p. 120. — Dans le t. XLIII des Mémoires COURONNÉS ET
autres mémoires p. p. l'Académie roy. de Belgique; Collection in-8°, 1889.
— 124 —
évoluer. D'abord le nom de terre ne peut être porté que par l'en-
fant qui hérite : les autres enfants n'ont point droit à ce nom et il
n'y a point d'unité de nom qui soit le signe de l'identité familiale.
Ensuite, une terre étant perdue, le nom en était perdu pour la
famille de celui qui l'avait possédée. Enfin quand un seigneur
était investi d'un fief plus important, il prenait le nom de ce fief
nouveau. Dans cette première période le nom implique une rela-
tion, il est réel, il procède de la chose possédée {res); il passe,
avec la terre, d'un propriétaire à l'autre, (''est, i°, la stabilité
dans la transmission des biens de père en fils et, 2°, l'habitude de
désigner une famille par le même nom durant plusieurs généra-
tions qui rendirent les noms de terres personnels, de réels qu'ils
étaient d'abord.
Ce que nous venons de dire ne concerne que les nobles. Mais les
autres, les bourgeois, les vilains, les serfs, d'où tirèrent-ils leurs
noms? Du nom de leur père ou de leur mère; ou de la fonction
qu'ils remplissaient, du métier manuel qu'ils exerçaient; de la
ferme qu'ils exploitaient; de la province, ville, quartier ou localité
d'où ils étaient originaires; -de l'enseigne de leur boutique; enfin
de quelque particularité, soit morale, soit surtout physique, soit
qualité, soit surtout défaut. Il me reste à vous fournir des
exemples nombreux pour ces diverses catégories de l'onomastique,
en les puisant de préférence dans les noms usités en pays wallon,
et à donner, chemin faisant, les explications désirables sur leur
sens ('). Nous ne nous arrêterons pas à ceux qui existent encore
comme noms communs, à moins que leur origine ne soit due à
quelque particularité difficile à deviner. Nous irons de préférence
aux noms obscurs, soit qu'ils aient disparu du langage courant,
soit qu'ils proviennent d'autres régions et ne soient pas connus
ici dans leur vraie signification.
Noms provenant de fonctions officielles ou de dignités. — Bailly,
Doyen, (doyen de corporation ou de métier), Schepen (flam. de
scabinus, échevin), Drossart, Lemaire, Commun et ses variantes
(chef de la Keure ou commune flamande), Coster, Coister, Le-
costre, Lecuistre (sacristain), Lesuisse, Lemoine, Dam seau, Capi-
taine, Gouverneur, Prévôt, Probst.
(') Les lecteurs qui désireraient plus de détails et des listes plus copieuses,
pourront se servir du livre suivant de M. Albin Body, où nous avons beau-
coup puisé : Étude sur les noms de familles, dans le Bulletin de la Société
liégeoise de Littérature wallonne, t. 17 (ou 2e série t. IV). 1879.
— 125 —
Noms provenant de fonctions ou de dignités passagères. — Les
jeux dramatiques, les jeux de l'oie, de l'arc, de l'arquebuse, de
l'arbalète, très en honneur chez nos ancêtres, ont été une source
de surnoms : Leroy (celui qui a remporté le prix du tir), Lempe-
reur, De KLeyser, De Koning, Bischoff, Riscop.
Noms provenant de professions.— Chandelon (fabricant de chan-
delles); Corbisier (cordonnier, en wallon cwèb'hî); Fabri, Lefèvre,
Lefebvre, Lefeburc (où Vu n'est autre qu'un u à l'ancienne mode);
Feron, Ferron, Fairon ; Lecoq, Lekeu, Lequeu, etc. (cuisinier ; on
dit encore maître-queux sur les navires; du latin coquus); Lecre-
nier (wallon scrinî); Parmentier (wallon parmètî, tailleur); Cha-
puis (charpentier); Cambier (brasseur); Manderlier (vannier);
Lemonnier (wallon li mounî, meunier); Blavier (marchand de
blé ; Foulon (et le flamand de Volder); Pasteger; Tordeur et
Stordeur; De Cuyper (flamand, tonnelier) ; Textor (nom retraduit
en latin, comme Fabri de plus haut, tisserand); Métivier (mois-
sonneur), Weissgerber(allem., tanneur en blanc), Serwy (serrurier).
Noms provenant de lieux autres <jue le fief seigneurial. — a) Ce
lieu est le pays ou la province d'origine : Dallemagne, Defrance,
Deflandre, Degueldre, Dardenne, Dartois.
b) Ce même nom de lieu peut être sous la forme adjective :
Lallemand, Cambresier, Baiwir (bavarois), Catalan, Langlois ou
Langlais, Westphal, Lardinois.
c) Ne pas confondre avec ces derniers ceux qui indiquent que
le sujet a fait un pèlerinage à Rome ou en Espagne : Romain,
Lespagnard, Paignard.
d) Ce lieu est une ville ou localité qui n'a jamais été fief : Davi-
gnon, Déliasse (de Hasselt, en liégeois Has), Deherve, Degand,
Detheux, et, sans la préposition de : Namur, Pepinster, Laroche,
Thimister, Vervier, Durbu (de Durbuy); ou sous la forme adjec-
tive : Malmendier (de Malmedy), Saint- Viteux (de Saint-Vith),
Liégeois.
e) Ce lieu est un quartier, une rue, un endroit particulier de la
commune : Dethier, Détienne (tièr, tienne, tienne = tertre),
Deruisseau, Deru, Dery, Duruy, Durieu, Derouau, Depré, Dubois,
Dumoulin, Delvenne, Detry et Detrixhe, Delrue, Dufour, Del-
waide, Delheid, Duvivier, Delestang, Dussart, Dethiou et Dutil-
leul, Defawe, Defresne, Dechesne, Delbrouck , Delbruyère ,
Delmotte, Dumonceau, Dewez, Delbovier, Dedoyard; et, sans la
préposition de : Falise, Noirfalise, Lamotte
— 126 —
/*) Noms provenant d'enseignes : Deloye (de l'oie), Deposson,
Dosoleil, Delaigle, Delelocke, Leeoffre, Deléstoile, Létoile, De-
lancre, Delcroix, Delange.
Il résulte de la classification qui précède que le de n'est ni un
signe ni une présomption de noblesse. Cette erreur moderne sur
la particule est un bruit que les particules font courir. Bien
des familles de vieille noblesse n'ont pas et n'ont jamais eu le
fameux de. Énumérons donc les diverses valeurs de cette particule
de {del, du, des, de) :
i) de indique un rapport primitif de possession, le mot suivant
désignant le fief possédé jadis : Godefroid de Bouillon.
2) de indique le lieu d'origine, de naissance ou de domicile, la
paroisse, le quartier, la rue, voire l'enseigne de la maison. C'est
le cas le plus ordinaire, soit dit sans affliger ceux dont le nom
commence par la lettre D. Delbrouck se traduit en latin par a
palude.
3) de est patronymique : il introduit le nom du père : Charles
de Bernard signifie Charles fils de Bernard ; De Béranger
signifie fils de Béranger. Les registres paroissiaux étant rédigés
en latin, la filiation était souvent indiquée en mettant le nom du
père au génitif : c'est l'origine des noms en i, y, is : Nicolaï,
Frédérici, Bernardy, Huberty, Laurenty et Laurency, Lamberty
Roberti, Simonis. Dans notre pays se rencontrent aussi pour
marquer la filiation les noms d'origine germanique en son, sen,
kin, ken, les noms en s qui sont des génitifs germaniques. Il
serait difficile de dire si Simons est une abrévation de la forme
latine Simonis ou un génitif germanique, mais Lorentz, Lamberts,
n'ont rien de latin. Disons enfin, pour être complet, que Vs pourrait
encore parfois être Vs de l'ancien nominatif roman : Eudes,
Hughes.
4) de, dans notre pays, peut être tout simplement l'article
flamand : de .long, de Cock, de Volder, ce qui donne parfois lieu
à de singulières méprises en France. C'est par fausse étymologie
aussi que le wallon prononce dèdjon le nom flamand de Jong : il
n'y a point de jonc dans l'affaire.
Noms provenant de sobriquets : i) un adjectif est accolé au nom
individuel : Petitjean, Grandjeàn, Grosjean, Bonjean, Petitsimon,
Grospierre, Grandcolas, Langclaes.
2) le nom est formé d'un adjectif, précédé ou non de l'article :
Legrand, Legay, Léveillé, Lefrane, Legentil, Lelong, Lepetit,
— 127 —
Leroux, Lenoir, Lequarré, Lebeau, Lebon, Ledoux, Lelarge,
Hardy, Moray, Neuray, Doucet, Rousseau.
3) le nom est formé d'un nom d'animal au autre, impliquant une
qualification : Leporc, Leoeau, Ledaim, Lebœuf, Leloup, Verken,
Mouton, Lagneau, Lognay.
Soins de familles dérivés des anciens noms individuels latins et
germaniques. - Les anciens noms, dans l'état actuel, sont passés
à l'état de prénoms. Mais on comprend que souvent ils soient
restés comme noms de famille. Ils ont pu être conservés sans
autres modifications que les modifications phonétiques subies par
tous les mots au cours des siècles : souvent aussi ils ont subi
d'autres transformation- dont il faut brièvement indiquer les
causes et les effets.
La nécessité de distinguer plusieurs personnes jouissant du
même nom, et d'abord de distinguer le fils du père ; le désir d'in-
diquer des nuances augmentatives, diminutives, péjoratives, ad-
miratives ; le sentiment maternel, qui se manifeste encore aujour-
d'hui dans l'amenuisement, l'amignotement des noms de baptême,
ont agi depuis dix ou douze siècles, avec leur force inconsciente,
au point qu'ils ont multiplié d'une façon presque incalculable la
masse déjà nombreuse des anciens noms latins et germaniques.
La liste en serait immense et toujours incomplète. Les fantaisies
graphiques, pour ne pas dire orthographiques, des scribes de tout
acabit ont contribue ;i cette différenciation à l'infini.
La transformation s'est faite par adjonction de suffixe, par
réunion de deux noms, par addition d'un suffixe patronymique,
par aphérèse ou retranchement de syllabe initiale, par apocope ou
retranchement de syllabe finale, par redoublement, par l'emploi
simultané de plusieurs de ces moyens.
i) Quels sont les suffixes les plus usités dans notre pays? Il y a
d'abord les anciens composants germaniques, comme -harcl, -bald,
-mund, -inger, -wolf, -frid, dont l'un ou l'autre, par exemple -harcl
sous la forme -ard, -wald sous la forme -aud, sont restés vivants.
11 y a les anciennes terminaisons diminutives du latin, -anus,
-inus, qui avaient donné Antonin, Paulin, Augustin, Justin, et
qui ont servi à former d'autres noms sur le même modèle. Il y a
les suffixes bien connus du français, quelle que soit leur origine :
-et, -ot, -on, -el, -eau, -at. 11 y a les suffixes déjà signalés de source
flamande ou allemande : -kin, ken, -quen, -son, -sen. Plusieurs
de ces suffixes peuvent se rencontrer à la fin d'un mot, non pas
qu'ils aient été ajoutés en même temps, mais on peut toujours
— 128 —
opérer sur un mot dérivé comme on a opéi'é sur un mot primitif.
Nous aurons donc des finales -el-in, -el-ot, -el-at, -in-el, -in-et, -in-
ot, in-on, -in-at, kin-et, kin-on, ard-ot, etc. Exemples :
Aubertin, Joséphin, Jacquemin, Thomassin, Michelin, Simonin,
Philippin, Guillemin, Jeannin, Bernardin, Conradin.
Deniset, Michelet, Paulet, Simonet, Philippet, Willemet, Guillau-
met, Stievenet, Bertholet.
Michelot, Willemot, Jeannot, Pierrot, Gillot, Jacquemot, Amelot.
Amelart, Houard (Hue = Hughe), Stievenart, Willemart.
Frankin, Fraikin, Gilkin, Pierkin, Andrissen, Antœnissen,
Franssen.
Gilkinet, Franquinet, Julsonnet, Franssinet.
N ieolardot, Jacqueminot.
Les féminins en -otte s'expliquent par ce fait que, dans mainte
région, la femme est désignée par le nom du mari féminisé. Si
la mère devient veuve ou si elle a une influence prépondérante, la
forme en otte peut l'emporter. De là Counotte, Francotte, Jaque-
motte, Marcotte, Pierotte, Pirotte, Phlipotte, Wérotte, Wilmottc.
2) Nous nous sommes abstenu, dans les listes qui précèdent,
d'introduire des noms déformés par aphérèse ou apocope ; mais
à mesure qu'un nom s'accroît par la fin, il a tendance à être dimi-
nué par le commencement; et d'autre part pour ajouter les
suffixes terminaux, il faut parfois faire disparaître du primitif des
phonèmes gênants. Ainsi par aphérèse, Alexandre devient Santé,
Zunde ; Augustin devient Gustin ; Thomassin devient Massin,
Deniset devient Nizet ; Eustache ou Istasse se change en Stas,
Stasse. Par apocope, on obtient Lambin, Hubin, Collin. Supposez
maintenant ces causes de transformation agissant successivement
sur le môme primitif et vous devinerez à quels résultats étonnants
on peut aboutir. En voici quelques-uns à titre de curiosité. Nous
ne pouvons les laisser de côté : ce sont les plus intéressants,
ce sont ceux dont l'explication, si elle apparaît satisfaisante,
récompense le mieux le linguiste, — et aussi l'auditeur, — des
lenteurs inévitables de ces méthodes de comparaison, de dissection
et d'analyse.
Drèze, Dresse, Dries, Drissen sont des formes flamandes qui
viennent de André, Andries.
De Mathieu, ou plutôt de Mattheus viennent le flamand Mathijs,
d'où Thijs, Theis, This, Thissen, Thiskin, Tisken, Thisquen.
Thomas a donné Massin, Massart, Masset, Massillon, Masscau,
Massât, Massenet, Massinet, Sinet.
— 129 —
A.lexandrea donné Saut.', Sandrart, Santkin, Zanneqiiin, Zander.
Amel a donne Amelot, Mélot, Mélotte, Amélart, Mélart.
Eustache, Estasse a donné Stasquin, Tasquin, Stassart, Stassin.
Tonnart vient de Antoine; Parotte de Gaspar ; Monet de
Simon ; Kinet de Franquinet ou de Gilkinet ou de quelque autre
nom an double snffixe-.fr/ne/ : Linon de quelque nom en -lin comme
Paulin, Michelin, Adelin. augmenté d'abord du suffixe -on ; Binet
de Robin, Bubin, Aubin on Lambin; Xisard de Denis; Lardot
de Nicolas.
IV. — Ll y a des noms réputés beaux et d'autres laids. Quelque-
fois, cela peui tenir à une simple rencontre de syllabes, mais négli-
geons ce cas d'euphonie. Le plus souvent, l'impression qu'un nom
esl beau ou laid tient d'une raison plus profonde. Les noms
propres, — il s'agit suri ont ici de ceux qui servent actuellement
de prénoms et qui peuvent être objet de choix, — perdent conti-
nuellement leur signification étymologique, mais ils en revêtent
sans cesse de nouvelles. Un nom prend une couleur et un sens
aux yeux de celui qui connaît un être porteur de ce nom. Hugo,
Lamartine, Voltaire sont .les noms qui éveillent en vous des idées,
celles des qualités que possédaient les illustres porteurs de ces
noms, pour autant que vous les connaissiez. Les saints évêques
Lambert et Hubert ont protégé le nom qu'ils portaient. Au con-
traire, tout imbécile, tout mauvais gueux t'ait du tort à son nom
dans un certain cercle autour de lui. Tel proposait de baptiser son
fils du nom île Bruno : sa femme lui répondit que c'était un nom
de chien. Elle connaissait par malheur un chien de ce nom, et
ignorait d'autre part le célèbre fondateur de l'ordre des Chartreux.
Les noms choisis par les romanciers et les auteurs dramatiques
influent beaucoup sur la mode. Il n'y a plus, par le fait des auteurs
comiques, de NIcaise, de Xicodème, de Péronelle, de Catin.
d'Agnes. En wallon, il n'y plus de Waltrou (Waltrude), de Marôye,
de Magrite, de Zabê, de Djile, de Matî. On laisse tomber les noms
souillés par leurs porteurs dans la région où ceux-ci ont sévi.
On rajeunit ceux qui ont passé par des bouches trop vulgaires.
Aujourd'hui il est très visible que le wallon aime à substituer des
prononciations françaises ou mi-françaises aux vieilles prononcia-
tions wallonnes des prénoms. On ne dit plus nosse Matî mais
nosse Mathieu; on a remplacé Houbièt par Honbèrt ou Hubert,
Djuhan par Jan, Magrite par Marguerite, Lorint par Lorant,
Linâ par Lèyonard, et Djètrou par Gèrtrûde. Cette francisation
rend du lustre aux noms vulgaires.
9
— i3o —
Le nom perd donc son sens primitif; il en prend un nouveau,
l'ait des qualités de celui qui le porto, soit dans le monde, soit
dans la vie artificielle du roman ou du théâtre. Ainsi celui qui
désire que son nom soil respecte Fera bien d'y insuffler les qua-
lités d'une vie honnête. Le nom le plus roturier, le plus maussade,
le pins hétéroclite deviendra peu à peu familier, doux, avenant,
sacre, c'est-à-dire pins noble, si celui qui le porte est un homme
d'honneur, de probité,de cœur, d'esprit, de générosité et de sacri-
fice. Chacun pétrit son nom comme il pétrit son âme.
XV.
Inscription de la Vierge de Walcourt.
In des rares monuments de l'orfèvrerie du xive siècle est la
Vierge en argent repoussé et ciselé conservée dans l'église de
Walcourt. Elle porte une courte inscription, que M. Jos. Destrée
reproduit en note dans son article sur l'orfèvrerie (') au Cata-
logue de l'exposition de F Art ancien au Pays de Liège. (Liège,
A. Bénard, 1905). M. Destrée lisait ainsi : Likvaus • me-fist • don ■
liaivt, et ajoutait : « les deux derniers mots n'ont pas, que je
sache, été interprétés jusqu'à présent ». Sur ces données, je tentai
une explication de la fin de l'inscription dans la Chronique de la
Soc. veru. d'Arch. et d'Hist., 1905-1906, p. 3o. A la suite de cet
article, M. Destrée eut la gracieuseté de m'envoyer une photo-
graphie de la base sur laquelle repose la statue et dont la bande
supérieure porte l'inscription. Cette communication précieuse,
dont je remercie le savant archéologue, me permet d'améliorer la
lecture et la traduction de ces quelques mots, auxquels s'intéresse
l'histoire de l'orfèvrerie au pays de Liège.
L'inscription est en capitales gothiques, avec l'A coiffé en haut
d'une longue barre, l'Ai aux premier et dernier jambages bien
contournés, le T arrondi en O incomplètement fermé et surmonté
d'une barre en forme d'accent circonflexe. L'E est arrondi et
totalement fermé à droite, de même que le ('; il a de plus que le C
la barre médiane, qui est grosse et se prolonge jusqu'au filet de
droite L'examen des lettres nous force à lire comme snit :
LICVARS • ML • F1ST • DOV • LIAIVT
') Article intitule L'Orfèvrerie sur les bords de ht Meuse. ]>. XI.
- i3i -
Donc il faut rectifier la leçon précédente en deux points : le
premier mot serait Licvars au lieu de Lievars, le quatrième dou
au lieu de don.
Le premier mot révèle le nom de l'auteur, ("est la statue elle-
même qui est censée parler : Licvars me fist. La forme Licvars
sourira peut-être moins que celle de Lievars, qu'on avait cru lire
jusqu'ici. A la vérité, ni l'une ni l'autre ne nous révèlent une forme
connue de nom de personne. Us finale est celle du nominatif
roman; elle a l'ait disparaître, comme d'ordinaire (clerc, nominatif
clers), la consonne terminale du nom : cette restitution de con-
sonne donnerait Licvart ou Licvard, par analogie avec Edouard
et d'autres noms à suffixe -ward, -wart (gardien). Si le u compte
pour un //, il faudra lire Licuart ou Licuard. Est-ce un nom d'ori-
gine germanique, Lic-ward, garde de corps? Est-ce un sobriquet
d'origine picarde ou normande, Li-coart ou Li-cuart, le couard
(cuart est la forme du Roland 3335)? La question est difficile à
t rancher.
La suite de l'inscription n'est pas aussi claire que ce Licuart
me fit. M. Destrée n'en connaissait en 1905 aucun essai d'inter-
prétation. 11 y en avait un cependant, proposé en 1846, au
tome III des Annales de la Soc. arch. de Namur. On y traduit
I><) Y • LIAIVT par Dov me dessinai Sans doute on flairait
quelque ancêtre de Gérard Dow dans le premier mot et on voyait
dans liaivt un delineavit ! Combien M. Destrée avait raison de ne
pas connaître cette interprétation facétieuse !
Une première remarque, aussi nécessaire que simple, est que
l'a vaut-dernière lettre doit se lire u. Un mot français ne peut pas
se terminer par vt.
La finale -ut nous donne une syllabe de plus, qui nous permet
de reconnaître une symétrie dans l'inscription. Elle est rythmée, il
faut la scander 4 -f 4 : Lic-vars-me-fist, - dou-li-a-iut. Cette
lecture permet à un romanisant de retrouver sans grande diffi-
culté dans liaiut deux mots : i° U = fr. lui; 20 aiut = latin
adjutet, fr. aide, le subjonctif aide. Ajoutons un brin de démons-
tration à l'adresse des archéologues.
Le verbe aider, anciennement aidier, vient du latin ajutare
pour adjutare. Un substantif ajutam (une aide) se trouve dans les
Serments de Strasbourg sous la forme aiudha, dans le poème
d'Alexis sous la forme aiude (lisez a-iu-de). L'indicatif adjutai
doit donner les mêmes résultats à la même époque; plus tard
aiude doit devenir aine. « Ren qu'il face ne li aiue », est-il dit dans
— l32 —
Tristan, littéralement: «rien qu'il fasse ne /«/aide». Mais au sub-
jonctif, la forme latine adjutet, ne contenant pas <!';< dans sa
dernière syllabe, ne donnera point aiude, mais ai ml ou ni ut.
On trouve aiud dans le Suint -Léger :
Il nos a/'«d ol> ciel senior (tju'il nous aide)
por cui sustinc tels passions.
On trouve aiut dans la Chanson de Roland, vers 781 :
Si li truvez ki très bien li aiut.
On trouve ajut dans la Chronique de Normandie, v. ion3 :
Qu'il li ajut vers ceus de France.
Enfin, au xnie sièele, Rutebeuf écrit (Édit. Jubinal, II, 120):
Or est mestiers Diex les aïut.
Ajoutons que cet aiut a une forme simplifiée, ait, qu'on emploie
longtemps dans l'expression si m'ait Dieus (ainsi m'aide Dieu).
Reste le mot don. La version sur laquelle j'ai travaillé jadis
présentait don, qui m'a forcé à des conjectures. En l'interprétant
par le relatif dont, j'étais arrivé au sens que donne précisément
don. C'est pourquoi je n'ai pas cru nécessaire d'entretenir le
« monde épigraphique » de cette variante qui ne changeait rien au
sens. Aujourd'hui que l'occasion se présente de rectifier, disons
que DOV = dou, c'est-à-dire d'où, employé à la mode latine au
sens de de quoi, dont. L'interprétation est donc : Licuart me fit,
d'où lui soit aide.
C'est un naïf souhait d'artiste ajouté à la signature. Il désire
que son œuvre religieuse contribue à son bonheur et surtout à son
salut. Cette interprétation ne nous dit rien sur Licuart, et d'au-
cuns sans doute eussent préféré pins d'histoire et moins de piété.
11 faut se résigner, car le sens de liniut n'est pas contestable.
Encore une remarque cependant, relativement à cette date du
xiv siècle assignée à la Vierge d'argent de YValcourt. La trans-
formation de l'ancien français chant (latin canto, cantem, caniei)
en chante se manifeste déjà au xne siècle pour l'indicatif, et
s'effectue pour le subjonctif dans la seconde partie du xuie siècle.
La vieille forme aiut se présente-telle encore au xiv' siècle, date
assignée à la statue? Ou la formule de souhait dou li aiut a-t-elle
persisté plus longtemps? En tout cas, au point de vue linguistique,
rien n'empêche de faire remonter l'œuvre à la fin du xnr siècle.
C'est l'examen artistique qui doit trancher la question.
— i33 -
X V I .
Le Bethléem verviétois.
Une survivance d'ancien théâtre religieux de marionnettes
Il serait difficile de trouver, dans le pays de Vervi ers, un second
spectacle au — , populaire que ce petit théâtre appelé le Bethléem.
Chaque année, à Noël, ou, pour être plus précis, de la mi-
décembre à la mi-janvier, il l'ait les délices des petits et la joie
Inavouée des grands. Mais il esl à craindre que le courant impi-
toyable 'le la mode ue l'entraîne à bref délai. S'il subsiste, il ten-
dra de plu:- en plus ;i se moderniser. Ces raisons auraient suffi
pour non- engager à fixer dans ces pages la physionomie du Beth-
léem; pourtant il en est une plus puissante : c'est que nous avons
affaire ici a autre chose qu'un jeu fortuit et isolé, un banal et
puéril objel de curiosité. Le Bethléem est une survivance d'art
populaire. 11 nous apparaît comme un spécimen d'un genre disparu
et certainement peu connu. Si mince donc (pie puisse être en soi
la valeur artistique de ce petit drame, il a une valeur relative ou
de comparaison qui ne nous semble pas à dédaigner. Voilà ce qui
nous a décidé à donner une idée exacte de cette survivance, que
qous devons ranger dans l'art dramatique populaire, au rayon
modeste du théâtre des marionnettes.
('«•s mots profanes» étonneront peut-être les pieux visiteurs du
Bethléem. Eabitués à considérer ce spectacle par son coté pure-
ment religieux et édifiant, ils n'y voient, en somme, qu'une crèche,
comme on eu dispose encore dans certaines églises, à Noël. En
écoutant, en regardant, ils ne songent ni a un théâtre, ni à des
marionnettes. La comparaison s'impose pourtant, et elle ne doit
scandaliser personne. L'art dramatique, en France et ailleurs,
n'a-t-il pas commencé par être exclusivement religieux? La pre-
mière scène au moyen âge n'a t-elle pas été l'église elle-même?
Les pièces représentées n'ont-elles pas été empruntées à l'Ancien
Testament, aux Évangiles, aux légendes des Saints? Ce qui est
avéré des représentations par personnages vivants pourrait être
vrai aussi des représentations par figurines articulées. On a insi-
nue que le nom de marionnette lui-même avait une origine reli-
f1) A paru dans le Bull, de la Soc. verv. d'Arch. et d'Hist., t. II f 1900). Ici
nous avons pu mettre l'appendice à sa place dans le texte, et nous avons
supprimé des détails d'intérêt trop exclusivement local.
— i34 -
gieuse ('). Si ce dernier point étail prouvé, il ne resterait rien de
profane dans les termes en apparence irrévérencieux dont nous
usons pour définir le Bethléem.
Il importe; doue, pour remettre ce petit théâtre en valeur et ne
pas le présenter comme un amusement d'enfants purement local,
de remonter un peu haut dans le passé. Nous essayerons d'abord
de fixer les rapports du Bethléem avec le théâtre mécanique des
marionnettes en général: nous chercherons ensuite si le sujet lui-
même, la Nativité, n'a pas eu des analogues dans le passé; enfin
nous aborderons le Bethléem verviétois pour l'analyser en ses
divers cléments, en étudier le caractère, en publier le modeste
scénario, en faire revivre autant que possible les scènes princi-
pales.
I. — Marionnettes et jeux de marionnettes sont une chose très
ancienne (pue le moyen âge n'avait pas eu besoin d'inventer. Les
petits acteurs mécaniques étaient un legs de l'antiquité. Ces infini-
ment petits de science et d'art populaires se transmettent plus
sûrement que tout le reste, en dépit des révolutions. Ils existaient
longtemps auparavant chez les Égyptiens, chez les Grecs, chez les
Romains et sans doute ailleurs (2). Nodier a dit avec esprit que la
première poupée est contemporaine de la première petite fille : il
n'en est pas nécessairement ainsi de la poupée dure et articulée ;
mais on a retrouvé dans les tombeaux égyptiens, grecs et romains,
assez de poupées d'ivoire, de métal, de terre cuite ou de bois, à
membres et à tète mobiles, pour qu'on puisse affirmer la haute
antiquité des figurines articulées. Les historiens et les mytho-
(') Charles Magnin, Histoire des Marionnettes en Europe, depuis l'antiquité
jusqu'à nos jours : 12e édition, Paris, M. Lévy, 1862. — Cfr. pp. 108 et 8. — Il
y aurait beaucoup à dire sur ce mot de Marionnette. Magnin a tenté de
prouver qu'il a servi à désigner des statuettes de La Vierge avant de prendre
[e sens actuel de figurines articulées. Mais il n'esquisse qu'un semblant de
démonstration. Il est certain, comme il le dit, que Mariole était le terme
ordinaire (v. Du Cange, v° Afariola); mais il a tort d'étendre cette acception
à tous les diminutifs du nom de Marie : marietie, mariole. marote. mariole
et marionnette. Ni le dictionnaire de Trévoux (qui s'est contenté en ce point
de copier Du Cange), ni dom François, ni Lacurne, ni enfin Godefroy ne
donnent à marionnette le sens de statue de la Vierge. Des textes romans nous
offrent le nom de Marionnette comme diminutif affectueux du nom officiel
de Marie. Ce diminutif a pu être donné par des fervents à la Vierge Marie :
la tendresse religieuse a do ces effusions; mais, quand ce point serait acquis,
il se s'ensuivrait pas encore que les madones aient porté ce nom, encore
moins i|iie les bateleurs aient tiré de ce sens religieux le nom si populaire
<le leurs figurines.
(2) Les preuves ont été réunies par Un. Magnin, ouvr. cité. Il suffit, pour
ce qui concerne les Grecs, de lire l'article neorospastos du Thésaurus de
Henri Estienne.
— i35 —
graphes parlenl souvent de statuettes et de statues qui meuvent
les bras, tournent la tête, roulent les yeux, pour frapper davan-
tage l'imagination populaire dans les cérémonies du culte.
El l'antiquité ne connut pas seulement les marionnettes sous
forme de jouets isoles, de pointées et d'idoles. Il y avait à Athènes,
aux temps d'Enripide et .le Ménandre, des jeux de marionnettes.
les uns plus aristocratiques, les autres plus populaires ('). A
l'Epoque macédonienne, les acteurs de bois d'un bateleur nommé
Potliin donnèrent des représentations a Athènes dans le théâtre
même de Dionysos, on avait tant de fois retenti la voix de Promé-
tliée, d'Œdipe et d'Agamemnon. Euripide en fut obscurci (2). A
Rome, il n'en esl pas tout a fait de même. La gra v itas roman a n'a
point favorise le développement des spectacles de marionnettes
dans les banquets el les fêtes de la vie aristocratique; mais il y
eut, en revanche, «les marionnettes populaires, que les sévères
Marc-Aurèle regardaient du haut, de leur philosophie (3). Xous
n'entrerons pas Ici dans les détails de costumes, de caractères, de
scénario, notre but étant simplement de faire constater l'existence
de figurines articulées dans l'antiquité et le groupement de ces
figurines pour représenter des scènes diverses.
La popularité des marionnettes ne fit que grandir à mesure que
disparaissaient la tragédie et la comédie classiques. La panto-
mime avait usurpé la place des chefs-d'œuvre de Sophocle et de
Ménandre, de Plante et de Térence. La pantomime, avec un simple
canticum explicatif, débité par l'enunciator, convenait aussi bien,
ou même mieux, à des acteurs de bois qu'à d'autres acteurs. S'il
n'est pas démontré que les pantomimes furent adaptées aux pou-
pées articulées, tout au moins sait-on que le théâtre des marion-
nette continuait à gesticuler. Ainsi Synesius, évoque de Ptolémaïs
au ve siècle, Jean Philoponos le grammairien au viie, Eustache.
archevêque de Thessalonique au xne, décrivent par occasion, avec
complaisance, le jeu des marionnettes. Pour l'Occident les textes
manquent, ou bien l'on n'a peut-être pas examiné à ce point de
vue la vaste littérature épico-narrative du moyen âge. Mais
Magnin cite une miniature du Hortus deliciarum, manuscrit de la
fin du xiie siècle, où les marionnettes ont servi de symbole pour
montrer la vanité des prétentions humaines. Comment les marion-
C1) Xénophon. Symposia IV. 55.
f2) Athénée. Deipnosophistes, I. XVI. 19, E.
(3) Horace, sat. II. 7, 82. Aulu-Gelle XIV. 1. g 2.3. Marc-Aurèle VII, 3.
- i36 -
nettes eussent-elles servi de symbole, si elles n'avaient pas t'ail
partie «les amusements populaires à cette époque?
( 'es jeux innocents de la névrospastie, comme disaient les Grecs,
ont pu se t rausinet t re. sans interruption, du inonde païen au monde
chrétien. Les dogmes de la pureté des mœurs n'étaient pas inté-
ressés à leur suppression. Les Pères de l'Eglise sont pleins d'in-
dulgence à leur égard (1). Clément d'Alexandrie, Tertullien, Syné-
sius lancent bien l'anathème contre la corruption du théâtre de
leur temps; mais les marionnettes, plus sans doute par leur pueri
lité que par leur innocence — et un peu à la façon de Manneken-
pis — échappent aux invectives et aux condamnations. Quand les
écrivains chrétiens parlent d'elles, c'est uniquement pour établir
des comparaisons, se ménager des réflexions morales, sans un mot
de réprobation. Pourtant il s'agit toujours bien alors des marion-
nettes des représentations païennes. Les sujets chrétiens, comme
notre Bethléem, ne pouvaient venir que plus tard et d'ailleurs par
une autre voie.
L'invention d'un théâtre chrétien de marionnettes peut s'expli-
quer de diverses façons. On peut supposer que ce théâtre naît très
tard, à une époque où des forains auraient pu, sans scrupule, faire
servir leurs marionnettes profanes à des scènes religieuses de leur
invention. Empruntant les sujets au grand théâtre des mystères,
ils les auraient adaptés et réduits aux proportions de leurs acteurs
de bois. Mais l'histoire dément ce système. Ce sont des religieux
et non des bateleurs que nous voyons d'abord en possession d'un
Bethléem, et, si l'on doit admettre qu'ils aient utilisé l'invention
de la névrospastie pour étendre et perfectionner le spectacle, on
ne comprend guère qu'ils eussent créé d'emblée une cérémonie
d'édification, rien qu'avec des éléments profanes et disqualifiés.
Puis cette évolution serait en tout opposée à l'évolution du théâtre
par personnages vivants, lequel, entièrement religieux d'abord,
se laïcise seulement peu à peu. Il faut donc se rabattre nécessaire-
ment sur une seconde hypothèse : quelque chose de préexistant
dans l'église a donné l'idée de ce petit théâtre minuscule; le théâtre
religieux des marionnettes a une origine religieuse que nous vou-
drions pénétrer malgré l'absence de documents.
Quels sont donc les cléments préalables que postule l'apparition
d'un petit spectacle d'édification du genre du Bethléem? Il faut
(*) Références dans Magnin, ouvrage cité, p. 4"J-
13'
d'abord qu'il y ait eu des marionnettes au moyen âge, et nous
venons d'en démontrer l'ancienneté. En second lieu, il faut que les
chrétiens n'aient pas repoussé l'idée de transposer en représenta-
tions les narrations des livres saints. Or ee second point se trouve
résolu dans les moindres traités de littérature française ou alle-
mande. On fait remarquer, au contraire, que le moyen âge conçoit
tout, même l'histoire, sous une forme dramatique et que les céré-
monies liturgiques sont toutes en processions, en dialogues, en
drames symboliques ou réalistes. Mais il faut une troisième condi-
tion; c'est que des chrétiens aient eu l'habitude de représenter
les personnages sacrés des livres saints dans des cérémonies du
culte par des statues, statuettes ou figurines. Sans l'existence de
cette habitude, l'invention des marionnettes-madones aurait paru
une profanât ion. Xi des clercs, ni même des bateleurs n'auraient
use se la permettre. A quelle époque donc les statues deviennent
elles populaires? et, en particulier, quelles figures, quel groupe a
pu donner l'idée du Bethléem?
Cette question est intimement liée à l'histoire de la sculpture
chrétienne. Pour qu'il existât îles statuettes religieuses, il fallait
d'abord que les arts plastiques eussent la permission de sortir d\\
symbolisme primitif et de matérialiser enfin par l'image sculptée
les ! raits 'le Jésus, de la Vierge et des saints. Or cette orientation
nouvelle de l'art ne se produisit que relativement tard, lorsque le
christianisme désormais sans rival sérieux, put s'humaniser et
n'eut plus besoin de dérober ses sentiments sous des symboles.
Il fallait en outre que la sculpture eût osé se détacher des surfaces
auxquelles elle se contentait de donner le relief, pour traiter la
statue ou statuette isolée. Ce fut la une étape plus tardive encore.
La période latine i\ -vu siècle) nous donne bien des sculptures
de sarcophages, décorations Me chapiteaux, des ivoires d'évangé-
liaires, des diptyques, des reliquaires, des crucifix, des pièces d'or-
fèvrerie et d'émaillerie, mais pas de statues proprement dites. Il
faut attendre l'époque romane (vnr-xiC siècle) pour trouver des
statues de la Vierge, et même la fin de cette période (l). C'est à
partir du xme siècle seulement que la statuaire, sortant enfin
d'une longue torpeur, orne les cathédrales d'une profusion de
statues réellement artistiques. .Mais ici, ee n'est pas le côté artis-
tique qui nous intéresse : il n'est pas besoin qu'une statue de la
(') Cf. Reusens, Éléments d'archéologie religieuse, 2e édition, I, pp. 80. Si ,
u5, 124, 555 ; II, 5o8, 599.
— i38 —
Vierge ou de Joseph soit une œuvre d'art pour attirer les fidèles
el exciter leur ferveur : les naïves statues de bois de La période
romane suffisaient à la piété.
Dès qu'il y eut des statues dans les églises, elles n'y restèrent
pas inertes. La même ferveur qui les avait créées les voulut unis-
santes et leur donna un rôle dans les cérémonies. Parmi toute
l'Europe, il y a eu des statues, et même des statues mécaniques,
soit dans les églises, soit aux processions strictement religieuses,
soit à ces cortèges mi-pieux, mi-profanes que nos ancêtres ont
tant affectionnés. Il serait oiseux et hors de notre sujet de les
énumérer ici. Qu'il nous suffise de renvoyer les curieux aux
histoires particulières des villes un peu anciennes, ou, pour la
Belgique, au Calendrier de Reinsberg-Duringsfeld ('), ou enfin
tout simplement au livre de Ch. Magnin déjà cité.
Cette habitude de traiter la statue comme un personnage vivant
n'est (prune face de la grande dramatisation des cérémonies chré-
tiennes au moyen âge. On sait comment les récits des livres saints
se sont peu à peu transformés en scènes dans la liturgie du ixe au
xi' siècle, et comment les siècles suivants ont développé en
immenses mystères ces primitifs et embryonnaires essais. Donc
l'idée était dans l'air, comme on dit, de créer aussi dans les églises
des tableaux dramatiques en rapprochant des statuettes séparées.
Ce qu'on appelle vulgairement la crèche est un de ces tableaux,
et nous verrons que la crèche est le noyau du Bethléem.
II. -- Toute l'histoire de Jésus se cristallisait, dans le travail
de simplification populaire, autour de deux points : la Nativité et
la Passion. Nous n'insisterons pas sur le sombre drame de la
Passion, qui est en dehors de notre sujet. Quant à la Nativité, les
scènes des Evangiles qui s'y rattachent, scènes si propres à exciter
les émotions, si propres aussi à se modifier suivant les naïves
conceptions du peuple, n'ont pas manqué d'être figurées dans les
églises. Mais si les Mystères qui nous restent montrent que la
Nativité a été jouée dans presque toutes les villes par des person-
nages vivants, il s'agit de savoir si elle a été représentée aussi
par des figurines. Cela nous paraît hors de doute. On ne conçoit
pas un drame liturgique de la Nativité représenté dans une église
sans la présence d'une crèche, c'est-à-dire de figures groupées de
façon à représenter la naissance de Jésus. Certains personnages à
Publié ensuite sous le titre de Traditions cl légendes de lu Belgique.
Bruxelles, Claassen, 1870. 2 vol. in-8°.
— i39 -
coup sûr ne sont pas des «'-très vivants. Il y a un Jésus en bois
couché dans un berceau ou dans une mangeoire sur de la vraie
paille. Joseph cl Marie prient a chaque côté, êtres vivants ou figu-
rines. On n'oublie point l'âne, ni le bœuf, de si populaire mémoire.
Cette représentation muette me paraît être le centre et le noyau
non seulement du drame vivant, mais aussi du drame minuscule
que ligure notre Bethléem. En raison de sa naïveté même, de la
facilite a la concevoir età l'exécuter, de son importance exception-
nelle dans le corps des croyances chrétiennes, il faut lui assigner
une existence antérieure à celle des jeux ou mystères de la
Nativité. Ceux qui savent que les premiers essais dramatiques
remontent au \i siècle, admettront sans peine l'existence à cette
époque de ce minimum de figuration qui est la crèche. Ceux qui
se défient des raisonnements seront satisfaits sans doute d'en
retrouver la trace des l'année 1223, et disposés à lui assigner une
origine antérieure m cette date. Voici le fait.
Le frère Valentin Marée, vicaire du couvent de Bolland, a publié
en i656 un Truite tics conformités du disciple avec son maistre,
c'est-à-dire de Suint François avec Jésus-Christ. Il raconte, d'après
Saint Bonaventure, que le pieux François d'Assise rêvait de renou-
veler chaque année le bonheur de la nuit de la Nativité, au point
qu'il aurait voulu toutes [es campagnes parsemées cette nuit-là de
bon froment pour la nourriture des bêtes sauvages, double portion
pour les animaux domestiques sans les obligera aucun travail,
que tous les hommes eussent la table bien fournie de viande, et
non seulement les nommes, mais voire même les murailles et les
parois, si elles avaient été capables d'en manger. Il prenait un
plaisir singulier, dit-il, à rappeler ainsi la mémoire de la pauvre
naissance de Jésus « dans des petits estables que luy-mesme
et de ses propres mains souloit bastir à cest éffect ». Trois ans
avant sa mort, la nuit de Noël de l'an 1223, voulant célébrer cette
fête avec une solennité inusitée, il se transporta au château de
Grecio. dressa son étable en une galerie ancienne, se fit apporter
une crèche qu'il remplit de foin, puis amener un vrai bœuf et un
vrai âne, personnages vivants, sans doute destinés à remplacer
les animaux de bois et d'étoupe des autres années. On complète la
scène par des statues. Les gens des alentours arrivent avec des
flûtes, des cornemuses et autres instruments. Au milieu de la
musique et des flambeaux allumés, le saint « estoit incessamment
portant les deux prunelles de ses yeux fichées sur trois belles
figures, ou trois dévotes Images de bois, qui luy représentoient la
— i4<> —
Vierge Marie, s. Joseph e1 le petit Sauveur; devant lesquelles
on avait pareillement allumé grande quantité de flambeaux, qui
estoient disposés à dessein, el d'un tel artifice, que le spectacle
donnoit de la dévotion à tous les assistants. La minuict enfin
venue, il ne restoit plus que de commencer le Saint-Sacrifice de
la Messe. . >> La messe est célébrée sur une table, avec la pierre,
rehaussée au dessus de la crèche. François d'Assise se revêtit en
diacre, chanta l'évangile, puis prêcha au peuple assemblé, avec
une suave tendresse de 003111", le petit enfant de Bethléem (').
Tout ce dispositif , la crèche, les statues, les animaux, les instru-
ments de musique, les flambeaux, la messe, ne sont pas sortis en
une nuit du cœur embrasé de François d'Assise. Quiconque se rend
compte de la lenteur des créations populaires, n'hésitera pas a
conclure que cette estable, «pie Saint François souloit bastir a la
fin du xii' siècle, a une origine bien antérieure.
Viennent maintenant des esprits inventifs, dont les regards et
la piété ne se contentent plus d'un groupe immobile, qui entre-
prennent de représenter, outre la scène de l'étable, les événements
qui ont précédé et qui ont suivi, de dramatiser ces tableaux par
la parole, par le chant, par quelque mouvement des figures, vous
aurez là tout notre Bethléem. La scène de la Nativité en est le
centre, comme le nom lui-même l'indique. Le jeu s'est développé
par addition de scènes connexes autour de ce noyau central. Ft la
naïveté. l'indigence même oserai-je dire, du spectacle, me semblent
être le meilleur garant de son ancienneté.
III. — Ainsi, peu a peu, dans les églises, dans les couvents, la
statuaire mécanique avait été utilisée aux diverses fêtes de l'année
pour figurer les actions du Sauveur, de la Vierge, les vies des
Saints et des Martyrs. Cet usage s'est perpétué à peu près jusqu'à
la fin du xvie siècle, malgré les prescriptions canoniques du concile
de Trente et du Synode d'Orihucla (1600). Quand ils furent enfin
exiles des églises, ces sortes de spectacles continuèrent au dehors.
La légende dorée, les histoires bibliques et par dessus tout, dit
Charles Magnin (ii3-ii5), la pastorale de Bethléem et la tragédie
du Calvaire ne cessèrent d'être présentées aux yeux par des figu-
rines de bois ou de carton, principalement dans les campagnes ou
dans les villes de moindre importance, qui n'avaient pas, comme
: andes cites, de vraies représentations par personnages. Files
(*) Marée. 'Uniformité. . . pp. 3l-34. L'auteur renvoie lui-même à S1 Roua
veuture, c. 10. Wading, ii>-:<. n° 20.
- 141 -
subsistèrent même à côté de celles-ci dans les grandes métropoles,
à Rouen, à Lyon, à Paris, devant la porte des riches monastères
et dans le parvis des cathédrales. Pour ne parler que du Bethléem,
les religieux théatins, installes à Paris par Mazarin, se servaient
de petites figures à ressorts pour attirer le peuple au pied de la
Crèche, qu'ils représentaient à la porte de leur couvent. Ces reli-
gieux théatins montraient doue un Bethléem ('). Les représenta-
tions pieuses de ce genre passèrent souvent aux mains des laïques,
mais ne cessèrent pas d'édifier et d'amuser le peuple dans les
environs des églises. A Paris même, en plein xvnr siècle, des
figures de cire mou vaut. -s attiraient et retenaient la foule devant
les scènes «h- la Passion et de la Crèche sur le pont de l'Hôtel-
Dieu. Et les affiches du temps (2), après avoir vanté la dignité du
spectaele, terminent leur réclame ainsi : « C'est toujours sur le
pont de l'Hôtel-Dieu, rue de la Bûcherie, où de tout temps s'est
représentée la Crèche ». Remarquez en passant que le sujet s'ap-
pelle la Crèche, le tableau de la crèche apparaît donc encore ici
comme le noyau central du petit drame si bien dénommé par
Magnin la pastorale de Bethléem.
En dehors de France, le même jeu dramatique se retrouve en
Allemagne, en Pologne, en Russie, en Hollande, en Italie.
(( En Pologne, en temps de Noël, on donnait au peuple dans
beaucoup d'églises, surtout dans celles des monastères, entre la
inesse et les vêpres, le spectacle en action de la szopka, c'est-à-
dire do l'étable. Dans ces espèces de drames, les lalki, poupées
de bois ou de carton, représentaient Marie, .Joseph, Jésus, les
anges, les bergers, les trois rois mages avec leurs offrandes, sans
oublier le bœuf et l'âne et le mouton de Saint-Jean-Baptiste (3).
Venait ensuite le massacre des Innocents, au milieu duquel le fils
d'Hérode périssait par méprise (4). Le méchant prince, dans son
désespoir, appelait la mort, et la mort se présentait aussitôt sous
la forme d'un squelette qui lui tranchait la tète avec sa taux. Puis
(') Cette troupe de religieux, comme l'indique' une mazarinade citée par
Magnin, p. 114. aurait bientôt émigré en Flandre, on ne dit pas dans quelle
ville, et sans doute y transporta également son Bethléem.
(2) Magnin en cite une de 1741;. page n5. — Il s'agit ici d'une affiche
pour le spectacle de la Passion. Si on prend la peine d'y rappeler celui de
la crèche, c'est une preuve «le plus de la popularité du Bethléem.
(3) Nous n'avons dans le Bethléem verviétois ni le mouton, ni saint Jean-
Baptiste.
(4) Nous n'avons pas non plus ce trait excellent. — et combie.i moral ! -
de la mort de l'enfant d'Hérode, enveloppé dans le massacre des Innocents.
ni celui de la mort d'Hérode lui-même.
— 142 —
survenait un diable noir à la langue ronge, ayant des cornes poin-
tues et une longue queue, qui ramassait le corps du roi et l'em-
portait en enfer au bout de sa fourche (l). — Des représentations
du même genre, exécutées par des personnes vivantes ou par des
marionnettes, a'étaient pas moins fréquentes dans les églises du
rite grec. » (2) La szopka n'a cessé de l'aire partie des offices qu'en
1739, à cause de certaines additions d'allure trop profane pour le
lieu saint. Le résultat de cotte interdiction fut que des jongleurs
ambulants s'emparèrent du petit drame et le colportèrent dans les
hameaux de la Pologne, de l'Ukraine et de la Lithuanie (3).
Les crèches provençales et napolitaines présentent aussi des
groupes divers venus pour fêter l'enfant Jésus. En 1903, M. Gau-
dois a exposé à Paris une crèche napolitaine. « Deux cents paysans
en poupées, dit un chroniqueur du Gaulois (4), escortaient à tra-
vers les rocailles et les villages les trois rois mages en route vers
l'étable où dort le nouveau-né ». La description est certainement
très écourtée ; tous les personnages ne gravitent pas autour des
mages ; néanmoins nous reconnaissons à travers ces quelques
mots nos personnages traditionnels. Le chroniqueur ajoute un trait
différentiel : « dans les crèches italiennes, les personnages sont
des pécheurs, des lazzaroni; dans les crèches flamandes, ce sont
des menuisiers, des dentellières, des laboureurs; tout s'y localise
et s'y spécialise ». L'auteur a peut-être voulu dire wallonnes au
lieu de flamandes : quoi qu'il en soit, le fond de son observation
est vrai.
Un article de M. Charles Beauquier sur les Mois en Franche-
Comté (s) nous fournit un curieux chapitre attestant l'existence
d'un Bethléem à Besançon, et donnant de cette survivance, que
l'auteur appelle, lui aussi, un « écho des mystères » du moyen âge,
une description assez minutieuse. La voici tout entière à titre de
comparaison :
A Besançon, la vieille capitale de la Comté, s'est conservé, à l'occasion
('; Ce trait nous rappelle le spectacle forain de la Chaudière, sorte de
pièce à tiroirs. On t'ait comparoir tour à tour des êtres généraux représen-
tant des vices divers, des personnages célèbres, des hommes politiques
contemporains; l'énonciateur leur fait leur procès sommaire, et invaria-
blement les condamne au l'eu. Viennent alors des diablotins qui emportent
le condamné a la Chaudière. Les spectateurs voient flamber le coupable.
(2) Magnin, ouvrage cité, p. 286.
Magnin, ouvrage cité, pp. 280-290.
(*j X" du Gaulois, 14 juin igo3.
(■') Renne des traditions populaires, déc. i8<jy.
— i43 —
(le Noël, comme an écho dos mystères du moyeu âge; c'est la Crèche dont
les représentations commencent en décembre et se poursuivent jusqu'à la
fin de janvier. Des marionnettes, des mounins de bois figurent la naissance
de Jésus-Christ dans l'étable de Bethléem et l'adoration des bergers et des
rois Mages. Ce naïf spectacle que les vignerons de Battant et d'Arènes
avaient autrefois le privilège d'organiser est encore suivi chaque année par
un nombreux auditoire d'enfants et même de grandes personnes. Il y a
quelquefois plusieurs de ces petits théâtres qui, sous des noms divers la
Crèche bisontine. VÉtable de Bethléem, la Crèche orientale, rivalisent entre
eux d'attractions. Généralement ils s'installent dans un hangar, au fond
d'une cour ou dans un magasin inoccupe.
Il n'\ a pas encore ires longtemps, c'était presque un devoir pieux d'as-
sister a la Crèche; les représentations en étaient affichées aux portés des
églises et promettaient • tout ce «pii peut amuser et édifier les fidèles. »
Le texte de la pièce, mélange de prose, de vers et de chants, écrit pour
une grande partie en patois, es( l'œuvre, dit-on, de quelque abbé du
XVIIIe siècle : on prétend qu'un imprimeur, nommé Gauthier, qui vivait à la
même époque, y aurait collaboré.
Les principaux personnages de ce petit drame liturgique sont le vigneron
■ Barbizier » portant le chapeau à cornes, l'habit de camelot à la française.
la culotte courte et les bas rayés; sa femme, la « Naitoure », constamment
rabrouée par son mari, el le compagnon Verly qui essaie toujours de
remettre la paix dans le ménage.
Le rideau se lève sur un décor champêtre; la toile du fond représente la
citadelle; on entend le (ïloriu in excelsis et l'on voit passer au-dessus de la
scène, au milieu des nuages, des anges qui annoncent en chantant la nais
sauce de l'Enfant-Jésus. Barbizier. le bousbot raisonneur, ne peut en croire
ses oreilles : il exprime ainsi sa surprise :
1 ne peut mettre en mai çarvelle
Qu'y set bin vrà ce qu'on mai dit.
Qllin roi passant soit ne de ne pucelle.
Que l'haibitant dans in pouere taudis.
Mais il faut bien qu'il se rende a l'évidence : une brillante étoile, qu'il
n'avait jamais vue. apparaît a ses yeux. Pour enlever complètement ses
doutes, il va consulter l'Ermite, qui est un savant astrologue. Convaincu par
lui de la vérité de la surprenante nouvelle, de sceptique il devient un propa-
gandiste des plus chauds : et c'est lui qui, jouant le rôle du compère île nos
revues de fin d'année, conduit à la Crèche différents visiteurs en les cinglant
de sa verve mordante.
Ces personnages sont des types empruntés à peu près à toutes les classes
de la société vers la fin du siècle dernier : ce sont l'avocat, le magistrat, la
vieille dévote, le juge, le négociant, la coquette, le magnin (chaudronnier),
le ramoneur, etc.
Les acteurs depuis quelques années ne craignent pas d'introduire dans la
pièce des individus connus de toute la ville et parfois même les représen-
- *44 -
tants de l'autorité. La critique malicieuse «lu Pasquino bisontin s'attaque
parfois aussi assez volontiers aux incidents de la vie municipale.
Barbizier incarne l'esprit frondeur et gouailleur des Franc-Comtois : de là
sa grande et persistante popularité, ("est un vigneron, comme son compère
Verly, un dévot de la dive bouteille au moins autant que du divin offant
| entant i ; et <|iii. aussi bien à jeun que dans les vignes du Seigneur, a son franc
parler sur les hommes et les choses. Sa femme, la Naitoure, est particulière-
ment l'objet de sa critique acerbe. Voici comment il la traite devant l 'Enfant-
Jésus, à qui elle a eu l'audace de demander que son mari boive moins et soit
d'humeur plus douce avec elle.
L'écoutâs vous.' cot ne tète de mule;
l 'écoutas vous? elle baibille prou;
elle ot olla ait l'écoulé as Oursoules :
elle n'ait ran aippris,
mon Due, mon Due, elle n'ait point d'esprit.
On a fini par intercaler dans le spectacle de la Crèche toutes sortes de
liors-d'œuvre, des dioramas, des chromatropes, des marionnettes ingénieu-
sement articulées. L'attrait tout moderne de la mise en scène etde la figura-
tion n'y est même pas négligé. Ainsi on représente aux yeux ravis du public
enfantin le grand et brillant défilé de la Procession générale de toutes les
églises de la ville passant sur le pont de Battant ; et ces splendeurs sont
applaudies avec autant de conviction que s'il s'agissait des apothéoses du
Grand Opéra. Aussi la Crèche n'a jamais cessé d'être au premier rang îles
récompenses alléchantes promises aux bambins des deux sexes qui ont été
bien sages.
Des Noéls au sens satirique du mot, qui se chantent en patois dans ces
représentations, sont en extrême faveur auprès île la population tout entière.
Il y a quelques années encore les vieilles daines de la bourgeoisie les
savaient par cœur et les chantaient sans passer un mot ni une note. Aussi
lorsque chaque année ramène le spectacle île la Crèche, on y voit affluer non
seulement les enfants mais bon nombre de grandes personnes qui s'amusent
de la joie des petits et viennent là rajeunir leurs souvenirs, tout en riant
pour leur propre compte des facéties traditionnelles et parfois nouvelles
île Barbizier.
On le voit, notre Bethléem verviétois n'est pas un amusement
isolé, une puérilité dont l'invention soit due au hasard : il remonte
a une respectable antiquité soit par lui-même, soit par ses élé-
ments constitutifs: il a eu, et il a encore (') des analogues dans
(') Il n'y a pas longtemps, un couvent-école de Henri-Chapelle a fait
construire pour son usage un Bethléem semblable au Bethléem verviétois
de Ville. - M. François Mullendorff. lieutenant- colonel en retraite a
Verviers, se rappelle que dans son enfance, il y avait un Bethléem à Luxem-
bourg. A Liège, il y a de nombreux théâtres de marionnettes, dans les
quartiers populaires, surtout consacrés à faire revivre les héros des romans
du moyen âge. Mais on y joue aussi la naissance a Noël et la passion à
— 145 —
divers pays de l'Europe. C'est donc fournir une contribution —
modeste, mais non inutile, à l'histoire de l'art dramatique popu-
laire, que de fixer la physionomie de ce petit drame, tel qu'il a
survécu chez nous.
IV. — A Verviers même, le Bethléem est certainement très
ancien. Consulté par moi, le R. P. Halin conjecture qu'il a été
introduit à Verviers par les religieux Récollets, ces enfants de
saint François, grand constructeur de crèches, comme nous l'avons
vu tantôt. Or les Récollets se sont installés à Verviers en 1627.
Par les -documents, il est impossible de remonter au-delà de notre
siècle. La question n'a plus d'ailleurs qu'un intérêt local du
moment que l'existence de ce genre de théâtre vient d'être cons-
tatée en France, en Italie, eu Allemagne et jusqu'en Pologne et
en Russie. Nous nous contenterons donc de feuilleter les souvenirs
des anciens qui vivent encore (').
Ceux-ci rappellent l'existence, au commencement du xixe siècle,
du Bethléem Wisslet, détruit par le feu d'une lampe qui se commu-
niqua aux ramilles de la scène; le Bethléem Lange, vers i83o, qui
était proclamé « plus beau » que les autres, parce qu'on en regar-
dait les figurines à travers des lentilles grossissantes; le Bethléem
que notre historien Xautet a montré dans sa jeunesse, composé
d'images et non de figurines, et dont le tableau central était l'ado-
ration des mages; le Bethléem Bourguignon, installé déjà vers
1820, « moins beau », c'est-à-dire plus archaïque que celui de Lange ;
enfin le Bethléem de Ville, ouvert en décembre 1862, reconstitué
en 1898 par M. Rodolphe Closset pour attirer la foule à une fête
Pâques. Lisez sur ces marionnettes liégeoises un article de M. Demblon,
dans la revue Wallonia, t. III (1895), p. 1 17-124; la pièce de M. Tilkin, lue
Sise âx Marionnettes. Liège, AYathelet, 1897; et enfin l'Histoire du célèbre
théâtre liégeois de Marionnettes, par Rodolphe de Warsage, Bruxelles, Van
Oest, igo5. Le Bètchèin(= Bethléem) montois, malgré son titre, ne joue plus
que des piécettes profanes : La consigne est de ronfler, les deux voleurs, etc.
Tournai a aussi son vieux théâtre de marionnettes.
\Y. Ilone, ancient mysteries, « attribue à un théâtre de marionnettes une
pièce fort grossière sur la naissance de Jésus-Christ qui fil quelque bruit sur
le port de Dieppe en 1822. Cette rhapsodie était jouée par des acteurs
vivants. 11 aurait été facile â l'habile critique de citer d'autres exemples.
En i85i,le grand théâtre mécanique de Montpellier a lait représenter /«■<
Naissance de Xotre-Seigneur et l'Adoration des Bergers, pièce pour les marion-
nettes. Elle est imprimée et porte le nom de M. A. Bartro. » (Magnin, p. 1 i(i,
note).
(!) Nous supprimons ici des indications relatives aux divers Bethléem
verviétois du xixe siècle, comme étant seulement d'intérêt local. On pourra
toujours, si on le désire, se reporter â l'édition du Bulletin de la Société ver-
viétoise d'Archéologie et d'Histoire, t. II (1900), pp. 1G-20.
10
— i46 —
de bienfaisance. A force de patience, d'ingéniosité, de recherches,
de démarches el de dépenses, M. Clossel réussit à restaurer le
petit théâtre en entier, à rétablir le scénario de L'exhibition, et
la fête eut un plein succès. Après la saison, le matériel passa au
patronage de Saint- Joseph, qui le montre chaque année, de Noël
a l'Epiphanie Mais un antre Bethléem, celui de la Jeunesse de
Saint-Antoine, rajeuni, modernisé, lui l'ait la concurrence. Je m'en
suis tenu au plus archaïque des deux; je l'ai visité plusieurs
années consécutives en l'olkloriste : c'est lui qui m'a fourni les
cléments de la présente description.
V. — Qu'on se figure d'abord un entablement courant autour
des quatre murs d'une salle. Les scènes diverses sont figurées par
autant de groupes disposés a la suite l'un de l'autre sur cette
estrade, le long des quatre murs. L'imprésario conduit son monde
<l'une scène à l'autre en débitant quelques paroles de boniment
pour annoncer le sujet. Fendant que l'une ou l'autre poupée ma-
nœuvre et que les spectateurs regardent, des gamins dissimulés
derrière la scène entonnent des couplets de vieux noëls. Tels sont
en général, pour donner d'abord une idée d'ensemble, les premiers
cléments du minuscule théâtre que nous nous proposons d'étudier
maintenant en détail.
Cet hiver (1898-99), l'installation est faite dans la grande salle
de tètes et de conférences de la Société Le Foyer. L'entablement
a été fabriqué d'une façon très ingénieuse. On ne savait où remiser
les longs bancs a dossier qui garnissent d'ordinaire cette salle.
En alignant ces bancs deux à deux, face à face, on obtint, sans dé-
ménagement du mobilier, sans encombre et sans frais (ce qui n'est
pas à dédaigner), une assise solide sur laquelle on établit le plan-
cher du Bethléem, plancher spécial dans lequel certaines rainures
sont ménagées pour le maniement de diverses figurines.
La scène élevée ainsi à hauteur de la main, pas trop haute pour
des regards d'enfants, a environ un mètre de profondeur. Le fond
actuel est formé de toiles qui ont été brossées en 1893, avec la
naïveté et l'inachevé absolument nécessaires, par le peintre ver-
\ iétois Félix Ymart, pour la fête de charité dont nous avons parlé.
hateaux arabes aux murs blancs sur des montagnes plus ou
moins iduméennes, des minarets, des mosquées, des arcades et des
tours de style égyptien, les hauteurs de Jérusalem et la montagne
de Sion, tout cela prolongeant la perspective de la petite scène
forme un charmant décor qui complète l'illusion sans forcer l'atten-
tion du spectateur. Nos gravures en donneront d'ailleurs une
— *47 —
idée plus exacte que nous ne pourrions la donner par une descrip-
tion (*).
L'éclairage se l'ait au pétrole. Il y a un quinquet minuscule dans
chaque maisonnette. D'antres sont disposés ça et là sur la petite
scène pour éclairer les groupes.
Sur le plancher, de la sciure de bois. Par endroits, du varech
entoure les groupes, simulant la verdure. Aux angles et a diverses
places, il y a des arbustes, soit du houx fraîchement coupé avec
ses baies rouges, arbuste de Noël, soit un sapin, véritable arbre
de Noël, «pii est illuminé et orné dans la nuit du 24 décembre pour
une représentation extraordinaire. Ce sapin est un intrus d'ori-
gine germanique, qui n'a d'ailleurs qu'une valeur ornementale.
Le lecteur étranger a ce spectacle aura déjà deviné, a certains
traits qui précèdent, le mode de disposition du matériel. Au lieu
d'imaginer, pour la vingtaine de tableaux à reproduire, vingt chan-
gements de décors et de ligures a effectuer sur place devant une
assemblée assise; et immobile, les tableaux sont juxtaposés tout le
long des quatre murs et c'est le spectateur qui se déplace, en évo-
luant de gauche à droite, suivant l'usage ordinaire en une foule de
cas analogues. Le même phénomène se produit pour les stations
du Chemin de la Croix dans les églises, et pour celles de ces autres
chemins de la croix installés en plein vent, au penchant des col-
lines, et qu'on appelle des calvaires. Le spectateur ne regarde point
passer, il passe les marionnettes, si on peut risquer ce wallonisme.
Les tableaux, au lieu d'être successifs, sont donc simultanés ; c'est
au spectateur à se mobiliser pour les rendre successifs. Les grands
théâtres religieux du moyen âge n'ignoraient d'ailleurs pas cette
naïve mais commode disposition. Moue et Froning, dans leurs
ouvrages sur les mystères, donnent le plan de la scène à Donaues-
chingen. Les spectateurs, massés à droite et à gauche de l'im-
mense rectangle de la scène, avancent à mesure que l'action se
déplace (2).
Bien que casé seulement à quelques centimètres de ses voisins,
chaque tableau a donc son individualité propre. Le lieu de l'action
est réduit à la taille des petits acteurs et d'une architecture sui
(!) M. F. Ymart est le même qui a écrit et illustré cet intéressant Carnet
d'un flâneur, notes et croquis du vieux Verviers (Vinche, 1894, 81 p. in-S).
Il n*a pas manqué d'y consacrer deux ou trois pages humoristiques au
Bethléem. Pour les gravures annoncées, voir la première édition.
(2) F.-.I. Moue, Schauspiele des Mitteliriters, 2 vol., 2e édition, Mannheini.
i852. Cf. II, p. i56. — Ur R. Froning, dus Drama des Mittelalters, 1891,
Stuttgart. Cf. p. 27G.
— i48 -
o-eneris. Les veux naïfs peuvent admirer sans la moindre hésita-
tion l'église où Joseph a épousé Marie, le palais d'Hérode, la
maison de la nativité a Bethléem, une auberge, un moulin, un
atelier «le charpentier, le temple même où Jésus va prêcher au
milieu des docteurs. Aucun souci d'ailleurs de reconstitution
archéologique. Les temples juifs sont figurés par des églises de
village. L'oratoire de la Vierge es1 une sorte de berceau de ver-
dure, — moins la verdure, — coiffé d'une pyramide fort drôle. La
maison de Joseph et de Marie a Nazareth reproduira un intérieur
de famille wallonne : rideaux, meubles, berceau de l'enfant, poêle,
cruche au lait, tout est le diminutif exact, et coquet cette fois, de
la vie journalière dans nos villages. Lien n'y manque, pas même le
rouet, un amour de rouet, tout mignon a la quenouille chargée
de chanvre. Dernièrement un amateur en a offert quinze francs.
H mi a été pour ses offres : le rouet de la Vierge n'est pas a
vendre. Le palais d'Hérode a des colonnes, des draperies, des
laquais galonnés. L'atelier de Joseph présentera un ban de menui-
sier, des outils divers: Joseph aura la scie en main et sciera une
planche. Bref, tout h' spectacle est conçu dans une note très réa-
liste, mais la réalité que les auteurs ont représentée est celle de
leur temps. Il en résulte «pie les pièces, les costumes, les figures
du petit théâtre se modernisent sans effort à mesure qu'il faut les
renouveler. Cette année même, j'ai été témoin de l'addition d'un
temple, nommé église de la messe de minuit, une pièce en grès
toute ajourée dans laquelle une petite lampe simule a la perfection
les illuminations féeriques de matines (').
Des figurines anciennes, il reste peu de spécimens dans le théâtre
actuel. Le Bethléem est un peu comme le couteau de Jeannot,
toujours sensiblement le même, bien que toujours renouvelé Par
malheur, ce sont les plus intéressantes pièces, les mobiles, les
articulées qui se disloquent le plus vite. La mâle Magrite, de si
populaire mémoire, a sans doute reçu sur sa pauvre maquette de
trop libérales volées de coups de bâton : on a dû rattacher sa
vieille tète en morceaux par un cercle de fil de fer. Nous pouvons
citer encore, parmi les anciennes figures: le mari de Magrite, digne
pendant de sa noble épouse, avec sa face plate sculptée à la serpe
1 1 A la suite île cette constatation — émise par nous dans une contérenec
préalable sur le Bethléem - les auteurs de l'addition annoncent l'intention
île supprimer ce numéro, comme contraire à lu tradition. Ce scrupule les
honore, niais il leur est tout loisible d'innover.
— x49 —
et les trois goitres hideux qui lui servent de cou; le Saint-Joseph
de la fuite en Egypte, le Saint-Pierre en train de pécher. Ces
vieilles tètes sont plus grossières, plus fortes, décolores, presque
noires, et pourtant ne manquent pas d'expression. Parmi les figu-
rines plus récentes, il y a aussi d'ailleurs des tètes originales :
deux ou trois de la Vierge, en cire, très fines; celle du meunier,
celle du suisse au premier tableau, deux petites tètes de vieillards
toutes en nez et en menton : eelles encore des pharisiens qui
écoutent prêcher Jésus : le sculpteur leur a fait un air inintelligent
et ahuri qui réjouit tous les spectateurs.
Le mécanisme est aussi fort simple, ce qui est encore, à notre
avis, une preuve intrinsèque d'ancienneté. Le plus grand nombre
des figurines sont des poupées immobiles, habillées et coloriées,
destinées à formel- des groupes. Celles qui se meuvent reçoivent
le mouvement de gamins dissimulés sous la scène. Il faut distin-
guer les mouvements suivants.
D'abord certains groupes tournent, d'une manière très simple :
ils sont rangés en rond sur une bande circulaire de fer-blanc, et
c'est la platine qui se meut, entraînant les personnages de bois
qui sont en réalité immobiles. Ainsi sont disposés les soldats du
roi Hérode. Au moment marqué par le scénario, les soldats doivent
sortir du palais : demi-tour de la platine qui fait arriver de l'inté-
rieur devant la porte la petite armée en colonnes. On interroge le
laboureur, et, en suite de sa réponse trompeuse, l'armée reçoit
l'ordre de rentrer au palais : second demi-tour qui fait rentrer les
soldats par une seconde porte. La même disposition a été adoptée
pour figurer les rondes des bergers et bergères qui dansent pour
se réjouir de la naissance du Messie : ce sont tout simplement des
poupées se donnant la main et disposées en rond sur une platine
tournante. Magnin dit, p. 79, que ce système a été inventé par un
mécanicien italien, Bartholomeo Xeri. C'est possible, mais n'est-
ce point là une de ces inventions qui peuvent, en raison de leur
simplicité, s'être produites plusieurs fois séparément?
Il y a des personnages qui doivent marcher. Ceux-ci s'avancent
dans une rainure du plancher de la scène et le petit machiniste
caché derrière ou dessous n'a qu'à faire avancer ou reculer la pièce
par un prolongement de fil de fer visible pour lui seul. C'est par
ce procédé que la mâle Magrite sort de son hôtellerie pour chasser
les deux saints voyageurs, Joseph et Marie; c'est ainsi que son
mari, occupé à l'angle de l'auberge, vient à la rencontre de sa
femme pour la raclée traditionnelle. De la même façon, le meunier
— I ;>o
monte an moulin, la Vierge grimpe à la maison d'Elisabeth. Les
bergers qui descendent de la montagne pour se, mêler à la ronde
n'ont pas «l'antre moyen de locomotion : ils sont à la file, et il est
aussi facile d'en faire descendre dix qu'un seul. La sciure de bois,
le varech, des garde-fous et de faux escaliers dissimulent tant bien
((ne mal le, mécanisme, ("est encore par le même procédé, un peu
modifié, qu'on t'ait marcher côte à côte deux personnages. Quand
Marie et Joseph vont à l'hôtellerie ou quand, partis à la recherche
de Jésus, ils arrivent devant le temple où disserte leur jeune fils,
les deux personnages sont placés de front sur une rondelle de
bois, et h; centre de la rondelle s'engrène dans la rainure. Si la
main qui ment cette rondelle est soigneuse, elle peut non seule
ment faire avancer les deux personnages, mais aussi les faire
tourner légèrement aux détours de la route pour qu'ils restent de
front, leur ménager une façon naturelle de rebrousser chemin.
Mais comme il y a. en ce cas, dans le maniement de la rondelle une
combinaison de deux mouvements, le petit compère oublieux laisse
souvent repartir Joseph et Marie à reculons. Déjà, dans le cas
précédent, quand la ficelle ou le bout de fil d'archal qui sert à faire
monter un personnage cesse d'être maintenu, la figurine redescend
a reculons au point de départ. Mais les spectateurs sont alors
occupés a regarder le tableau suivant. Il n'y a que les attardés qui
s'en aperçoivent et ils sont pleins d'indulgence pour excuser les
procédés primitifs de la mise en scène et les insuffisances de
l'illusion.
11 y a peu de jambes et de bras articulés. Le puri biùrfyi (berger
paresseux) qui, restant couché, doit « montrer le chemin avec son
pied », a la jambe droite articulée : un simple fil de fer la lève et
l'abaisse. Le prêtre qui donne la bénédiction nuptiale fait le geste
facile de bénir. Le vieux « saint Pierre qui pèche » n'est pas plus
compliqué, il n'a qu'à baisser et lever un bras; Joseph, à son établi,
fait marcher nue scie; mais la figurine, au lieu de vraies jambes,
a seulement une gaine recouverte d'un tablier de menuisier ; c'est
à l'intérieur de cette gaine que passe la ficelle destinée au mouve-
ment des liras.
L'armée du roi Hérode, à cheval, poursuivant les fugitifs, a reçu
le mouvement par un autre stratagème. Quelques chevaux ont les
jambes postérieures montées sur ressort; celles de devant sont
levées. La moindre secousse, au besoin donnée par la baguette de
l'imprésario, imprime au cheval un mouvement d'inclinaison en
avant qui simule assez bien la progression du cheval.
- i5i —
Le chameau et l'éléphant qui accompagnent les Rois mages ont
la tète mobile, mais il faut que l'imprésario les touche lui-même
de sa baguette pour leur imprimer un balancement d'arrière en
avant.
Le coloris des figurines est celui que reçoivent d'ordinaire les
poupées communes en bois. Les quelques vieilles pièces signalées
plus haut ont depuis longtemps perdu toute couleur et on se garde
bien de les rajeunir. Conformément a la tradition, l'un des Rois
mages a un visage de nègre.
Quant au costume, on a quelquefois visé — et c'est dans les
pièces les plus nouvelles, — à reproduire les vêtements étrangers.
Les prêtres des tableaux i et n ont des tiares et des dalmatiques
orientales. Le nouveau groupe des rois mages (car il y en a deux
pour le moment) parait suffisamment arabe. Il va de soi (pie les
>old;its sont costumés en soldats; les exécuteurs du massacre des
Innocents vous portent des casques de pompier et des uniformes
soignes. Les mariés ont aussi notre costume usuel, noir pour le
fiancé, blanc, complète d'un voile fin, pour la fiancée. Tout le reste,
bergers et bergères ont des costumes de fantaisie où l'on n'a eu en
vue (pie la variété des couleurs et des formes.
L'interprète esl du cote des spectateurs et les guide. C'est une
bonne vieille femme, année d'une baguette, qui conduit le public
de scène en scène, montre les détails des tableaux, prononce les
paroles. Ces paroles sont d'un caractère très simple. Il n'y a pas
ici des diverbia ou dialogues entre plusieurs figures par le même
interprète, donc aucun déguisement de la voix pour simuler les
tons de personnages différents. Le scénario est une simple expo-
sition narrative, en quelques mots, du sujet de chaque tableau.
Le ton, légèrement chantant, rappelle le par-cœur des élèves à
l'école ou des enfants de chœur à l'église. Le langage au reste n'a
rien de lyrique; c'est au contraire le plus humble sermo pedes-
tris. On y trouve ce mélange singulier de wallon et de français
qui existe aussi dans nos vieux noëls et dans maintes chansons à
deux personnages. Mais, dans les noëls, le mélange paraît moins
bizarre, français et wallon vivent côte à côte dans des couplets
différents. Les anges, la Vierge, Joseph s'expriment en français
parce qu'il a semblé aux naïfs auteurs de noëls que les saints per-
sonnages devaient avoir un langage plus noble que leur patois de
tous les jours. Dans le Bethléem, la phrase semble vraiment maca-
ronique ou farcie. En réalité le fond est wallon, et le wallon se
transforme en français, à certains moments de la phrase, pour
— l52 —
citer plus respectueusement les noms des saints personnages, ou
pour énoncer quelque texte de l'évangile, ou encore quelque débris
lyrique antérieur.
Il faut pourtanl citer d'autres interprètes. Les petits, dissimulés
derrière et sous la scène pour faire mouvoir les figures, ne se
contentent pas de jouer ce rôle de machiniste. A certains moments,
ils chantent aussi des fragments de vieux noëls, ils représentent le
chœur des bergers et sont ainsi mêlés à l'action.
On a souvent constaté la naïveté des noëls wallons. Au premier
plan viennent toujours les préoccupations gastronomiques. Certes
la piété éclate bien dans cette ardeur (pie mettent les bergers et
bergères, les paysans et paysannes à s'élancer vers l'humble chau-
mière où reniant divin vient de naître. Mais une fois en régie de
ce côté, on ne reste pas confit en dévotion; le caractère divin
disparaît, on ne songe plus qu'à une accouchée et à un enfant à
qui il faut des vivres, des couvertures, du bois pour une flambée
joyeuse; on s'entraîne, on s'excite à aller voir le marné poupâ
(bien-aimé poupon). L'esprit du peuple, jamais très fort en archéo-
logie, unit dans sa chanson de Noël, le choeur et les visites des
bergers à Bethléem avec la visite qu'il fait réellement au Beth-
léem de son église; la joie des anges et des bergers se confond
avec ses réjouissances aux bouquetés (crêpes de sarrazin) et aux
tripes (boudins). Le drame que nous analysons ici a la même
naïveté réaliste. Rien de tragique, pas même le massacre des Inno-
cents. Tout le sombre est laissé au drame de la Passion. L'esprit
wallon n'a pas non plus exploité les faits poétiques qu'il aurait pu
trouver dans les légendes ou dans les évangiles de l'Enfance.
Aucun souvenir, par exemple, des oiseaux de terre glaise qu'un
souffle de Jésus enfant anima. Il s'est complu, au contraire, à
créer des traits et des types dont les livres saints ne lui ont pas
donne l'idée, la mille Magrite, lu pùri bièrtji, cuzé Djilèt, (cousin
Gillet) qui joue de la flûte sur un sifflet, la cruche au lait fermée
a l'aide d'un navet, .lesus se reposant des travaux de menuiserie
en jouant avec la robète (lapin). Noms wallons, mœurs wallonnes,
types wallons, dont on voudrait connaître les origines. Et quels
savoureux anachronismes ! Les temples juifs sont des églises, le
prêtre es1 à l'autel, il unit Joseph et Marie suivant le rite chrétien;
la Vierge chez elle a un livre de prière; on s'étonne de ne pas voir
sur son armoire une madone et un crucifix. Je ne voudrais pas
jurer qu'ils n'ont pas figuré jadis dans l'ameublement.
L'élément comique du Bethléem s'est développé peu à peu, inté-
— i53 _
rieurement, par la destination quasi enfantine de ce drame de
marionnettes. Là où la tyrannie de la tradition évangélique ne
pouvait s'exercer, l'esprit wallon s'est chargé de broder quelques
inventions profanes. C'est ce qui est arrivé aussi au drame reli-
gieux par personnages vivants, en Allemagne et en France, même
des l'époque liturgique du théâtre (1).
Le spectacle débute par le mariage de Joseph et de Marie et se
clôt par le premier prêche de Jésus au temple et l'exhibition de
saint Pierre en train de pêcher. Il embrasse donc tout ce qui est
antérieur à l'apostolat de Jésus. Enfermé dans ce cercle, il a une
unité évidente qui prédispose bien en sa faveur, et qui, nous
semble-t-il, n'est pas le fait d'un vulgaire montreur de marion-
nettes. Ce plan doit avoir été emprunté à quelque mystère. Dire
lequel nous serait impossible. Et ce n'est pas que nous n'ayons pas
cherché : nous avons parcouru les recueils de Michel et Monmer-
qué, deMone, de Froning sans rien découvrir qui ait avec ce specta-
cle-ci d'autres affinités que cellesqui proviennent des textes sacrés
et l'habitude de corser la représentation de traits et d'épisodes
comiques. La comparaison de ces inventions extra-religieuses est
pourtant le meilleur procédé pour déterminer la filiation. Voici
encore un caractère qui pourra servir à cette recherche. Il y a un
moment où le scénario sort de sa sécheresse désespérante et cite
des vers! des vers qui apparaissent bien là comme un emprunt à
quelque œuvre antérieure restée dans la mémoire. Hérode inter-
roge un moissonneur sur la fuite de Joseph et de Marie :
Laboureur, dis, dessur ton àme.
N "as-tu pas vu passer une blanche daine?
— Si fait, Hérode, dessur mon âme.
J'ai vu passer une blanche dame.
Elle a passé que je semais mon blé,
Et à présent je vais le couper.
Hérode, qui ne comprend pas que le blé a mûri en une heure par
miracle, croit les fugitifs hors d'atteinte. Il se retourne vers ses
soldats :
Faisons, faisons la ritournée,
Disait Hérode à son armée ;
Si j'attrape Marie et son fi
Dune cruelle mort je le ferai mouri.
(l) M. Wilmotte. Les Passions allemandes du Rhin, p. 10.
- i54 —
D'où sont tirées ces naïvetés? Non pas d'un dialogue réel; car,
que signifierait cotte formule de narrateur « disait Hérodè à son
armée »? formule qui est bien dn vieux texte, la rime en témoigne
assez. Tout ce que nous avons trouve de plus approchant est un
passage des Benediktbeurer ('), ainsi conçu : « deinde Herodes
iratus dieat ad milites suos :
Ite, ite pariter
Manu juncta gladio.
Etas adhuc tenera
Nulli parcat filio. »
("est. comme on voit, le même mouvement : ite, ite... — faisons,
faisons.., mais là s'arrête la ressemblance, puisque dans le texte
latin, Hérode commande le massacre des Innocents.
L'épisode de la fuite en Egypte présente encore quelques vêts
de la même provenance et du môme temps, avec une partie nar-
rât ive :
Marie en entrant dans le bois
Entendit nu si beau ramage!
« Chantez, chantez, oiseau joli,
Pour réjouir mon petit fi.
Chantez, chantez, oiseau des bois.
Pour réjouir le roi des rois. »
Peut-être tout le Bethléem a-t-il été jadis en vers de huit syllabes
el le scénario moderne n'en a-t-il retenu que ces deux échantillons.
Peut-être aussi ces vers ne sont-ils qu'un souvenir d'ancien mys-
tère relatif à Hérode et à la fuite en Egypte, intercalé ici comme
les vers de la sibylle dans le drame liturgique des Prophètes du
Christ.
Les chœurs (car il y a des chœurs qui sont des fragments de
vieux noëls), suscitent des questions du même genre. Ces noëls
ont-ils été composés pour la pièce, ou sont-ils un emprunt habile-
ment fait à la lyrique populaire pour égayer de musique ce petit
drame? Il semble bien ici «pie cette seconde alternative soit la
vraie. Les noëls chantés au Bethléem existent toujours dans la
mémoire du peuple sous une forme plus complète. Dans le draine,
ils apparaissent écourtés, blocs étrangers réduits aux dimensions
du petit édifice. Mais L'introduction de ces couplets étrangers dans
Froning, das Drama des Mittelalters, Stuttgart, 189 1. — Cf. eh. IV :
Weinachts- uiid Dreikônigsspiele. Les vers cités plus haut sont extraits de
la page 8y5.
— i55 —
le spectacle est-elle contemporaine de la composition première, ou
sont-ils une agrémentation ajoutée longtemps après coup? Il est
probable qu'on a dû sentir très tôt la nécessité d'égayer la pièce
par des chants. L'introduction de ces couplets n'est pas une amé-
lioration de la dernière heure. Dans les mystères les plus anciens,
il y a des chants, les propres chants de la liturgie latine, alléluia,
te ileiim ou de profundis, suivant les situations et les sentiments
des personnages. Si cette identité de composition n'est point for-
tuite, elle est ancienne et non moderne. On a pu ajouter ou retran-
cher à ces chants, les masser en trois ou quatre places ou les
diviser davantage, car la constitution du Bethléem n'a jamais été
si définitivement fixe qu'on n'ait pu introduire des variantes soit
dans les chœurs, soit dans les paroles, ou même dans le nombre
et la succession des tableaux. Les représentations mêmes de cet
liiver (1898-99) le prouvent, puisqu'on a intercalé une église de
minuit où l'on chante, à pleine voix, le noël français d'Adam :
« Minuit, chrétiens, c'est l'heure; solennelle... » On a aussi ajouté
cette année, pour régler les chants et soutenir les voix, un harmo-
nium, afin de rendre la petite représentation aussi artistique que
possible.
Les couplets chantes sont les plus connus, les plus populaires
des noëls wallons ; et l'on ne saurait dire si le peuple verviétois
se rappelle mieux ces couplets parce que le Bethléem leur donne
un regain de vie, ou si, à l'inverse, le Bethléem se contente de
servir au peuple ce qui est resté le plus populaire. L'un d'ailleurs
n'exclut pas l'autre.
Il est impossible de noter au complet, à la volée, le texte de
cette explication narrative des tableaux du Bethléem. Nous avons
essayé plusieurs fois sans succès. On regarde, on écoute, on sourit,
et l'on oublie de noter. Heureusement nous avons pu obtenir ce
texte d'un des enfants qui, pour quelques sous, se tiennent en
permanence derrière la toile du fond ou sous la scène afin de
tourner quelque mécanique au moment opportun et de chanter les
fragments de vieux noëls. Nous tenons de la môme source le texte
des chants. De la sorte il ne nous restait plus qu'à vérifier. Une
seconde version très ancienne nous a été transmise par le R. P.
Tlahn, qui la tenait de la famille Bourguignon dont nous avons
parlé. Seulement elle est en français et j'ai peine à croire que ce
ne soit pas une traduction que les vieux Bourguignon se sont
évertués à faire en considération du lettré qui les avait inter-
viewés. Un plan précieux qui l'accompagne donne la disposition
— i56 —
et Le schéma de chaque tableau. Pne troisième version, recueillie
jadis par M. Poetgens, existe sous doux formes : i" en petits
dessins en couleurs, exécutés l'an i856, sous chacun desquels se
trouve le texte; 2" en une copie des mêmes textes, ("est celle-là
qui a servi avec d'autres, en 1893, quand M. Rodolphe Closset en-
treprit île reconstituer le boniment.
Nous distinguerons de .M. Closset, un cahier, oeuvre de recons-
titution préparatoire, et une copie laite pour fixer le boniment
de [893.
Notre texte est celui qui a été prononcé en 1K97-98 et dans les
années antérieures. Mais quand nous avons voulu, en janvier 1899,
contrôler une dernière fois ce scénario de l'année précédente,
l'imprésario avait été changé, le boniment n'était plus le même.
Interrogée par nous sur les variantes qu'elle introduisait dans l'ex-
plication, l'interprète a déclaré être une fille du sieur Ville qui
avait longtemps exhibé un Bethléem au thier du Spintay. Elle
disait donc comme elle avait appris à dire dans sa jeunesse. Mais
elle s'en tenait aux textes bibliques presque exclusivement et avait
expulsé les éléments facétieux du drame. Nous donnerons ci-après
les diverses versions que nous avons pu recueillir. Elle sont des-
tinées à se compléter l'une l'autre, à s'éclairer mutuellement : il y
a des traits de la version moderne qui n'offrent de sens que par
l'ancienne. Puis le lecteur pourra juger par lui-même de l'ampli-
tude des variations qui ont pu se produire dans les représentations
du petit théâtre en l'espace de trois générations. Ces textes mon-
treront aussi comment, et jusqu'à quel point, dans une même ville,
un scénario dramatique très simple peut varier. Cette constatation
ne sera peut-être pas dénuée d'intérêt pour ceux qui se préoc-
cupent des problèmes de filiation d'œuvres littéraires anciennes,
dont les éléments échappent à l'observation directe.
Textes et commentaires
TABLEAU I
Le texte Bourguignon (1820?) porte simplement : L'église du
mariage de In suinte Vierge.
La version Poetgens, i856, n'a pas ce tableau.
La version Closset, i8g3, porte : Voci l'église du saint Simèon,
wice quu Djôsèfèt Marie ont r'çu Vbènèdiceion.
— 157 —
Texte de 1897 : Voci l'église Saint-Simèon, ivice quu la sainte
Vierge et suint Djôsef qu'a r'çu la bènèdicion (').
Siméon est le grand-prêtre. On le canonise naïvement, et même,
dans la dernière version, on a l'air d'en faire le patron de l'église.
Le temple juif est devenu une église chrétienne.
II
Bourguignon : Oratoire de la Sainte Vierge. — Voici l'ange du
Seigneur (jui annonce à Marie qu'elle sera la mère du Sauveur.
Poetgens : Voci l'adôratoire : c'est la quu la su-inte Vierge fève
ses priyircs qwand l'andje vét li anoncer qu'èle sèrc lu mère de
Christ. Ele Ii dit : je suis lu servante du Seigneur, qu'il nie soit
fait selon votre parole. — Çou-voci vu mosteûre, mes èfants, quu
vos d'véz je vos priyircs tos lès d'joûs et bè hoùter vos père et mère,
comme l'a fait la suinte Vierge.
Christ n'est guère du langage populaire : c'est la seule fois que
ce mot apparaît dans ces divers textes.
Remarquez le mot adoratoire. La seconde phrase ne sert qu'à
traduire ce mot inconnu au peuple.
Closset (cahier) : Voici l'oratoire de lu suinte Vierge. — (L'ange
descend) : Voici l'ange du Seigneur (jui vient unnôcer à Marie
qu'elle sera la mère du Sauveur. La suinte Vierge rèspond : qu'il
me soit fait selon votre parole. — (Le Saint Esprit descend.) Elle
a côçu par l'opération du Suint Esprit.
Closset (texte de i8o,3) : Voci l'adôratoire du la sainte Vierge.
C'est la qu'île fève ses priyircs. Voci l'ange du Seigneur qui vint
annôcer à Marèie qu'èle sèrè la mère du Sauveur. Lu suinte Vierge
rèspond : qu'il me soit fait selon votre parole. Et elle a côcu pur
l'opération du Saint Esprit, et le Verbe s'est fait chair et il n-t-hô-
bité pur mi nous.
Texte de 1897 : Voci l oratoire de la Sainte Vierge : C'est la qu'ile
fève ses priy ires. L'ange du Seigneur vint (= vient) annoncer à
Marie qu'elle sera la mère du Sauveur. — Et voci l'Saint Esprit.
Le Saint-Esprit est en 1897 une colombe descendant obliquement
le long d'un fil jusqu'à la fenêtre de l'oratoire. Il y a une colombe
et un ange dans la photographie de 1893.
(•) Nous avertissons que ees textes ne doivent pas être pris en qualité de
textes wallons. Ils passent sans transition du wallon au français et du fran-
çais au wallon. Ajoutez-y un troisième langage : le français prononce à la
verviétoise (anôcer pour annoncer, côçu pour conçu). Nos graphies essaient
autant que possible de se modeler sur ces variations.
— i58
m
Bourguignon : Moulin ù vent. — Voici le meunier qui moud son
grain. Le domestique conduit auecson une lu farine ù domicile.
Ce tableau ne paraît nullement, ainsi annoncé, se rattacher à la
vie «le Jésus. Les versions suivantes sont plus explicites.
Poetgens : Vola lu molin n vint. \'os vèyez la lu moûnî qui va
monde de grain po pwèrter h Bethléem po fé dès bolêyesà Vèfani
Jésus.
Closset (cahier) : Vola Vmolin a vint (jui moud de grain po-z-alez
;i Bethléem. Vola l'moûnî <jiii monte so s'gurnî avou dès sètehs.
Déjà, avant qu'il ne naisse, on se préoccupe de lui faire <le la
bouillie! Naïf anachronisme qui suppose connu tout ce qui sera.
Cela l'ait songer à la chanson moderne où Napoléon tout puissant
dit avec mélancolie : «Sans avoir décoré Talma j'irai mourir à
Sainte-Hélène».
La copie Closset pour 1893 porte : Voci Vmolin a vint. Vos
vèyéz Vmoûnî — qui monte so s'gurni — po-z-aler monde de grain
— po fé dèl f arène — po pwèrter a Bethléem — po fé dèl holèye à
Vèfant Jésus. On a visiblement corsé le texte en vue de la repré-
sentation au Globe.
Mon texte de 1897 porte simplement : Le moulin au vint. -
Voci Vmoûni — qui môte so s'gurni — po fé dèl bolèye — a Vèfant
Jésus.
(Bourg. 4)
Bourguignon compte ensuite comme tableau séparé une ber-
gerie adjacente au moulin, avec l'annonce : Voici la bergerie du
meunier. Ce tableau formait un petit groupe destiné à l'amuse-
ment des enfants. Comme il était sans utilité, et n'avait pas pour
se soutenir le pittoresque du langage, il a disparu.
IV (Bourg. 5)
Bourguignon : Voici la montagne de Zaeharie. Au dessus se
trouve la maison de sainte Elisabeth. — El voici la Vierge, accom-
pagnée de saint Joseph, qui vont lui rendre visite.
Poetgens : Vola la sainte Vierge et saint Djôsef qui vôt rède
(vont rendre) visite a leû cusène sainte Elisabeth.
Closset : ]'oci Vmôtagne d'Isaï wice quu Notru-Dame va rinde
visite a s'eusène Elisabeth. (La sainte Vierge s'arrête ù une petite
distancede lu porte) : Mettez co <>'})auc, suinte Vierge!
Notre texte de 1897 est conforme au précédent, sauf un mol : la
- 159 -
Vierge va visiter sa sœur Elisabeth. De part et d'autre la mon-
tagne est appelée montagne d'Isaïe. ("est une corruption évidente
provenant de ce que, si Elisabeth est populaire, Zacharie ne l'est
nullement. Son nom, oublié, est devenu par assonance Isaïe.
Il y a un escalier à gravir pour pénétrer dans la demeure. Marie,
aussi visiblement lourde que dans certain tableau de Rubens,
s'arrête an milieu de l'escalier. Et la vieille interprète, s'improvi-
sant actrice dans le drame, l'encourage d'un mot familier, non
sans y mettre une pointe de malice : mutez èco ô pane, Sainte
Vierge! Alors la Vierge lait un effort et gravit les dernières
marches. Ce trait ne manque jamais son effet sur l'assistance.
Cette montagne de Zacharie est actuellement constituée par une
maison ouverte qui laisse voir Elisabeth assise au milieu. Cette
maison repose sur un amas de rochers où l'on a rassemblé une
foule d'animaux assez disparates, des chèvres, des vaches, des
lions, des serpents, toute la faune du paradis terrestre et de l'arche
de Noé.
Y (Bourg. <i
Bourguignon : Voici F hôtellerie de la méchante Magrite. La
sainte Vierge vient a passer, demande à logis, et (elle) lui refuse
en lui donnant des coups de balai. Son mari indigné vient par la
fenêtre, frappe sa femme avec un bâton.
La scène doit être à Bethléem lors du recensement. C'est chose
étrange comme les tableaux sont mal liés et combien peu de peine
l'on s'est donnée pour indiquer au spectateur les circonstances de
temps et de lieu. Pareille négligence ne se comprendrait pas si le
public ne connaissait pas d'ailleurs les détails omis. C'est ce qui
corrobore notre hypothèse (pie le spectacle du Bethléem procède
de quelque mystère de la nativité. Les autres versions ne sont pas
plus explicites.
Poetgens : Yoci lu maie Magrite avou s'ramon. C'est qwand
saint Djôsef et la sainte Vierge li vôt d'mander a lodjis, qu'île lès
tchèsse èvôye. Mais s' bouname qu'est pu charitàve quu lève, èl
vét corèdji.
Closset, copie pour i8o,3 : Voci Vmanhon dèle mâle Magrite.
(Le cahier ajoute des indications scéniques : Saint Joseph et la
sainte Vierge savancent sur le seuil.) — Saint Djôsef et la Vierge
vunèt dniander a lodjî, mais l'male Magrite lès heûve èvôye avou
s'ramon. (Cahier : Magrite sort et balaie.) — Voici s' bouname,
qu'est co pus charitàve quu lève : i vint V corèdji avou s'bordon.
— 160 —
Textede 1897 : Voci l'mâhon dèle mâle Magrite. Saint Djôsèf et la
suinte Vierge vinèt iV miauler l'hospitalité; mais T maie Magrite lès
tchèsse èvôye avou s'ramon, Su bouname, pu charitâve, ki vét
Vcorèdji avou s'bordon.
Mâle Magrite est un sobriquet bien populaire. On sait que les
prénoms employés dans tin sens péjoratif sont communs et que
les femmes de mauvaise conduite ou de méchant caractère ont
souvent uni aux prénoms qu'elles portaient. Voyez au Voc. des
poissardes d'Albin Body (') les mots Magrite. Marôye, Djètrou,
Muïon, Agnès, Daditte, Djâquelène, Djihène, Madelinne, Zabai.
A Liège, Tchantchè (= François) signifie factotum. Mathî est un
sot. Le français dit un Alphonse, une Agnès.
L'origine de cette légende nous reste inconnue.
A-t-on remarqué cette variante de mise en scène, que, dans le
plus ancien texte, le mari vient par la fenêtre'! Qu'on ne croie pas
qu'il se contente de passer le bras par la fenêtre. Nous avons des
dessins accompagnant la version Bourguignon et la version Poet-
gens. Dans cette dernière, en effet, le mari se contente d'appa-
raître à la fenêtre armé d'un très longbâton. Mais dans le Betliléem
Bourguignon, le dessin montre l'homme s'élançant par la fenêtre,
le bâton levé, une jambe déjà en debors. Comme ce mouvement
devait être difficile à exécuter, on le supprima. Actuellement le
mari est dehors, sur un des côtés de l'auberge; il s'avance au
moment propice par une rainure.
VI (B. 7, P. G, C. 6)
Bourguignon (t. 7) : Voici le berger paresseux couché par terre.
— Grand-Pére vient à passer, lui demande le chemin pour aller à
Bethléem. Trop paresseux pour se lever, (il le) lui montre avec-
son pied.
Poetgens, (t. 6) : Vola li pùri bèrdji. C'est qwand quécôq (quel-
qu'un) li vét demander V vôye po-z-aler a Bethléem, quu V pùri
bèrdji li mosteùre avou s'pi. « C'èst-là! » dist-i.
Closset (cahier) : Tableau VI, représente le upûri bièrdji » couche
mi boni d'une route. Explication : Voici des j>aysans qui vont à
Bethléem. I d'mandèt Vvôye à pùri bièrdji i/u'èst si piiri qu'èlzi
acsègne avou s'j)i. La copie du scénario de i8g3 omet l'indication
scénique du début et dit à la fin : ... a pùri bièrdji qu'èlzi acsègne
avou s'pi... C'èst-là! dist-i.
(l) Bulletin de lu Société liégeoise de Littérature wallonne, t. XI. 1868.
- i6i -
Le texte de 1897 est identique à celui de 189,3.
Le pûri bièrdji qu'acsègne lu vôye avou s'pi est resté proverbial
dans le canton de Verviers pour qualifier une paresse excessive.
Cette fois, il est facile de voir que ce n'est pas le drame qui a
emprunté au peuple le type tout créé. Il est peu probable que le
peuple eût choisi justement un berger comme type de la paresse.
("est le drame qui avait besoin ici d'un berger : c'est lui qui a créé
et popularisé \r type. (V proverbe ne se trouve pas dans le Dic-
tionnaire des spots de Dejardin.
Vil H. s. p. :. c. -,
Avec l'apparition des bergers commencent les chœurs. Ici il y
a des variantes plus nombreuses, des omission- et des transposi-
tions d'un texte a l'autre.
Bourguignon ne parle pas de chants. On ne lui avait sans doute
demandé que les paroles. Son texte porte (t. 8) : Voici la montagne
de frère Ernout. Les bergers font la ronde pour se réjouir de la
venue du Messie.
Poetgens, sous le dessin colorié qui représente une ronde au
premier plan dans une prairie, et, en haut, un ermite devant la
porte, de son ermitage, inscril sans explication préalable un couplet
de Noël :
Djans. corans-î tôt dansant,
Veye lu mirôke du eist-èfant
<,>ui est né d'one pucèle.
Duhôbe-tu, mère, ay, nosse Djuhan,
Duhôbe-tu <l<">. bôcèle.
Puis il ajoute : La a d'zeûr c'est frère Non. Lisez fré Renou, et
ne soyez pas étonne de voir un frère, c'est-à-dire un religieux, un
moine avant le christianisme. Fré Renou est un peu parent de
saint Siméon.
Closset (cahier) introduit le chœur par quelques mots : tableau?,
représente des bergers dansant en rond sur la montagne; une
bande de bergers qui doit descendre pins tard. Toc/ ïdanse,
corans-î tôt dansant. Quand la danse commence, on chante les
couplets suivants. Suivent en effet les quatorze couplets d'un noël
wallon commençant par le vers : Choufl chouf '! Marèie, ki fait-i
freu! Ce chœur est copié du recueil liégeois de noëls imprimé chez
L. Grandmont-Donders, qui se vendait a Verviers avec la men-
tion : Verviers, chez A. Remacle, imprimeur libraire, remplaçant
la mention de l'imprimeur liégeois. Ce cahier contient également
11
— ï6'2 —
la copie fidèle de la musique « 1 * ' celle ('dit ion, ligne pour ligne. Ces
transcriptions ne prouvent pas que tout le noël était alors chanté
an Bethléem. M Closset, qui s'est servi de ce cahier pour sa copie
définitive de 1893, ne conserve qu'un seul des quatorze couplets,
le huitième, celui que nous avons transcrit plus haut. Enfin, en
[897, <oi chaule a cet endroit les couplets un, trois et six (édition
Grandmonl ou Remacle, 11. 5, 7, 4 de l'édition Dontrepont). 11
semble, a première vue, (pie ces variations du chant témoignent
d'une extension du chœur à mesure qu'on se rapproche de l'état
actuel. Xous n'en croyons rien cependant. Il y a dans les versions
Bourguignon et Poetgens des personnages dont la présence ne
s'explique que par les couplets de- ce même noël. Quest-ce «pie
Grand-Pére dans la première version? Qu'est-ce que Fré lie non
ou Frère l'.rnon (Arnould) dans la seconde? Le premier est un
personnage cité dans le sixième couplet; le second apparaît au
septième :
<;
Grand-pére, vos pwèteréz bin l'fisik (fusil!)
So vosse nez mètez des bèrikes (besicles)
Et s'ioukiz èl potale,
Tôt â coron di nosse botique :
Vos trouverez des brocales (allumettes).
7
Cuzèue Marôye, vinez avou ;
Nos passerans po mon (m*) fré Èrnou,
Qui nos mône al valêye :
I fait si spès qui dj'a paon
Qui nos n'sèyansse d'robèyes.
Donc, ou il faut admettre que tous ces personnages étaient
archi connus du peuple soit par légende, soit par des représenta-
tions de mystères, ou il faut admettre, ce qui est en tout cas
beaucoup plus simple, que le noël en question était anciennement
chanté au Bethléem ou en totalité ou en grande partie. Les scéna-
rios qui ne donnent plus qu'un seul couplet ont réduit le chœur a
une portion bien exiguë. Celui que nous avons note en 1897 a
conservé au moins trois couplets en cet endroit et en a réservé
d'autres pour un tableau suhséquent. Les voici :
('j ("est le second noël liégeois du recueil publié dans la Revue des patois
gallo-romans par A. Doutrepont. Mais l'ordre des couplets adopté par Don-
trepont n'est pas le même.
i63
Tchouf, tchouf, Marèye, qui fait-i freûd !
Lès dints m'eakèt, rlj'a ma d'ines deûts.
I rc du I)iu. queue djalèye :
Cist-èfant sèrè inwèrt <lu freûd :
Pwèrtans li po 'ne blamèye.
l'or mi. dju li pvvèterè m'cotrè
Po le des fahes è( «les lignerès,
l'.t a l'mére des tchâssètes.
Vos lezi keûseréz bîn, s'i v' plait,
Dj'a de li è m'taliète.
G
Grand-père, \<> pwèterez i»i h lïisik, etc.
(voir ci-dessus,
VIII (B. ii, P. s. C. 7 [suite] ).
La suite naturelle de ce même tableau contient dans les deux
plus anciennes versions des traits que les suivantes ont laissé se
perdre.
Bourguignon (t. 9) : Voici les bergers qui apportent leurs pré-
sents, l'un des pommes de terre, l'autre des fagots, l'autre pour
faire des langes. Berger Jacob, qui ne possède qu'une brebis,
l'apporte à l'enfant Jésus.
' Poetgens (t. 8) : \'oci les djins (jui vont à Bethléem : vos vèyez
Marèye qui pwète des fahes et des lignerès: one aute pwète one
dj usse sutopêye avou ô navè. Vos vèyez so lu d'vanl lu pauve
bèrdji avou s'mouton : c'est lu qu'èst-arrivé lu prumi a Bethléem.
Le trait de la cruche de lait bouchée à l'aide d'un navet se
retrouve dans les versions postérieures au tableau suivant. Mais
on a tout à l'ait oublié le pauvre berger ou berger Jacob qui offre
à Jésus son unique brebis.
D'autre part on a signalé plus tôt l'apparition de l'étoile, ce qui
est assez conforme aux données bibliques. Voici donc la lin de ce
tableau dans les plus récentes versions :
Closset (cahier) : Vola lu steùle a caive qui mosteûre (Copie
qiïaesègnc) a bièrdjis V vôye po-z aler a Bethléem. Vos lès vèyez
la turtos quid'hiendèt Vmôtagne. (Les bergers descendent).
Version de 1897 : Vos vèyez one assimblèye du bièrdjis qui d'hen-
dèt Vmôtagne. Quant à la comète, on la présente sans cérémonie
du bout de la baguette, et mon transcripteur de 1897 l'a oubliée.
— i64 -
Mais je vois qu'un prospectus de la même année en fait un huitième
tableau nue l'on compte à part. Comme tableau séparé, c'est évi-
demment un peu maigre.
IX (B. ro et n, P. 9, C. 8.)
Bourguignon (tabl. 10) : Voici la crèche de l'enfant Jésus. Au
dessus se trouve lange, tenant dans ses mains le Gloria in excelsis
Deo. De côté se trouve rétoile à queue, guide des bergers pour
leur montrer l'étable où l'enfant Jésus est né. (Tableau 11) : \oici
la maison du cousin Gillet qui joue si bien sur son sifflet. Puis
l'auteur écrit naïvement dans un carré : Ici se trouve une table
ronde, avec un verre au milieu. Cousin (iillet avec son compagnon
sont aux deux côtés. Comprenez qu'ils sont installés dans une
guinguette adossée à la maison de la nativité et qu'ils boivent la
goutte en l'honneur de l'enfant Jésus. Suivant l'ancien usage, il
n'y a qu'un verre pour tous.
Poetgens (tabl. 9) : Voci l'enfant Jésus <jui vint au mode. Vos
vèyéz quu l'bon Diu estent bé pauve, ca i vint à mode duvin ô p'tit
stave. I n'a qu'ô pô du strin po s'coûki. 0 bon et on-àgne èl
rèsichâfèt. Vos vèyéz la Vierge et saint Djôsef a costé. C'èst-alôrs
quu l' and je vét dire as bièrdjis : Gloria in excelsis Deo.
Closset (cahier) : tableau 8, représente une étable, la crèche.
Voci lu stave wice quu l'bô Diu a v'nou a mode, inte l'âgne et l'boù,
qui rèstchâfèt l'èfant avou leù-z alêne. — Vos vèyéz Notre-Dame
(copie : la sainte Vierge) la so V costé, et saint Djôsef èst-èl cwène.
— Voci Vcuzé Djilet qui djowe lu flûte avou ô huflèt ; è l'aute costé
vo vèyéz one djusse du lèssè stopêye avou ô navê.
Remarquez les rimes Gillet : hufflet et lessai : navai qui sont
peut-être des traces d'ancienne versification dont nous aurions
déjà pu signaler plus haut des exemples : bierdji : pi : dis-ti, et
mounî : gurni.
Version de 1897, tabl. 9 : Voci lu p'tit Jésus vinou a mode. Vos
vèyéz Vsainte Vierge so l 'costé, saint Djôsef èl cwène, (en montrant
de la baguette) : lu cuzé Djilet qui djowe lu flûte avou ô huflèt, et
one djusse du lessè stopêye avou ô navê.
Le chœur des bergers entonne ensuite des actions de grâces.
Poetgens, dans ses dessins, représente ici des gens attablés, en
train de l'aire le réveillon. Ce tableau, le dixième pour lui, est
accompagné du couplet suivant, (qui est sauf l'omission des vers 3
et 4. le sixième couplet du n" 1 de Doutrepont, le deuxième du
n" 24 de Grandmont et de Remacle) :
- i65 -
Qwand n's âraus stu a deùs treùs messes.
Nos vêrans chai magni dès cwèsses (du chou),
Si magn'rans-ne ine aune di tripe.
Vest-i nin vrèy, cusène Magrile?
Qwand n's âraus bu deùs ou treus bôs côps :
Gloria in e.xcelsis Deu.
Le cahier Closset ne porte aucune mention de ce chant, mais la
copie répare cet oubli en inscrivant le même couplet que ci-dessus,
introduit par la mention : vola one assimblêye du bièrdjis. La
représentation de 185)7 t'ait ici la part plus large au chœur. Après
l'annonce : voci one assimblêye du bièrdjis, on chante les couplets
suivante :
/" Couplet.
(Ed. Graudmont et Reinacle, uu 20, couplet 8. Doutrepont II, 2.)
Djans, corans-î tôt dansant
Vèye lu inirâke du cist-èfant
Qui est né d'one pucèle.
Duhombe-tu, Dj'hène, duhombe-tu. Dj'han.
Duhombe-tu don. bôcèle.
//. (G. R. i3: D. II. i3.)
Moussans d'vins, su nos adjunans:
Nos ira ns adorer l'étant
Kt li offri nosse eoùr-e.
C'est çou qu'i vont, l'divin étant
Qu'est la couki so l'foûr-e.
///. (G. R. 12: D. II. 14.)
Diè-wàde, dègne mère et li e'pagnèye :
Les andjes nos ont dit des mèrvèyes.
Nos ont fait si binàhes.
Du cist-èfant quu nos v'nans vèye.
Vu plait-i bin qu' djèl bâhe ?
IV. (G. R. i3; D. II. i5.)
(La Vierge.)
— Oh oui ! bergère, en l'adorant.
Baisez les pieds de cet enfant
Qui est né entre les bètes.
Il est le fils du Tout-Puissant :
Honorez bien sa fête.
— i66 —
V. (G. R. 14. />■ //• 16. I
Houle/ donc, mère, qu'ile parole bin!
Loukis cissc boke, ei bê maintien .'
Nu diri/ \ e nin on aixlje ?
Neimi, ciele. mère, 11'enn' alans nin.
Vssians-nos so eisse plautche.
X (B. ii.I'. 1 1. ('. 9.)
Apres la crèche vient le tableau des rois mages. Le texte Bour-
guignon, qui en est au tableau iu, se contente de l'annoncer en
trois mots : Voci l'adoration des mages : les trois rois mages
arrivent avec leurs présents.
Le texte Poetgens (tabl. 11) entre davantage dans le détail :
Voci lès treùs rwès : Gaspar, Menchale et Balthazar. I sot v'nou
tos les treùs po-z adorer Vbô Diè. I s'sôt rèscôirés tos lès treûs po
n'ini n Bethléem, et vola lu steûle h caive oui lès i a aminés. I
pwèrtint tos les trais <lès présints, du Vôr, du Vencens, et d'ia
myrrhe. L'eu- c'est po mostrer qu'il est rwè, l'encens c'est po mos-
Irer qu'il est dieu, et la myrrhe po mostrer qu'il èst-homme. — Lu
rwè Hérode lèsi n dit d'èl vini r'vèye tôt r'passant. Mais comme i
savèi qu'i voreût tourner Vbô Diè, i-ènnè r'vonl p'one aute vôye.
Olosset cahier, tabl. 9 : Voci les treùs saints rwès Gaspar, Mel-
chior et Balthazar, apwèrtant turtos leûs présints, Vôr, Vencens et
In myrrhe. Y-a Vchameau et Vdômesti<iue la-podrî.
La copie de 189.3 intercale comme ci-dessus la signification des
trois présents ; a la fin, (die ajoute la recommandation d'Hérode
et la décision contraire des mages dans les mêmes termes que
plus haut.
Enfin notre texte de 1897, plus laconique, se contente d'énumé-
rer les noms des rois et leurs présents : Voci le treùs saints rwès
qui n'nèl adorer Vèfant Jésus, Melchior, Gaspar et Balthazar,
qui-ofrèt à Vèfant Vôr, l'ècins et la mère (myrrhe).
Pendant ce temps, le choeur se hâte de liquider le reste des
couplets qu'il tient en réserve, relativement à la naissance de
Jésus, car les tableaux qui suivent n'ont plus rien de gai et ne
permettenl guère la joie et les chants. Les autres versions ne
parlent plus de noëls, sauf le cahier Closset qui lui consacre le
tableau 10. Celui-ci -..représente des bergers assis. On dit le couplet
suivant : Qwand n's ârans stu u deus treùs messes... Gloria in
excelsis I eo 1 voyez, plus haut). Notre copie des chœurs, qui contient
eu tout quatorze couplets, dont les derniers sont réservés pour la
- i67 -
fin du spectacle, a donc encore quatre couplets en réserve pour
cette circonstance. Ce sont, d'abord le même que dans le cahier
Closset, Qtvand n's ârans stu... Gloria in excclsis Z)eo, puis les trois
suivants (Grandmont et Remacle, n° 22; U. 1, 3, 7 ; Doutrepont II]
Vous-se vini. cuzène Marèye,
A Bethléem avou mi ?
Nos i veùrans dès mèrvèyes,
si c'est veûr ç.ou#qu'ô m'a dit.
— Po qwèfé? ]to wiee aller?
Qu'i-ny-a-t-i qu'èst-arrivé?
L'ange Gabriel amèy-nute
Aux tchamps l'zi a-t-anonci,
È< le- antljes avou leùs flûtes
Djowit del musique à l'mi.
Grand Dieu, dj'ènnè saveù rin,
Djans. eorans 1 tôt vitemint.
Bondjoù, binamé gros mâye
El binamé gros godon.
Sèrè-t-i vos qui frè nosse paye.
Qui nos obtinrè l'pardon?
Mei-e di Diu. èl voléve bin.
Qui djèl bàhansse ô momint.
Ces fragments de noëls wallons montrent assez qu'il n'y a pas
tin lien indissoluble dans le Bethléem entre les chants et les
paroles : on pouvait ajouter facilement à ces couplets ou en retran-
cher. L'essentiel était d'égayer le spectacle avec un certain a
propos.
XI (B. i3, P. i3, C. 11.)
Ce tableau, dit le prospectus, représente le « temple de la cir-
concision »; mais, la circoncision, étant une cérémonie dont le
peuple n'a nulle idée, disparait, et ce tableau est tout simplement,
dans l'esprit populaire, « lu ramèssèdje » (les relevailles) de la
sainte Vierge.
Bourguignon (t. i3) : Voici la grande église de la Purification.
Saint Siméon tient l'enfant Jésus dans ses bras et dit : Maintenant,
Seigneur, vous pouvez laisser mourir votre serviteur en paix. Le
plan du Bethléem Bourguignon contient en outre cette description :
« L'autel est tout garni. S'y trouve une couple de jeunes tourte-
relles. Saint Siméon tient l'enfant Jésus sur ses bras. La Vierge
— i68 —
et saint .Joseph sont là qui attendent. Il y a aussi un enfant de
chœur ».,
Poetgens t. 12) : Voci la sainte Vierge <jui r'va a messe. Cèst-
alôrs quil l'saint vieillard Simèon dit tôt Vnant l'èfant Jésus : (Test
maintenant... paix. Vos vèyez so l'âté deùs tourturèles : c'èsteùt
I' présint <}u<> fève du ci-timps-la qwand ô-z alléve rumèrei l'bô
Diu.
Closset (cahier 1. 11): Représente le temple de la circoncision. —
Voci l'église de /' purification. Sainte Marie met' si èfantso l'âté. —
\'<>s vèyez les deux p'titès tourtèrèles a eosie.
Closset (copie pour 1893) : Voci l'église du saint Siméon,wicequu
la sainte Vierge va rnmèssi. Ile met' si èfant so l'âté. C'èsUalôrs
quu saint Simèon dit : ... paix. Vos vèyéz so Vâté ... bô Diu.
1 Y. plus haut, version Poetgens.)
La version de 1897 se contente de «lire : Voci Saint-Simèon,
wice quu V sainte Vierge a s'tu ramèssi. La bonne vieille qui
dépêche le boniment dit Saint-Siméon comme nous disons Sainte-
(indule ou Saint-Remacle. Cela devient un nom d'église.
(B. 14)
Ici l'ancien Bethléem Bourguignon introduisait encore un petit
intermède de mœurs wallonnes : Ici se trouvent cousine Garite et
son mari, assis à une table. Il y a un j>lat de boudin, une bouteille
et deux verres. Il est à peine besoin d'ajouter que cette cuzène
Garite est un personnage connu par les noëls wallons, et sans
doute autrefois le choeur chantait encore en cet endroit quelques
couplets.
XII (B. i5, P. i3, C. 12.)
Bourguignon, i5 : Voici la maison de la sainte Vierge. Vous
noyez ici qu'elle coud, file sur son moulin à cariot, lit dans son
livre de prières en berçant l'enfant Jésus.
Poetgens, i3 : Voci lu manèdje du la Vierge. Voz vèyéz corne i fait
net ! C'èst-one leçon j)os vos autes, mes èfants, quu, qwand vos
serez grands, vos d'véz avou tére tot-a-fait bé prôpe.
Closset, cahier, 12 : représente la maison de la sainte Vierge. —
l'or/ V manèdje du la sainte Vierge. Vos vèyéz qu'i n'i manque rin.
)' a minme lu pot d'tchambe duzo Vlétf (Trait effacé au crayon
comme étant de mauvais goût, mais bien authentique.) Mes enfants
c'est pour vous moirer à travailler. Voyez la sainte Vierge qui file
su lin et bosse l'èfant Jésus avec sô pied.
— t6o -
Closset (copie i : Voci l'manèdje.du la suinte Vierge. Vos vèyéz
corne i fait net ! La suinte Vierge file sô lin et hosse Vèfant Jésus
noce sô pied. C'èst-one leçon po vos unies, mes èfants, qwand vos
serez grands. C'est p<> v's aprinde à travailler et à tére tot-a-fait bé
prôpe.
1897 : Voci l' million de Vsainte Vierge. Vos vèyez comme i fait
prôpe. Lu sainte Vierge fait l'cylin et hosse Vèfant Jésus avec son
pied. — Lu seule cupagnèye de i sainte Vierge èst-on tchèt s'one
passète (un chat sur un escabeau). Outre ce dernier trait réaliste,
mon transcripteur en a introduit un autre par contre-sens. NC
connaissant ni le lin ni le filage du lin, au lieu de fêle su lin, ee
brave fils de repasseuse et de couturière a compris fait l'cylin,
fait la calandre, repasse du linge à la machine à ealandrer! J'ai
conservé son interprétation pour montrer comment des choses
très simples peuvent se dénaturer dans l'esprit populaire, dès que
les mœurs ne servent plus de commentaire vivant et impérieux à
une expression.
XIII-XVI.
Nous réunirons les quatre tableaux suivants, d'abord parce
qu'ils constituent un épisode particulier, celui d'Hérode et de la
fuite en Egypte, mais surtout parce qu'il se présente ici d'un texte
a l'autre des interversions gênantes pour notre exposé.
Bourguignon, 16 : \'oici le massacre des Innocents : les soldats
coupent la tête à tous les enfants au-dessous de douze ans (sic.)
17 : Voici le château du roi Ilérode : Hérode, voyant que ses
soldats n'avaient pas tué l'enfant Jésus, arrive avec son armée,
voit le laboureur dans son champ, et lui dit :
Laboureur, dis. dessin* ton âme.
N'as-tu pas vu passer une blanche dame?(l)
Si fait, Hérode. dessur mon àme,
J'ai vu passer une blanche dame.
Elle a passé que je semais mon blé,
Et à présent je vais le couper.
(•) Dans un article intitule Noëls wallons (Patriote et National du
25 décembre 1898) et signé A do har (Adolphe Hardy), on ajoute après ce
second vers :
Avec un vieillard (?) sur son àne.
Et après mon quatrième vers :
Avec un enfant sur son àne.
Quoique je n'aie jamais entendu ce vers, je le note ici parce qu'il peut
avoir existé dans quelque version antérieure.
— 170 —
Hérode, croyant que lu suinte Vierge avait passé, dit :
Faisons, faisons la retournée,
Dit Hérode à son armée,
Si j'attrape Marie et son fils
D'une cruelle mort .je le terni mourir.
Le plan Bourguignon contient en outre cette description : A
l'intérieur (<lu palais) se trouve le roi Hérode et son armée. L'ar-
mée se compose de six couples de soldats. Au moyen d'une mani-
velle, on les fait venir par une porte et rentrer par l'autre. — Il y
a ensuit*; un tableau sur le plan pour le laboureur. Ce tableau
n'est pas compté dans le texte, parce qu'il n'était pas accompagné
de paroles.
Le tableau de la fuite ne vient qu'en dernier lieu ; 18 : Voici la
fuite en Egypte. Suint Joseph avec son une est accompagné de la
sainte Vierge et Venfant Jésus. S'ont caché derrière la haie pour
laisser passer Hérode, qui ne les voit pas. La sainte Vierge est sur
Vàne et saint Joseph les conduit en Egypte.
Poetgens, 14 : Voci lu massake des Innocents. C'est qwand lu rwè
Hérode vèya quu lès treùs rwès l'avit trôpé qui fit massacrer tos
les p'tits èfants qui n'avit né co deùs ans. — i5 : Voci F palais de
rwè Hérode. C'est qwand Hérînle vét dire a bèrdjî : dis donc, berger,
n'as-tu pas vu passer une blanche dame'/ — Si fait, Hérode, je l'ai
vu passer quand je semais mon blé, à présent je vas le couper. I
n'vèyit né quu c'èsteut 0 miràke et Hérode en colère dit :
Faisons, faisons la retournèye,
A dit Hérode à son armèye.
Si nous trouvons Marie et son fils,
D'une cruelle mort nous les ferons mourir.
1 èyéz-ve la lu soyeù qui sôye (le faucheur qui fauche) ?
Le tableau 16. de la fuite en Egypte, manque.
On reconnaîtra facilement la supériorité de la première version.
La seconde défigure les vers; elle ne sait plus que c'est au fau-
cheur lui-même que s'adresse Hérode, et pourtant elle conserve le
faucheur.
L'ordre des tableaux n'est plus le même dans Closset ni dans
!<■ spectacle actuel. Le tableau de la fuite en Egypte précède, puis
vient le massacre des Innocents, puis la poursuite d'Hérode et le
laboureur. Cet ordre est moins rationnel : la fuite, étant une
conséquence du massacre, le massacre devrait précéder, comme
<lans les deux premières versions. De même la poursuite, étant la
— 171
conséquence de la fuite, devrait venir après dans les deux pre-
mières versions. Ce qui a été cause des interversions de tableaux,
le voici a notre avis : quant au premier point, ce qui doit précéder
la fuite n'est pus tout à fait le massacre, mais l'ordre de massacrer
donné par Hérode. Quand le massacre se produit, la sainte Famille
a disparu. Mais cette disposition un peu compliquée : ordre de
massacrer, fuite, massacre, est devenue soit massacre, fuite, soit
fuite, massacre. Quant au second point, il faut remarquer que la
fuite est une action de longue durée simultanée à la poursuite
<1' Hérode. Cette action a commencé avant la poursuite : raison de
la mettre avant ; mais elle a continué après la poursuite : raison
suffisante pour la classer après. Cette hésitation se manifeste très
bien dans le cahier Closset : l'ordre était primitivement celui de
Bourguignon; les scrupules de la réflexion l'ont fait biffer pour en
adopter un autre.
Outre cette différence de classement, il y a dans la version
Closset quelques vers précieux inconnus à Bourguignon.
Closset (cahier), i3 : Voci l'fuite en Egypte. S' Joseph mène
Vàgne (jui pwète Marie avou s' fi. Le groupe s'éloigne). Quand il
est disparu, l'explication dit :
Mario, en passant dans le bois,
Entendit un si beau ramache!
« Chantez, chantez, z'oiseau joli,
Pour réjouir mon petit fi.
(hantez, chantez, z-oiseau des bois,
Pour réjouir le roi des rois ».
14 : Voci Vmassake des Innocents. (La copie ajoute ceci : Lu rwè
Hérode, notant tourner l'efant Jésus, fit massacrer tos les p'tits
èfantsqui n'avit nin codeus ans. Vèyéz-vel vola dédia deùsnuvérts!)
i5 : (Représente le palais (V Hérode; un peu plus loin, un fau-
cheur. Explication : Voci Vpalais de rwè Hérode. Il arrive avou si
àrniêye, (l'armée avance), porsuhant lu sainte famile, l'èfant Jésus
oyant échappé a massake. 16 : / rèscôteure ô laboureu et li dit :
Laboureû, sur ton âme,
(Copie : dis-mois, lab...)
N'as-tu pas vu passer une blanche dame?
(Copie : Si tu n'as pas.. )
Si t'ait, dit l'iaboureu,
(Copie : Si fait, roi IL. ditle lab.. )
Quand elle a passé, je semais 1116 blé,
A présent je le vas couper.
(Copie : je vas le...).
— 172 —
Lu rwè II. nu vèyéoe né qu'aveùt oyou ô mirâke. Si vite quu
lu s;iiulc Vierge aueùt passé, lu grain qu'ô v'néve du semer aveût
crèliou, et èsteiit titnpsdè Vcôper. (Hérode s'en un).
Faisons, faisons la ritournèye,
Disait Hérode à son ormèye
Si je rencontre Marie et so fi (nous...)
D'une cruéle mort je les ferai nionri (nous...)
En comparaison «le ces trois versions, le boniment de 1897 est
en pleine décadence : [3 : Voci V fuite en Egypte. Vos uèyez saint
Djôsef qui mène Vigne et V sainte Vierge aoou l'èfant Jésus soVâgne.
rj : Voci V massacre des Innocents. Hoùtez comme les mères plorèi !
Ce dernier mot, que j'ai souvent entendu, vaut mieux que le vola
déjà deûs mwèris du scénario précédent. r5 : Voci Vàrmèye de
l' sainte /'ami le (sans doute tin lapsus) qui fait V poursuite po les
attraper. Cette explication si écourtée de 1897 ne parlait pas même
du faucheur qui formait un 16e tableau. Aussi j'ai été bien aise
de voir en 1898-99 que, le guide ayant changé, on en était revenu
à une explication moins sèche et plus respectueuse de la tra-
dition.
XVII (K. 19, P. 17, C. 1;).
Bourguignon, i9 : La maison de saint Joseph. — }'oici saint
Joseph, qui travaille à Jérusalem (sic). L'enfant Jésus est au banc
de menuisier, qui travaille avec son père.
Poetgens, 17 : Voci saint Djôsèf arrivé en Egypte. Po gangni po
viker, i fait lu scrini. Vo Vvèyéz-la qui sôye. La sainte Vierge fêle
po fé des habits po lu p'tit manèdje. L'èfant Jésus djowe avou one
robète.
Closset (cahier), 17 : représente la maison de saint Joseph. —
VociVmanhon du saint Djôsèf qui fait Vtchèpti (charpentier). Su
fi li dane ô côp d'main a s'mèsti. Vola saint Djôsèf qui sôye.
Closset (copie) : Voci saint Djôsèf arrivé en Egypte. Po gang ni
po viker, i fait Vtchèpti. Vèyéz-ve S' Djôsèf qui sôye'.' Su fi li donne
<> côp d'main, et, du limps in timps, i djowe avou Vrobète.
1897 : Voci V sainte Vierge et l saint Djôsèf arrivés en Egypte.
I fait Vtchèpti po viker. VoV vèyéz la qui sôye. L'èfant Jésus lès
aide, et, tèsintimps, i djowe avou Vrobète.
Les variantes sont donc insignifiantes, sauf que le premier
installe Joseph et Marie à Jérusalem.
- i73 -
XVIII (B. 20. P. 18. C. 18.)
Bourguignon, 20 : Voici le temple de Jérusalem. L'enfant Jésus
étant perdu, la sainte Vierge et saint Joseph le cherchent et le
retrouvent dans le temple prêchant a l'âge de douze ans. « Mon
fils, pourquoi nous avez-vous quittés? » dit la Vierge. L'enfant
Jésus répond : <c Je travaille pour le royaume de mon père, ma
mère. »
Le plan Bourguignon fournit, sous le dessin du temple, l'expli-
cation suivante qui nous intéresse au point de vue de la mise en
scène d'autrefois Au fond se trouve une espèce de table de com-
munion où l'entant Jésus debout prêche, à l'âge de douze ans, au
milieu des docteurs qui sont au nombre de six. La sainte Vierge
et saint Josepb entrent dans le temple.)'
Poetgens, [8 : Voici le temple de Jérusalem : Vèfant Jésus estant
pierdou, la Vierge et saint Djôsef qwèrèt après pindant treus
djoûs. A la (in, èl rutrovinrent è temple du Jérusalem, où i pré-
tchîve au milieu des docteurs, qui-èstint tôt èspawtés d'ètinde on
èfant èsi parler si bin.
Closset (cahier), 18 : représente le temple des Pharisiens. — Voci
l'temple des Pharisiens, wice quu Vbô L)iu a siu prétchi duvant lès
docteurs a l'adje du doze ans.
La copie Closset de 1893 efla version de 1897 en reviennent au
texte de Poetgens. En décembre 1898, j'ai surpris une singulière
variante : .Jésus répond aux reproches de la Vierge : « Je travaille
pour le salut de mon père, ma mère ».
XIX (B. ai, F. 19, C. ni.
Bourguignon, 21 : Voici saint Pierre qui pèche.
Poetgens, 19 : Vola saint Pire qui pèhe. A quoi la version
Closset et la nôtre ajoutent : et qui v'va d 'né de Vbèneute èwe po
une râler. Enfin notre version ajoute encore : louki, mes èfants,
tos les bès p'tits i>èhons. Saint Pierre fait patch dans l'eau, les
curieux sont éclaboussés, rire général des petits et des grands (').
C'est fini. On a fait le tour et 011 se retrouve près de la porte d'en-
trée. Dans le plan Bourguignon, il y a au-dessus de la porte un
(!) Saint Pierre fait penser au fameux coq annonçant les trois reniements
de l'apôtre épeuré. Aussi je lis dans un compte-rendu de 1890 (Coin du feu,
signé Escamilla, et dans un autre des Souoelles verviétoises du 7. janvier [899
qu'ici le eoq de saint Pierre claironne trois fois son cokerico retentissant.
C'est la une anticipation d'un goût douteux qui n'existe pas dans nos ver-
sions, bien que le coq existe dans le tableau.
— 174 -
petit ermitage, auquel on a fait généreusement un sort en lui
donnant le nom de vingt-deuxième tableau : ici se trouve la porte,
au-dessus se trouve un petit hermitaige. C'est aussi le vingtième
et dernier tableau de Poetgens. Depuis lors l'ermitage a disparu.
Par contre les assistants ne s'en iront pas sans musique. On a
ingénieusement réservé, en guise d'adieu et de recommandation,
ileux couplets du dernier noël chanté (Grandraont et Remacle,
n° 22:9 et il ; Doutrepont, III, 14 et 16) qui expriment précisément
les adieux des bergers a la maison de Bethléem :
Dji voreûs <]iiu risse djoûrnêye
Dur ah e qwinze saze heures ht djoû.
No fris in houe rigolêye,
No fricasseris l 'paye et l'oû.
Dunans vite eou quu n's avans.
Il est tard, nos une rîrans.
Duvant, djowansine ôhâde
So nos flûtes et nos haul>wès.
Vinéz chai, cusin Erâde,
Qui djowe si hin de huflet.
Turlututu, turlututu,
Adieu, hinamé Jésus.
XVII.
PRÉFIXES ET SUFFIXES (J).
1. w afî-ce qui
« Afin que » est très souvent rendu en liégeois par afis' qui,
dont on explique l's par le pluriel latin ad fin es, aussi légitime
en ce sens (pie le singulier ad fi ne m. Il faut au contraire écrire
afi-ce, comme le démontrent les textes suivants.
Nous trouvons en effet dans le Mistère de saint Quentin, récem-
ment publié par M. Henri Châtelain (Sc-Quentin, 1908), plusieurs
passages contenant afin ce <jue, avec un ce qui forme syllabe et ne
peut être confondu avec s désinentielle :
vers 12969 : Affin ce qu'il ne se transporte
Hors de nos mettes et nos royes...
vers 12980 : Affin ce qu'il erainde ton nom...
vers 17067 : Affin ce qu'on les adnichile...
vers 18099 : Affin ce qu'en mortel oraige
binent leurs jours
vers 2i5oo : Affin ce qu'on le puist bénir....
vers 23322 : Affin ce que nostre empereur....
Le pronom ce n'a pas dans cette locution de fonction justifiable.
Selon toute probabilité, il s'est introduit là par analogie des cas
où ce venait après une préposition : par ce que, pour ce que. On
trouve dans le même mistère avant ce que, vers 240:11 : Avant ce
qu'on y chante ou lise.
Cette constatation est de nature à expliquer bon nombre de
locutions, wallonnes ou de dialectes voisins du wallon. Quand des
écrivains, peu soucieux d'orthographe et d'ailleurs peu capables
d'analyse, nous servent des usqui, des dousqui, des aïusqui, des
quoissqui, etc., il faut reconnaître un pronom ce dans la sifflante
qui précède le qui ou que. U faut donc comprendre et orthogra-
phier : ù-ce qui c'est? (Wavre) : oû-ce que c'est? (Perwez); d'oû-ce
(') Articles qui out paru, sauf indication contraire, dans le Bulletin du
Dictionnaire wallon. Ils contiennent «les corrections et additions nom-
breuses.
— 176 —
qui to DÎns? (Laroche); oû-ce qu'est ç' tè là? (gaumais, où est ce
temps là?); a-y-û-ce qu'il a brichôdé tout s bié (Quevaucamps,
/'.</«•</>., i3); èoû-ce qui i><>s couroz?, de où-ce <jui vos div'noz?
(Namnr); tôt qwa-ce qu'on wat; dijozqwa-ce qui 00s v'ioz (Nainur);
tant-ce qu'a ça (Fraraeries : .1. Dufrane, Œuvres, t. III, p. 5);
tant-cequ'a m' mère (Mon s, De la Fourmilière, Lés four miches,
p. i(Ji); in riéce qui ce sivat (Mons, Parab., 29). On trouve même
ce après un premier ce : tout çô ce qu'il avoun (Bassilly, Parab., 121,
à moins qu'il ne Taille iei se rabattre sur un ancien cest.
Après les interrogatifs, ce a peut-être une l'onction originel h;
différente II semble qu'il faille non seulement rétablir ce, mais 'ce
provenant de est-ce. On peut hésiter sur ce point, parce que l'on
retrouve rarement dans le mot qui précède ce une trace d'un
ancien est. Le gaumais dit : coumèt-ce qiïèle put tant causèy?; le
framerison : combié-ce qu'il a bié d' tamps qu'il est o'nu au monde'/
Mais quand Namur dit : fyi se bin què-ce qu'îrè (Colson, Œuvres
[). 65, écrit qu'ess'), là où il faudrait logiquement qui-ce qu'îrè,
je crois devoir conclure à une fusion de qui est-ce en qu'est-ce. Le
wice qu'on prononce de Montegnée à Weismes ne me semble pas
pouvoir être expliqué autrement : j'y vois un où-est-ce devenu
w-est-ce, weee, wice.
3. L>e suffixe -aricius en wallon
Il y a dans les Nouveaux Essais de Philologie française de
M. Antoine Thomas, p. 62-110, un article très documenté sur le
suffixe composé -aricius. C'est un suffixe formé à l'origine par
addition de -ici us à un mot en -aris ou en -arius. Exemple :
munera sigillaricia, cadeaux pour les fêtes sigillaires. Plus
tard, -aricius a vécu d'une vie propre : il a été ajouté en bloc
a un grand nombre de thèmes. Annal u s sigillar i ci u s signi-
fie : un anneau — destiné à servir de cachet; donc l'adjectif ici,
différent de celui du premier exemple, vient de sigillum -f-
-arieius. M. Thomas a montré que le développement de ce
suffixe est beaucoup plus considérable que Horning, Tobler et
Meyer-Lûbke ne le croyaient. Avec une ingéniosité et une préci-
sion d'analyse admirables, écartant tout ce que l'on pourrait
assigner indûment au domaine de -aricius, rappelant au con-
traire des mots méconnus par d'autres romanistes, comme
- 177 —
banneret , ou assignés à d'autres suffixes, comme certains noms
en -eret, -erette. il a dressé une liste imposante d'environ
270 mots français et dialectaux où il retrouve ce suffixe. Un grand
nombre de ces mots étaient restés jusqu'ici peu ou mal expliqués.
Le Dictionnaire général de Hatzfeld-Darmesteter n'a point
poussé au-delà des apparences.
Dans ee qui suit, nous avons l'intention i° de faire connaître
aux wallonisants. et surtout à ceux qui lisent les vieux textes, ce
suffixe que Grandgagnage n'a pas reconnu une seule fois; 20 de
compléter au point de vue du wallon la liste de M. Thomas, soit
par le nombre des termes, soit par une documentation plus précise
et plus décisive sur quelques-uns. Le savant philologue français a
noté très soigneusement presque tout ce que Grandgagnage
recelait, même à des places inattendues. D'autres sources dialec-
tales nous fourniront a leur tour un certain contingent de mots
inexpliqués jusqu'ici.
Rappelons, a l'usage «les lecteurs à qui cette matière ne serait
pas familière, (pie la terminaison -erèsse affuble deux sortes de
dérivés d'origine et de sens bien différents. Il y a en réalité -erèsse
et -erèce. Le premier est un suffixe composé de -ator -| — issa,
-eur -esse. Il sert essentiellement et originairement à former
le féminin des nom- substantifs et adjectifs en -eûr, eu : minteûr,
miiiterèsse: voleur, volerèsse; coreû, coûrerèsse; feû (faiseur),
frèsse; vindeû, vinderèsse ; tapeù, taperèsse; lanïcineû, luiricine-
rèsse. Il a servi aussi, en wallon seulement, à former le féminin
de beaucoup de noms de métiers en -/, anciennement -îr, franc,
-ier, -er, lat. -arius. Mais ici la formation ne remonte pas au
latin, elle apparaît analogique; sinon il faudrait ranger à part
encore cet -erèsse, -irèsse né de -ariu + -issa : ex. bolefyî,
bolefyirèsse: coti ou cotieù, cotirèsse : botî, boterèsse; vatchî,
vatcherèsse: ardennais, pivartchî, pwatcherèsse ; cinsî, cinsercs.se;
crâssi, crâsserèssc : vî-ivari, m-warerèsse ; mèssèfyî, mèssèfye-
rèsse.
Ces noms en -erèsse désignent la personne qui fait le métier ou
l'action indiquée parle masculin correspondant ou par le radical :
vinderèsse est celle qui vend, vatcherèsse est celle qui garde les
vacbes. Tel n'est pas du tout le sens des noms de la deuxième
catégorie, des noms en -erèce. Ceux-ci sont proprement des
adjectifs indiquant la destination de l'objet qu'ils qualifient. Une
plantche hatcherèce n'est pas une planche qui hache, car les
planches ne hachent pas; c'est une planche qui sert d'accessoire au
— 178 —
hachoir quand on veut hacher, plus simplement : une planche —
destinée à hacher, servant à hacher, et faite de façon à concourir
à ce but, car c'est surtout en vertu de la l'orme, appropriée au but,
que L'objet prend une désignation particulière. Une sèle buerèce
(gaumais) n'est pas une selle qui lessive, niais une selle ou trépied
destiné à buer.
L'adjectif en - a ricins peut devenir substantif par suppression
du nom de l'objet qualifié. Alors il faut deviner le premier terme
pour rétablir la filiation des sens. Une fagnerèce est un objet
propre à la « fagne » : ce pourrait être une faux de forme particu-
lière adaptée au sol ou a l'herbe de la fagne; et l'action incluse
dans l'idée de destination serait celle de faucher. En fait, c'est un
oiseau, la litorne, que le mot fagnerèce signifie, et l'analyse de
l'expression donne : grive — adaptée à la fagne, à vivre dans la
fagne.
C'est surtout sur l'analyse sémantique qu'il faut compter pour
distinguer les noms féminins en -erèce de ceux en -erèsse. Les
graphies anciennes ne font la distinction qu'au début. Celles de
nos archives présentent invariablement -erèsse : elles peuvent
donc fournir des mots, — et les inventaires, les comptes de gens
de métiers en contiennent beaucoup, — mais elles ne fournissent
pas le critérium distinctif.
Malgré la différence de sens originelle, il reste des cas douteux.
On hésite i° quand le sens de l'attribution s'est atténué; 20 quand
il existe, ce qui arrive assez fréquemment, un masculin en -eu ou
en -i du même thème verbal; 3" quand les exemples anciens ne
sont point là pour offrir un sens plus précis ou pour fournir le
nom générique spécifié par le nom en -erèce.
On comprend facilement pourquoi la confusion entre -erèce et
-erèsse s'est produite. C'est que souvent l'objet destiné à hacher,
à courir, à couper, n'est pas un ustensile accessoire de l'action,
mais l'ustensile principal, qui hache, court et coupe réellement.
Si une sèle buerèce ne lessive pas, si une plantche hatcherèce ne
hache pas, une scie destinée à couper, donc côperèce, coupe réelle-
ment, en quoi elle est côperèsse, coupeuse; une varlope courerèce
court réellement; une manne purerèce épure réellement. 11 en
résulte que l'adjectif, inventé pour noter la destination et la forme
particulière afférente à cette destination, paraît ensuite désigner
Tact ion. On peut donc hésiter sur l'explication et l'orthographe
de couuerèsse en présence du français couveuse, sur le nom de
la scie appelée ricèperèsse, mais aussi rîcèpeû. Nous espérons
— i79 —
montrer que l'on confond même sous la terminaison -erèsse des
homonymes qui sont réellement des mots différents.
Il faut encore songer à ceci. Depuis la confusion de -erèce et
-erèsse, des mots nouveaux ont été formés. A quel suffixe allons-
nous les assigner? Pour répondre victorieusement à cette question,
il faudrait savoir d'abord si la confusion qui se produisait dans
l'écriture était dans les cerveaux en même temps, savoir ensuite
quelle est l'époque de création de chaque mot. Au moins il n'v a
point de doute sur les plus récents. L'industrie mécanique a
remplacé certaines personnes par des machines ou organes de
machines. En ce cas, le nom de la personne a passé analogique-
ment a la machine, sans conteste possible, et les noms modernes
ainsi employés sont en -erèsse.
Mais nous n'avons parle jusqu'ici que des noms féminins issus
delà forme féminine -aricia. La difficulté s'accroît quand il s'agit
de retrouver les masculins. Se seraient-ils tous évanouis? Xon,
mais leur terminaison ancienne -erez, devenue de bonne heure
-ré, -rê, -ret, s'est confondue avec celles des mots en -é (-eau) et
en -et. L'e protonique a cessé d'être écrit, IV a passé pour inter-
calaire. Entre mossai et mosrai, comme on écrivait ces mots, il
n'y avait vraiment (prune variation dialectale sans signification et
sans importance. Ainsi ont passe pour des dérivés en -ellum ou
en -ittum les termes gauinais ou chestrolais bouchré, chitré,
coupirê, fourchré, houpré ou houpperai, mousré, pateré, pètré,
chapitré, chantre, les termes du nord clouktrai, cocrai, costrai,
cotraî, coistrai, dosrai, findrai, fouyerai, hachrai, hitrai, houtrai,
laurai, leherai, leiivrai, lignerai, titrai, livrai, màdrai, macrai,
murai ou muret, nokrai, péterai, piquerai ou picrai, plastrai,
pocrai, poitrai, spitrai, tastrai, tindrai, vautrai, vètrai : autant
d'énigmes sous leur livrée populaire; car, pour beaucoup, le suffixe
ne devient si facilement explicable qu'au détriment du radical.
qui s'obscurcit d'autant.
D'autres confusions se sout produites en wallon comme en
français. Dès que le suffixe -erez a commencé à perdre son sens
précis, on dirait qu'il s'affole. Comme une bête égarée qui a perdu
son maître, il se met à courir d'un passant à l'autre, il adopte un
maître de hasard. On pourrait encore comparer ces mots de
terminaison incertaine et amorphe au bernard l'hermite qui loge
son arrière-train dans une coquille de rencontre. Mais effaçons
ces métaphores interdites au philologue et disons que. par méprise
ou par essai d'étymologie populaire, on rapproche inconsciem-
— i«o —
ment le suffixe rare, ou compliqué, ou troublé, de quelque autre
suffixe commuu el d'intelligence facile. Ce rapprochement et la
confusion finale ont été favorisés par le voisinage des dialectes,
par les à-peu-près de traduction et de rétroversion d'un dialecte à
L'autre. Ainsi coquerez, g raterez, grimperez, hotterez, ont pu être
compris comme ayani le suffixe -et, soit dans une région où -ez et
-cl se i rononçaienl avec é fermé, soit là où ils se prononçaient
tous deux avec è ouvert. Retraduits par des tabellions, des
greffiers, de leurs patois en français approximatif, des mots sem-
blables peuvent devenir coquerel, grimperel, listreau, liureau, etc.
Il arrivera même à quelques-unes de ces formes dialectales de
faire fortune et de passer dans le courant du langage, tels coste-
reau, gritnpereau, hottereau. Ailleurs, il arrivera que -et se
confonde avec -ais du suffixe collectif -etum, ou avec -oè, eu issu
du même suffixe -etum en d'autres régions, lequel -eu sera retra-
duit analogiquement en -ois, exemple *faverez, faveret, /'avérais
ou [aurais, fanerois. Tout n'a pas encore été découvert sous ce
rapport et il n'est pas môme possible de tout découvrir, ni de tout
démontrer. Néanmoins nous n'avons pas voulu fuir les sugges-
tions et les conjectures lorsque la phonétique ou la sémantique
militaient contre l'explication superficielle courante en faveur
d'un primitif en -erez.
('es diverses confusions ne sont pas de la même date ni de la
même région. Ainsi on confond la forme féminine et la forme
masculine dans eoq bruereche ( i3 17), sou èwerèee, malien fole-
reche, banneresse (porte-bannière), chevalier bannereche (i4<j3,
Mons) : cette confusion a dû se produire pendant que le masculin
se prononçait encore en articulant la sifflante finale. Au contraire
-erez n'a pu être interprété comme -eret qu'à l'époque où la
consonne finale 2 était amuïe. Alors naissent bouveret, baveret,
cierg'eret, ce qui rend possible des féminins en -elle : baverète,
èscumerète, chauferète, passerète. De même -erez n'a pu être
confondu avec -erel qu'à l'époque et dans les dialectes où -erel
s'amuïssait en -erê, et cette erreur a rendu possibles des féminins
en -erelle, ailleurs des masculins en -eria, -erea, -ereau. Des
déformations plus vilaines, mais donnant une idée de l'amplitude
de ces variations, sont fournies par castrètche et castrèfe pour
casirerèce.
En même temps que la forme vacille, le sens fléchit déplus en
plus. < 'e qui était adjectif n'est plus compris dans sa précision :
rente chambrerece devient « rente de chambereehe » ; le wallon
- i8i -
clâ cwastrê devient « clâ iV cwastrê ». Alors l'histoire du mot est
impossible à reconstituer, si l'on ne trouve pas des témoins des
étapes intermédiaires. Nous n'avons pas la prétention d'avoir
résolu tous les petits problèmes de ce genre, ni rencontré toutes
les preuves. Notre série d'articulets aura du moins le mérite
d'attirer l'attention sur des formes étudiées superficiellement
jusqu'ici.
M. Thomas a partagé sa liste eu deux grandes classes, thèmes
nominaux et thèmes verbaux, comportant chacune les subdivi-
sions en adjectifs, substantifs masculins, substantifs féminins.
Cette disposition en six catégories a ses inconvénients et ses
avantages. D'abord, comme l'auteur l'avoue, il est parfois difficile
de décider si l'on a affaire à un thème nominal ou à un thème
verbal. Ensuite le même mot peut exister sous deux ou trois
espèces, comme adj., comme subst. masc., comme subs. fém.,
de sorte que les doubles emplois se multiplient. Cette disposition
nécessite donc des renvois et fragmente la démonstration. En
revanche, elle a l'avantage de présenter des listes plus homogènes.
A tort ou a raison, nous nous sommes contenté de ranger notre
moisson, ou plutôt notre glane, par ordre alphabétique.
Xous conservons dans notre liste, entre crochets, des noms en
-erèsse issus de -ator -f -issa. et des noms en -erê issus de
-er-f- -ellu, lorsque nous avons douté de leur origine et que
nous avons dû les soumettre a un examen pour décider de leur
suffixe. Xous avons seulement écarté les mots trop nombreux de
ce genre qui n'avaient aucune forme wallonne correspondante à
celles des recueils de Du Cange, Godefroy, etc., et pour lesquelles
nous n'avions rien de spécial cà fournir. La présence de mots
comme amerèsse dispensera les chercheurs de croire que ces mots
n'ont pas été examinés et ont été omis à tort. — Xous insérons
aussi dans notre liste des mots d'anc. -franc, non recueillis par
M. Thomas dans son article des Nouveaux essais de philologie
française, p. 78-110 et 359-362.
Dans les articles qui suivent, j'impose aux mots wallons, pour
lesquels j'ai les mains libres, l'orthographe rationnelle que me
suggère l'étymologie. Les mots d'ancien-wallon ont la graphie des
documents. Les mots d'ancien-français et les mots dialectaux
des provinces de France ont la graphie des lexiques ou des docu-
ments dont ils proviennent, sauf quand les variantes me permet
taient de poser hardiment en tète d'article le primitif en -erez, ou
— 182 —
quand l'en-tête eût présenté mie forme trop barbare (voy. ferrerez,
foûrerèce).
II. LEXIQUE (l).
abaltrîche ou albaltrîche, wall. de Fosse lez-Namur, espèce
d'hirondelle appelée martinet, Ce mot est formé de arbaleste e1 <lu
suffixe -erèce. Difficultés de forme : i° on a la variante -eriche
au lieu de -erèche comme dans livriche, bourriche, brasserich;
ce sont des terminaisons picardes; 2° on s'attendrait à trouver en
rouchi (sous-dialecte picard «lu Eainaut) *arbal'terèche, avec Isi
réduit à //, en wallon *arbasierèce ou iibasterèce, avec Ist réduit
à st. Ainsi à Bastogne la compagnie des arbalétriers s'appelait
confrérie de Varbastrie (Tandel, Communes Luxembourgeoises,
t. IV, p. 128). Les formes t'ossoises précitées sont donc empruntées
au rouchi, comme il arrive souvent à Fosse. Nous n'en avons pas
encore trouvé d'autres. Voyez toutefois le mot. suivant àbastreû.
— Difficulté de sens : le sens premier serait donc : (oiseau ou
hirondelle) qu i ressemble à une arbalète. Il y a en effet une
comparaison analogue dans le mot wallon signifiant martinet :
cet oiseau s'appelle à Verviers êrtchî, littéralement archer, non
pas dans le sens du français archer, mais dans le sens adjectival
de *arcarius, en arc, en forme d'are.
àbastreû, wallon, dans Gggg., II, 494 : (< système de bascule
dans une machine à vapeur ». Est-ce un système arbasterez,
c'est-à-dire en arbalète? En ce cas il faut sans doute prononcer
àbastreû. Je préfère supposer une déformation du suffixe -erez
en -ereu que de rattacher eu à -et uni on à -e(n)sem au mépris
de la sémantique.
abaterèce, i° wall. liégeois : terme de mineur, sorte de have-
rèce pour abattre le charbon; 2" wallon de Givet, Dailly, Scry-
Altce : cognée de bûcheron ; 3° à Stoumont : espèce de faux longue
et étroite, BD 1908, p. 102. — Mot de suffixe différent de abate-
\ l>ré\ iations : B = Bulletin de la Soc. liég. de Litt. wallonne.
BD = Bulletin du Dictionnaire wallon.
MM. Ilaust et Doutrepont ont relu mon premier manuscrit et m'ont signalé
diverses corrections et additions. Je dois à M. Ilaust notamment les mots
Bèvrèsse, Piètrèsses, bouterèce, rèperèce, f'uheréce, (rouwale) folerêce, (Ion/)
hoûlerèsse, plazerê, ReceDrèsse. M. Doutrepont m'a suggéré une meilleure
explication de fueresse ; M. Dewert m'a rectifié d'après le ms. l'explication
de pineresse.
Ajoutons eu outre (pie M. Belirens a insère dans sa Revue quelques articles
'pli avaient échappé a M. Thomas, «pie M Ilaust en note encore une dizaine
dans la Renie de Dialectologie romane, n° >.
- i83 —
rèsse, i°« chanterelle placée à une certaine distance en avant du
filet; 2° faucheuse. Voy. HD 1906, p. 5i et 90.
ameresse, anc. -franc, et anc. -wallon. Les ex. de Godefroy,
v° ameor, montrent (pie ce mot est d'abord adjectif, féminin de
a nie or, anieur, par le suffixe -issa. Aux ex. de Godefroy.
ajoutons celui-ci, du Liégeois Hemricourt : « en temps qu'il avoit
environ de 70 ans d'eage, ilh s'acontat d'unne strangne femme...,
.une povre ameresse pour amours... », édit. C. de Borman et
A. Bayot, n" 845.
? ameret, franc dialectal. On trouve- petit ameret ou petit
dameret, pomme de blanc» dans Rolland, Flore pop., t. V.
p. io5. Le premier terme reste douteux, parce qu'il semble être
une déformation du second. Le second est bien en -aricius et a
été note par M. Thomas, p. 75.
armerez, anc. -français. Godefroy traduit armer et par: «qui
a la passion des armes et de la gloire ». Le mot existe sous la
forme armeret dans Du C avec une fausse définition :
« galant, poli, qui cherche a plaire », laquelle montre que l'auteur
rattachait ce mot a a in are! Au Gloss. latin, v" amaratus.
il y a un texte de Froissart où armeret suit amoureux :
(c noble, frisque, sage, amoureux et armeret avoit esté ». La
qualité de galant étant exprimée par amoureux, armeret doit
nécessairement signifier, pour compléter le portrait : propre aux
armes, destine aux armes, adonne aux armes. Voyez d'autres
ex. dans Godefroy.
apoyerèce, wall. de Viesville, étançon, littéralement : (perche)
« appuyeréce ».
avalerèce, wallon. Toutes les définitions données sont gauches
ou fautives: il faut les comparer pour atteindre le primitif. Gggg.
définit par « bure (pie l'on avale, c'est-à-dire que Von est occupé
à creuser », mais il ne s'aperçoit pas que on avale a le sens passif
de est avalée, et que le mot. avec le suffixe -erèsse qu'il lui prête,
ne peut signifier que l'actif a val eu se. Bormans, Voc. des houil-
leurs liégeois, écrit avaleresse et définit ainsi : « nom donné à la
fosse pendant qu'on la creuse; riprinde i avaleresse d'on beur, en
continuer [?] la construction, l'enfoncement ». Louvrex, II, 241.
dit : « c'est un nouveau [?] bure que l'on commence [?| à tra-
vailler ». Delmotte. lassai d'un glossaire wall. (montois), I, 5o :
« puits creusé pour parvenir à la première veine ou couche d'une
houillère. Quand le puits coupe une ou plusieurs veines, on le
nomme bure ». Ar. Carlier (Charleroi) traduit par « puits
- i84 —
d'aérage, fosse d'air ». Que conclure, de là? Riprinde Vaûaleresse
don beiïr doit signifier : entreprendre par contrat la partie ou la
besogne avalerèce d'une bure, c'est-à-dire la besogne de creuse-
ment en aval, suivanl la ligne verticale. Le sens adjectival est :
qui concerne le creusement en aval, qui concerne l'action d'avaler
ou profonder, connue dit encore l'ancien liégeois. Puis la partie
avalerèce est à la t'ois le travail d'avalement, et le puits vertical
qui en résulte. Donc, du thème verbal : avaler -f- -aricia. — -
Le mot a passé du pays liégeois dans le Hainaut, témoin le texte
de Delmotte ci-dessus, mais il s'est déformé en avarèsse à
Baudour, I'resles, etc., forme notée par Doxy, B., t. 5o, p. 517.
averè, wall. de Charleroi, t. de bouilleur, pioche. C'est la forme
masculine du liégeois hnverèce (voy. ce mot), preuve que l'un
n'est pas plus un diminutif en -et que l'autre n'est un substantif
d'action en -er-èsse.
aygreret, anc. -franc., Godefroy; mesure spéciale de grains
dans le Louduuois, redevance d'une telle mesure, etc. Variantes
graphiques du mot : aygreret, aggreyret, eguerret,
esgarret, esgayrreyt! il me semble que ces variantes
cachent un *agrerez, servant pour les champs, relatif aux champs,
peut-être à un champ de surface déterminée (acre?), dont le rende-
ment a pu servir d'unité de mesure. Du Cange donne, dans le
même sens, agi* ère, agrier, a g ri ère, et il n'a pas les formes
notées ci-dessus.
bachereche, anc. -wall., préposée à un bac : « a femme qui fut
Clamen, jadit bachereche, et a ses hoirs », i438, Jos Halkix,
Le bon métier des vignerons de la cité de Liège, p. 33 (= B., t. 36,
p. 39).
baignerèche, anc. -franc., qui sert pour le bain. Godkfroy a
l'expression « une cuve baignerèche » dans un compte de Aralen-
ciennes de 1434.
bancherèce, anc. -franc.; dans le Gloss. franc, de Du Cange,
p. 54, on trouve « coignée bancheresse : certaine cognée à l'usage
des charpentiers et charrons ». Carpentier, dans le Gloss. lat.
de Du ('., l'ait venir bancheresse de bancart, ce qui n'a
guère de vraisemblance. L'exemple, repris par Gon., est : « le
suppliant, tenant une coignée bancheresse, de laquelle il
t'ai soi 1 ung essieu de charrete », 1448- J'interprète dans ce sens
que cette espèce de cognée est opposée à celle du bûcheron; c'est
une cognée propre a travailler au banc de menuisier. — Cf.
Godefroy, v° bancheresse, et Thomas, v" bancherez, p. 73.
I»3 —
banneresse, anc. -wallon, porte-drapeau. Gggg. ne l'enregistre
que dubitativement (II, p. 555), mais nous le retrouvons dans
Halkin, Le bon métier des vignerons r/e la cité de Liège,
p. :>7 (= B., t. 36, p. 35) : « le porte-drapeau ou banneresse,
dont la fonction consistait a porter la bannière du métier lorsque
celui-ci sortait en corps»; dans Poncelet. Le bon métier des
merciers de lu cité de Liège, p. 6o (= B., t. 5o, p. 298), qui a
un paragraphe sur le banneresse et qui renvoie au Bull, de
rinstitut arch. liégeois, t. 26. p. 53. La graphie des documents est
doublement fautive, puisqu'il faudrait -erèce au lieu de -erèsse,
et la l'orme masculine -erez au lieu de -erèce. Comparez (coq)
bruereche. Cette graphie prouve que le masculin se prononçait
jadis comme le féminin. L'exemple de Godkfkoy, chevalier
bannereche, 1 p> ■>. Mous, a aussi la forme féminine. — Ne pas
confondre avec banneresse, femme du banneret.
barbierez, qui sert à < barbier » (bârbi), propre à faire la
barbe. Thème verbal. Exemple de Du Cange, v° barbescere,
repris par God. : <• De fait le dit sergent print le bassin barbierez
du suppliant, dont il se aidoi! à user de son mestier ». i388.
Godefroy a les variantes barbieret, barbiret, barberech,
dont la dernière, ne contenant pas d'i, peut aussi dériver de
ba r ba : propre à la barbe, pour la barbe.
baterel; batrel, picard, dans leMistere de saint Quentin, v. 12896,
édition H. Châtelain : « assommer d'un batrel». Ce batrel doit
être un pilon. Le mot est-il un vrai diminutif? C'est douteux:
le sens est plutôt : (bâton) pour battre, c'est-à-dire pour con-
casser. Le pilon de la baratte est aussi un diminutif en wall. :
bateroùle.
baverèce ou baverète, 1 bavette, 20 bavarde, à Prouvy
(pays gaumais, partie lorraine du Luxembourg méridional;; bave-
rète, bavette, à Gosselies, B., t. 45, p. 100, GIoss. de Wyns; id.
à Charleroi, à Neufchâteau. Sens premier adjectival : qui sert
pour baver ou plutôt quand on bave; d'où bavette. Comparez
èscumerèce, èsemnerète pour le passage de -èce îi-ète. — Si le sens
de bavarde n'est pas dérivé de l'autre, il faut inscrire baverèsse,
fém. de buveur, à côté de baverèce, toile ou linge pour baver.
bergerez, anc. -franc., qui sert aux brebis, de brebis. Se trouve
dans Dv Cange, y" bergerius : « baston bergerez, pastorale
pedum, vulgo houlette», texte de 1398. Godefroy donne seulement
bergeret, petit berger, et bergerois, de berger. Thomas, p. 88, a
seulement bergerece, bergerie, ce qui est bien la forme féminine,
avec, comme nom sous-entendu, le mot étable.
— 186 -
Bèvrèsse, lieu où est situé le cimetière de Malmedy (.1 rm.
dol saméne, Bdalmedy, 1908, p. 3g). Il faut écrire bèurèce et expli-
quer le mol par : (place) propre aux bièvres. La commune voisine
de ce lieu s'appelle Bévercé, en wallon Béuurcé. Bèvrèce serait
simplifié <lc bèurerèce, comme piètrèce et d'autres.
bloeret, anc. -franc., drap bleu, Godefroy. Dérivé de bloe,
bloi, bleu, employé substantivement; (drap) tirant sur le bleu.
L'exemple de Gou. a bloerez : « petites rayes et bloerez d'icelle
ville ».
bosqueret, anc. franc., donne par God. 1 omme signifiant petit
bosquet Ce serait un diminutif singulièrement fabriqué. 11 serait
au contraire tout à t'ait régulier de l'interpréter par bosquerez,
(bois) en forme de bosquet.
bourriche, fiançais. On trouve dans le gloss. franc, de Dr C.
les formes hétéroclites berroiche, borroche, bourroche,
bouresche, boueresche, bourrache, bourroiche, bu-
rache, avec des définitions peu variables : ce sorte de panier;
instrument en forme de panier, propre pour pêcher ». Tous ces
articles renvoient au gloss. lai. v° bertavellus, où l'on peut
mieux se faire une idée de l'objet par les exemples. 1827 : item
li courgnon [nasse] des eliees [d'éclisses] que l'en dit bourroiche
ne corra point en nulle saison » — « borroche, cistae speeies :
une borroche de jonc plaine de poupées de lin et du lin filé ». —
« Le suppliant print une pleine borroche de prunes, laquelle il
getta à l'encontre de son frère ». La terminaison -iche de bour-
riche, que l'on constate d'ailleurs si variable par les formes
précédentes, n'est pas irréductible à -èche. -èce. On trouve de
même brasserich pour brasserech (Thomas, p. 95), brasse-
rich id. 74) et, dans notre liste, abaltriche, livriche.
boutcheré, gaumais, Liégeois, Com.pl. du lex. gauin., p. 23.
Il ne s'agit point d'une petite bouche, mais d'un exanthème propre
à la bouche, venant autour de la bouche.
bouterèce, wall. du Condroz, sarcloir à manche employé dans
les semis en lignes (eomm. de M Henri Gaillard, de Xeuville-
sous-Huy). Dérivé du verbe bouter. Ce sarcloir est ainsi dénommé
sans doute parce qu'on le pousse devant soi par petites secousses.
Ailleurs on l'appelle rèperèce. Voy. ce mot.
1. bouveret, un des noms du bouvreuil ou pyrrhule vulgaire.
On trouve aussi bouvier, bouvereuil, bouveron, bouve-
reu x . Gaston Paris a écrit un articulet sur ce mot (cf. Mélanges
linguistiques publiés par Mario Roques, p. 5i5). Le bouvreuil.
— 18- —
dit-il, n'est point par son nom un petit bœuf, mais un petit
bouvier. Je crois qu'on peut aller plus loin et voir dans bouve-
ret, bouvereux, etc., des divergences d'un primitif bouverez.
L'oiseau bouverez (bovaricius) est l'oiseau qui accompagne le
bœuf. C'est moin- poétique, il est vrai, que le petit bouvier de
<L Paris, mais c'est certainement plus juste que le petit boeuf
de Littré.
2. bouveret, anc.-franç., terrain propre à être labouré par des
bœufs. Carpentier, dans Di C, v° boverius, définit ainsi :
<c ipsa agrorum cultura, quia bobus exercetur » (une couture, en
ce qu'elle est labourée par des bœufs). Les exemples qu'il donne
ne laissent aucun doute sur le sens ni. par conséquent, sur le
suffixe : « trois courvées de cherrue l'an, pour aidier à faire nostre
bouveret de Joinville » u354) : « cinq corvées de bras è>
bouveres d'icellui prieur » (I491)- — Lorrain : bouverot. —
M. Thomas, p. 88, a bovareza, chemin des bœufs, et bove-
recc, bouverie. — Le Bouveret, village sur la cote S.-E. du
Léman.
bozerez, de Thom \s. p. 74. existe sous les formes i° Boseret,
2° Bosret comme nom de famille d'un chansonnier namurois, et
3° Bosseret, nom de famille à Namur, dans Halkix, Le bon
métier des vignerons, p. 6<). Le sens donné par Godefroy, « sali
de bouse» du thème bouse, wallon bosse (boue), ne rend pas
compte du suffixe. Il faut partir de : t'ait pour la boue, qui aime à
jouer, à se vautrer dans la boue. Mais le sens a vite passé de la
destination au résultat. Il s'en est suivi un verbe se bouserer .
On ne peut en tout cas considérer boseré comme le participe
passé de ce verbe : les anciennes graphies bouseret, bou-
serez (cf. God.) s'y opposent.
bruereche, anc.-wall., de bruyère. Le mot est dans la Lettre
des Venalz ( 1 3 1 7 ) , étudiée par Gggg., B., t. VIII, ne partie, p. 7.
Il note les variantes coq bruereche, cocq bruerece, kock
brureche. kok broueche et cok brieche. Dans les deux
dernières, un re en abréviation a dû échapper aux copistes. Les
ex. de Louvrex, qui ont tant intrigué Gggg., kockeuerele, etc.,
se résolvent aussi en cocbreuerece et les conjectures de Gggg.
sont inutiles. — On confond déjà en i3i7 la forme féminine avec
la forme masculine —Je trouve dans J.-S. Renier, Histoire du
Ban de Jalhay, t. II, p. 254, que le coq de bruyère est appelé
broultea ou coq de fangne. Ce broultea a bien l'air d'un
brouerece mal lu. — bruerez est pour ::br uye rerez : il y a
superposition des deux re.
- 188 -
bucheret, anc. -franc, instrument pour pêcher. Synonyme
buckière. Dv C. v° bnchia, a l'exemple :« lesquels tirèrent
ai ii ta aef au chable pour pescher au bucheret », i47--
ti 3FROY définit buchière par « bramail, engin de pèche »,
mais bucherel manque. Le sens primitif reste indéterminé;
le thème est-il le germ. bue, comme dans trébuchet, ou de la
même racine que 1) ù c h e ?
bûrèce ou bû"'erèce, patois gaumais (lorrain du Luxembourg
méridional . dans l'expression sèle bùrèce, LIÉGEOIS, Lex. 1^:111-
mais, p. 171. trépied pour lessiver (buer). — Ajoutez les notes de
M. Thomas, p. o,5 et 102. — A distinguer de bûrèsse, lessiveuse,
usité en gaumais, en rouchi (Sigart, p. io3); en wallon boive-
rèsse, bouwerèsse.
cendresse, anc. -franc, ad/., de couleur de cendre, Godefroy.
Est-ce le féminin de cendrier, cendré, adj.? ou est-ce une
réduction de cendrerèce, tiré de l'expression de couleur
cendrerèce, de couleur relative à celle des cendres? L'exemple
suivant, de Godefroy, ré ont le problème en faveur de la seconde
hypothèse : » Si vint un hom qui portoit pain — Si coin de
cendresse couleur », De S' Brandan, Jubinal, p. 116.
chambereche, anc. -franc., est défini par le gloss. franc, de
Du C, p. 87, « cens ou rente que la Chambre du seigneur lève
sur les terres de ses vassaux »; par Godefroy, « so:te de cham-
belage payé pour la terre elle-même ». Le sens propre est :
(rente) relative à la Chambre, et la forme devrait être
chambrereche. On peut saisir sur l'exemple suivant le moment
où le sens adjectif se brouille : « Encor i a li cuens rente de terre
k'on apie'e de chambereche », 1289, Lille.
chauderet et chaudret, IV. , Dict.. gén. d'après Savary, Dict.
'lu Commerce, 1723. On ajoute qu'il « semble dérivé de chau-
dière ». Au contraire, il n'y a pas la moindre analogie de signifi-
cation. Le sens est : < cahier de feuilles de baudruche (var. de
velin, v° eaucher) entre lesquelles on place les feuilles d'or,
d'argent, déjà amincies par deux battages successifs (cf. v° eau-
cher. ca/care), qu'on enferme dans une enveloppe de parchemin
pour les soumettre a un troisième battage ». Ce sens fait penser
a une dérivation de chauder ou chaude. — Il n'en est pas de
même de chauderete (God), petite chaudière. — Quant a chau-
drette et caudrette, définis par le Dict. gén. « filet en forme de
poche, monte sur un cercle, qui sert à pécher le crabe, le
homard, etc. ». il es1 possible que par analogie de forme le nom
de « petite chaudière » ait été donné au filet cerclé.
- i89 -
chaufferette, franc.; côfrète, Calvados; eschauferetie Gode-
froy. Le diminutif paraît aussi peu justifiable que dans cheu-
merette ou passerète, mais trouve-t-on dans quelque patois
chaufferesset
cheûverèce, wallon, dans l'expression fwate (?) cheûverèce,
que le dict. namurois de Pirsoul t. I, p. 274, définit « grande
fourche en bois, à deux dents, dont se sert le batteur en grange
pour relever la paille ». Faut-il lire fwane cheûverèce, fourche
destinée, non à chover (balayer), puisqu'on ne balaye pas avec une
fourche, mais a relever les cheûves (fanes ou tiges)? Ou y a-t-il
une méprise plus forte? Cf. fènerèce et heùrèce.
chiter^, gaumais, basse carte, a Virton : Mais, Dict. manus-
crit; à Tintigny : Liégeois, Lex. gaum., p. 110. Du verbe chiter,
foirer, on du substantif chite, diarrhée. Ce mot énergique devrait
signifier : papier destine a la chite. — Cf. hiterc.
ciergeret, anc. -franc., chandelier pour cierge, Godefroy. Le
diminutif n'a aucune raison d'être; il faut rétablir ciergerez,
instrument pour supporter des cierges. Un ciergeret diminutif
ne pourrait signifier que petit cierge.
clouk'terê, wallon du Condroz et de i'Ardenne, alytes obstetri-
cans, litt' grenouille ou crapaud propre à clouk'ter. Cf. Gggg.,
II, 43, v" lurtai, et Defrecheux, ]'oc. des noms wall. d'animaux,
v° lurtai.
colèrèce, anc. -franc, et franc, dialectal, dans paelle coul-
ler esse, ustensile qui sert à couler 1111 liquide. Thomas, p. 76,
a placé par mégarde colère/, parmi les thèmes nominaux: il a
d'ailleurs colèrèce parmi les thèmes verbaux, p. 107. Il signale
en patois actuel de Pont-Audemer cou 1er esse ou couler et te,
passoire. La l'orme couleresse existe aussi dans le Dict. gén.
de Hatzfeld et Darmesteter avec le sens de « cuve employée
dans les raffineries ». — Godefroy a encore coulerel, coulisse,
où le suffixe et n'est guère justifiable et ne paraît pas primitif.
côperèce, i° wallon, scie horizontale des scieurs de long,
A. Body, Voc. des charrons, etc., p. 78. Le sens est scie destinée
à couper. C'est une scie à deux manches verticaux, à dents
très espacées, plus destinée à couper qu'à scier. — 20 On trouve
dans Haillant, Flore des Vosges : herbe de copresse et
herbe de copesse pour désigner Vachillea millefolium L. Le
premier terme parait être le résultat d'une contamination de
herbe côperèce, h. pour quand on se coupe, avec h. de
côpèsse, h. de coupure.
— 190 —
côpera'-fiêr, à Faymonville-Weismes, Wallonie allemande, dans
.1. Hast in, Vocab. de Fa,ymonville, p. u3, (= Bull., t. 5o, p. 555).
Bastin le définit : « Passe-partout, grande seie avec une simple
poignée à chaque extrémité, scie de long horizontale ». Littérale-
ment « fer couperez », destiné à couper.
coquerez, existe sous les tonnes coqueret, -ette, elle, etc.,
en wallon coquerê ou cokrè, avec des sens multiples. — coquerê
i° le séneçon vulgaire, senecio uulgaris L., qu'on donne à
manger aux oiseaux en cage; -2° le champignon appelé chante-
relle; 3° la pièce en métal, en forme de coq, qui surmonte le
clocher d'une église; 4° le gros chien d'un fusil a pierre, qui
avail la forme d'un coq : Bury, Gloss. des graveurs sur armes,
dans 1!., t. 2<), p. 3i4- Définition et dessin dans le Compl. nu voc.
de l'armurerie liégeoise, de J. Closset, B., t. 34, p. 18G. —
Pour le ti° 1, le sens originel est : destiné au coq; pour le n° 1,
la chanterelle ou girolle est en forme de coupe, elle est jaunâtre,
elle est comestible : rien là de particulier au coq; mais Baujiin,
Pinax, 071, l'appellait fungus angulosus et uelut in lacinias
dissectus : c'est parce qu'il devient lacinié en crête de coq qu'il a
reçu le nom de coquerê; pour les nos 3 et 4, le sens est : en forme
de coq. Le Dict. gaum. tus. de M vus traduit par « petit coq », en
wallon coque : c'est alors diminutif. — coqueret = i° senecio
uulgaris, Rolland, Flore pop., t. VII, p. 24; 2° une espèce de
pomme, ibid.,t. V, p. 180; 3° une pièce de montre à verge, Paulus,
\'oc. de l'horlogerie, B., t. 42« P- 377. Le manuel Koret de l'hor-
loger, plus explicite, appelle coqueret : i° une petite pièce de
laiton ajustée sur le coq et dans laquelle est le trou où
pivote le pivot du balancier; 20 une petite plaque d'acier servant
a fixer sur le coq un contre-pivot en pierre ou servant elle-
même de contre-pivot. Dans les montres, le coq est la plaque
qui recouvre le balancier; elle est en forme de coq ; mais le
coqueret n'est pas un petit coq par la forme; son nom provient de
ce qu'il accompagne le coq et s'ajuste sur lui. — coquerette =
cardamine des prés, dans le Haut-Maine, Roland, Flore pop.,
t. I, p. 239. Le sens doit être : herbe pour les coqs, interpréta
tion justifiée par d'autres noms de la cardamine pratensis : pain
d'oiseau, pain d'alouette, ("est une crucifère de la nature du
cresson. — coquerelle, coqueret, coquerette est l'anémone pul-
satille, i>uls;iiilhi vulgaris Mill., dans l'Aube, la II"' Marne, la
< ôte d'Or. Dans la Meuse on dit couchiri, coucheriu, -cricu,
■cru, -ereu, -eriol, Rolland, Flore pop., t. 1, p. 16. Toutes ces
- I91 -
formes nous montrent coque rez passant à d'autres suffixes. —
Le wallon câcarète est peut-être encore une forme de coqué-
rette.
côrèce, wallon, dans rêne-côrèce, grenouille verte. Le liégeois
dit rêne-côrèce on côrète. Gggg. I, 125 enregistre comme namurois
côrète ou côrase. Le gaumais dit réne-côtète, Liégeois, Lex.
»-au m , p. 118 et Compl., p. in ; r. cawrète à Musson. Le cham-
penois et le lorrain ruine côrasse, le normand raine coudrette,
Rolland, Faune pop., t. HT, p. 74. Voyez d'autres indications au
t. XI, p. 146. notamment caurresse, ane. -français. Defbecheux,
Yoc. des noms wall. d'animaux, a aussi coiirresse, mais sans
indication de localité. 11 n'est pas douteux que ces formes ne
soient issues de corylus, coudre, en wallon côre -f- le sutï.
-aricia. Le sens est donc : grenouille qui fréquente les coudriers.
(T. Thomas, p. 7"). v° eoldrerez. Delmotte, II, p. 569, qui
fournit la forme raine corache, ne manque pas d'ajouter que ce
surnom vient a la rainette de son coassement*. — Corette ou
corrette, anc. -wallon, gelinotte, gallina corylorum, est en réalité
le même mot que le précédent. On le trouve : 1" dans la Lettre
<les Venalz de 1017, dont Gggg. s'est occupé dans B., t. 8, 2e partie,
p. 8. Variantes des manuscrits : coerrette, corcette, corecte,
coret, courette; 20 dans J.-S. Renier, Hist. du Ban de
Jalhay, II, p. <)2 : « Etant allé vers un créancier pour le fléchir
en portant six poulets, il les a estimes a rien et m'a rebouffé très
bien. Lui représentant les misères des guerres, maladies et
dissenteries, il me dit que, si je lui faisais présent de six corettes,
il aurait patience », i683.
costeret, anc.-franc, charge, panier, Godefroy ; costeré,
espèce de vaisseau ou hotte pour la vendange, Du ('. Je conjec-
ture qu'il s'agit d'un pani er eosterez. qui se porte sur le côté,
laissant les deux mains libres pour cueillir les grappes. Godkfroy
donne encore costereau, celui qui est a côté, où le diminutif n'a
que faire et peut être une maladroite francisation, et costeret,
costerot, (cousteret en plus dans Dr Ci, mesure de vin, d'huile
ou d'autre liquide, sur Lesquels il est plus difficile de motiver un
jugement. — Comparez cwèsterè.
[costrê, wallon, trésorier d'église. -Mot de même racine que
l'anc. -franc, coustre, marguillier, du lat. custor = custos. Est-ce
un diminutif en -ellum, ou une réduction de costrerez, au sens
de : relatif au marguillier ou au sacristain? Costrerez se compren-
drait mieux de choses afférentes à la personne du coustre; d'autre
- *92 —
part, il semble que le sut fixe -é a simplement pour but de donner
du corps au mot .]
coterê, wallon : i" cotillon ; 2° toison, Dasnoy, p. 295 ;
; épervier, espèce de grand filet affectant la forme d'un cône
tics évasé, A. Jacquemin, Voc. du pêcheur, B., t. 29, p. 256.
L'ancien wallon dit cot rcal : Bormans, Le bon métier des dra-
piers, p. toi, Documents divers, B., t. (i, p. 107; l'ancien français
dit coterel. cotte; d'arme; il est donc possible que coterê soi 1
un diminutif en -er -ellum. Le sens 3 n'y répugne pas : le
filet de pèche a pu être comparé à un de ces jupons courts et
«vases de paysanne. Néanmoins j'en doute.
coûrerèce, wallon : r° rifflard ou demi-varlope, Ggug., I,
p. 342; repris par M. Thomas, p. 107 ; Body, Voc. des charrons,
dans B., t. S, p. 79, donne des explications sur ce sens. De même
Mathelot, Voc. de V artisan-maçon, B., t. 11, p. 77, définit par
demi-varlope, servant à enlever la superficie grossière du bois.
20 Outil en fer muni d'un manche pour tracer des moulures sur le
moyeu, Body, o. c, ibid. ; 3° Grande carde que l'on employait
pour dresser le poil d'une étoffe. Bormans, Le bon métier des
drapiers, même Bull., p. 253. — Bormans, qui part du sens de
varlope, voit dans le terme du drapier un emploi analogique. 11
fallait partir du sens adjectival : destiné à courir. Tout usten-
sile, approprié pour courir sur un certain fond, si variés que
soient sa forme et ses effets, peut être dénommé courerez ou
coûrerèce.
courseret, anc.-franç., voiturier, roulier, Godefroy. Sens
premier : pour faire des courses, pour courir.
coûterèce, wallon liég., verv., état de ce qui est trop court;
employé surtout dans l'expression coûterèce d'alêne, haleine
courte. Sigart, p. i32, écrit courteresse ; Delmotte de même, avec
le sens de déficit; Vermesse courtreche eteourtresse. M. Thomas,
j). 36o, donne corterecc comme un mot à suffixe -aricius.
Deux choses cependant contrarient cette opinion :
i° Le mot serait formé d'un adjectif, non d'un substantif ou d'un
verbe; 20 le sens est le sens abstrait des mots en -esse, -i s s a.
La première objection atteint encore les mots long'ueresse, séche-
resse, forteresse. Mais e° pour forteresse, les Bénédictins ont ajouté
au Du ('ange primitif un fortaricia latin de l'an 1210, un fortareza
provençal de vers 1173. Le mot semble donc de formation bas-
latine et tiré — non directement de l'adj. n. pi. devenu subst.
1. s., qui aurait donné forcerece, — mais du singul. forte, c'est-à-
- I93 —
Jire d'un adjectif à valeur substitutive, une époque où l'on sentait
Micore forte dans Eortia; 2° pour sécheresse, il va l'italien secche-
reccio, qui signifie d'abord bois sécherez; et je ne sais au
surplus si le français sécheresse doit lui être assimilé et n'est pas
plutôt un mot abstrait en -esse; 3° longucresse est un ternie de
sarrier — non abstrait — qui n'est pas nécessairement le même
.pue longuesse, bien qu'on ait pu souvent les confondre. Est-il tiré
Je longueur, avec le sens : suivant la longueur, ou de
long substantifié? Le cas de courterèce paraît ressembler beau-
coup a celui de sécheresse. Le mot n'est pas un terme si abstrait
que les dictionnaires wallons le t'ont croire. Il est aussi adjectif.
On peut dire d'un asthmatique : il est coûtràc(e) d'alêne, e'est-à-
lire il est — tirant sur le court — au point de vue de l'haleine.
À. côté de c< coûtress d'aleinn », Remacle2, I, p. 404, écrit sans s'y
arrêter <> coûtress-ideinn » : remarquons à sa place que coùterêce
-st encore adjectif dan- cette expression, mais nous achemine
vers le substantif au point que Remacle ne perçoit pas de diffé-
rence. De même, en italien, secchereccia a bien passe jusqu'au
Stade de substantif abst rail : car. ,-i l'on peut douter que coûtrèsse,
3. I'., soit le même mot que coùterêce, adj. m. et fém., on ne peut
louter en italien, parce qu'il n'y a pas moyen de confondre
aricia devenant -ereccia avec -itia qui devient -ezza.
cramerèce, wallon, Charleroi; t. de mouleur : palette en fer
ivec laquelle on enlève les scories hors de la poche. L'ouvrier
j'appelle crameû (écrémeur); il se sert de la palette cramerèce.
J emparez houmerèce.
coveret, franc., dans Lanessan, Botanique, p. 2 : «On place
>ar dessus le tout la lame mince de verre connu sous le nom de
'oueret ». Le mot n'existe ni dans Goi>. ni dans le Dict. gén.,
îi dans Mo/.tx. C'est sans doute un terme dialectal élevé par
[uelque savant à la dignité de terme technique. Pour coorerez,
lestiné à couvrir, bien que n'ayant pas la forme d'un couvercle.
crènerèce, wallon. En combinant les renseignements partiels
le Lobet, 3ii (repris par Gggg. II, 3o2. v" ricranner); Body,
Voc. des couvreurs, B., t. 11, p. i5o; Body, Voc. des tonneliers,
B., t. 10, p. 243; Jacquemin, Voc. du serrurier, B., t. 16, p. 224,
m peut répartir en deux sortes les outils de ce nom : i° outil des
ouvriers du fer et autres métaux appelé scie à refendre : hune
le fer ou d'acier, dentée, munie d'un manche pour fendre et
liviser la tôle, le zinc, les tuyaux de plomb, etc. Cf. ricranerèce:
2° feudoir des ouvriers du bois, etc., vanniers, cordiers, jardi-
i3
- i94 -
niers. Lobet donne encore : fil de fer avec lequel le potier de
terre détache l'ouvrage de dessus le tour. Mais c'est l'habitude
de Lobet de copier et de donner comme sens ù un mot wallon
lout ce qu'il trouve de significations à un ternie français corres-
pond, int Le sens général est donc outil destiné a faire un
cran ou entaille. 11 faut sous-entendre laine ou sôye.
crèsterèce, wall., brique faîtière de forme particulière, litté-
ralement : propre à faire la crête, crèsse.
cueilleret, anc. -français, registre du receveur, Godefroy.
L'expression première doit être registre cueillerez, registre
pour le cueillage ou levée des impôts, par opposition à des
registres d'autres attributions.
cwèsterê, liég., verv., mal m., cwasterê, ard. , correspond à
l'anc. -franc, costerez, fém. costerèce, que M. Thomas explique
p. 75, 83, 89. Le sens général est : formant côte, disposé à
la façon de la côte embranchée à l'épine dorsale, puis formant
côté, ce qui est déjà une divergence. È cwèsse en wall. signifie
de travers, en travers, obliquement, de côté, en anc. -franc, coste-
rècement, qui est dans Baudouin de Condé. Sens spéciaux :
M. Thomas signale deux sens (pie nous n'avons pas encore
retrouvés en wallon : i° les côtes de l'aile du moulin à vent; 20 les
madriers faisant partie d'un métier de haute lice, plus précisé-
ment : les côtes des deux ensubles, qui soutiennent ces ensubles à
leurs extrémités; 3° quant à cotret, que M. Mosenviller fait venir
de courteret (Cf. J. Haust dans Mélanges Knrth, II, p. 319,
n. i), et dont le Dict. gén. déclare ignorer l'origine, bien qu'il
note les formes anciennes coteret, costeret, M. Thomas n'a
pas de peine à y retrouver un primitif costerez. Je crois
seulement que la filiation des sens doit être modifiée ainsi :
branchettes qui sont les côtes des branches et que le bûcheron
détache pour en faire des fagots de menu bois. C'est au pluriel
que le mot signifie collectivement fagot.
Le wallon possède cwèsterê dans le sens de clou à tète allongée
et à deux pointes dont ou ferre souvent le talon et le bout des
gros souliers de travail, Trillet, Voc. du cloutier, B., t. 5o, p. G3i.
L'abbé Bastix, Voc. de Faymonville, B., t. 5o, p. 557, note plus
étymologiquement qu'on en garnit les bords des semelles et des
talons. En effet, on place au centre des clous à une pointe. Mais,
ce qu'il faut surtout dire, c'est que ces clous à deux pointes sont
places transversalement au bord. La définition de Kinable,
Gloss. du cordonnier, B., t. i>4, p. 281, est en partie erronée.
— i95 —
Ce cwèsterè est originairement adjectif : son substantif nous est
fourni par une expression clà cV cwèstrê, -- déformation évi-
dente declà cwèstrê, — que donne Body, Voc. des charrons, etc.,
B., t. 8, p. 74.
cwèsterèce, liég. ; cwasterèce, nam. ; costerèce, rouchi :
Sigart, p. i3o: costerèce, Frameries : J. Dufrane. Sens spé-
ciaux : i° terme de mineur : des définitions vagues ou embar-
rassées de Louvrex, II, p. 242; Bormans, Voc. des houilleurs
liég., B., t. 6, p. 176; Delmotte, Essai d'un gloss. wall., p. i54;
Sigart, p. i3o, nous inférons que les voies dites cwèsterèces sont
des voies qui débouchent transversalement sur une voie princi-
pale, montée ou vallée. Sur ce dernier point, Louvrex distingue
des coistresses de montée, II, p. 252, et des coistresses
de vallée, II, p. 2"î3. Les cwèsterèces sont reliées aux galeries
principales comme les côtes sont reliées à l'échiné. — 20 ternie
de charpente : arêtier, pièce de bois qui forme l'arête de la
croupe d'un comble. Viène di cwèsterèce, panne d'arêtier, Body,
Voc. des charrons, etc., II., t. 8, p. 76. A Hervé, on dit aussi
plantche di cwèstî. — 3° terme de couvreur : angle saillant d'un
toit, bords latéiaux de la toiture, Body, Voc des couvreurs, etc.,
B., t. 11, p. 148. — 4° rampe à jour d'un escalier portatif,
Gggg., I, 120; II, 5i6, 067. C'est simplement la partie de côté de
l'escalier. — 5" pomme à côtes, Gggg , I, 120; calville des prairies
d'après Bastin, \~oc. de Faymonville; espèce de pomme sure,
dit vaguement Pirsoul sous la forme namuroise cwasterèce,
écrite coist cesse. A Charleroi, d'après Ar. Carlier, on dit juin
d' castrèsse, eastrètche, cwast cesse, castrèfe. — 6° employé adver-
bialement, par ellipse, dans a) d" oisèy costerèce, parler à côté de
la question, parler sans savoir de quoi il s'agit : Frameries,
L. Dufrane; b) tapèy costerèce, t. de mineur : dans des bou-
veaux trop étroits, abattre le charbon en frappant avec le pie
derrière soi par dessus l'épaule : Frameries, id.
dismeret, pour dismerez, ane. -franc., Godefroy; relatif a la
dîme. « Veau dismeret » dans Du Fail. -- dismeresse, pour
dismerèce, où l'on recueille la dîme, Du Cange. — dismeré,
subst. : « Nous avons un petit dismeré au ban d'Aul fiance, dit le
petit dismeré de Villers », 17/p. Terrier de l'abbaye d'Orval,dans
Tandel, Communes luxembourgeoises, t. III, p. n65.
djamberèce, wallon, t. de batellerie, syn. de plat-boûrd, en
franc, plat-bord (Charleroi, Ar. Carlier, Dict. wallon, dans le
journal L' coq d'awous'). Gugg., II, p. 53i, définit ainsi : « Jam-
— 196 —
bresez [au pluriel], planches mises à plat, qui forment le bord
supérieur d'un bateau et qui débordenl vers l'intérieur » ; il
donne comme syn. fyondrèce. Le mot donc, p. 522, est défini
.< bois servant à revêtir les j'noz et à soutenir la jambrèse ».
L'article plat-bord de A. Jal., Glossaire nautique, t'ait voir
que fyondrèce n'est pas syn. de fyamberèce. — Cf. gamberé.
djèrberèce, guumais, i° dans j'enéte fyèrberèce, Liégeois, Compl.
au lex. gaum., p. 63, fenêtre propre à rentrer les gerbes, ou faite
pour rentrer les gerbes; 2° dans fône fyè'rberèce, fourche à deux
dents, assez rapprochées, pour manier les gerbes. - Thomas,
p. 36o, a noté jerberez.
djonderèce, wallon, i" donné par Gggg. comme ayant le même
sens que fyamberèce, voy. ce mot. — 2° grand rabot, varlope :
Pirsoul, I, 349; Dasnoy, 3j7 ; Gggg., 1, 257. — 3" colombe,
espèce de varlope renversée et portée sur quatre pieds, ("est
l'outil qui est immobile et la pièce à raboter qui est manœuvrée
par l'ouvrier, Body, Voc. des charrons, etc., B., t. 8, p. 98, et
Voc. des tonneliers, etc., B., t. 10, p. 265. — 4° tenaille plate
servant aux forgerons. Plate signifie qu'elle s'applique parallè-
lement sur les faces de l'objet à prendre : c'est une tenaille pour
j oindre l'objet. Le sens premier du mot est : propre à joindre.
dobulrèce, wallon verviétois, dans rize dobulrèce, Lobet, 493 :
second versoir de charrue destiné à doubler le premier,
afin de verser deux sillons a la fois. Lobet écrit rize d'obul-
resse (!); Body, Voc. des charrons, p. 84, risse dobelresse.
dosserê, wallon, enfant de chœur. Lobet, i58, écrit dozerai
et traduit par castrat; Remacle, 21' éd., I, 527, donne les formes
dosrai et geosraî, enfants qui chantent au choeur. Dosseray
existe comme nom de famille. Il est difficile d'admettre l'étymo-
logic de Gggg., I, 181, et de séparer ce mot de dosseret dérivé
de dos au sens de dossier, qui signifiait en anc. -franc, dossier
d'un dais et le dais lui-même. Le sens premier serait-il acolytes
ou chanteurs qui entourent le dais?— Cf. Dict. gén.,v° dosseret :
Thomas, p. 84 dosserez et 89 dosserece, et Hàust dans les
Mélanges Kurth, p. 3i8 fin.
[<( échardrounnette, i° instrument qui sert à échardonner ;
20 chardonneret, oiseau », H. Baudon, Le patois des environs
de Rethel. Le mot semblerait une déformation par métathèse de r,
• le échardounerète, dont le suffixe irrationnel -crête aurait rem-
placé un primitif -erece (comparez les diverses formes de houme-
rèce): mais comme il existe aussi un verbe échardrouner, il est
- 197 -
plus prudent do considérer à la fois ce verbe et notre substantif
comme de simples dérivés dechardron, lequel, comparé au wallon
ardennais tchèdron, exprime deux fois IV de cardon ein (cf.
scandalum : esclandre)].
*effacerèce, anc. -français, Godefroy : effaceresse, qui sert à
effacer.
escrevicerez, âne-français, qui marche à reculons (Godefroy),
qui a rapport a la marche de l'écrevisse.
esteret, anc. -français. God., sorte de pâtisserie. Est-ce un
(h) a star ici us?
*èwerèce, anc.-wall., forme que je rétablis d'après un texte
liégeois cité par Godefroy, y sou 2 : un sou eauiveresse, i585,
et repris sous le mot everez par M. Thomas, p. 76. La façon
d'écrire .sou sans accent et le féminin eauweres.se ont empêché
M. Thomas de s'expliquer l'expression. Il faut lire soii, seuil.
Eauiveresse est une francisation maladroite, un monstre comme
les demi-lettrés du moyen âge en ont fabriqué par milliers. De
plus, son réclame le masc. èwerez; si un texte de i585 s'y est
trompé, c'est qu'il s'agit d'une vieille expression (v. baneresse,
qui est dans le même cas). Le sens est : seuil pour puiser de
l'eau; il s'agit de degrés établis à l'endroit de la rivière où les
ménagères vont soit puiser l'eau, soit battre le linge. — Le
correspondant italien acquereccia, aiguière, signifie (cruche) pour
contenir l'eau.
fagnerèce, wallon, dans grive fagnerèce, litorne, grive qui
séjourne dans les taillis proches des « fagnes ». Il va de soi qu'on
dit aussi substantivement fagnerèce, Thomas, p. 89.
faherèce, wall. ; dans un passage des Noëls wallons d'Auc
Doutrepont, p. 141 : fyi creù qiï fyèl oeù d'oins 'ne faherèce.
Le mot doit s'interpréter à l'aide du vers suivant : Non fait,
c'est 'ine cripe as moutons (une crèche). L'opposition veut qu'on
écarte le sens de bande, lange, pour adopter celui de corbeille
destinée à contenir le maillot, les langes. Peut-être le mot est-il
encore usité dans certains villages, mais nous ne connaissons que
fahe ou fâche et fahète ou fachète (maillot).
« faneret, fenaison », H. Baudon, Le patois des environs de
Rethel; pour : (mois) fanerez, mois propre à faner, comme on
dit en wallon fènâ-meùs.
faverèce, ancien lieu-dit du ban de Gérouville, arr. de Virton.
prov. de Luxembourg, mentionné au cartulaire Rouyer (i636-i664)
des archives paroissiales de Gérouville, (Tandel, Communes
- i98 -
luxembourgeoises, t. III, p. 162). Il n'y a pas d'indication topo-
graphique plus précise sur ce mot, transcrit d'ailleurs sous la
tonne « à la favresse », niais nul doute qu'il représente un *faba-
ricia, terreaux lèves. Compare/ Vacherèce et Porcherèce.
Il y a des noms de lien identiques dans Thomas, Nouveaux Essais,
p. 89.
Le masculin Faverez a dû exister aussi comme nom de lieu
(champ faverez); sans quoi on ne saurait expliquer Favrais et
Favereau, (Tam>i;l. 0. c, t. IV, p. 53 et passim), deux noms
de famille d'origine toponymique, dont le premier est une mau-
vaise francisation de faverez. M. Thomas ne cite que fa vero is
(p. 84), qui semble être du suffixe -et uni.
fecheret ou fequeret, lieu-dit à Sugny, arr. de Neufchâteau,
prov. de Luxembourg- (Tandel, Communes luxembourgeoises,
t. VI, pp. 708, 716, 721). Le wallon fètchîre vient de i'ilicaria;
fecheret, qui ne peut s'expliquer parle sens diminutif, doit corres-
pondre à *fil'caricius. Peut-être le wallon fètchereù, fougeraie,
est-il aussi une déformation de *fètcherê.
fènerèce, gaumais, dans fane fènerèce, Liégeois, Lexique
gaum., p, i3i et Compl., p. 63, v° fourchette; BD 1908, p. 72
et 78. Fouine à deux dents et à long manche pour charger et
décharger les récoltes. Sens primitif : fourche destinée à faner.
*ferrerez. On trouve au Gloss. français de Du C, v° pain,
l'expression v pain ferez, par ex. gauffre ». Il me paraît évident
qu'il faut comprendre : pain fabriqué avec le fer et lire ferrez ou
fererez. (''est un de ces mots où les deux syllabes en re se sont
superposées. Le mot est synonyme de waufrerez.
finderê, wall., i° hache avec laquelle on divise le bois destiné
à faire des bêles, Bormans, Voc. des houdleurs liég., dans B., t. 6,
p. 192. — 20 t. de tonnelier : fendoir, espèce de hache, à manche
en équerre, qui sert à refendre les douves sur leur épaisseur.
Elle s'applique sur la douve et on la fait entrer dans le bois à
l'aide d'un maillet, Body, Voc. des tonneliers, B., t. 10, p. 25i. —
On trouve à Rethel fendret, fendoir, couperet, H. Baudon, Le
jmtois des environs de Rethel; dans Godefroy, fenderet, syno-
nyme de couperet, encore deux pseudo-diminutifs. D'ailleurs,
le wall. a aussi la forme féminine finderèce, qui garantit l'expli-
cation de ftndcrc par -a ricin s.
finderèce, wallon, i° cochoir, sorte de hache destinée à faire
des encoches sur les cercles, Body, For. des charrons, B., t 8,
]». 85; Voc. des tonneliers, B., t. 10, p. 252; Pirsoul, I, 267. —
— T99 —
2" hache de charpentier, Mathelot, \'or. de l'art, maçon, B.,
t. ii, p. 88. - 3° hache de boucher, grande hache à lame rectan-
gulaire qui sert à fendre la tête de l'animal, Semertier, \'oc. de
/a boucherie, B.. t. 35, p. 39.
flotcherèce, wall. de Stavelot; terme de tannerie : couteau
d'ouvrier écharneur, J. Haust, Voc. du dial. de Stavelot, B., t. 44.
p. 507. Littéralement : lame pour enlever les fJotches ou nœuds
de chair adhérents à la peau.
floterèce, anc. -français ; dans Godefroy, floteresse : sur
laquelle on flotte.
folerez, anc. -wallon, pour fouler les draps. Xe se rencontre
cpie sous la forme folereche, bien que se rapportant à un nom
masculin. Ex. « molendinum iiinini cura suis appendiciis uni-
vrersis nuneupatum le molien folereche, contiguum molendino
tanatorum leodiensium», 1 373, Échevins de Liège, dans Bormans,
Le bon métier des tanneurs, p. 404. (qui a le tort d'écrire moulin
de Folereche dans le titre). Une pièce du métier des drapiers, de
i365, contient les expressions mollin follereiche et mollin folle-
reçhe, Bormans, Le hou métier des drapiers, p. 202. Ces graphies
sont d'imitation picarde. La forme féminine est encore usitée
dans rouwale folerècc, 1. d. de Jupille. Voy. Top. de Jup., B.,
t. 49. P- '-67, où l'explication donnée n'a que la valeur d'une tradi-
tion orale. — Cf. folerez dans Thomas, p. 96.
fonderèce, anc.-franç., dans l'expression rue fonderèce, (rue
de S'-Quentin) 1290, c'est-à-dire rue destinée aux fondeurs, où
sont cantonnés les fondeurs. Cf. Godefroy.
forceret, anc.-franç., petit fort, d'après Godefroy; coffre,
cassette, d'après Du Caxge. Construction ou engin pour servir
de coffre-fort. Ex. «villes, chastelx et foreeretz », i357 (Lettre
d'Edouard III). Ce forcerez est un syn. de forterece tiré -le
f ortia ou f orcia . Pour le second sens, Godefroy renvoie à for-
geret. Là, deux exemples donnent forgeret, un donne force-
ret. Ce ne peut être le même mot qu'en passant par for cher et;
mais ce qui empêche ce forgeret d'être un dérivé de forger, c'est
que forgerez ne pourrait désigner qu'un outil on une matière
destinée à forger, non le produit de la forge.
fourtcherè, wallon chestrolais, fourchette, c.-à-d. « pièce de
bois en forme d'Y, qui assujettit la flèche [du char] au train de
derrière, au moyen d'un ressort de bois appelé garot », Dasnoy,
p. 84. — fourtcherè, gaumais, arrière-train du char, arrière-train
du cheval (Prouvy-Jamoigne, note de L. Roger). Sens primitif :
en forme de fourche.
200
foûrerèce, anc. wallon. Mol rétabli d'après l'exemple suivant
noté par M. Thomas, p. 96 : << vint boniers et set verges fueresses
en terre à la mesure de Liège», 1248, Romania, XIX, 86. De
fuerre, wall. foùre, loin, fourrage. Il ne s'agit pas, comme le
conjecture M. Thomas, de (verges) dont on se sert pour mesurer
les terres fouies; c'est l'étendue de terre, comprenant 20 bonniers,
7 verges, qui est qualifiée de fueresse, *foderaricia, c'est-à-dire
propre à donner du loin.
foûsserèce, wallon. Gggg., II, 526, note l'expression carpe
fousseresse, carpe ceuvée. Il rapproche de ce mot le franc, du
Centre' carpe forcière, carpe qu'on garde pour la reproduction.
Mais forcière ne vient pas de forcer : c'est une mauvaise
graphie de l'orsière, foursière, dérivé de l'anc. -franc, fourser.
Sous sa valeur substitutive, forcière est mentionné dans le
Dict. gén., avec le sens de « petit étang où l'on fait multiplier le
poisson ». — Thomas, v° forserece, p. 96, l'a placé dans les
théines nominaux. Il semble que le sens est : destiné à fourser,
que le thème est verbal, et que forcière est un co-dérivé syno-
nyme.
fouyeret, wallon de Solières (Huy), rameaux feuillus qu'on a
plantés sur le parcours de la procession. On les recueille, on en
met dans le foin pour qu'il ne se gâte pas et pour le préserver
des rats. On peut interpréter ce mot en sous-entendant vain
(rameau); alors le sens premier de fouyerê sera « garni de
feuilles », par opposition aux rameaux recueillis pour être brûlés
ou pour ramer les pois.
foyerèce, wal!., t. de menuiserie : rabot ou bouvet à faire les
feuillures, Body, Voc. des charrons, etc., dans B., t. 8, p. 87;
Mathelot, Voc. de l'artisan maçon, B., t. 11, p. 88. De foyi,
fouiller, et non de foye, feuille, comme l'a très bien démontré
M. Thomas, o. c, à l'article feuiller, p. 271.
gamberé, rouchi, dans Sigart. p. 192, « gambré : planche
épaisse servant de pont pour arriver dans les bateaux »; dans
L. Dufrane, ]'oc. de F rameries : « gainbrét, plan incliné en
planches ». Dérivé de gambe, jambe, au sens de planche ou plan-
cher destiné aux jambes ou à enjamber. Cf. //am bercée.
gaterèce, wallon, t. de sabotier à Lavacherie-sur-Ourthe :
couteau ou plutôï lame tranchante recourbée en crochet et
adaptée à un manche coudé, pour achever d'évider l'intérieur du
sabol . ( f. graterèce.
goymerez, ceux qui doivent des corvées avec le goy ou serpe,
— 201 —
Dr C, Gloss. franc. — Goy, d'après les additions de Carpentier,
est une serpe de bûcheron, ou une serpe à tailler les vignes, ou à
arracher les buissons (syn. uougesse). — Pour goymerez, forme
singulière que (rODEFRov ignore, un texte latin d'une charte de
i3ig encadre ainsi le mot : « De xj. libris et xv. solidis Turon.
annui census, quem Petrus de Dyciaco miles habet et percipit
super bomines qui vocantur les goy nierez et les bandons [sujets
d'un ban] ».
grateré, franc, dialectal, Vosges, galium aparine L., appelé
ailleurs gratteron, gratereau, Rolland, Flore pop., VI, p. 242.
Le sens est herbe à gratter, propre à gratter : thème verbal -f
-erez; il n'y a pas de sens satisfaisant dans les diminutifs, qui
doivent être des déformations. — grateret,Hte-Marne, raniinculns
aruensis L., ibid. , I, p. 53. Signifie : pour gratter, à cause des
épines qui garnissent le fruit. Les carpelles du fruit de cette
renoncule sont munis de longues pointes sur les faces. — graterais,
à Semur, Côte-d'Or, ibid., I, p. 54.
graterèce, wall. de Bourlers, région de Chimay. Syn. gate-
rèce, wall. de Lavacherie sur-Ourthe. Terme de saboterie, outil
pour aplanir le talon du sabot en dedans : H graterèce po nètiè
V talon. — Je crois que gaterèee est une déformation, et que la
saboterie de Lavacherie est originaire de l'Entre-Sambre-et-
Meuse, comme il appert d'autres mots.
grimperé, picard, Corblet, p. /\3i; en fr. grimpereau. Comme
le suffixe -eau du français est également -eau en picard, il faut
bien interpréter grimperé par -eret ou par erez.
grôyerèce, wallon de Monstreux lez-Nivelles, dans fauchèle
grôyerèce, faucille de forestier. Syn. fièrmint a biïse. — grôye-
rèce, à Clermont-Thimister, est substantif et signifie : serpe à
long manche pour gruyer les haies, c'est-à-dire pour couper les
branchettes du bas. BD 1907, p. 21.
hadrê, anc- wallon. i° sorte de chaudron : 1780 : « quattre mar-
mittes de fer coulé, deux chaudrons hadrays et un grand à la
lecive » Reg. aux Œuvres de Sprimont, n° 66, p. 252, (citation
eonim. par M. Jean Lejeuxe, de Jupille). - 2° Il y a un mot
hadrai dans Lobet, 234, traduit par « baille, baquet fait de la
moitié d'un tonneau scié en deux, bail lotte, baquet de bois,
tonneau défoncé d'un côté ». Gggg. II, 533, n'a fait qu'abréger
Lobet; Body, Voc. des tonneliers, etc., B., 4°. P- a57< définit de
façon équivalente : « moitié d'un tonneau, tinette de brasseur ».
C'est ce qu'on appelle communément on côpé. — Il semble bien
— 202 —
que l'idée de couper en deux, diviser, soit inhérente au n° 2; dès
lors il doit être de même racine que le miia. hader « zerrisznes
Zeugstiick », que le w. hade, étriqué, et hadrène. (î'est un dimi-
nutif. Mais le n° 1 est adjectif; le chaudron, qu'il qualifie, est un
objet en fer. — 3° hadrai d' boûre, une assiette chargée de beurre.
Malmedy, Body, Voc. des agriculteurs, B., t. 20, p. 8(5. Est-ce
l'assiette qui s'appelle hadrêl est-ce la motte de beurre trop
grosse ?
halerasse, lorrain du pays messin, prune du prunus j'ruticans
Weihe. Rolland, Flore pop., V, p. 383. Le sens est : (prunes) a
ha 1er (secouer), propres à être secouées, donc liai erè ces.
hatcherê, lie». ; hètcherê, verv. ; hatcherê, gaumais; couperet
de cuisine à deux poignées, parfois à une seule Hervé), propre à
hacher la verdure ou la viande sur le tàveli ou plantche hatche-
rèce. — Le hachereau de God. est un faux diminutif, de même
que couperet.
hatchrèce, liég., nam ; plantche hatcherèce, ard., Spa, Body,
Voc. des charrons, B., t. 8, p. 128; planche épaisse munie d'un
rebord sur trois côtés, sur laquelle on hache la viande ou la
verdure. — 2° hatcherèce signifie aussi le couperet à Liège, d'après
(Jggg., v° hatcher. Alors, au lieu de sous-entendre un nom géné-
rique masculin, comme fer ou couteau, qui explique le masc.
wall. hatcherê comme le franc, couperet, il faut sous-entendre
un nom fém., par ex. lame on serpe. — 3° hache ou couperet
qui sert à couper les os et à les casser, ainsi qu'à fendre les bêtes
en deux. En France, pour ce dernier usage, on se sert de la
« feuille à fendre ». Semertier, Voc. de la boucherie, B., t. 35,
p. 46. — 4° tranche, outil en acier qui sert à enlever les scories
des parois des chaudières, Jean Lejeune, Voc. des chaudron-
niers, B., t. 4°> p. 4J4«
hausseret, anc. -franc., chemin de halage, Godefroy. Syn.
hausserée.
haverèce, wallon; en général, outil propre à hauer (excaver,
râper, racler). i° pic des bouilleurs, plat et tranchant, avec un
manche en bois, servant à ouvrir des héues (rainures) dans les
couches pour faciliter l'abatage, Bormàns, Voc. des houillcurs
liég., B., t. 6, p. 201; Gggg., I. 283. — 2° plantche haverèce,
grosse planche appuyée d'un côté sur deux pattes, ce qui en fait
une espèce de chevalet bas, dont on se sert en tannerie pour
aplanir les peaux en leur donnant partout la môme épaisseur
pour haoer et ravaler), Bormans, Le bon métier des tanneurs,
- 2o3 —
B.. t. 5, pp. 363. 367, 38i. — L'ancien wallon écrit xhavresse :
(Jggg. II, 607 « manges de by et de xhavresses » (manches de
pics et de h.) — Cf. Thomas, p. 108, v° eschaverece.
heneri, Vosges, patois de la Bresse, baguette de coudrier, de
laquelle on détache régulièrement les éclisses appelées lierions,
.) IliNGKi:, ]'oc. de la Bresse, dans Bull, de la Soc. philomatûjue
vosgienne, t. 32, p. 90. Ce mot serait eu wall. *hinerê, baguette à
hiner (détacher des éclisses).
hènistrèce, wall . grive draine ou haute grive, turdus visei-
oorus L., Defrecheux, Vocabulaire des noms wall. d'animaux,
H., t. 25, p. 55. I/adj. a été fabriqué sur la forme plus pure
hènistê (eichenmistel) plutôt que sur hènistrê, gui. Le sens ne
peut être que : (grive) relative au gui.
heûrèce, wall., dans fotche heùrèce, fourche à secouer le foin.
BD 1907, p. 37. Pour heûrerèce. Cf. cheûverèce.
hêyerèce, wall., outil pour hêyî, chantourner les lames de scies.
hièrtcherèce, wall. liég., croc pour attirer le panier à l'orifice
de la bure, Bormans, Voc. <les houilleurs liég., p. 2o3. — Dans
le sens de femme qui traîne les paniers, il faut écrire hièrtche
cesse : c'est un autre mot, le féminin de hièrtcheù.
hiterê, wall., raioche. A rapprocher du gaumais chiteré, qui,
se disant d'un papier, ne peut impliquer l'action.
hoterèce, anc. -wallon, trouvé dans le Cartulaire de Fosses,
par Borgnet, i°, p. 110 : <c item, et toutefois que on reboutte
ledit vivier, il doit avoir ou ventisea ung trou de tarière hot-
terecht (variante terrer hottererck, peut-être.'Uiollerecht,
ajoute la note) jectant eawe par la maistresse buze, et en tout
temps, pour servir la bonne ville ». 2°, p. 142-143 : « Item ont
déclaré encor par icelle dite lettre que quand l'eawe est détenue
et remise dedans le vivier l'Evesque, que ou ventiseau ou ven-
telle doit avoir ung trou de tarrier hottereche jettant eawe
par la maistresse buze dudit vivier ». Le sens est tarière destinée
à boucher la bote. C'est, d'après M. Aug. Lurquix, ce qui
s'appela plus tard à Fosse li pilot do grand vèvî et la hôte est
li trô do pilot. Il s'agit d'un étang intermittent dont l'eau était
évacuée à certaines époques.
hottereau et hotteret, franc., cf. Dict. gén., Gon., v° hotterel,
exemple de i359 : « sis hoteraus ». Hotteret est dans Trévoux,
1762. Sens : petite hotte grossière. Ces mots en -ereau, -eret
décèlent d'anciennes formes à suffixe -erez, où, -ères n'étant plus
compris, les terminaisons tournent folles et finissent par s'atta-
— 204 —
cher tantôt à -ère/, tantôt à -eref. Le sens doit s'interpréter :
panier, etc.) ressemblant grossièrement à une hotte
hoûlerèce et hoûdrèce, ane. -wallon. M. René Dubois, auteur
des Rues de Huy, a relevé les inentions d'une tour qui faisait
partie des fortifications de la ville de Huy. Nous tenons de lui les
tonnes suivantes, que nous rangeons, pour ne rien préjuger,
dans l'ordre chronologique : i" (tour) hullereche, i4<>7, de
Schoolmeesters, Notice hist. sur lu seigneurie de Marchin et son
église (dans Bull, de l'Inst. arch. liég., 1873, p. 62); 2" (tour)
houlereiche, i4^4 : (( moulin aux papiers appelé aile devant-renne
fosse sis devant la thour houlereiche », Archives de la Ville de
Huy, vol. 19, p. 173; 3" t. hourlerece, 1461, Schoolmeesters,
ibid. ; 4" t- houdresse, i54o : « mollin as papiers sis sur le Hoyoux
en dessous de la tour houdresse », Archives de la Ville de Huy,
vol. 19, p. 173; 5" t. houldresse, 1624, Schoolmeesters, ibid.;
6° t. houdresse, i663, Schoolme esters, ibid. — Gggg. nous
permet d'identifier ces formes dissemblables en enregistrant,
t. T, p. 3i3, les formes synonymes hoûremen, hoûdemen, hoûle-
nien, hoûnemen, éehafaud. Toute question de phonétique réservée,
il est évident que hoûlerèce est à hoùlemint comme houdrèce est
à houdemint, et que nous avons affaire à des variantes d'un même
mot. Ce mot est dérivé de hourd, hourt, que Godefroy définit
en général par retranchement, palissade de claies, et en parti-
culier, d'après Viollet le Duc, par a ouvrage en bois, dressé au
sommet des courtines ou des tours, destiné à recevoir des défen-
seurs, surplombant le pied de la maçonnerie et donnant un
Manquement plus étendu, une saillie très favorable à la défense ».
Nul doute que la tour hoûlerèce ou hoûrdrèce de Huy ne fût une
tour à galerie en bois ou encorbellement de cette nature. Nous
traiterons ailleurs les questions d'origine, de filiation et de
sémantique relatives à hourd, hourder, hourler, hourlê, etc.
houmerèce, wall. liég., verv. ; choutnerèce, ardennais; cheume-
rète, ehestrolais, Dasnoy,p. 140; keumerèce et keumerète, gaumais,
Liégeois, Lex. gaum., p. 162; kémeroce, vosgien, dans Thomas,
p. 107, qui rapporte à tort kémeroce à eremerece; chimerece,
Charleroi; scumète, escumète, écumète, rouchi, JSigart, Del-
motte, p. 224. Le sens est écumoire, littéralement passoire pour
écumer le bouillon, etc. Il y a changement de suffixe dans les
formes en -de. Liégeois définit keumerète par petite écu-
moi re , et keumeresse par écumoire, mais la distinction de sens
es1 sans fondement. — Cf. Thomas, p. 108, v" escumerèce.
— 205 —
houperf, gaumais, Liégeois, Lex. gaum., p. 142, houperê,
chestrolais, Dasnoy, p. 267. Meulon que l'on fait à la fin de la
première journée de fanage.
houteré. wa.ll. liég., terme de mineur. Bormans, Toc. des
houilleurs lié»-., B.. t. G, p. 206, définit le mot : « bâtiment qui
recouvre une bure aux bras ou petite fosse », et en fait un dimi-
nutif de honte, butte Gggg., i. 3i4, donne les sens de magasin
et lieu «l'attente, puis il revient sur le sens au t. II, p. xxxv ;
alors houterai signifie : en général, selon Simonon, butte, abri;
en particulier, l'ensemble des bâtiments qui entourent la bure
dans les petites exploitations, ce que l'on nomme aussi butte en
terme de mineurs. Enfin, au Gloss. de Vanc. wall., Gggg. donne
la forme boutreau : « ens boutreaux de fosses et builleries
(houilleries) », 1687. En dépit de cette forme en -eau, j'interprète
le mot par bâtiment propre à se mettre a honte (à l'abri), à
s'ahouter.
« jottrait, (hors d'usage), pièce de bois vertieale adaptée aux
extrémités des hamindes, et qui descend jusqu'au poitrail des
chevaux », Bormans, l'or, des houilL, p. 208. La dernière partie
est destinée à justifier I'étymologie que l'auteur fournit ensuite :
« pour diso-traitl ». ,Vy vois un j osterez, en wallon * fyosterè.
lamerê, wall., bois attaché transversalement au front ou au cou
d'un animal (vache, chien, porc, etc.) pour l'empêcher de traverser
les haies. Renier, Hist. du ban de Jalhay, II, p. 69 : ordre « de
munir de billots ou lamrays tous chiens de berger, mâtins de cour
et autres, à peine «le les voir tuer », 17 15. — M. Randaxhe signale
dans une communication manuscrite qu'à Thimister, Clermont,
etc. (pays de Hervé), lamerê désigne la toile épaisse, dite aussi
oantrin, mise sous le ventre du taureau, du bélier, pour empêcher
la copulation. Ce mot est-il identique au précédent? Il peut
être aussi une déformation de lanerè, facilitée par ce fait que
l'idée d'empècber est commune aux deux objets. — Ce sens
écarté, lamerê paraît dérivé de lame syn. de lamé. Gggg. II, 10,
v" lamai, cite un exemple précieux, qui montre que le sens
premier de lamai est palonnier, et que le billot mis au cou des
animaux est seulement dit « en forme de lamay ». Si lame prend
aussi ce second sens, c'est par comparaison; le mot propre est
bâton lamerez, substantivement lamerê
laneret, anc. -franc., pour 1 a nerez; dans Godefrotd :« cardon
laneret, peigne laneret » : cardon ou carde pour la laine, pour
peigner la laine. Thème nominal : lana + -aricius. — Mais le
— 206 —
IV. laneresse, fém. de lanier, ouvrier qui travaille la laine, est un
substantif en -erèsse.
larèce, gaumais, Liégeois, Lex. gaum., ifâ; lérèce à Chrny;
côté d'une maison qui se trouve entre deux pignons. Ans è abatu
la lêrèce, èlë <•</<>/ fadue, on a abattu le mur de côté, il était
lézardé. De latus -f -a ri ci a. Bien entendu, la lârèce est le mur
de côté quand le pignon donne sur la rue, suivant l'ancienne
façon de bâtir. — Godefroy donne laresse, arêtier. Ce sens
est-il exact ? Les exemples qu'il fournit sont conformes au sens
wallon ci dessus.
lassèt, wallon, Lobet, = franc, laceret, « aujourd'hui rem-
place par lacet, piton à grosse tète percée dans laquelle
passe et pivote un corps mobile, tel par exemple qu'une tige
d'espagnolette » : Manuel Roret du serrurier. Le Dict. gén.
donne laceret et lasseret, piton à vis. La vraie forme est
loceret = locerez, clou qui est percé en forme de /oce (louche).
En wallon, je ne me trouve que laset ( = lassèt ) dans Lobet, 826.
— Cf. Thomas, 78 et 86; Godefroy, loceret.
laterê, wall. de Cherain (N. du Luxembourg), « petite » latte
employée dans le plafonnage, dit A. Servais, Voc. de Cherain,
dans le journal l'Annonce de Stavelot, n° du 3o avril 1905.
S'agit-il vraiment de petites lattes, ou de bois plats, refendus,
destinés, dans la pensée du menuisier ou du préparateur, à être
utilisés comme lattes? Laterez existe en anc. -franc,, sous les
formes laterech, laterat (lateret dans Godefroy), mais
qualifie clou : cleus lateres, cleu laterech, cloz laterat.
Dans notre sens wallon, ce serait bois laterez.
lâterèce, gaumais, dans goule làterèce, épanchement de lait,
soit de la femme, soit d'un animal, surtout de la vache, Liégeois,
Compl. du lex. gaum., p. 80. De lacté -f- -aricia.
laverê, lavrê, wall., torchon, lavette, proprement linge des-
tiné à laver (la vaisselle, etc ). — Gggg., II, 17; Lobet, 328.
lèherê, wallon, n'est plus guère usité que dans l'expression
fyône lèherè. Remacle, i,e édition, p. 204, traduisait lèhrai par
« jeune homme imberbe » et geônn lehrai (excusez l'orthographe)
par « jeune évaporé ». Gggg, II, 20, insère cet article et fait du
mot un dérivé du verbe 1ère, lé ho n (lire, lu) Tout porte à croire
qu'il est un dérivé de lèhe, lice, chienne, et que le sens premier
est <c jeune chien ». Defreciieux, Vocab. des noms wall. d'ani-
maux, 2' éd., p. 79, note le mot sous la forme lèhrèt, fém. lèh-
rètte, avec le sens de jeune chien, jeune chienne. Le mot n'est
— 207 —
resté qu'au figuré, dans fyône lèherê, qui ne signifie ni jeune
évaporé (Rm1), ni jeune important (Rm2), mais jeune garçon en
quête d'amourette. Lobet, p. 339. le traduit ridiculement par
« bacehant, qui court les bacchantes », mais il a la perception que
le mot n'est employé (pie relativement au sexe. Disons que le
sens premier est « propre a la lice, relatif à la lice », (pic tjônes
lèherès signifiait jadis petits d'une lice, Cjône étant le substantif
et lèherê l'adjectif. Quand l'expression ne fut plus employée qu'au
figuré, on crut que fyàne était l'adjectif et lèherê le substantif. On
pourrait objecter qu'il est bien plus simple de considérer lèhrai
comme un diminutif en -ellum. dont le féminin, avec change-
ment de suffixe, sera lehrète. Mais a-t-on réfléchi à l'étrangeté de
désigner le jeune chien mâle par un nom tiré de la lice et qui ne
pourrait signifier que lice en petit, petite lice? 11 est beaucoup
plus logique d'admettre que tous les petits de la lice, mâles et
femelles sans distinction, étaient désignés par les éleveurs et les
chasseurs du nom générique de licerez, — comme d'autres objets
relatifs à la lice, — de même que les petits de la louve sont des
louverez, en wall. leiwerê. Il faut ajouter que les substantifs
féminins lèherète et louverèce ne doivent avoir été employés que
quand le sens générique se fut éteint; le genre de ces noms en
-erez dépend uniquement du substantif sous-entendu, non du
sexe de l'objet désigné. — Le. mot est souvent déformé : Lucien
Colsox, dans Andrî Mâlâhe, dit lès fyônes lèvres; Gggg., dans
ses extraits de Villebs (B., t. 6, p. 58), note on tyône havrai ou
ha w rai, un jeune blanc-bec. A moins que hawerê ne vienne de
hawer... — Scheler a note, dans le Catholicon de Lille, le mot
leceresse, qui est le féminin de notre lèherê : « ganea, lece-
resse, putain ». Lèhe a le même sens en wallon.
lèperê, wallon, i° grosse lèvre; 20 morceau de chair ou de
viande semblable à une grosse lèvre, Gggg., II, 221, v° lèpe, et
29, v° lipète; id. dans Semkrtier. Voc. de ta boucherie, B., t. 35,
p. 61. — 3° pince, languette ménagée sur le devant du fer à
cheval et s'appliquant contre le devant du sabot, Lohet, p. 33o.
4° « toyère, pointe au devant [?] d'une hache, qui entre dans le
manche et la soutient », Lobet, p. 669.
leûverê. wallon, louveteau, Defrecheux, Voc. des noms wall.
d'animaux, v° leùvrai. — loverèce, dans lovresse- fosse, 1. d. à
Francorchamps, noté aux Archives par M. Jean Lejeune. —
louverèce, loverèce. louve, Rm2, Dkfrecheux, o. c. On ne
trouve pas leùverèce. La suite des sens a dû être : relative au loup,
— 208 -
ou aux loups ; louveteau femelle, jeune louve. Cf. lèherê. —
Loverèce a aussi Le sens de coureuse, <m;gg., II, 42. Cf. lècerèce,
v° lèherê.
|leuverê, wall., lucarne, Gggg., Il, 25 et 614. Dérive par le
suffixe -el.lum de l'anc.-franç. luver, louer (?), Godefrov :
lovier, lucarne), d'après la note de Scheler à Gggg., II, 614 ;
celui-ci en fait un diminutif de leuue, larmière.]
■lèverez. Gggg., 11, 3og, v° riliurese, note l'ancien levairitz,
au sens de accoucheu(se?). Si mal que soit graphie ce levai-
ritz, il est difficile de ne pas y reconnaître un levaricius.
lignerê, wall., lange. Gggg. II, 28, écrit limerai, qui n'est pas
cou forme à la prononciation. 11 le fait venir de lin eus, qui a
donné linge, comme laneus adonne lange, d'abord adjectif.
Lange substantif a son adjectif en -aricius : lamerez, Gode-
i'kov. Je conjecture donc drap lignerez, pièce ou carré de lin,
pour emmaillotter.
lingeret, anc. -franc,., celui qui porte de beau linge, Godefroy.
Sens premier : qui aime le linge. Cf. armerez.
liseret, wall. de Neufchâteau, Dasnoy, pp. 3o2, 128, liseré.
Le Dict. gén. fait de liseré le participe de 1 i serer, dérivé de
lisière, qui est donné comme d'origine inconnue. Mais on pour-
rait faire de liseré un dérivé de *lise, radical de lisière et
de l'anc.-franç. lisiette (lisière). Le verbe liserer se serait
développé du substantif compris comme un participe passé. Dans
cette hypothèse, le sens premier de liseré serait : pour servir de
*lise : fil, tissu, cordon, ruban liseré. Quant au thème, je note
simplement que l'ardennais dit lèstre et que 17 n'est peut-être pas
primitif.
lîstrê, wallon ard., liég., verv., stavelotain ; à Namur listia,
Pirsoul, Dict., I, 385; lissoir, palette de plafonneur, qui sert à
lisser les murs recouverts de plâtre ou de ciment. Je trouve
listriau dans Gggg., II, 6i5, dans un texte de i58i : « ceux qui...
useront du listriau couvrant et placquant édifice ». Gggg., qui ne
connaissait pas le mot d'autre part, traduit par mortier. .le
conjecture, en dépit de la forme listreau, qui me paraît être une
francisation maladroite, que la forme première est listerez, avec
le sens de : (outil, palette) pour lister Mais qu'est-ce que liste]?
Ce verbe manque dans les dictionnaires; cependant le fr. liste,
listel, l'ail, leiste, l'ital. lista, m'empêchent d'y voir un simple
synonyme de lisser; je lui attribue le sens de façonner les bords,
délimiter des filets.
— 209 —
lîterê, gaumais et ehestrolais : litre a Prouvy, litre, lîtriè à
Virton, d'après Maus, Dict. manuscrit; litre à Neufchâteau, Das-
noy, p. 85, et à Chiny. Le mot, au singulier, signifie : châssis
d'une charrette, les deux « longues pièces de bois [reliées par des
traverses] qui forment a la l'ois le fond de la charrette et les bran
cards », Dasnoy. Vous tarerez lu litre d' la tchèrète et vous métrez
l' burù (la caisse du tombereau) s' lès rues (roues), Chiny. On dit
aussi lite, qui est létê dans le Nord, Body., Voc. des charrons,
B., t. 8, p. loi. Les deux mots paraissent dérives de lectum,
lit, au sens de base ou châssis de la charrette. L'un est un dimi-
nutif en -ellum, L'autre un dérivé en-aricium au sens de : pour
former le lit, pour servir de lit ou base.
*liverê, une. -wallon. On trouve dans Bormans, Le bon métier
des drapiers, B., t. 9, p. 271, les textes suivants : c< livrea, poids
de 12 livres servant autrefois «l'unité pour vendre la laine » ; —
« les pessants condist livreaux... », 1627, i56G ; — « avoir poisé
26 livrars de laynes », i58o. — Pourquoi un poids de 12 livres
serait-il désigné par un diminutif de livre, et pourquoi ce dimi-
nutif serait-il au masculin? J'en conclus que livreaux, livrars,
et même livrea, sont des graphies maladroites et contradictoires,
qui interprètent un terme livré ou plutôt liverê, déforme de
livrerez = libraricius par superposition des deux r. Les
pesants livrés, comme on devait prononcer en 1027, sont les poids
métalliques qui comptent par livres, consistant en livres,
par opposition aux poids d'une horloge, d'un tourne-broche ;
puis livré a signifié tout seul cette espèce de poids, et enfin une
unité de poids.
lîverète, wallon, forme en bois pour mesurer le beurre en
livres, Gggg., II, 3o. — Inventaire de 17^8 de Mainvault (Ath),
comm, de M. J. Dewert. Liverète s'emploie encore aujourd'hui à
Ath dans le sens donné par Gggg. On dit même une liverète
de cerises, désignant une forme semblable à une liverète a beurre
retournée, et le contenu de cette livei'ète, les cerises elles-mêmes.
Comme liverète n'est pas une petite livre, j'y vois une déformât ion
de liverèce (au sens de forme livrerèee) analogue a celle de
escumerète, etc.
liveriche, anc. -wallon, d'une livre, consistant en une livre.
« .1. Michelo. boulanger, veut qu'on distribue aux pauvres a ses
anniversaires : decem panes seu miche in vulgari dicts miches
liveriches », i4i5 : Bormans, Documents divers dans B., t. 6,
p. io5. «Item, du pain de iiij. muis spelte en miche livriche »,
14
— 210 —
[132 : Bormans, ibid., p. no. « l'n muid de blé (lèvera donner
[20 miches liueriches », Chartes I, [i3, 3 : Semertier, Voc. des
boulangers, !>.. t. • >{. p. ^;4- •'<*' trouve encore liuriche dans une
ordonnance <lu Prince-Évêque de i-u relative à Verviers. 11
paraît résulter de ces textes que liveriche = liuerèche livre-
rèche. i" 11 y a eu dans ce mot superposition des deux r, phéno-
mène expliqué par M. Thomas, o. c, p. 69. 2° On trouve -icAe
pour -èche dans brasser i eh (Thomas, p. 9:3 et 74). peut-être
dans bourriche ; dans l'anglais (normand) butter i s (Thomas,
p. roi) : sont ce des restes de la l'orme à i long -arfcius? ou
tau t -il expliquer liveriche par allitération avec michel
lomberê, wallon Gggg., II, 35, écrit tomberai, griblette de
porc échinée. Semertier, Voc de la boucherie, B., t. 35, p. 61,
donne lombrai et longrai, avec le- même sens, et ajoute en note
cpie le mot se dit aussi d'un petit morceau de viande adhérent en
partie à l'épine dorsale du bœuf. Comme il ne s'agit pas de petits
lombes, on est, bien forcé d'interpréter par lomberez, morceau
ayant rapport aux lombes.
longuerèce, ane.-wall., terme d'extraction d'ardoises, est dans
Delmotte, Essai d'un gloss. wall., p. 4o5, v° longueresse, et dans
Littré. On taille dans la carrière d'ardoises des prismes rectan-
gulaires allongés; on débite ces masses par le clivage dans une
hutte en dehors de la mine. Ce sont ces masses prismatiques
allongées, avant, la mise en œuvre, qui s'appellent longnèrèces.
Le sens primitif doit être adjectival, comme pour panerèce :
r° relatif à ia longueur, 2° entaille on face dans le sens de la lon-
gueur, 3° bloc détaché en longueur. — Thomas ajoute que Mozin
connaît seulement longuesse (« partie de la carrière qu'un ouvrier
travaille »), ce qui nous fournit un mot en -itia du type paresse,
grossesse.
lozeré, wallon, cordonnet brodé au chef d'une étoffe pour l'em-
bellir, Martin Lejeune, Voc. de Vapprèteur en draps, B., 1. 4(>-
makerê. anc. -wallon. Instrument en forme de râteau avec lequel
on allonge le drap en le battant (muker . Bormans, Le bon métier
des drapiers, B., t. 9, p. 272, croit que ce uiot est le même que
makerê, sorcier, fr. maquereau. Partant de là, il s'évertue bien
inutilement a montrer que la sorcellerie consiste ici à tromper en
allongeant le drap indûment. On trouve macrea dans une charte
de r527, dont Bormans, o. C, p. l33 et 272, donne cette phrase :
« On ne peut dorénavant plus employer l'instrument appelé
macrea pour attacher la tète de l'étoffe à la wende ». — Le sens
— 211 —
primitif doit être : instrument pour maker. Il a sonné ensuite
comme un diminutif de makeû.
monterèce, anc.-wall.,dans xhalles montresses : «hereirs, mair-
nis, xhameaux de ehaer, xhalles montresses et xhalles d'aoust »
(i382), Remkr, Histoire du ban de Jalhay, II, p. 33. Le sens es1 :
échelles propres à monter, servant a monter, par opposition aux
échelles des charrettes ou î-idelles, etc.
moteret, anc. -franc., « aux motterets de la rivière» : mottes
ou monticules formés par érosion le long d'une rivière, Godefkoy.
Diminutif en -er-et ?
moudresse, gaumais, destiné a moudre ; dans « pierres mou-
dresses », 12J4, charte d'affranchissement de la communauté de
Limes (eomrn. de Gérou ville, arr. de Virton, prov. de Luxem-
bourg), dans Tandel, Connu, lux., t. [II, p. 178. Déformation de
m o ûd rerè c e .
moûnerê, walh, nom de la mésange à longue queue, Acredula
caudata L., Defrecheux, Voc. de la faune wall., v° masinfye,
(H., t, 25). Le sens premier est : relatif au meunier (suffixe
-aricius), ou : pet i t meunier (suffixe -ellus), parce que, comme
le meunier, cet oiseau a la tète et le haut du corps blancs. Le
synonyme moîïni milite en faveur d'un moûnerê diminutif.
mousseré, gaumais (Chiny, Etalle) ; moussiré, chestrolais,
Neufchàteau, Dasnoy; mosserê, ardennais, Laroche (mossê dans
le N.-E. wallon, mosset et mossîa à Xamur, Pirsoul; moussé,
mousset en rouchi). Si le namurois mosseria, que donne Defre-
cheux, est confirmé, il faut admettre un suffixe diminutif dans
mosserê. Sinon, il est permis de l'interpréter dans le sens primitif
de litière, tapis, etc.. formé de mousse, ou encore lieu abon-
dant en mousse. Je trouve en effet un lieu dit « pré le
mousseré » à Breuvanne, commune de Tintigny, prov. de Luxem-
bourg (Tandel, Comm. lux., t. III, p. 741): or ce nom ne peut
signifier « pré mousse », mais « pré bon pour produire de la
mousse, pré trop humide ».
muré ou muret, wall., giroflée de muraille, Cheiranthus
cheifi L —Variantes : Gggg., II, 148, donne pour le liég. et le nain.
muré, pour le rouchi muré. Sigart (Mons) a muret et meiiret.
Hécart (Pas-de-Calais) a muret. Lezaack (Spa) meuret. Syno-
nyme muralyer. Comme un diminutif muret ou muré signifierait
petit mur, je vois dans muret un primitif murerez, propre aux
murailles.
— 212 —
muserèce, wall. de NTeufchâteau, Dasnoy 42i> miserète, G<ua;.,
Il, i _>o, v" tnizuèle. Musaraigne. De mus, souris. Sens primitif :
animal des champs ressemblait a la souris.
nokerê. wall., r" broiissin, excroissance d'une plante ligneuse,
IIimui.i: ', 233, el Remacle -, II, 35o, v° nokrai; Gggg., II.
166. 2° nokerè, noukerê, pointe spéciale du clou de féru cheval,
TaiLLET, Toc. de lu j'nbric. des clous..., !>., t. 5o, p. 633. Le sens
primitif est : qui ressemble à un nœud, qui a dés analogies avec
un nœud.
[noyerèce Dr Cange a tiré d'un ancien glossaire latin-français
la phrase « natrix, noerresce, un serpent)». On doit évidem-
ment comprendre noerrese comme une traduction de natrix,
nageuse, donc comme le féminin en -esse de neor. nageur. Peut
être, comme nom de l'hydre ou d'un serpent d'eau, le mot est-il en
-erèce : serpent destiné à nager, capable de nager.]
panerèce, wallon, i" face de la brique destinée à l'extérieur du
mur. ("est le long côté par opposition an côté court, appelé
boutisse. Le pareils' (Fine briquetirèye sont fuites u boutisses et
panerèces, G. Halleux, Supplément nu doc. du briquetier (inédit).
2° pierre ou brique employée en parement, c'est-à-dire île façon
que son coté long soit dans le surface du mur, pour former le
pnn de la muraille. La boutisse est celle dont le coté court reste
visible. — Gggg., II, 190; Thomas, p. 91. — Ces mots paneresse
(avec ss) et boutisse sont français au sens 2; cependant le sens
primitif doit avoir été adjectival : face panerèce, face bou-
tisse; puis face a été sous-entendu; puis le nom a passé de la
face a la brique placée d'une certaine façon.
passerète, wall. chestrolais et gaumais, Dasnoy, Dict. wall.-
frunc.. p. 387, 145, ustensile pour [tasser, passoire. Il y a change-
ment de -èce en -ète ou formation analogique d'après cheumerète,
nord-wallon choumerèce, houmerèce, écumoire.
pateurr\ gaumais, Liégeois, Lex. gaiim., p. i55, rustre, homme
mal élevé. Le même a aussi pateureau, terrain inculte, prairie
sèche où l'on ne récolte pas de foin, et où l'on se contente; de
faire pâturer les betes. Ce dernier doit être un mot étranger";
sinon, le suffixe eau n'y existe qu'en apparence. Quant a pateuré,
j'y vois un primitif past(r) erez, relatif au pâtre.
* pescherez, anc -français. On trouve dans Dr C, Gloss. franc.,
p. 239, l'expression bat tel et pescheret, nacelle pour pécher.
A rapprocher de pesé h ère/,, oiseau qui pèche, donné par
Thomas, p. io5.
— 2l3 —
pèserê, wall., balance romaine, à Liers ; « balance américaine
servant à éprouver la force d'un ressort »>, Closskt, Voc. de
l'armurier, B.. t. 34, p. iii5. C'est donc un instrument qui, sans
ressembler à la balance, sert a peser. En liég. pèse, Forir, Hubkrt,
franc, peson.
pèterê, wallon, i" bâton ferré pour frapper (peter) sur la glace.
etc.; svn. de piquerê, ( rGGG, Il, 2i5. — -2° bâton garni d'une
pointe de fer et qui sert de canne aux paysans, Body, Voe. des
tonneliers, etc., p. 280. - 3° pèterê, gaumais, Virton, Mus:
putere. Tintigny, Liégeois, Lex. gaum.,\). 161 : puterè, chestro-
lais, Neuf château, Dasnoy, p. 3o, sorbier des oiseleurs, sorbus
aucuparia L. — M. Maury, de Chiny, me dit qu'on grille ce bois
pour en l'aire des manches d'outils, et qu'il pétille beaucoup
à cette opération. De là son nom. Le rouchi &pétriau, le cham-
penois pétreau, au sens de genévrier, parce que les branches de
genévrier pétillent beaucoup quand on les brûle. — 4° pèterê.
ardennais, Cherain, petite poire, ce que l'on appelle aussi pour
la même raison craqueté. — 5" nom de lieu à Sprimont : « item
demy journal ou environ d'orge niellé a petteray [= à pèterê] »,
1699. Œuvres de Sprimont, reg. 4^, fol. 7 v° (Connu, de M. Jean
Lejeune, de Jupille). — 6° pètrèles, Genappe, petites poires.
pommes, pommes de terre (comm. de M. J. Dew.ert).
pîcerê, wall.. traverse en bois qui porte les lames. Martin
Lejeune, \'oe. de Uapprêleur en draps, B., t. 4°. écrit piss'rai
comme pise perche, et différemment de picège pinçage. .J'en
conclus qu'il faut écrire pire perche, pîcerê petite perche.]
les piètresses, lieu dit à Jupille. Doit s'écrire piètrèces et
signifie : terres propres aux perdrix. M. Haust, qui me signale ce
mot, ajoute : « Dans mes notes sur la Toponymie de Jupille de
MM. Lejeune et Jacqueutotte, j'explique ce mot comme dérivé
de piètri à l'aide du suffixe -èsse, lat. -ici a. Je crois maintenant
que piètrèces est une simplification de piètrerèees. Comparez
bè près se ».
pincheriau, rouchi, picard, Vermesse, p. 386: pince de paveur,
ciseau de maçon pour couper les murailles. Faux diminutif,
semble-t-il, par substitution de suffixe.
[pinerèsse. anc.-wall., peigneuse. Privilège des drapiers
d'Ath, dans Bormaxs, Le bon métier des drapiers, B.. t. 9, p. 278,
v° peigne. En l'absence du texte de la charte, j'avais cru bon.
dans la première édition de ce travail, d'interpréter peigneuse
par instrument pour peigner la laine. M. J. Dewert, d'Ath, m'a
— 2l4 —
envoyé la phrase du texte, qui supprime toute équivoque : 14G1,
. Item el sour le fait des pineresses, garderesses et filler esses
d'icelle dicte ville...].
piquerê, wall., bâton pointu, propre à piquer. Spécialement:
i° les deux bâtons, ai'incs de pointes de 1er, dont les enfants se
servent pour faire avancer, leur traîneau. (Verviers, Jupille). —
20 aiguillon pour piquer les bœufs, Semertier, Voc. de la bou-
cherie, I»., t. 35, p. 78. - 3° pointe carrée, pliée d'équerre,
-rivant a élargir les trous, Jacquemin, Foc. du serrurier, B.,
t. 16, p. 207. - - 4° fyoUs piquerês, bâtons feuillus et ornés, de
processions et de fêtes. — 5° piquerê a bayonète, piquerê a
maclote, Lobet, 424- ~~ Faut-il comprendre : petite pique? ou
bâton dispose de façon à piquer (la glace, le bœuf, etc.) ou à être
piqué (en terre)? — On trouve dans la Flore de Rolland, I, p. 54,
le mot piquerau (-ot?) en Anjou et Poitou pour désigner le
ranuiiculiis arvensis L. — Comparez piqueret de Goi>., dont
l'exemple est « clans piquerês », clous, non pointus comme
traduit God., mais destinés à piquer.
planerê, wall., sîtèlle d'Europe, syn. grimpereau bleu, pic
bleu; nanmrois plaueria (?), d'après Defrecheux.
[piastre, wallon, pâtée, Gggg. II, 233. ("est un diminutif dont
la traduction par pâtée ne rend pas tout le pittoresque. D'abord
plâstrer et plàsse sont dits comiquement de la nourriture. Un
piastre est un bon petit papin qu'on se colle dans l'estomac!]
platrèce, Pirsoul, II, 149, outil pour étendre le plâtre.
Le mot doit être emprunté; sinon, il aurait la forme plausterèce.
Au reste, cette forme empruntée (au rouclii?) doit être elle-même
pour plâtrerèce, par superposition des deux re.
plazeré, gaumais : Buzenol, Sainte-Marie, i° petite place en
général, petit terrain bien plat : v'ia in vilatje qu'est bâti su in
bé plazeré. 2° pelouse devant la maison pour y étendre le linge au
soleil (mêle a la rive). 3° clairière. Le mot a mieux conservé que
le primitif place, lat. platea, le sens de terrain plat. Mais
est -il un diminutif, comme le sens 1 semble l'indiquer, ou un
1 ocu s ]> 1 a tear i ci us?
plènerèce, wallon, outil de tourneur servant à planer les
cylindres de laminoirs, planeuse. Jean Lejeune, Foc. du fabri-
cant de fonte, fer et acier, dans B., t. 43, p, 209.
plonkerê. wall., syn. plonkèt, plonkeû, pionkerou, grèbe casta-
gneux, Podiceps (Juviatilis minor Gm., plongeon de rivière.
Diminutif signifiant petit plongeur?]
— 2 in —
pokerê, wallon, orgelet : selon Hubert, Diet.. « poireau »,
e'est-à-dire verrue, Gggg., II, 242. Le sens premier doit être :
bouton ressemblant aux pokes ou pustules de la petite vérole.
Xi l'orgelet ui la verrue ne sont plus petits que les pokes de façon
à justifier un diminutif.
Porcheresse. commune de la prov. de Luxembourg, arrondisse-
ment <le Neufchâteau, Porcaritias en 902, puis Porcereclie
dans les actes romans: commune de la prov de Naniur, arrond.
de Dinant. 11 faudrait écrire Porclierèce, de porcaricia,
car il lie s'agit pas ici de pwatcherèsse, gardeuse de porcs, mais
d'Une place pour les pores, soit comme étable, soit pour la
glandée. Connue ce nom appartient à une quinzaine de lieux dits
et communes de France, d'après le relevé de M. Thomas, p. 92, je
pense qu'il s'agit plutôt d'un endroit coutumier où le porcher
d'un village menait jadis son troupeau de pores (sanre) à la
glandée.
pordjèterèce, wall., truelle destinée â gobeter ou rejointoyer
(porfyèter, litt1 pro-jeter), Pirsodl, II, 167. Rifyèterèce a le même
sens. Lobet, 449< définit ainsi : petite truelle qui n'est mise en
usage par le plafonneur que pour les ornements en relief, |par] le
maçon [que pour crépir. De plus, il appelle porfyètèdfe un crépi
laissant les pierres ou briques apparentes et ne couvrant que les
joints.
poterèce, rouchi. Vermesse, Dict. du patois de la Flandre
française ou wallonne, p. 4°4- fournit l'article : «Potresse,
potasse, terre à poterie». La première de ces formes, dont la
seconde n'est qu'une déformation, signifie évidemment, dans le
sens adjectival, propre à faire des pots; terre est sous-entendu.
purerèce, wallon, dans banse purerèce, manne ou panier d'osier
destiné à laisser égoutter les écorces qu'on retire des bassements
ou coûvelâs. Bormans, Le bon métier des tanneurs, v purresse,
p 382, 365, 870.
pwèterê. wallon. i° bâton destiné à porter deux seaux sur
l'épaule, palanche, Gggg., II, 241, v° poirter ; Body, Voc. des
tonneliers, etc., B., t. 10, p. 284, syu. coiibe. 20 pwèterê d! l'anseû,
traversier, bâton pour porter les cordes dans un métier de tisse-
rand. 3° pwèterê d' mèstî, i° bâton porte-lames, destiné â hausser
et baisser alternativement les lames du métier; 2*' cassin, châssis
situé au-dessus du métier â tisser, destiné à porter les poulies.
D'après Bormans. Le bon métier des drapiers..., dans B., t. 9,
p. 281. — 4° au plur., deux bâtons croisés derrière la nuque,
— 2l6 —
(lesi inés ;i porter un panier on quelque autre fardeau sur le dos. —
5" deux perches parallèles portées horizontalement par deux per-
sonnes, destinées à transporter connue sur un brancard, du
foin, etc., S. Kandaxiik, BD 1907, p. io5. — Le thème est verbal.
Un diminutif en -ellum n'aurait aucune raison d'être.
qwârerèce, wallon, dans hèpe qwârerèce, hache destinée à
qwârer (équarrir), A. Body, Voc. des charrons, etc., dans B., t. 8,
p. 93-
rac'têrèce, wallon nain mois, Pirsoul, II, i85 : « chaîne que
Ton attache au timon d'un chariot ». Le sens générique est :
chaîne destinée à retenir; je n'ai pu préciser la définition insuffi-
sante de Pirsoul.
rafilerèce, wallon, pierre de rémouleur, pour affiler les tran-
chants, Body, Voc. des charrons, etc., B., t. 8, p. m, et Voc. des
tonneliers, etc., B., t. 10, p. 287.
recevrèce. nom d'un édicule du xve siècle bâti à côté de la
remarquable église gothique d'Avioth, près de Montmédy. Cette
chapelle détachée servait à recevoir les offrandes apportées
par les paroisses voisines le jour de la décollation de saint Jean-
Baptiste. LTn fac-similé de ce curieux monument se trouve au
musée rétrospectif du Trocadéro. Viollet-le-Duc .lui a consacré
une monographie dans son dictionnaire d'architecture. Une étude
complète sur l'église d'Avioth a paru dans le Bulletin de l'Institut
archéologique aVArlon. Enfin Jean d'Ardenne la décrit dans son
guide du touriste Y Ardenne, t. I, p. 278-276, édition de igo3.
rejoindrèce, montois, varlope, long- rabot, Delmôtte, Essai
d'un gloss. wall., p. 58g.
rèperèce, wallon, sarcloir, nom que prend la bouterèce à
Lineent lez-Hannut. Dérivé de rèper, franc, riper, gratter.
ricèperèce, wallon; ruciperèce, gaumais, Liégeois, Compl.,
p. n5; grande scie pour ricèper, c'est-à-dire pour scier transver-
salement un tronc d'arbre, Gggg., II, 3i4- S'appelle aussi fier
a r'ccpc, ricèpe, ricèpeù. côperèce, Pirsoul, II, 207 : Body, Voc. des
(haïrons, etc., B.. t. 8, p. 119.
ricranerèce, wallon, espèce de scie destinée à ricraner, c'est-
à-dire à scier suivant une ligne courbe. Elle sert surtout dans la
préparation des bois de fusil, GGGG., II, 3()2 ; THOMAS, 107 et 109.
— Cf. crèneri ■ce.
ridjèterèce. wallon, petite truelle pour rifyèter (récrépir),
Gggg., IL 307, d'après Lobet, 489* qui ajoute : truelle qui n'est
- 2I7 —
mise en usage que pour de menus ouvrages de maçons, de pla-
fonneurs. Cf. porfyèterèce.
rifenderèce, liég., dans sôye rifinderèce, Mathelot, ]'<>e. de
l'artisan maçon, B., t. n, p. 124; re/endrèce, rouchi, a scie à
scier de long » : Delmotte, Essai d'un gloss. wallon (montois),
p. 58;.
rilîverèce, liég., verv.; reléverèce, rouchi, garde de couches,
Gggg., II, 3og. — Cf. lèverez.
riparerèce, wallon namurois, outil pour recrépir, riparer,
Gggg. II, 3 12 ; Pirsoul, II, 220; Thomas, 109. Gggg. a en outre
un article réparerèce, namurois, à qui il donne, comme premier
sens, le sens précédent, comme second sens : partie de la machine
appelée brôye, qui sert à élever les bois, La brôye est un
élévateur à levier. Que faut-il penser de ces deux formes? Le
Namurois Pirsoul, faisant un dictionnaire namurois, s'est contenté,
comme il lui arrive souvent, d'enregistrer les notes du Liégeois
Grandgagnage sous le titre ripar'resse.
ripasserèce, wallon, carde 1res fine pour « repasser» la laine
déjà cardée, Bormans, Gloss. du métier des drapiers, B., t. 9,
p. 283.
sabouré, picard, Vermesse, 453; sable grossier, sable à écurer.
Je conjecture sablerez avec le sens de : gravier ressemblant à
du sable.
[samerèsse, wallon liég., cigale à l'écume (saine), sauterelle
enveloppée d'une sorte d'écume, Gggg., II, 338. Sans doute il
faut ici comprendre que cette cigale fabrique son écume, elle fait
l'action : le mot est en -erèsse.]
1. sèmerèce, (aussi sèm-, sinm-), pierre à aiguiser. Gggg..
II, 355, v'sème; Thomas, p. no.
2. sèmerèce, wallon, dans banse sèmerèce, manne destinée à
recevoir les graines à semer, plus simplement manne ou panier
pour semer. Body. Vocab. des tonneliers, etc., B., t. 10, p. 294,
l'appelle aussi sèmeu panier en paille à forme évasée et anse).
Je ne doute pas, cependant, que sèmerèce ne soit formé avec le
suffixe -aricius : les mots en -erèsse ne restent pas accompa-
gnés de leur substantif.
septembreche, adj., Godefroy, forme picarde. (Notre Dame)
de septembre. C'est la fête de la Nativité de S.-D.. qui se célèbre
le 8 septembre.
sîzerèsse, sîzènerèsse, sîzerète, wall., var. sîzeû, sizète, col-
chique d'automne. Fleur relative aux sizes, lougues soirées d'au-
— 2l8 -
fcomne, c'ést-à-dire apparaissanl avec elles? ou fleur veillons»1.
comme l'indiquerait son nom wallon de sizeû;. veilleur, e1 son
nom français de veilleuse?
i. soperèce, wallon. Dasnoy, p. 85, écrit sous-presse (!) et
définit « lisoir, pièce de bois qui recouvre l'essieu de derrière et
dans laquelle sont implantés les moulons (bras) ». Bokmans, Voc.
des houilleurs lié g , p. 239, écrit : « sopressex s. f., (hors d'usage),
pièce de bois taisant partie d'un herna a fy'vâ, dans laquelle est
fixée la pêlète ou le bousson jpivotj de l'arbre qui tourne ».
Enfin G<;<;<;., II. ,'>7:ï, donne le mot comme usité en Condroz avec
cette définition : « partie d'un chariot, pièce de bois transversale
sur laquelle repose et pivote le hamè ». Body, Voc. des agric,
B., t. 20, p. 181, reprend le mot comme existant en Ardenne et
reproduit la définition de Gggg.
-2. soperèce, namurois, ardennais. Le sens de levain que
donne Gggg. est erroné; celui que donne Pirsoul : « action de
préparer la pâte pour faire le pain, puis de la laisser [action de
laisser!) lever » ne convient pas à un substantif. On dit fé
soperèce, préparer la pâte, à Namur, à Sprimont : c'est une défor-
mation de fé s' soperèce, car à Laroche on dit tji m' va fé
m' soperèce. La soperèce n'est pas la levure, ni le levain; c'est la
première pâte résultant du levain dilué dans de l'eau tiède avec
un peu de farine. On laisse lever cette base de la pâte avant de
la mêler à la masse de farine à pétrir.
sotcherî, Montbéliard, Contejean, la sarriette, = sécherez,
herbe pour sécher (sotchi).
[spiterê, wall., saumoneau à l'âge de spiter, propre â spiter.
Ce verbe, qui signifie au sens propre éclabousser, jaillir, est
pris ici, comme dans l'adjectif spitant, au sens de faire des mou-
vements vifs, des sauts et des bonds. — Gggg , II, 388.]
spouseroû, anneau de mariage, Faymonville, dans J. Bastin,
\'oc. de Faym , p. 59. Nous avons affaire à un *espouserez,
destiné à épouser, qui. à l'époque de la désorganisation de -erez
est devenu sposereul- en français, spouseroû en Wallonie prus-
sienne. On trouvera peut-être ailleurs sposeré. sposerè mieux
conservé.
stèssinerèce, wall., cuiller pour èstèssiner (arroser un rôti à la
broche , Gggg., II, 099. De èstèssiner ou tèssiner, que Gggg., I,
196, donne sans étymologie.
[tastrê, wall. de Malmedy. Yillers. Extraits de Gggg. dans
— 219 -
B., t. 6, p. 87, donne « tastrai, solive, soliveau ». C'est un dimi-
nutif de tastre, poutre, dont Goi>. donne deux exemples.]
tchak'terèce, wall.; i° pierre plate servant à une espèce de
jeu de billes. Djouwer al tchak'terèce, c'est jouer à retourner, avec
une bille qu'où laisse tomber d'une certaine hauteur, des pièces
de monnaie mises à plat sur une pierre. Littéralement : pierre
propre à tchak'ter. Le verbe signifie produire des bruits, des
tchak, en heurtant la pièce avec la bille. Voy. Delaite, Glossaire
des jeux wallons de Liège, dans B.. t. 27, p. 142. — 20 filet pour
pécher au choc pour tchak'ter, A. Jacquemin, Voc. du pécheur,
B., t. 29, p 253. Le sens donné dans BD 1909, p. 28, s'éloigne
beaucoup de celui-là : pèchi al tchak'terèce signifierait, à Andenne,
pêcher avec un poisson d'étain ou de plomb comme amorce. On
agite ce faux poisson, qui tchik'tèye, c'est-à-dire qui avance par
tchikèts, par courtes étapes. Ce rapprochement de mots rend
louche la définition elle-même. - 3° Au contraire, tchak'terèsse,
grive qui t'ait tchak-tchak, semble bien être d'un adjectif en
-eresse.
tchanteryè, gaumais de Virton; tchanteré, gaumais du nord;
tchanterè, chestrolais : i° grillon, Maus. Dict. (manuscrit) ;
Liégeois, Lexique g-aum., p. ni; Dasnoy, p. 275. 20 tchanterè
dès bruyères, alouette pipi, Dasnoy, p. 372. — Est-ce un vrai
diminutif de chanteur, ou un faux diminutif, produit par
méprise de suffixe, comme doit l'être l'anc. -franc, chanterel,
livre d'église, qui n'est ni un petit chanteur, ni un chanteur,
mais un livre chanterez- '( Le président de Brosses dit encore
adjectivement des alouettes chanterelles (voy. Dict. gén.,
sub v°).
[tchapitre gaumais, salle en avant de la tour à l'église parois-
siale de Jamoigne (Luxembourg méridional). Comm. manuscrite
de M. L. Roger. Il existe un chapitre au en dialecte normand
(cf. Goi)., v° c ha pi tel) qui signifie auvent, porche d'église.]
tchèdjerèçe, wallon, « fourche à manche long, plus gros, à
dents plus larges que la fotche d'awous' ». BI) 1907, p. 37. Elle
est à deux dents et sert à enfourcher et à charger le foin.
tinderê, wall., défini par Bormans, Voc. des bouilleurs liégeois,
B., t. VI, 2e partie, 1862 : « pièce de bois que l'on chasse entre
deux autres pour maintenir celles-ci en place. De fini (tenir) ».
Je crois plutôt que ce mot vient de tinde (tendre), car le d ne
s'explique point par le verbe Uni ou tinre, et qu'il faut y voir
une simplification d'un tindreré, pièce pour tendre.
— 220 —
tonderèce, wall. de Clermont-Thiniister, dans hèpe tôderèce,
serpe destinée à tondre les liaies, c.-à-d. à couper les grandes
branches qui dépassent, la cognée étant réservée pour les tiges
el les arbres, s. Randaxiie, dans BD 1907, p. 19.
toûnerèce, wallon, dans pire toùnerèce, meule de moulin, meule
a aiguiser ; proprement : pierre taillée et disposée de façon à
tourner.
truicerèce, anc. -franc., dans << plaie truieeresse »; adj. que
GrODEFROY traduit par perforante Le thème est un dérivé
de *traucum, trou. Le sens est : propre ou destiné à perforer.
Vacherèce, 1. d. du Luxembourg méridional: voy. Faverèce.
|vanterê, wallon, vantard, Gggg., Il, 4^°- Groi). a un ex. où
ventereaulx rime avec trompereaulx : ee sont des dimi-
nutifs de trompeur et v auteur.]
« vantresse », anc.-frane., Goi>.; eensive de vingt deniers pour
livre. Le mot est tiré des Archives du Loiret. Il s'agit d'une
eensive vinterèce, à vingt deniers.
venteresse, ane. wallon. Mon ami Lin. Fairon, des Archives de
Liège, me communique ee mot avec le texte suivant : Pacquea le
meunier cède à Pirotte le Rossea et Gabriel Delbrouek la (( thour
délie follerie » à Sauheid et une place alentour... « pour y faire par
les dits prendeurs ung fornea pour fondre le fer on aultrement
en uzer à leur volunté, ensemble eulx aissesier (s'a/ies.sz) derivaige
joindant à l'eawe, ossy avant que ledit Paequea, pour charger et
desehargier densrées et marchandises au deseur des venteresses
et uzine... ». Document sur parchemin émané des Lehevins de
Liège, de l'an i56*2. Le mot est évidemment de même racine que
ventail, w. uinta. Le texte montre qu'il s'agit d'une digue ou
vanne munie d'un ventail pour mesurer l'écoulement de l'eau.
? vèterê, wall. ardennais de Marche, loggia. Comm. manus-
crite de M. Louis Bragard, qui écrit uetetrai. .Je conjecture un
* vertariei us. destiné à tourner. Comparez à vèrtîre, porte de
fenil (pii peut faire un demi-tour complet, le gond étant à l'exté-
rieur (Manhay, comm. de M. A. Gilkinet). S'agit-il bien d'une
loggia, chose toute moderne en notre pays, ou d'une vitrine
mobile V
voiturais, ane. -franc., dans " porte voituraise » donné par
Godefroy; destiné aux voitures. Semble bien être un voiturerèce
méconnu.
^wauferê, gauferais en ane. rouehi de Tournai, (fer) qui sert
a faire des gaufres. Sept ex. de Godefroy, v" waufret, sont
— 221
de la région tournaisienne. Il y a donc un waufcrè à rechercher
dans cette région de la Belgique romane. Voyez fererez, même
signification. Cf. Thomas, p. 69.
3 JLe préfixe be-
Le préfixe latin bis- (deux fois) a passé en roman sous les
formes bes-, ber-, bar-. Actuellement il est représenté en français
par bes-, ber-, bre-. be-, &'; par bis- dans des mots de création
savante on en vertu d'une réaction étymologique. Presque toutes
ces formes se retrouvent en wallon, par exemple dans bublou,
hafyowe, balancî et birlanci, birlance, barlafe, barloque et bir-
loqiié,barloquer ; bèrôler, bèroter, bertauder, berwète, berlanguer,
bèsèce, bisègue, birouler, birlôzer, birouche. Aussi ce n'est pas
sur la question phonétique, cette fois, que nous voudrions attirer
l'attention, c'est sur la façon dont l'évolution de sens a été
présentée.
Grandgagnage, a la suite de Die/. (l), pose à la base la signifi-
cation de de travers, en biais. Darmesteter, dans le Traité qui
accompagne le Dict. gén. (2), s'exprime ainsi : « L'idée de dualité
amenant à celle de séparation, de déchirement et, par suite,
à celle de peine et de mal, bis- a une valeur péjorative dans... ».
L'évolution de sens, en cas d'aboutissement à une valeur péjo-
rative, serait donc : i° dualité, 20 séparation et déchirement,
3° peine et mal, 4° mauvais état.
Nous ne croyons ni à l'idée première d'obliquité de Diez, ni à
l'idée de séparation et de peine de Darmesteter.
Le sens péjoratif, à notre avis, est amené beaucoup plus facile-
ment. Il provient de mots comme bévue, berlue, barlong-. Ce qui
est double, quand il doit être simple, est mauvais. Ainsi la pre-
mière qualité d'une bonne vue est l'unité de vision : celui qui
voit deux tableaux, deux images dont les traits ne se superposent
pas à cause de l'asymétrie de ses yeux, celui-là est afflig'é d'une
espèce particulière de mauvaise vue, qu'on ne pouvait mieux
dénommer que bes-vue, ber-lue. Un manteau qui est de deux
longueurs différentes, plus long d'un côté que de l'autre, n'est
(1) Diez, Gramm., II, p. 4o3 et Dict. étym., s0 bis. — GGGG, Dict. étym..
y" barlafe. barloker.
(2) P. 82, auS 196. n° 5.
— 222 —
guère «'on forme à L'esthétique du vêtement, et c'est ainsi que le
français bar-long devienl attributif péjoratif quand il s'agit d'un
manteau.
Le sens péjoratif ne se produit que dans les cas où la dualité
signifiée par le préfixe est mauvaise. Dans les autres cas, be et ses
variantes peuvent avoir un sens fréquentatif : bèrôler, bèroter,
birouler (bis-rotulare) ; ou marquer un mouvement de droit»; à
gauche et de gauche à droite : balance, balancer, balanci, bir-
lance, birlancer. Mais, si ce qui balance ne doit pas balancer, ou
le fait sottement et avec ostentation, de nouveau l'idée péjorative
apparaît, birloque, bêrloqne, barloquer, bien qu'elle ne soit pas
inhérente au sens du suffixe.
4 L,e prétendu préfixe péjoratif ca- en français
et en wallon.
Dans son ouvrage sur les Mots composés, p. 112, Darmesteter
disait : « La particule ca- doit être d'origine germanique ou
Scandinave, ou, ce qui est moins vraisemblable, basque ». Il a
renoncé à cette opinion romantique dans le Dictionnaire général
et dans son Cours de grammaire historique, III, p. 29. En
effet le Traité de la formation de la langue française, qui sert
d'atrium au Dictionnaire général de Hatzfeld- Darmesteter-
Thomas, dit au ^ 196, 6, p. 82, que ca-, cal-, cali-, coli-, chari-
sont différentes formes d'un suffixe d'origine obscure et propres
au français et au provençal ; que ce suffixe a en général une
valeur péjorative. On y cite cabosser, calembour, calembredaine,
califourchon, camouflet, charivari, colimaçon. Dans les Mots
composés, il citait en outre calorgne, caborgne, caliborgne,
caloure, calouche. Enfin le Cours de grammaire historique con-
sacre à ca- un paragraphe qui contient sans doute l'opinion
dernière de Darmesteter et qui mérite d'être cité en entier :
((. Cal, particule d'origine inconnue qui se présente encore sous
les formes cal. car, chai, char, gai, gar, — cali, gali, chali, chari,
— ca, ga, cha.
« Elle a une valeur péjorative et forme un certain nombre de
composés d'un caractère populaire d'après le type 20 a (') :
califourchon ; calorgne (caborgne, caliborgne, caliborgnon.
Lequel est décrit S mji : « La particule est adverbe et produit un
juxtaposé : bienheureux . déloyal, mésaventure, non-sens ».
— 223 —
caloure, calouche « louche, myope ») ; ralimande (espèce de
limande); colimaçon (anc. calimaçon); cabosser (= déformer en
bossoyant); charivari (vari signifie ((tumulte»); calembredaine
(dans certains dialectes calembour daine, où bourdaine est un
dérivé de bourde); calembour masculin du précédent ; galimatias
(forme corrompue de l'ancien mot galimafrêe « ramassis de
viande, plat grotesque », dont elle a le sens figuré « ramassis de
sottises, discours incohérent »), etc. »
L'auteur donc ne part point de ca-, mais de cal-; il se contente
de noter le sens péjoratif, comme Diez et Littré l'avaient noté,
sans pouvoir dire s'il est primitif ou s'il s'est développé postérieu-
rement; non seulement il supprime les conjectures étymologiques,
niais il va jusqu'à l'affirmation que ce préfixe est propre au
français et au provençal. Bref, l'article est rédigé avec une
extrême prudence. En faisant table rase de toutes ses conjectures
antérieures, l'auteur montrait qu'il n'avait plus confiance en elles,
mais aucune conjecture nouvelle, aucun essai de démonstration
n'est venu les remplacer.
Nous voudrions nous servir des dialectes du Nord, du picard et
du wallon, pour tenter de résoudre ce mystérieux préfixe, le seul
de la langue courante que les romanistes n'aient pas réussi à
élucider.
Mais par où commencer l'étude d'un préfixe qui se présente
sous des formes aussi variées qu'énigmatiques? Sait-on môme s'il
y a là un préfixe ou plusieurs? Les philologues ont tiré sans
doute le sentiment de cette unité de doublets comme caborgne,
ealiborgne, mais cette unité reste a prouver sérieusement. D'ail-
leurs, qu'on ait affaire a un préfixe unique en plusieurs formes
ou à plusieurs préfixes indépendants, il n'y a pas de différence
au point de vue de la méthode : il faut instituer les mêmes compa-
raisons. Etudier ca- isolément serait se condamner d'avance à ne
pas aboutir. Il faut, sur des listes copieuses, observer les mots a
variantes, les comparer, tenter la résolution des formes dissylla-
biques du préfixe avant d'arriver à ca- lui-même; car il y a plus
de chance de découvrir quelque chose si on s'attaque aux formes
les plus complètes. Même parmi ces mots en eali-, coli-, chari-,
cal-, etc., il y a encore une sélection à faire: il sera bon de choisir
ceux dont le second terme est reconnaissable, afin d'opérer sur
une inconnue au lieu de deux.
Ces listes préalables, nous ne les consignons pas ici, pour éviter
des répétitions. Elles trouveront place ailleurs et sous forme de
— 224 —
lexique : nous ne mettons ici que ce qui est strictement nécessaire
à la démonstration.
Notre premier effort doit donc consister à prouver l'équivalence
on l'identité de toutes les variantes données du préfixe. On y
arrivera en comparant des variantes dialectales qui soient mani-
festement de même racine et de même sens. Ainsi : i° le wallon
dfoli, bigarré, vair, tacheté, bariolé, de couleur pie, nous fournit
à l'évidence la racine de catyolé (usité à Chiny), de carfyolé
(Virton), de crafyolcye, (vache) bigarrée noire et blanche. Voilà
doue car-, cra- et ca- attachés à la même racine sans différence
appréciable de sens. Résistons au désir d'attribuer cette variété a
une intrusion, compliquée de métathèse, de r. Attendons plutôt les
suggestions de nouveaux exemples.
2° En face de fougni, fouir et fougnis ', fouillis que le sanglier
ou le porc font en fouissant, il existe des composés cafougm,
liég., nain., cafougner, ard., chiffonner, crafougner, racrafou-
gner et racrafougneter, ard., même signification. Cet ensemble
de formes nous permet d'isoler et de considérer comme pratique-
ment synonymes les préfixes ca-, cra- et même racra-.
3° On retrouve la même alternance de préfixes dans le gaumais
carabossi, bossuer (Virton, Maus), à côté de l'adjectif cabossi
(Virton), bossue, et du substantif crabosse, variante carabosse,
état d'être courbé, travail qui exige cette disposition du corps. En
français, Carabosse est le nom d'une vieille fée méchante et
contrefaite.
4U L'escargot, qui est appelé à Liège caracole, est à Chiny
nommé carcole, à Nivelles caricole, en picard carcaillou, en
berrichon carcalou.
5° Au français caramboler correspond en wallon verviétois
caraboler (Lobet); et, d'autre part, j'ai entendu à Dison (lez
Verviers) l'expression lu caribolètye dès navètes, le jeu, le va-et-
vient, le virement des navettes.
6° L'équivalence de cari- et tara- est fournie par les formes
herviennes caribôdias et caraboutchas (épaississement d'une
variante caraboudias), par carimatyôyes et earamatjoyes que
M. Haust a étudiées (dans les Mélanges Kurth, II, p. 3i6).
7° Mais la plus belle série, au point de vue de la variété des
formes est celle de carmoussi, fureter (liég., verv.,) qui nous
fournit : a) le simple ca- dans le rouchi cainousseaii, le gaumais
camussète, le picard eamuche, le verviétois camoiisscr, le namu-
rois camoussi, eamoussafye ; b) la forme car- dans le wallon
— 223
carmousser ou carmoussî, carmoùsse, carmoussètye, carmoussète,
Le picard carmuchote; c) la l'orme ra/- dans le wallon calmousser
ou calmoussi, calmousse, calmoussète, calmoussète, calmousse-
rèye, le chestrolais se calmusser ; d) cas- dans casmoussî que
donne Grandgagnage, i, 98, casmoussèfye, que donnent Grand-
gagnage, ibid., et le journal liégeois te Mestré, n° 49, p. 2; e) enfin,
exceptionnellement, caA- dans cakmoussèfye, variante fournie par
Hubert, p. 121.
Arrêtons ici cette énumération de variantes pour tirer nos pre-
mières conclusions.
i° Conclusion relative à cari-, citru-.
Du simple moussî, en français musser, on peut former les
composés anwussi, entrer chez quelqu'un en se unissant, ramoussi,
rentrer en se mussant, en gaumais ramuchîr, rôder sournoise-
ment, où le préfixe va- est compose de re -f ad, comme en français
dans ramener, rafraîchir, rafistoler. Or, le préfixe latin
re-, sans ad-, donne seulement ri-, ru-, exemples: rimoussî, usité
dans le sens particulier de rhabiller; ripwèrter, qui diffère de
rapwèrter comme le français reporter diffère de rapporter.
Souvent, il est vrai, on ne perçoit point de différence appréciable
de sens entre ra- et /•/-. 11 nous semble donc logique d'admettre
que cari- et cura-, pratiquement synonymes, diffèrent étymologi-
quement comme ri- et ra-
il0 Conclusion relative, a cari-, car-.
Le préfixe ri- se réduit à r quand le mot précédent se termine
par un son voyelle sur lequel r' peut s'appuyer. On dira po-l
rimoussî, mais po r'moussi. Il nous semble donc logique de croire
ipie la variante car- vient, non de cara- par suppression insolite
de a, mais de cari- susceptible d'être simplifié en car.
3° Conclusion relative à car-, cra-.
D'où viendrait alors la variante cra-'t Elle doit être composée
de la même façon. Nous n'acceptons pas l'hypothèse d'une méta-
thèse de r. Si car- vient de cari-, cra- doit venir de kira-, et le
préfixe ki- n'est pas à chercher bien loin : c'est simplement le
préfixe latin co- qui devient co- en namnrois, ki- en liégeois,
eu- en verviétois, etc., et qui peut s'abréger en A-' si le mot précè-
dent se termine par une voyelle : po-l kitoûrner, po k'toûrner.
Si le même mot passait par toute la série de ces préfixes a-, ri-,
r\ ra-, cara-, cari-, car', kira-, kiri-, c'ra-, le phénomène éclate-
rait à tous les yeux. Mais il n'en est pas ainsi. Mouwer ne donne
que rimouwer, r'mouwer et kir'mouwer, (uèl cur'mouwéz né
i5
— 226 —
tant, Verviers). On trouve les verbes moussî, amoussî, ramoussî,
rumoussî, car* moussî, mais point caramoussî ni c'ramoussî. 11 a
donc fallu établir des comparaisons partielles, en sériant les
phénomènes. Néanmoins les conclusions prée (lentes apparaissent
tellement simples en leur symétrie, si exemptes de complications
et d'accidents phonétiques, qu'on s'étonne de ne les avoir vues
formuler nulle part.
4° Conclusions relatives aux autres variantes.
Les autres variantes sont rares et sonnent comme des déforma-
tions. Ici les accidents phonétiques entrent en scène. Caram- de
carambole a sa voyelle nasalisée; cal- vient de car- par permu-
tation de liquide ('); de même pour cali- qui vient de envi-; cak'-
et peut-être caïf- sont de vraies corruptions de car-; cas'- pour car1-
est analogue à bes-jber-, bis-jbir-. sauf que la permutation s'est
faite a l'inverse. Nous n'avons pas épuisé le nombre de ces chan-
gements : que l'on compare le wallon calfurti avec le français
galef retier, le wallon caspoye avec le bressan garbouye, le
wallon crabouyî et grabouyî; mais il vaut mieux renvoyer au
lexique tout ce qui n'est pas nécessaire à la démonstration.
5° Il y a, dans cette analyse, quelque chose que nous n'avons
pas encore atteint : c'est ca- lui-même.
11 existe sur ca- une opinion devenue classique, tellement ancrée
qu'on préférerait, je crois, lui donner à priori une origine celtique,
ou basque, ou Scandinave, que de renoncer à l'essence péjorative
de ca-. Essayons d'examiner ce point capital sans préjugé.
Une première observation s'impose. Que le préfixe ca- vienne
du Nord ou du Midi, s'il est aussi ancien qu'on le croit, s'il a
existé dans le Nord au moment où la syllabe initiale ca- se pala-
talisait dans le Nord, il a dû devenir: en français cbe- ou eba-,
comme dans chemise, chemin, chêne, cherté, cheval,
chef, cheveu, charité; en picard et notamment dans le patois
rouchi du Ilainaut ke-, k' ou ca-, comme dans kemiche, kemin,
kêne, kèrté, kevau, keveu, cacher (chasser), caine (chaîne), caleur,
(chaleur), calit (châlit), cambre (chambre), camoussé (moisi), can~
chon (chanson), candeler (chandelier), candèle (chandelle), canger
(changer), cantiau (chanteau), capèle (chapelle), capiau, (chapeau),
car (char), cat (chat), etc.; en wallon tchè-, tchi-, tchu-. Or le ca-
préfixe péjoratif n'est pas devenu palatal en wallon comme le ca-
des mots précédents. Les exemples caboùre, cabolèye, cadjolé,
1 ) Permutation inverse dans le namurois carculer, carcul, curculeû.
— 227 —
enfourner, capôtier, capére, capîche, cafouyi, camousser l'in-
diquent suffisamment. Donc le ca- préfixe est postérieur à la
période de palatalisation.
Mais comment un préfixe postérieur à cette ère de transforma-
tion, c'est-à-dire passablement récent, nous serait-il venu d'une
langue étrangère sans qu'on en eût pu contrôler la provenance?
Pareille intrusion n'aurait pu rester mystérieuse.
Donc ca- ne vient pas de l'extérieur. Il s'est formé à l'intérieur
du roman, par quelque déformation de ce qui existait avant lui ;
il n'est pas primit if.
A la vérité, ce ca- ne peut pas être très postérieur à la transfor-
mation de ca- en che-. Nous en trouvons la preuve dans l'exemple
camoissié, couvert de plaies (picard, Corblet) et camoisi, moisi
(picard, Corblet), qui est en rouchi camoussé, gravé de la petite
vérole, moisi (Vermesse); ce mot reste bien camoussé en gaumais,
mais il devient tchamossî, tchamossé en wallon. Si on accepte
que ce verbe est décomposable en ca- plus une l'orme identique au
français moisir, nous avons là un bel exemple de ca- existant à
l'époque du changement susdit, mais sans doute assez tard et sur
la fin du phénomène, puisque la transformation n'est pas générale
et que le gaumais es1 en désaccord avec le wallon. Cet exemple
n'infirme donc pas notre observation, il la conditionne : il nous
avertit que la production de ca- préfixe ne peut être assignée
pour tous les mots à la même date et qu'il y a des avant-coureurs,
comme camoussé-ichamossî, et des formations postérieures.
Si ca- n'est pas emprunte a l'étranger, s'il dérive d'autre chose
préexistant sur place, il ne doit pas être très difficile de déter-
miner son origine. Ce n'est pas le c, vraisemblablement, qui a
subi la déformation, ce doit être la voyelle. (Quelle était la voyelle
primitive? Puisque c devant e,i devient sifflant, la voyelle primi-
tive ne peut être que o ou u. Une seconde élimination viendra
compléter la première : eu n'existant pas comme préfixe, il est
naturel de se rabattre sur le préfixe co- bien connu et immensé-
ment répandu.
Voilà où l'observation et le raisonnement nous amènent. Il
reste à étudier les faits non examinés jusqu'ici, à vérifier par des
expériences multiples cette première proposition. Si la thèse se
confirme, il y aura lieu en outre de rechercher la cause ou les
causes du changement constaté.
Soutenir que le préfixe ca- vient de co-, c'est s'astreindre à
étudier d'abord les destinées de co- dans nos dialectes du Nord.
— 228 —
Les desl inées du latin co-.
Dans l'Est-wallon, co- devient ki- en liégeois el en ardennais,
cil en verviétois, cœ dans la Wallonie prussienne, mais il est co-
en namurois, cou- en roucbi et en gaumais. 11 y a exception a
cette règle : i° lorsque co- ne sonnait plus en roman comme pré-
fixe, ainsi dans coslcùrc (eosiitura, couture), costri (couturière,
namurois; ardennais constîre, verviétois costi), coster (coûter),
cos' (coût), costinfye (coût); 2° lorsque les mots sont empruntés au
français, que l'emprunl soit ancien ou récent. 11 est ancien dans
aconqwèster, consî (conseiller), consieû (conseilleur), acoustii-
mance, comugnî (communier), confyi (congé), com'sèfyî (com-
messagier), com'siè/jes (coin-messages, coumèssèfye dans Gggg.,
Il, XVI), convoyé (fém., convoi), compère, comére, etc. 11 est plus
récent dans comprimle, compter, corompe, constant, complaire,
condition, concubinètje, conoeni, corèhfi (corriger), etc. ; 3" Il
arrive que les deux formes existent côte à côte, mais venues évi-
demment par des voies différentes et avec des sens différents,
kirompe et kirompi, participe kirompou, crompou. a le sens de
« briser en plusieurs endroits, émier », mais corompe, corompou,
du français corrompre, corrompu, conserve la même signifi-
cation qu'en français. De même kisinti, kibate n'ont certainement
pas le même sens que consinti, combale, qui sont chez nous des
néologismes, des emprunts nécessités par l'élargissement des
idées et de la mentalité wallonnes. A part ces exceptions, le pré-
fixe co-, malgré sa voyelle plus sonore, a rejoint dans tout le
Nord-est wallon les deux autres préfixes latins re- et (te-.
Mais quand nous assimilons, au point de vue étymologique, co-
el eu-, en tout ou en partie, nous ne prétendons point que la forme
ca- soit sortie des formes actuelles ki-, eu-, cœ- : il est bien évident
que c'est de la forme co- (pie doit provenir ca-, si telle est son
origine; que le Nord-est wallon a employé co- avant de l'atténuer
en ki-, eu-, C0&-. Le liégeois pourrait fournir au besoin telle forme
attardée où eo- est resté, par exemple le mot comineye qu'emploie
Simonon, mot qui ne peut être emprunté au namurois, puisque le
namurois dirait comwinrnéc.
Phonétiquement, ca- pour co- a la syllabe initiale n'est pas un
phénomène extraordinaire. Le latin avait déjà une tendance à
-nli-t il 11er a a une aut re voyelle a l'initiale : c a 1 i c e m correspond
au grec v.jLv/.-j.. Mais les langues romanes et les dialectes en offrent
de nombreux exemples. Le français eagouillc (volute au liant
de l'éperon des grands navires) est emprunté de l'espagnol
— 229 —
cogollo (volute du chapiteau corinthien), qui est le latin cucul-
lus, capuchon. Le français cagoule est une forme méridionale
issue du féminin cuculla. Le français calandre vient du grec
xûXivopov par le latin c u 1 i n d r uni ; c a n a p é vient du grec xwvwTretov
par le latin conopeum; calèche du hohémieu kolesa (Die/..
I». 78) ou du polonais koluska (Dict. gén.). En wallon, si le
latin cauda, coda reste cowe en liégeois, par contre le vervié-
tois, l'ardennais et tout l'Est disent cawe. Le gaumais lui-même a
cawière, cawelet (Virton, Macs). Verviers a cowète en regard de
cawe, mais Spa et l'Ardenne prononcent cawète. Lobet traduit
cocarde par kacâde (p. 262); Forir cacophonie par caçafo-
leic, où la déformation provient d'une étymologie populaire sus-
citée par l'assimilation fa ile de co- à ca-. Que l'on mette en regard
cagne et cougnot, français quignon, ou les variantes couye,
coye, cave (lat. pop. *colia, de c oie us) dont le verbe cayi n'est
pas exclusivement vervictois et ne peut être attribué à l'alpha-
cisme de cette région: inversement que l'on note les substitutions
fréquentes de o, ou à a : poupa, popa au lieu de papa dans l'Ouest-
wallon et en Ardenne; mou m an an lieu de maman en Ardenne;
comarade pour camarade en rouchi (Vermesse, p. i53); les dou-
blets mougner et magner ou mougnî, magnî; toùbac, dont Vou
ne provient pas de la forme espagnole, car ni le français ni le
flamand n'ont ou; le picard cantour pour contour (Corblet);
le picard condamine qui vient de campus domini, champ du
seigneur; on sera bien forcé de conclure que la barrière entre o
et a est bien fragile et qu'elle a souvent été franchie.
Si donc nous pouvons trouver, dans des dialectes voisins, des
variantes du même mot offrant co- d'un côté, ca- de l'autre, il n'y
aura aucune difficulté phonétique à poser l'équivalence ca- = co-
dant les dites formes, et il sera légitime de rechercher lequel est
primitif de ca- ou de co-. Procédons ainsi.
.le vois que le français colimaçon, le picard col imachon (Corblet,
p. 317) a pour correspondant calimichon dans la Seine-inférieure,
(Delboulle dans Rolland, Faune popul , t. III), calimacon dans
le Calvados, l'Orne, la Seine-infér., Seine-et-Oise, le Loiret
(Rolland, Faune pop., t. XII, p. 26), calimachon dans la Manche,
le Calvados, la Seine-inf., la Somme (Rolland, ibid.), calémuchon
dans le Pas-de-Calais (Rolland, ibid., p. 27), calimacon dans Duez,
Dict, ital. -franc., 1678. Le suffixe n'est pas ici coli- ni cali-, et
nous ne voyons pas d'autre part pourquoi le Dict. général décom-
pose le mot en cal + limaçon. Les faits ne nous montrent que
— 2.3o —
limaçon précédé de co- ou ca-. Des formes comme cârmuçon (dans
la Somme) el carmichon (dans l'Oise, cf. Rolland, ibid., p. 27)110
peuvent s'expliquer que par substitution de liquides; elles doivent
être ramenées à câlmuçon, calmichon et décomposées en câ-
'muçon, ca-l'michon, ce qui nous ramène de nouveau à co-etca-.
Le français compère, commère a de curieux correspondants
dans le Nord : 1" compère garçon fort, vigoureux, déluré : 20
kipére, dans les Noëls : kipére Bièt'mé, kipére Ernou ; 3° copêre
ou copére en namurois, pour désigner les originaux naïfs de
Dinant dont les bêtises légendaires défrayent le folklore, d'où
copérerie, extravagance, naïveté; 4° dans le même sens on dit
coupère à Virton en pays gaumais, capère à Rossignol, également
en pays gaumais. Depuis Stavelot jusqu'à la Semois, on appelle
Rosières, près de Sibret (prov. de Luxembourg), le pays des
coupères ou des capères, ou des copères, à cause de la même répu-
tation de naïveté que celle des anciens Dinantais. Ce mot nous
donne donc pour le préfixe latin com-, co-, les formes com-, co-,
cou-, ca- et ki-. Commère nous donne comére, kimére, cumérc,
coumére (Givet), mais camére ne se rencontre pas.
Un bel exemple de l'alternance ca-j co-! cou-, c'est le mot qui se
prononce en namurois copiche, fourmi, à Givet coupîche, à Bour-
lers (pointe sud du Hainaut) coupiche, mais capîche en gaumais
et en chestrolais. De même fourmilière se dit copicherie en namu-
rois, capichiè en chestrolais (Dasnoy, p 63, 273). Le verviétois
piheran, fourmi, contient la seconde partie du mot, dont la racine
est la même que celle du wall. pici, ou du franc, pincer qui est pour
picer, ou du franc, piquer. Donc le mot doit être divisé en co- ou
ca- plus piche et nous fournit de nouveau ca- = co-.
C'est d'une des formes germaniques pfatte, pfote, pote, qui ont
produit vraisemblablement le provençal pauta, le français patte,
pote, potelé, tripoter, patiner et l'argot fr. tripatouiller, que vient
aussi le wallon ardennais capôtier. Exemple : ni capôtèye nin
t'chapê ainsi .', ne tripote pas ton chapeau de la sorte. Le liégeois
ne connaît que la l'orme à préfixe ki- : kipôti ; de même nous avons
relevé à Stavelot cnpôtî, à Faymonville, en Wallonie prussienne,
coepôlier', mais le namurois, si nous en croyons Grandgagnage,
emploie la forme capôtyî (que Gggg., I, 100, a écrite capôchî pour
capôtchî, qui sérail une forme épaissie de capôtyî). Il n'y a point
d<- différence de sens entre capôtyî et kipôti.
Du latin bulla, qui a donné au français boule, bouille, et par
emprunt bulle; qui a donné en wallon bouye, bosselure, bouyote,
— 23l —
bulle à la surface de l'eau, bosse, ampoule, vient le verbe kibouyî,
cubouyî, et le dérivé kibouyeter ; mais l'ardennais dit cabouyer,
le naintirois et le gaumais cabouyi, bossuer, bosseler, par le pré-
fixe ca- et sans différence de sens.
De hossî, franc, hocher, secouer, le liégeois forme kihossi, ex:
i f;i k'hossî pu (l'on pà, j'ai secoué plus d'un pieu ; mais l'arden-
nais et le chestrolai s ont cahosser, an sens actif de secouer et
au sens passif de vaciller, ex. gn-a Vtàve qui cahosse, litt. : il y
a la table qui vacille.
Invoquons enfin un argument d'autorité. Grandgagnage a eu
l'intuition que ca- est identique à ki-. En recueillant des exemples
pour cette démonstration , nous avons eu le plaisir de rencontrer
sur ce point une affirmation caractéristique. Elle a échappé aux
romanisants et à nous-mème, d'abord parce qu'elle est enfouie
dans une note an mot cafougni; ensuite parce qu'elle passe là
comme une proposition en l'air, sans preuve, qui n'empêche pas
l'auteur de formuler, aussitôt après, une autre étymologie de cafou-
gni. Néanmoins citons le texte (I, S9) : « ca est une forme de la
particule inséparable et intensitive ki (celle-ci, il est vrai, est
presque la seule en usage a Liège : toutefois cf. caboûr et le
suivant [cafouma] ; mais ca se dit encore [?] en N[amurois], et
précisément selon Z[oude] devant/), f ou p, suivis de o ou ou ;
or beaucoup de formes et de mots, jadis communs aux deux idi-
omes LFiégeois] et \[amurois], se sont conservés seulement dans
ce dernier)...». Laissons de côté les erreurs partielles, à savoir
que l'usage de ca- aurait été plus étendu jadis en liégeois, que les
mots en ca- apparaissent ainsi comme des survivances, il reste
néanmoins que les faits ont inspiré à un moment donné à Grand-
gagnage l'idée que ca- est une forme de ki-.
Dans tous les exemples qui précèdent, il nous est impossible de
percevoir une différence de sens entre co- et ca-. Nous constatons
simplement que le Nord-wallon a rarement la forme ca-, que celle-
ci se rencontre plus souvent dans le namurois, l'ardennais, le
chestrolais, le gaumais. Si on n'a pas reconnu cette identité do
co- et ca-, cela provient de ce que ca-, donné comme péjoratif,
considéré d'autre part comme une simplification de cul-, était par
là-même éloigné davantage de co-. Or i° rien ne justifie l'hypo-
thèse que la forme primitive est cal-; 20 co- a des sens qui condui-
sent graduellement à cette interprétation de ca- péjoratif. Pour
le premier point, nous avons montré que cal- n'est qu'une trans-
formation de car- qui contient deux préfixes et non un seul ;
— 232 —
pour le second point, il es1 nécessaire d'étudier d'une façon un
peu plus analytique qu'on ne le l'ait d'ordinaire la sémantique du
préfixe co-.
Sémantique du préfixe co-.
Co- marq le jonction, réunion, disent les manuels. 11 est adverbe
el dépendant du terme principal dans confrère, compère, com-
mère, consœur, collègue, coaccusé. Mais tout n'est pas dit, cepen-
dant, au point de vue psychologique. Deux sœurs sont consœurs
au même degré, chacune est sœur avec l'autre, mais il n'en est
pas toujours ainsi. Le compère est père avec le père, mais seule-
ment père spirituel ou parrain. La commère est une mère-mar-
raine, Le colimaçon esl limaçon avec un autre ; mais, par le l'ait
même qu'on le compare, on le subordonne ; ainsi le colimaçon
n'est pas le vrai limaçon, il n'esl qu'un adjoint. Mes co-proprié-
taires ne m 'apparaissent pas aussi propriétaires que moi !
Co- devant un verbe joue aussi le rôle d'adverbe et dépend du
terme principal. Mais que signifie-t-il ? Conjoint a le sens de
« joint avec », mais il faut tenir compte des éléments contingents
(pii modifient le sens : dès lors conjoint se définit : (personne)
jointe avec (une personne de l'autre sexe, par mariage). La
consonne sonne avec (la voyelle). Conjuguer, c'est réunir par
couple, l'un avec l'autre, donc ensemble, deux éléments, De l'idée
de avec, ou d'accompagnement, on passe à l'idée de ensemble ou
réunion. Ce n'est pas la même chose : les conjoints sont >< joints
ensemble», un conjoint n'est pas un « joint ensemble» ; il con-
jure signifie « il jure avec d'autres », ils conjurent signifie « ils
jurent ensemble». Au contraire ils compatissent, même au pluriel.
signifiera : ils partagent la souffrance (d'un autre) et non : ils
souffrent ensemble. Un verbe a tantôt les deux sens, tantôt un
seul des deux.
Que «le choses restent encore dans le vague! Consterner ou
plutôt le latin consternere signifie étymologiquement «abattre
avec». Mais ce n'est pas abattre avec un bâton ou une autre
arme. Le préfixe con- n'est pas instrumental, il marque l'accom-
pagnement. Quelle sorte d'accompagnement? Il peut marquer que
i<- sujet abat ce avec un autre» : il y a réunion des sujet-
auteurs de l'action, donc multiplicité du sujet. Mais il peut
marquer le fait que le sujet abat une chose en même temps qu'une
autre, plusieurs choses ensemble: il y a multiplicité de l'objet
et simultanéité des actions partielles ; enfin il peut encore indi-
quer que !<■ sujet abat une chose immédiatement après une autre,
— 233 —
plusieurs choses à la file, successivement: il y a multiplicité de
l'objet et succession des actions partielles jointes dans le temps.
Il y a des verbes avec lesquels la multiplicité d'action ne peut
s'entendre aussi simplement. Dans consumere, il ne s'agit pas
de plusieurs actions de prendre simultanées ou successives et
virtuellement égales ; il s'agit d'une action unique, mais multiple,
complexe, décomposable en une quantité de menus actes. L'esprit
qui conçoit cette complexité indique par eon- la multiplicité des
parties de l'action totale. Contenir est tenir par tous les côtes ;
comprendre est prendre dans son ensemble, dans son entier, par
tous les côtés a la t'ois ; confondre est meurtrir par plusieurs
chocs ou blessures partielles ; la contusion est le résultat total de
• •es meurtrissures partielles et rapprochées : contrister n'est pas
attrister une autre personne avec soi, c'est la rendre toute triste.
dans son entier, aussi complètement qu'elle peut l'être. Bref, le
verbe marque alors une action complexe faite de mouvements
synergiques contribuant à produire une action totale. L'idée de
l'intensité d'une action remplace l'idée de multiplicité de l'action,
ou plutôt la multiplicité est dans le détail, l'intensité dans l'en-
semble ou le résultat.
Tel est le cas de la plupart de nos verbes wallons composes
avec co-, ki-, etc. Co- n'est pas chez nous un préfixe mort comme
en français, il est très vivant, il peut s'adjoindre à tout verbe en
qui il est possible de marquer l'intensité de l'action par répétition
de l'acte initial. Si bouyi existait, il signifierait faire une bosse.
mais kibouyî a le sens de bossuer partout un même objet. Brôdi
signifie brouiller, chiffonner; mais kibrôdî sera brouiller totale-
ment, chiffonner d'un bout à l'autre. Twèrtchî veut dire tordre
dans le sens d'une torsion simple, d'un quart de tour, d'un demi-
tour ou d'un tour de torsion; exemple : si twèrchî l' pi. se faire
une entorse; mais kitwèrtchî désigne une action totale faite de
plusieurs torsions : kitwèrtchî on vantrin, c'est tordre un tablier
comme une corde. La particule devient donc intensive dans kita-
per, jeter de ci de la à plusieurs reprises : dans kidjèter, kiheùre,
secouer quelque chose ou quelqu'un en l'empoignant de partout .
kitchèssi, chasser quelqu'un de partout où il se réfugie; kitoùrner,
retourner dans tous les sens : kipiter, repousser par de multiples
coups de pieds; kipôti, prendre et malaxer dans ses «pattes
kiminer, mener partout, d'un endroit a l'autre.
On peut encore augmenter l'expression de l'intensité en ajoutant
le pronom tôt : i m'a tôt k'brôdi ou k'bouyî ou kipôti nf tehapê, il
m'a tout cabossé mon chapeau.
— 234 —
On admettra <|ii<' cette action intensive peut produire sur l'objet
qui la subit des résultats déplorables. Un chapeau tôt k'bouyi est
un chapeau hors de service. Il s'attache donc assez facilement à
cette idée «l'intensité une idée péjorative. Nous arrivons ainsi au
terme de l'évolution sémantique de co-, 11 n'y a point de différence
réelle entre le sens de co- et celui de ca-, Capôtier ne signifie pas
autre chose que kipôtî. Ce que l'on veut percevoir de péjoratif
dans le wallon cabouyer, catoûrner, cafouyer, cafougner, cabir-
lancer, dans le français cabosser, vient de la nature de l'action et
non du préfixe. Nous avons montré jadis la même chose pour le
préfixe bis-, bes-. Des mots en ca-, tels que caracoler, caram-
boler, cajoler, ne contiennent rien de péjoratif ; des mots en
co-, tels (pie le français com pisser, le wallon kibrôdî, kichèrer
i ardenn., déchirer) passeront facilement pour avoir un sens
dépréciatif. Donc, pas plus an point de vue sémantique qu'au point
de vue phonétique, nous ne voyons de différence entre ca- et co-.
Mais, dira-t-on avec raison, pourquoi tous les mots qui ont pris
le suffixe latin co- ne le changent-ils pas en ca- ?
D'abord il faut considérer que le changement de co en ca- n'est
pas le résultat d'une loi phonétique : c'est un accident, comme la
métathèse ou la permutation de deux liquides. Les variations de
voyelles dans les syllabes atones, dans les syllabes initiales, ne
sont pas soumises à des lois aussi rigoureuses qu'à la tonique.
Est-ce en vertu de lois que le français dit qvEnouille de c o n u cula
i\v. kinoyé) ou d\me de domina? Nous n'avons donc pas affaire
ici à une dérogation aux lois phonétiques, pas d'exception à
expliquer. Nous avons les mains libres pour chercher ce qui peut
avoir favorisé parfois la production de ca- au lieu de co-.
Plusieurs phénomènes concomitants ont pu exercer une action
analogique.
i. D'abord le redoublement enfantin ou péjoratif qu'on trouve
formé par la voyelle a précédée de la première consonne du
radical : babaye, cheval; bablame, galant enflammé; babètch, bec:
cacayes, joujoux; cacouyes on cacoules (Vebmesse), plaisanteries;
tchâtchoûle, pleurnicheuse, etc.
2. ca- vient dans certains mots de co a- et peut s'être répandu
par analogie sur d'autres mots. Le français cacher, wallon
catchî, catcher, est expliqué par Darmesteter comme issu de co-
a e t i ca i-e, fréquentatif de eo-agere. Le verbe caill er vient de
co-agularc. L'ancien français (abuser, trompe)-, séduire, vient,
selon moi, de eo-abuser. Il ne faut pas s'entêter à vouloir
— 235 —
rendre compte de l'a dans tons les mots, mais peut-être quelques-
uns des mots wallons et picards en ca viennent-ils de co-a. Il se
peut que le namurois ca-pougnî vienne plutôt de co-apougnî que
de co-pougnî, eu extourner de co-atoûrner, niais la démonstration
sera souvent impossible. Je soupçonne le rouehi cagner, mordre
en parlant du cheval, d'être une contraction de co-agner où agner
est le même que 1*' liégeois hagnî, mordre (Cf. le liég. cagnesse).
Je serais tenté d'expliquer le gaumais cachonée, ribambelle, par
co-achonée, du gaumais achonée, assemblage, dont le verbe est
achoner, wall. assonner ou assonler. français assembler. Mais
si on le t'ait identique à cochonnée, portée d'une truie, j'y
verrai un nouvel exemple de ca- = co-,
3. Voici encore une source inattendue de ca- péjoratif. Il existe
en Ardenne une poignée de mots comme Calùtche, Cafame,
Cafkn'r. Djivisse, qui sont des noms de personnages imaginaires
d'une mythologie nouvelle. Voici des phrases qu'on peut entendre
en Ardenne : Conte i mougne ! vos dîrîz Cafame ! — Qui est-ce
qui v1 l'a dit ? — C'est Cafkœr. — Ây, mais, Djivisse est la ! Pour
avoir la clef de ce langage, il faut voir dans ces mots des noms
fabriqués d'une expression syntaxique par méprise ou par plaisan-
terie. Souvent la plaisanterie est chez celui qui articule la phrase
et la méprise chez celui qui la comprend. Vos dîrîz Cafame doit
être interprété vos dîrîz qu a fa me, vous diriez qu'il affame (au
sens intransitif, c-à-d. est affamé). Que l'auditeur, un enfant, croie
qu'il s'agit d'une personne, comme c'est le cas d'ordinaire avec vos
dîrîz, et voilà Monsieur Cafame inventé ! J'ai connu des gens qui,
de bonne foi, ne corn; remuent pas le mot autrement que comme
nom propre. La transformation en nom propre est complète dans
d'autres tours de phrase. Au curieux qui pose des questions indis-
crètes : qui est-ce qu'a o'nou ? qui est-ce qui v' l'a dit ?, qui est-ce
quo Va fait?, on répond : c'est Cafkœr, avec l'intention de forger
un nom. Or, il faut comprendre q u'ave kére? de quoi avez-vous
cure? de quoi vous mêlez-vous? On répond encore, moins poli-
ment : c'est Cafkifoute. Comprenez qu'ave ki foute/ interrogatif
de â/i n'ai qu' foute. On peut aussi unir les deux personnages :
Avon qui fjàsiz-ve? - Avon Cafkœr et Cafkifoute. Djivisse est
un rôle de surveillant, d'espion. A l'enfant qui va commettre une
farce ou un mauvais coup, la mère apparaît soudain en s'écriant :
Djivisse est là!; comprenez : J'y-vise est la! (j'y regarde). En
namurois les galants sont appelés des kivons : il faut interpréter
par dès qui-vont, de ceux qui vont faire leur cour. Le fanfaron, le
- 2.36 —
Tartarin ardennais est Galûtche. Alûtcher signifie viser avec uno
arme. Voilà Monsieur Qui uise élevé au rang de héros mythique !
On répond à un vantard : / ravise Caliïtche, qu'a touwé sept' leùs
il'on côp </' tchapê à coron d'on pwace !, il ressembla à G. qui a tué
sept loups d'un coup de chapeau au fond d'un porche (ou vestibule .
Dans le recueil de pièces wallonnes anciennes de Bailleux et
Dejardin, un vers de la p. r33 crée deux personnages semblables :
Cafaim et Mâsô i èstiiil. 11 faut comprendre qu'a-faim et Mâ-sô,
« qui a faim » et t< mal-saoul ». Le picard connaîl Marie Cafoule,
femme qui veut tout faire et ne fait rien qui vaille (Corblet). Je
propose de comprendre qu'afouïe, bien qu'il existe un verbe
caf'ouler, remuer et mêler des objets en cherchant. On pourrait
trouver d'autres créations de ce genre : Canaro, qui signifie
« du nauan », doit provenir d'une phrase c'est vous qu'an-aroz,
c'est vous qui en aurez, et le mot est probablement d'origine
enfantine (').
On fera peut-être accepter plus facilement la transformation de
co- en ca- si on peut faire constater d'autres transformations
parallèles de co-, plus étonnantes et d'ordinaire moins reconnues
par les étyinOlôgistes.
Co- peut se réduire à ki- en wallon, où 1'/- est notre minimum de
voyelle. Nous avons vu (pie ki- à son tour peut se réduire à A*', si
une voyelle précède sur laquelle A' puisse s'appuyer. Supposez
que le verbe simple de ce composé en A' soit tombé en désuétude,
que le A' soit suivi de / ou r, alors il peut arriver que ce A' ne soit
plus senti comme préfixe, s'agglutine avec la consonne suivante
en cl,cr, et que l'alternance syntaxique ki j A' tombe en désuétude.
Le verbe prend alors l'aspect d'un verbe simple, (/'est ce qui est
arrivé au français cracher, que le Dict. gén. se contente de
donner comme germanique sans toucher à la difficulté. Or. le
wallon liégeois et verviétois est rètchi, le picard raquer, le pro-
vençal racar, l'aneien-français rucher 11 en résulte que le français
cracher est issu de c'rcaher, pour co racher, et de même le
wallon ardennais cratcher, cratchot, cratchote, qui existent a coté
de râkion, nord-wallon rètehon. Le mot vient d'une racine ger-
('; De jeux de mots ou de méprises analogues ont été formés : legauinais
Djmi Rabat, littéralement et étymologiquemeni «j'en rabats», personnage
fictif qui rabat les prétentions: l)j;in Rabat passerai (déjà inséré par moi
dans le Complément du lexique gauinais de M. Liégeois, p. 771: Pardennais
Tchan-d'â-uint, Jean du Vent, qui souffle dans les cheminées et qui hurle
dans tous les interstice-, des maisons, par jeu de mots pour .< chant du
vent ».
— 237 —
manique hrax, dont le nordique kraekian, cracher, est un com-
posé.
Autre exemple. Une plante rampante ou grimpante, qui est le
lierre, ou la clématite des haies, ou le chèvrefeuille, ou le liseron
suivant ies régions, s'appelle en wallon fouye <li rampe (ard.),
rampioûle (nord-w.), mais dans le Dict. liégeois de Fouir cnun
pioûle (Cf. J. Feller dans Bull, de Folklore wallon, t. I, p. i58).
Il est évident que cette dernière l'orme est apparentée aux deux
autres et composée de co + rampioûle. L'agglutination a pu être
facilitée ici par la ressemblance du mot avec crampe, mais son
origine est indiscutable
Le français croler, croller, crouler est de la même racine
(pie rouler : il y a le co- en plus. Si le Dict. gén. avait admis
cette origine avec conviction, la sémantique de crouler en eût
été de beaucoup simplifiée : croulant la tète aurait corres-
pondu au wallon kirôlani /' tiesse: la bête croule la queue
s'expliquait par li bièsse kirôle H cowe. Crouler signifie donc
primitivement rouler à droite et a gauche, remuer dans tous les
sens en conservant un certain mouvement circulaire qu'indique
le simple roui er.
Le français creux, malgré son apparence de mot simple, vient
de *corosum, corrosum, corrodé, rongé, excavé.
Mais ce serait empiéter sur un autre travail que de rechercher
tous les mots français et wallons où le c, môme le g initial, cachent
le préfixe latin co-, ou le préfixe germanique ga-, ge-, comme
gaspiller.- caspouyi, ga lefretier - calfuriî : nous ne voulions
ici que dégager ca- de son mystère et le placer a côté de ses
coffnats dans sa vraie famille.
S. JLe préfixe far- du franc, farfouiller
Farfouiller est un terme du Xord qui est entré dans le
Dict. français. Il existe en picard, en champenois, en berrichon
(Corblet, p. 4o3) ; le Hainaut a farfeyer, mais farfouyeur
(Sigart, p. 175); le ganmais a farfouyi (Liégeois, Compl., p. 6b).
En présence de fouiller et trifouiller (picard, Corblet), il n'y a
pas d'hésitation quant à la partie capitale du mot. Mais le Dict.
gén. déclare ne pas savoir l'origine du préfixe far-.
Far- n'existe en effet en français que dans ce mot. Nous en
avons trouvé un second exemple en ganmais, qui, par bonheur,
semble être assez transparent. C'est farnowèy, faire un ncfcud
- 238 -
impossible à dénouer (Liégeois, CotnpL, p. 60). Le messin dit
enférnower, l'ardennais dil fèrnoke, noker ses soles ;i fèrnoke,
nouer ses souliers à nœud (noke) double et impossible à dénouer.
Le verviétois a déformé l'expression en ftvêrnoke : par étymo-
logie populaire, il v voit fwêrl noke <l), (jn'il traduit en son fran-
çais par fort nœud. Mais comme fort se dit en ardennais
fwart, il n'y a aucune vraisemblance que cet adjectif soit dans le
mot fèrnoke. De plus la région gaumaise de Prouvy-Jamoigne
dit fournawèy. Oette fois-ci c'est \'o de nowèy, nouer, qui est
altéré, mais four est intact comme dans fourboure, fourdormi,
fourmougni, fourpougni, etc. Il nous représente four- = latin
Tu ri s = franc, for-. Le Dict. gén. a d'ailleurs accueilli le verbe
technique l'ornouer, dont il donne un exemple de Duhamel
m Monceau, Arts de la Draperie.
Nous ne doutons pas que ce soit la môme forme dialectale de
for-, qui se trouve dans farfouiller. Le sens exact du mot est
donc fouiller en excès. Ce n'est pas le seul exemple français
où la particule for- se présente altérée : il suffit de citer faubourg
pour forsbourg, faufiler pour forsfiler et faux-mai'cher pour
forsmarcher.
6. L.e suffixe toponymique -han
Les noms de lieux en -han n'ont guère attiré l'attention des
linguistes ni même des géographes. Ils appartiennent à des
villages, a des hameaux, à des bois localisés le long de quelques
rivières ou de ruisseaux peu importants. Ils n'apparaissent guère
dans les atlas généraux. Ainsi, par exemple, dans le vieil Atlas
de Blaeu (1639-1640), la carte intitulée Lutzenburg Dùcatus ne
donne que Bolian pour toute la Semois, et encore le mot est-il
écrit Bohain; sur l'Ourtbe. elle donne Grand-IIan, Petit-IIan et
Bolian. Les eût-on remarqués d'ailleurs, on les aurait assimilés
sans hésitation aux noms en -hain de la Belgique wallonne ou
aux noms bretons comme Rolian et Morbihan.
1)«- archéologues luxembourgeois, De la Fontaine et Prat, ont
totalement identifié han ou hain avec heim. Chotin a traduit
d'abord hum par « pacage, pré, enclos », sans justifier son inter-
('i J'écris a présent noke avec e final, parce que je le crois issu de
'noc'lum pour 'nod'lum (comparez 'vec'Ium pour vet'lum), de
même que tike, taie, vient de tecula et non de toc a.
— 23g —
prétation ('). plus tard par « demeure, habitation » (2). A. de Pré-
morel, dans un livre sur la Semois (3), explique han par a trou »,
et cette opinion a été reprise par Grandgagnage dans son diction-
naire (4) et par Jean d'Ardenne dans son estimable guide (5),
Citons ie passage caractéristique de Jean d'Ardenne : « La mon-
tagne de la grotte île Han] (boëme, baume ou balme , couverte de
taillis, élève son large mamelon qui domine le paysage. A son
flanc septentrional, tourné vers nous, s'ouvre le fameux trou du
Han (ce qui revient à dire « trou du trou », le mot « han » assez
commun dans la terminologie géographique du pays, ne signifie
lui-même pas autre ebose que trou dans tous les lieux qu'il
désigne, soit seul, soit composant un nom : Dohan, Poupehan,
Martehan, Bohan, Frahan, Hau-sur-Lesse, Han-sur-Meuse, Han-
sur-Heure, Manelian, etc., il exprime l'idée de gouffre, d'excava-
tion ou de dépression profonde), soupirail énorme par lequel la
rivière, en nappe tranquille, soit de la montagne sous une arcade
rocheuse ». Je ne doute . as que cette opinion ne soit une inter-
prétation de celle de De Prémorel, que l'auteur connaissait et
dont il cite l'ouvrage ailleurs.
D'autre part, M. Kurth dans la Frontière linguistique (I, 207) a
cité incidemment la finale toponymique -han. ("est à propos des
noms en -heim : « Je n'ai pas davantage », dit-il, « admis [parmi
les noms en -heim] le noms wallons terminés en -han (Han,
Bohan, Dohan. Frahan, Grand-Han, Marbehan, Mortehan, Petit-
Ilan, Poupehan) dans lesquels le suffixe est positivement distinct
de -heim ». M. Kurth apporte aussitôt une preuve de son asser-
tion : <c Dans un document de 636, on mentionne une villa Chambo
secia (= siia) super Orlho fluviolo (Beyer, Urkundenbuch, t. I,
p. 7); il s'agit de Grand-Han ou de Petit-Han sur l'Ourthe. On
peut sans témérité conjecturer que le même vocable est contenu
dans tous les -han ». Telle est la première opinion motivée «pie
l'on puisse enregistrer. Elle est d'ailleurs prudemment négative;
elle conclut simplement à ceci : hun représenté par Chambo en
636 n'est pas un heim.
(') Études étymologiques sur tes noms [de lieux du Bràbant, 1809, p. XII.
(2) hl. du Haiiuud. 1SG8. p. 35 et 366.
(3) Un peu de tout ù propos de lu Semois, p. 209.
(4) Dans le supplément du Dictionnaire étymologique de lu langue luullonne.
t. II, p. 534.
1" L'Ardenne. t. I.p. 3oa (édition de Bruxelles, Rozez, 1903).
— 24° —
Plus récemment, M. L. Roger (') rejette l'interprétation de
M. Kmtli, pour en revenir, — semble-t-il, car il ne dit rien de
catégorique, — à heini. Mais il ne voit pas clair dans les phéno-
mènes phonétiques sur lesquels il prétend s'appuyer, ou nous
n'avons pas réussi a comprendre son argumentai ion (8).
A\ant tout examen, l'opinion la plus plausible consistai! à
croire -han identique au -hain de Dolhain, Rechain, formes
wallonnes de D al hem, Ric-heim, c'est-à-dire au heim germanique.
Les traductions de Chotin, De Prémorel, Jean d'Ardenne, l'exis-
fcence de la l'orme Chambo viennent détruire cette sensation de
l'ident iie des deux finales. Cette croyance ébranlée, l'examen
s'impose. 11 y a donc lieu d'étudier de près ce suffixe, d'en recher-
cher les traces partout OÙ il est possible, soit dans la toponymie,
soit dans le langage courant, soit dans les anciens textes, d'en
fixer le sens, l'aire d'emploi, de le distinguer des homonymes,
enfin d'examiner s'il n'y a point d'enseignement à retirer de cette
recherche au point de vue historique.
La première constatation que nous avons faite est d'ordre
topographique. En parcourant les cartes à la recherche des hun
de toute espèce, nous avons été frappé d'une particularité étrange.
C'est que la plupart des localités qui portent le nom de han ou un
composé de ce nom sont situées à des courbes de rivières. Serait-
ce par une circonstance tout à l'ait fortuite qu'il en est ainsi poul-
ies -han de la Semois, qui sont, en suivant le cours de la rivière,
Marbehan, Mortehan, Dohan, Morsehan, Briahan; Poupehan,
Frahan, Bohan, Nohan (:i) ; pour H an-sur- Lesse; pour Grand-
Han et Petit-Han sur l'Ourthe en amont de Durbuy, Bohan entre
Durbu}r et Barvaux, Ham dépendance d'Esneux; pour Ham sur la
Meuse entre Commercv et Saint-Mihiel, le Ham sur la Meuse
Recherches sur la toponymie du pays Gaumais, dans les Annales </<■
V 1 Ustitut archéologique du Luxembourg, t. XI,V. 1910, p. 257.
D'abord l'alternance mb/mm n'a pas d'importance après la tonique eJ
devant une voyelle autre que a (exemples : pltfmbum, plomb; campum,
champ; rumpit, rompt: ensuite si panem en gaumais devient /><-. pèy, et
planicam, plétche, les motsdu type campum, tantum (a | nasale ; consonne:
prennent a nasal et non ô. Cf. J. Fki.i.kk. Phonétique du gaumais et du wallon
comparés, §§ 7-9.
1 Pour le P. Goffinet 'dans Tandki,. Comm. lux.. VI. 877), c'est le mot
Cugnon, de Congidunum, qui exprime fort bien la courbure faite par la
ri\ ière !
— 2^1 —
entre Aubrives et Givet; Hamwez, bois au confluent du Bocq et
de la Meuse: pour Ham devant Marville sur l'Othain, Ham lez-
Juvigny sur la rivière Loison : pour Ham-sur-Heare, Ham-sur-
Sambre, Ham sur la Somme entre Péronne et Saint-Quentin:
pour flamme sur la Dnrrae ; pour Hambach au S.-E. de Juliers,
Hamme au X. «le Brème, Hamm au S. de Dusseldorf, Haam sur
la Prum, Hamm sur l'Alzette à l'E. de Luxembourg, Ham sur la
Moselle à l'E. de Thionville, Hamm sur la Saar au S. de Saar-
burg et Hamm sur la Saar au S. de Conz, et d'autres encore
dont les noms, moins probants, ont besoin d'être examines à
loisir?
Cette constatation topographique est devenue pour nous une
obsession dès que nous eûmes étudié les -han du cours de la
Semois. Dès lors, en parcourant les cartes pour rechercher des
noms en -han, nos veux se portaient instinctivement sut' les
sinuosités des cours d'eau et ont eu maintes fois le plaisir de voir
apparaître le Ham confirmant notre conjecture; ou bien, réci-
proquement, une liste de noms nous offrant un Ilam, en nous
reportant sur la carte, nous découvrions la boucle el la petite
presqu'île qu'elle enserre. Parfois la localité dénommée est en
dehors de la boucle et non en dedans: mais comme, dans notre
hypothèse, le nom qualifie réellement l'accident de terrain et non
les habitations, il peut passer au groupe de maisons qui occupe
la convexité aussi bien qu'a celui qui occupe la concavité. Au
reste, la tyrannie de cette hypothèse ne nous a pas empêché de
noter des han qui ne semblent pas obéir à cette condition. Car, à
supposer qu'il y ait quelque chose de vrai dans le rapport entrevu,
nous ne savons pas si le mot han désigne le phénomène de la
courbure, ou la concavité, ou la convexité, ou l'eau, ou la pres-
qu'île enserrée par la rivière, ou le promontoire qu'elle contourne,
ou la cavité qu'elle crée dans la montagne. Nous n'avons qu'une
vague indication, qui sera détruite ou précisée par les recherches
étymologiques.
11 nous semble aussi, maintenant, après réflexion sur cette
suggestion de la topographie, que De Prémorel avait une concep-
tion analogue, lorsqu'il assignait à han le sens .le trou: mais elle
est restée plus vague et il n'a pas su la traduire. En effet le mot
trou dont il se sert ne signifie pas nécessairement une caverne
comme le Trou de Belvaux, mais une cavité ou plutôt une conca-
vité. Tel est bien le sens du wallon trô, et c'est une disposition de
la nature en concavité qui a fait donner à un coin de la Vesdre le
16
— 2^'2 —
nom de Trooz si bizarrement écrit ('). En français aussi, le mot
trou, dans le langage du peuple, est un de ces mots complaisants
qui dispensent d'en connaître une foule d'autres : il signifie ouver-
ture el cavité, lacune, intervalle, chatière et tanière, petite ville
et petit logement. La traduction de han par trou pourrait s'appli-
quer a une étable a porcs comme à un village de la Semois. C'est
a la linguistique de préciser davantage.
L'étude des formes anciennes vient-elle vérifier le sens suggéré
par la topographie? Pour aboutir à quelque chose de probant par
ce moyen, quand il s'agit de noms peut-être antérieurs à la
domination romaine, il faudrait trouver des formes très anciennes
de ces noms. Mais les cartulaires et les archives en sont fort
avares. Nous avons déjà noté le Chambo du VII' siècle (636).
Cette bonne fortune ne s'est pas reproduite. Voici le peu que nous
avons trouvé en glanant dans les cartulaires : ce sont des nota-
tions de formes peu variées, ou qui achèvent de compliquer le
problème au lieu de l'éclaircir.
i. Chambo, (536 (voir ci-dessus).
2. « Hamnia super fluvio Marsbeke in pago tnempisco », 877,
(Guérard, p. 129) est Hem, dans un coude de la Marcq, commune
de Lannoy, dép. du Nord. Ce hamina à forme féminine peut-il
être assimilé au heim germanique? Oui, si on le considère comme
une traduction latine du moyen-néerlandais heime, féminin de
heim. Mais comme on admet que dans le Boulonnais, de même
qu'en Angleterre, l'anglo-saxon -hêm aboutit à -hum dans les
noms de lieux, ce croisement de formes nous promet de belles
confusions.
3. « Godefridus et G-elindis domini de Ham dederunt nobis
decimam de Malen apud Eprave, anno MC111 » (De Reiffenberg,
Moi), pour servir à l'histoire des prov. de Namur, Hainaut et
Luxembourg, t. VIII. p. 55). Il s'agit de Han-sur-Lesse.
4. Dans le Cartulaire de Saint-Hubert (éd. Kurtb. p. 107/, le
Hun de la Lesse est écrit Ham en 11'ip. — On trouve de même
Godefridi de Ham entre 1 189 et 1 19G (ihid , p. 173).
5. Han-sur-Lesse est aussi Hnni en n39 dans la bulle d'Inno-
cent II. que rapporte le Cantatorium S''-Hubei-1i, éd. K. Ilanquet.
('j Voyez dans le Dict. des Communes belges, de JOURDAIN et Y.\.\ Stai.i.i..
deux colonnes de lieux dénommés trou.
— 243 -
Le même ouvrage donne au personnage cité plus haut le nom
de Godofridus de Ham (p. 2671.
6. Un Coun de Ham est cité en n53 et 1172 dans le Cartulaire
d'Orval, et serait bien mal cité si le Supplément de Deleseluse
n'était venu rectifier le texte du P. Goffinkt, éditeur du Cartu-
laire d'Orval.
7. « Rupem du Ham » 1173, est le Ham au sud de Givet (Goffi-
net, Cari. d'Orval. — « Rambaldo de Ham » est témoin en u83
(ibid. p. 91, 92).
8. Dans le même Cartulaire d'Orval, on trouve maintes fois
Hans, en 1209, I2i3, I23i, 1317. Nous n'attachons pas d'impor-
tance à cette s, souvenir de la forme du nominatif.
9. Bouhang dans le Cartulaire de S'-Hubert est Bohan, dépen-
dance de Barvaux lez-Durbuy. Mais la forme ancienne ordinaire
est Bohon. Une famille noble de cette région avait adopté la
graphie Bohon.
10. En i359, Ham-devant-Marville est écrit Hams et Hans
(Supplément de Deleseluse au Cari . d'Orval).
11. Dans le Cart. d'Orval, Marbelian est nommé Mabrehan
en i3 1 4- Mabrahan en 1 3 1 4 ( > fois), en i3i5 et i3i6.
12. Hambrui de la Chronique de 1^02 est aujourd'hui Hom-
broux. Voyez plus haut Bohon. n° 9.
i3. On trouve Boheang en i326, pour désigner Bohan de la
Semois, sur une pierre tombale (Tandel, Comm. lux., t. VI,
p. 566). Voyez plus haut Bouhang, n° 9.
i4- On trouve une fois Mortehaine pour Mortehan, en 1600:
une fois Bihan pour Bihain, en i555, qui est Busanch en 895.
11 serait facile de triompher de ces disparates pour en conclure
que Ifam et Hem à l'Ouest, Han et Hain à l'Est sont un seul et
même mot. Pourtant, si on examine les formes anciennes et
modernes des noms composés de -heim, dont il existe des listes
copieuses dans l'ouvrage de M . Kurth (1), 011 arrivera à cette consta-
tation que les noms en -heim aboutissent à -cm, -om, -um en
pays resté germanique, à -hain, -en. -in, en pays roman; que deux
ou trois confusions dues à des scribes ignorants ou étrangers ne
peuvent infirmer les résultats généraux. Sans doute, dans le
détail, il y a toujours lieu de se défier. De même (pie l'on trouve
dans les actes Orban, Urban pour Urbain, de Urbanum, de même
('j Frontière linguistique, t. I, pp. 259-280.
- m -
que panem a donne pan dans certains dialectes wallons, de même
hi toponymie pourrait avoir transformé -hem on -hain d'un côte,
en -han «le l'autre. Mais celle confusion, qui est à craindre pour
l'explication de quelque nom en particulier, est-cale à craindre
pour la masse en général? S'il faut accorder quelque créance aux
lois phonétiques, il est difficile que les noms eu -cm, -uni, -om se
rencontrent mélangés dans la même région avec des noms en
-Jiuin qui auraient la même origine. De même pour han et hain.
Manaihan et Rechain, qui sont voisins, n'ont pas, en principe, le
même suffixe. Stockem près d'Arlon ne me paraît pas, phonéti-
quement, avoir le même suffixe que ses voisins, Marbehan près
de la Semois en pays wallon et Ham sur l'Alzette en pays alle-
mand. Les noms en -inghem ,'donl l'origine ne peut être contestée,
pourraient servir de critérium : mais il n'y en a pas un de cette
nature dans la région orientale wallonne et lorraine; point d' En-
ghan ou Encan qui corresponde à Enghien de Hainaut ou Inghem
de l'arrondissement de Saint-Omer. Mais, en revanche, on peut
tirer argument de ce que Ham se présente si souvent sans déter-
minatif. On ne comprendrait guère que heim, signifiant la maison
d'un fondateur germain, lût exprimé sans indication de propriétai e
ou sans qualification : ham-, avec le sens que nous lui supposons,
peut aller seul. Enfin les heim sont des noms de demeures, de
lieux- habités : ce fait ne se vérifie pas toujours pour les han, qui
peuvent désigner des bois, des promontoires escarpés inhabi-
tables. Nous tenons donc malgré tout la différence pour légitime,
et, devant l'insuffisance des textes historiques, nous allons
recourir, pour démêler cet écheveau, à la méthode comparative.
lit.
Le mot han ne peut appartenir qu'à l'une des trois sources
suivantes : germanique, celtique, latine. Le latin ne nous offrira
rien de satisfaisant, sans quoi l'étymologie serait transparente.
Reste donc à chercher du côté celtique et du côté germanique.
D'abord, pour ne pas commettre la faute d'investiguer bien
loin en dédaignant ce qui est à portée de la main, est-ce (pie han
ne peut pas être assimile à quelque nom wallon d'origine germa-
nique?
Le wallon et le lorrain possèdent en effet un substantif han,
peu connu et encore très obscur, qu'il convient d'examiner.
Le Dict. wall. de Lobet (p. i<So) avait inscrit un mot et han,
qu'il traduisait par des verbes : mettre en train, commencer,
— 245 —
encourager, etc. Trop peu défiant des habitudes graphiques
de Lobet, Grandgagnage a inséré ethan dans son dictionnaire
étymologique (11, 523), sans comprendre l'énigme. Il s'agit d'une
impression mèie è han, qui signifie : mettre en place, met lie
en train (qqch.), mettre (qqn) au courant, mettre (deux personnes)
en rapport. Han a ici le sens général de lieu à soi, lieu qu'on
connaît bien, qu'on aime, où l'on est à son aise et dont on
sait user à sa jouissance: puis celui de : état de la maison,
ses recoins et ses êtres, l'usage familier de ce qu'elle contient :
par extension le trantran journalier des choses, la pratique facile
d'une opération. Ritoumer è han signifie : se remettre dans
le train, dans le cours des choses, reprendre le pli (l). Ainsi
interprété, han représente bien le mot heim, qui, décidément, ne
veut point nous lâcher.
A l'ouest de Liège, cortr lès hons, qu'on pourrait traduire
vaguement par « courir la prétantaine », doit aussi se ramener a
han. Le sens réel est « aller hunier (courtiser les filles) de maison
en maison ».
Le lorrain a possédé han au sens de « fréquentation » :
Elle ooûreût dédjè nue so bel émorous
tchârtcheuse vitemant d'awè lo han tcheuz ous (2).
Au reste, en wallon, le mot n'existe plus guère que dans deux
cas : i° comme expression toponymique : Han des pôrcês (enclos
des porcsj, dépendance de Steinbach, connu, de Limerlé ; Hun
des leûs à Ensival lez-Verviers ; Han des vès (parc des veaux),
près de la Barrière de Champion; autre Han des ors a Roy (prov.
de Lux., arr. de Marche, sur la hauteur qui domine Liguières du
côté de Chéoux et de Hodisteri; 2" au sens de poulailler, et
surtout de soue ou bauge du pore, vulgairement toit de porc : hun
d' pores à Fayinonville, Wallonie allemande (J. Bastin, Vocab.,
p. 52), han ou hà d' pourras à Polleur, à Solwaster, à Stavelot.
Ailleurs on dit ran, notamment à Namur, mot que nous trouvons
11) Le mot passe donc ainsi, insensiblement, du sens de l'objet au sens
de l'action. C'est de la même façon que main finit par signifier maniement.
Le peuple 11e fabrique pas beaucoup de mots abstraits, il se serl de ses mots
simples : avoir la main, perdre la main aux cartes), la main de l'artiste,
avoir une belle main, la main d'œuvre, main-levée, main-mise.
(*) « Elle voudrait déjà (pie son bel amoureux cherchai vite a obtenir ms
entrées chez eux ». Poème de Tchan Heurlin, édition de Darras, i865, p. l5.
J'ai dû modifier l'orthographe.
— 246 -
écrit erronément rang dans des annonces de journaux ( « dalles
pour rangs de porcs » ). Enfin, en pays gaumais, on dit aran :
«ène tchambe coume èn-aran <T pouchés». Nous croyons que han,
r;m e1 aran sont de même origine : i° le han des loups est le lieu
hante par les loups, le heim ou le home des loups, et /ian doit
être ramené au wallon et français hanter, fréquenter; 2° ran est
un substantif composé du préfixe re et de han dont le h s'amuït
dans le Sud; 3° aran est le lieu où on met les porcs à r'han ou en
r'han. Faymonville a même le verbe sœ r'hém'ter, retourner
dans son « home » (.1. Bastin, Vocab.).
Mais hanter nous t'ait remonter au heim g-ermanique, de même
que hameau; et ainsi cette racine, éconduite une première fois,
nous revient par un détour. Accordons-lui donc l'attention qu'elle
réclame. Le substantif heim existe au sens de maison, habitation,
demeure, maison paternelle, quelquefois village, dans le gothique
sous la l'orme haims, en ancien et moyen haut-allemand sous la
forme heim, en moyen-néerlandais sous les formes heime.
heim, en ancien-saxon sous la forme hem, en ancien-frison sous
les formes hdm, hem ; en anglo-saxon on trouve hdm, qui devient
en anglais home, mais hdm est resté dans les noms de lieux en
Angleterre et dans le Boulonnais (Pas-de-Calais). En pays flamand,
heim suffixe est devenu -hem, -em, -ani, -om. -uni. En pays
wallon, il suffit de citer Dolhain, qui est parfois nommé Dalhem
dans les documents de langue germanique, Reehain qui est
Richeim en 888 (( Irandgagnaol;, Mémoire..., p. 5o,), Houtaing
(Hainaut) qui est Hultheim en 847 (Duvivier, Ilainaut ancien,
p. 299), Herhain (commune de Flamierge, Luxembourg). Sauf
ce dernier, les noms en -hain appartiennent au Nord de la
province de Liège, au Brabant wallon, au Nord de la province de
Ilainaut; ils sont la continuation du flot des heim d'origine
franque.
Mais on peut objecter qu'au Sud le mot a pris une autre forme
et que c'est parce que nous refusons de le reconnaître dans han
que nous nions son existence. Soit, admettons l'objection. Nous
ne nions pas que le han substantif wallon signifiant enclos ou
étable à porcs, qu'il faut bien distinguer, ne fût-ce que momenta-
nément, du suffixe toponymique, ne soit de même racine que
hanter et que -hain. Mais si han et -hain coexistent au même
endroit, ils s*1 sont rejoints par des voies différentes : -hain vient
du Nord, han et hanter avec leur voyelle a nous viennent proba-
blement, par un emprunt ancien, du Sud-ouest. Le français a pris
- 247 -
hanter (') au ham normand, et de même hameau. Nous devons
sans doute à la même région nos termes hanter, han, hametê,
hametia, hamoûl, dont les derniers existent encore dans les
noms de localités wallonnes Hamptêau sur l'Ourthe, Hampteau
dépendance de Opheylissem (Brabant), Hamoul dépendance de
Rendeux sur l'Ourthe (Lux.), Eamtia dépendance de Floreffe
Namur). La phonétique n'empêcherait donc pas -han suffixe topo-
nymique d'avoir la même origine ; c'est la topographie, c'esl
l'histoire qui nous les montrent autrement situés et pins anciens,
et qui nous font croire que l'identification serait superficielle et
fausse. D'autres racines d'ailleurs que heim réclament aussi un
examen : tant que eet examen n'est pas t'ait, il serait prématuré
de conclure. Passons-les donc en revue.
En Allemagne, il y a des noms en -hain d'autre origine que les
nôtres : -hain y provient d'une contraction de hagin, hagen, au
sens de bois sacré, bosquet ('). Aucun rapport visible avec notre
-han.
Puis il y a le flamand hain, luxembourgeois hâm, qui est en
anglais ham, en allemand hanune. Ce dernier a d'ailleurs plu-
sieurs sens qu'il nous importe de noter : i° kniebug', pli du
genou, jarret; hinterkeule, jambon de derrière; 3° dos d'une faux.
Dans le dialecte d'Eupen, hainin signifie vorderschinken, jam-
bon de devant. Retenons ce sens général de courbure ou chose
arrondie.
L'allemand haintnel, mouton, est un ancien adjectif signifiant
châtré. Il a pour dérivé hàmling ou hàmmling. De la le wallon
hameler, châtrer, et hamelète, couteau à châtrer, a lame émoussce,
mauvais couteau. Aucun rapport.
Il y a trois hamen : l'un signifie truble, filet de pécheur dont
les bords sont attachés à un cercle de fer muni d'un manche,
moyen haut-ail. ham. haine, néerlandais haam : le second est bra
duit par tonnelle dans Mozin; le troisième est défini par hangel-
hacken, crochet de l'hameçon, en flamand haam. Ce troisième
est peut-être un mot différent apparenté an latin h a m uni. fran-
çais haim, hain, dérivé hameçon, wallon hain prononce in
(h Ce verbe doit être un fréquentatif, «le la forme 'hamitare, ou un
dérivé du diminutif *hami ttum, nécessaire d'ailleurs pour expliquer le
«r. hametê. hamètia. Le p «le Hampteau a la même origine que celuj de
dompter, domitare.
- (2) Cf. Fôbstemann, II, 63o : Weigakd, v° hain.
— 248 —
à Laroche on-in d'anglais = un hameçon anglais). Si l'on noie
({lie /ia/n-truble signifie aussi involucre, coque, peau ou sac
enveloppant, qu'il a pour dérivés par exemple le wallon hamelète
coiffe, l'allemand hemd chemise, on reconnaîtra dans tous ces
mots une idée commune : celle d'enveloppement et d'incurvation.
C'est encore l'idée renfermée dans les termes suivants : ham, m.
(dialecte d'Eupen), collier de cheval, flamand haam, n.; hammer,
cuissot ^\c sanglier; le flamand inharii, anse, baie, golfe; l'alle-
mand hàmisch défini par Mozin : malin, subtil, qui contient la
même image (pic le français retors, le wallon toùrsiveùs. Au
contraire, il faut éliminer le ham de l'allemand hambrei qui est
une déformation de hahnbrei, celui de hambuche, déformation de
haguebuche, celui de hambutte, déformation de haguebutte. J'ai
trouvé la même assimilation à Heusy (lez-Verviers) dans un nom
propre germanique : Youmblut pour Jungblut. Kiliaan fournit
encore Hamme : pars abscissa rei cibariœ, frustum esculentum,
où je vois l'idée de coin, languette. Enfin Du Cange transcrit un
Hanuna, franc, hamme, qu'il définit portio et modus agri; mais
cette définition probablement imparfaite doit être éclairée par
les exemples : i° « Terrain suam... cum omnibus domibus, quaj
in ea sunt, et cum duabus hammis, qua» sxxntjuxta font cm Chante
et pertinent ad praedictam terrain » ; — 2° « Tenet in dominico
unum messuagium, et in Le Hamme 16 acras. . Tenet juxta
Hamme duas acras ». Le Hamme est une localité dont le texte
n'indique pas la situation ; mais, dans la première phrase, si
hammis ne désigne pas deux masures de moindre importance que
les domibus, on peut comprendre qu'il s'agit de deux languettes
de terrain dévalant à une source. En dépit de tout ce qui peut
rester d'indéterminé dans le détail, il paraît évident que nous
pouvons dégager de ces exemples une racine ham dont le sens
général correspond exactement à ce que nous cherchions.
Il ne faut que se poser la question pour retrouver ce ham en
latin dans la racine cam- de caméra, et, si elle existe en celtique,
c'est aussi sous la forme cam- que nous devons la retrouver,
parce «pic, au h initial germanique correspond en phonétique indo-
européenne, un c en grec, en latin et en celtique Comme ce sens
cadre merveilleusement avec la situation topographique de nos
localités en -ham, il vaut la peine de pousser plus loin l'étude de
cette racine.
Le précieux Alt-keltischer Sprachschatz de Holder restitue un
adjectif celtique *cambos, f. camba, n. cambon, qu'il tra-
— 249 —
■ luit par krunun. Cette restitution est basée sur l'existenee de
l'ancien-irlandais camm, nouvel-irlandais cam, le kynirique camm,
le moyen-breton cam, kam, breton de Léon kamm, le comique
cani, et sur des dérivés nombreux qui ne peuvent s'expliquer sans
cet adjectif.
La forme *cambâ a donné au latin de Vegèce gamba, d'où le
français jambe. Le Dictionnaire général l'ait venir gamba du
grec y.y.y-r, courbure; c'est sans nécessité : xap/rcr, est bien de la
famille, mais l'ancêtre du mot latin est plutôt gaulois. Quoi qu'il
en soit, jambe ne signifiait donc pas le gros de la cuisse, ou le
membre en longueur, mais la courbure du membre, et, primitive-
ment, la seule courbure du cou-de-pied, comme le montre un
passage de Vegèce Ci et, bien plus tard, la définition de Sau-
maize (2).
*Cambâ est aussi traduit, ce qui nous intéresse particulière-
ment par radki'iimmiing, felge, c'est-à-dire jante. Le mot jante
lui-même doit venir d'un dérive gambïta, d'où aussi le wallon
tchame et son dérivé ardennais tchamelon (qui a les jambes
arquées).
Le celtique camb/tos, avec assimilation cammïtos, courbure
d'un objet, a donne au latin canthus, au français chant et
chanteau (poser une brique sur chant, poser une médaille de
chaut). Ce mot, d'ordinaire écrit champ par confusion, le Dict.
gén. le fait venir du grec xâvOoç, coin d'un objet, par le latin
canthus, cercle de fer de la roue; mais l'emprunt pourrait s'être
fait à l'inverse, ou encore il pourrait ne pas y avoir eu d'emprunt
du tout, la même racine se retrouvant à la fois en gaulois, en
latin, et en grec. A. la racine cam appartiennent encore les mots
caméra, chambre, cambrer, cambrure, cambiare, changer.
change, camion, camus et camard, cant, canton, cantine, chan-
tier, chantourner, chambranle, cam in us, chemin, cheminée.
Ce serait un jeu d'aligner encore plusieurs douzaines de mots
grecs et latins qui procèdent de la même racine. Nous renvoyons
aux dictionnaires et nous retournons en pays celtique.
Un grand nombre de noms de lieux en camb- sont disséminés
dans toute la région que les Celtes ont occupée avant l'inva-
sion germanique en Europe. Nous nous contenterons d'en citer
(') Veget. Mulom. 12, uK, 'JS : inflexione geniculoruin atque gambarum.
(') « Articulation qui relie le tibia au pied ». S.umaizk dans Dr C.vvu..
— 25o —
quelques-uns, renvoyant pour le détail à la copieuse e1 si pré-
cieuse collecl ion de Holder.
Avec le thème (h/non est formé le gaulois cambo-dwnon, arx
curva, burg dans une anse de cours d'eau. D'Arbois de Jubain-
ville, qui voit partout des noms gentilices, le traduit à tort par
Cambi castriim. Ce fui 1<' nom : i° d'une ville des Brigantes en
Bretagne, que Ptolémée (II, 3, to) nomme Camoulodounon, le
géographe de Ravenne Camulodono, et Bède (Hist. cales., 2, 14)
Carapodono; 20 d'une ville de Vindélicie, aujourd'hui Kempten
auf dem Lindenberg, en Souabe, sur Piller supérieur (Strabon,
IV, 6, 8); 3° il y a aussi un Kempten à l'embouchure de la Xahe
dans le Rhin, dont nous ne connaissons pas les noms anciens;
4" de Camulodunum, Colchester, dans l'Essex (Pline, //. N , 11,
77, 187; Tacite, Ann., XII, 32). A ces formes celtiques, Ernaull
compare les formations germaniques Hambden, Hambourg.
A l'aide du thème ronno, ronna, cours d'eau, ont été formés les
Cambron, les Chambron et Chambrun, les Cambronne,
noms qui signifient « cours d'eau à méandres » avant de passer à
l'une ou l'autre localité habitée sise sur ces cours d'eau. Citons en
témoignage la mention ancienne relative à notre Cambron du
Ilainaut : « in loco qui appellatur Cambaronna super fluvium
Asbra » (') (Duvivier, Hainaut ancien, p. 3o6).
Cambrai est le celtique Camaracus. La Camargue est le
celtique Camarica (insula). Les Chambord, Chainbort,
Chambourg viennent de Camborîtus, gué de la courbe. Les
Chambéry sont issus de Cambariâcus; Chaingy (Loiret) et
Changy (Allier) de Cambiâcum. Citons encore Chambyge,
Chambourcy, Chamboulive, Cli ambouchard, Cham-
brecy, Chandeuvre, en France, d'après l'ouvrage de Holder.
Des cours d'eau ont retenu ce nom; la Cambre, entre le Mans
et Avranches; le Câmm, en Bretagne; le Chamh, affluent du
Regen ; le Kembs, affluent de gauche du Rhin au X. de Baie;
!•' Kamp, cours d'eau de la Basse-Autriche. Au même radical
semblent se rattacher la Cambre, aux portes de Bruxelles;
aleCambe, 1. d. à Dottignies, Fl.occ. (Kurth, F. L.,t. 1, p. 218);
Cambrehout, Pas de Calais, S'-Omer (Kurth, F. L., t. I,p. 372);
(' Ancien nom d'une «les branches de la Demlre, de Asb-uva^ qui a laissé
son nom au village d'Arbre. — M. Kurth range indûment Cambronne dans
les noms à suffixe -bvoiuie source {Front, ling., t. I. p. 353) et ajoute en
note que Cambron n'a rien à voir avec Cambronne.
— 25l —
les deux Comblain, sur l'Ourtlie; Chambralle, sur l'Am-
blève; Cambrouille, 1. d. à Fauvillers; la Combroux, L d. à
Halanzy (Kurth, ibid.. t. I, p. 46): Combroye, I. d. à Longvilly
(ibid., p. 79): sur les Cobrues, 1. d. à Limerlé (ibid., p. 87).
La Cabre. 1. d. à Pussemange (Tandel, Comm. lux., t. VI
p. 664).
11 a pu se faire aussi que maints Chamb ont été écrits Champ,
comme s'ils venaient de campus, et, lorsque l'on n'est pas eu
possession de quelque texte ancien fournissant la forme réelle, on
ne peut rien soupçonner de leur origine. De ce genre serait Le
Champ-près-Froges, département de l'Isère, arrondissement de
Grenoble, qui est (ïambe en 739 11), Champ-hâ, aux Tailles (Lux. .
Sera-t-il téméraire, après ces nombreuses analogies, de conjec-
turer que le nom de la villa Chambo super Ortho fluviolo de 636,
— que déjà M. Kurth refusait d'assigner aux -heim sans avoir
pourtant de solution positive qui le sollicitât en sens inverse, —
se rattache à cette racine indo-européenne qui se présente en
celtique sous les formes camb, camm, cam, en germanique sous
les formes hamm, ham? Ensuite, puisque ce Chambo ne peut être
que Grand-Han ou Petit-Han sur l'Ourthe, ne faudra-t-il pas
assigner aux autres han la même origine?
Mais, en acceptant cette hypothèse, la solution reste encore
indéterminée. Lst-ce au domaine celtique, est-ce au domaine
germanique qu'on assignera le suffixe? D'un côté, Chambo avec
son ch initial a bien l'aspect celtique ; mais il n'en est pas de
même des autres han, avec leur h initiale et l'absence du b.
La contradiction n'est pas impossible a résoudre. Le Chambo du
vne siècle s'explique facilement si on se rappelle que l'aspiration
initiale des noms germaniques à l'époque mérovingienne était si
rude aux oreilles latines que les chroniqueurs, pour représenter
ce son en leur latin où h n'avait plus de valeur, l'ont figure le
plus souvent par ch. Ils écrivent Chlodovecus, Chlotarius,
Chlodomir, «le la racine germanique hlodo. Cec/i ne représente
pas du tout la palatale chuintante ch du français, mais une
spirante gutturale sourde. C'est de pareilles graphies latines.
(MHoldek. d'après Pakdkssis. Diplom., n" 55g, = t. II. ]>. 372. - De ce
genre serait encore Camba in Dionante, que Holder rapporte à Champ.
dépend, de Champneuville 1 Meuse), d'après Pardessus, Diplom., ti° 325,
année 656, = t. II. p. io3.Mais cette identification est repoussée par Kurth,
Frontière linguistique, t. I. p. 4<i;. qui rapporte Dionante à Dinant.
— 252 —
mal interprétées, que nous sont venues les traductions modernes
Clovis, Clotaire, Clodomir, qui sont purement livresques. Dans
les noms de lieux, M. Kurth nous fournit encore deux autres
mots qui sont figurés par ch au lieu de h : ce sont Choio pour
Hoio, Huy, et Chandregia pour Handreia, la ILedree, affluent de
la Loinme. Note/, (put l'Allemand a encore aujourd'hui l 'habitude
île représenter diverses spirantes par ch : ich, dich, noch, Tuch.
pliant a mb de Chanibo, on peut dire que mb alterne si souvent
avec mm dans les langues les plus diverses qu'on ne saurait tirer
aucune conclusion sérieuse de la présence du b pour assigner la
forme chambo au celtique plutôt qu'au germanique. Donc : i° nous
ne voyons pas de discordance irréductible entre cette forme et les
autres noms en han; 2° la phonétique nous force à dire que han
porte la marque germanique".
VI.
On voudrait pénétrer plus avant dans le problème, savoir à
quelle époque ces noms ont été créés, en d'autres termes savoir,
au profit de l'histoire de la colonisation de notre pays, quel
peuple a fondé les villages en -han de la Semois et d'autres cours
d'eau de notre région transrhénane, et vers quelle époque. Ques-
tion délicate et complexe.
Nous invoquerons d'abord des arguments d'ordre historique.
On a relevé tant de traces d'habitation celtique dans notre topo-
nymie ardennaise : à qui fera-t-on croire que la Semois, l'Ourthe,
la Lesse, la Chiers, la Sambre ont attendu les Germains pour
recevoir des habitants dans leurs plus belles anses de rivière?
Cette considération, qui ne serait pas probante pour une localité
isolée comme Laroche ou Rochefort, est invincible quand on
table sur un ensemble comme celui des -han de la Semois. D'autre
part, si, au sud de la frontière linguistique et de la zone d'occupa-
tion germanique en niasse compacte, des seigneurs germains ont
pu imposer parfois aux populations environnantes un nom germa-
nique pour leur habitation, ce phénomène n'a pu se produire en
aussi grande proportion que le feraient supposer le nombre et la
dissémination des -han.
La linguistique nous offre encore un moyen d'investigation :
c'est de voir à quels ternies han est préfixé ou suffixe.
Le l'ait que la plus grande partie de ces lieux portent le nom dé
Han on Ram tout court, sans être précédé d'une détermination,
nous t'ait croire que nous avons affaire en ce cas à de vieilles
— 253 —
formes déjà devenues noms propres a l'époque de la composition
germanique, à des mots figés, n'étant plus susceptibles de rece-
voir une détermination individuelle. Ces déterminations sont
parfois venues, mais beaucoup plus tard, inventées au fur et à
mesure que les distinctions s'imposaient. Dans la dénomination
Han devant Marville, l'addition devant Mai-ville ne tient pas plus
au nom que lez-Spa ou lez-Verviers accolés à Sart ou. à Lamber-
mont; elle est une spécification géographique récente. De même
dans Grand-IIan et Pelit-Han, il est évident que grand et petit
ne sont nullement contemporains de Han. Il en est de même si
l'on rencontre quelque part un niederham et un oberham. De
pareils déterminatifs ne nous enseignent rien sur l'origine de han.
Il faut étudier des formes de composition plus intime.
On trouve han suffixe a un premier terme dans Bohan, Dohan,
Nohan, Lohan, Bienhan, Briahan, Poupehan, Dornhan, Libé-
han, Reméhant, Erlehan, Daviha. Quelques uns de ces noms
nous suggèrent une explication plausible, sinon exacte : Dornhan
a bien l'air d'être le han aux épines, Erlehan le han des aunes.
11 y a peut être, un nom de possesseur dans Bienhan (comparez
J?er/ie ville), Poupehan (Poppo), Libéhan (Libert), Reméhan
(Remy), Daviha (David): toutefois, en l'absence de formes assez
anciennes, ces explications demeurent spécieuses. Mais que faire
d'éléments aussi laconiques que Bo-, Do-, No-, Lo-1 Frahan
semble composé avec l'adjectif gaumais fra — froid : ce han est
en effet orienté vers le nord. Morsehan et Mortehan paraissent
aussi des formations romanes, seulement plus anciennes que
Grand-Han, avec les participes féminins morse, mordue, corrodée,
et morte. Le substantif han serait ici employé au féminin comme
encore dans le lieu dit la vieille han, que note M. Roger ('),
phénomène qui ne se produit jamais pour han nom commun signi-
fiant demeure et issu de heim. Quant à Marbehan, qui est en i3oo,
Marbehayn, en i3i4 Mabrehan, Mabrahan. Maberhan. sans parler
d'un hypothétique Mambrant de 1270. nous ne savons s'il faut
l'expliquer par inabru (malum brogilum, mau-breuil) ou par Mar-
bay, qui doit avoir été un ancien nom de la rivière de Mellier.
Cet examen d'un premier terme annexé a -han nous montre deux
sortes de mots; les uns échappent aux règles de composition
(!) L. Roger, ouv. cité. p. 275. L'emplacement n'est pas spécifié. C'est,
d'après Tandel, la place primitive de Han-lez-Tintigny.
- 254 -
germanique, Vieille Han, Morte-han, Morse-han, peut-être Fra-
han ; les autres sont de formation assez ancienne pour que le déter-
minant ne se laisse plus pénétrer.
Voyons maintenant si les formes qui se servent de han comme
déterminai il' ou premier terme ne nous apporteront pas quelque
lumière. La liste n'en est pas longue : ce sont bach (bay, ba),
berg, burg', boek, boni, bosch (beux), braine, brouck, brui ibru),
buch, hof, weiler, wez. Presque tous sont d'origine germanique
et de ceux qui ont servi pendant longtemps dans la nomenclature
toponymique, de sorte que l'on ne pourrait rien induire de la
plupart sur l'ancienneté du ham ou han qui y est annexé. Les
plus anciens de ces termes sont ceux qui ont servi à dénommer
une rivière, une montagne, parce que de pareilles désignations
sont le fait des premiers habitants ou des premiers envahisseurs
qui se sont peu à peu substitués à l'antique population : Iluni-
bach, Ilamba, Hamberg, Hamburg, Hambosch, Hambeux. Mais on
peut objecter contre cette présomption d'ancienneté que hambach
n'indique pas nécessairement le ruisseau d'un Ham dénommé et
connu, de fondation antérieure, mais peut signifier ruisseau
sinueux, ruisseau aux méandres ou hans, à la façon du gaulois
cambaronna : dans cette hypothèse, han est un terme vivant, de
la langue courante, qui est employé comme qualificatif du second
terme, il n'indique pas un lieu dénommé antérieurement. Ce sera
bien là, en effet, le cas ordinaire. Mais il y a un cas intermé-
diaire : hambosch n'est pas obligé de signifer « bois de Ham » ni
« bois sinueux », mais bois du han, situé an han ou sur le han,
c'est-à-dire à la courbe; hamwez sera le ce gué du han », non le
« gué de Han ». Mais cette considération n'est pas de nature à
rejeter han dans un lointain passé, il suppose au contraire l'exis-
tence d'un han nom commun, masculin ou féminin, qui a été
employé dans la zone romane soumise à l'influence des Germains.
Soit, mais ce nom a été assez rare et assez localisé, il s'est éteint
assez tôt pour ne pas avoir été recueilli par les lexicographes.
A l'époque des manuscrits et des chartes que dépouille Du Cange,
ce han est bien mort, on ne le trouve plus que dans des noms
propres où Du Cange le confond avec ham issu de heim. 11 n'est
donc pas vrai de dire que han est contemporain de burg, berg,
weiler, wez, etc. 11 lui est antérieur, et, après avoir servi à
dénommer une foule de lieux sans autre détermination, il a été
employé comme terme déterminatif. Mais la réciproque n'est pas
vraie : han n'est plus assez vivant pour qu'on s'en serve comme
— 255 —
terme unique ou comme terme fondamental. Si on trouve han-
weiler, a le village du han », on ne trouve pas wei/e/- han, « le han
du village»; si on trouve hambach, «le ruisseau du han» ou
u aux hans », on ne trouve point bach-ham, « le han du ruisseau ».
C'est que, depuis des siècles, la sinuosité du ruisseau, la courbe
d'un promontoire, d'une colline boisée, ne s'exprime plus par ce
mot. On ditcoin, boucle, courbe, ecke, hoek, krnmm, cron, jamais
han. Ajoutons d'ailleurs qu'aujourd'hui l'habitant, le voyageur,
et même le topographe, sont moins frappés qu'on ne l'était jadis
par les méandres d'une rivière. Ils n'ont qu'à les admirer en
passant, ils n'ont pas a en souffrir, a chercher leur chemin dans
les huiliers. Des routes commodes et des ponts solides détournent
leurs esprits du cours d'eau folâtre qui revenait barrer le chemin
au piéton et de la muraille de pierre qui se dressait brusquement
sur l'autre rive. La rivière apparaissait jadis comme le grand
obstacle et ses sinuosités formaient des unités qui avaient un
nom.
Sans vouloir affirmer (pie les noms en han sont plus vieux que
les chemins, deux hypothèses cependant se présentent à la
pensée : i" Ou bien cette belle vallée de la Semois, dont la rivière
porte un nom celtique, qui avait une ville celtique à sa source,
l'antique Orolaunum, a été colonisée par des Celtes, et les boucles
de la Semois fuient dénommées par eux, en tout ou en partie;
•2" ou bien elle a été colonisée, graduellement, par des colons ger-
mains qui sont descendus de la source de la Semois jusqu'à son
embouchure; ou enfin, 3" (die a eu successivement des colons
celtes et des colons germains. Or, si ham est évidemment de forme
germanique et atteste l'influence germanique dans la vallée de
la Semois, je ne serais pas étonné qu'il existât déjà sous la forme
camb ou cuni dans le langage des populations celtiques île nos
rivières ardennaises. Dans cette hypothèse, ham pourrait avoir,
parfois du moins, une origine celtique et avoir été, dans cette
zone, à la lisière germanique, transformé et traduit par les bouches
de ces Germains qui reconnaissaient dans camb un mot a eux,
un mot qu'ils avaient en commun avec les Celtes. Cette conjecture
mettrait d'accord l'histoire, la topographie et la linguistique; elle
expliquerait la tournure germanique des noms et elle cadrerait
avec la certitude que les beaux méandres de la Semois n'ont pas
attendu l'invasion germanique pour recevoir des habitants et
des noms.
- 256 -
Si l'on s'en référait aux vues de M. Camille .Jullian ('), les
tribus belges rencontrées par César auraient été germaniques ou
semi-germaniques. 11 se représente ees premiers Germains venant
par les cours d'eau <lu Nord, remontant la Meuse et ses affluents,
jusqu'à Mézières, s'échelonnant dans les « couloirs de culture »
qui longeaient les rivières, dans le pays de Hervé, la Hesbaye, le
Condroz, la Iranienne, les Hautes-faunes. Le versant de la Semois
aurait été leur limite méridionale (*) : « Lorsqu'apparaissent, à
l'est de l'Aa [limite méridionale des Ménapes vers la mer] ou aux
approebes de la Semoy, les espaces des marais et des forêts sans
fin, d'autres manières de vivre se montraient et le nom gaulois
reconnaissait à peine les siens dans ces Barbares des régions
tristes ». La Meuse, de la Semoy aux bois en amont de Duii,
dépendait des Rèmes (3). Ainsi la toponymie de notre région con-
tiendrait une couebe germanique antérieure à César, si l'on en
croyait le système de M. Jullian, qui ne l'ait ici que rajeunir un
peu l'ancienne interprétation des Commentaires. En adoptant ce
système, nous pourrions mettre en présence à une époque reculée
le diinb gaulois et le ham germain. Néanmoins nous nous refuse-
rons le bénéfice de cet argument; nous ne parvenons pas à voir
d'autres Germains dans la Belgique préromaine que les Adua-
tiques ; nous ne pouvons donc faire remonter la germanisation,
toute relative d'ailleurs, de nos Ardennes qu'à l'époque de la
décadence de la domination romaine dans le Nord de la Gaule, et,
greffés ou non sur des formes celtiques antérieures, les premiers
noms en ham de notre pays appartiennent à cette époque.
Ces conclusions peuvent servir aussi pour les ham des lies
britanniques. Quant à la date, comme ils ne se rencontrent que
dans les régions germanisées, on peut affirmer qu'ils sont tous le
résultat de la conquête anglo-saxonne et de la conquête normande.
Mais à quoi bon invoquer ici ces noms en -ham, que tous les topo-
rrymistes donnent comme issus de -hfim = -heim't A notre avis, il
suffit d'étudier les cartes et les indications topographiques d'un
Baedeker pour s'apercevoir que, là aussi, il y a deux sortes de
-ham, comme sur la côte française. Nous sommes mal outillés pour
en faire le départ exact, mais on peut raisonner sur l'ensemble.
(l) Histoire de la Gaule, t. II, p. 9 et $65, 4*4-
(*) Ibid., t. II. p. 10.
( :; Ibid., t. II. ]>. 483, note 9.
— 257 —
,Ie dis qu'on trouve en Angleterre Ham ou The Ham sans déter-
minatif, phénomène qui n'existe pas pour heim; qu'on le brouve
employé identiquement de la même façon que le celtique cam,
camb, amibe ou combe en Cornouaille, en Galles, en Irlande et en
Ecosse, de la même façon que le ham ou inham néerlandais et
allemand; que ham ou des composés de hum y désignent des
boucles de rivière, des promontoires arrondis, des anses de
rivage. Sans doute ces accidents du sol ne sont pas interdits aux
heim, mais nous avons remarqué aussi que les plaines et le plat
pays, très séduisants pour des cultivateurs, contiennent bien moins
de noms en -ham (pie les régions tourmentées des rivières et des
côtes. Admettons qu'il ne faille asseoir l'étymologie de chaque nom
particulier que sur des titres fournis par les cartulaires locaux;
mais, quant a l'ensemble, nous croyons apporter assez d'argu-
ments pour faire réviser le jugement porté jusqu'ici sur l'origine
uniforme des hum anglais (').
4. Le suffixe -ir à l'infinitif
de la première conjugaison en g-aumais (2).
La majeure partie des verbes gaumais issus de -are précédé
d'un yod a l'infinitif en z'bref, au lien d'aboutir à yé (transcrit iev),
comme dans le pays messin au sud, ou comme dans les Ardennes
luxembourgeoises au nord. Mais nous avons trouvé un nombre
assez respectable de verbes en y-are qui ont en gaumais l'infinitif
en -ir et présentent en outre certaines particularités connexes
de conjugaison. C'est là, que je sache, un fait qui n'a pas été
signalé jusqu'ici. Le wallon, pris en général, possède un seul de
ces verbes, tchîr, cacare, mais il a passé inaperçu. La Wallonie
prussienne a de plus crir, crier. Le gaumais en a une centaine.
Quels verbes en y-are sont en -ir, et pourquoi? voilà ce qu'il
faudrait déterminer.
Alignons quelques infinitifs de verbes en ir avec leurs corres-
pondants wallons ou lorrains :
(') Le lexique des noms en -han et en -ham paraîtra prochainement dans
le Bulletin de la Société veroiéioise d'archéologie cl d'histoire, t. XI. 2e partie.
(2) Remaniement du S, 90 de mon étude sur la Phonétique du gaumais et
dn wallon comparés, p. Gi-65.
— 258 —
Lorrain. "Wallon.
Messin Gaumais Ardeunais Nord-Wallon
encramié acrèmîr ècramié ècramî
— s'aheûkîr s'aheûkié
engrahié ègrâjir — —
ècafîr scafié —
[guètî (Verviers)
cokie gatir quelle ,„ ._ ..
" n /<•«// (Liège)
natié nètir nètié nètî
s' rafir .s' rafiyé .s' rafiyî
\ rasèrsé (Neufchâteau) l rasèrsî (Liège)
rasersir v v fe
/ rasèrsié (Laroche) ( rasièrsi (Maluaedy)
roublîr roûvié roûvî
On ne distingue qu'une chose à première vue, c'est que les
verbes gaumais en -îr correspondent à des verbes liégeois, arden-
nais, messins soumis à la loi de Bartsch-Mussafia. Mais tous les
verbes en y-are ne l'ont pas l'infinitif en -îr. Au liégeois d'ployî,
ardennais d'ployé correspond en gaumais dèplouyî', à tchèrfyî,
tchèrdjé correspond le g. tchèrfyi. Qu'est-ce donc qui distingue par
exemple le g. nètir de aneûti, ou nachir de abat-hit
Si on examine le reste de la conjugaison, on trouvera (pie les
verbes en -//• ont au participe passé -î pour le masculin, -iye pour
le féminin : gatî, gatîye. Au contraire abachi fait au participe
passé abachi, abnehiye. Voilà une première différence. 11 y en a
d'autres à l'indicatif présent, qui deviendront sensibles si nous
comparons diverses sortes de verbes en -are.
I. II. III. IV.
t^mèy abachi s'aneûti s' rafir
fyu tn'ine Sf abache fy' m' aneûtî ïju m' rafîye
tu firmes t'abaches tu V aneûtîs tufrafîyes
i firme il ubaehe i s' aneiiti i s' rafîye
tf twmnns <f abachans tf nous aneûiyans fy nous rafiyans
v' tii'mèy y' abachèy nous v'aneûtyèy vous />' rafiyèy
i tœmant i-abachant i s' aneûtyant i s' rafiyant
X l'examen de ce tableau, les différences se dessinent. 11 y a
dans le radical du n" iv quelque chose qui manque au n° m :
• 'est 17 de rafiyans. Il y a dans le n° ni quelque chose qui manque
aux types i et n : c'est le y de aneûiyans. Le n" n avec son infi-
iiitil' en -i représente évidemment la classe des verbes qui ont en
— 259 —
français -ger, -cher, -sser; les consonnes palatales ont absorbé
17, qui n'est plus visible qu'à L'infinitif ; autrement dit, abacham
est un épaississement de abassyans, comme le français aba i sson s
vient de abaissyons. Donc, si i représente les verbes on -are
précédés d'une consonne, n et m représentent des verbes en
-y -are, iv îles verbes en i- y-are. Le y ici est purement théorique
et représente évidemment «les phonèmes palataux à rechercher.
Les verbes en y- are donnent ier en ancien français, yé en
ardennais, i en nord-wallon par une contraction tout ordinaire,
1 bref en gaumais, ce qui doit provenir d'un abrègement subsé-
quent de î. Donc les verbes en i -y-are auraient dû donner en
ancien français i-ier, en ardennais i-yé, i-yi en nord-wallon, i-yi
eu gaumais. Par conséquent s' rafiyi, s' rafiyé, ou spiyi, spiyé
sont parfaitement réguliers; mais guètyé, guèti, ou nètyé, nèti.
ou roûvyé, roûoi, en regard «le gatir, nètir, roublir apparaissent
maintenant comme ayant t'ait subir au radical verbal une contrac-
tion : guèti est contracte de guèliyi, l'ardennais nètyé de nètiyé.
Le gaumais gatir, nètir a aussi fait la contraction, mais il a de
plus retenu l'/\ et c'est ce qui fait l'originalité de ces verbes.
A quelles terminaisons latines effectives correspond ce théorique
i-y-are? D'abord il faut devant -are un premier élément palatal,
lequel est constitué par c, g le plus souvent, mais peut l'être par
li (cou siliar e), par cl somnic(u)Iare), par ti (*c umi ni tiare).
Ensuite il faut (pie ce y soit précédé d'un second clément palatal
i ou e. A ces conditions même on n'est pas sur d'aboutir à un
infinitif en -ir en gaumais. 11 faut encore que ce second élément
palatal / ou e soit persistant; or cet / ou e est atone et disparaît
souvent en roman, laissant en présence deux consonnes qui se
combinent. Ainsi castigare devenant casti-y-ar donnera au
français châtier, au gaumais tchètir; mais excorticare per-
dant 17 avant l'altération du c devient escort'car, qui donne
au français écorcher, au gaumais ècôchi; fabricare devenu
fabregar, faurgar, donne au français forger, au gaumais
fordji; impedicare devenu emped'car donne à l'ancien-fran-
çais empeg ier, au gaumais apifyi; *e umi ni tiare devenu cumin-
tiar donne au français commencier, commencer, au gau-
mais coumaci ou coumèci. L'existence persistance «les deux clé-
ments palataux est la condition nécessaire pour aboutir a la finale
-ir en gaumais. Communicare, dont!'/' subsiste, devient comu-
nîr, precare donne prîr, negare nir, *nitidicare ou plutôt
netticare nèiir. Si fricare, secare, plicare n'ont pas
— a6o —
donné en gaumais frir, sîr, plir, mais frouyi, souyi, plouyi,
c'esi que la première voyelle avait cesse d'être palatale. Si au
contraire eaeare a donne tcllir, même en wallon, c'est parce que
la transformation du ca initial en che a précédé l'autre et fourni
la \ oyelle palatale e.
Les verbes en -iliare ou en -iclare, en français -ciller,
i-ller, donneront donc -ir en gaumais, et la ]>lus grande partie
de notre liste se compose effectivement de verbes qui corres-
pondent aux verbes fiançais en -iller : anc. -franc, gatiller,
gaumais gatir.
Il s'agit maintenant d'expliquer certaines exceptions appa-
rentes. Le verbe roublir, oublier, doit provenir de re-oblityàre,
c'est-à-dire de re-oblitare dont le / a dégagé un yod. Pour que
sternutare donne tarnir, il faut que le latin -utare soit
devenu dans cette région -iityare ou -itrare. Cependant le
traitement analogue «pie l'abbé Rabiet a signalé a Boni berain
pour les verbes en -urare, -i rare (') ne se retrouve pas ici.
Voici une liste des verbes gaumais en -ir issus de i -y-are que
nous avons pu recueillir :
abèrzîr, enchevêtrer, emmêler, brouiller; Liégeois, Compl. du
lex. ççaum. — Cf. abèrzilié à Bourlers, Iïainaut, brouillé par la
boisson, un peu gris.
abir, habiller ; à Jamoigne abir in pignan, crépir un pignon.
acramîr, acrèmir, emmêler. Cf. messin ancremié, ard. ècramyé.
agavîr, gaver (la volaille), littéralement engnviller.
s'aheûkir, s'envelopper la tête d'un voile, nommé heûke. Cf. ard.
s'aheûkyé.
atortîr, entortiller.
atrâtîr, habituer un poulain, un bouvillon aux traits.
bauskîr, brouter, paître, Jamoigne.
bèguîr, bégayer; ard. bèg'iiyé.
boquir, v. intr., faire un travail de boquillon ou bûcheron. Liég.
Complément du lex. ganm.
brîr, briller.
bwatîr, boitiller, boiter.
cahîr, se dessécher, en parlant de la terre; se déjoindre, en
parlant des ais : Dasnoy, p. 61.
canîr, chipoter, toucher à tout sans nécessité.
(' | Revue <lcs Patois gallo-romans, I. p. 267 .
— 26l —
canr. se pavaner, se carrer, a Virton, Mais, Dut. man.; se
dandiner, se donner de grands airs, a Tintigny, Liégeois, Compl.,
p. 3o.
cawir, remuer la queue, frétiller; ard. cuivré.
chorir, défini dans Liég. Lex. : tourner autour d'un lieu, d'une
reunion avec de mauvaises intentions. Cf. messin échorié : écouter
clandestinement, et chorié, qui a l'oreille coupée, essorillé. Donc
de *ex a u r i c(u) lare avec le sens particulier de mettre oreilles
dehors.
comunir, réunir des pâtes, des liquides; communier.
confir, confier. De *eon f id va r e .
contrâlir, contrarier.
copîr, copier.
côtîr, côtoyer, suivre pas a pas.
crankir, recroqueviller, faire Iriser un cheveu. Chiny.
cusmir, d'après Liég. Lex. : muser, tripoter autour du feu.
Cl', messin keusmeillé, faire un travail de peu d'importance. De
c o- s oui n ic (u )1 a re . Le wallon somi = sommeiller : il y aurail
lieu de rechercher un verbe gaumais soumir.
cuvir, écouvillonner. De :r:scopiliare .
ciinir, cuire doucement, Chiny.
dècaf'ir, ôter les cosses (café ou cafié a Virton, cafiètes a
Chiny). Virton, Mais. Cf. ècaf'ir.
dècrèmir, démêler; ard. discramyé.
dèfir, défier.
dègatir, chatouiller; ard. diguètyé, verv. duguèti.
ilègobir, dégobiller.
dènakir, mordiller, grignoter, Liég. Compl. p. <)2. Ci. nâtchir.
dètortir, détortiller.
écafir, ôter les écales {cafu, cafiotes, ard. châfes). En ard.
sicafyé. Cf. dècafîr.
ècarquir, écarquiller.
s'èg-osir, s'égosiller.
èo-rajir, étendre les cendres d'un brasier; messin angrahié.
èparpir, éparpiller.
èscofir, subtiliser, dévorer, détourner. Tarait être un doublet
de ècafir, car Tard, scafyé signifie a la fois ôter les écales de
quelque chose et l'absorber subtilement, d'où faire disparaître.
ètrir, et, par suppression de l'e initial, fréquente en gaumais,
trîr, étriller.
ètudir, étudier.
— 262 —
fêtir, fêter, cajoler, Jamoigne, Ste-Marie.
su /'//•. se fier.
flambir, flamboyer.
froumir, fourmiller, avoir des démangeaisons.
gaspîr, gaspiller.
gatir, chatouiller, ard. guètyé, verv. guèti, liég. catî, nain.
kèki, messin cokié, à Bourberain guètoyé. De *ca1 ulyare, et non
de eatuli re comme disent les étymologistes.
grawir, gratter, touiller en grattanl ; ard. grawyé, n.-w. grawi,
messin growillé.
grîr, griller.
hàrir, faire tourner un «attelage de droite à gauche et de gauche
à droite, .Jamoigne.
hosquîr, bégayer.
houspîr, houspiller.
maquîr, faire le maquignon, maquignonner, Jamoigne.
màtrir, maîtriser; le wall. mêstri, kimêstri, tyranniser, mal-
traiter a passé à la conjugaison en -?.
mawîr, mâchonner, ard. mawyé.
.s' mèfîr, se méfier.
morfîr, mâchonner, mordiller, litt1 morfiller.
mouchîr, émoucher. De *exm uscicare.
musquir, muser, s'oecuper de menus ouvrages, Rossignol,
Sainte-Marie.
naquîr, Liég., Compl. 92, mordiller, grignoter; parait être le
même (pie nâtchîr, Liég , Lex.. i52, manger du bout des dénis,
sans appétit : messin naquéillé.
nètîr nettoyer; su nètîr, expulser l'arrière-faix; ard. nètyé,
n.-w. nètî, messin natié.
nîr, nier.
pètir, pétiller, Liég., Compl., 99; pétrir à Jamoigne.
pîr, marcher sur, fouler aux pieds, ard. piyé. De *pedicare.
plàdîr, plaider. De plaid -f- suff. -iliare.
peûcir, épouiller, passer son temps à des futilités. Manque en
wallon. Etym. incertaine faute de formes comparatives. J'avais
propose, à cause de la sifflante, un dérivé de pollicem, soit
*p olli cicare; c'est peut-être simplement un dérivé du gaumais
peu, pou, avec nue consonne de liaison anormale, un suffixe
-iliare et un préfixe ex qui disparait souvent en gaumais sans
laisser de trace.
prîr, prier.
— 2frt —
rabèrzir, emmêler, Liég.
nibir, rhabiller.
s' raçrâtir, se ratatiner, .s' racrâtè à Jamoigne, s' racrêtier,
Dasnoy, 4-9
racécir, faire prendre le trais, syn. de rapârèy. — su racécir
« se reposer quand on a chaud ». Jamoigne.
racÉ'èmir, emmêler. Cf. acramir.
s' rafir, se réjouir; ard. si rafiyé, n.-w. s' rafiyi. De rend
*f i dyare.
ramuchir, rôder sournoisement, Sainte-Marie. De re -f ad -j-
un fréquentatif en -iliare de mu ci a re, mucier, musser. ramuchi
à Jamoigne.
rasèrcir, repriser des bas, ravauder, rentraire. En Chestrolais
(zone de N^euf château) rasèrcé, ard. rasèrcyé ou rasèrcé, liég.
rasèrci, Malmedy rasièrsi. Cf. messin rèssèrcis, reprise à l'aiguille,
rouchi rassarcir, picard ressercir, .Jura resservir. G-randgagnage
l'ait venir ces mots de sarcire, mais pour le gaum. et le wall. il
faut poser re-ad-*sarciliare.
ratortir, entortiller, envelopper. Cf. atortîr.
raug'iiir, « être rauque «Jamoigne. Cf. w. ranki, râler, (Jggg.
II, 278.
ravir, éveiller. De r e-ad- vigilare.
rôchir, ronger un os. De *rodilyare. Cf. roche, dévorer, ;i
Bourberain.
roublir, oublier, oublir n'existe pas; ard. roùvyc, n.-w. roûvi.
De re-*obl i tyare.
ruinercir, remercier. Doublet de rumèrcièy et formé par ana-
logie. En n.-w. rimèrcï.
rucopîr, recopier.
riuur, renier, Jamoigne; riinouyi dans Liég., Compl., 119.
sàbrir, semoncer, taper dur pour finir un ouvrage. LiÉG.
Compl., 122. Litt1 sabriller.
sàrpir, travailler avec la serpe.
sautrir, sautiller.
tarnir, éternuer, messin trènoivé, ard. stièrnï, n.-w. stièrmî ou
stièrni; à Spa, Stavelot, Wallonie pruss., stiènvï.
tchambrir, tituber.
tchandir, être en chaleur, Liég., Compl., p. 34-
tchèrir, charroyer, Jamoigne.
tchètir, châtier.
tchutchir, chuchoter. Jamoigne.
— 264 —
toupîr, se remuer, litt' faire la toupie; ard. toupyé.
tourbir, tourbillonner.
trir, étriller. De *strigilare pour strigulare.
trir, trier. I>e stricare pour extricare, avec chute <le
s init iale.
s" treûtîr, se vautrer dans la boue, comme la truie, en gauin.
Inryc. Je ne crois pas qu'il puisse être question ici de la truite,
qui ne recherche point la vase comme l'anguille.
uchir, ouvrir et fermer les portes; litt1 huissiller, de ostiuin.
s' vétrir, se vautrer, l'aire le veltre ou vautre, liég\ si uoutn,
s' kihoûtrï; ard. s' kihoûdriyé, nain, si cohoûtri ou cowoùtri, à
Sari s' cuvètrouyî. Lobet donne pour Verviers kvautrî.
vir, veiller; vèyi à Jamoigne.
Le suffixe toponymique -ster (\.)
Il ne s'agit pas ici des finales germaniques bien connues -chester,
-rester, -caster (château); -closter (cloître); -munster (monastère);
-oster, -ooster(de l'est); -wester (de l'ouest) ;-stert (bout, extrémité) ;
mais d'un terme particulier employé tantôt seul, tantôt comme
préfixe, le plus souvent comme suffixe, dans des noms de lieux
assez nombreux qui s'échelonnent le long de la frontière linguis-
tique belge. Il suffira de citer comme exemples, pour fixer les
idées, Pepinster, Jehanster, Surister, Herbiester, Solwaster,
Thimister, Ilodister.
Ce suffixe obscur a été expliqué de diverses façons, les unes
plaisantes, les autres vraisemblables (2). La plus naturelle est
celle qui a été défendue par M. X. Lequarré, qui posait comme éty-
mologie le verbe latin stare et citait des articles de Dr ('ange (3).
11 faut d'abord examiner cette explication, qui est en effet la plus
ordinairement fournie et la plus séduisante par sa simplicité.
Stare est devenu en français ester, ce qui est mi-savant au lieu
de éter, en wallon ster (prononcez ste). Sins wê ster, dont les
(l) Abrégé du travail intitulé : Les noms de lieux en -ster, qui a été publié
en i;j(>4 dans le Bulletin de la Société vèroiétoise d'archéologie et d'histoire,
i. V, p. 2i4-35G, travail beaucoup trop long pour être inséré ici, a cause de
-a marche analytique. On a dû aussi supprimer le lexique des noms en -sic/-.
qui s'est augmenté de nombreux termes depuis la première publication.
(~ ) Cf. Bulletin précité, pp. 217 et i>'53.
(3) Bulletin de lu Société liégeoise de Littérature wallonne, t. XLIII (njoa),
p. 182.
— 265 —
dictionnaires font un verbe wèster, signifie sans guère attendre.
Nous trouvons ensuite dans Grand gag-nage, II, 426, le mot testa,
expliqué par pause, halte. La traduction est exacte, niais il n'y a
pas plus de testa que de wèster, je n'ai jamais entendu que on p'tit
testa, et cette expression doit se comprendre et s'écrire on p'tit
esta. Dès lors le sens de arrêt, j>ause se justifie de soi-même, le
mot est de la même racine que le verbe stare. Le mot est d'ailleurs
dans Godefroy :
« Estât, arrêt, station :
Desus la fosse s'aresta.
Longuement i fist son esta
Por esgarder que dedans ot.
Reiuut, i>4<07 (MÉON). »
Je trouve encore en vieux wallon le mot steis, substantif, au
sens de obstacle, retard : sans avoir steis ou difficulté ('). Ce
mot est évidemment de la même racine que les précédents. Il ne
peut y avoir place a côté d'eux pour un stèr, dont 1'/- se prononce,
dont l'e est ouvert, et qui, dans certaines régions, est susceptible
de devenir stier, stir (a l'ouest de Liège), et même sty.
Du Cauge semble nous donner tort., Il cite un stare ou estare,
qui se décline! On eu conclut aussitôt que c'est l'infinitif latin
stare, pris substantivement. Ce n'est pas impossible; dans le
latin étonnant du moyen âge, ce stare se déclinant comme mare et
doué d'un ablatif stari pourrait être, à la rigueur, l'infinitif stare:
mais c'est bien invraisemblable. Quand le moyen âge lui-même
s'est-il avisé de décliner velle ou esse? Le latin manquait-il de
mots pour signifier habitation'! Quand il écrit : in domo seu stari
Sancii Firmini ('-), n'est-il pas évident «pie stari traduit domo,
que domo est le terme latin et stari le terme barbare qu'affectionne
une population étrangère? Enfin ce stare n'est pas isole; il esi
flanque de variantes pour tous les goûts : starium, siarrium, star-
rum. En présence de ces quatre mots, il y a lieu de se demander
i° : si stare, starrum n'ont pas été inventes précisément pour
sertir le mot ster de la langue vulgaire dans un document lai in.
par analogie de mare, mer. de carum, eber; 20, si starium n'est
pas une traduction de stier, sti, suivant l'analogie de primarium :
premier, wallon prèmi ou prumi. An moyen âge, le latin a une
(') Casier et Crahay, Coutumes du Du cite île Limbourget itrs Paysd'Outre
meuse, p. 34.
(2j Du CANGE, Glossarium mediue et infimae latinitatis, o° stare.
- 266 -
étonnante plasticité ; il sait se modeler sur les particularités des
dialectes romans et les retraduire. Précisémentce luxe de variantes
ne me dit rien qui vaille; et je n'en ai pas épuisé le nombre!
On pourrait y ajouter steria, du Steria monticula de 961 (1). La
forme s'explique : stier masculin peut donner sterium puisqu'il
moutier, /mm stier, //n//7Ster correspond /m;/» a sterium; mais si le
stier de 961 était féminin, comme il l'est dans Géronstère (lez-Spa),
on a eu raison de substituer steria à sterium. Nous concluons
hardiment que les formes du bas-latin stare, starium, starrium,
starrum, steria sont des latinisations de ster, stier, sty, stère et
n'ont absolument rien à voir avec le verbe stare.
La phonétique repousse également stare. L'infinitif stare en
vieux wallon devient steir ; c'est la graphie ordinaire, conforme à
une régie générale : -are et -atum deviennent -eir, -eit. Mais -stier
et steir sont deux. La diphtongue ie a l'accent sur i et -stier se
prononçait -stir. En d'autres termes, il n'y a pas de variante orale
stier pour notre suffixe -ster, il y a la prononciation -stir, -sti, et
-stier est une pure graphie analogique calquée sur l'alternance
prumîf premier. Cela posé, est-ce que le latin stare, devenant
stér ou steir sans contestation possible, pouvait devenir en même
temps stèr, stir, sti'? C'est contraire à toute loi (2). Aussi les
scribes ne s'y trompent pas. Dans leurs francisations intempes-
tives, ils obéissent pourtant à des régies. Lorsque, au lieu d'écrire
bravement à la wallonne Bouegnistir ou Bovegnisty, ils se mettent
à imiter, ils écrivent alors Bovegnistier, mais jamais Bouegnisteir
sur le patron de steir = stare (3).
Enfin on peut tirer argument de la géographie linguistique, en
examinant l'aire d'emploi du mot en conteste. Si le stare de
Du Cange était l'infinitif latin stare, comme l'a cru sans défiance
M. Lequarré, il n'y aurait aucune raison pour qu'il ne fût pas
d'usage général en France, et en latin vulgaire et en roman. Or,
nous voyons qu'il n'en est rien. Pour ce qui est du latin vulgaire,
tous les exemples rapportés par Du (.'ange lui-même a cet article
sont empruntés à des chartes du sud-est de la France. Ce stare
(') Dans un diplôme que donne Sigebert de Gembloux (Peut/., A/G'//,
VIII, 029). Voyez l'article Steria du Lexique précité des noms en -ster, p. '$$3.
(2) Le participe correspondant au français été est, en wallon, il est vrai.
sti. stou, stu, niais c'est une nouvelle formation par analogie fies participes
d'autres cou j u gaisons.
f3) Nous avons trouvé une t'ois -steir, dans Colosteir signalé p. 209. C'est
une forme isolée qui n'infirme point, pensons-nous, notre raisonnement.
- 267 -
particulier n'a donc reçu les honneurs du latin que dans une
région restreinte. On ne voit pas du tout que meùm stare (ma
maison) soit une expression usitée dans le latin de tous les monas-
tères : il en serait resté quelque chose dans les écrits du temps.
Pour ee qui est du roman, on ne dit pas mon ester ma maison)
dans toute retendue du pays, on ne le dit même pas du tout :
ester substantif, au sens du stare de Du Cange (domus ubi (juis
stat seu manet), n'est pas même dans le dictionnaire de Godefroy.
Cette absence de retentissement a travers la France, pour un sens
aussi ordinaire, aussi commun, d'usage aussi prosaïque que celui
de meiun stare, nous force à conclure, encore une fois, de la
môme façon : le stare qu'on invoque comme l'original de ster et
qu'on croit être identique à l'infinitif stare latin n'a rien de com-
mun avec le latin et est au contraire une latinisation de ster.
Du Cange ne nous fournit pas l'étvmologie de ster: son terme
stare est étroitement localisé et il est stérile, il a tous les carac-
tères d'un moi barbare introduit. Cela ne nous dit pas encore
quelle est la patrie primitive de ster, mais n'est-il pas vrai que, si
Ster n'est pas roman, il ne peut être (pie germanique?
L'article de Du ('ange nous donne au moins un sens approxi-
matif de ster et nous montre le mot jouant lerôle de nom commun.
Dans cet emploi, nous n'aurons pas la naïveté de croire qu'il est
aussi récent que la forme Herbiester, puisque nous l'avons ren-
contré, semble-t-il, en 961, latinisé sous la forme steria. Après
l'avoir vu en traduction latine, il serait intéressant de le retrouver
comme nom commun en roman. Notre raisonnement de tantôt
montre qu'il faut renoncer à le voir franchement usité partout,
mais faut-il renoncer à l'espoir de le rencontrer dans les mêmes
régions où la toponymie et les chartes le montrent existant? Nous
avons eu la chance de le trouver au moins une fois dans un texte
de la Wallonie. Le texte est de 1 3 r 4 : il est dans un relief des Fiefs
de Poncelet (') : « Jehan de Dormale, 1 bonuarium terre ( = terrae)
entre Dormale et le stier condist au chaîne» .Voilà un mot nouveau
et un passage précieux qui manquent au dictionnaire de Godefroy.
Ce stier serait, pour une région plus méridionale que celle du
wallon, estier ou ester. Nous avons trouvé dans Godefroy un
estier qui a aussi toutes les apparences d'un terme technique
localisé, sans rapport avec stare (être debout). Il pourrait être
(>) PoNCKLi.T, Le livre des Fiefs de l'Eglise de Liège sous Adolphe de la
Marck. p. 1G2.
— 268 -
identique à notre ster, mais nous ne sommes pas en mesure de
rien affirmer à cel égard. Transcrivons cependant l'article, qui
esl illustré d'exemples curieux.
Estier, ester canal.
• Une pièce de terre... ensi comme «'Ile se lievet, <> Le fous don
fossé qui esl et t'iert a Veslier dou port dessous le chasteau..., et se
commencel la dicte pièce de terre d'un des rheps de Veslier que
l'en appellet Veslier l'eu (Juill. Moreau, ainsi comme ledit estier
et le ditfossése estahdent jusquesaus terres. i3i5. Arch. J. J. 52,
f° 80. r° (*).
Comme les suppliants feussent en un vaisseau nommé gabarre,
estant sur eaue en un lieu nommé l'ester du port de Corsse près
de la dite de St Jehan d'Angely..., ou «lit ester sur Veaue estoit
aussi une autre gabarre.... et estoit en la fin du dit ester à l'entrée
de la dite rivière. 1.400. Arch. J. .J. i55, pièce 390 (') ».
S'il est une ehose visible, c'est que, dans aucun des deux
passages, le mol ne signifie canal. Un fossé qui frappe à un canal,
cela ne se comprend guère; un vaisseau dans un canal sur l'eau,
c'esl un singulier pléonasme. 11 s'agit bien plutôt dans le premier
cas des soubassements en pierre d'un château, dans le second
cas, d'une digue ou quai ou estacade, de part et d'autre d'une
construction artificielle qui baigne dans l'eau et qui est frappée
par les eaux.
Dans la Frontière linguistique (I, 290), M. Kurth a aussi ren-
contré le suffixe -ster et il a exprimé son opinion en ces ternies :
Reste enfin un suffixe certainement germanique, bien que
difficile a identifier, qui se trouve localisé sur la rive droite de la
Meuse, vers les extrêmes frontières de la Wallonie : c'est -ster.
I >éri ve-t-il de la même origine que dans les nombreux noms a
même désinence de: la Norwège et des Shetland (colonisées,
ajoute-t-il en note, par les Norwégiens), ou faut-il y voir plutôt le
-stalt allemand, le -siede flamand devenu -ster en vertu d'un
phénomène linguistique peu rare en ces régions? J 'ai rapproché
de nos noms romans, la plupart groupés dans PArdenne liégeoise,
un certain nombre de noms identiques ou similaires, recueillis
par Pcerstemann ; ces ressemblances créent une présomption en
sur de la germanicité ». L'auteur faisait suivre ces lignes sug-
gestives d'une liste déjà copieuse, puisqu'elle contenait cinquante
et un noms, auxquels il faut joindre deux noms nouveaux qui
(') Référence de Godefroy.
- 269 -
figurent dans les additions du vol. II. p. 106. Partant des données
et des suggestions de M. Kurtli, nous avons repris a nouveau
l'examen de ce petit problème et tenté une démonstration.
Le procédé ordinaire de la consultation des chartes jette peu
de lumière sur la question. Aussi loin qu'où remonte, les noms de
lieux actuellement termines en -ster y apparaissent avec leur finale
ster. 11 faut ajouter que ces noms n'y ai rivent qu'assez tard, et
enfin que peu de noms en -ster y sont cités et rarement, faute
d'avoir été portés par des villes importantes ou d'anciens établis-
sements monastiques. S'il y a des variantes parfois lumineuses
dans les chartes, c'est pour la première partie du nom. La meil-
leure chance qu'on ait de rencontrer des noms en -ster, c'est de les
trouver sertis dans les noms de personnes, parce qu'un lieu peu
considérable a néanmoins pu servir a constituer un nom de
famille. Voici une liste de formes, qui n'aura guère d'autre
résultat «pie de montrer l'inefficacité de la méthode ordinaire.
Xous choisissons les dates de première apparition des noms.
124O. Winand de Uogister (J. Cuvelier, Inventaire des archives
du Val-Benoit lez-Liége, Bulletin de l'Inst. Arch. liégeois,
t. xxx, Liège, 1902: p. 82).
1270. Henri Davister, (Bormans et Sghoolmeesters, Cartulaire
de l'Eglise Saint- Lambert de Liège, t. 11, p. 209).
1276. Jacobus de Tiuwiuster, (Codex diplom. Limburg., dans
Ernst, Histoire du Limbourg, t. vi, p. 293).
1277. Colebunster (Liber rubeus de St-Lambert, f° 173, aux
Archives de Liège, cite par Kurth, Frontière linguistique,
t. 1. p. 296).
i3o6. Arnoldo de Avinster, {Cartul. de Saint-Lambert cité ci-
dessus, t. m, p. 68).
i3o8(?). Adam de Sallewaster, (ibid., t. m. p. 88).
i3i2. Jehan de Côlonster, (ibid., t. ni, p. n5).
i3i4- Laraberto de Hodeboster, (Ed. Poncelet, Le Livre des
Fiefs de l'Église de Liège sous Adolphe de la Marck, Bruxelles.
1898, p. 2).
i3i4- « Presentibus G. de Bovignistier, milite.... », (ibid..., p. 9).
i320. « Apud Rogister in villa de Herves .. », (ibid., p. 44)-
i32i. Johans de Côlonster, et, 1822 : Colosteir {Cartul. de Saint-
Lambert, t. m, pp. 23i et 236).
i33o. Stiers (comni. de Donceel); i332 : Lowar de Stirs; 1342:
Henri de Stiers, échevin de Donceel. (ibid., t. m, pp. 341, 347,
4o3, 617).
— 270 —
. ; j. Sters (comm. d' \nsi, (ibid., t. m, p. 439)-
A.nselme de llanduster, (ibid. t.. 111, p. 444)-
,;,,. ,, Ou terroir de Hodeboster ou ban de Herves en lieu c'on
dist as bruyères »>, (Registre de lu Cour féodale de Liège,
archives de Liège, cité par KLurth, o. c, t. 1, p. 297).
[348. Pepinster, (ibid., p. 297).
1 ;si. t( Rogister ou terroir de Herves », (ibid. p. 298).
1 ; s 1 . o Thiwister », aujourd'hui Thimister (ibid., p. 298).
[382. c< En KLokiestier » (comm. de Wonck, tiré d'une liste de
lieux-dits fournie par Kurtii, o. e., t. 1, p. 171).
Comme on le voit par eette lisst e, qu'il est inutile de prolonger
au-delà du xiv siècle, le suffixe -ster reçoit dans les documents
les formes stir, steir, stier, star. Une l'orme Avisteit, de e45i,
notée par M. KLurth (1. 296), est intéressante, mais 911e l'aire d'une
variante isolée qui peut si facilement être due à une faute de
scribe? ("est parce que l'avantage de la méthode ordinaire nous
manque que le problème est difficile à résoudre. Peut-être y a-t-il
des formes plus anciennes et plus suggestives que celles-ci; mais
alors elles sont si rares ou si bien dissimulées que le chercheur les
laisse passer sans reconnaître leur identité. 11 faut donc tourner
d'uu autre côté ses investigations, opérer par comparaison, étu-
dier d'abord îles noms en -ster où le premier composant est
immédiatement ou facilement reconnaissable, afin qu'il ne reste
qu'une inconnue au lieu de deux et que la connaissance du premier
terme jette quelque lumière sur le second; étudier les premiers
termes au point île vue phonétique, pour connaître la date appro-
ximative de la composition de ces noms ou de leur fixation sous
nue forme définitive; étudier de même toutes les finales germa-
niques contenant st en éliminant tout ce que la sémantique et la
phonétique démontreront invraisemblable, peser notamment les
phénomènes de la caducité du d de -sted et de l'intrusion de /• en
ster. Cette marche patiente nous a suggéré des dissertations peut-
être intéressantes au point de vue de la méthode, que nous
avons exposées dans la première édition de cet article, mais cette
comparaison ne conduisait qu'à des probabilités. Toutefois les
inductions et le raisonnement n'ont pas été inutiles : ils nous ont
amené a la découverte de preuves directes, que nous n'aurions
point trouvées autrement, sinon par hasard. Quoi qu'il en soit,
ne retenons de ces recherches que la conclusion : il n'est pas
étonnanl que sted soit devenu -ster; r n'est pas même là un intrus,
mais un remplaçant; pareille chose rentrerait dans un ordre de
— 27I -
phénomènes tout ordinaire. Nous sommes en règle avec la linguis-
tique sur ce point. Mais, non content de ce résultat, nous vou-
drions passer de cette haute possibilité a l'affirmation.
Si on rencontrait en abondance dans les chartes, pour le même
lieu, des doublets en -ster et en -stet (ou -sté, -stay, -steit), la ques-
tion serait résolue depuis longtemps. Si l'on en est encore réduit
aux conjectures, c'est parce qu'il est aussi difficile de découvrir
quelque preuve directe sur cette question qu'à un botaniste de
découvrir quelque espèce nouvelle. Mais la discussion phonétique
nous a armé d'expérience. Nous savons mieux quelles formes il
faut interroger et commenter. Au lieu de chercher simplement
dans les cartulaires des variantes de Jehanster ou de Pepinster,
nous chercherons dans la prononciation locale pour savoir si l'r
est bien solide ou s'il est adventice et purement graphique. Puis
nous examinerons le présent et le passé des noms en -stat, en stet,
en -sic. en -st, en -stay, voire en -steert et en -stert, noms que
nous aurions rejetés avec dédain comme n'étant pas de notre
ressort, si l'étude en apparence trop longue de /• finale ne nous
avait ouvert les yeux.
1. Nous possédons au moins une forme ancienne en -steit pour
un nom qui a aujourd'hui -ster. C'est Avisteit (i4-">i qui s'appelle
aujourd'hui Avister ('). Nous ignorons quelle est actuellement la
prononciation locale de ce nom.
2. Il existe au S. de Xiaster illar/.é) un bois dit de Wenhister.
Telle est la notation des cartes officielles du dépôt de la guerre
(feuille i36, n° i5). Mais les autres caftes écrivent Wenhisteit,
celles des touristes Wenhistet, d'après la prononciation locale.
3. Il nous semble à Verviers que 1'/- finale ne peut être absente
d'un mot comme Pepinster, et que l'on n'a jamais pu dire Pepinstè.
Voici un cas destine a combattre cette illusion. Il y a un Hodister
commune de Wegnez, dont le nom se prononce toujours bien
franchement Hodister. Mais il existe un autre Hodister dans la
province de Luxembourg au X. de Halleux et de Vecmont. Ce
dernier est toujours Hodistè dans la bouche des gens du pays.
Les chartes l'écrivent diversement : Hodiester au xuie siècle.
Hodister en i463, Hodistre, Hudistel en i54i. Que signifient ces
variantes graphiques, sinon qu'il y a une consonne amuïe et «pie
les scribes ne savent trop laquelle? Pour nous, nous n'hésitons
(') La source est indiquée dans KORTH, o. e. : Archives de Liège, Liber
rubeus de Sut ut- Lambert, p. J09 v°.
— 272 —
pas, Hodistè nous représente nn Hodistet, auparavant Hodiestet,
,m précédemment encore Hodierstet.
a 1 1 \- a un Nantistay à Soiron el un Nantistay a Goé. Mais le
[ieu-dil de Goé esl aussi dénommé è Naniister e1 nous avons même
lu mie lois dans une ai QCe de notaire Herlant islcr. Celui de
Soiron esl écril aussi Notaystaue,Notèsta, Nutonsta. Ces variantes
aboutissent à la même conclusion : il y a une consonne am aïe, on
ne sait plus laquelle, ei on en donne un équivalent par v ou r, en
s'aidaul de suggestions analogiques.
5. 11 existe dans le Luxembourg belge, commune de Morhet, un
Remiance qui ne parait pas se rapporter à notre étude. Mais il a
été note Remianster au xr siècle ('). Ce l'ait ne signifie pas néces-
sairement que l'on a prononcé IV haut et clair pendant des siècles.
Nous croyons avoir affaire à un Remianstet, qui a pu prendre IV
dans certaines bouches, qui a pu dans d'autres s'obscurcir pro-
gressivement en Remianstè, Remianste, Remiansse ou Remiance.
ti. Entre Aubier et Sehockville, il y a un Heinstet, ainsi noté
par M. Rolland ('-). Les cartes belges appellent cette localité
Heinstert. La carte des bords du Rhin de Logerot l'appelle
Heistert. La forme en -stert est bien la forme actuelle, mais ce qui
porte a croire qu'il y a eu insertion de1 /•, ce sont les variantes de
Heinstet recueillies pour d'autres localités. Foërstemann a les
formes Heinstat, Heinstetten du \ 1 1 1 siècle pour désigner Hains-
tadl I < rrand Duché de Bade) (3). Le cartulaire de l'église Si-Lambert
de Liège (') nous offre pour 1008 un Heinsteti à rechercher dans
la province d'Anvers entre la Xèthe et la Dyle. Nous laissons de
côté les Eichstet, les Heichstet, les Heystède, les Hemstat, dont la
première partie contient d'autres radicaux.
-. Mais on peut encore refuser son assentiment à ces rappro-
chements de noms de localités différentes. Tant de suffixes
peuvent se joindre a tant de radicaux que -stet et -ster peuvent très
bien être étrangers l'un a l'autre en s'adj oignant des déterminants
identiques. Faisons donc bon marché des Heinstet en face de
Heinstert et des comparaisons analogues.
Di. Ki.ifi kxbkrc, Mon. pour servir à l'histoire des provinces de Namur,
Hainaui el Luxembourg, i. vin, p. ">4- — Kurth, Cartulaire de Saint-Hubert,
1>. i2. donne la date de 1028, avec le texte suivanl : << quinque uiansos in
Iteinianster et unum quartarium terrae ».
llOLLAXD, Toponymie namur oise, 1, p. i4'>-
Altdeutsch.es Namenbuch, t. 11, col. 786.
') T. 1. p, uU.
— 273 —
Heinstert n'est pas un mot de physionomie exceptionnelle dans
la toponymie du Luxembourg. En lisant les cartes du Grand-
Duché, nous étions frappé au contraire de la quantité de mots en
-ert que nous rencontrions. Parmi eux se trouvaient des Hostert.
Dans beaucoup de ces noms, /•/ était expliqué comme une réduc-
tion de -rode (wall.-sart). M. Kurtb, auquel il faut toujours revenir
comme à un guide sûr, et qui connaît cette région luxembourgeoise
a fond, ne parlait pas de -rode à propos des Hostert, et, sans
songer à les rattacher à -ster, il les expliquait par hofstatt. Voici
textuellement ce passage : « Le latin emprunta à l'allemand le
mot hofstatt, dont le sens est à peu près analogue à celui de
maceriae, pour le transformer de plusieurs manières. Dans le
français comme dans l'allemand, le mot désigne les ruines d'un
édifice; place de maison, mais surtout place où il y a eu habitation.
C'est avec ce sens exclusif qu'il figure sous la forme hostert dans
le patois luxembourgeois » ('). Ce passage devenait très important
pour notre thèse. Etudier hofstatt hostert, c'était donc étudier
statjster, mais cette fois-ci. c'était l'étudier joint à un autre suffixe,
ayant acquis plus de corps et moins propre à glisser entre les
doigts. Si donc on pouvait démontrer que les hostert ont pour
origine hofstat, le problème était résolu pour -ster. Mais il fallait
vérifier le sens des deux extrêmes hofstat et hostert. et trouver
des intermédiaires nombreux, probants.
Une fois débarrassé de l'idée de chercher rode à la fin de
Hostert comme il est à la fin de Hannert (Vance),une fois persuadé
par les études précédentes que rt n'était pas un obstacle à la filia-
tion présumée, il ne restait plus qu'à chercher patiemment des
preuves.
D'abord il y avait une grande difficulté de sens. M. Kurth affir-
mait de la façon la plus formelle que hostert signifie ruines,
maceriae, en patois luxembourgeois. Mes amis du Grand-Duché
ne connaissaient pointée nom à titre de nom commun dans le patois
de leur pays. J'en ai conclu que hostert n'existe plus qu'à titre de
nom toponymique, inconnu à la langue usuelle. Dès lors, le sens
était à vérifier par des explorations pénibles dans les archives
grand-ducales. Heureusement, le problème fut plus accessible par
un autre bout.
En flamand, à côté de hoeve, hoef avec le sens de ferme, existent
les composés hofstad. résidence, hofstede, maison de campagne,
(l) G. Kurth, o. c, i, $i[). 18
— 274 —
métairie, hofstedeken, petite métairie. Eu remontant dans le pas-
liose nécessaire parce que ces mots de faine et de métairie
ont pris un sens banal et imprécis, nous avons trouvé, dans le
livre de comptes de Guillaume tic Kyckel ('), des désignations plus
exactes : h une mansus (p. i6o); curies sine areas sine hofstat
(p. [58); moneke hofstat, manse des moines à Aalburg (p. i56).
("r-i doue l'ancienne curtis qui est désignée par hofstat, aujour-
d'hui hofstede. Mais il ne s'agissait pas d'une habitation en ruines.
Quelle est la valeur de -stat, quelle est son opportunité dans
hofstat i Place de la court, cela n'a pas grand sens! Eu cherchant
des cas analogues, nous avons trouvé haardstede, foyer. Le pre-
mier (-(imposant n'a point valeur de génitif , mais valeur appositive
ou locative. Haardstede n'est pas la pince du foyer purement et
simplement: car, le loyer disparu, la place reste; c'est la pièce
qui est un foyer, où esl le foyer. Eu wallon pièce a le même sens
concret que le flamand sfede; il signifie pièce de maison : è lu
p'tite pièce, è l' pièce du dri. Tel est aussi le sens dans hofstede :
c'est, par opposition aux champs, prés et bois, la place où s'étale
l'habitation rurale. Il va de soi (pie l'autre sens est possible aussi,
et alors hofstat, hofstede peuvent signifier non seulement la place
où est la coui-, mais encore la place où elle fut et on elle n'est
plus. C'est dans ce dernier sens (pie paraît avoir été employé le
hostert luxembourgeois. Voilà la disparité de sens réduite à son
minimum.
Quant à la forme, le premier composant de hostert pouvait aussi
bien receler holtz ou hoh que hoj. Il fallait interroger le passé des
Hostert eux-mêmes, car accumuler en une liste les hovestat et les
hofstat flamands ne faisait pas l'aire un pas à la question. Nous
avons été assez, heureux pour trouver des faits probants dans un
1 1 a vail de E. de la Fontaine < '). Quoique ce soit un toponyrïiiste bien
crédule, nous lui devons de la reconnaissance pour avoir rassein
blé, a son insu, dans ses articles, les faits qui ont ici joué le rôle
de l'étincelle électrique au milieu des gaz mis en présence. Voici
«os extraits de cet ouvrage :
i. Hostert, commune de Xiederanwen, canton de Luxembourg
■• Le nom est appliqué a toute espèce de bâtiments en ruines. -
•i II. I'ikknm:. Le livre île Vabbé Guillaume de Ryckel, is^q-ihjz; Comm.
roy. d'Histoire, \^<^>.
) II. de la Fontaine, Essai étymologique sur les noms de lieux du Luxem-
bourg germanique, «Unis les PUBLICATIONS DE [,'Institi t ROYAL oii.wn-nrcu.
Di l.i VEiiBOUiu;, tomes XII-XV et XVIII.
— 275 —
Ce village est à peu près tout entier bâti sur un amas de ruines
romaines ». Puis l'auteur cite à titre d'autorité un passage des-
criptif de Wiltheiin : « Squalet etiamnunc ingens et tuberatiis
subinde colliculis aceruus, a quo nomen loco Hostert seu Hosteren,
quod «ruinas » dicimus (J). M. de la Fontaine en profite pour
faire venir Hostert de hostelleriel et cependant, trois lignes plus
lias, il donne sans s'en douter la véritable étymologie, puisqu'il
ajoute : « Dans divers écrits extraits des archives de Saint-
Maxi min, nous avons trouvé le nom deHostert écrit Hovesteden ».
Voilà qui est sans réplique, et j'en crois un auteur qui cite une
tonne ancienne avec tant de désintéressement !
'2. Hostert. commune de Folschet, canton de Pediugen. « Sur
la croisade de deux grands chemins dont l'un porte tous les carac-
tères d'un deverticulum romain. Recèle des amas d'antiques
ruines... ». Puis l'auteur cite une charte de 1080, où le nom est
écrit Hossteden, et une autre, de 1489, où il est écrit Hocksteden.
Dans cette dernière forme, la première partie est défigurée par
essai d'étymologie populaire, mais le suffixe est intact et cela
nous suffit.
3. Haster-Haf, ferme isolée sur la commune de Waldbillig,
canton d'Echternach. « Nommée lliiôschterhaf dans le dialecte du
pays. Son nom retrace des bâtiments en ruines ». Il retrace davan-
tage, puisqu'il désigne une ferme moderne (hof) sur l'emplacement
d'une ruine de maisons seigneuriales (hofsted). C'est un mot gros
d'histoire locale.
4- Osterbour, ferme isolée, dépendante de la commune de
Zolwer, canton d'Esch ; fort ancienne; le nom s'écrit, en 1235 et
1247, hosterborn.
5. Ostert, habitation isolée, contiguë au village de Medernach;
construite sur un sol autrefois couvert par des débris de bâtiments
romains.
Maintenant, nous espérons que la conviction du lecteur est faite
aussi bien que la nôtre sur l'identité de hoster, hostert avec
hofsted, hosted, hostet, et, par conséquent, sur l'identité de -.s/cr
et de -stet. Qu'on ne nous accuse pas d'y être arrivé par un chemin
(i) Ajoutons (1ue V. GAUCHEZ, dans son ouvrage sur la Topographie des
voies romaines de la Gante Belgique (ANNALES DE L'ACADÉM. d'Arch. DE
BELGIQUE, 111e série, t. vin, 1882), décrit de la même façon remplacement
de Hostert et note les « substructions d'une mansio très achalandée, à l'in-
tersection du Rœmerwegde Dalheiin à Alttrier ... Témoignage désintéressé
de l'archéologue sans souci d'étymologie.
— 276 —
bien long. Nous répondrons que pour s'occuper des hostert et les
taire entrer dans son cercle d'observation, il fallait au contraire
une gestation intellectuelle prolongée.
\,uis voici donc arrivés au -stat germanique. Mais quelle est
son origine? Stat ne pourrait-il pas venir du latin station, tout
comme straat strasse, ou inciter, ou casier chester, ou munster, et,
par après, avoir débordé un peu sur la marche romane ? Non, il
11 \ ;i point d'exemple «l'un suffixe toponymique qui aurait été
emprunté d'emblée par les Germains aux Latins sans avoir d'abord
été usité en terre romain:. Ainsi le -strée de Féronstrée n'est pas
issu il"' statut; pas plus, hàtons-nous île le dire, que -straat n'est
issu de la forme strée. ("est le latin strata qui a voyagé, qui a
passé «le bouche en bouche, déposant en pays wallon un strata qui
est devenu plus tard strede, puis strée, déposant en pays flamand
un strata qui est devenu straat. Pour stat/stet, le voyage s'est l'ait
en sens inverse, et stet s'est arrêté un peu en-deçà de la frontière
linguist ique.
C'est donc au fond de la langue germanique, dans l'ancien -haut -
allemand, dans le gothique, dans le vieux-saxon, dans le vieux-
nordique qu'il faut aller chercher l'origine de -sler.
Mais voila que nous tombons sur deux stat et nous avons
l'embarras du choix. Lequel des deux se cache sous nos noms en
-sterl
On trouve en gothique un stat lis, génitif stadis, radical stada,
masculin, signifiant lieu, place. Celui-ci est en vieux-haut-allemand
stat, avec un /, en nouveau-haut-allemand statt avec une variante
graphique (tt) sans valeur de prononciation, et une différence de
prononciation de l'.s qui n'est pas indiquée dans l'écriture. En
vieux-saxon, la forme est stad avec d. Le francique ancêtre <\\\
flamand) et en général les autres dialectes bas-allemands avaient
le '/. ce qui a donné les formes stad, stade, slede.
Il y a encore en gothique un autre staths, génitif siathis (radical
en i?), également masculin, signifiant plage, rivage. On le
retrouve dans l'allemand gestade, dont le simple, stad, a disparu
de la langue courante et n'existe plus (pie dans les noms de lieux.
A insi, sauf les corrupt ions toujours à craindre, stad en Allemagne
doit -,• distinguer de statt. Egli fait soigneusement la diffé-
. Il traduit staad, stad, par landungsplatz (place de
Egli, Nomina geographica, p. ~>\i.
- 277 -
déchargement) et par gestade (rivage), et il cite comme exemples
des localités riveraines des lacs suisses : Walenstad sur le
Walensee, Altstad à Lucerne, Oberslad, Niederstad, Immenstad.
Dans les dialectes bas-allemands, ce second staths prenait aussi
la dentale douce, de sorte que les deux mots se confondaient. 11 y
a donc lieu de se demander auquel de ces deux mots il faut rap-
porter notre -ster, dans une région dont les noms germaniques ue
sont point des créations de tribus parlant le haut-allemand, ("est
encore le hofstatt allemand qui doit décider. Quand bien même le
sens ne nous inviterait pas à choisir, l'orthographe de hofstatt
nous décèle la présence de stait qui signifie locus, et non de stad
lui signifie ripa. Evidemment^ il doit en être de même du flamand
moderne hofstede et de ses variantes plus anciennes. J'en conclus
jue les hostert, d'abord, et les autres noms en -ster, ensuite, con-
tiennent comme suffixe l'ancien staths, stadis signifiant lieu,
place.
Il convient de se demander aussi d'où proviennent toutes les
variantes qu'on rencontre dans les noms de lieux allemands et
flamands qui contiennent ce suffixe, et de laquelle est issu notre
•ster. En effet, dans la région flamande, si on consulte les chartes,
>n trouve non seulement la finale stad, mais stade, stede, stide,
itadon, stedon, stedun; dans la région allemande, on rencontre
ion seulement stat, statt, stadt, mais encore stiitte, stadte, stette,
;t même stetin, stettin, stetten, steten, stâdten, etc.
L'explication est des plus simples. L'e au lieu de l'a est un
uloucissement(umlaut) qui apparaît régulièrement au pluriel dans
es langues germaniques, mais qui peut provenir aussi de diffé-
renciations dialectales. L'e final décèle un nominatif pluriel, qui a
>u d'ailleurs ultérieurement être pris pour un singulier collectif;
s'est en quoi le flamand hofstede (maison de campagne) diffère
ctuellement de hofst ad (résidence). Avec en final (anciennement
»;j, un), on a affaire à un datif pluriel, forme qui a parfois prévalu
>arce que les noms de villes sont souvent cités au datif locatif.
Quant à décider de laquelle de ces formes germaniques procède
Lircctement notre suffixe, nous ne nous y hasarderons pas. Nous
royons que ce serait mal poser le problème, d'ailleurs, que de
echercher une forme unique comme productrice de -ster et de ses
ariantes. Il est assez naturel de supposer : i° que les formes
>leines en -stert du Grand-Duché proviennent des locatifs -stedden
m -sieden : l'hypothèse est confirmée par les antécédents de deux
— 27B —
Eïosterl pour Lesquels nous possédons des variantes antérieures (');
20 que l<s stir ou -stier de l'autre extrémité correspondent à une
prononciation dialectale stide; 3° que ster, stère est la forme nor-
male correspondant à stede. Au reste, quand on examine dans
Fôrstemann les variantes anciennes des nombreux noms en -statt,
on s'aperçoit vite que le nom de chaque localité a passé par
diverses désinences : il se déclinait comme les noms communs.
n'étanl qu'un nom commun à l'origine. Cette inconsistance nous
enlève toute facilite et toute envie de pénétrer plus avant.
Maintenant que nous connaissons, autant qu'il est possible, les
ascendants, il convient d'examiner aussi de plus prés quelle est
l'amplitude des variations de -ster. Nous avons déjà touché a ce
sujet, mais uniquement pour montrer que le sted germanique
n'était pas immuable. Il y a lieu ici de présenter le tableau des
variations du même suffixe primitif des deux côtés de la frontière
linguistique actuelle, et de montrer qu'il s'agit bien du même
suffixe primitif.
1. L'identité de -ster et de -stère ne peut être contestée quand
on voit les mêmes noms écrits indifféremment Colonstère ou
Colonster, (Jéronstère ou Géronster, Rosistère ou Rosister, (Jil-
niinster ou Gilminstère. Il semble même que stère ait mieux
conserve la forme et le genre féminin de stede. On dit la Gérons-
tère unanimement à Spa, et les annonces des notaires portent
" la Gilminster », « chasse de la Gilminster », (< la Maelster ».
•2. L'identité de -steden ou -stede avec -stert a été assez démon-
trée précédemment. Mais le t final, si nous comparons à -ster, Vr
qui précède, si nous comparons à stet, est un ennui pour le lin-
guiste. Peut-être faut-il voir dans rt un essai de dissimilation du
double d ou / apparaissant dans -stedden -stetten. Quoi qu'il en
soit, l'apparition de rt final n'est pas limitée à la seule région du
Grand-Duché ni au seul nom de hostert. Rassemblons ici quelques
faits probants, lue vigne dénommée en Jonster à Ougrée-Sclessin,
en i;V34> se trouvait désignée en tiert de Justert en i433 (-). —
Haltert, arrondissement d'Alost, était anciennement Haltera,
Haltre f ). — 11 y a un Hostaert près de Genck (pr. de Limbourg)
• pie nous n'avons aucune raison de séparer des Hostert luxem-
(r) < ï. ci-dessus, p. -j-j^--2-^.
1 Ci velier, Inventaire des Archives du Val-Benoit, \>. u(>7.
) .1. .1. ni. Smkt. Essai sur les noms de villes el communes de lu Flandre
orientale, p. u j. Dans Mem. de VAcad. roy. de Belgique, t. XXIV = i85o.
— 279 -
bourgeois. — Je trouve même IV s'introduisaut eiî double, dans
doux syllabes successives. Ainsi, dans la carte toponymique de la
commune d'Aubel dressée par le bourgmestre Nicoîaï (*), il y a un
Horstert au sud du village, dont le premier r me parait repré-
senter Vf ou v de hofstede.
3° L'alternance stert stet, ster stet ou steit se trouve assez
démontrée par les exemples invoqués plus haut de Avinster =
Avinsteit, Heinstert = Heiustet, Wenhister = Wenhisteit —
Wenistet, Hodister = Hodistè, Nantister = Nantistay.
4° Si on prononce -stier a la française, comme le mot setier
(s'tier), on sera gêné de; le considérer sans preuves supplémen-
taires comme une variante de ster. Mais nous avons montré que
le wallon a toujours eu l'accent sur la première partie de la diph-
tongue ie% que Ve n'a pas plus <)e sonorité dans -stier que dans
l'allemand brief (lettre), stier, (taureau). Les vieilles graphies
Bovegnisiir, Boùegnisty l'indiquent assez. Déjà en terre allemande.
-stier pour stedt a été signalé dans Pavenstier par M. Kurtli. En
voila plus qu'il n'en faut pour faire admettre -stier parmi les
variantes de notre suffixe.
5° Quant à l'identité de stet et de sté ou ste, nous invoquerons
les faits suivants. On rencontre en 1416 un « Rennekin Proiste de
Kokeroule », et, en i443» (< e11 V\eu dit Proistet » à Alleur (2). —
Que peut bien signifier het gebergste (3) sinon la place, c'est-à-
dire la partie qui est du côte des collines sablonneuses de Meer-
hout? — Que signifie groote hofste (*') sinon grande ferme? Ce
nom nous présente hofste = hofstede = hostert. — Que signifie
Stedonk (s) sinon : le monticule au siede, à la ferme habitée, par
opposition à d'autres monticules émergeant de parties trop maré-
cageuses pour être habitées? — Que signifie Wolfsté, à Hérenthals,
sinon l'endroit, la station du loup, ou la maison d'un nommé Wolf?
ce qui, dans les deux cas, nous ramène à notre suffixe. — De la
région germanique si nous passons en terre wallonne, nous trou-
vons, par exemple, à Fauvillers, à la limite des langues, les noms
(' ) Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne, t. \ il — i8G(i.
(2) J. COVELIER, Inventaire des Archives du Val-Benoit, p. u35 et i>85.
(3j Si toutefois la forme n'est pas fausse. Le diet. de Jourdain et Van
Stalle porte simplement Gebergte. la Carte de Belgique d'après Ferraris,
dressée par l'Établissement geographicme belge en i83i. porte Gebcrgste.
La chute de Vs s'expliquerait, mais la forme me parait plus douteuse
qu'autrefois.
(*) Au sud de Wendune, FI. oce., dans la même Carte d'après FERKAKis.
(5) Hameau au sud de Helmond sur l'Aa.
— 28o —
de Pasté et Warmosté; à Dochamps le nom de Rubiesté; Fragaste
au non! «le Sibrel ; ions noms qu'il sera bien difficile d'expliquer
par un autre suffixe. Loin de nous l'intention d'affirmer que tous
les noms en -sic contiennent le stede ou stett germanique, mais
quelques-uns le contiennent à l'évidence.
6° Nous sommes même persuadé que maintes dénominations
en -st contiennent notre suffixe; mais, naturellement, plus on
s'éloigne de la forme originelle, plus l'interprétation devient
sujette à caution. Nous n'avons pas l'intention de passer en revue
tous les noms en -st ; ce serait déplacer le centre de notre étude.
Bornons-nous à quelques observations. A priori, il n'est pas plus
étonnant de voir stede se réduire à -st que de voir -rode se réduire
à rt. Mais, d'autre part, les dialectes haut et bas-allemands ont
un si grand amour delà finale -st qu'on est bien obligé d'admettre
que tantôt -st est analogique et sans valeur étymologique, tantôt
significatif. Sans doute, quelques-uns seulement de cette dernière
catégorie sont de notre ressort, comme Beoerst (séjour des castors).
Ce qui doit nous mettre en garde contre le désir de trouver -stede
dans tous les -si, c'est de voir, par exemple, certains dialectes
flamands remplacer alsem et la forme populaire els par aalst
(absinthe) : bos (touffe) par beust; brembosch par brembust; mœss
par most (mousse); rijs par rijst(oriza, riz); le wallon ramonasse,
qui vient du latin armoracea, par ramenast; maspruim syncopé
de damaspruim (prunes de Damas) par mastpruim; heulenteer
(sureau) par huilteter; huis, qui est la forme légitime, témoin le
français Iioux, le latin ilex, les composés flamands hulzenhout
(bois de houx), hulzeboom, hulzenbosch, est remplacé par hulst,
h u ilst, b<r7lst, œlst ; varen (fougère) par vaarengst, varinkst, varœts ;
wiscb (saule) et la forme dialectale wissen par wisten (')• De même
en toponymie nous voyons les noms en -st nous glisser entre les
doigts : Reninghelst est appelé Reningens in Flandria en io65 {");
ialst du Brabant septentrional, canton d'Eindhoven, est dénommé
Haeslaos in pago Texandri en 711 (3). Là où le -st est légitime,
on s'aperçoit d'ordinaire ou bien qu'on a affaire à des noms de
rivières, genre de noms où le sens de stede ne se justifie pas, et
qui sont déjà traduits en -sta, nullement en stata, dans les chro-
(') Anlst est dans le dict. de Callewaert, les autres formes eu -st sont
dans K. PAQUE,Z)e Vlaamsche volksnamen der planten, Namur, 189G; passim.
') Gallia christ., III, 83, cité dans Piot, Pagi, p. 23.
(3) Amplissima collectif, I, col. 18, cité dans PlOT, Pagi, p. -4.
— 28l —
niques latines cinq ou six siècles avant l'époque de la déformation
moins radicale en ster: ou bien qu'on a affaire à d'autres suffixes
connus, comme dans les noms terminés par oorst, vurst ( farsi,
forest, fr. forêt) horst, hurst, hirst. Bref, bien que J.-J. de Smet.
il y a plus de quarante ans, sans avoir pour se fourvoyer le désir
de tout rapporter a -stede, ait songé naturellement à expliquer
Heyst par ffeistede et Alost (11. Aalst) par Aelstede, néanmoins,
pris en bloc, les noms en -si nous sont devenus suspects. Même
quand il existe, à côté, des formes plus pleines en -ste ou -ster, il
faut se défier. Ainsi, par exemple, bien qu'on possède comme
noms de lieux Ginst, Gînste et Ginster, cependant Ginst nous
paraît correspondre au latin genesta, genista, et Ginster à genis-
truin.
7° Stede peut devenir -stee, comme staden peut devenir stayen,
comme stide, une autre variante, peut devenir -stie. A tort ou à
raison nous expliquons ainsi : Stée dépendance de Braibant(Ciney,
pr. de Xamur): Stayen (environ de St-Trônd), qui est Staden dans
le Cartulaire de Saint-Lambert (t. i, p. 95), et dans Ciiestret de
Hammi i:. Histoire de In Maison de la Marck (p. 254): Staebroeck
(au X. d'Anvers) devenu Stabroeck dans les atlas plus modernes
(pie celui de Ferraris; Houstée, lieu-dit cité dans le Cartulaire
de Saint-Hubert (année i554; P- 120). Ces exemples ont ceci de
commun que les deux voyelles avoisinant le d ont subsisté.
8° Il existe à Stavelot un Mâsta, un Binsta, un Mista et un
Hausta pour lesquels il y a une étymologie très populaire. On dit
dans le pays que ces noms signifient le mal-placé, le bien-placé, le
mieux-placé, le haut-placé. ("est très ingénieux, très séduisant,
mais nullement solide. D'abord, nous ne pouvons accepter un
sta = status (placé), alors (pie nous vo3Tons status dans la langue
courante devenir esté, été en français, sté, siî, stou, stu en wal-
lon, c'est-à-dire évoluer vers les extrêmes de l'échelle vocalique.
Ensuite, ces noms se présentent le plus souvent terminés en -staz,
stat, ce qui leur donne déjà une autre physionomie. Enfin, dans
cette hypothèse, il faudrait détacher Hausta ou Hosta de toute
une série d'homonymes ou quasi-homonymes, que nous reconnais-
sons être des hofstatt ou hofstede. Nous nous croyons donc en
droit de compter -sta, -stat, -staz parmi les variantes de -ster.
90 II y en a d'autres qui s'éloignent davantage du primitif.
M Kurth n'a pas hésité à ranger dans la liste des hofstaat les
formes Housteau, Hocheté, Houstaches, et avec raison. La pre-
mière présente une francisation sur le modèle de bê / bia = beau,
— 282 -
la Seconde une déformation de la sifflante en chuintante, la troi-
sième un -slu augmenté sans doute d'un suffixe diminutif -chen
ou -clic Enfin si nous inscrivons encore -stay, qui peut être une
variante graphique de -stê ou un changement analogue à celui que
nous avons vu dans Stayen, nous aurons, semble-t-il, passé en
revue toutes les formes synonymes de -ster.
Maintenant que nous connaissons l'origine du suffixe en remon-
tant même assez haut, il convient de réfléchir davantage au sens
île ce suffixe. 11 ne s'agit pas de se contenter du sens de l'antique
stat isolé, car rien n'est plus vague que ce sens, mais de l'étudier
dans ses rapports avec le déterminant, pour voir dans quel sens
particulier il a été employé sur notre sol.
i" D'abord ce suffixe peut être joint à un nom propre de per-
sonne. Les premiers exemples que nous avons essayé d'inter-
préter étaient de cette nature, parée que nous avions choisi les
noms les plus transparents et probablement les plus modernes.
Ce nom de personne indique le fondateur ou le propriétaire ou
l'occupant. Le plus souvent, il sera le fondateur, parce que le
besoin d'un nom se fait sentir aussitôt pour désigner le nouvel
établissement. En fait, le fondateur sera d'ailleurs aussi, d'ordi-
naire, le propriétaire et l'occupant. Le rapport est un rapport de
possession, plus ou moins vague évidemment, car il ne s'agit pas
ici de propriété juridique. Le suffixe lui-même doit avoir un sens
concret; il doit désigner, non la portion d'espace qu'un objet
occupe d'ordinaire ou peut occuper (la place de mon livre, votre
place à table), mais le lieu-terre, ou le lieu-habitat. A ce point de
vue, Jehanster est la place ou la pièee de Jean, lot reçu de la
communauté ou parcelle achetée et défrichée ou essartée ou mise
eu culture ou habitée par Jean.
2. Le rapport est encore un rapport de possession quand le
déterminant désigne un animal. Nous avons cru reconnaître ce
cas dans Beverst (prov. de Limbourg)et dans Wolfsté (dépendance
d'Hérenthals). Si Wolfsté n'est pas simplement la demeure d'un
nommé W'olf, il représente ce qu'on appellerait en wallon li han
des leûps i lieu-dit, eomm. de Polleur). Fôrstemann rapporte au
radical bera, ours, ou bien à ber, sanglier, les noms de Èerestat,
ou lier ist ut (ixe siècle) devenu Bârstatt (dans le Nassau), de Berstai
(année 852) devenu Berstadt (in Oberhessen). .1. ,1. de Smet. qui
a travaille longtemps avant Fôrstemann, explique aussi Beerst
FI. occ.) par « demeure du sanglier ». 11 y a un Berstett au N. de
Strasbourg qui pourrait avoir la même origine. On trouvera beau-
— 283 —
coup d'antres interprétations de ce genre dans l'ouvrage tant de
fois cité de Fôrstemann, par exemple Rehstett, de reh (chevreuil)-
Âlahstat, de eluh (élan) ; A wisteti, de aui (brebis) ; .4 ranstedi,
de aro (aigle); Eberstat, de ebar (sanglier) ; Fussestat, de voss
(renard).
3. Le déterminant désigne un objet inanimé. Cet objet pourrait
être nommé sans le secours dn suffixe -siai. Le sens et l'opportu-
nité du suffixe sont alors plus difficiles à saisir. C'est ee qui
faisait dire à Grandgagnage que l'explication par stade (lieu)
n'avait pas grand sens iM. Quelle est donc sa valeur relative dans
le nom commun flamand hofstede (ferme)? dans haardstede (foyer),
dont nous avons parlé plus haut ? Que signifient exactement
h place du foyer, place de la court*. » A quoi servirait une distinc-
tion entre le foyer et sa place, la maison et sa place? Il faut évi-
demment écarter cette distinction qui n'a aucune raison d'être
en toponymie. Mais il restera encore plusieurs interprétations
possibles. Ainsi w on peut comprendre « le lieu qui est la court »
par opposition aux autres parties de l'exploitation, « le lieu qui
est le foyer », par opposition aux autres pièces de la maison. Le
rapport en ce cas est celui qui relie une apposition ou un attribut
au mot déterminé, n) On peut concevoir l'emplacement comme
plus grand que la construction. La place du moulin, molensfede,
n'est pas uniquement le moulin, mais la région, la section où gît
notamment le moulin. Ainsi quelqu'un pourrait être possesseur
d'une prairie a la place du moulin, c'est-à-dire dans les environs
du moulin. Cette fois le sens est plutôt locatif. Peut-être est-ce
dans ce sens qu'il faut comprendre hofstede : la portion au centre
de laquelle est la maison rurale. C'est en tout cas le sens qui s'im-
posera quand le déterminant sera un nom de plante ou de chose.
Eichstat, Eeksted désigne soit un endroit où il y u des chênes,
une chênaie, soit un endroit où il y a un chêne (2). On interpré-
tera de même Aspenstide, l'endroit aux trembles; Tunstettin, les
endroits aux sapins; llullisteti, les endroits aux houx; StocJiestat,
l'endroit aux stocs (troncs, souches, surtout d'épine). Waldenstidi,
qui est devenu Wallenstedt (3), signifie « les lieux qui sont des
(') Mémoire sur les anciens noms de lieux de la Belgique orientale, article
Stattk.
(*) Comparez le t'r. Place à Vaulnoit, dép. de la com. d'Ellezelles (Hainaut).
De même Linthusen (FôRST., o <•. Il, 996) ne signifie pas maison de tilleul.
ce qui serait ridicule, mais maison />rcs du eu des tilleuls, maison aux tilleuls.
(3) Wallenstedt lez-Gronau. non loin de la Leine, au S. de Hanovre.
- 284 —
liois •>, par opposition à d'autres lieux, ou bien a les lieux où sont
des bois, le côté bois ».
Le premier composait est ainsi détèrminatif, niais détèrminatif
de plus ou moins grande importance: la place des chênes peut
être chênaie, mais la place au chêne sera souvent un grand espace
distingué par coite particularité topographique qu'il contient un
chêne.
A Le déterminant désigne un objet, mais cet objet a disparu.
Quand une maison seigneuriale a disparu, l'emplacement subsiste
avec une physionomie particulière, et l'endroit s'appelle dans le
Grand-Duché de Luxembourg- un hostêvt, place de la ferme ou
du château (brûlé, ruiné, etc.). De même un Waldstede pourrait
désigner la place de l'ancien bois (essarté, brûlé, défriché) ; un
Meulenstede pourrait être la place d'un moulin ruiné; un Wyver-
ou un Woiiversfedc la place d'un vivier ou étang- comblé. Bref,
la connaissance des deux composants d'un nom semblable ne
nous livre pas encore le sens précis du nom : il faudrait, par
l'histoire, pouvoir déterminer la valeur exacte du rapport.
5. Au lieu de désigner un objet, le premier composant peut être
un adjectif, et alors l'interprétation est bien simple. L'ouvrage de
Fôrstemann nous a permis de rassembler comme exemples les
anciennes formes suivantes : Aldestede, Niwerstat, Blankenstat,
Gruonstede, Bredanstidi,Tihrsteti,Tinfstadum, Heiligenstat, Sâli-
genstat, Hohstat, où vous reconnaissez les adjectifs qui signifient
vieux, neuf, blanc, vert, large (braid, breit), obscur {dire), profond
i tiuf, tief), saint, haut.
6. Enfin, je ne voudrais pas négliger pour la connaissance de
-ster les traductions ou synonymies qui se rencontrent dans les
chartes. Deux passages sont instructifs à cet égard : i° celui de
Du ('ange que nous avons déjà cité: in domo seu siari Sancti Fir-
rhini, qui nous montre -ster signifiant maison ; 2° le passage suivant
d'une charte de Henri de Gueldre: pars grangiae quae dicitur ster,
où ster est une grangia, c'est-à-dire une villa rustique compre-
nant greniers, grange, étables, remises, etc.
Passons maintenant de la toponymie à l'histoire. Est-il possible
;i l'historien de tirer quelque profit de cette étude avant tout lin-
guistique ? (Quelle est l'époque de création des établissements
dénommés d'un nom en -ster't De quelle race étaient leurs fon-
dateurs?
Partout où se sont répandues les langues germaniques, depuis
les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, -stat est usité, sous
- 285 —
l'une ou l'autre forme, arec un sens tantôt plus ancien, tantôt plus
moderne. C'est doue sans succès que l'historien demanderait à la
linguistique pure de déterminer avec précision quand et par qui un
établissement en -stat a été fondé. En est-il de même pour -ster't
Faut-il répondre par cette conclusion négative que -ster est un pur
accident phonétique, sans intérêt pour l'histoire, et noyer défini-
tivement les -ster dans l'océan des -stat'! II le faudrait si les établis-
sements en -ster avaient existé auparavant sous le suffixe -stat.
Mais le contraire résulte des faits déjà discutés.
i. A part les exceptions, signalées plus haut, de Baustert qui
est Bustat en 893, de Hostert qui est Hossteden en 1080, les docu-
ments ne nous montrenl pas les -ster fondés sous des noms diffé-
rent-.
2. Fôrstemann, qui a dépouillé les documents jusqu'à la fin de
l'an 1100, donc jusqu'au seuil du xn^ siècle, et qui n'a pas négligé
notre région, ne cite ni formes en -stat ni formes en ster pour les
localités qui nous intéressent ici.
3. Xous avons pu lire les bonnes feuilles du (lartulaire de
Stavelot-Malinedy. si parfaitement édité par MM. Roland et Hal-
kin, jusqu'à l'année 1046. Pas une de nos localités en -ster n'y est
mentionnée.
4. Aucun nom en -ster ne se rencontre parmi les noms de villas
royales carolingiennes; c'est sans aucune preuve que Pepinster
est donné comme un pied a-terre ou rendez-vous de chasse des
fameux Pépins.
5. Aucun nom en -ster ne se rencontre parmi les localités citées
dans les descriptions géographiques des pagi des ixe et xe siècles,
liemianster est du xr (1028 et l'étymologie desteria (961) est trop
douteuse pour qu'on puisse en faire état.
Ce silence peut être interprété de deux façons.
Ou bien les établissements dont nous recherchons l'origine
n'existaient pas, ou bien ils étaient trop infimes pour avoir été
cités dans les chartes.
Pouvoir les déclarer sans existence ou sans importance avant
1100, c'est déjà un résultat. Mais nous voudrions des conclusions
historiques plus précises. Peut-être les obtiendrons-nous en con-
frontant soigneusement les données de la linguistique avec celles
de la topographie et de l'histoire.
Comme il répugne, à priori, de donner une existence relative-
ment si récente à des localités dont on explique d'autre part le
nom par des étymologies germaniques, c'est cette contradiction
que l'argumentation doit résoudre.
- 286 —
\ i . l,a phonétique a montré que les établissements en -ster ont
pu être fondés sous les formes -ster,stir, stier, puisque nous avons
même trouvé stier employé au xur siècle comme nom commun.
Ster a (loin- eu une certaine existence en terre wallonne.
2. On le trouve latinise sous diverses formes dans Du Cânge, ce
qui équivaut a des lettres de naturalisation romane.
3. 11 n'a pas eu une existence romane aussi répandue que d'autres
suffixes d'origine germanique, mais il a existé chez nous, soit à
L'étal de suffixe, soit seul, employé absolument, ce qui prouve bien
qu'il avait un sens.
4. 11 est suffixe à des déterminatifs de forme toute romane,
Jehan, Martin, Anseau, Piron.
5. Bovegnister est un nom surcomposé. Il apparaît en 118G. Ces
sortes de noms ne sont certes pas primitifs : ils doivent être rangés
parmi les derniers venus de la toponymie.
B. Le sens de -ster ne s'oppose pas aux mêmes conclusions.
Ster n'a pas servi à désigner la sain, le laer ou le heim d'un nou-
veau seigneur franc installé en terre conquise. 11 indique quelque
chose de beaucoup plus humble, une dépendance, une ferme, une
grange, une exploitation rurale ou forestière quelconque. Le sens
du mot est tellement large qu'on le trouve donné à des lieux qui
ne semblent pas avoir jamais reçu la moindre construction.
C. Ceci nous achemine à considérer l'emplacement des -ster.
Arnold (') pose en loi que les établissements fondés dans les terres
les moins bonnes sont plus récents, et, dans la suite, ont disparu
ou n'ont pas prospéré. M. Kurth fait état de cette observation à
propos des -hausen (F. />., 1, 287). On peut l'appliquer ici. Un
ami m'a fait remarquer qu'il n'y a pas un seul lieu en -ster dans
les terrains cultivés de la commune de La Gleize. Les -ster de la
Grleize sont des collines boisées. Il n'y a point non plus de fagnes
ainsi dénommées; les fagnes sont des terrains ingrats exploites
par après, .le n'ai trouvé d'exception que Hargister, défini par
M. Q. Esser de Malmedy, dans ses cahiers manuscrits, « plaine
de bruyères, fagne entre Longl'aye et Xhoffray ». Souvent les -ster
sont des sommets boisés, des plateaux élevés (Jehan ster, Sol-
waster, Surister, Bernister, Colonster). Il y en a pourtant le long
de la Vesdre ou dans de petites îles de cette rivière. Nulle part
l'emplacement n'apparaît très enviable Les ster furent fondés en
>i il Ansiedelungen und Wanderungen deiilscher Stàmme, a" e«l.
Marbourg r88 1 . p. '<<)<>.
— 287 —
terres ingrates, donc après la plupart des localités connues. Et
ils ne se sont guère développés, pour la même raison. Pepinster,
la plus connue des localités en ster, n'est érigée en commune que
depuis soixante ans, et elle doit sa prospérité a un événement
tout moderne : l'intersection de deux voies ferrées.
Peut-être est-ce a cette destination subalterne des ster, à leur
simple valeur de désignation cadastrale souvent, qu'il faut attri-
buer la pénurie des noms en -ster dans les chartes et chroniques
anciennes, plutôt qu'à une inexistence complète. Constatons
cependant que la topographie ne contrarie pas les constatations
delà phonétique a leur sujet.
D. Quant a l'histoire proprement dite, peut-elle nous être de
quelque secours dans la solution d'un problème de ce genre? Si
l'histoire de la colonisation sous les Carolingiens en nos régions
était plus intimement connut1, la question ne serait plus à résoudre.
Mais les historiens ont relaté les laits de guerre et les éclats, non
les faits journaliers et communs, ("est précisément à la toponymie
qu'on demande de remédier en ce cas au silence des historiens.
Voyons cependant si l'histoire m; nous offrira pas un certain
nombre de points, dès maintenant acquis, d'où l'on puisse tirer
argument.
Les Francs, a-t-on dit, eu terre romane, se sont emparés sans
fonder. Quelques seigneurs firent la loi aux anciennes populations,
s'approprièrent des établissements existants. Ils en fondèrent
sans doute, mais plus tard, quand les anciens devinrent insuffi-
sants; mais, aux iv et Ve siècles, ils ont si peu créé que les cime-
tières seraient seuls à nous fournir des renseignements sur leur
occupation première, si l'on n'avait pas, heureusement, la topo-
nymie. Ce qui nous intéresse1 surtout ici, c'est leur action dans la
forêt des Ardennes, le long de laquelle s'éclielonnent nos -ster, en
prévision du cas où il faudrait leur en assigner la fondation. La
masse salienne s'était arrêtée au seuil de l'antique Arduenna
silva; les Ripuaires s'étaient contentés de la côtoyer à l'est. Mais
ce que les groupes francs n'ont pas fait en tant que groupes et en
quelques années, les individus l'ont fait isolément dans la suite
des siècles. Par malheur, la Forêt a trop bien dérobé aux yeux
des historiens le lent travail des générations de défricheurs et de
fondateurs. Aussi est-elle encore trop souvent conçue comme un
bloc, un massif impénétrable où il n'y avait que des loups et des
sangliers. Au contraire, comme le dit M. Kurth (F. L., 4>3), elle
était déjà certainement « toute semée de fermes et d'exploitations
— 288 —
rurales à l'époque celtique ». Il y avait en Ardenne autre chose
que des arbres et des fauves. D'ailleurs, ai la fagne ni les rochers
nus de la province de Luxembourg n'ont eu assez d'humus pour
nourrir des bois. Donc, après les Celtes et les Romains, nul
dont.- que les Francs ne se soient glissés par les interstices à l'in-
térieur de la vaste Forêt, le long des cours d'eau et des grandes
chaussées. La toponymie le démontrera de plus en plus. Plus lard,
elle devient le lieu de chasse favori des Carolingiens. Il faut
donc faire la part de l'amplification oratoire dans le fameux texte
de la donation de Sigebert au monastère de Stavelot-Malmedy.
Le rédacteur de l'acte y apparaît trop visiblement préoccupé de
justifier la donation. Il y a plus d'exagération encore dans la des-
cription que fait de la région de Stavelot un Nieolaus diaconus
racontant la vie de Saint Lambert ('). Et si Hugues de Fleury
décrit encore l'Ardenne du xne siècle avec les termes de César (*),
c'est un cliché banal qu'il emploie. La forêt des Ardennes ne
semblait pas diminuer en surface, d'accord, mais évidemment elle
s'amincissait peu à peu comme une étoffe qui montre la trame;
tdle subissait des trouées intérieures : mille clairières, mille
vallées riantes s'ouvraient au soleil. La toponymie ne parviendra
(pie peu à peu à démontrer dans quelle proportion les établisse-
ments postérieurs aux Romains sont dus aux populations gallo-
romaines et aux Germains. Et, pour ne pas être en cela le jouet
d'une illusion, encore faudra-t-il distinguer ce qui, fondé par
des Gallo-romains, fut dénommé pourtant de noms germaniques
adoptés et romanisés de ce qui est vraiment d'origine et de nom
germaniques. La distinction ne sera pas toujours facile à établir,
ni même possible, mais il y a lieu d'essayer. Pour ce qui est des
noms en -ster, voici ce qui, en dernière analyse, nous apparaît
hautement probable, et quant à la nationalité des fondateurs et
quant à la date de fondation : i° 11 est visible que -ster n'a pas été
aussi familier aux bouches wallonnes que heid, haie, bourg-, boix,
bàix, falise, mots d'origine germanique dont la moitié sont entrés
dans le vocabulaire français et s'y sont installés en permanence.
C'est un mot de cette lisière linguistique où les deux langues se
compénétrèrent, voisinant dans une fraternité d'usage et d'em-
prunts dont on n'a plus d'idée aujourd'hui. Nous nous représen-
tons les populations elles-mêmes de cette zone aussi mélangées
lhapeauville, i, 383.
('-') PiOT, Pagi, l'A").
- 289 -
que les langues. C'est la linguistique qui, en dernier ressort,
constatant la l'orme romane des déterminants, assigne nos -ster à
des populations dont le roman était la langue maternelle. 2° D'autre
part, nous n'avons trouvé aucune raison historique de les consi-
dérer comme plus anciens que les -rode, les -raet, les -snrt, tous les
tard-venus de la toponymie. Mais a quels siècles les rapporter?
Sous les derniers Carolingiens, les populations étaient si malheu-
reuses, si éprouvées par les guerres civiles et les invasions qu'elles
ne cultivaient plus la terre. Elles manquaient de bestiaux et de
grains pour ensemencer, bien loin qu'elles songeassent à déroder
et à augmenter le> étendues labourables. Nous croyons plutôt
l'existence des -ster liée aux défrichements tardifs qui commencent
au XIe siècle, alors que notre région cessa d'être le centre de
l'Empire, mais aussi de recevoir tous les coups. On doit aussi
considérer comme une loi qu'une dépendance de commune est un
établissement postérieur a la tête de cette commune. Or. qu'on
examine a ce point «le vue de la relativité des établissements:
on verra combien peu de lieux en -ster ont le titre de commune.
Solwaster est une dépendance de la commune de Sart; Surister
dépend de Jalbay. qui était dénommé en allemand Gellert ( ' .
c'est-à-dire Gel le rode ; Hargister est une dépendance de Long-
l'aye; voilà les -ster subordonnés aux -sart, -rode, -faye, a des
localités dont les noms décèlent une origine bien plus récente que
les noms en -iaciun de la toponymie belgo-romaine. ("est la fin
du Xe siècle, s'il faut l'aire état de Steria (961), sinon, c'est le XIe
qui marque le début du mouvement créateur «les noms en -ster
de la Wallonie
0) Communication orale .le M Quirin Esser, le savant toponymiste
de Malniedy.
'9
Articles détymologie et de sémantique.
Un projet d'article sur la préposition à
En étudiant les articles consacrés par divers dictionnaires aux
prépositions, il m'a semblé que, si fines que fussent les analyses
présentées, elles offraient pourtant la matière tantôt d'une façon
peu philosophique au théoricien, tantôt d'une façon trop compli-
quée à celui qui cherche des renseignements pratiques. Cette
impression, je l'ai «'prouvée surtout quand il s'est agi de mettre
la main a la pâte, c'est-à-dire, ici, dans le cas particulier qui
m'occupait, de trouver une forme définitive pour le premier article
important de notre Dictionnaire wallon, article relatif à la prépo-
sition à. Dans le Projet de Dictionnaire, forcé de courir au plus
pressé, le comité de rédaction s'est borné au cadre que lui offrait
le Dictionnaire général de Hatzfeld-Darmesteter- Thomas. On
n'aurait pu choisir un meilleur modèle. L'article à y est réelle-
ment présenté avec plus de méthode qu'ailleurs et l'on peut
mettre en un tableau séduisant les divisions et subdivisions éta-
blies par les auteurs. Il suffit de comparer cet article avec celui
«le Mo/in ou celui de Littré pour en apprécier la valeur. Si, malgré
ces qualités, je rêve des modifications de rédaction et de classe-
ment, je dois d'abord m'excuserde cette hardiesse, je dois ensuite
expliquer pourquoi et en quoi je voudrais innover.
1 Les principes.
L'article «lu Dictionnaire général introduit comme divisions
principales « destination de lieu, destination de temps, destina-
tion de but, destination de personnes et de choses, destination de
moyen ». 11 subordonne à ces cinq divisions celles de « direction,
proximité, position; — progression vers un temps, coïncidence,
accomplissement; — tendance vers un but, conformation en vue
l'un but, situation par rapport à un but; — attribution, adjonc-
1011, appartenance; -- recours à une chose qui sert à produire
un effet déterminé, réunion d'une chose avec une autre qui con-
— 2QI —
conrl à produire un effel détermin ». C'est d'une symétrie parfaite
et bien séduisante, .l'avoue que ces titres abstraits me déroutent
un peu; je leur préférerais 'les phrases descriptives des phéno-
mènes, niais c'est sans doute une infirmité de mon esprit de ne
pouvoir se luire une idée claire du sens d'une expression comme
destination de moyen. Glissons donc sur ce point pour aborder le
principe même de division.
Est-ce que vraiment la préposition à signifie tant de choses?
Vest-on pas victime d'illusions? Vat t rilme-t -on point à ee seul
mot ce qui appartient a toute l'expression ? Kt comment reeon-
naître, dans toutes ces ramifications, un tronc et des branches,
c'est-à-dire une signification Fondamentale et une filiation de sens?
Le Dictionnaire général donne, il est vrai, a la partie histo-
rique de l'article, des indication- sur le sens originel. On y dit
que ad latin a pour sens propres direction et proximité ; que, dans
le latin populaire, s y SOnl ajoutes deux sens nouveaux, {'attribu-
tion et la situation; qu'en outre, un emploi spécial de au (coïnci-
dence) amenant l'idée de conséquence (ajd cantum galli exper
gisci), \i>;i marqué l'instrument (occiderere a d lanceas).
( !e sont donc déjà en la) in presque toutes les significations recon-
nues dans le français; la complication n'est pas diminuée et nous
ne sommes guère plus avancés. Nous apprenons seulement par la
que la diversité d'acceptions de à remonte plus liant qu'on ne
l'aurait cru.
Faut-il se résigner à enregistrer cette diversité s;ms chercher
de filiation? Mettre une singularité comme oc ci d ère ad lancea s
sur le inclue pied que ire ou mittere ad aliquem? Nous
croyons au contraire qu'il est légitime, même pour un article sur
à français, de critiquer un peu les données du dictionnaire latin.
au est une préposition qui accompagne l'accusatif, c'est-à-dire le
cas de l'objet auquel aboutit une action; ad signifie donc ten-
dance ou direction vers quelque chose. Que le latin ad ait servi à
d'autres usages, nous en doutons; ou lutôt la question est mal
posée, il y a en elle un malentendu, le même que quand il s'agit
de déterminer les sens de ci : on attribue abusivement a la seule
préposition un sens qui est celui de toute l'expression; on l'ait
une analyse incomplète ou superficielle.
Un exemple montrera le danger qu'il y a a tabler sur l'appa-
rence seule : Liftré, sur la foi d'expressions comme arracher uux
flammes, ôter au roi su couronne, a cru que la préposition à avait
une double origine, qu'elle provenait tantôt de ad, tantôt de au.
- 202 —
La phonétique s'y oppose autant (pie le bon sens; mais la leçon à
tirer de cette méprise, c'est que, si L'esprit pratique se hâte de com-
prendre aux flammes on ad lanceas en bloe d'une certaine
façon, l'esprit philologique doit se garder d'endosser aux préposî
t ions ai», à cette signification.
Mais comment procéder pour créer une classification qui explique
et justifie la diversité actuelle en luisant saillir la primitive unité?
Poser îles exemples et les comparer, nos devanciers l'ont l'ait,
et, si le procédé était infaillible, ils ont dû trouver la solution.
Si nous jugeons qu'ils ne l'ont pas trouvée, e'est que l'analyse et
la comparaison ne valent (pie par la façon dont on les emploie.
Nous devons donc nous contenter de la même méthode : comment
nous en servir mieux?
Prenons au hasard deux exemples, comme aller à cheval et a//er
à Paris. Nous sentons dés l'abord que les compléments introduits
par la préposition n ne sont pas de même nature. Le premier
répond à» la question comme nt'/, le second à la question où'/. On
peut s'en tenir là, créer des rubriques moyen et lieu pour ces
deux cas, et procéder de même pour tmis les exemples divers
rassemblés. Mais, en agissant de la sorte, on n'a vraiment l'ait
qu'une banale constatation, au point de vue logique pur; on a fixé
grossièrement l'idée, sans se préoccuper d'étudier comment le
langage arrive à produire ce sens. Pourtant on voit dans ces
deux exemples que le langage parvient par des éléments identiques
à des résultats très différents. N'est-ce pas là ce dont il faut
s'étonner, ce qu'il faudrait expliquer? Si le vrai problème consiste
dans la confrontation de la logique et du langage, je n'ai presque
rien fait en constatant que à cheval marque le moyen, à Paris le
lien. Est ce .pie la différence de sens proviendrait des substantifs
cheval et Parist Serait-ce le petit mot à qui a changé de signifi-
cation? ou le verbe a//er? Décider à priori que c'est la préposition,
n'est-ce pas commettre un illogisme? J'en conclus qu'il est néees-
saire d'examiner les choses de plus près, de remplacer l'analyse
idéologique de plus haut par une vraie analyse linguistique.
Mais cette analyse, par quel bout la prendre? Analyser quoi?
In esprit peut rester rivé à ces trois termes aller, à, cheval ou
Paris, et ne pas saisir nécessairement que, ce qu'il doit étudier,
ce ne sont, pas tant les mots que les relations entre les mots. 11
faut que, peu a peu, d'autres exemples l'y amènent. S'il s'aperçoit
que être à cheval et mouler à cheval ne donnent pas non plus le
même sens pour un complément identique; que aller ù Veau peut
— 2g3 —
signifier diverses choses, comme se disposer à se baigner, faire
sa provision d'eau, ou choisir Veau comme boisson; il en conclura
que le sens est, souvent, beaucoup plus dans ce qu'on omet que
dans ce qu'on exprime, et, dès lors, il reconnaîtra que, ce qu'il
faut surtout étudier, ce sont des rapports.
Quels rapports y a-t-il a étudier dans le cas présent delà pré-
position à ? 11 nous semble qu'il y en a deux, ni plus ni moins :
i° le rapport établi par l'esprit entreà et son régime; 2° le rapport
établi par l'esprit entre ce complément et un premier terme dont
il dépend. Littré l'avait bien reconnu : il noie que, comme toute
préposition, à exprime un rapport et ne peut être bien apprécié
indépendamment des deux termes qu'il lie, aussi bien l'antécé-
denl (pie le conséquent. Au lieu île la classification par significa-
tions, ajoute-t-il. ou peut adopter une classification d'après les
deux termes du rapport ou à ligure, le sens étant aussi bien
déterminé en beaucoup de cas par le mot qui précède que par le
mot qui suit ».
Cependant il ne suffil pas encore de reconnaître qu'il y a deux
rapports a étudier, il faut encore savoir exactement où ils gisent,
par quels mots de la phrase ils sont représentes, et, d'abord, s'ils
sont représentés dans la phrase par des mots. Ainsi le beau
préambule île Littré ne l'a pas empêché de s'arrêter a la superficie
des (dioses et d'aboutir a des divisions purement mécaniques : à
entre un substantif et un substantif, à entre un substantif et un
pronom, à entre un substantif et un verbe, etc. Sans s'en aper-
cevoir, Littré part de cette impression que les deux termes du
rapport sont les mots qui précèdent et qui suivent a. Qu'il en soit
souvent ainsi, c'est vrai, et c'esl bien pourquoi sa division n'appa-
raît pas trop mauvaise; mais ce sont précisément les autres cas
qui sont intéressants et qui ont besoin d'explication. La division
de Littré manque de profondeur et court le risque de rapprocher
des cas disparates comme aller a Paris et aller a cheval et de
séparer des cas identiques comme pèche à la ligne et pécher a la
ligne. Cette division, Littré devait la faire, mais préalablement
et uniquement dans son laboratoire pour analyser les cas qui se
présentaient. C'était un classement d'attente lui permettant les
opérations nécessaires pour un classement définitif.
Montrons qu'il y a des cas où les termes du rapport ne sont pas
dans les mots exprimes ou plutôt n'y sont que très indirectement.
Dans son sens étymologique, à marque la direction vers quelque
chose. Quand l'objet vers lequel tend le mouvement est un lieu,
— 294 -
un édifice, une personne ou un être quelconque établi dans un
lieu, iiin- unité «le temps assimilée par analogie à une unité de
l'espace, un objel même considéré par l'esprit comme localisé
quelque pari, alors le rapport entre la préposition et sou régime
apparaîl très uettement, sans complication; ("csi le cas de à
Paris, à la tuer, à la côte, à Uécole, à l'abîme, adieu, à demain, à
lu ruine, à la perfection. L'objet auquel aboutit le mouvemenl est
directement exprimé et le rapport est- clair. Mais le lieu, l'objet,
le temps peuvent être notés indirectement, par des locutions indi-
quant plutôt la distance, l'éloigiiement. A quatre pas ne signifie
point uers quatre pas. Quatre pas n'est le régime de à que par une
ellipse hardie. L'expression signifie vers un endroit ou un point
— distant de quatre pus. De même remettre à huit jours ou ù
huitaine signifie remettre à un moment — distant de huit jours.
L'imagination, plus vive que la logique, a signifié un point de
l'espace ou du temps en exprimant la distance qui la sépare de ce
point. Ne pas tenir compte de eelte bracliylogie, c'est se cou
damner d'avance a découvrir que ù marque la distance. Ainsi
procède le Dictionnaire de Mozin, qui attribue à la préposition à,
en vingt-six numéros, les sens plus hétéroclites.
D'ordinaire, l'expression formée avec à est mise en rapport avec
un premier ternie. Si ce premier terme est un verbe on un sub
stantif verbal indiquant aussi, comme à, la direction vers l'objet
régime, il y a concordance parfaite : aller ù Paris peut graphique-
ment être figuré par -» — > o. Mais le langage dit souvent moins
que ce que l'esprit veut savoir. Ce qui prouve que aller à l'école
exprime seulement l'action de marcher vers un édifice, c'est que
cet ie locution peut se dire à la fois, indépendamment du but, et de
l'élève qui va étudier, et du maître qui va enseigner, et du père
qui va demander des renseignements au dit local, et du maraîcher
qui va sonner au même lieu pour vendre ses légumes à la femme
• h' l'instituteur, et du domestique qui va balayer l'école et allumer
les feux. L'esprit interprète et spécifie suivant le contexte ou le
ton ou la personne qui parle, mais il ne faut point charger de ces
sens divers ni le verbe aller, ni la préposition à, ni le substantif
école. De menu1 aller ù Veau, mettre aux fers, courir aux armes
peuvent avoir des sens divers, précisément parce qu'ils n'expriment
que l'action, la direction de cette action et l'objet de cette action,
nullement le but de l'action. Dans aller aux noisettes, aux cerises
aux légumes, le but n'est pas exprimé. C'est notre esprit, coutu-
mier du lait, qui voit dans l'expression plus qu'elle ne contient.
- 295 —
Notre esprit sait que les noisettes, les groseilles, les cerises ne
sont point abordées pour être regardées ou habitées, mais pour
être cueillies, mangées, emportées : il conclut doue a une tendance
vers un but, selon le mot du Dictionnaire général, mais rien n'ex-
prime ce but. Quand le latin dit ad ponia colligenda, il va
bien un mot énonçant le but, qui est colligenda, il n'y en a point
quand il se contente de ad poma. Veux-je insinuer par là qu'il
est mauvais de noter et de classer les rapports si variés que
l'esprit l'ait comprendre avec des tours de langage très simples ?
Nullement, mais on gâte tout lorsque, confondant la stylistique et
la syntaxe, on affirme que le sen> ou rapport perçu appartient en
propre à tel mot particulier.
Mais la grande difficulté, créatrice des pires malentendus d'ana-
lyse, provient de ce que le premier terme peut ne pas indiquer la
direction vers Pobjet-régime. Aller à table se comprend de soi,
comme aller a Paris ; mais que ïere/.-vous de être a table, de assis
à table ? ("est ici «pie les analyses des grammairiens sont le plus
oublieuses du sens primitif. Nous touchons donc au point délicat.
On décide que, être ou assis marquant le repos, la situation, à
table marque donc aussi la situation. 11 n'y a plus de mouvement,
plus de direction, la préposition à a changé de sens. C'est bien là
la doctrine ordinaire, et, qu'il s'agisse du latin ad tabulam ou
du français à lable, on décide que ad, à marquent la situation. Il
nous semble, au contraire, (pic à table n'a pas changé de sens, que
c'est le rapport entre à table et cire ou assis qu'on interprète mal.
En réalité, à table ne dépend pas directement de être ou de assis,
il dépend de l'idée du aller. Ce qu'on appelle en ce cas premier
terme n'est que dans un rapport indirect avec le complément, ("est
un faux premier terme et le vrai est inexprimé. L'analyse doit dis-
socier les deux expressions. Être à table, c'est, étant allé a table,
y rester.
Il était à pleurer peut avoir deux sens : i° il était, en train de
pleurer, 2° il était (stupide, sot, abimé, mal arrangé) an point qu'on
en eût pleuré. Puisque c'est le même à pleurer de part et d'autre,
et le même il était, pourquoi peut-on aboutir a deux sens aussi
divergents ? Parce que, si les phrases sont semblables par les
choses qu'elles expriment, elles diffèrent par les choses qu'elles
n'expriment pas. Autrement dit, le premier terme de part et
d'autre est omis, et n'est pas le même des deux côtés.
Qu'on ne m'accuse point de ressusciter par là l'ancienne doc-
trine des mots sous-entendus, doctrine chère à Sanchez, qui posait
— 2C)6 —
on principe des constructions logiques bien sages et bien régu-
lières et qui notait les écarts de ces constructions idéales comme
des aberrations et des monstruosités, les mots omis comme des
absents à l'appel. On part ici d'un principe tout opposé, à savoir
< l u c le langage est une œuvre de sentiment et de vivacité. On essaie
seulement d'expliquer — par des mots, il le faut bien — tout ce
qu'il y a dans le discours d'inexprimé, d'obscur et d'incomplet, de
hardi et d'aventureux.
Quand il y a désaccord entre le sens du complément et le sens
«lu prétendu premier terme, on ferait mieux de constater brave-
ment qu'il y a désaccord. L'esprit a jeté un pont entre des rives
opposées : être — à table, installé - a la fenêtre, demeurant — à
à Paris, assis — à l'ombre, exposé — à la pluie, dormir — au soleil.
Le lexicographe, lui, définissant le sens de la préposition, invente
le titre proximité, situation par rapport à un lieu, à un but. Au
lieu île constater le désaccord, il s'ingénie à chercher quel rapport
logique déniait exister entre les deux termes, et, le sens ainsi
trouvé, il l'impose à la préposition. Etre à table lui révèle qu'on
n'est pas dans la table, mais à côté. Cette précieuse différence lui
tait noter le sens de proximité, mais être lui rappelle ensuite qu'il
y a situation. C'est ainsi que à revêt tour à tour les couleurs de
ses voisins, marquant la direction dans noter au feu, la situation
et la proximité dans être au feu, l'extraction dans arracher au
feu. Que se produit-il en réalité? Quelle est la vérité historique et
philologique, qui est du ressort du dictionnaire, en opposition
avec ces apparences ?
Le langage a inventé une expression qui signifie la direction
vers, à table. Son emploi est naturel avec un verbe qui signifie
aussi la direction : aller à table, se mettre à table, uenir à table
On l'emploiera de même au passé, alors que l'action du verbe est
terminée et qu'il en est résulté un repos, être venu à table, et enfin
;i \ ce des verbes qui indiquent une situation sans envisager d'action
antérieure : être — à table. La pensée établit à la longue entre le
verbe nouveau et le régime un rapport que le langage n'exprime
pas réellement. Mais on devrait se garder de charger la préposi-
tion elle-même, qui est innocente, de toutes ces significations de
rapport survenues par suite de l'inexprimé du langage.
c< La belle avance ! » dira-t-on. « Le dictionnaire ne .peut se con-
tenter de noter le sens premier, fondamental, unique à votre
point de vue, de telle ou de telle préposition. Il doit avertir (pic
tel rapport logique se rend par tel artifice de langage. C'est donc
- 297 —
une nécessité d'en passer par la complication et même par les
disparates. Vous devez, noter l'actuel et vous faites de l'archéolo-
gie ! Des rapports nouveaux se sont établis dans la suite des
siècles, vous ave/ à les enregistrer, objectivement. Par dessus le
rapport primitif, l'esprit saisit d'emblée ces rapports nouveaux qui
diffèrent suivant la nature des nouvelles alliances de mots. 11
semble au vulgaire que c'est une humble préposition qui s'est en-
richie de toutes ces significations : on doit lui donner raison si on
tient compte de la différence des temps et des points de vue.
Puisque le lexicographe s'attache au présent, l'ait l'inventaire du
présent, c'est la variété qui le frappe, c'est elle qu'il doit classer et
catalogue!', si cette variété vous gène parce qu'elle vous empêche
de voir l'unité primitive, c'est que vous êtes un historien, curieux
d'évolution du langage, un étymologue, bref un homme du passé
qui essaie de ramener la multiplicité à l'unité, ou un homme d'en-
seignement qui espère pouvoir faire mieux comprendre la multi-
plicité présente en la réduisant au minimum par comparaison avec
la simplicité originelle. »
Voilà finalement, si je me suis bien l'ait mon procès a moi-
même, les deux tendances, opposées l'une a l'autre et remises a
leur place : l'une, historique, orientée vers le passé ; l'autre, pra-
tique, orientée vers le présent. Voilà deux méthodes en présence,
oui ; mais l'une, purement descriptive, serait celle de la stylistique
exposant les cléments émotifs du langage et celle de la logique
préoccupée des idées avant tout, satisfaites quand elles ont acte
(pie telle idée, tel sentiment se rendent par telles locutions dont
l'analyse ne les intéresse point ; l'autre prenant le problème à
revers, partant des mots, du mot, des éléments des mots et mon-
trant comment les rapports et les alliances de mots parviennent à
exprimer les idées, ("est cette dernière méthode, ce me semble,
qui est celle du dictionnaire. Ou plutôt, pour dire plus vrai, il n'y
a pas d'antagonisme entre les deux méthodes, elles se complètent.
Quand le logicien, partant de l'idée et aboutissant aux expressions,
veut mettre de l'ordre dans les résultats nombreux et encombrants
qu'il aréunis,s'il invente une classification d'après les apparences.
il court le risque de rencontrer mille difficultés sans en bien
résoudre aucune. Le grammairien, partant des mots et des locu-
tions et aboutissant aux idées, doit évidemment tenir compte du
sens actuel des symboles, doit évidemment dénombrer, définir et
classer la sémantique actuelle. Son exposé serait-il plus mauvais
parce qu'il laisserait entrevoir la vraie genèse des expressions ?
- 298 -
[1 en sérail meilleur, j'imagine. On étranger qui constaterait le
sens presque invariable de la préposition à dans les centaines
d'expressions soumises a son attention dans un article, n'aurait
plus le sentiment d'une sémantique protôiforme et insaisissable ;
il apprendrait à faire la part «le l'usage, des associations de termes ;
il sciait plus tranquille en l'ace des rapports établis fortuitement
quand il verrait où gît exactement la difficulté. Un français n'ira
guère chercher dans un article sur// des façons de s'exprimer. 11
est pins riche de son fonds que l'article lui-même. Ce qu'il voudra
connaître, c'est encore une fois le sens fondamental et la classifi-
cation. Concluons donc de la qu'il n'est pas insensé ni inopportun
de vouloir introduire pins de rigueur et de vérité historique dans
un tel article.
On pourrait objecter encore : ce Votre article, quoi que vous
lassiez, ne sera pas historiquement vrai. Vous agissez comme si
vous croyiez que chaque sens nouveau a été créé, chaque fois, en
partant de la signification fondamentale. Vous aboutisse/ a votre
insu à nue classification empirique». — Non, répondrons-nous,
nous ne voyons pas la généalogie de sens de cette façon simpliste.
et nous ne substituons pas un râteau à un arbre. Il est bien évident
que c'est l'analogie qui est la cause de l'extension du sens d'un mot
ou d'une expression, que l'analogie a toujours exercé son action
de proche en proche, en travaillant sur les résultats déjà obtenus
sans remonter a la source. Elle invente aller à bicyclette parce
qu'elle possède1 aller à chenal, et aller en bicyclette parce qu'elle
p (ssède a//er en voiture ; mais elle ne pourrait passer directement
de l'expression aller à Paris à l'expression char-à-bancs. 8i on pou-
vait faire le tableau exact des inventions analogiques, on verrait
comment, par quelles voies la multiplicité naît de l'unité; on sau-
rait le moment et le lieu où chaque extension de sens est née, et
de quel rameau. Ce serait l'idéal. Mais ce qui est possible pour un
mot de signification concrète et précise est radicalement impos-
sible quand il s'agit d'une particule impalpable comme le brouil-
lant. D'ailleurs, ce serait encore trop simpliste de croire à une
monogénèse de chaque sens, qui se répandrait ensuite à travers le
monde. Qui fera le départ de ce que les esprits reçoivent en l'ait de
sémantique et de ce qu'ils recréent , après d'autres, à côté d'autres ?
<>r, si la polygenèse doit être admise, le tableau généalogique
levient impossible, et, tout ce qu'il esi possible de rechercher,
c'est, indépendamment des circonstances particulières et fortuites
de l'apparition du sens, dans quel rapport est ce sens avec le sens
- 299 — -
fondamental. Ce rapporl existe toujours. Est-il vrai qu'on ne
saurait rien d'utile parce qu'on ne connaîtrait pas tons les inter-
médiaires ? On ne peut dire, a la vue d'un fruit, par quelle branche,
par quel rameau, par quelle lambourde a passe la sève qui a nourri
ce fruit; ou quel voisin il a eu dans sa longue maturité; ou a
quelle hauteur il a mûri ; sous quelles feuilles, par quels vents il a
été bercé ; niais qu'importe ? Ce qui importe réellement, e'est de
reconnaître sou origine. Nous ne rechercherons donc point, pro
blême sans issue par combien d'étapes, par combien d'esprits et
de détours le langage en est arrive a dire pièce à tiroirs ou pèche
u la ligne. Puisque cela dépasse le pouvoir de l'investigation
historique, nous nous ('(intenterons de rechercher, en raccourci
et schématiquement, comment tel sens final découle du sens
initial.
2. Analyse.
Pour construire un tel article, il faut passer en revue tous les
cas difficiles, c'est-à-dire tous ceux où les dictionnaires enre-
gistrent pour;* un autre sens que celui de tendance vers. Chaque
lois, il y aura lieu de donner une solution aux questions reconnues
capitales : quels sont les rapports? comment les définir? quelle
valeur assigner a la préposition? quelle place donner dans un
ensemble à ce cas particulier, et sous quelle formule?
Il est tout naturel de commencer cet examen par l'étude du
terme qui suit la préposition à, on peut dire du régime de ci. Le
mot est impropre, puisque les prépositions sont d'anciens adverbes
qui ne régissent rien, mais nous pouvons entendre par régime la
dépendance qui s'esl établie peu a peu.
Le régime forme avec la préposition à un complément On se
servira du mot régime pour désigner le second terme seul, sans
la préposition; le mot complément désignera donc l'ensemble de
la préposition et de son régime. Qu'on me pardonne d'insister sur
ces minuties : on a tant erré pour avoir attribue a l'un ce qui
appartient à l'autre qu'on ne saurait trop préciser.
On ne peut d'ailleurs taire cet examen du second terme que sui-
des exemples qui n'impliquent aucune difficulté de la part du
premier terme. Mais il va de soi (pie le rapporl peut être obscur
d'autre part. Dés lors ce cas doit être réservé pour un examen
postérieur.
— 3oo —
a) Étude du second ferme.
Il \ a des cas tellemenl simples qu'il u'y a pas besoin de les
ctnilier. Ce son! ceux où le complément ne dépend d'aucun terme
exprimé, où le régime est un nom de lieu, de personne ou d'autre
objel occupant une place dans un lieu : à lu Bastille!, à moi!, au
voleur!, nu feu!, à l'eau!, aux armes!, aux voiles!, à lu potence!,
n In lanterne !. On sent moins l'idée de direction dans les noms
d'enseignes; nu cygne blanc, nu lion d'or; mais rappelez-vous
(pie l'enseigne est une invitation à venir, à entrer.
L'objel peut être une action : au travail!, ù l'ouvrage!, à l'as-
saut!, n l'abordage!, nu secours!, nu revoir!, jusqu'à la mort.
Quoique le régime soit un substantif, c'est bien une action qui
est réclamée du sujet, mais cette action est conçue et présentée
comme une substance, un objet localisé. Ainsi le seul infinitif de
cette liste, revoir, est substantifié par l'article. 11 faut résister au
désir de voir dans ces expressions, comme le Dictionnaire général,
des compléments do but. Aller n l'ouvrage se rapproche plus de
aller nu chantier, n l'ouvroir (pie de aller pour travailler. Si on
nous avertit que le titre tendance vers un but du Dict.gén. réserve
l'idée de tendance à la préposition et l'idée de but au régime seul,
nous demanderons alors pourquoi ces actions sont conçues comme
des buts plutôt tpie comme des objets localisés dans l'espace ou le
temps. L'idée de but implique terme, limite, lieu à atteindre,
plutôt que action. Enfin je vais au travail répond à la question
où allez-vous ?, non à la question pourquoi, dans (juel but partez-
vous '!.
L'objet peut être un temps, moment ou espace de temps : à
demain, à jamais, à la semaine prochaine. Cependant alors,
aujourd'hui, qui contiennent à, ne répondent pas à la question
à quand, c'est-à-dire vers quel temps, mais à la question tjuand :
ils réclament une explication à part.
Supposons maintenant (pie le complément soit lié à un mot
signifianl lendance vers, ou impliquant ce sens dans sa significa-
tion. Oe mot sera un verbe comme aller, venir, conduire, mener,
mettre, tendre, arriver, descendre, monter, tirer, attirer et les
verbes composés avec nd ; ou un substantif verbal de même nature,
comme conduite, arrivée, mise, montée, descente, tendance; ou un
adverbe «le mouvement. Si n In Bastille se comprend de soi-même,
l'expression se comprendra encore et de même dans courons ù In
Bastille, parce que courons implique le mouvement, et un motive-
— 3oi —
ment dirigé vers le but qu'indique le complément. Il n'en est pas
de même dans aller à cheval, qui ne signifie pas du tout aller vers
le cheval et dont il faudra examiner tantôt le rapport entre les
deux termes. Mais, pour le moment, restons dans le eas de aller
a Paris, courir au secours, conduire à bonne fin, où verbe et
préposition indiquent une seule et même tendance; on peut dès
lors reporter toute son attention sur le second terme seul. Voici
deux ou trois cas intéressants.
Pourquoi met Ire les bœufs à la charrue se trouve-t-il dans le
Dict. gén. sous le titre générique destination de choses et le titre
spécifique adjonction'! (§ IV, 2). Mettre les bœufs à la charrue,
se mettre a la charrue, mettre la main à la charrue, c'est identi-
quement le même cas que celui de .se mettre à la fenêtre (,^ 1,2);
c'est toujours mettre (mittere) marquant le mouvement vers et
le lieu ou objet auquel aboutit ce mouvement. Charrue n'est pas
en rapport avec bœufs, c'est bœufs qui est complément de mettre
a la charrue. Il est doue bien inutile de voir là un rapport
d'adjonction d'un objet à un autre. Dégagé de ces complications
nuisibles, mettre a la charrue s'expliquera comme mettre à table,
et il n'est pas nécessaire de créer les rubriques spéciales destina-
tion de personnes et de choses et adjonction.
Dans renvoyer au lendemain, au dixième joui-, aux calendes, le
temps est assimile a l'espace par une métaphore datant des pre-
miers essais du langage. Lendemain désigne l'espace de temps
vers lequel on l'ait virer une action. La préposition à marque donc-
la progression d'une action vers un autre temps, vers une durée,
une limite ou un point du temps. Entre renvoyer au coin de la
rue et renvoyer au matin du jour suivant, il n'y a de diffé-
rence que dans la métaphore, et le temps viendra prendre sa place
non loin du lieu, de la personne, de Vobjet, de V action qu'indique
le second terme.
Le but est le terme qu'on se propose d'atteindre. Dans ils
allaient à la servitude, est-ce qu'il y aura but quand le sujet se
proposait d'aller lui-même se rendre esclave, et seulement direc-
tion vers un état quand cet aboutissement de l'acte était imprévu?
de même, d'après le Dict. gén., marcher à la ruine indiquerait le
but vers lequel on se propose de marcher? Et il y a but dans
compter jusqu'à cent francs'! dans aller d'une chose à Vautre'!
dans tirer à sa fin ? Évidemment le Dict. gén. a pris but dans le
sens de aboutissement, terme, état indiquant la fin ou limite d'une
action. 11 reste que la langue ne distingue pas entre le but et le
— 302 —
terme, ai entre le benne el le lieu. Il sera plus prudent de ne voir
en ces expressions que le passage à un état, à un objet, à un lieu.
Tendre à la perfection, viser aux honneurs, réduire à la misère,
u retendre à In première place, toucher uses revenus, aller jusqu'à
la fureur, réduire à rien, compter jusqu'à cent, ue me paraissent
pas différer essentiellement de aller à la ville. Il s'agil toujours
d'un état, d'une qualité, d'une quantité considérés comme objets
i erets auxquels aboutit l'action.
b) Étude du premier terme.
Qu'est-ce qui t'ait que aller à cheval ne s'explique pas de même
que monter achevait Serait-ce que à cheval a vraiment deux sens
divers? Nullement, mais dans monter à cheval, monter indique
un mouvement dont le cheval est l'aboutissement. Il n'en est pas
de même ici de aller. L'expression ne signifie pus uller vers le
cheval, comme il arriverait dans aller au cheval. Aller est indé-
pendant du complément ou plutôt n'est lié à lui que par un rapport
très indirect. Entre aller et à cheval il y a un intermédiaire qui
esl le vrai premier ternie. Le sens est : étant monté à cheval, aller
en usant de ce mode de locomotion. Le langage n'exprime pas
tout cela : il joint hardiment ù cheval et uller.
Ainsi on voit combien les verbes de mouvement peuvent induire
en erreur. Souvent ils marquent un mouvement sans (pie ce mou-
vement soit une tendance vers Pobjet-régime. Écrire implique un
mouvement de la main pour tracer des caractères, il ne contient
pas l'idée de direction. Pourtant dans écrire à son ami, à son
ami indique bien à qui va la lettre. C'est parce (pic écrire est
capable de se prêter facilement au sens de direction. Parfois on
peut hésiter sur le point de savoir si certains verbes marquent la
direction ou non. Parlera, enseigna- à, marcher à, commencer à,
sont des expressions si naturelles qu'on est enclin à prêter par
anticipation au verbe l'idée de tendance qui est dans/*. D'autres
l'ois la discordance est sans remède : ou il faut inventer pour le
complément un tout nouveau sens, ou il faut admettre que le
premier terme n'est pas le vrai, qu'il est en rapport très indirect
avec la préposition et son régime, et qu'il s'agit de retrouver le
premier terme véritable.
\uipiel de ces deux cas l'aut-il assigner dire, écrire, s'adresser
u qqn.1 Dans les deux premiers exemples, les verbes n'impliquent
pas l'idée de tendance vers, mais ils ne la contrarient pas non
plus; dans le dernier, s'adresser (se ad -d i r ee t i are) exprime
— 3o3 —
cette idée de tendance et n'exprime rien qu'elle. Le mouvement
est donc marqué d'une façon manifeste. Cela n'empêche pas le
Dict. gén. de renvoyer ces exemples au $ IV, I, sous le titre géné-
rique destination de personnes et de choses et le titre spécifique
■attribution. Attribuer, c'est assigner ou rapporter quelque chose
à quelqu'un. L'analyse des auteurs est donc exacte, niais la diffé-
rence entre le lieu et la personne est grossie au détriment de la
ressemblance. Pour une nuance d'idée que la phrase n'exprime
pas, écrire à Paris et écrire au libraire seront placés très loin l'un
de l'autre. De même .se rendre à Paris et rendre grâce à Dieu.
On assigne au groupe E,2 rire a la barbe de tj(jn., lui dire à son
nez, a s;t barbe, mais rire a (j(]U., dire <•/ qqn. passent au groupe
IV, i. Est-ce que, par hasard, les auteurs n'ont pas supposé le
problème résolu et rangé sous la rubrique attribution tout ce qui
pouvait être assigné au datif latin? Le datif latin ne peut cepen-
dant servir de critérium : scribere âd amicum et scribere
amico ne sont q 1e grossièrement synonymes.
Venons-en a des cas où le premier ternie n'a pas en réalité son
expression dans la phrase.
Dans les locutions de nous à moi, de nation à nation, d'homme
à homme, de Turc a More, coq-à-l'âne, de six a neuf, du matin
au soir, du jour au lendemain, le premier substantif exprimé
n'est pas le premier ternie. Dans le vers de Verlaine : De vous a
moi, quelle est la route'/, le complément à moi dépend, non de
nous, mais de route : quel est le chemin partant de nous et allant
vers moi? Au reste, le premier terme, verbe ou substantif verbal
de direction, fût-il tout à fait sous-entendu, l'idée de mouvement
est assez visible, puisqu'on exprime le point de départ et le point
d'arrivée, l'objet de départ et l'objet d'arrivée.
Dans goutte à goutte, le premier ternie n'est pas goutte, il est
inexprimé. On indique un mouvement d'un objet semblable à ou
uers un objet semblable: une goutte nouvelle va s'adjoindre à la
précédente. C'est le cas de brin à brin, sou à sou, pas a pas,
mot à mot, petit à petit, peu à peu.
Dans bec à bec il va encore deux objets identiques, représentés
l'un allant uers l'autre: mais, comme ce mouvement est réci-
proque, il semble qu'il y ait simple proximité au lieu du rappro
chement réciproque. C'est pourquoi le Dict. gén. range côte à cote,
nis-a-nis, nez à nez, tète à tête, face a face, dos à dos sous le titre
proximité.
Quelle différence 3r a-t il entre homme à homme et d'homme à
- 3o4 -
homme'! Dans le premier exemple, il s'agit d'un objet mobile qui
tend vers un autre: dans le second, il s'agil d'un objet immobile
d'où part le mouvement. Ainsi de petit à petit et pet il à petit, de
mot ;i mol et mot u mot sont bien, il est- vrai, grossièrement
synonymes, mais n'ont pas la même origine, et il n'est pas néces-
saire de supposer dans la seconde expression, comme l'ait le Dict.
g-én., une ellipse de la préposition de.
Deux à quatre, deux à <1eux et en abrégé deux à.., employés
pour désigner les points respectifs des joueurs, doivent s'into.
prêter par deux s'opposant à quatre, venant en face de quatre.
L'idée de mouvement est la même que dans bec à bec.
Dans marcher deux à deux, il ne sera pas difficile à un lexico-
graphe peu tegardant de découvrir un complément de manière.
Mais ce n'est pas deux à deux qu'il faut évaluer, c'est la préposi-
tion à. Or l'analyse donne : deux allant vers deux, c'est-à-dire
deux seconds allant vers deux premiers, deux troisièmes vers
deux seconds et ainsi de suite. Le complément semble marquer
le moyen dans les expressions du type travailler à l'aiguille, mais
cette apparence est due à une ellipse. Regarder qqch. à la lumière,
c'est le regarder en allant ou étant allé vers la lumière. Dessiner
à i;i plume, c'est dessiner en recourant ù la plume. Mais parce
que à lu plume n'est pas complément naturel de dessiner, le sens
paraîl changer quand on l'envisage dans cette nouvelle liaison.
On peut en dire autant de au pistolet, à grands pas, à regret, à la
Inde, à Vétourdie, à grand' peine, etc., qui, apparaissant en gros
comme compléments de moyen, nous donnent cependant une pré-
position qui marque le mouvement. Donner à la préposition le
sens du moyen, c'est attribuer à la partie les qualités du tout.
Faut il désespérer de retrouver dans char-à-bancs le sens pri-
mitif de la direction? Mozin (n° 9) dit que à en cet emploi « marque
la forme ». Le Dict. gén., plus judicieusement, analyse ainsi :
« réunion d'une chose avec une autre qui concourt à un effet
déterminé >> (V, 2). Cette analyse conviendrait pourtant mieux à
l'allemand mit. Le fiançais n'exprime pas la réunion ni l'accom-
pagnement dans les locutions de ce genre. Il y voit, comme dans
le cas de pécher à la ligne {Dict. gén., V, 1), un recours à quelque
chose, soit donc pécher en RECOURANT À la ligne, char recourant
À des bancs. Et l'expression recourir doit être prise dans son
sens propre : c'est, pour aider, pour compléter le matériel ou
l'équipement, courir ù des bancs. Que ces bancs soient mis dans
le char, ;:'est bien ce que l'esprit devine, mais c'est ce que le lan-
— 3o5 -
gage n'exprime pas. De même un homme à projets court de projet
en projet, n'en réalise guère; mais, si cette opinion pessimiste se
cache dans le commentaire, elle n'est pas dans le texte.
Ainsi, le trait commun aux derniers cas examines, c'est qu'il
n'existe point de rapport direct entre le complément et le terme
qui précède;. 11 faut suppléer quelque intermédiaire : en retournât
à, en regardant à, en ayant égard à, tontes expressions qui
impliquent l'idée de direction. < >n pourrait dire que la préposition
à, sans autre adjuvant. >'est imprégnée du sens de ces locutions et
les remplace. Elle a un sens prégnant, comme disaient les anciens
grammairiens. Cette considération nous rapproche de l'analyse
• lu Dictionnaire général, sauf (pic sa formule plus abstraite ne
laisse plus rien saisir du mode d'imprégnation. Il serait plus clair
a tous égards de rappeler le terme omis qui justifie et qui explique
l'emploi d'une préposition de mouvement. Dans un livre plus
élémentaire, où l'on ne vomirait pas introduire la notion de premier
et de second ternie, il suffirait d'expliquer à par les formules
allant a, étant allé a, s'adaptant à, recourant a, ayant égard à, etc.
c) Les deux termes obscurs.
11 n'y a point de premier terme dans grenier a foin, pot à eau,
moulin à blé, terre a froment. On se doute assez que ce n'est pas
le grenier qui va vers le foin, ni le moulin vers le blé. Le premier
terme réel est adapté, destiné, tendant, visant. Le complément
n'est guère explicite non plus : on sait que le latin y ajouterait un
bon participe en -dus qui indiquerait le but.
la; Dictionnaire général réunit, à la fin du groupe III, 2, cuiller
a potage et salle a manger. Le premier exemple a pour régime un
nom d'objet, le second un nom d'action. Le complément, qui est
un complément de but, est exprimé en raison de la tendance vers
cet objet, vers cette action. De part et d'autre, le premier terme
est absent, mais le second aussi est incomplètement exprimé !Si
c'est l'objet cpii est exprimé, remarquez que cet objet fait ou subit
une action, laquelle reste absente de la phrase, mais non de la
pensée. Si c'est l'action qui est exprimée, c'est le substantif sujet
de cette action qui est absent. En ce cas, l'infinitif, dans sa
brièveté, enveloppe des choses assez distinctes : la tendance à
faire l'action, la tendance à la subir. Dans fille a marier, conseil a
suivre, maille à partir, les verbes, marier, suivre, partir ont, sans
crier gare, un sujet qui n'est pas fille, conseil, maille. Au contraire,
dans un arbre à donner beaucoup d'ombre, une entreprise à vous
20
- 3o6 -
ruiner, un homme à voler sans scrupule, une bonne à tout faire,
c'est l'arbre qui tend à donner, c'est L'entreprise qui est propre à
miner, etc. : il n'y a point de nouveau sujet à sous-entendre. Le
langage laisse ces deux cas confondus.
Laisserons-nous de même dans ce § III, 2 subsister côte à côte
des choses aussi disparates que fille à marier et noire à faire peur'!
Les deux exemples n'ont de commun que la ressemblance tout
extérieure de l'infinitif. Dans noire à faire peur il s'agit d'expri-
mer le degré d'une qualité. Ce degré n'est pas énoncé par les
moyens ordinaires de gradation, mais par une conséquence. Le
second terme est donc indiqué indirectement, le degré étant mesuré
par la conséquence qu'il entraîne. Le sens est noire à un degré
tel qu'elle fait peur ou ferait peur. Dans fille à marier, il n'y a
point de qualité, mais une personne ; donc point de degré ni de
conséquence : c'est à marier qui exprime, indirectement il est
vrai, la qualité.
Il faut encore distinguer ici, au point de vue du sujet de l'infi-
nitif, belle à ravir et belle à croquer. La personne dont on vante
la beauté est le sujet de ravir, mais elle est le complément direct
de croquer, qui a un sujet nouveau inexprimé. Ainsi la différence
que l'esprit croit percevoir, et dont il s'inquiète, ne vient pas de
la préposition
Pourquoi, en dépit de la ressemblance extérieure chère à Littré,
pourquoi consul à vie ne peut-il se comprendre comme cuiller à
café ? Le consulat est une fonction, une suite d'actes si vous
voulez ; la vie est ici conçue comme une durée. L'action suit cette
durée et avance concurremment. L'idée d'action parallèle à un
espace de temps a obscurci l'autre, l'idée plus simple d'adaptation
d'une chose à une autre chose.
Aller à son gré signifie, en gros, aller selon son gré. Le Die
tionnaire général voit dans à la destination de but et, parti-
culièrement, la conformation en vue d'un but, V adaptât ion. Que
faut-il en penser? Puisque l'expression ne signifie point: marcher
\ ers son but, le complément doit être dégagé de ce verbe aller,
qui n'est point en réalité le premier terme. On verra mieux que le
premier terme est autre si on choisit un verbe indiquant une
activité qui ne soit pas la marche : 1/ fit l'ouvrage à son gré. Quel
esl le premier terme inexprimé? Mais d'abord que signifie le com-
plément ? gré a le sens de volonté, désir, idée, plan, ("est un être
subjectif, mais le langage, serviteur de l'imagination, ne fait point
de différence entre les êtres subjectifs et les objets extérieurs. Il
— 007 —
dit a mon gré comme il «lit au gré des uents, et il est capable de
concevoir une tendance vers un plan, une idée, un désir, une
volonté, un gré extériorisé. Le sujet agissant agit en se confor-
mant, en s' adaptant à ce plan, en langage pins primitif il tend vers
ce plan. L'idée de conformité, d'adaptation est donc justement le
premier ternie inexprimé. Comme ce premier terme marque la
manière d'agir, il semble dès lors, en son absence, que le complé-
ment exprimé signifie la manière.
D'ailleurs, dans les phrases de ce type, le second terme aussi est
souvent de nature a dérouter l'analyse. Celui-ci peut présenter par
son contenu la pins grande variété. 11 peut être un objet concret:
partir an signal donné ; un objet mouvant : aller à la dérive, a la
remorque : un phénomène interne : à son gré, a sa fantaisie, a sa
guise. Dans tons les cas, le sujet agissant agit en se reportant à cet
objet, et il faut comprendre qu'il s'y reporte aussi continûment et
aussi fréquemment qu'il est nécessaire : continûment dans aller à
la dérive, an fil de l'eau, au gré des vents, fréquemment dans :
toutes les affaires marchent à ses désirs. L'action évolue et se mo-
difie donc selon cet objet, qui est un principe d'action et- non un
but : mais cette multiplicité de l'action, ses reprises, ses retours
à l'objet ne sont pas indiqués dans l'expression, c'est l'esprit qui
les déduit de ha qualité des termes en présence. Avancer à l'ordre
me fait comprendre un seul ordre et une seule action d'avancer.
// avance aux ordres du chef me suggère soit un nombre fixe de
marches adaptées à un nombre égal d'ordres, soit une marche
unique, mais variable, se modelant aux variations du commande-
ment et les suivant, s'y reportant sans cesse, tendant vers l'objet,
et, si l'objet est mouvant, revenant chaque fois à lui. Qu'est-ce qui,
dans toutes ces expressions accumulées à dessein, n'exprime pas
la tendance vers ?
Même obscurité des deux termes dans les locutions du type à
ces mots, qui paraissent être des compléments de temps, marquant
la simultanéité ou quasi-simultanéité. Aussi l'allemand traduit-il
par bei ou nacli die s en Worten. Mais ni le latin, qui dit ad,
ni le français, qui a continue à le dire, n'ont perçu les choses sous
cette forme de la simultanéité plate et coite ; ils y ont vu le mou-
vement, la direction. Direction de quoi, se dirigeant vers quoi ?
C'est la chose difficile à se figurer, aujourd'hui que toute la maté-
rialité et la poésie du langage s'effacent. Dans à ces mots, il s'écria
il y a deux actions : celle de parler, du premier personnage ; celle
de s'écrier, du second. 11 y a donc deux moments. Quant au sens,
- 3o8 -
on veut Faire entendre < i u<* ces deux moments coïncident, à peu
M;iis, quant à l'expression, l'imagination a vu et signifié un
temps se rapprochant d'un autre temps. Au risque d'énoncer lour-
dement les deux termes que le langage a seulement indiqués par
mots et s'écria, je développerais la phrase ainsi: il s'écria dans un
temps approchant du temps de ces mots. Laissons de côté le point
de savoir si la coïncidence est complète ou seulement approxima-
tive, et s'il n'y a point plutôt subséquence et même parfois causa-
lité. Ce sont des nuances que la préposition celles ne marque
point, que l'esprit seul sait faire entendre, sans les exprimer.
Dans cette admirable chimie du langage, comme dans toute vraie
création, le plus sort du moins à chaque instant. Seulement l'ana-
lyse fera bien de rendre à chacun ce qui lui est dû.
3. Classification.
La classification des sens doit tenir compte de tous les éléments
analytiques que nous avons mis à nu, et, de plus, établir une gra-
duation ou une subordination entre eux, en allant du simple au
complexe et du primitif au dérive.
Il faut évidemment partir des cas où le sens de direction éclate
encore dans le complément. Que le premier terme soit présent
ou absent, cela ne peut être un principe de division. La recherche
du premier terme n'est organisée que pour rétablir le sens du
complément et elle est inutile s'il n'y a pas eu de perturbation
dans le sens.
C'est bien la valeur actuelle du complément qui doit servir de
guide dans le plan de l'article. Il faut procéder en cela comme les
auteurs du Dict. gén., mais on peut différer d'eux parfois dans
l'appréciation de cette valeur. Que le régime de la préposition à
soit un nom de lieu, de temps, d'action, de personne, de ebose, cette
différence ne doit pas nous amener à créer des titres et des cha-
pitres importants si elle n'entraîne pas un profond changement
• le signification. S'élever n lu perfection n'est pas très éloigné de
aller à lu ville. Toutes les langues assimilent les rapports de temps
aux rapports de lieux : il n'y a donc point de différence essentielle
el capitale entre à Vérole et à demain.
Les autres sens suivront en allant du plus explicable au moins
explicable, et ici. dans le détail, il est évident qu'on peut légère-
différer d'appréciation. Nous ne savons encore si nous don-
nerons la priorité aux prétendus rapports de but, ou à ceux de
moyen, ou ;i ceux d'appartenance. Le cas où le résultat final
paraîtra le plus opposé au sens initial doit être le plus éloigné.
— 3o9 -
Nous ne distinguerons pas proximité et situation, distinction
classique entre ad et in, parce que cette distinction n'intéresse à
que comparativement avec d'autres préposition- [dans, en) et
seulement dans son sens propre. Entre se mettre a table et demeu-
rer à Paris, la distinction importante n'est vraiment pas de pro-
ximité à situation dans, mais de direction à situation.
Mais c'est surtout dans la rédaction que l'article à doit se trans-
former. Il ne faut pas rechercher la concision au détriment de la
clarté. Il n'est pas bon de confondre sous le couvert des abstrac-
tions ce qui revient dans la formation du sens à des cléments
divers de la phrase. Enfin il n'est pas très pédagogique «l'effacer
toute trace de la formation d'un sens nouveau. Nous voudrions
qu'on vît mieux non seulement où aboutit le langage, mais encore
comment il y aboutit.
4. Projet d'article A..
à exprime la tendance ou direction vers.
I. à forme, avec un second terme, un complément marquant
direction vers un objet.
|| 1° à employé absolument sans premier ternie. Ce premier
terme peut exister sans influencer le sens, mais n'existe pas quand
l'expression est énoncée d'une façon exclamative, sous le coup
d'une émotion. Le régime indique un lieu : à Berlin !. à la Bastille! ;
un objet localisé : au feu!, à l'eau!, aux armes!, aux pompes!, aux
voiles! à la potence!, à la lanterne!; une personne ou un être
animé : adieu!, au diable!, à Molière, à bon chat bon rat, à trom-
peur trompeur et demi; une action : a l'assaut!, au secours! à
l'abordage! à l'ouvrage!, au travail ! ; une qualité, un état, un
objet abstrait : à la vie à la mort, a la guerre comme à la guerre;
un temps : à demain, à jamais, a la semaine prochaine. | Il peut
y avoir en avant de l'expression un adverbe coordonné : sus à
l'assassin!, vite au travail! | L'idée de direction est renforcée par
la présence d'un autre complément marquant le point de départ.
Lieu : de Paris à Bordeaux, l'étape est longue. Personne : de vous
à moi, d'homme à homme, de nation à nation, de Turc a More.
Quantité : de six a neuf. Temps : du matin au soir, du jour au
lendemain, de temps à autre, d'un jour à l'autre. État subjectif '.:
de gré à gré.
|| 2° à employé avec un premier terme marquant la même ten-
dance ou direction que la préposition : aller, venir, conduire,
mener, mettre, tendre, arriver, descendre, monter, tirer; verbes
— v)IO —
composés avec le préfixe ad- : attirer, appliquer, apposer, ap-
prendre, adapter; substantifs verbaux : la course à ..., la montée
à ..., la mise à ..., etc. | Le régime indique un lieu : aller à Paris,
aller à l'école, venir à bord, monter au ciel, mener à terre, mettre
à son coté; voyage à Rome, sa fugue à Genève, la fuite à Lyon,
la retraite du roi a Gand : arriver au sommet, appliquera l'orifice»,
atteindre à la limite, j Le régime indique un objet : un triste
spectacle s'offre à mes yeux, parvenir aux oreilles, attacher au
brandies, aller d'une chose à l'autre, conduire au bois, passer au
premier rang, mettre à la charrue, ajouter à la somme. | Le régime
indique une personne, un être animé : venez à moi, attirer à soi,
mieux vaut s'adresser à Dieu qu'aux saints, tendre la main à qui
le mérite, cet argent revient à l'État | Le régime indique une
action : marcher à la mort, venir à résipiscence, au repentir,
recourir à la ruse, s'adonner à la boisson; arrivera ne plus penser.
tendre à monter, tendance à monter, se mettre à parler, en venir
à voler, aspirer à descendre, s'acharner à faire, son acharnement
à mentir, s'apprêter àmourir. | Le régime indique un état : tendre
à la perfection, réduire à la misère, réduire à un petit volume",
venir à bien, mettre à mal, tourner à la honte, tirer à sa fin,
mettre à prix, la mise à prix, le retour au néant, les aspirations
à l'idéal, son passage à la dévotion. | Le régime indique un temps :
remettre à demain, remise à jeudi, ajourner à l'an prochain.
L'expression du lieu et du temps est fournie indirectement dans
aller à quatre pas, venir à portée, ajourner à huit jours on à
huitaine, remettre à trois heures (— à un endroit distant de quatre
pas, à un endroit où le coup de fusil porte, à un moment distant
de huit jours, à la troisième heure ou au moment où l'horloge
marque trois heures).
|| 3° à employé avec un premier terme n'impliquant pas direc-
tion ou tendance vers l'objet-régime. mais se prêtant à ce sens
et n'empêchant pas le sons illatif de la préposition : écrire, dire,
parler, enseigner, rire, donner, prêter, passer, se conformer. |
L'objet-régime est un lieu : écrire à Paris, se rendre à Paris,
téléphoner à Liège, câbler une nouvelle à New-York; | une per-
sonne: écrire à son ami, dire à quelqu'un, enseigner à quelqu'un,
rire aux anges, rendre grâce à Dieu, se rendre au vainqueur, qui
donne au pauvre prête à Dieu; | un objet : marche à l'étoile..
parler au cœur, rire à la barbe de quelqu'un, s'installer à table,
lier les boeufs à la Charrue; | un état : se vouera la prêtrise, tomber
a la misère, dégringoler au vice, marcher à la gloire, renoncer au
— oïl —
monde ; ! une action : partir à la recherche du pôle, à la décou-
verte, se préparer à taire, commencer à travailler, continuer à
lire, se décider à parler, s'ingénier à l'hypocrisie. Dans ce dernier
cas on peut dire que le complément marque le eut de l'action.
II. Par absence du premier terme et mise en rapport du com-
plément avec une autre expression (pie le premier terme naturel,
à forme avec son régime un complément, qui, au lieu de marquer
nettement la direction vers un objet, semble marquer uniquement
un autre rapport.
i° Le complément marque un rapport de lieu, mais c'est la
situation dans ou auprès au lieu de direction vers (Question où —
ubi i. j H parait dépendre d'un substantif par suppression d'un
verbe de direction : l'épée au coté (= étant mise, missa, au
côté), le juron à la bouche, la canne à la main, l'arme au pied,
une profonde blessure à la tète. | Il paraît dépendre d'un verbe
de repos ou situation : être à table, demeurer à la campagne, être
à sa place, les étoiles brillent au ciel, s'asseoir au soleil. | Par
extension, le rapport de situation est exprimé par à quand même
il ne découle pas d'une direction antérieure : notaire à Paris,
négociant a Lyon, conseiller à la cour d'appel.
2° Le complément marque un rapport de temps, mais c'est la
situation dans un temps au lieu de la direction vers ce temps
(Question quand? : j'irai à midi, il revient aujourd'hui, alors (= à
l'ors). | Le régime indique le temps indirectement dans : à trois
heures, à ces mots, à sa vue, à ce coup, à vingt ans.
3" Le complément n'a point d'emploi à lui seul, il est mis en
rapport indirect avec un substantif et l'ensemble forme un com-
plément de manière (Question comment'/, de quelle manière?),
mais le sens de la préposition est visiblement la direction : goutte
à goutte (goutte tombant ou allant après goutte), brin à brin, sou
à sou, feuille à feuille, mot à mot, pas à pas, fil à fil, homme à
homme; petit à petit, peu à peu; un à un, deux à deux. | Le
mouvement est réciproque dans nez à nez. bec à bec, face à face,
vis-à-vis, tète à tète, corps à corps, côte à côte, bout à bout, porte
à porte, manche à manche: deux à quatre (terme de jeu). | Au
complément de manière se rattache le complément d'intensité
d'une action ou de quantité : pleuvoir à seaux, à torrent, à verse;
distribuer à poignées, à pleines mains, à profusion (en recourant
a des poignées, etc.).
4° Le complément marque un rapport d'appartenance (Question
a qui?, à quoi?), mais le verbe appartenir (pertinere ad) décèle
— 3l2 —
encore bien l'ancien rapport : appartenir à la reine, ce hameau
appartient à la commune de.... ; | par analogie : ce livre est à moi,
avoir à soi; | sans verbe : la fille à Nicolas, la femme a papa, la
flûte à Siebel.
5 Le complément est en apparence un complément qualificatif
ou déter mi natif. 11 indique la qualité ou spécifie la détermination
d'un objet d'une façon indirecte, en exprimant la destination ou
la conséquence ou le but. || C'est la destination dans : pot a eau
(= destiné, adapte, approprié à l'eau), moulin à blé, terre a
froment, grenier à foin, fer à gaufres, pompe à incendie, étui à
aiguilles, chasse a la bécasse, cuiller à café, cuiller a bouche; et,
par extension, cuillerée à bouche. || La destination est indiquée
par une action et peut s'appeler but dans : arbre à planter, bois à
brûler, tabac a fumer, avoir maille à partir, lettre à écrire, conseil
a suivre, pièce à dire, fille à marier. Dans ces exemples, l'objet
exprimé par le substantif subit l'action exprimée par le verbe :
on brûle le bois, on marie la fille, etc. | Dans les exemples suivants
l'objet énoncé est agent ou moyen, et non patient : fer à friser,
Ici' a repasser, cire à eacbeter, brosse à cirer. | L'objet est le
lieu de l'action dans : salle à manger, chambre à coucher. || La
qualification est exprimée par la conséquence, c'est-à-dire par une
action possible, consécutive. La préposition marque tendance
vers cette action. C'est un arbre à donner beaucoup de fruits
( destine à donner, prêt ou propre ta donner, approprié ou
adapte à donner), une entreprise à vous ruiner, une maladie à
vous entraîner (m terre, un homme à vous voler sans scrupule,
une bonne à tout faire, il est homme à vous trahir, un jeu à faire
-aiiter la banque, un vent à décorner les bœufs; le sujet de l'infi-
nitif est différent dans : un conte à dormir debout. La qualité est
exprimée par un adjectif dans ; noire à faire peur, gonflé à crever,
rempli à déborder, belle à ravir, belle à croquer. | C'est une action
dont la modalité ou l'intensité est exprimée par la conséquence
dans : aimer a en perdre l'esprit, verser à faire déborder le vase;
frapper à mort, aimer à la folie (= aimer à ce point d'en perdre
l'esprit, l'amour tend vers ce point extrême). La qualification
est exprimée par un complément de but qui a l'air d'être un com-
plément direct ou attributif dans : aimer à rire, apprendre à
parler, enseignera lire, donner à écrire, donner à penser, verser
à boire, chercher a tromper, trouver à redire; être à dormir,
c'est-à-dire, c'est à savoir (= donner qqch. afin ou en nue qu'on
l'écris e, etc. ).
- 3i3 -
6° Le complément est en apparence un complément de moyen
du mot précédent, nom ou verbe (Question avec quoi?, par (jucl
moyen?, avec quel accessoire:' . Le premier terme sous-entendu
est un verbe recourir à marquant la direction vers. | Ou bien c'est
une action qui recourt à un objet ou instrument comme moyeu
effectif : pêcher a la ligne, au filet, à la mouche, pêche a la ligne,
chasser au chien courant, aller à cheval, se battre au pistolet,
travaillera l'aiguille, charger a mitraille; | ou qui recourt à un
mode d'action : se sauver a la nage, à tire d'aile, aller à pied,
marcher à reculons, sonner à toute volée, parler à cœur ouvert,
combattre à outrance, reconnaître à sa démarche, à l'œuvre on
connaît l'artisan. !| Ou bien c'est un objet recourant à un objet
accessoire, a un mode particulier d'action : panier à anse, char à
lianes, costume a carreaux, habit à grands revers, manche à gigot,
chapeau a plumes, filet aux champignons, omelette au lard, chasse
au basset, homme à projets, à prétentions, abonnes fortunes; |
chasse a courre, lutte a outrance, achat a crédit, poulet à la finan-
cière, chapeau à la mode, habit à la française.
7" Le complément est en apparence un complément circonstan-
ciel d'extraction, de provenance, d'éloignement (Question d'où?,
hors de quoi?, (te qui?). En réalité il ne dépend pas du verbe pré-
cédent, mais d'un verbe illatif inexprimé : arracher aux flammes;
voler sa montre à quelqu'un ; soustraire, prendre, enlever à quel-
qu'un ; ôter à un roi sa couronne; emprunter à quelqu'un : prendre
a l'un pour donner à l'autre (Pour arracher des flammes, il faut
aller aux flammes : le complément indique le premier mouvement
et le verbe le second. Compare/ : la fille de Nicolas et la fille à
Nicolas, e.vciter à).
w. âbète, /'r. aubette; w. houbote; dihobier ; huvéte, houvirète.
Aubette est un mot particulier au français du nord. 11 figure
déjà dans le dict. fr.-all. de Mozin. Littré & Scheler l'ont admis,
mais le Dict. gén. l'ignore. Mozin définit le mot : « corps de garde
des bas-officiers », Littré : « bureau où les sous officiers d'une
garnison vont à l'ordre ». Ce dernier le fait venir de aube, par la
raison singulière qu'on va prendre les ordres de bon matin. Bien
que nous ayons trouvé aubette en picard avec le sens de aube
(Corblet, s. v°), nous n'en sommes pas plus enthousiaste de l'éty-
mologie de Littré; il sacrifie le sens à une fallacieuse identité de
forme. En réalité aubette désigne un petit kiosque, une eonstruc-
— 3i4 -
tion en bois de quelques pieds carrés, installée sur le bord du
trottoir, à un coin de place publique, ou même à l'intérieur d'un
édifice plus grand; vraie cage servant pour la vente des journaux,
la distribution ^\c tickets ou de billets, ou comme salle d'attente
de tram, bureau de voitures de louage, débit populaire de bois-
sons. Il existe aujourd'hui pour ces divers usages des pavillons
parfois très élégants, que le liégeois dénomme abète, d'après le
pseudo-français aubette. Mais autrefois, quand il n'y avait guère
que des échoppes de passeurs d'eau et de bergers, une baraque
de ce genre s'appelait en liégeois houbète, en verviétois houbote,
en gau niais hobète, en namurois et en rouchi obète. Ce nom est
resté à la niche du chien ou de l'écureuil, à la guérite on à la
baraque improvisée: seule la houbote de luxe est devenue une
iibète.
Le sens ainsi fixé, il me paraît certain que le mot aubète n'est
autre chose (pie hobète débarrassé de l'aspiration initiale. Celui-ci
est, un diminutif du mot hobe, déjà connu en a.-frane., lequel est
simplement l'ail, haube, aha. Imbu, mba. luïbe. Comparez robe,
de rauba. Or haube signifie chaperon, par ext. toit qui pro-
tège, dôme, coiffe d'un clocher ou d'un moulin, ce qui entoure
une lumière, toute cage protectrice : « in vielen Gewerben, ein
liber etwas angebrachtes Dach », dit Sanders. Rien d'étonnant
donc à ce (pie notre dérivé hobète signifie chez nous l'échoppe du
gagne-petit et ait produit aubette. — De même racine est le verbe
si d'hobier (Laroche, Lux.) inconnu aux lexiques wallons, qui
signifie « sortir de son enveloppe, de ses couvertures, de son lit».
Djans donc, dihobiez-ve ! dit-on au dormeur paresseux. — De
même racine encore le rouchi huuéte « sorte de coiffe de nuit »,
que donne Gggg. (I, 3i3), et le wallon houvirète, coiffe que l'enfant
a parfois en naissant. L'allemand haube a le même sens. Mais
l'emprunt est, en ce cas, d'une région où le b s'est transformé en
v, /'. Eupen dit h ///'/', le néerl. huif.
w. ac'mwède; ac'mwèsse.
I. Le verbe wallon ac'mwède signifie acclimater une personne,
un animal, l'habituer à un milieu, à une maison, a un métier, à un
patron nouveaux. On trouvera dans le Vocabulaire-questionnaire
AC- (') un groupe assez, complet de variantes dialectales; mais
(' A» premier volume <ln Bulletin du Dictionnaire wallon. i<)o<», p. 126.
— 3i5 —
toutes n'ont pas la même valeur : on peut en résumer l'essentiel
en constatant que le sud-wallon prononce -mwade, lorsque le nord
dit -mwède, et aco- au lieu de ac-. Cette alternance aco- : ac- nous
révèle la présence de deux préfixes, ad-cum ; ensuite l'alter-
nance wc : wa nous décèle un ancien o entravé comme dans'
stwède : stwade (ane.-fr. estordre). Que la consonne disparue est
r et que -nuvède répond au français -mordre, c'est finalement
démontré par l'existence d'un infinitif ac'mwèrder, refait sur la
première conjugaison, qui est signalé en Condroz, et par le parti-
cipe liégeois ac'mwèrdou, namurois acoimvardii.
Le participe passé ac'mwèrs, ac'mwè.sse, est issu directement
de morsus, morsa. La forme féminine n'a été rencontrée jusqu'ici
que comme substantif, au sens de accommodation, acclimatation,
mais on la retrouvera sans doute quelque part avec sa valeur
participiale. En attendant, tablant sur une forme du participe
féminin ac'mwède, qui nous apparaît maintenant refaite sur l'in-
finitif, on avait a tort, dans le Vocabulaire précité, imprimé
aç'mwért au lieu de ac'mwèrs, comme s'il s'agissait d'un composé
de mwért (mort).
Ce qui empêchait d'y reconnaître d'emblée un parent du franc.
mordre, c'est d'abord que le composant mordre n'existe pas en
pays wallon, où l'on emploie le verbe hagnî (*); c'est ensuite la
grande différence de signification.
<c>ue vient faire dans ac' mwède et ac'mwèsse l'idée de mordre":'
Elle y joue le même rôle que dans le français amorce. L'amorce
est d'abord, non l'appât qui fait mordre, comme dit le Dict. g'én.,
mais l'appât mordu, je dirais volontiers admordu; puis, la dis-
tinction temporelle se perdant, elle est l'appât à mordre. L'idée
de mordre peut devenir métaphorique comme dans « mordre au
latin ». Si « mordre au latin » se comprend aisément, on eut
compris de même en français « amordre au latin », et comordre et
acomordre, et enfin s'acomordre, où le pronom .se s'expliquerait
comme dans « se saisir ». Or telle est, identiquement, la composi-
te1 ) En liég. hagnî, verv. hègni, ard. hagner, nain, ligner. L'origine de ce
mot est encore à découvrir. Il est hors de doute que sa provenance est
germanique : l'existenceen \v. du nord et de l'est d'un h initial qui disparait
en namurois et en rouchi, le démontre assez. Mais GGGG. n'a rien trouvé de
décisif. La forme "excauia re proposée jadis en passant par M. Wilmotte
dans la Revue des patois gallo-romans, II, \o, ne pourrait signifier (pie « ôter
les chiens » ; ensuite un primitif en exe- ou se- exigerait dans nos dialectes
du sud un eh- ou se- initial, que hagner, agner ne fournissent nullement.
— 3i6 - .
tion de l'expression wallonne s'ac'mwède us' noix'' mèsiî, s'adapter
à son nouveau métier.
II. Si celte explication est juste, il sera difficile de maintenir
l'étymologie proposée par M. A. Thomas pour le mot êquemôdre,
(|u"il ;i trouve dans Contiïjkan, Glossaire du patois de Montbé-
liard, p. to6 ('). Cet êquemôdre nous apparaît absolument iden-
tique a notre ac'mwède et il devrait être écrit èc'môdre. Consta-
tons d'abord la similitude de sens. L'auteur du glossaire le
définit : << habituer uu animal qui va aux champs pour la première
l'ois a suivre le troupeau ». Nous dirions de même ac'mwède ine
bièsse.
Cependant le savant philologue a vu dans êquemôdre « nue
forme refaite du verbe médiéval escomovoir », et il faut bien
vérifier cette hypothèse. Deux objections déblayeront le terrain.
En premier lieu, il a fallu supposer un type latin vulgaire *excom-
movere, qui peut avoir existé en provençal et en italien sans
jamais avoir pénétré jusqu'au pied des Vosges. En second lieu, il
est impossible d'accepter que ce *movëre ait pu produire -môdre.
Pour justifier l'ingérence de d dans des proparoxytons en -vëre,
il faut une consonne devant le v du latin : puluërem > poldre
(poudre), solvére > soldre (-soudre); mais vivëre devient vivre et
non vidre, bibere devient boire. On ne peut non plus assimiler le
cas de movëre à celui de exmolere devenant esmoldre, esmoudre
cl esmeudre (émoudre). Y a-t-il dans -môdre un cas exceptionnel
qui m'échappe? Je crois plutôt que l'auteur a été trompé par une
graphie mauvaise et par le manque de formes comparatives. S'il
avait eu en main notre mot wallon et connu son sens exact, ni lo
faux air de cet e initial de êquemôdre, ni la suggestion des formes
méridionales ne l'auraient emporté. C'est en quoi nos modestes
études, même défectueuses, pourront rendre service aux linguistes
français : elles apporteront un indispensable contrepoids.
âsses.
G au t. 11, p. xi, enregistre un mot iizes avec le sens de
■ débris île foin et de fourrage qu'un cheval à l'écurie laisse tomber
;i terre », H ajoute le proverbe suivant : qwand i tone è mas', è
may on magne ses Âsses », c'est-à-dire qui;, la saison étant retar-
A. Thomas. Nouveaux essais de philologie française. Paris, i<)o.">.
- 3i7 -
dée, on est forcé en mai de manger les déchets d'abord dédaignés.
A Liers. Le proverbe s'énonce ainsi: « qwand i tone è mas', H cinsi
r'inagiie ses asses; en avri (_= qwand i tone en avri), i s' ré-
fyouwit ». — Ce mot doit être identique à l'ail, aas, asz, pâture,
« Viehfutter . aha. uz « repas », en général. 11 y a encore un
autre aas, aha. as, qui signifie , appât, viande corrompue pour
appâter ». ('es deux mots d'ailleurs se rapportent à essen, et les
dicfc. ail. et flam. les confondent sons le même article. — Le sens
de (c restes on déchets de repas » que donne Gggg. ne peut être
un obstacle a cette filiation, car ce sens n'est qu'apparent :
/•' tnagni ses âsses signifie simplement a remanger ses repas »,
façon énergique de dire « manger ce qui a échappé la première
fois ».
gaumais beuilli.
Le g. beuilli, feni. bciiillite, qui ne nous est connu que par le
dict. manuscrit de Mans, signifie c< bossue ». Nous ne savons s'il
faut prononcer ill ou y. ni si ce participe passe a un verbe complet.
11 doit être rattaché a l'ail. Heule, bosse, aha. biula, biilla, mha.
billle, plutôt (pi'a la famille latine bitlla, bullire dont tous les
dérivés ont o, ou en gaumais comme en wallon, à l'atone comme
à la tonique (bouye; bouyète ou bouyote; bouyeter; boûre; bolant,
g. boulant; boli, bouli; bolèye, g. boulie).
hièbe du bon.
Lezaack, Dict. des noms u>. des plantes des environs de Sj)a (dans
Hull. de la Soc. de Litt. wall., t. 20 (i885), p. 1221 et 248), donne ce
nom d'hièbe du bon pour la véronique officinale. Aucun commen-
taire, le dict. de Lezaack n'étant d'ailleurs qu'une simple nomen-
clature. Dans nos empiètes de flore populaire, nous n'avons nulle
part retrouvé ce nom, ni du reste aucun nom pour désigner spé-
cialement la véronique officinale. Depuis lors, M. l'abbé Bastin
a retrouvé le nom à Faymonville-Weisines (Cf. Bull, de la Soc. de
Litt. wall., t. 5o, (1909), p. 55o). Au reste, L'attribution pouvait
avoir été faite légèrement sans que le mot devînt pour cela suspect.
D'autre part, il ne semblait pas que bon pnt être l'adjectif fr. et
\v. bon. Partant de là, nous avons cherché parmi les noms assignés
aux diverses espèces du genre oeroniea, et nous sommes tombé
sur le mot becabunga, qui désigne une espèce voisine, la véro-
nique grasse des fossés et des ruisseaux. Ses tiges, qui sont cylin-
driques, chose rare chez les scrophularinées, présentent souvent
— 3i8 -
des nodosités ou renflements à chaque entrenœud. Ce sont ces
nodosités <| ue désigne le mot germ. bunge. Le mha. bunge,
ulia. pungo, dit le Dict. de Weigand (5e éd., col. i34), signifie
Pflanzenknolle». Bécabunga est emprunté du néerl. becke-bunge,
eu ail. bache-bunge (Diez, p. 47)» c.-à-d. « bung des fossés ». Nous
croyons que le w. /><>/; représente ee mot germanique et que
l'expression wallonne s'applique mieux à la veronica becabuhga.
— Diez fait observer avec raison que le fr. bécabunga n'est, guère
un mot français, qu'il a conservé la marque du latin des officines
et n'est pas populaire. Si notre explication est exacte, la partie
importante de ce mot aurait au moins vécu dans un coin de
Wallonie, mais elle est détrônée par des désignations plus popu-
laires, comme cresson, sàuadje cresson, cresson du dfvô, tripes
dès pores. — .le ne crois pas que la bécabunga soit ainsi dénommée
« wegen der Fruclitknôpi'chen », comme le dit Weigand. mais à
cause des renflements très visibles de sa tige.
#-. bore, bôrer, bôru ; w. beûre ; /'/•. bure, burin.
Le dict. gaumais manuscrit de Maus nous donne encore boor,
creux, et booré, creuser, que nous écririons bore, bôrer. Dasnoy
a bore, terrier, et l'adjectif bôrru, « creux, (arbre) creux, (dent)
creuse ». Liégeois, p. 100, définit bore « trou servant de retraite à
certains animaux, particulièrement grenouilles, poissons, écre-
visses »; il ajoute l'exemple « bore des fàyes, caverne des fées ».
En wallon, Gggg. donne bor, bonr, tronc d'arbre, et Forir bôr,
hangar, abri. — Il faut écarter le bor de <tu<;<;., qui doit être
rattaché au celtique (?) bour de bourg-épine, bourgène ou bour-
daine. Les autres formes sont apparentées à l'ail, bohren, percer,
creuser, fl. booren, aha. borôn, mha. boni. C'est également l'ori-
gine du liég. beûre, puits de mine, du fr. bure, du fr. burin. Seul
le bôr de Forir semble assez éloigné au point de vue du sens.
Mais, d'une part, il ne peut se rapporter au bas-allemand bord,
franc, bord, forme féminine borde, cabane, qui serait en wallon
Inverti; d'autre part, le prétendu hangar qu'il désigne peut être un
simple trou creusé dans le schiste derrière la maison.
w. bricelèt.
Nous avons rencontré le mot bricelèt d'abord dans une vieille
chanson verviétoise : « avou on bon brislet — po niète è vosse
café», puis dans les A musettes de Michel Pire, excellent chan-
- 3ig —
soimier verviétois : « Fâie du brislet />o s' forer l' boke, - djèl
régule du p'titès tchansons ». Ce mot, aujourd'hui peu connu ù
Verviers, se retrouve sous une forme légèrement différente, dans
Remacle et dans Lobet, deux lexicographes verviétois. Remacle
(2e éd., 1. 1, p. 259) définit breslet comme ceci : <c i° bracelet». (En ce
cas l'étymologie est claire et l'auteur aurait dû écrire brècelèt) ;
2" pâtisserie qui a la forme d'un bracelet et dont les Wallons
doivent conserver le nom à cause de la ressemblance ». Lobet,
de son côté, outre le sens de bracelet, donne aussi a breslet
(p. 117) le sens de : « giniblette, petite pâtisserie dure et sèche en
anneau sépare ». Le liégeois Forir, qui a soigneusement utilisé
les œuvres de ses devanciers, néglige le second sens, comme
inconnu à Liège. Grandgagnage, lui. a omis le mot dans son
Dict. étym., sans doute parce que l'étymologie lui en semblait si
évidente que le mot devenait sans intérêt a ses yeux. Il eût changé
d'avis s'il avait connu la variante brislet et les suivantes.
A la suite d'un premier article, d'aimables correspondants nous
ont signalé l'existence du mot sur d'autres points de la Wallonie
et à l'étranger. M. Henri Angenot, bibliothécaire de la ville de
Verviers, a noté la prononciation brislet à Soiron, breslet à Cler-
mont (pays de Hervé). A Soiron, il s'agit d'un gâteau qui peut
affecter diverses formes : il ressemble à un (' dont les deux extré-
mités seraient recourbées jusqu'au dos de la lettre, de manière à
composer deux anneaux irréguliers ; on bien le cordon de pâte a
été replié en un seul anneau dont les extrémités sont croisées l'une
sur l'autre et débordent en croix; ou enfin c'est un simple rec-
tangle de pâte A Clermont, le brislet n'est plus qu'un vulgaire
gâteau rectangulaire, de vingt centimètres sur quinze, a sez épais,
vendu quinze centimes ("est la pâtisserie qu'on offre au « café »
des funérailles. D'après M. le Dr Randaxhe, à Thimister, non
loin de Clermont, ce gâteau s'appelle brice. M. Eugène Monseur,
professeur â l'Université de Bruxelles, nous signale pour Hervé
la forme briksèl et ajoute que cette pâtisserie est un gâteau con-
tourné en 8. A Malmedy, d'après mon collègue Joseph Boyens,
le mot est britsèl. C'est aussi la prononciation que nous donne
M. l'abbé Pietkin, curé de Sourbrodt. Voilà déjà une liste respec-
table de variantes dialectales dont l'ensemble n'est point favorable
;i l'étymologie suggérée par Remacle et par Lobet.
Poursuivons notre enquête en pays étranger. A Eûpen, d'après
l'excellent petit Worterbuch (1er Eupener Spruche de MM. Tonnar
et Evers (Eupen, 1899, p. 27), il existe un substantif bretzel,
— Ô20 —
féminin, (é intermédiaire entre e el i d'après l' Introduction, p. 5),
el un verbe brêtzele, qui est traduit par Snôrkel maçhen, décrire
des crochets, des lacets. - En feuilletant, par amour du folklore,
un petit livre de dist riblltion de prix ('), nous avons trouvé la note
suivante : bretzelle [à Stuttgart] est un « petit gâteau sec en forme
île huit évase par le haut ». Ne cherchons pas comment l'auteur,
dans un gâteau de cette forme, distingue le haut et le bas, mais
constatons que l'identité d'objet avec notre bricelet est incontes-
table. Partant de là, nous avons découvert le même terme allemand
dans les dictionnaires de Mozin, Rottek, Sanders, Sachs- Villate.
Rottek l'écrit brâzel, Mozin brâtsel, bretsel, brezel, Sanders brêzel.
Nous avons comparé les définitions. Mozin dit : « diurnes hartes
Backwerck, in (Jestalt zweier ineinander verschlungener Ringe,
craquelin ». Sanders, 1, 21^, est plus explicite encore : « Gebiick
ans weissem Mehl, in Gestalt zweier in einander geschlungener
Arme, oder eines in einem doppelten Ring zusammengelegten
Stricks », (deux bras entrelacés, ou une corde disposée en double
anneau). Sanders note encore que, à la plupart des devantures de
boulanger, se trouve une brezel peinte, soutenue par deux lions ;
que, dans la forme de cette pâtisserie, on voit une allusion aux
liens du Christ. Les romans d'Erckmann-Chatrian men-
tionnent souvent les bretzel d'Alsace parmi les mets traditionnels
de ce pays. — D'après Tandel, Communes luxembourgeoises,
t. II, p. 47» à Luxembourg, le premier dimanche de Carême, les
jeunes gens qui se sont mariés dans l'année envoient à tous leurs
parents et amis une sorte de pâtisserie en forme de w fermé par
le haut ou de 8 renversé(co ), bien connue dans cette région et en
Alsace sous le nom de bretzel. — M. Monseur a, d'autre part,
retrouvé notre bricelet assez loin d'ici, à Vevey sur le lac Léman.
C'est, dit-il, un biscuit très mince, très sec, assez dur, carré, d'en-
viron cinq centimètres de côté, portant en anneau l'inscription :
BRICELET DE VEVEY.
Si on pouvait déterminer le symbolisme primitif de cet humble
petil craquelin, on arriverait facilement de l'origine de la chose a
l'origine du mot. Mais quelle variété d'interprétations! D'un côté on
rapporte que ce mets sert au repas des funérailles, de l'autre c'est
un préseni que les mariés de l'année envoient au début du carême
La Grotte merveilleuse suivie de Le premier voyage de Cordula, deux
nouvelles d'Ottilie Wildermuth, traduites par Em. Tandel : Bruxelles.
m. Collection nationale). Cl', p. 76.
— 321 —
à leurs parents et amis; tantôt il représente des bras entrelacés,
tantôt les liens dont on a enchaîné le Messie. Un auteur allemand,
D1' Paul Kleinpaul, Deutsches Fremdwôrterbuch, voit dans la
brezel la représentation d'un bracelet. Les bracelets accompagnent
les morts dans le tombeau : les brezel en sont le symbole et se rap-
portent au temps de carême et an culte des morts '). Voilà un
joli problème de folklore religieux pour mon ami Eugène Monseur,
spécialiste en cette matière; quant à moi, je suis forcé de me
contenter d'une remarque sur la forme du bricelet. Il semble bien
que la forme carrée n'est pas primitive et que le biscuit de Vevey
avec son inscription en cercle représente l'intermédiaire entre les
formes en anneau et celles en rectangle dont nous avons parlé.
Mais le gâteau primitif est-il en deux anneaux ou en un seul, nous
ne saurions le dire, et nous sommes obligé d'aborder le problème
étymologique avec cette indétermination de sens.
Les lexicographes allemands donnent comme étymologie de
brezel l'italien bracello. En effet, on trouve en italien : bracciello,
sorte de craquelin: bracciatello, « sorte de gâteau fait de fleur de
farine paîtrie avec des œufs, fait en cercle, brasselet de pâte »
(Veneroni, Dict. ital. -franc., 1710). Mais cette concordance ne
prouve pas encore que le terme allemand vient de l'italien et
les formes wallonnes de l'allemand. On peut tout aussi bien
songer au latin bracel lus, qui est dans Du ('ange avec le double
sens de bracelet et de gâteau et qui a l'avantage de ne pas déter-
miner avant examen le lieu de l'emprunt. L'ancien-français nous
offre bracel seulement avec le sens de bracelet, mais il y a un
doublet dialectal bresseau dans Godefroid qui est défini « sorte
de pâtisserie ». Entre bresseau et bracel il y a cette différence que
l'a de brachium est transformé en è comme dans le wallon
brès', brès, mais le français connaît aussi e dans bressin, variante
brécin, dérivé de bras. Rien n'empêche d'identifier bresseau à
bracel par un intermédiaire *breeel.
L'enquête semble donc nous ramener au point de départ. Cepen-
dant elle permet de constater que le problème n'est pas aussi
simple qu'on aurait pu le croire. D'où viennent nos variantes
wallonnes, qui sont toutes de la frontière linguistique? S'il n'y
avait que brècelèi, on en ferait un dérivé de brècel diminutif de
brès'; mais bricelet semble bien influencé par les formes alle-
(!) Connu, de M. Paul Scharff.
— 322 —
mandes, britsèl de la Wallonie prussienne est franchement alle-
mand, le liervien briksèl est une déformation de britsèl; reste
brice, auquel on trouve des correspondants germaniques dans les
formes plus simples breze, brctz que donne WEIGAND.
Les faits concordenl si bien de la sorte que nous écartons
d'autres étymologies, pourtant séduisantes, proposées par deux
de nos correspondants. L'un suggère Brod + le1 suffixe sel de
Wechsel, et, quant à la voyelle, il la voit se transformer comme
dans Brôdchen on dans l'anglais bread. L'autre explique britsèl
par ]> re t i o 1 n ni : dans les anciennes écoles de couvent, dit-il, on
donnait comme « prix » aux enfants des pâtisseries qui avaient
souvent la forme de lettres de l'alphabet. De là l'expression cou-
rante : c< Er will sieh einen Bretzel verdienen », il veut se faire
bien voir, il l'ait des dénonciations ou des platitudes pour avoir
une bretzel en récompense. Le Wôrterbuch (1er Elberfelder Mun-
dart récemment paru (Elberfeld, 1910) a un verbe brétzeln qui
correspond au néerlandais brijzelen, réduire en miettes, usité
seulemenl dans cette expression : « dann lot eck meck brétzeln »,
icli lasse midi totschlagen. Nous renonçons à discuter ces trois
hypothèses pour ne pas allonger cet article outre mesure, mais
combien nous voilà loin de la sérénité de Remacle et de Lobet!
brosder et broster ; brosse ; broussin ; breûsse, breusti.
En note d'un article sur le w. crètelê, dans \a,Zeitschrift fur franz.
Spr. uiul Litt., 1907, Abhandl. p. 287, M. Behrens est amené à
citer une phrase de Grggg., II, 562, ine erète di mitches po brosder
sètehes, et demande un éclaircissement sur brosder. Ce mot peut
se traduire ici par ((grignoter». Il se dissimule dans le Dict. étym.
sous la forme broster (I, 80). En deux autres endroits (I, 338 et II,
p. xv), Gggg. note que broster est une forme namuroise et brosder
une forme liégeoise, et cela concorde avec ce qu'on trouve dans
Forir et dans Pirsoul. — Ce mot est le verbe correspondant au
substantif brosse très usité en Ardenne : aler kî dol brosse po les
gades, aller chercher de la brousse pour les chèvres, c'est-à-dire
■mimités de jeunes branches, parties tendres que les chè-
vres mangent avec avidité. À Tellin, brossegade sert à désigner
la spirœa ulmaria. — Je suis étonné de ne pas trouver « brousse »
ans le Dict.gén., alors que des voyageurs et des écrivains ont
isécenora pour désigner les halliers africains. Je suis
'tonne encore d'y voir la brosse à brosser confondue avec la
"Miter. Ce dernier sens n'est indiqué qu'à la fin de l'ar-
— )2.î —
ticle, comme un sens analogique de l'autre et vieilli. Vieilli, peu
nous importe ; mais analogique, il y a lieu de protester. Enfin
notre brosse se dissimule encore sous la forme brout, anc. franc.
brost, jeunes pousses des arbres au printemps. Le fr. brouter
venant du germ. bruston, j'en conclus que broster est en w. la
tonne correcte et que brosder a changé le / en d sous l'influence
de brosder = broder. - Le \v. et fr. brosse est-il une forme fém.
de broust dans laquelle st s'est réduit à ss, comme dans crosse
(croûte), gos' (goût)? Si, pour s'en assurer, on rassemble les mots
prétendument de même origine, on s'apercevra bientôt que, dans
ce cas-ci, deux familles de mots ont dû se rencontrer et s'entre-
croiser. Le latin du moyen âge fabriqué d'après les formes popu-
laires existantes donne brossa, brossia, broça,brocellum, brocaria,
brocare : puis bruscale, bruscia, bruscus ; puis brustia, brustio,
brustum. Ainsi le rouchi bruscale (broussailles), que donne Gggg.,
et l'anc. fr. bresque, que cite Du ('., le fr. broussin, broissin, sont
apparentes au latin bruscum (broussin d'érable). Mais en présence
de brustio « duinet uni. minor boscus », de brustum «le broust,
pastio animaliuin, bine brouster », nous concluons que le \v. brosse
représente un type bas-latin brusta et que la première série en «s
et eu ç n'est qu'une reproduction grossière des formes dialectales.
— Quant au franc, brosse et brosser, le picard brouesse et le w.
breûsse montrent (pie c'est un tout autre mot. On le fait venir du
germ. burstja, aha. bursta, ail. borste, t.. qui signifie cheveu raide,
soie. Le t en effet se ravive dans le w. breùsti que donne seul
Lobet iv" breusseti), où la brève -ij prouve qu'on n'a pas affaire a
un dérive en -eter, mais a un verbe en -tir tiré d'infinitif germa-
nique en -tjan.
w. cabossî.
Le franc, et wall. cabosser, cabossi en gaumais, signifie bossuer,
couvrir de bosses. Mais on trouve dans Bormans, Tanneurs, p.
36o et 3;2, un autre verbe cabossi, enlever les émouchets, châtrer,
émasculer. Ce sens ne cadre guère avec celui de cabosser qui pré-
cède. Je suis persuadé que ce mot vient par déformation de sca-
bossi, c'est-à-dire du préfixe ex + cabossi. La peau brute que doit
travailler le tanneur est toute « cabossée » ; il s'agit de l'eac-cabos-
ser. Je n'avance pas cette disparition de s initiale devant c sans
argument : cramer, écrémer, est déformé de la même façon, et il
y en a d'autres. (l) Au reste, ce qui est encore plus probant, la
(l) Cl', ci-après, article consîre, p. 'ô-2~.
— 324 —
forme scabossi existe à Marilles (Brabant), habossi à Huy, etc.,
hanbossî à Jupille, avec h résultat naturel et ordinaire deexc-, au
sens de décolleter les betteraves, en rabattre les cimes ; puis ces
formes régulières sont remplacées par cabossî à Cras-Avernas,
Noduwez, Pellaiues, c'est-à-dire à l'ouest <le Liège et dans la par-
tie adjacente du Brabant. Voyez Bull, du Dict., 5e année (1910),
l>. M, v" abossî.
w. caca-laids-oûys.
C(!i te forme caca-laids-oûys est donnée par Pirsoul, Dict.
namurois, 1, 91. Elle n'a rien de logique, et sa singularité néces-
site une explication.
<;< 1. 96, a un article « caiz ouiez. bigle, myope, vue mau-
vaise •>. Mais il parle d'après autrui, Dejardin et Simonon ; il ne
connaît pas le moi par lui-même. De là sa graphie caiz, qu'il faut
prononcer câyîs, cl qui est de la même origine que le franc, cailler.
D'ailleurs Gggg. connaît le verbe câiî (prononcez câyî), se couvrir
de chassie, et dicâiî, qu'il traduit par déchassier, décrotter. Cette
traduction est erronée, car dé- signifie en ce cas : de haut en bas,
complètement, et des yeux dicâyîs (namurois discauyis) sont des
y.-ux tout chassieux. 11 est vrai que le même verbe pourrait signi-
fier, par le second sens de di, dé, se décrotter les yeux. Gggg. a
rectifie au mot dicâiî, I, p. 167, où il dit que le sens habituel du
participe passé dicâyi est « gâté par la chassie, de là chassieux ».
Nous pouvons maintenant en revenir à l'expression namuroise
inscrite au début. Il semble que, à côté de câyî et dicâyi, il a
existé un participe cacâyî ou cacàyé, avec préfixe ca-, qui a servi
a créer une expression cacayés-oûys, ou plutôt, avec // mouillé
antérieur, cacaillés-oûys. C'est cette forme qui, par étymologie
populaire, a pu devenir caca-laids-oûys.
gaumais calôgne.
Liégeois, Lex. gaumet, p. 29, définit ce mot par « personne non-
chalante » et fournit l'expression ène grande calôgne. C'est en
•Net uniquement comme injurequele mot estemployé aujourd'hui.
1 combien ces mots du dictionnaire poissard ont laissé
s'oblitérer leur sens primitif. Il n'est donc pas du tout certain que
a lôgne signifiai i jadis nonchalante. Faisons appel à l'étymologie.
s gaumais donnant ô pour or devant consonne (ex. bôgne,
!<■. m bôgne clô, ardennais on bwagne elù), je rétablis la forme
<- calorgne. Or calorgne a des parents ailleurs : en nor-
J2D
mand catougnard, louche, en une. !i\ calorgne, qui n'a qu'un œil.
Le mot est composé de la prétendue particule péjorative ca e\ de
lorgne, louche, d'origine inconnue, w. Iwègne, Iwagne. Le scn>
noté par M. Liégeois se rapporte à l'adj. grande autant qu'au
subst. calôgne : il évoque l'image d'une grande femme lourde qui
s'attarde à lorgner tantôt à droite, tantôt à gauche.
w. chèrbin, hèrvê ; f'r. escarbille.
Chèrbins, m. pi., à Laroche (Lux.), signifie tas de tessons,
d'écaillés, débris de vase ; hèrbin, m., à Sprimont (Liège), désigne
L'ardoise grossière dont on se sert encore en Ardenne pour taire
des toitures économiques ; /erbin à Stavelot signifie à la fois,
suivant le dict. ms. de Detrixhe, tesson et grande ardoise de toi-
ture. — Guuu. ne connaissait que hèrvê, tèt, tesson, qui existe en
liégeois et en verviétois.
On ne peut douter que chèrbin ne représente l'ail. Scherben,
tesson ; quand à hèrvê, comme b germanique, précédé d'une con-
sonne ne donne pas v en roman, il ne semble pas issu directement
de la variante scherbel, il vaut mieux le considérer comme un
diminutif de la forme dialectale schârv constatée à Eupen (Tonnar
et Lvers, Wôrt. (1er Eupener Spr., p. i65). — Malgré le Dict. gén.,
je suis tenté d'assigner la même origine au fr. escarbille. Ce serait
plus simple : cela dispenserait de postuler en français la conser-
vation de se à la mode du rouchi, dans un mot qu'on fait venir du
latin carbonem, sans se préoccuper d'autre part de la suppression
insolite de la finale on.
w. cirion, claus d' cirion.
Dans le t. XVIII de Wallonia. p. i3i, M. Alph. Maréchal
demande ce que signifie clan de Sirion qu'il a trouvé dans un
couplet du chansonnier namurois Lagrange. Sans connaître l'ex-
pression par d'autres voies, je pense qu'il faut écrire cirion et
non sirion, ou encore Sirion comme nom propre; que les clous
de cirion sont les larmes tombant ou plutôt coulant de cierges
allumés à l'église.
Il faut savoir, quant au fond, que les larmes des cierges bénits,
du cierge pascal notamment, étaient réputées pour la guérison
de divers maux et maléfices. En ce qui concerne le mot, cirion
paraît bien être de la même racine que le français cire et
cierge. Cire vient de cera, cierge de cereum (de cire.
— 3u<> -
adjectif) : noire cirion diffère par le suffixe. Ou y distingue d'abord
m, suffixe -on (mii bien connu; mais d'où vient 1'/' qui précède -ont
Comme un primitif "cereonein aurait donné ciri/on, il l'aul
admettre que cel i provient d'un suffixe diminutif qui est en latin
-ili-, en français -ill-, lequel en wallon se réduit à y (écrit i
après consonne). Exemples français : tourbillon, corbillon,
moinillon, cendrillon, grésillon, Ancillon; wallons : toii-
bion, vôtion, dwèmion, niguion, ôbion ou âbioh, cramion, hoû-
bion, brôdion, roudion, wandion, hûfion, troufion, ohion, nokion,
ploumion, hayon, poyon,grusion, pètion, awyon, sàvion,bawyon,
fyowyon.
Ces mots en -ion désignent un objet qui est le diminutif d'un
autre. s«>it parce qu'il est plus jeune (poyon), soit parce qu'il est
plus petit {ohion, fyowyon, nokion), soit parce qu'il est un frag-
ment de la (diose totale (hayon, ploumion, troufion). Quelquefois
il est possible d'attribuer deux sens au même mot : ploumion est
une petite plume ou un fragment de plume; Ancion est un petit
Anse ou un jeune Anse (Anselme); mais d'ordinaire, en ce cas,
les deux sens coïncident presque et se confondent.
.l'estime donc (pie cirion doit être expliqué comme troufion
(petit fragment de troufe, tourbe) : cirion est une « petite cire»
dans le sens de fragment de cire (').
clintch-bowe.
Le supplément du Dict.étym.de Grandgagnage (II, 5n) contient
l'article suivant : « cl i n ge-bo w e , Malm. (jower a cl. : jower a/
luis/ = jouer au bâtonnet) Sim. 2, mél. ». Cet article nous fournit
un nom particulier du jeu bien connu des bâtonnets, appelé jadis
en français jeu de la briche (Cf. briche dans Goi>.), appelé en
wallon brisse, cherat, cayèt burnè (Cambresier), tchùl, kinî-
kinaye, bâdèt (Delaite, Gloss. des jeux wallons). Celui-ci vient
de clintch, gauche, fr. esclenc, et de l'indic. prés, du verbe
bawî, regarder de côté, lorgner, épier, ard. bawyer. La forme
bowe est étonnante, mais je la connais d'autre part dans une
vieille chanson du pays de Hervé : ci ^>rand lourdaud qui m' louke,
qui m' bowe, ci grand lourdaud qui m' louke todis...
n<'|>uis la rédaction de cette note, nous avons retrouvé un mot presque
identique eu rouchi. Vermessk a a chiron, cierge ». et il cite un exemple de
un ON, L's épistoles kaimberlotes (= de Cambrai), p. °.i>. que voici.
sauf l'orthographe : « Qu' Noter-Dame d' bon-S'cours nos perde (nous prenne)
tous deûs in compassion : /" li aleume in chiron uni bout de cierge) ».
— 327 —
consire.
Dans le Projet de Dictionnaire général de la langue wallonne,
il y a un article consacré à un mot rare, consire, d'origine incon-
nue, qui est défini provisoirement « place où le vent amoncelle la
neige ». On y hasardait comme étymologie une forme *consi-
daria. M. Antoine Thomas, le maître français, auteur des Essais
et des Nouveaux essais de Philologie française, dans le compte
rendu qu'il lit du Projet de Dict. ('), proposa *congeria pour
congeries. Sans être partisan île *considaria, qui ne s'appuie
pas sur un substantif antérieur, il nie semblait d'autre part que
'"cou ge ri a ne couvrait pas les formes précisément les plus
importantes du mot wallon. Il fallait donc maintenir ce terme en
observation.
La difficulté de fixer l'étymologie de consire provient de deux
causes : absence de formes comparatives extra-wallonnes, igno-
rance du sens exact. Quanl au sens, les exemples recueillis font
hésiter entre « amas de neige » et « fondrière remplie de neige ».
Cependant, puisque le mot consire a besoin d'un complément qui
signifie « de neige », c'est un signe «pie l'idée de neige n'est pas
inhérente à ce mot; mais rien ne nous dit s'il implique l'idée du
contenu, l'amoncellement, l'amas, soit en hauteur, soit en profon-
deur, ou l'idée du contenant, la fondrière. Le sens exact ne sera
donc déterminé que par L'étymologie, et c'est la question phoné-
tique qu'il faut examiner d'abord.
Dans la mémoire des hommes, les traits d'un mot peu employé
risquent de s'atténuer et d'être infidèlement reproduits. 11 faut
donc déterminer la forme la mieux conservée. L'article du Projet
nous enseigne que consire est généralement usité dans la province
de Liège, la Prusse wallonne, l'Ardenne. Si l'on trouve côssi à
Dison-lez-Verviers, c'est par dénasalisation de on et par réduction
de ire à -i comme dans fowi, fondri, brouwi, goti (l'oyèr-e, fon-
drière, bruyère, gouttière). Les formes en -ière qu'on trouve dans
la zone voisine du patois gaumais achèvent de montrer à l'évi-
dence que le suffixe de notre mot est le latin -aria, fr. -ière. —
A la place des consonnes fortes c et s, on trouve parfois les douces
g et z, ensemble ou séparément. C'est une déformation à écarter,
car la régression de la faible à la forte est rare : fèrou, qu'on ren-
contre çà et là pour vèrou, est influencé par fier (fer). — an de
(') Romania, janvier 1905.
— 3a8 —
ganeière à Neufchâteau est une transformât ion de on fréquente
en gauiuais el en chestrolais, où tnancé correspond à monceau,
fanténe à fontaine, Ranpancé à Romponcel (rond-ponceau), com-
mune de Jamoigne. — An sud-est, à Porcheresse, Malvoisin,
Gedinne [l), c'est sconsîre qui est employé : cne suconsîre, dès
sconsîres du nîve. Cette s initiale fait partie de la racine ou pro-
vient d'un préfixe. Or, dans les deux essais d'étymologie pré-
rappelés, «>n est parti de la forme consîre. Mais si, par hasard,
cette forme esl le résultat d'une apocope de s, c'est en vain qu'on
cherchera une famille à consîre. Il est donc plus sûr, dans nos
recherches, de partir de sconsîre, dont Ys ne peut être une super-
fétation.
Si nous sommes bien orientés, le problème revient à chercher
dans l'ancien français ou dans d'autres dialectes voisins des
tiares d'un mot sconsière ou plutôt esconsière. Or nous trouvons
tout de suite esconser, se cacher, dans les expressions so/ei7
esconsant, li solaus est esconsés (Perceval); puis esconserie, action
de celer qqch. ; esconsail, abri où l'on peut se cacher; esconse,
dans le sens spécial de lanterne sourde. C'est évidemment le par-
ticipe *escons, f. esconse, du latin abseonsus (caché), qui a
donné le jour à ces divers mots. Au reste, esconser n'est pas mort :
encore aujourd'hui, dans la Bresse, « soleil couchant » se dit selô
yconsiant ou /cousant f2), et le verbe yconsier ou yconser signifie
disparaître, se cacher, en parlant des astres (') Delmotte,
Glossaire wallon, t. 1, p. i55, enregistre la forme montoise solaus
cousant, inconnue à Sigart, où cousant semble avoir perdu l'.s
comme consîre. Notre sconsîre-consire apparaît si bien dans sa
famille au milieu de tous ces mots que nous croyons en avoir
trouve l'origine, si tout peut s'arranger au point de vue de la
phonétique et de la signification.
La difficulté n'est pas de rattacher sconsîre au latin abseonsus,
c'esl de faire accepter que sconsîre-consire existe avec ces étranges
initiales dans une région où l'on prononce choùter-hoùter (ascol-
tarej . 11 n'y a, pour se-, heureusement, qu'à mieux examiner les
faits. Oui, il est vrai, l'ardennais et le namurois disent chaîne,
Localités des provinces de N'anuir et de Luxembourg, au N. de la
Rémois, à l'E. «le Fumay.
Nous figurons par un y grec la consonne qui correspond au ch alle-
mand de ich.
I. Hingre, Voc. ,/u putois de la Bresse (Vosges^, dans Bulletin de la Soc.
philomatique vosgienne, XXXIIe année, 1907, p. 86.
- 3ag
chaper, chârder ou chaurder, chète, cheûre, chôpier ou chôpi,
choûter, chooer, chnme ou ehoiune, ruais a-t-ou dressé en regard
la liste des mots en sc-1 II y a moins de se- dans l'ardennais, mais
beaucoup dans le namurois, qui, en cela, tend la main au rouchi et
dont on peut dire qu'il connaît à dose égale les deux traitements.
Les exemples suivants le montreront à suffisance :
Namurois.
scadia (bassin à beurre)
scafia (cosse, gousse)
scafi (écosser)
scafiote (gousse)
scamia (à Meux, escabeau)
scaye (ardoise) et ses composés
scayon et chayon (écbelon)
seau f ion (gousse)
se augne (écale)
seauyi (se fendre outre mesure)
sclauchî (claquer)
skète et chète (éclat de bois)
sclide (traîneau)
scot (écot)
scochi (ébraneber)
scwèle (écuelle)
sewarner (écorner)
scoriye (écourgée)
scorion (lanière)
scotia (gousse)
scramer (écrémer)
scrabîye (escarbille)
scrèper (racler)
serôles (copeaux)
scroter (ex-crotter)
scru-fièr (fonte)
scùre (ex-cuire)
squére (équerre)
Ardennais.
chàfe (écale)
scafier (écosser, dépenser)
ehafiote, seafiote et cafiote
chaîne
chaye
chayon
châyer
chlaquer
chète
scliyon
scot
scocher
chète
chivarner
score y e
scorion
cramer
croies
scroter
crou-fièr
La chute de Vs initiale est un accident dont on a des exemples
dans larégion qui nous intéresse ici. Legaumais dit keume (écume,
aha. scîlm), kieiile (scutella), cotchreuy (écorebeur), coûter
(écouter), couchû ( an e. -franc, escourçuel, tablier), cuvian et cuvir
— 33o -
écouvillon, écouvillonner) ; le messin a cwéle (écuelle), côrchous
écorcheur, ronchons (écosses); bien que d'ordinaire ils conver-
ti se- en ch- i1). Dans le nord-wallon, c'est // qui correspond
au c/< de l'ardennais et du gaumais. (Jne forme en c est la forme
simple, une forme corrélative en h est composée : clore signifie
clore, mais hlàre éclore; cron signifie cru, mais hrou écru ; crouler
signifie tamiser, mais hroûler l'aire sortir en tamisant. Un examen
approfondi ue fail que diminuer le nombre des cas supposés
d'abord exceptionnels. Ainsi corîhe, que nous croyions être a
priori une déformation de scorihe, en face du namurois scoriyé,
de l'ardennais scorèye et du français écourgée, correspond plutôt
en réalité à l'anc. -franc, corgèeei n'a probablement pas le préfixe.
D'une liste provisoire d'exceptions dressée pour montrer s dispa
rue laissant à nu le r, il nous reste trois ou quatre mots :
i. carcèle Rem., l'r. escarcelle, de l'adj. esebars. Le mot est
boni à fail d'emprunt et la déformation purement individuelle.
Carcèle ne peut pas compter comme mot wallon.
■j. cramer, fr. écrémer; cramèù, fr. écrémeur. drainé lèssê ne
signifie pas •■ lait crémé, couvert de crème », mais « lait écrémé ».
Le -impie a-t-il remplacé un hramé qui a disparu comme trop
difficile a prononcer?
"-.. calbote, barbote, nam. scarbote, compartiment.
j. clintch, gauche, qui nous paraît un simple doublet de hlintch,
anc.-franç. esclenc, de l'ancien francique slink, ail. link. Com-
parez sclinbwagne à Marche (qui lorgne de travers) et clitchepate
.1 Laroche (gaucher). J'écarte le composé mha. gelink.
5. cabossi, scabossî, habossi, étudié ci-dessus, p. 323.
ii. Enfin il y a le solaus consant rappelé tantôt, du montois
Di i motte, sans correspondant connu en wallon.
Si on a répugnance à joindre consîre à cette liste comme ayant
perdu l's, il reste encore une ressource. On trouve dans Du Cange
le doublet consa à cote de sconsa et esconsa (lanterne sourde). On
! "''.lit donc s'autoriser de consa pour imaginer un participe
-latin consus sans préfixe abs-, et un verbe anc.-franç. ' cotiser
nnsicr. Notre consîre serait alors un mot simple régulière-
ent formé à côté du composé sconsîre. Pourtant, si j'ai le droit
urra trouver d'autres exemples dans notre Phonétique du gaumais
comparés, §8a (dans le Bull, de la Soc. liég. de Litt. walt., t. 3;).
imer de ce paragraphe l'exemple messin h coué, «jiii doit être
rappon avec le gaumais ;i chuay, à l'essui, de exsugare.
— 33i —
d'exprimer une appréciation, au risque qu'elle soit entachée de
subjectivisme, je dirai que consa et consire m 'apparaissent comme
des formes isolées qui ont perdu Vs initiale.
Il est temps d'arriver au sens. Du Gange ne cite pour esconsc
qu'un sens tout spécial, lanterne sourde; mais il est évident que
absconsa : esconse a dû signifier, en général, comme participe
passé : caché, comme substantif : chose cachée, dérobée
aux yeux, puisque c'est de là que provient le verbe esconser
qui a, lui, une signification générale. Notre sconsîre a un suffixe
-ire désignant l'endroit ou l'objet contenant; il signifie donc : le
lieu aux absconsa. Mais le mot absconsa, choses cachées, peut
être pris dans deux sens qu'il importe de démêler ici. Le soleil
descendu sous l'horizon est un absconsum, une chose cachée,
dérobée aux yeux; mais le fond où il semble être descendu est
aussi un absconsum Ce fond est l'invisible, l'abîme, l'inaccessible.
Plus vulgairement on peut donner le même nom à une fosse, a un
trou que la mousse ou la bruyère dissimulent dans la fagne, à
toute cavité que la neige comble en hiver. Bref, sconsîre est -il
l'endroit aux neiges dissimulées ou l'endroit aux trous dissimulés
par la neige? Forcé de choisir, il nous semble que ce sont les
cavités ou la hauteur des neiges qui sont dissimulées, non la neige
elle-même; sconsîre est à nos yeux le réceptacle aux cavités dissi-
mulées et traîtresses. Le meilleur synonyme serait fondrière, mais
fondrière connote l'idée d'affaissements, sconsire l'idée de
fonds que la neige remplit et partant dissimule. Lorsque le vent
nivelle la neige (iviler), celle-ci comble les fosses, et le marcheur,
incapable de distinguer les inégalités du fond sous cette belle
surface unie, va s'enliser dans quelque mauvais trou.
On peut donc maintenant préciser le sens du mot : i° Il ne s'agit
pas d'amas de neige en hauteur, mais en profondeur; 2° Notre
mot ne désigne pas proprement le contenu : la neige entassée,
mais le contenant; 3° Le contenant ne peut être un talus, un
rebord (hoûrlê), mais un creux, soit ravin ou fondrière, soit simple
fossé le long de la route. Les autres significations, que nous ne
songeons pas à nier, sont obtenues par extension.
franc, crayer.
Le Dict. gén. donne un subst. masc. crayer, qui est un terme
technique pour désigner la v cendre de charbon vitrifiée par un
feu ardent ». 11 le présente comme d'origine incertaine et, toute-
fois, propose dubitativement craie. Mais le wallon possède dans
- 332 —
le Maman; '! le Namur le moi craya, dans les deux provinces de
l'Esl crahè, qui signifient braise éteinte, charbon de bois, par
extension scories. Ces deux mots sont de simples variantes,
■ lunt la terminaison liégeoise -ê et la terminaison namuroise -ia
dénoncent un diminutif en -ellum. Le h germanique, très percep-
tible en liégeois, s'affaiblit ou disparait en namurois et peut être
remplacé par y euphonique. Le wallon a encore crayi, se cliar-
bonner, en namurois; crahelî en verviétois, marchand qui allait
vendre du charbon transporté à dos de cheval dans les villages;
crayon en Hainaut (Sigart, i35) houille vitrifiée, mâchefer. Donc
pour le français crayer, la sémantique milite en faveur d'une
origine wallonne. Ce mot est un collectif formé comme pailler, tas
de paille, poussier, bourbier, cendrier. Il a probablement été pris
à la langue populaire et utilisé par les ingénieurs de charbonnages
du Nord dans leurs rapports et autres écrits technologiques.
w. dizi, d'zi.
Dizi est enregistré par Gggg. sans étymologie (I, 178). C'est le
nom de l'orvet commun, anguis fragilis; par extension, il est
quelquefois don né au lézard (Defrecheux, Voc. des noms wal. d'ani-
maux, 3e éd., p. 57). Ce mot étant particulier au Nord-wal., c'est
dans le domaine germanique qu'il faut en rechercher l'origine. Or
le flamand donne hagedis, lézard, l'ail. Eidechse, aha. egidëhsa,
mha. eg'edëhse. Quelle (pie soit la valeur du premier composant
egi-, hage-, nous n'hésitons pas à identifier le \v. dizi avec dëhse.
djâwan.
M. Jos. Marichal, deWeismes, nous a transmis ce mot fyàwan
avec le sens de « l'autre jour ». M. l'abbé J. Bastin l'a inséré dans
son Vocab. de Faymonville, p. 14 (= Bull, de la Soc. de Litt, wall.,
'• L, p. 546). Mot rare et ancien, survivant au-delà des Fagnes, où
a conservé tant de termes curieux; nous ne l'avons jamais
utendu en A.rdenne, ni en pays gaumais, ni nulle part dans la
province de Liège. Autant qu'on peut en juger sans autre forme
tive, nous y voyons une locution adverbiale composée de
deux mots.
premier sérail fya, latin jam, français ja dans jadis, jamais,
retrouve à Stavelot, par exemple, dans des phrases
x n'iriz fya, i n' sâreût fya, où il n'est pas nécessaire de
voir dans //.•, une réduction de d'fya, dètya.
- 333 -
Le second élément est plus problématique. Avant, qui s'offre
tout d'abord à la pensée, doit être rejeté, par deux raisons. Pour-
quoi le v de avant, eu admettant même que la phonétique du
wallon connût ce changement, se serait-il modifié en w dans le
composé t/awant'i D'autre part, pour marquer l'antériorité dans
le temps, le wallon n'emploie pas avant, mais clivant : divant-z-ir
(avant-hier), a-d'uant-z-îr (ard., même si g n.), diuant qwatre eûres.
Avant signifie « profond, profondément ».
Mais il existe en ancien français une expression adverbiale oan,
ouan, provençal ogan, du latin hoc an no = cette année, qui se
prête parfaitement à expliquer t/àivnn pour la forme et pour le
sens. Le simple atvan existe encore comme mot isolé dans la
Wallonie prussienne (.1 . Bastin, 0. c, p. 14): mais, quand même
il ne se rencontrerait plus, on serait toujours en droit de décom-
poser (fnwan en tja -f- oan. Le sens primitif de « déjà cette
année » se sera obscurci peu à peu, comme il est arrivé à l'alle-
mand morgen, au gaumais èchwa, littéralement « hier soir »,
réduit au sens de « hier », au gaumais ancu, ardennais ènè, une.
franc. anuit, littéralement hac nocte, réduit au sens de « aujour-
d'hui ». Dans le même ordre d'idées, signalons aussi l'expression
diivanl autan, qui a Stavelot et à Malmedy signifie « l'année
dernière » (l)ict malin, de Villers) et à Faymonville-Weismes
« il 3' a deux ans » (d'après M. l'abbé J. Bastin), de même que
l'anc. franc, avant nnlan, naguère.
fr. estaminet — //. stammenee — w. staminé — w. stamon.
stamonîre, staminée.
L'origine du mot français estaminet est obscure. On y distingue
bien une racine stam-; mais stam- existe à la fois dans les langues
classiques et dans les langues germaniques : pour lequel se
décider (')? D'autre part, estaminet n'est pas très ancien dans la
langue française : quels sont ses antécédents? On le voit, il faut
invoquer ici d'autres raisons qu'une vague ressemblance phoné-
tique pour résoudre cette question d'origine et de filiation.
(') Le grec nous offre TTx;j.t; ou <rcau.îv, gén. crcafjJÉvo;, poutre verticale
formant la membrure du vaisseau ; tttjjxï, fil de chaiue (la chaiue était ver-
ticale), filameut, étamine ; <tti};jicov, la chaîne. — Le latin a slamen, chaiue,
fil, tissu. — L'allemand a stamm, tronc, tige, lut. Tous ces mots ont la
même racine, qu'on retrouve dans laxTj;j.t, stare, sistere,stehen. — Le français
en a tiré, notamment, étaim, estaim ou estame, estamet, estamette, étamine,
du latin stamen ; — estaminois, étamoi. étains. étambot, étambraie de la racine
germanique stamm.
— :v\\
()n se doute bien que les savants ont hasardé des conjectures
Sl - Voici quel esl Total de la question. Diez n'a point
,.,.,,, tré le mol dans ses recherches, mais son fidèle éditeur et
son émule Scheler a recueilli diverses conjectures dans les trois
éditions de son Dictionnaire d'étymologie française. Voici les plus
-.•ri. -use-, qu'il il laisse subsister dans la dernière édition : i" celle
de Bescherelle, <|ui l'ait venir estaminet « du flamand stamenay,
dérivé de stamm, souche ou famille », en ajoutant une longue
explication fantaisiste; 2° celle de Littré, qui en fait un dérivé
d'étamine el suppose que los tables étaient couvertes d'étamine;
| celle que nous retrouvons aussi dans Kôrting, à savoir que les
estamentos <>u assemblées des Cortès espagnoles auraient servi à
désigner plaisamment les assemblées de buveurs flamands. —
Grandgagnage n'a point rencontré le mot wallon correspondant
staminé, ou bien il l'a négligé volontairement, le jugeant sans
doute identique au français et peu intéressant. — Le Dictionnaire
• ■encnil <!.• Hatzfeld et Darmesteter affirme en sa concision obli-
gatoire que le mot français est emprunté du wallon staminet,
d'origine inconnue. — Enfin M. J. Vercoullie, professeur à l'Unir
ver si té de < iand, dans son Dictionnaire étymologique de la langue
néerlandaise (2e éd., 1898) considère la forme néerlandaise, qui
est aussi estaminet, comme un emprunt au français parlé en
Belgique. A son tour, le terme belge estaminet proviendrait d'un
dérive flamand de stam, avec la même signification qu'-en allemand
stammgast, stammtisch. 11 aurait été formé sous la domination
espagnole par l'influence de l'espagnol estamfijcnto. assemblée. —
\1 . Vercoullie est revenu sur cette question dans un article récent,
para dans le Supplément de la Flandre libérale du 6 décembre
1906. 11 ne parle plus d'influence espagnole. Le mot français,
<iui devrait être estaminai, lui paraît répondre à un type bas-latin,
«le suffixe -etum, et dérivé du germanique stamm. L'auteur semble
vouloir attribuer 1'// de; estaminet à l'état ancien de la racine,
stuiitn; du moins il écrit plusieurs fois estamfijnet. Enfin il conjec-
ture que le mot bas-latin a vécu dans le latin des étudiants alle-
mands et aurait été importé en Belgique flamande par des troupes
suisses ou alsaciennes.
Au moment de livrer notre article à l'impression, nous recevons
un troisième état, en flamand, de l'article estaminet du même
• Extrait des Bull, de l'Acad. royale de Belgique, classe des
;, n° 6. pp. 425-35. C\\ p. 43a). L'auteur ajoute à
journal : i° une citation curieuse contenant la forme
- 335 —
française estaminette : 20 la citation de Hécart contenant l'expres-
sion être de staminet : 3° nu post-script uni dans lequel il rapporte :
a) une suggestion venant de M. II. Pirenne (estaminet, rapproche
de est ami ne, fil de chaîne, serait un terme de l'industrie drapière
avec li- sens originaire de scheringschool); — cette étymologie
sourit tant a L'auteur qu'il la déclare meilleure que la sienne,
notamment parce qu'elle explique la présence de / entre m et n ; —
b) un renseignement de M. Hoffmann, à savoir que l'expression
correspondant a op stammenee gaan signifie, aux environs d'Ech-
ternach (Grand-Duché de Luxembourg), aller à lu veillée, la
veillée désignant une reunion d'hommes «t de femmes, chez un
particulier et non dans un cabaret, pour causer et réveillonner.
Tel est l'état de la question. Les articles de M. Vercoullie nous
ont excité à pousser les recherches du côté wallon. 11 nous a
semblé qu'on était faiblement documenté sous ce rapport. A tort
ou à raison, ces recherches nous ont éloigné des conjectures de
nos devanciers.
Pour nous orienter dans cette étude, il faudrait d'abord déter
miner l'aire d'emploi du mot, ensuite dist inguer la forme original»;
des forme-, empruntées : alors seulemenl on pourra songer à
rechercher l'étymologie.
Le mot est connu, sous des formes variées, dans les dialectes de
la Belgique wallonne et flamande, l'ans ceux des départements
français limitrophes de la Belgique. Sans affirmer qu'il soit popu-
laire en Hollande, il existe dans le dictionnaire néerlandais de
Kramers. Au midi, il s'est introduit dans le dictionnaire de l'Aca-
démie française, ce qui lui assure un emploi assez général.
Pour ce qui concerne les dialectes, il faut entrer davantage dans
le détail. En pays de langue flamande, nous trouvons les formes
estaminet, stammenee, (pie donne M. Vercoullie; stamenay, que
donne Bescherelle, on ne sait sur quelle autorité; staminée dans
un vocabulaire du Hageland ('). — En Hainaut et dans la région
française voisine, le mot existe, et il y est populaire, car nous le
trouvons dans les journaux et des chansons en patois : «. d' (lins
V fond du staminet», dit le journal le Ropieur de Mons (XII,
n° 26, p. 2, col. 3); Maubeuge prononce estaminet (voyez l's èsta-
(') D. Ci.aes, Bijooegsel aan de Bijdrage tôt een Hagelandsehe idioticon van
J. F. Tuerltnckx, Gand, 1904. — Le Hageland est la région du Brabant
belge située entre Louvaïi), Tirlemont, Léau, Diest et Aerschot.
— 33G —
minets, d's estaminets dans G. Dubut, Maubeuge en chansons,
pp. 24, 4»'. 87). — Dans les provinces wallonnes proprement
dites, le mot n'est plus d'un usage courant; il n'apparaît guère
mir les enseignes des cabarets; cependant il n'est pas aussi inconnu
que le croit M. Vercoullie. Les vieillards l'emploient, mais leurs
tils, dans la bourgeoisie, prêtèrent le mot café, dans le peuple
cabaret. One preuve de la vogue de ce mot au temps jadis, c'est
(pi'il existe dans presque tous les dictionnaires wallons : sous la
forme staminet dans les deux éditions de Remacle, ce qui est
contraire aux citations de M. Vercoullie, mais Rem.2 a en plus un
ait ici.' estaminai, auquel les citations de M. Vercoullie se rap-
portent : sitaminai dans Fouir, avec les exemples : / n'est mày
foû <lc staminai et Uni staminai; staminai dans Lobet et dans
Ih bert. Mais, comme les dictionnaires peuvent se copier, voici
une seconde preuve beaucoup meilleure : nous trouvons le mot
dans uw noël très populaire qui doit remonter au moins au
x\ 111' siècle :
Tint-on cial on staminai,
Qiïons i tenante et cju'ons i brait/
Nous la trouvons encore dans une pasquèye de 1714 (Annuaire
de la Soc. lié»-, de Litt. wall., III, p. 104) :
Pinses-tu qiïi vonse a staminay
Magnî dèl tripe, ine qwâte di bire '.'
(Penses-tu qu'ils aillent au cabaret manger du boudin, (boire)
une quarte de bière?)
Je trouve même staminea beaucoup plus tôt, en i373, dans une
liste de lieux-dits de la commune de Petit-Hallet (N.-O. de la
prov. d<- Liège) ('). La finale -ea correspond d'ordinaire au latin
-ellum, wallon moderne -ê, et devait se prononcer êè ou êa, comme
les voyelles de l'ancien grec affectées de l'accent circonflexe, en
baissant le ton sur la seconde partie de la voyelle; mais, quant
au sens, on n'oserait affirmer que le mot signifie déjà cabaret.
Au sud de la Semois, le mot a conservé sa vogue, et môme on
le lit fréquemment sur les enseignes des cabaretiers.
1 1rs formes concurrentes en présence. Laquelle est née la
première et a servi de type aux autres? L'histoire nous montre
') Ki 1:111, Frontière linguistique, t. I. p. 1S9.
— 337 —
que le français estaminet est d'introduction récente. On ne le ren-
contre sous aucune forme dans les vastes répertoires de DuCange,
de Lacurne h de Godefroy. Il y a bien dans une addition des
Bénédictins au Glossaire de Du Cange un estaminet a, diminutif
évident de estamina, étamine, ayant d'ailleurs le même sens d'éta-
mine, et qui doit être une latinisation de étaminette comparez
satin, satinette et moire, moirette). Estaminet pourrait être une
tonne masculine de ce mot, désignant : i° la table de cabaret
tendue d 'étamine; 2° la salle même, par une métaphore identique
a celle de bureau. Telle est, rendue aussi vraisemblable que pos-
sible, l'opinion de Littré. Mais cette opinion, comme toutes celles
qui rapprochent estaminet d" étamine, se heurte à des difficultés :
i° estaminet ne pouvant être formé «le étamine, mais de estamine,
doit de ce chef remonter au moins au xi î* siècle. Or les lexiques
ne citent aucun texte antérieur au \\ m siècle; — 2° si le mot est
contemporain de estamine, on ne voit pas pourquoi il n'aurait pas
évolué de conserve, lue forme en est-, mi savante et exception-
nelle comme celles de esprit, estampe, ne serait guère vraisein
blable quand il s'agit d'une chose populaire comme le cabaret, et,
d'autre part, le primitif étamine subsistait toujours pour lui
imprimer une similitude de forme. Dira-ton que c'est une illusion
de croire ce terme si populaire, qu'il est plutôt bourgeois, formé
par des étudiants ou des basochiens pour qui le latin n'était pas
langue morte et qui pouvaient se plaire a créer un mot estaminet
d'après un type latin stamina ou stamineta, par un archaïsme
semblable à celui qui, de nos jours, a donné naissance au mot
estudiantinl Cette explication ingénieuse viendrait toujours se
heurter au silence des textes; — 3° on n'a point prouvé, ce qui
devait être le point de départ, que les tables de cabaret aient été
tendues d'étamine. Le luxe a imagine des tables recouvertes de
toile cirée facile à essuyer, des tables de marbre; l'étamine est
bien ce qui convenait le moins dans un lieu de beuverie sous les
verres et les brocs.
En réalite, donc, c'est dans un texte du xvn" siècle que Del-
boulle l'a trouvé mentionné pour la première fois ('). llécart le
cite dans un texte de 1702 ("). Le dictionnaire de Trévoux l'inscrit
(') HATZFELD-DARMESTETER, Dict. ffén., v° estaminet.
(2) « ... se plaint que le jour d'hier vers les six heures et demie de relevée,
étant de staminet chez le nommé Ghislain, cabaretier demeurant sur le
marché au poisson... ».
Citons ici, d'après le dernier article de M. Vercoullie, la forme curieuse
22
— 338 —
,mi insinuanl une origine flamande. Le mot fait son
entrée dans la j édition du dictionnaire de l'Académie en 1762,
ri ,,n lui assigne aussi une origine flamande. On avait donc la
sensation que le mol venait du Nord, et on assignait sans doute
aU8si la même origine à la mode des estaminets ou tabagies qui
était implantée a Taris des cette époque.
Mais quelle région du Nord a créé le mot? En picard comme en
français, il est ■-ans famille et sans histoire. S'il avait existé depuis
des siècles en pays picard, on l'aurait retrouvé dans les chartes,
d'où il auiait passe dans les recueils des lexicologues. Enfin, en
Picardie aussi, le st- initial se serait transformé en et- en menu;
temps <pie dans une foule d'autres mots. Doue, là aussi, sa forme
insolite, son isolement, le silence des textes le dénoncent comme
récent ci introduit.
Faut-il donner la priorité au néerlandais, qui insère dans ses
dictionnaires un mot estaminet (Krame rs, Vercoullie)? Mais la
pi'ésence de e initial devant si, phénomène tout roman, et la
finale -et suffisent pour dénoncer l'emprunt. Quant au flamand,
on chercherait en vain à donner une origine indigène à ses mots
en ee. Stamenee ou staminée sont empruntés, comme eadee =
cadet, pree — prêt (argent de poche qu'on donne à un enfant) ('),
coin me bjee biais, rabbee = rabais, portemonee = portemonnaie,
zjuzj (U- !><•<■ juge de paix (2). Ces mots ont l'accent sur -ee; ils
sont visiblement fabriqués de façon à imiter les finales romanes
en ê (-ais, -ai, -ait, et), quelquefois en -et bref, comme le prouve le
mot cadee cite plus haut (3).
Ainsi, par élimination, c'est au wallon que revient la priorité,
c'est a la forme steminê. Nous aurons à voir si l'observation directe
favorise cette conclusion. Mais, en attendant, le fait que c'est le
flamand qui a emprunté le mot aux provinces du Sud suffit pour
ruiner celle idée; (pie les gouvernants espagnols seraient pour
\minette, tirée des Mémoires du graveur J.-G. Wille, mort eu i>4° :
Les artistes --e rassemblaient ordinairement au Panier fleuri, vue de la
uchette, chez un marchand «le vin célèbre, pour y souper dans une chambre
qui leur nuit < stammenl réservée et qu'on nommait l'estaminette >'.
1: an ki in . Diil. Iiisl. îles mis, métiers et professions, 1 <)<>(>, v° estaminets).
tirer arguinenl «le cette forme féminine dans divers sens ; nous
seulement i<i en noter la date.
dans ieHageland; cf. Ci,.\i:s. ouvr. cité.
iar M \ ercoullie.
1 pourtant qu'apparente : cudee a dû être emprunté
; wallonnes de l'Ouest, • j 11 i allongent la finale -et des mois
- 339 -
quelque chose dans la création <lu mot (M. L'action espagnole en
Belgique s'est exercée, dans le langage comme dans l'architecture,
sur lu population flamande (-), on citerait difficilement un mot
wallon qui nous vienne directement de leur influence (:i). C'esl
que la Principauté de Liège, qui s'étendait tout le long de la
.Meuse, leur échappait.
Si c'est le wallon staminé qui a rayonne, déjà il y a présomption
que la racine est le stamm germanique. .Mais quel est le rapport
logique entre slamin, tronc, et staminé, cabaret? Que signifie le
suffixe -et D'où provient -in- de staminé!
M. Vercoullie pose comme forme germanique non starn on
stamm, mais stamn. <>n peut lui objecter que c'est partir d'une
forme trop ancienne et qu'il y a en wallon des mots issus de la
même racine, plus anciens assurément (pie celui-ci, comme dési-
gnant des choses plus nécessaires et plus anciennes, qui n'ont pas
trace de n. Staminé n'est donc pas un stam né avec voyelle inter-
calaire; c'est stamin- qu'il faut expliquer.
Le premier de ces mots plus anciens est stamon, que ne donnent
point les dictionnaires wallons, mais (pie nous avons relevé à
Trois-Ponts ('), à Solwaster | "■), à Faymonville (6), c'est-a dire à la
frontière linguistique. Stamon désigne le montant en bois qui se
dresse à côté de l'auge. Chaque crèche ou auge est donc entre
deux poteaux ; une vache est séparée de sa voisine par le sta-
mon (:). La finale -on n'est pas un suffixe : c'est la finale de
(') Vov. Scheler, Kôrïing, Vercoi [..lie. Koktim. suggère à L'article s tu men-
tit m de son dict. du latin vulgaire que « le mot français estaminet usité eu
Belgique pourrait bien venir de là ». Ce stamentum, qui vient de stare, a
donne à L'espagnol estamentos, les Etats, assemblée des chambres réunies.
et le doublet estamiento, état de quelque chose. Les Espagnols en Belgique
auraient comparé les assemblées de buveurs et fumeurs à leur assemblée
des Etats. C'est trop spirituel pour ne pas induire en défiance. De plus ou
ne nous explique point comment estamento produit staminée ou estaminet.
C'est estament ou, comme diminutif, estamentet qu'on devrait avoir.
Voir dans le Soir du 10 septembre 1911, un curieux article de M. II.
van VRECKOM, intitulé : Le Marollien, souvenirs et mots lègues pur les
Espagnols.
(3) Pas même le mot toûbac , Âdios' semble bien espagnol, mais il serait ha-
sardeux d'imaginer dans quelles circonstances cette locution fut empruntée.
(*) Au confluent de l'Amblève et de la Salm. (■"') Au X.-E. de Spa. (H) A
l'E. de Malmedy.
(T) Ces renseignements ont été confirmés depuis par l'excellent Vocabulaire
de Faymonville de l'abbé Joseph Bastin. Cf. p. 3G : lès oatches sœ galet conte
lès statuons dol contêne [Les vaches se frottent contre les piliers de l'auge
(cantine)] ; p. Ho : « stamon, montant 'de bois qui sépare deux vaches à
l'étable; espace compris entre deux statuons; dans ce dernier sens on dit
aussi stamounîre ».
— 34o -
l'accusatif germanique à la déclinaison faible comme dans bacon,
k'fenon (gonfanon), fyiron, héron, sporon , wazon.
I.., crèche elle-même, un bac-mangeoire assez bus pour les
vaches, porte un nom dérive de stamon, dont voici les formes
dialecta i
stamoilnîre à Faymonville (Prusse wallonne).
stamonire dans Body, Yoc. des agric. {Bull. 20, i85); dans le
dict. ms. de Baillei \.
stâminire, recueilli à Jupille; a amené par contamination de sta,
é table.
stâminire, Gggg., II, 3g3.
staminî, recueilli à Grand- Rechai n; id. à Verviers (Lobet,; id.
dans Gggg. ; mais s(i)tâminî dans Forir, sous l'influence de
stâ, étable. Les auteurs ne disent pas si le mot est masc. ou
t< ni. En vervieiois il est fém., -î étant une réduction de -ire,
comme dans fowî, brouwt.
staminéye à Cherain, à Lavacherie-sur-Ourthe, à Neufchâteau
( Dasnoi i, à Trois-Ponts.
staminée, fém. avec amuïssemënt de e final, à Solwaster, Francor-
champs, cl dans Body, Yoe. des charrons (Bull. 8, 125).
staminéye, à Villettes-Bra, et ailleurs en Ardenne dans le nord
du Luxembourg, si j'en crois ces deux vers d'une vieille
chanson entendue dans mon enfance :
8}'a dci'is vatches (' in sitaminèye,
ci sèrè /«> fé </rs livrèyes (des habits, des livrées).
Staminée est formé avec le suffixe -ata; il signifie d'abord
l'auge a\ ec ses poteaux, puis toute la charpente, enfin, comme dans
les deux vers cités, l'étable des vacbes. Stamonire est formé avec
c sut fixe wallon -ire, i'r. -ière, signifiant : ce <jui est adapté à, ce
qui est corrélatif de. comme menton : mentonnière, bouton : bou-
tonnière, etc
On ne scia pas étonne du changement de o en i à l'atone dans
stâminire, staminée, ni par conséquent dans staminé. Les exemples
s ne manquent pas. Citons mohon : mohinète, bordon :
dîner, //' ac'done : ac'diner, forgon : forguiner, mangon :
se. D'ordinaire cependant, Vo s'affaiblit en e et cet e
b plus syllabe : abandon : abandener, bwèsson : abwès-
boton : abotener, botenîre, etc. Des formes comme malonî,
sont récentes : elles sont refaites sur des formes fran-
»H sur les mots simples wallons.
— 34i -
Nous proposons donc staminé comme un dérivé de stanwn,
eomme un mol de l 'Est-wallon issu d'une racine germanique. Il
reste a contrôler cette hypothèse : le suffixe s'explique-t-il ?
l'objet s'accorde-t-il avec pareille origine? le rayonnement du mol
vers les autres régions ne se lieurte-t-il pas à des impossibilités?
Si on recherche d'abord le sens du suffixe -ê, il faut choisir
• 'litre -ellum et -et uni. Le premier est un diminutif qui ferait
de staminé un petil pilier, puis un pilier, par la perte du sens dimi-
nutif, puis au besoin une salle soutenue par un pilier. Le second
est un collectif qui nous donnerait le sens de colonnade, salle à
colonnes. Au point de vue phonétique, il y a présomption en fa\ eur
de -ellum. Ce suffixe devient bonjours -ê en wallon de l'Est;
-etum y donne ordinairement -ce au Nord, -ce, è (souvent écrit -et)
au Sud. La toponymie milite aussi en faveur de -el lu m , s'il faut
avoir égard a la forme staminea de l'an i373 notée plus haut. Si
on se place au poinl de vue de la transmission du mot d'une
région à Tant re, pour répondre à une forme en -ellu m le namurois
devrait avoir st ami nia, le rouehi stamineau. Or ils ont la forme de
l'Ouest. Tour résoudre cette difficulté, il faut admettre que le
mot a passé sans changement de l'Est-wallon à l'Ouest, parce que,
dans l'Ouest, s/aminé étant isolé de sa famille, c n'y était pas senti
comme un suffixe. Le rouehi, lui, a pu transcrire le mot avec une
finale -et, parée que, ayant l'habitude bien connue de prononcer -ê
ee que le français écrit -et, il a réciproquement écrii -et ce qu'il
entendait prononcer -ê. Enfin cette graphie du rouehi explique
bien que le français n'ait pas estaminai : il a emprunté la trans-
cription au rouehi ou au picard et il prononce -et bref par analogie.
Aucune difficulté par rapport au flamand, que le mot lui vienne
du Ilainaut ou du Brabant wallon onde la province de Liège.
11 nous faudrait maintenant le secours de l'archéologie, per-
mettant de confronter le mot avec l'objet. Mais les archéologues
ci les folkloristes ont négligé de nous renseigner sur la forme des
vieilles salles enfumées des cabarets. Peut-être pourrait-on se
documenter dans les anciens tableaux de genre, mais les Brauwer
et les Teniers n'ont guère fleuri dans la région wallonne, où
précisément il faudrait voir la forme de l'ancien staminé. Faute
de ce secours, nous hasarderons une observation sur le point
capital. On dit de celui qui fréquente trop ou trop longtemps le
cabaret qu'il est un pilier d'estaminet. Pourquoi cette dénomina-
tion si l'estaminet n'avait pas de piliers? Cette expression serait-
elle formée par analogie sur une autre? Remarquez cependant
— 342 —
n ,|lt de quelqu'un qu'il est un pilier d'église, un piïier
l'antichambre, c'esl bien parce que l'église, parce que l'anti-
chambre on1 des piliers. 11 y a comparaison, certes, mais non
comparaison avec quelque chose d'inexistant. On ne s'avise pas
de dire un pilier de salon ni un pilier de cuisine. Nous croyons
donc que l'expression c'est un pilier d'estaminet correspondait à
quelque chose de réel, signifiail primitivement : il ne bouge de
ami net pas plus nu' un de ses piliers, il est un des supports ou
des soutiens de Vestaminet. Nous présumons donc que le staminé
étail une s;illr à un ou plusieurs stamons, peut-être en bois à
l'origine comme dans l'étable. Cette pièce n'était pas la première
salle, où se trouve le comptoir, encombrée de rouliers et de
p ts8ants qui boivenl debout. Elle est une annexe, un agrandisse-
ni du débil primitif ajouté plus tard à la maison en faveur d'une
clientèle spéciale. Si on consulte les dictionnaires, l'estaminet est,
dans un cabaret, une salle particulière réservée aux fumeurs.
« > 1 1 appuie avant tout sur l'idée de tabagie, et l'encyclopédie
Laroussi itienl même un article historique intéressant sur les
premiers estaminets parisiens, qui montre bien qu'il s'agit de
salle réservée aux fumeurs. Ce sens ne doit pas être primitif. Nos
cabarets de villages n'avaient pas de consommateurs si vite gênés
de la fumée, ni des salles en si grand nombre. Il faut plutôt s'atta-
cher à l'idée de salle réservée, salle d'habitués ou de sociétés :
ons / tchante et ons î brait. 11 n'était certes pas défendu de fumer
dans la pièce commune, mais les clients n'y étaient pas à l'aise
pour siroter leur verre, fumer, jouer aux cartes, chanter, causer,
tenir leur séance de société artistique ou littéraire, passer la
soirée bruyammenl dans l'intimité.
w. furloricos, floricosse.
•'■ , extr. de Villeks, p. 53, inscrit sans autre explication :
furloricos : bon compagnon, homme sans souci ». Le vrai sens
être : homme qui dépense a fonds perdus ». En effet ce mot
itique à un terme assez fréquenl eh toponymie wallonne :
Malmedy, à A.ndrimon1 lez-Verviers, floricots à
iïuy, etc. Or ce mot correspond à Verlorenkost du
.qu'on trouve à Adinkerke, Iloogstraten, Liedekerke,
Chourouf : a Verlorenkost « maisons éparses
ine haut. -m- dominée par un des forts extérieurs
■'■ la Fontaine, Essai et ym. sur les noms
'u.. dans !>ubl. de l'Inst. roy. grand-duc. de
- 343 —
Lux., t. XIV, p. 57). 11 signifie « terrain ingrat, où l'on perd ses
peines
Il y a égalemenl des verlorenbrood pain perdu = peine perdue),
des uerlorenhoek, verlorenhof en pays flamand : des floriheid,
florival, florivaux en pays wallon; mais, si l'on peut a la rigueur
accepter pour fLoriheid l'étymologie de verlorenheid parce (pie
le second composanl esl germanique, il ne peut en être de même
pour florival qui doit signifier val fleuri. J'interprète verloren
(perdu) par sans valeur », non par « écarté ■ comme dans le
français coin perdu ».
/'/■. grimaud.
Le Dict. gén. n'ose se prononcer sur l'origine de grimaud.
[1 suggère toutefois qu'il est peut-être dérivé du radical de gri-
moire. Mais grimoire n'est qu'une variante dialectale de gram-
maire, et, vraiment, il faut être complaisant pour accepter qu'il
existe une analogie de sens entre grimaud et grammaire.
Le mot grimaud n'est pas isole; il a des dérives, grimaudage,
grimauderie ; il a des collatéraux : grime, grimelin, grimeliner,
peut-être grimace. Examinons ces mots de plus prés.
Grimaud est défini par Gattel : - écolier des basses classes »,
parle Dict. gén. : « écolier qui en est aux «déments ». Peut-être
le désir de voir grimoire dans grimaud a-t-il conduit à cette idée
d'éléments. Mais grime esl défini aussi « petit écolier » dans
Gattel, « méchant écolier -dans le Dict. gén. Il y a donc une
parente évidente entre ces deux mots, parenté (pie le Dict . gén.
résout en disant, contre toute vraisemblance, que grime est tiré
de grimaud. On trouve ensuite grimelin. petit garçon (Gattel),
petit écolier (Dict. gén.). Voilà donc trois mots évidemment
parents, qui tous trois désignent le gavroche du moyen âge.
Est-ce en tant qu'écolier? en tant qu'ignorant et rebelle aux élé-
ments? C'est à examiner.
Il ne s'agit certainement pas d'écolier dans le passage suivant,
qui est du dialecte lorrain :
D'on p tiot grima u que tient venin su 1ère.
IJACLOT), Les passe-temps lorrains, 1834, 1». 22),
je le traduirais en wallon par : (l'on p'tit gnêgnê.. . Mais grime a
aussi le sens de « vieillard comique ». L'idée d'enfant n'est donc
pas plus inhérente a ces mots que celle d'écolier.
Cette critique nous dégage les mains. D'abord elle nous permet
- 344 —
. sans désir préconçu de justifier un sens particulier,
imaud e\ grimelin comme des dérivés de grime. Ensuite elle
excite à rechercher le sens.
[/adjectif qu'on rencontre le plus souvent accolé à ces mots
.. La première classe des petits grimaulx» dit Rabelais,
il . . .. allez, petit griinaud, barbouilleur de papier !» dit Molière,
Femmes savantes, III, 3; « petits grimelins » dit Tabourot;
moindres grimauds » «lit Boileau, sat. 4- Or ()" sait (llie les
termes dont la signification s'oblitère se chargent facilement de la
signification des mots qui le déterminent d'ordinaire. Voilà d'où
\ ient l'idée de petit, laquelle est à retrancher du mot.
-t dans le germanique grim-, base du mot grimace, qu'il
faut aller chercher le sens réel. Lui seul résout toutes les diffi-
cultés. Grime désignera la figure mobile ou ravinée, soit de l'en-
fant, -oit du vieillard, soit de tout autre; grimace sera le nom
de ces singeries; grimaud et grimelin désigneront le petit être
grimaçant, écolier ou non, mais on comprend que ce soit à l'école,
.m le maître d'autrefois exigeait un silence d'autant plus absolu
que ses oracles interessaient moins, que les contorsions des enfants
détonnaient, étaient sévèrement réprimées et le gamin sévèrement
qualifié. Tons les textes précédents s'expliquent aussi bien par
ce sens et la filiation devient plus claire.
.l 'écarte pour grimaud, qu'on ne peut isoler des autres termes,
l'idée de I msidérer comme issu du nom propre germanique
Grimaud Grimoald, écrit dans Philippe Mouskès Grimaus
(au vers t [90), Grimot (v. it>5()), Grimols (v. 1696), vers où il s'agit
du fameux maire du palais de Sigebert II. L'adjectif possède bien
leux mêmes éléments que le nom propre : il lui est identique,
mais il n'en provient pas.
w. groubié, roubié ; groubiote, groubieûs.
H existe ;i Laroche (Lux.) un adjectif "rouble, auquel corres-
pond an -ml de l'Amblève, a Chevron, roubyi, à Villettes-Bra,
' ri boù est lot roubié d'mohes, le bœuf est tout couvert de
•he-.; i-gn-a des crompîres tôt groubié l'terrain, il y a des
pommes de terres tout plein le terrain; H têre est co tote groïi-
i nioaye, la terre est encore toute chamarrée de neige.
luctions "«■ rendent pas bien l'idée, difficile à traduire.
'm ardennais, cherchant des fraises, s'écrie : i 'nnè
bié, il entend par la (pie le sol, par places, en est tout
fraisiers se présentent en agglomérats un peu
- 345 —
partout. On ne trouve rien en roman qui paraisse de même origine,
rien même qui traduise cette image : couvert et plein sont des
pis-aller; grouillant marque un mouvement; varié, bigarré,
la couleur; chamarré, marbré, des traînées et des vides. Nous
avons donc cherché du côté germanique. Il faut découvrir un mot
qui remplisse deux conditions : i° il doit satisfaire l'esprit pour
le sens; 2° il doit avoir une racine simple en r- et une forme en
gr-, ce qui est possible si g-- représente le préfixe ge-. Or le grand
Idiotieon suisse, II, 691, nous fournit grubig = « narbig», c'est-
à-dire grenu, chagriné, dont la surface présente des aspérités.
Ce mot doit être un dérivé du nlia. grob, rude, raboteux, non poli
au toucher. <>r grob est en aha. et en nilia. gerop. Le dialecte
d'Eupen possède encore le snbst. rubbele « Erhôhung auf IIolz »,
et les adj. rubbeleg, rubbelteg traduits par « uneben, rauhe
Flâche ". En Westphalie, on trouve rubbel aspérité, et rnbbelig.
Rien donc ne parait s'opposer a ce que groilbié soit un dérive
roman de grob.
11 faut y rattacher l'adj. groubieùs, qui est dans Vil lers (Mal-
medy), et groubiote qui signifie à la fois excroissances, aspérités,
grumeaux de farine (sur un Fond de pâte claire, sur un délayage),
durcies du sein.
/>•. grouiller, rouiller.
Le phénomène qui vient de nous offrir l'ensemble des variantes
groabié, roubié se retrouvera plusieurs fois en roman. Il peut
servir, croyons-nous, à expliquer le franc, grouiller, dont on n'a
pas encore d'étymologie satisfaisante. Le Dict. géu., répondant à
une vieille opinion qu'on trouve, par ex., dans Genin, Lex. de la
langue de Molière, déclare ce mot différent de crouler et le rap-
proche du provençal groua. Scheler, à la suite de Diez, p. 6o5,
invoque l'aha. grubilon, creuser, fouir, ce qui n'est guère satisfai-
sant au point de vue sémantique. Sans prétendre énoncer le der-
nier mot sur la question. nous ferons remarquer que Sigart, p. 319,
nous donne le verbe rouchi rouiller, rouyer « remuer, frétiller »,
et le participe-adjectif rouillant, rouyant « remuant, frétillant,
indocile ». De même Vermesse, p. 4^0. a le participe roullant
« remuant » ( Valenciennes). Le Dict. géu. lui-même a un verbe
rouiller 1. ex. comme il rouille les yeux ! Dès lors, au lien de rap-
procher grouiller de crouler, il faut le rapprocher de rouiller 1.
On peut admettre que grouiller = co-rouiller (co + *rotelliare).
— 346 —
Poul. co réduil à c, cf. cracher, w. rètchi (')• Pour c devenant g,
,.L reine-Claude, grotte, grotesque, graisse, grappe, gratter, gri-
blette, gril, grincer, groseille, glaire, glas, glisser (?), glui. Dans
le même ordre d'idées, voyez encore en rouchi (Sigart, p. 319)
royer gronder, gargouiller, que je rapproche de grouyer, même
significal i<>n.
w.
harkê, gaumais harke, harcot; w. coûbe.
Hàrkê esl un mol qui a toujours intrigué les Wallons. Ils n'en
savent pas l'origine e1 ils sont embarrassés pour le traduire en
français. Ils liésitenl entre palanche, joug à porteur, porte-seaux,
courge, cerceau, gorge (-), etc., faute de connaître la valeur
exacte de ces mots français. 11 faudra doue commencer par des
définitions.
L'instrument appelé en liégeois-verviétois hàrkê, en ardennais
hàrkê, esl une pire- en bois, élargie et évidée an centre de façon
.1 s'emboîter autour de la nuque, reposant de part et d'autre sur
les épaules el les dépassant un peu en longueur. Aux extrémités
sont attachées des cordes ou des chaînettes terminées à hauteur
des genoux «lu porteur par un crochet. On suspendu ces crochets,
à droite el à gauche, les fardeaux à porter, deux fardeaux bien
équilibrés, ordinairement deux seaux ou deux paniers. Le meilleur
hârkê esl celui qui s'adapte le mieux aux épaules sans les blesser,
comme une bonne selle doit s'adapter parfaitement au corps du
'•hc val. Il n'a pas seulement la qualité de diviser la charge et d'en
faire supporter le poids au centre du corps; il tient encore à
distance des hanches el des cuisses les fardeaux gênants, par
exemple deux seaux remplis d'eau. Pour le rendre moins eneom-
branl à transporter quand il n'est pas sur les épaules, il est parfois
partagé en deux parties égales qu'on peut replier l'une sur l'autre
aide d'une charnière en fer. Division et charnière tombent donc
au milieu de la niupie.
Cette description correspond au mot français (dialectal) gorge,
qu'on trouve dans le Dictionnaire analogique de Boissière. Dans
égion française au sud du Hainaut, on appelle souvent cet
iiistiu . cm un porte-seaux.
e étude plus récente sur les préfixes co-etca-, insérée ci-
sur cracher, v. p. 236; sur crouler, p. 287.
I pas une altération par étymologie populaire de
1 4 1 « > ) devenu courget En effet, l'instrument s'applique
Bur la nuque (derrière) et non sur la gorge (devant).
- 347 -
Le français palanche a un autre sens. Il désigne nne pièce de
l>oi- qui se place sur une épaule et perpendiculairenient à l'axe
des épaules. Ici «loue plus d'échancrure pour le cou ; il y a seule-
ment une entaille a chaque extrémité. Le but esl bien aussi de
portci' Me- -e.uix et de- panier-, mais l'avantage de cet instrument
est de permettre au porteur de cheminer avec son double fardeau
dan- de- sentiers étroits, souvent niontueux.au milieu des buis-
sons. Au--! les Lrdennais en font-ils bon usage. Ils l'appellent
coùbe d'ein.i. du latin classique curva devenu en latin populaire
curba. En effet, la pièce est infléchie en are. -oit a dessein, soit
-mi- l'action des fardeaux. J'ai recueilli ces renseignements et
examine l'objet a la gare de Gendron-Celle, ligne de la la — .
Au reste, le français emploie aussi le mot courge, qui a la même
origine {curbia. Voy. le Dicl. g'én.) (*).
Ce qu'on appelle eu français cerceau est un cercle de bois dans
lequel entre le porteur et qui esl maintenu a la hauteur des cuisses
par des courroies attachées aux épaules. 11 est destine a tenir
écartés des jambes les -eaux remplis que le porteur transporte.
Le -eus et la synonymie étanl élucidés, quelle est maintenant
l'origine du mot hârkê1 II ne faut pas se laisser entraîner aux
propositions de Grandgagnagr, qu'il déclare lui-même peu pro-
bables au point de \ ue «le la | de met i ( pie. Pour restreindre l'aire
de nos recherches, constatons d'abord que la finale ê doit être le
suffixe -ellum. Cela nous permet de restituer un primitif wallon
qui a dû être hark en forme masculine et harke en forme fémi-
nine. De fait, harke, f., existe en gaumais avec le sens de démê-
loir, et harcot y désigne uu râteau à dents de fer; mais la diffé-
rence de sens ne nous permet pas d'affirmer de prime abord
l'identité des mots.
De ce que le h de hârkê subsist e en pays ardennais, il est prouvé
qu'il ne provient pas de se- comme dans hume : chaîne, du latin
scammum; il est bien le // aspiré d'origine germanique.
Harke, t., en allemand du nord, signifie râteau. Ce sens parait
très éloigné de celui (pie nous nous attendrions a trouver. Mais.
si on se 1-appelle qu'en Hesbaye une sorte de râteau se nomme
fotche (furca), on en conclura que ce qui a été dénommé à l'origine
dans ledit instrument, ce n'est pas du tout la partie pourvue
(!) lie mot coûbe a été retrouve depuis dans GGGG., I. $4— sous la forme
coupe, et, avec un autre sens (manivelle coudée . dans BORMANS, Voc. des
houilleurs liégeois.
— 348 -
t8 | ,. râteau à retourner le foin n'est souvent qu'un bois
l,u | ),. |e premier sens de hârkê paraît si bien être « fourche,
. fourchu ■ que Gggg. a proposé l'anc.-h.-all. liacco (croc,
fourche) e( le lat. furca comme étymons. En latin aussi, furca
,,,. „,, bois ù deux manches pour porter des fardeaux sur le
comme il appert d'un dessin de la Colonne Trajane; le porteur
un furcifer. Le horcado espagnol (lat. furcatum) a la forme
(1 nI11. fourche on d'un râteau. Enfin Gggg. a lui-même note un
dérivé hârkêye, qu'il écril horkeie, signifiant « fourche pour
appuyer la carabine . En raison de ces analogies,il n'est donc pas
étonnant que le même mol wallon signifie : i" joug qu'on met au
cou d'un animal (vache, porc) pour l'empêcher de traverser une
hnie, (synonyme lamé, billot); 2° gorge ou porte-seaux (')• H est
probable que la forme actuelle du hârkê est le résultat d'un per-
onnemenl : à l'origine, ce pouvait être simplement un bois
fourchu, disposé sur les épaules de façon que la partie simple fût
derrière, les deux branches enserrant le cou et se dirigeant plus ou
moins obliquemenl de manière à pouvoir être soutenus par les
mains. Quoi qu'il en soit «les détails de cette filiation, nous ne
«louions pas que hârkê soit un diminutif delà racine hark germa-
nique.
w. mâvi.
gg. donne un mâvi 2 {èsse muni = être mort), où il suppose
que ce mol est le même que mâvi merle. Esse màvi serait un jeu
de mol provenant de la ressemblance entre mâvi merle et ma vike
1 vit mal. A notre avis, mâvi vient simplement de maie oiiws,
formé avec la demi-négation maie comme le lr. maussade, maus-
. maupiteux, le \\ . mâssaive, mâssi, màhaitî et monsain
Dasnoj -"<7 . qui est pour maussain. Le jeu de mot, dont je ne nie
stence, car c'est probablement lui qui a sauvé l'expression,
donc que subséquenl et suggéré par étymologie populaire. —
.l'expliquerais de même le paysan mauvi&e Sigart, p. 230, qui me
gnifier paysan misérable, et non grossier.
w. mèsblotch; mèsplègi ; mesbrudjî.
connaissons on dialecte de Laroche (Lux.) un adj. mes-
■ I caduc, estropié, en parlant d'une personne. On
- dit qu'à Viesville (Hainaut) goria siguifie «le même
•- -'■' a gorge oii porte-seaux, liég. hârkê. De
es M. A. Maréchal.
- 349 -
retrouve ce mot en patois gaumais sous la forme mèploch (tch ?)
que Liégeois, Lex., définit par « perclus, privé momentanément
de l'usage d'un membre, par ext. maladroit de ses mains ».
D'autre part, Gggg., II, 110, a noté le namurois mèsplègî (fy?)
« cassé par l'âge ou le travail ». Cette forme nous amène au ver-
viétois mèsbrufyi, cumèsbrufyi , liégeois mèsbrutyi , namurois mês-
bri//i, (pii signifie mutilé, éreinté, perclus, impotent, cassé, etc.,
d'après Forir: mutiler, rompre, d'après Pirsoul. Ces mots, que la
sémantique rapproche si bien, sont-ils de même origine?
Pour partir de ce qui semble le moins contestable, la première
série de formes paraît contenir le préfixe péjoratif germ. misz-, en
pays rhénan mesz, et le participe de l'allemand dialectal blotsclte,
usité à Aix-la-Chapelle, à Eupen, blôtschen, en Suisse, meurtrir,
froisser, écraser. Le Wôrt. <k>r Eupener Sprache traduit le subst.
Blôtsch par Beule, bosse, au sens de bosse concave « eingedriickte
Stelle an Gegenstânden ». et le rapproche du fr. blet.
Mèsbrud/î parait bien formé du même mesz et d'un verbe à
déterminer. Ce verbe ne peut être le fr. briser, qui serait en wall.
brihi, ni le germ. brikan, qui a donné le fr. broyer, le wall.
broyi. La finale -tji correspond a une forme fr. en -gier, -ger.
Or Carpentier, dans Du Cange, cite des exemples d'un verbe
bruger, qui signifie pousser, heurter, d'origine inconnue. Godefroy
donne la forme bnrger, qui correspondrait au \y. (mes)burfyi, que
M. liaust m'assure avoir noté de auditu. Voilà ce que nous avons
pu trouver de mieux.
Quant à mèplègî , nous ne pouvons accepter l'étymologie de
Gggg. Son a mèsplégié, mal cautionné » est aussi séduisant au
point de vue phonétique qu'il paraît éloigné sous le rapport du
sens. Nous croyons qu'il appartient soit à la première série de nos
formes, soit à la dernière, mais il faut attendre d'autres variantes
dialectales pour décider.
w. napê, napion, nawê, canawê, carnawê. cârpê, cârpion.
Tous ces mots signifient gamin, espiègle. On m'a donné le
second comme venant du grec vy'-*.ov ! En réalité napè et napion
ont bien l'air d'être des diminutifs du germ. knabe, garçon, qui
aurait perdu le k parce que le groupe kn est inconnu en roman.
La Wallonie prussienne, moins rebelle aux groupes de consonnes
germaniques, a le mot knab, noté par J. Bastix dans son Vocab,
de Faymonville, p. 44 (Bull, de la Soc. de Litt. wall., t. 5o, p. 576).
— J'attribue la même origine à nawê, gamin, qu'on pourrait
— 35o —
dentique à nawê, ooyau, s'il n'y avait pas la forme paral-
anawè, notée par Detrixhë à Stavelot. Nawê doit être une
,,,,.,,,,. réduite par suppression du A- du dialectal knave, knafe, et
canawê une forme amplifiée par insertion d'une voyelle entre A" et
n comme dans le français canif. — On trouve aussi carnapê, Bull.,
i. ;.., p. [21, (du l>' Martin Lejeune, Dison), à plus forte raison
devrail on trouver canapé. Ce carnapê doit être le produit d'une
contamination entre <-;irpc et napè qui signifient tous deux gamin.
Cependant il n'y a point de rapport étymologique entre ces deux
mots, car les lermes rurpr (GGGG. roi, LiOBET, 27 1) et cârpioil
Diikimii, Stavelot) sont des diminutifs qui ne désignent le
gavroche espiègle el remuant que par comparaison avec le « car-
pilloil
w. porsome.
\ oici un vieux mot que nous n'avons trouvé que- dans la région
de Stoumont-Malmedy et dont la forme elle-même est devenue
très douteuse. Nous avons entendu à Stoumont : nu mètoz nin
uosse nrrc sol porsome (lui tâve, ne mettez pas votre verre « sur
le bord > de la table. A Trois-Ponts, à Mont-de-Fosse, on dit
porsome ou forsome. A Stavelot, èsse so /' foi-son signifie être sur
le bord, être dans une position douteuse ou hasardeuse. Nous
croyons avoir retrouve le mot dans la Chronique de Philippe
Mouskès :
vers 877 : Toutes mes gens et tôt mi orne
M'ont relenqui à la parsoume.
Heiffenberg, en note, traduit par : à la fin.
3 25n : A la persome de.... Traduction : afin de.
vers 642g : Jusqu'à sum.... Traduction : jusqu'au bout (*).
Mouskès nous donne ainsi le mot simple, sum, qui est le latin
summum au -eus de extrémité ("-); et persome, parsoume sera
donc, s,, us une forme féminine, la toute dernière extrémité. On
disait .■/ la parsoume comme à la parfin. 11 ne semble pas téméraire
■ le conclure à un masculin wallon porson, dont forson serait une
me corrompue, el à un féminin wallon porsome, dont forsome
fait une forme corrompue. A moins qu'on ne songe à des dou-
l'un composé avec per; l'autre avec for (foris), tel qu'on le
emenl : en soin le tertre, par soin l'aube (G. Bourg. 1281).
■ I. 119; III, 137. — Godefroy, sometparsome.
— 35i -
trouve dans les verbes for pou g ni, formagnî, fordiner et cent
autres, dans les substantifs ou adjectifs forfant, forpâl (fém., ard.,
talon du jeu, de foris — partem), forsôlé. Mais, s'il faut choisir
entre les deux solutions, je fournirai encore en laveur de la
première les doublets forboûre, porboûre (Rem.1), /br-bouillir.
Pràyon, proyê, etc.
C'est le nom d'un hameau de la commune de Forêt lez-Chaudfon-
taine, province de Lieue. Dans l'orthographe officielle : Prayon,
dans la prononciation locale : Prâyon ou Pràyon, dans les chai tes
Prailhon. Le sens de ce nom ressorl bien du passage suivant de
rji "> : « dedi monasterio Belli fageti (= Beaufays) silvam meam
que dicitur Bellum fagetum, sicul adjacel a domo predicti monas-
terii usque ad prata que dicuntur prailhon. Miraeus, IL ^4 \.
Le dit prailhon, au sens restreint du mot, devait être un pré le
long de la Vesdre. Le suffixe -on avait sans doute en ce cas un
sens dépréciatif : quelque chose qui ressemble a un pré.
Pratum et ses dérivés ont fourni beaucoup de noms à notre
toponymie. Le neutre pratellum se retrouve dans préa u (comm.
de ET.arcb.ies, de Willemau, en Hainaut), Préal (connu, de Liège),
Proyê (En si val), Préaix a Floriheid (Malmedy). Le plur. neutre
pratella se retrouve dans Préalle [comm. de Comblain, de Hol-
logne-aux-Pierres, prov. de Liège), Prayale 'Mous lez-Liège);
avec contraction de voyelles dans Praile (Nalinnes, H"; Seilles,
Ls«), Praille (Laissant. 11). Prudes (Rozée, X'), les Pralettes
(Leuzedez-Dhuy, X'), Prêle (Tarcienne, X1 1, Prelle (Flamierge,
Lux.), Presles (comm. du H'i, Praule Ham-sur-Sambre, X'.i.
Presles est l'endroit où le patriotisme des archéologues belges a
voulu localiser la bataille de César contre les X'erviens : on a cru
que ce mot venait de praeliuml et, seconde énormité, on a cru
qu'un lieu pouvait s'appeler « combat » ou a bataille » ! C'est
pourquoi tout Belge qui a passé par l'école primaire connaît la
célèbre bataille de Presles! Sic vos non vobis... agmina fertis,
agri.
w. qwaqwa.
Ce mot est usité en verviétois, exemple, t>o/a /' qwaqwa, voilà
l'affaire, le dessous de l'affaire, le fin mot, le pot aux roses; en
liégeois, on d' hovra V qwaqwa, on découvrit le pot aux roses; en
namurois : exemple donné par Grandgagnage, I, 145, i-ny-a do
(jwatjwa, il y a anguille sous roche. Grandgagnage écrit quaqua,
- 352 —
selon sa coutume, mais il faut lire qwaqwa. On prononce de
même en ardennais Deux formes dissidentes n'apportent aucun
éclaircissement : j'ai trouvé quaka (à lire qwaka) dans une pas-
, mille wallonne <lu xvna siècle que publiera prochainement
M. Guillaume Eiennen, et caqua (à lire caqwa) dans les extraits de
Villers faits par < ;<.<■«..
Le Bens précis et l'origine de ce mot ne me sont apparus qu'avec
iinr troisième variante, en lisant dans le Dict.wall. manuscrit de
Detrixbe la forme usitée à Stavelot. Detrixhe écrit a c'ès V ka-
kiuet et tiatluit < le hic ». Nous ne doutons pas qu'il ne l'aille
interpréter l'expression par c'est /' cas qwè, littéralement « c'est
le cas quoi ». Mais cette étrange tournure a besoin d'être justifiée.
On dit aus-i eu \ervietois : c'est V cas po qwè, vola V cas po <jwè.
on disail «le même jadis en français : « la raison pourquoi, le
sujel pourquoi... ». Au point de vue de la syntaxe, li cas po qwè
D'à guère besoin d'explication, mais U cas qwè en a besoin. Nous
ne voulons pas du tout insinuer que le second provient du premier.
11 doit y avoir eu là contamination de deux tournures : tji v va
dire qwè, < fi v' va dire li cas auront été combinés en une seule
phrase. Ce qui corrobore cette explication, c'est que qwè a bien la
forme tonique de l'interrogatif et non la l'orme atone du relatif.
I omparez la différence entre pour quoi et pour que en français,
po qwè ei po qui en wallon.
Quant a la forme, si cas-qwè, cas-qwa ne sont pas restés bien
distincts, c'est parce que la prononciation cas-qwa de certaines
régions a créé, chez ceux qui ne comprenaient plus cet étrange
ri asm e, une confusion entre les deux syllabes : de MK/waka et
qwaqwa.
Singote.
Il y a dans le Voc. (te Faymoiwille de M. l'abbé Bastin un
article ainsi libellé : « singote! excl. À votre santé! je —, boire
;i la -ante île 1)1111. ». (Quelqu'un m'a demandé si ce mot signifiait
-ans goutte, boire sans laisser tomber une goutte », ou encore
gouttes ». Xi l'un ni l'autre. Il paraît évident que cette
ition est un souhait emprunté a l'allemand, un segneGott,
qu'on prononce en levant son verre. Segnen vient
çnare au sens religieux de « faire le signe de la croix ».
- 353 -
w. sîr (*).
I. Voici un mot énigniatique, qui n'est renseigné dans aucun
dictionnaire. Nous l'avons trouvé employé dans un certain nombre
d'expressions qu'il sera bon d'énumérer.
Ci n'est qu' sîr boton (ou botons?) so /' rôsî, on ne voit que bou-
tons sur le rosier (Jupille).
Çu n'èsteût qu'on sîr boton (Verviers).
Çu n'èsteût qu'ô seur botô (Hervé .
Ci n'est qu' sîr-è-botons (Henri Simon ).
Çu n'est qu' sîr galon (ou galonsT), son habit est tout galonné,
ce n'est qu'un galon i Verviers).
Mu stoumac' n'èsteût qu'one sîre plâye, ma poitrine n'était
qu'une plaie (Concours du Tout-Veroiers, chanson intitulée Sote-
rêyé).
I fait clér, çu n'est qu'one sire suteûle, on ne voit qu'une seule
et même étoile ( Verviers).
Ci n'est qu'ine sire nîoaye, on ne voit que neige partout, c'est
une plaine de muge (Liers, Verviers).
Ci n'est qu'ine sîre fleur, ine sîre peiïre, on ne voit que des
fleurs, que des poires sur l'arbre (Liège).
Auâ I' oinave ci n'est qui sir drapeaus, dans le quartier, ce n'est
que drapeaux partout (V. Carpentier, Toutou V macrale, p. 19).
Et tôt auâ nosse rowe ci n'est qu' cires tchèrètes, (Vrindts,
Pâhules rimes, 11 4)-
Çu n'est <{ii' sir him-ham.es, on n'a (pie des embarras (Verviers,
Henri Raxhon).
L'èfant a /' tièsseplêne du hèyes, çu n'est qu'on sir hèyis', l'en-
tant a la tète pleine de pellicules, c'est une pure desquammation
(Verviers).
la s' pantalon qui n'èsteût (ju'ô sir pleû, n'était qu'un pli
Verviers).
Esse sir bocâ} avoir des habits en lambeaux, criblés de déchirures
(Ch. Gothier, Ijoisirs d'un Liégeois).
On dit aussi a sîr (boton, etc.). Le dictionnaire manuscrit de
Dethier donne même en un seul mot acire, ado., suivi d'un mot
malheureusement illisible.
(l) Cet article, paru dans le Bull, du Dict. toall. (190G) a pu être augmenté
ici grâce à des exemples nouveaux recueillis personnellement ou communi-
qués par MM. Al pli. Maréchal, Fréson (instituteur à Glons). Charles Havet
(Grivegnée).
23
- 354 -
Peut-être y a-t-il aussi dans le Dict. étym. de Gggg, quelque
oliose qui se rapporte à ce mol : i" On y trouve, II, 364, un s ires /a-
vani du dialecte inalmédieu, interprété provisoirement par « si et si
avant . el qui signifie en bloc « tout autant, aussi copieusement,
ni plus ni moins »; 2° Au t. II, p. 568, v° commines, l'auteur note
un passage d'une charte de i534 : « cire weaze, waranee, crapes
el commines pareilles » Plus loin, p. 6^, Scheler, dans une
note au mot weaze, traduit ce mot par le wallon wais', français
iruesde, guède, el propose de séparer par une virgule cire et weaze.
Il fail donc, sans le «lire explicitement, de cire le premier terme
de l'énumératiou el un nom de marchandise comme les suivants.
Tels sont les éléments recueillis sur la question. Ils sont obscurs
ou contradictoires. On ne peut même établir d'emblée par eux si
le mol sir est substantif, adjectif ou adverbe.
II. Plusieurs personnes m'ont certifié que c'est le mot cîr =
ciel qu'elles voient dans cette expression. Certains exemples
paraissent leur donner raison : « On in poléve bin dire qui
Vamour — N'èsteût qu' cîr et caresses (Chanson liég., de Joseph
Mi dard). L'auteur, influencé par une interprétation populaire, a
pu voir ici ciel et caresses dans une expression qui signifie pures
caresses, rien que caresses.
In autre correspondant, très affirmatif,nous écrit que, à Glons,
le mot en question es1 (//•signifiant ciel; qu'il ne s'emploie que
dans l'expression : ce n'est que....; qu'il est toujours suivi de
la particule è ; (pie l'on n'emploie pas l'article devant le mot cîr.
Il orthographie et traduit ses exemples ainsi : ci n'est qu' cir-è-
botons (ciel et boutons), ... cir-è-galons (ciel et galons), ... cfr-è-
niuaye (ciel et neige), ... cîr-è-fleurs (ciel et fleurs), ... cir-è-peùres
eiel et poires), ... cîr-è-drapeaus (ciel et drapeaux). Il insère même
des remarques explicatives ingénieuses : « Pour signifier qu'il y
a abondance de boutons, on l'ait abstraction de tous autres objets,
*'' l'on ne voit «pie le ciel et les boutons ». « On n'a pas le véritable
•mploi du mot cir dans ci n'est qu' cir-è-galons so si stoumac; les
res exemples indiquent mieux et suffisamment, je pense, l'usage
ici de ce mot ». Là-dessus l'auteur nous laisse libre de
yraologie, sur laquelle il se défend d'exercer aucune
nte. comme si le problème étymologique était sans rapport
■ problème semant i. pie, ! Disons à notre correspondant
ous exemples coulés dans le même moule et qu'il se
ication en écartant tel exemple qui h; gène. Tous les
i pas un particulier admirant le nez en l'air des
— 355 -
fleurs de pommiers, des boutons on des fruits avec le ciel
comme fond. Il ne s'avise pas non plus qu'on pourrait considérer
cirés comme un adjectif au féminin pluriel. 11 ne sait pas que
cîr existe sans è final et avec l'article. L'explication doit embras-
ser tous ces cas.
Ce n'est pas à Glons seul qu'on voit le ciel dans ces expressions.
On l'y voit aussi ailleurs, niais sous l'orme de comparaison.
On a le sentiment ou l'illusion qu'on a affaire à un nom composé,
cîr-nivaye par exemple, et qu'il y a comparaison de l'objet avec
un ciel chamarré ou étoile
D'abord de quelle nature serait la composition cir-boton, cîr-
galon, cîr-nîvayel [mpossible de songera un type roman comme
hôtel-Dien, puisque l'article s'accorde avec le second terme : ine
cire-nîuaye. S'il y a composition, elle doil être de type germanique.
Mais, outre qu'on ne trouve pas himmel en allemand dans des
expressions analogues, il nous semble (pie ciel-bouton, ciel-galon,
ciel-ptaie, ciel-neige i bouton, galon, plaie, neige en chamarrure,
comme un ciel ), si séduisante que l'explication paraisse, ne sont
pas conformes aux rapports qui peuvent unir un substantif déter-
minant à un substantif déterminé. En allemand, la comparaison
se rencontre bien quand le déterminé est un adjectif (himmelblau,
himmelhoch, himmelschôn), mais là-même le rapport est infini-
ment plus simple.
Pour tout espi'it non prévenu, dans ine sire nîoaye, sir est
adjectif. Evidemment il se pourrait que, au lieu d'être primitif,
cet accord de l'article avec le dernier terme fut analogique. Mais
c'est bien peu vraisemblable, et la présence de l'article féminin
milite contre l'hypothèse de cîr substantif et signifiant ciel (1).
Enfin nous voyons qu'à Hervé sir prend la forme seùr, ce qui
n'arrive pas à cîr = ciel.
J'en conclus que l'explication par ciel est simplement d'étymo-
logie populaire, ("est par cette influence de l'étymologie prétendue
que sirès, légitime au féminin pluriel, a passé au masculin (sirès
fleurs, sirès botons).
III. Dans tous les exemples, sir s'explique au mieux comme
adjectif, avec le sens de « pur » pris dans sa signification quanti-
tative de « entier, au complet, sans restriction », comme dans
(( pure bonté, pure nature, une pure sottise ». Ainsi compris, on
(') Il faut écarter, pour la même raison syntaxique, tout rapprochement
avec l'ancien français serre = série.
— 356 -
,/,,,, 6H\ un bouton d'un l)oui à l'autre»; ou ne distingue
pas plusieurs boutons de fleurs sur l'arbre, il n'y en a qu'un seul,
immense. Ine sire nîuaye signifie c< neige partout » : la campagne
,.s, pleine de ueige. Èsse sir bocâ, o'esl être, quant à ses habits,
un unique trou, avoir ses habits à claire-voie à cause du nombre
des déchirures «'i des lambeaux qui pendent. L'étymologie popu-
laire ne manque pas de voir le ciel an travers de ce bocâ, mais
R»e8l bien ;i condition de uc pas analyser de trop près l'étrange
expression << ê1 re ciel-trou ».
Dans cette hypothèse, les deux expressions relevées dans Gggg.
8'expliquenl aussi beaucoup mieux que par les conjectures de
(ll oi .!«• Scheler. Sir ci si ;u>;mi signifie «purement et si
avant » : il y aurait passage du sens adjectival au sens adverbial,
comme dans bel ci bien. Cire weaze signifiera « pure guède », et
non •■ cire, guède », la cire n'ayanl d'ailleurs rien à l'aire dans
cette énumération de plantes tinctoriales.
IV. Quelle sérail l'origine de notre adjectif? Rien dans les
langues romanes ne lui semble apparenté. Nous avons bien trouvé
dans GooKFiun un adjectif seri, au sens de « bien fourni, bien
muni " ('). niais (pie l'aire d'un mot isolé, sans famille, aussi énig-
ma tique que celui qui nous préoccupe? 11 ne peut servir à nous
éclairer. Au reste, le l'ait que notre sir ne se rencontre pas dans
I.' Sud wallon et n'existe qu'à la frontière linguistique, fait sup-
poser une étymologie germanique.
Or r l'allemand nous offre zier, zierde, le flamand sier, orne-
ment. De la zierpuppe, mijaurée? zieraffe, singe d'apparat, fat;
nier plant plante d'ornement. Ce sens paraît un peu grêle et trop
particulier pour expliquer le terme wallon dans tous les exemples
précités.
: Il y a l'ancien adjectif allemand scr, flamand zeei\ Autrefois
sêr signifiait douloureux, cuisant, schmerzlich. C'est ce mot qu'on
habitué a employer dans le sens quantitatif de heftig, et qui
• •n allemand moderne n'a plus qu'un emploi adverbial sous la
■ .se///'. Mais le flamand zeer, qui est resté adjectif, a conservé
l'étendue de sens du .scr ancien.
0 M y a l'adjectif schier, que les dictionnaires allemands
luenl par k 1 a r, lauter, hell, rein, unvermischt, glat t,
ii était en gothique skeirs et qui est en anglais shecr.
hordement ci de proece, — d'umilitei ci «le larguece »
éll. l'vl.ll-ll.NHKltOj.
— 357 —
Dans la vieille langue, es ist schier Gold signifie : c'est pur or,
rien que de l'or.
On voit que ce mot schier est eelui qui cadre le mieux avec
notre sir au point de vue du sens Aussi avons nous reçu maintes
observations (') à ce sujet, parce que nous nous étions arrêtés à
sehr dans la première rédaction de cet article, ("est que le passage
de sch a .s ne nous semblait pas bien établi. Outre cette difficulté
phonétique, nous avions découvert dans Philippe Mouskès, Chro-
niques, vers i>462ô, édition Reiffenberg, un passage où nous
croyions retrouver sire = sehr : « il desist k'il estoit lor sire,
mais il le noioit bien el sire ». Dans le dialecte de Mouskès, que
je ne puis pas appeler de l'ancien tournaisien, mais qui contient
des expressions du Nord roman, il existe donc un sire adverbe
qui sert à renforcer bien comme dans l'expression bel et bien.
Nous l'avions assimilé à sehr en lui donnant le -eus de forte-
ment; mais on peut encore l'assimiler à un autre schier, adverbe
allemand qui signifie bald, sogleicb, schnell, beinahe(2).
Comme l'expression citée peut signifier aussi logiquement « bien
et vite » que « bien et fort •■, la solution doit rester indéterminée
entre ces deux étymologies en attendant de nouveaux faits. Si
maintenant nous considérons l'adjectif wallon sir comme dégagé
de l'anc. -franc, bien et sire, son cas dépend uniquement d'une
question de phonétique, a savoir ce (pic devient en wallon le sch
initial allemand suivi d'une voyelle.
Tout wallonisant sait que sk germanique, qui devient plus tard
sc/i,esl traité en wallon comme se latin issu de exs-,exc-, esc-, etc. :
il devient h en Nord-wallon, ch en Sud-wallon, // mi-mouillé en
Wallonie prussienne. Forcé de nous rabattre sur les exceptions,
nous ne trouvons que le malmédien sêrmouze, recueilli par Grand-
gagnage II, 3V et .'->4<>, alors que le dialecte d'Aix-la-Chapelle dit
schermull. Mais l'exemple est bien pauvre, car Verviers dit char-
mante et l'Ouest scàrmoye. On ne peut faire état de la transfor-
mation inverse, visible dans choucroute = sauer kraut, — où
d'ailleurs le verviélois prononce sour croûte, — ni des variantes
chaton : satou (Gggg.II, 342), sire: bonne chère (Gggg. LI, 364),
chopine : sopène, chignon : signon où l'allemand n'est pas inté-
ressé. On ne peut faire entrer ici en ligne de compte les cas 011 le
sch allemand est suivi d'une consonne: /, n, w, /, car là les patois
(l) De MM. Paul Seharff, R. P. Grignard, Jean Haust.
(2J Eunéerl. schier. presque.
— 358 —
germaniques voisins de notre région on1 déjà réduit sch à s :
sùster : schwester, snelle : schnell, snuffen : schnuffen, wall.
xnoufer. L'allemand prononce schtudiren en face du wallon stûdî,
maie là c'esl l'allemand qui a emprunté an roman. Bref, pour
identifier le wallon sir à l'adjectif allemand schier, nous n'avons
jusqu'ici qu'une étonnante concordance de signification.
Faisons cependanl une dernière tentative. Peut-être le sch de
ce mol était-il déjà devenu s dans la zone germanique voisine du
wallon. Nous n'avons recueilli aucune preuve directe pour le
schier de schier Gold, mais la note de M. Scharff m'avertit «pu;
schier schnell se dit sir à Eehternack, et le petit dictionnaire
d'Eupen (p. t83) me fournit de même sir non seulement comme
représentant de scAr, mais aussi comme représentant de l'adverbe
schier, si j'en crois les deux traductions : sehr, schnell. Voilà
du moins mimencement de preuve.
w. solo.
Faut-il écrire solo ou solot (soleil)? La question d'orthographe,
incline en soi. repose comme toujours sur une question d'étymo-
qui mérite l'examen. 11 s'agit doue de découvrir quel est le
suffixe caché dans l'o final de solo.
D'ordinaire on y voit le suffixe diminutif -ot, et on est même
parti de la récemment pour créer le verbe soloter. Cette opinion
repose sur une observation bien simple : que la valeur de -o final
correspond souvent a -ot du français. On n'a pas recherché si -o
ne pouvait avoir une autre provenance, comme dos, gros, tjofyo,
/ fino. Un supplément d'examen paraît donc nécessaire.
Dans l'état actuel de nos patois, le nom du soleil est exprimé
au moyen d'un diminutif. En effet le borain salau, le namurois
so//a, l'ardennais sole représentent solellum, le rouchi solèy et
le français soleil représentent solîculum. On peut inférer de là
que c'esl bien un suffixe diminutif également qu'on trouve dans
sole, forme usitée a Gueuzaine (Prusse wallonne), dans le gaumais
s'io, le liégeois et le cambrésien solo. Mais il reste toujours à exa-
miner si ce suffixe est nécessairement identique au français -ot.
Consultons sur ee point les textes en ancien wallon et ancien
ain. On trouve dans Job, 3oi, 10 la l'orme soloilh : « et ourons
/. 'le nostre pense as rai/, del urai soloilh », dans le Dialoge
Grégoire soloi Ih et soleilh : 129, 21. « Etquant li hom i\eu
dfeiz cl mult chaut soloilh »; io3, 23 : « alsi com colhiz
rai del soleilh ». Dans les Sermons de carême en dialecte
- 359 -
wallon du XIIIe siècle, publiés par Emmanuel Pasqubt, on trouve
sololh au cas régime (p. 47). et dans la même page on rencontre
deux fois comme cas sujet soles (lisez sol es). L'auteur avertit
en note pour le premier exemple que l'état de l'écriture permet de
lire sol os.
Soles ou solos, il n'importe d'ailleurs; ce ne sont là que les
formes solelh ci sololh augmentées de Vs du cas sujet, devant
Laquelle disparaît la consonne finale, ici / mouillée. On sait que e
fermé tonique suivi dey/, ly aboutit a -cil, -oil suivant les régions.
Le suffixe -/cul uni suffit donc à expliquer les formes précitées.
Le wallon moderne solo, sole peut provenir du cas sujet, ou de
soloy, solèy ayant perdu la palatale. Le y final en effet disparaît
en wallon dans les mots de suffixe -cul uni, -lium : crama,
traua, cina, pion, vèrou, fyino, doù, tchivroû, mifou; il en est de
même de oculum (œil) dans certains cantons.
De la il résulte L° que solo, sole ont leur ancêtre présentable,
chose qui n'existe pas pour solot, solèt; 2° que l'on est dispensé
de supposer l'existence, dans un étroit espace, de nombreux dimi-
nutifs du latin solem .
w. winre.
Winre, wêre est un mot de la région bervienne employé seule-
ment dans deux expressions : i" mule winre, vaguement défini
par un correspondant comme étant un temps « vif », un temps
<( malsain », synonyme de mule mane (mauvais brouillard) ;
'2" braire maie winre, voir tout en noir, annoncer de mauvaises
nouvelles. S'agit-il de bise ou de brouillard, de vent, d'un temps
gris et lourd, on ne sait. Cependant, comme on ne parle jamais
de bonne winre ni de winre de telle ou telle direction, il faut
écarter l'idée de vent, bise, temps clair.
Cherchons d'autre part quelque indication dans l'aire d'emploi
du mot. 11 est usité ou connu, nous dit le I)1 Randaxhe, à Saint-
André, Mortier, Julémont, W'arsage, Mortroux, Charneux, Aubel;
inconnu à Clermoiit-sur-Berwinne et à Thimister. C'est donc un
terme de la frontière linguistique et il est légitime de conjecturer
que nous avons affaire ici à un de ces mots qui enjambent la
limite des langues et qui sont bien reçus soit à cause de leur
forme, ou de leur couleur pittoresque, ou de leur imprécision
même, ou qui s'imposent à l'attention par le fréquent emploi qu'en
fait le voisin flamand.
- 36o
I ne Fois orienté vers ce côté, on trouve tout de suite weev, le
t <-in [ ->. pour weder (allemand wetter). Alors on s'explique pour-
quoi le ."-«mis du mol n'est pas plus précis dans l'esprit du paysan
aubelois. 11 n pris un sens péjoratif par sou contact avec l'adjectif
nuVe, mauvaise, el il est resté figé dans cette seule expression.
LE CHAT VOLANT DE VERVIERS.
Satire en dialecte verviétois île 164.1 (')■
1. — Introduction.
J'entreprends de rééditer au point de vue linguistique la pas-
quille wallonne sur l'aventure du cliat volant de Verviers.
Elle a été publiée jadis, mais uniquement comme curiosité
historique, par M. Jules Matthieu, bibliothécaire de la Ville de
Verviers, dans un journal verviétois, la Feuille du Dimanche,
en 1880 (*). M. Armand Weher, dans le Jour, en 1894. a reproduit
le texte de Matthieu en appendice d'un article intitulé Un apothi-
caire verviétois nu XVIIe siècle et le fumeux chut volant (3).
On a le texte manuscrit dont s'est servi J. Matthieu : il appar-
tient à la Bibliothèque de Verviers. On peut donc contrôler le
travail de l'éditeur. La version imprimée m'avait toujours semblé
très infidèle : non seulement beaucoup de locutions n'étaient pas
conformes au patois d'aujourd'hui, mais encore elles ne pouvaient
pas avoir existé autrefois. Mis en présence de la vieille copie, qui
est du xvme siècle, je m'aperçus (pie Matthieu avait ajouté beau-
coup de fautes à son original en voulant l'interpréter et en corriger
les fantaisies graphiques.
C'était immanquable. Le regretté Jules Matthieu était liégeois
et les particularités du dialecte de Verviers lui échappaient en
grande partie. Bon historien, agréable conteur, il n'était pas assez
linguiste pour distinguer où et surtout comment il devait corriger
les graphies fantaisistes de l'original.
Ainsi, partout où le texte (M) présentait set (lisez ces au sens du
(') A paru dans le Bulletin de la Société veruiétoise d'Archéologie et d'His-
toire, t. xi. J'ai utilisé des notes critiques de M. Ilaust pour opérer quelques
légères retouches au texte et surtout pour renfoi'cer le commentaire.
(2) En tirage à part : Le Chat volant de Verviers, par .T. M.. Verviers.
Nautet-Hans, 1880.
(3) Cet article existe en tirage à. part, à 100 ex. 1111m. et signés. Verviers,
Nautet-Hans, 1894.
- 36a -
ux), Matthieu (m) a cru devoir corriger en ci ou V ci, qui
n'existe pas :
Vers 3, M : po set d'Vervi; m : po ci d'Vervi.
Vers 21, M : tôt set d'V. ; m : tôt 1' ci d'V.
\ ers 66, M : conte toi set... ; m : contr' tos V ci.
Vers [27, M : set du Stainbiet; m : ci du S.
L'auteur ne savail pas que la l'orme ces est très légitime et encore
usitée ailleurs, sinon à Verviers; ni, d'autre part, que les expres-
sion- verviétoises modernes sont, pour le singulier li ci, forme
réduit.- /' ci, pour le pluriel lès cis, qui ne peut pas se réduire en
/• cis.
De même le manuscrit présente une l'ois nel (lisez ne au sens du
français ni). L'imprimé (vers 8) corrige en ni. C'était au con-
traire une indication de prononciation ancienne qui méritait d'être
conservée.
Les pronoms il et ils sont en wallon verviétois i devant une
consonne. Le manuscrit rend cet i par il. L'éditeur a corrigé cet
il en il :
M 12 eierreint ii (il est vrai ici que le / final a les apparences
de /. mais tout semblable est le premier t de eterreint) ; m. éter-
reint-il pour ètèrint-i.
M 68 : qui serai; m : il s 'r eut, pour i sèreùt.
M 1 14 •' it grettet; m: il grettet, pour / grètèt.
M 120 : itfa.it; m: il fait, pour i fait.
Mais il conserve au vers n y prirint pour i prirint.
Quand il corrige au vers n (levée en in' feie, il ne s'aperçoit pas
que ine pour one est liégeois. Quand il corrige au vers 26 sis
Luegnrée en liquelV Iwegnrée, il ne s'aperçoit pas que le texte
.■tait bon et que liquéle est liégeois.
Voici d'autres singularités : fae du vers 36 est interprété par
fawe (hêtre) au lieu de faye (feuille); Ion 5c) devient loiva (louai
au lieu de loya (lia); maue <\i est traduit en man\ qui n'a pas de
-'•h-, au lieu de may ou maye (jamais); maue 70 est rendu cette
fois par maw (moue) au lieu de mây ; roelée 44 est travesti en
roclei, qui n'a pas de sens, au lieu de rôyelêye (rayée).
t ' esl cirer des graphies fransquillonnes contre le texte et contre
la prononciation wallonne que d'écrire intr' pour inte (vers 10),
contr' pour conte 66), propres pour prôpès (8G).
sait que le verviétois remplace volontiers o tonique «les
leetes par a, devant ;/>, m, n, gn, l, r. Matthieu corrige
■ fois indûmenl son manuscrit en rétablissant L'o liégeois :
un, m coin'; M 112 val, m vol'; M 114 cam, m edmm';
— 363 —
M 120 cam, m coin, ("est l'a de fae 36 qui l'a empêché de songer à
foye et qui lui a suggéré juive. Ailleurs l'a est conservé : M 28
cam, m cam; M 5~ donne, m donn' ; M 78 ra/, m ca//' : M io5 caé,
m cawes; M 106 balawes, m id. : M. 68 lembar, m Limbâr.
Les variations de a et de an ont été conservées 24 fois sur 27 :
voici les trois dissidences : M 67 quanr, m qwarts; M 70 maue
(c'est-à-dire mau-y-e), m maiv. M 101 quaur, m quarts.
M 1128 rarin devient dans m /■;//■/ et M i'5o n'arin devient n'auri.
Ici l'infidélité se double d'inconséquence, puisqu'il faudrait ra/'/,
ft'ârï ou rauri, lïaurî. Le ver\ iétois moderne dit le plus souvent
rârît, n'ârît, niais rarît, n'aril avec a bref s'entend aussi. Quant
à la désinence, il ne fallait rien changer à in, qui était jadis la
terminaison de la 3P personne du pluriel a l'imparfait et au con-
ditionnel. Il n'y a pas une seule exception clans notre texte
manuscrit.
M io3 et 104 porte sïonhe, ionhe (s'il eût, il eût); m corrige en
s'iohe, i'ohe. Or le on noté ici est un o long fermé assombri
jusqu'à la nasalisation : i-ôhe, ionhe. Le phénomène est régulier
en verviétois et il n'y avait pas lieu de modifier.
Que graphie singulière de m consiste à infliger les finales de
l'impartait français aient ou ail à la terminaison -et de nos verbes :
M 4 duf'net est corrigé en duvnaient, pour duv'nèt (deviennent).
M 35 meritet est corrige en méritaient, pour mèritèt (méritent).
M 37 contet est corrigé en comptaient, pour comptât (comptent).
M 48 proiwret est corrigé en prouvait, pour prouvera (prouvera).
M io5 haivet est corrigé en hawaient, pour hawèt (= ils aboient).
M 106 />o/e/ est corrigé en volaient, pour po/ëi (voient).
M 125 ratrapet est corrigé en ratrapait, pr ratràpèt (rattrapent).
Lu fin les trois passages suivants contiennent des corrections
inadmissibles : M 7 du skiwins ni d' ces porcureux, m ni du ska-
vins ni porcureux : M i>3 delluengne tyre, m des Iwegne tire, mais
le sens de tire (race, engeance) s'oppose au pluriel et le texte
aussi ; M 80 si tassin transformé en //' Tassin,
Nous ne citons pas les doublements de consonnes, les apos-
trophes inutiles ou mal placées, ces mille et une infidélités réunies
en i3o vers sans rien améliorer au texte : tout cela s'explique par
l'absence de principes orthographiques en 1880. L'original n'était
certes pas un modèle d'orthographe, mais iljavait au moins le
mérite de la simplicité, de la naïveté. Il faut donc sur ce point
conclure que la petite publication locale de Jules Matthieu, suffi-
sante pour contenter les curieux d'histoire anecdotique, — et
— 364 —
i toute l'ambition de son auteur, — ne peul nullement servir
études dialectale
\ ,,. point de vue la satire est précieuse et mérite une nouvelle
publication. L'aventure qu'elle blasonne est de 1641. A en juger
,,;,, [os détails circonstanciés qu'elle contient, elle ne doit pas
avoir été composée Longtemps après l'événement. 11 suffit pour s'en
convaincre de la comparera une pièce française du xvin* siècle (')
sur le même Bujet, reproduite par M. Weber dans l'article énoncé
oi-dessus. L'invention filandreuse et sans précision, chargée de
pathos ci de mythologie, de la pièce française, œuvre de quelque
savant du terroir, contraste avec la narration sèche et toute en
faits locaux de l'auteur wallon. Cette pasquille wallonne est la
plus ancienne œuvre verviétoise connue. Le texte original du
wii siècle nous manque, il est vrai, mais les graphies d'une copie
subséquente, par leur inconséquence même, tantôt rajeunissant
le langage, tantol copianl le modèle servilement, nous permettent
d'étudier des détails di1 la phonétique antérieure.
Au reste nous avons eu la chance de trouver une seconde copie,
également du xvnr2 siècle. Un de nos collègues de la Société
verviétoise d'Archéologie et d'Histoire, M. le juge Prosper Deches-
111', dont la famille est originaire1 de Stembert, découvrit récem-
ment dans des papiers anciens un texte wallon qu'il me communi-
qua. J'y reconnus le chant burlesque sur le chat volant avec
maintes variantes, .le montrai la publication antérieure de
.1. Matthieu a M. Deehesne, qui me laissa son manuscrit pour
confrontera loisir les deux textes. Grâce à l'heureuse trouvaille
et :i l'obligeance de M. Deehesne, il est donc possible de comparer
les deux copies anciennes et de se l'aire une idée plus précise de
l'original. C'est maintenant presque un devoir d'éditer ces i3o
vers : les textes anciens en patois de Verviers sont trop rares pour
en laisser échapper un seul, quelle qu'en soit d'ailleurs la valeur
historique ou littéraire.
1 chai volant | île la Ville «le Verviers, | histoire véritable arrivée
par Monsieur Willem Crac. -- Imprimé à Amsterdam, chez
'!"••- La France, à l'enseigne du Chat Botté, en 17'^). Suivi <le la ]
ou Les cousins. Poème inédit. || Verviers, imp. de
fils 1 S4 1 . pour la 1" édition, voyez WEBER, Bibliog.
--■ — M. All'in Bod} m'écrit que* le bibliophile L.-F.
v. en possédait deux copies, l'une de sa main en vue d'une
'autre plus ancienne, et que cette copie plus ancienne n'était
ne le lexte de l'édition Angenot,
- 365 -
Peut-être découvrira-t-on d'autres versions. Au point de vue
où nous nous plaçons, semblable découverte ne détruira pas nos
constatations linguistiques, elle les précisera. La reconstitution
littéraire doit choisir parmi les variantes, mais la linguistique
peut se contenter de les collectionner. Or, dans le cas présent, il
s'agit moins d'une œuvre littéraire à ressaisir dans son intégrité
que d'un recueil de faits dialectaux.
Etudions maintenant nos deux copies manuscrites, que nous
appellerons M et 1), du nom de leurs possesseurs, en désignant
par m l'imprimé dérivé de M.
M et I) sont deux feuilles de même hauteur, papier officiel
filigrane aux armes des princes-évêques. Aucun nom propre,
aucune date. La feuille M, très fripée, a pour titre, au-dessus de
l'œuvre même : Le vol du chat de Vervier, chant Burlesque. La
feuille 1) n'a pas de titre, mais porte au revers, sur une des faces
de la feuille pliée en quatre, les mots paskée faite sur Veruîer,
inscription à peine visible sur cette face extérieure très salie et
chamarrée de chiffres.
L'écriture de la copie I) a pu être identifiée à celle d'un
manuscrit que possède également M. P. Dechesne. C'est le registre
du margnillier Jean Quirin Bouxha, de Stembert, né a Stembert
le io octobre I7">3, mort au même lieu le 8 octobre 1828. Son
manuscrit fut commencé en l'année 1781. De la même écriture est
encore un « Règlement pour faire le Jeux franc principalement
» pour le grand boursier dont on trouve tout ce qui est le plus
» essensielle pour tous les jour de la dédicace et pour l'octave et
» jour suivant écrit l'an 1774 »■ L'auteur de la copie est donc
J. Q. Bouxha, qui la fit aux environs de 1780.
Malgré cette date relativement récente, D est plus archaïque
que M par l'orthographe et par les particularités de la phonétique.
M s'attache moins à la lettre du modèle, il respecte mieux la
grammaire et la prononciation de son temps. Examinons ces
points de plus près.
M est copié sur un autre texte et non transcrit de souvenir ou
de audit 11. En effet, il contient des corrections qui ne s'expliquent
pas autrement, corrections immédiates faites par le copiste recti-
fiant à mesure une erreur commise. Au vers 23 il substitue y à i
dans tire ; au vers 33 il substitue ryrans à rirans. Or la logique
ne demandait pas ces corrections, mais seulement une fidélité
superstitieuse à un texte antérieur. Au vers 36, après avoir mis
des=sucri duoen, il barre duven et lui substitue au-dessus son
- 366 —
lisez so'ne faye), el la fin du vers suit la direction déviée de
son nfae. Vu même vers, le copiste avait d'abord écrit paucgmin,
puis il corrige eu inscrivanl un /» sur le g. Sans doute le h du
modèle s'étendait plus en aval par son second jambage qu'en
amniii par la Uaste, et le lecteur avait pu le prendre d'abord pour
H 11 g.
De même l> est copié sur un texte antérieur. Au vers 28, moh...
est biffé pour y substituer moxhet, afin d'écrire xh, subite affec-
lation .le science orthographique qui prouve que la personne copie
un texte. Au vers 46, k umen avait d'abord été transcrit par qu.
Au ver- 6a, ahimen est précédé de auxhe biffé ; le copiste, tenté
d'employer auhèyemint, la forme usitée de son temps, s'est repris,
évidemment pour rester conforme à son original. Au vers 89, on
voit m1"' pietrau a été ajouté après coup, en caractères plus petits
h plus droits, laissant un intervalle inusité entre lui et le mot
suivant, si l'auteur avait entendu le mot, qui est Pierrot, il n'aurait
pas liésité pour l'écrire et surtout il ne lui aurait pas donné
cet te sotte graphie.
Quelle relation y a-t-il entre les deux copies? A certains en-
droits, elles concordent, sauf des différences fantaisistes d'ortho-
graphe. A d'autres, elles apparaissent si discordantes pendant
troisou quatre vers qu'il est visible qu'elles procèdent, non d'une
source commune, mais de traditions assez incertaines, en partie
orales. Comme jadis dans les chants épiques des aèdes, ce que la
mémoire n'avait retenu qu'infidèlement était refait plus ou moins
d'après de vagues souvenirs.
11 serait insipide de reproduire ces deux textes avec leurs agglu-
tinations et leurs fragmentations absurdes de mots, avec, tour à
tour, leurs consonnes muettes antiétymologiques et leur nudité
phonétique, qui ne connaît aucune grammaire. Le travail à faire
consiste précisément à tirer un texte de ces deux copies, qui soit
lisible, «pii soit correct, qui résolve les énigmes au lieu de les
laisser résoudre au lecteur. D'autre part, il ne faut point donner
au linguiste un remaniement sans contrôle possible. Autant il
; fastidieux de fournir toutes les variantes graphiques lettre
par lettre, autant il est nécessaire de noter les variantes ayant
me Importance au point de vue de la phonétique et du sens. Au
paraître trop long, nous nous sommes attaché à donner
ordre d'idées plutôt trop que trop peu. Ainsi, lorsque
rons un des deux textes, nous donnerons l'autre en
iae la graphie exacte du texte adopté. Si nous
— 367 —
nous écartons de tous les deux, ce qui arrivera plus d'une l'ois, nous
exposerons le cas en note. De la sorte, celui qui préférera une des
Leçons de la note pourra choisir en connaissance de cause. Ce
système est le seul mode de publication qui ne soit pas assujetti à
l'arbitraire de l'éditeur.
Si on examine la texture de cette pasquille, elle n'apparaîtra
pas très satisfaisante.
Il y a d'abord une introduction comparant l'affaire du chat
volant reprochée aux Verviétois à celle de la taupe enterrée vivante
reprochée aux Stem bertains. La palme de la sottise revient aux
Verviétois. Ni Stembeii ni Dinant n'ont imaginé rien de sembla-
ble (vers i-34). 'j(> la'' mérite d'être transmis par le parchemin à
la postérité (35-36). En effet il ne s'agit pas ici d'un acte isole,
individuel et sans portée : les Verviétois se croient très intel-
ligents, ils ont îles magistrats savants, ils ont tous participé à
l'affaire, ("est bien une bande de fous que je vais vous exhiber
(37-4<>>.
L'initiative revient à Louvegnez le bourgmestre. Éloge ironique.
11 avait depuis longtemps médité et discute cette merveille : faire
voler un chat. Il avait consulté ses grimoires pour conclure qu'on
peut y arriver en lui attachant deux vessies (4i-53). La théorie
trouvée, il s'agissait de passer a la pratique. On eut recours aux
lumières du second de la cite, Malempre, le notaire. Malempré
demande de la ficelle, lie les deux vessies a l'arrière-train (53-56).
Où se passe la scène et quand ? Cela n'est pas dit jusqu'ici. On
ne nous indique bien que la part prise par trois ou quatre per-
sonnages. Après Malempré l'auteur cite un Jean Michaël ou
Michel (65), qui parla comme un vieil Aristote, offrant de parier
contre tous ceux qui étaient sur le marché (la scène a donc lieu
sur le marché) qu'avant trois quarts d'heure le chat serait à
Limbourg ou au-delà (65-70). Puis il cite Colin le décimateur qui
se croit bien malin à parier que le chat volerait tout au plus
jusqu'à Hombiet. Puis il cite Mangam : mais, désillusion ! il cite
celui-ci pour dire qu'il a livré ou vendu le chat. C'est un peu tard !
Arrivé à ce point, on s'aperçoit donc que l'auteur n'a pas suivi
l'ordre chronologique des faits. Mais il n'a pas suivi davantage
l'ordre logique dans lequel il aurait dû présenter les types qui ont
contribué à l'événement. Faut-il supposer que la pièce primitive
valait mieux, qu'il y a du désordre dans l'œuvre, que ce désordre,
existant dans les deux textes, remonte à une copie ancienne d'où
procèdent ces deux textes ?
— 368 -
iv,,i ôtre aussi ce qui précédai u'était-il dil que pour acter la
,,. ,|„ vol <-i la proposition, mou pour raconter des faits
On le croirait, à consulter certains verbes qui sont au
futur dans M : [5 no va mostré, \6 poiret, fô it prouuret, 58 qu'on
ret...saret. Mais pourtant le vers suivant, dans les deux ver-
rions,éi ce l'art ion effective : on ly lo{y)a (5g). Donc ces futurs
,,ii pas un remède au mal que nous constatons; ils ne sont
qu'une difficulté de plus, à laquelle il faut trouver une bonne
-oint ion.
Prenons conseil <le la suite. Pour mettre fin à cette affaire, dit
tire, il fallait de la « colle de notaire ». On n'explique pas à
i|iK.i doii servir cette colle de notaire, et il semble que ce soit une
simple façon de faire intervenir le notaire en le ridiculisant. Mais
comment prendre la chose dans le sens d'intervention notariale,
puisqu'on va chercher cel ingrédient chez l'apothicaire et que,
n'en trouvant pas, on se contente de saindoux, dont on enduit la
tête, les ailes (?) et les reins de la pauvre bête ? (77-86).
< >n signale encore la présence de deux personnages qui se disent
représentants des xii hommes. Mais l'auteur ici, soit amitié, soit
crainte de représailles, ne croit pas qu'ils ont été des dupes
;. ce irait manque dans M). Il affecte aussi d'innocenter
in, l'apothicaire de tantôt (92-94). Colin non plus n'a fait que
donner des conseils. Mais la façon d'excuser tous ces gens est
assez équivoqae : l'auteur les soutient comme la corde soutient le
pendu (<)"«- 106).
on attend, pour aider au vol, que le vent s'élève. Malempré
porte le chat, qui, de frayeur, inonde son porteur de diarrhée.
arrivée au clocher : il lance le chat par l'étroite lucarne. Chute de
l'animal, qui se réfugie aux environs. L'auteur ajoute un dernier
irait de satire sous forme de prédiction : gare si on le rattrape !
30ts incorrigibles ne concluront pas à l'impossibilité du vol;
nplaceront les deux vessies par deux coqs, c'est-à-dire par
deux volatiles incapables de voler. La morale ou réflexion finale
ramène a la comparaison du début; je savais bien que
bert aurait sa revanche !
11 résulte de cette analyse préalable ou expectante que, si
r a plus ou moins raconté le début et la fin de l'action, il en
; la partie centrale. Il ne montre ni la foule, ni le
L'intervalle entre les préliminaires et le
it rempli par un défilé de grotesques. Xe serait-ce
fait le plan etl'unité de notre pasquille au dévelop-
- 369 -
peinent peu académique? Voyons si cette hypothèse résout toutes
les difficultés.
D'abord, s'il ne présente qu'une collection de types, l'auteur est
par là-même dispensé de la rigueur chronologique. Le passage
relatif à Mangam le boucher fournissant le chat ne paraîtra plus
trop tardif en ce sens. .Mangam est un comparse: il fallait bien
donner les premières places aux grands premiers rôles. Nous
résisterons donc à notre désir de caser le couplet sur Mangam
(72-76) après le vers 54, entre l'appel fait aux lumières deMaîempré
et l'arrivée de ce personnage. Non pas que l'ordre de la composi-
n'en dût être amélioré; mais, dans ce défilé de fantoches, l'action
devient vraiment accessoire. 1011e était accessoire aussi pour les
contemporains de l'événement, qui tous la connaissaient en détail.
Même on peut dire que ee (pie nous avons appelé début et fin de
l'action n'est encore qu'une apparence. Il ne semble y avoir un
commencement de récit que parce que les premiers rôles inter-
viennent au début de l'action. De même il n'y a de dénouement
raconté que parce qu'il fallait bien acter les résultats de tous ces
efforts combinés, ("est moins un récit que l'orchestration finale,
le ridicule de tous après le ridicule de chacun.
Cette interprétation résout encore deux autres difficultés, celle
des verbes qui sont au futur et la singularité des transitions, qui
paraissent au premier abord si déplaisantes et si pauvres. C'est à
la lettre qu'il faut prendre le vers 42 : uos ulez uèy one banne du
fous. L'auteur se l'ait imprésario, il annonce une suite de sil-
houettes comiques et rien de plus : « Vous allez voir (42)...; —
Lovegné va nous montrer (45)...; — il prouvera (48)...; — je
crois qu'ils prendront du saindoux (84)...; — holà ! tout doux !
écoutez bien tous ! voici la drôlerie de ces gredins (107-108); — le
chat va voler ! voici le conseil qu'on va leur donner (109-110); —
regardez bien comme il pirouette ! (120) ; — s'ils le rattrapent, ils
le feront voler accosté de deux coqs ! (120-126) ». — C'est le pro-
cédé tout subjectif et tout lyrique de l'homme qui croit encore
assister aux événements, qui les montre, qui les prédit, qui touche
les fantoches de sa baguette. Les verbes qui sont au passé, temps
du récit, et qui ont pu donner le change, sont en réalité subor-
donnés aux autres et font ménage comme ils peuvent avec eux.
Je les accuse d'avoir jeté une grande indécision dans l'esprit des
gens qui ont successivement appris ou copié le texte. A cause de
cette apparence de récit, plusieurs des traits que nous venons de
rassembler ont disparu. On ne retrouve pas dans D l'annonce
24
— 370 —
„„-.„„. ,|(. l'exhibition : « Vousa//ez voir une bande de Tous » (42),
„i Louvegnez va nous montrer » (45)... ni le mouvement de M
« holà! écoutez!... voici!... », ni celui de M 109-110:
a il /..-, voler ! voici... » ni celui enfin de M 120 : « regardez bien...».
AJnfli l'origine des principales différences entre les deux textes
pro, [0Uj ,ir cette difficulté d'interprétation. La difficulté est réelle,
noua l'avons éprouvée aussi : qu'on nous pardonne donc la longueur
,1,. cette analyse ci de cette discussion, sans lesquelles il n'y avait
de reconstitution du texte possible.
L'auteur est naturellement inconnu. 11 devait être Stembertain.
prouvé i° par le soin qu'il prend d'opposer l'action des
Verviétois à «'elle des Stembertains, pour en tirer une justifica-
tion et une revanche en faveur dé Stembert ; 20 parle vers 9 : Nos
/icres qui d'morint à Slimbiè. Peut-être était-il le receveur ou
décimateur de Stembert en 1641: car, au vers 96 M, il appelle
Colin d'dèmieù, décimateur de Verviers, son confrère. Le fait
qu'une copie ;i été retrouvée dans les papiers d'une famille de
Stembert est aussi une indication. Nous ne pouvons cependant
aller au-delà : Stembert faisant alors partie de la commune de
\ erviers n'avait pas d'archives, et nous n'avons rien trouvé non
plus sur ce point dans le consciencieux travail de M. A. Fassin (').
Passons aux constatations phonétiques. L'ensemble des deux
copies M et D, grâce aux variantes nombreuses, nous assure un
total île 256 vers a étudier. On y voit (pu; tous les traits linguis-
tiques distinguant le dialecte verviétois actuel du liégeois exis-
taient déjà nettement marqués. Entre le langage d'aujourd'hui et
celui du xviii'' siècle, il n'y a vraiment que de minuscules diffé-
rences. Pour remonter au-delà, précieuses sont les contradictions
entre les graphies. Au lieu de s'imposer une loi uniforme, le
copiste sollicité a son insu par deux forces opposées, tantôt
modernise ses graphies, tantôt suit la tradition de son modèle. Il
lui arrive aussi d»; laisser dans son texte des indications sur l'état
antérieur du dialecte, sur le verviétois du xvne siècle.
1. <)n sait que l'a long du wallon ardennais est devenu a en
lis, 0 en verviétois. Les écrivains verviétois représentent ce
-•mi par au presque toujours. Dans notre texte, sur 27 cas, M écrit
i au, 2 fois ;< : parli (i et malheur 83, ce dernier dans une
herches historiques sur les communes île Stembert et de
-. Remacle, 1890.
- 37i -
expression plutôt française: par malheur ; 1) au contraire pré-
sente 14 fois a et i3 t'ois au. 11 n'y a point de système dans ce
départ opère par D; il se contredit inconsciemment, écrivant a uy
teins 6 et au deu costé 122, autou 118, parly 6 et paurlez io5,
ahimen 62 et auheemen 110. Le modèle copié par I) avait-il a
partout '.' ("est peu probable, et, quand cela serait, le l'ait resterait
sans importance. La graphie a s'est imposée si longtemps par la
force de la tradition, en dépit du changement qui s'était produit
dans la voyelle, qu'on ne pourrait en cela conclure de la graphie
au son. Mais, quant au son, les Verviétois du \\n siècle pronon-
çaient comme ceux d'aujourd'hui. Les mots du langage ordinaire
ne le prouvent guère, parce qu'ils apparaissent francisés dans les
acte-, mais les noms propres conservent parfois dans l'écriture
la trace de la prononciation originale. Ainsi, pour choisir un
exemple du même temps que notre épisode, dans une pièce vervié-
toisede i654 (M, le même nom revienl deux fois, d'abord sous la
forme Pasquay Thiry, puis sous la forme Thiry Pauquay. La
première est étymologique, la seconde est celle de la prononcia-
tion courante. Au reste ce trait doit remonter beaucoup plus haut,
si l'on peut ici juger par analogie, puisqu'on trouve déjà de nom-
breux exemples de ;*// au \i\ siècle dans Henirieourt (2). — Notons
l'exception de gvoV) 117 (dj'vô) el cellede ote M 34(fr. autre .
2. Le traitement actuel de a entravé dans des conditions spéci-
fiées!) ne se décèle que dans deux mots : sege 35 1) et35 M (fr.
sage) et essé ."S 7 M, qui correspond a assez 5g I). Les pièces ne
contiennent aucun mot du suffixe -aticum : èdje. On trouve woigy
M 65 qu'il faut peut-être prononcer wèdji conformément aux autres
graphies en oi, mais 1) G- a en regard wogy qui est équivoque,
Vi ayant peut-être été omis; el d'ailleurs le verviétois actuel dit
encore wadji, tandis tpie Polleur prononce wèdji. Des deux seuls
exemples surs on peut conclure que Verviers connaissait déjà cet
è correspondant à un a liégeois, mais non qu'il avait déjà étendu
ce traitement à un grand nombre de mots. — Nous n'avons pas
(') .1. Lejear. Fortifications de Veroiers, dans Bull, de la Soc. nerniétoise
d'Archéologie et d'Histoire, t. II. p. 128 et 1129.
(2) Georges Doulrepont, Etude linguistique sur Jacques île Henirieourt et
sonépoque. MÉM. COURONNÉS ET AUTRES MÉM. p. p. l'Acad. l'oy. île Belgique,
t. XL VI (1891), nos (i. S. 120, 78.
(3) Georges Doutrepont et Jean Ilaust, Les parlera du Nord et du Sud Est
de la Province de Liège, dans MÉLANGES Wu.motti:. p. 14.
— 372 —
cité tchèt {cattum), qui rentre dans la même règle, parce que
cette forme esl d'un usage beaucoup plus général.
1 ),, counaîl l'amour du verviétois pour le son ;i, qu'il substitue
souvent à Vo tonique ardennais et liégeois. Il substitue de même
,., |ono à " liégeois, Ô de Stavelot, dans les mots de suffixe ura et
d'ant res analogues. < Jhacun de nos textes contient quinze exemples
de cette aature, en y comprenant ûawe qui est une forme d'un
usage plus étendu, el Limbàr{ Limbourg). Sur ces quinze exemples,
M h :l que trois lois 0 et I) deux l'ois; et encore on peut croire que
par inadvertance, la graphie française en mm, nn étant sub-
stituée à la wallonne: comme D 28, D 66, M 64, donne M 57. Une
seule fois com, M 97, contre cinq ou six cam dans chaque pièce,
donne à penser que la langue hésitait entre corne et came, mais elle
l> fait encore aujourd'hui. Les autres mots sont cawe D 28, 107,
écrit cae M 28 et ca'ê M io5, par impuissance a noter le w ou pour
imiter une vieille graphie; balawe 1) 108 et M 106; lenbar D 70;
lembar M 68; (Inné I) 5g, donne M 57; cal (colle) I) 80 et M 78,
deux mots particuliers à M : fae 36 = faye (feuille), et val 112
(vole), qui dans l'usage actuel est plutôt vole (pie vale. On peut
doue dire que le changement verviétois de o en a était accompli à
l'époque de la composition même de la satire; sans quoi nos deux
copistes n'auraient pas atteint cette quasi-uniformité dans l'em-
ploi de a, et, surtout pour des formes d'origine si diverse.
}• < bi peut en dire autant de cet u atone qui remplace à Verviers
l'i liégeois dans les monosyllabes proclitiques, dans les préfixes,
dan- les mois commençant par deux consonnes. Ici les exemples
nnent des //;/, du, quu, su, lu (je, de, que, si et son, le).
Plus marquants sont kiimeii D 46, cumin D 55, cumen M 46:
juhan D65 (Jean); sucrit M 36; sufaite M 32, D 32; luwengne
I» 23, luengne M 23 (anc.-fr. lorgne adj.) ; scuvin ou skiwin
(échevin). Sur environ 80 exemples, on trouve i quatre fois : di
et 1 rois fois si tnssin I) 82, 94, M 80, lequel est pour Sitassin =
Stassin, nom dérive «le Stasse Eustache.
. l'n cinquième caractère de la région verviétoise est la délia-
ssât ion partielle ou totale des voyelles an, in, on. Elle se
l'M'ie assez mal dans l'écriture. Actuellement encore nos auteurs
souvent des nasales qu'ils ne prononcent pas. 11 ne faut
s'attendre a rencontrer dans des écrits d'il y a deux
• exactitude qu'on n'observe pas aujourd'hui. Xéan-
de dénasalisation que nous fournissent nos deux
a -ullisance que le phénomène est ancien. Nous
— 373 —
ne ferons pas état de même M 3o, 3i, D 3o, 3i, qui peut être
influencé par le français, niais de cam omohet M 28 ( = comme
on moxhei I> 28), de ô foëant M 11 = on foean D 11), de la
graphie ridicule et pourtant significative russol = et sole M 3g
(lisez rassôlé essaie, rassembles ensemble), de èssole D 3g, de
Irole M et 1) 4" (tremble), toutes formes qui nous montrent ô pour
on; enfin de vaidou I) 7"), qui est nenriou dans M 7 3 (vendu), et
de saifa D 112. qui est sen/a dans M 114 (sentit), formes qui nous
montrent a/, c'est-à-dire è, pour eu voyelle nasale de ê.
6. Le phénomène contraire qui fait dire au verviétois actuel
manhon pour mâhon maison) se rencontre aussi : I) 34 donne
onte pour ôte (autre) qui esl oie ilans M ^4, et M à son tour nous
offre si'ohhe eo3 et ionhe 104. qui demeure yonhe dans I) io5, 106
(s'il eût, il eût). Ces formes nous présentent l'o fermé long- assom-
bri jusqu'à la oasali ation parce qu'il a été prononcé trop ferme.
On pourrait y ajouter liiwengne M 23, luengne I) 23 (prononcez
liuegn si ces graphies n'étaient en contradiction avec luegnrée
M 20. luwogrée I> 26.
7. Le traitement ancien du suffixe -nia s'observe dans un seul
exemple : roelee \\ M, en désaccord d'ailleurs avec I) 44 qui écrit
roelaie ( rôyelêye, rayée,, ai de roelaie indiquant un ê ouvert.
On trouve plus d'exemples pour la finale correspondant an français
-ie, qui est aujourd'hui en liégeois -èye avec è bref, et qui en
verviétois tend à se confondre avec -êye de -utu. Ces finales sont
toutes en -ée dans nos texte- : soirée M et I> 23; luegnrée M 26 =
luwogrée I) 26; filosophée M 47. D 4<): vessée ou vessées M. 48, 95,
120, I) ~m>, 61, [ 19 ; drolrée M co8 ; rouuée M 95, I) 97 (j'oublie);
ajoutons-y, par analogie, uêe M 4- (voir) aujourd'hui uéy, /ee M 1
(fois) aujourd'hui /"ère, l'énigmatique d'eoée M 11 ^ t/e uee D n.
Un seul mot se montre avec un accent grave, crée M 121, mais
nous n'oserions rien induire du plus ou moins d'obliquité d'un
accent !
La prononciation verviétoise se rapprochait-elle alors de celle
qui existe encore à l'est et au sud de Ver\ iers, où l'on prononce
-ee et même -é? Ou bien était-ce Stembert, patrie probable de
l'auteur de la satire, qui présentait des traits du Sud-Est, comme
Dison aujourd'hui, aux portes de Ver v iers, a les traits du pays de
Hervé? Ces deux raisons peuvent coexister. Nous sommes per-
suadé, sans pouvoir encore en fournir la preuve palpable, que le
dialecte de Verviers tend, depuis soixante ans, à se rapprocher du
liégeois. D'autre part il est reste dans une de ces pièces une forme,
- W -
, seule, qui est nettement du Sud-Est : c'est ahimen I) 62
1 u regard de auheemen D eio, auheimens M 60 et
Hiiheimen M 112, cel ahimen, précédé d'un premier essai raturé
indique un retour à la graphie de l'original. Or, comme
auhèvemint ne peul être issu de ahimint, bien entendu en ce qui
concerne i ère, il faut admettre que Verviers et Stembert, ou
gtemberl seul, avaient en ni^i cette forme âhimint, et le féminin
â/i/, et les autres formes de féminin corrélatives de celles-ci, qui
Boni aujourd'hui reléguées au sud-est de Verviers.
s. La valeur de oi es1 fournie par la rime de saq uoi a,vec efiet
I Stenbiei l> 3i.
Dana le domaine de la morphologie, il y a peu de différences a
signaler.
1. Plus d'imparfaits ont l'ancienne forme en -eu. A côté de
juréve M 69, poirtéve M 1 13, dhéue M 102, /eue D i5, estent, aveut,
savent (passim), conformes à l'usage actuel, on trouve poleu I) 17,
/a/en M 53, 78, qui sont remplacés par poléue, faléve. C'est un
Bigne d'évolution analogique toute normale.
•j. Aux trois personnes du pluriel des temps du passé (imparfait
ri prétéril de l'indicatif, conditionnel, imparfait du subjonctif),
on trouve aujourd'hui uniformément r; la forme de nos deux docu-
ments esl toujours la nasale in, sauf qu'il n'y a pas d'exemples
pour la deuxième personne. S'il y en avait, je ne doute pas qu'ils
ne fussent en i(z). Voici les témoins recueillis de l'ancien usage,
qui s'esl modifié a Liège à peu près vers le même temps qu'à
Verviers el qui existe, encore intact dans tout le Sud et l'Est
wallon. Imparfait : d' morin D 9, M 9, estin I) 10, (>(>, 89, M 10,66,
.tnin M 38, D 38, fin (faisaient) I) 89. —prétérit : not leterreins
nus l'ètèrins) M 19, no le terin I) 19, pririn ti I) 11. y prirint
. su h- terin ti (su V ètèrint -i) D 12, su Lettereint-il M 12, —
eonditionnel : rarin (rauraient), M 128, I) 124: narin (n'auraient)
D 126.
''• Rien «le particulier dans le reste de la conjugaison, saut que
a diphtongaison de vierret (verrai M 58, uieret D 60 a disparu a
\ erviers en !';i\ cm- de retire.
'■'' pronom démonstratif reit.x est aujourd'hui en wallon
. plus rarement ci(s). La l'orme de nos textes est
rô. diversement écrit : set d'Verui et set dinant M 3, D3;
P V. M 21, D 21; se <li SI. D 3i ; conte tôt set M 66; conte
du Stainbiet M 127; ses! du St. I) 12."-!. Ces existe'
: ;i Verviers même, il est encore la seule forme
eès-ci, cès-Ia, cès-vo-ci, cès-vo-la.
— 375
5. Le pronom ce est toujours su avec u, sauf une fois sou D 60.
Aujourd'hui cou a détrôné eu presque complètement.
(i. Le pronom leur (datif) est lès et non lèzi : les vad' né M 110;
les r'prochy M i3o, le rprochi D 126; gii'i7 za vaidou /' chet D ~5,
qu'il zh vendou M 7! ( = <jui Us a.); <}iïil za (F né M 74, ou bin il
za dné I) 76.
7. Les pronoms il, ils devant un verbe commençant par une
voyelle, se réduisent à un i qui ue forme même plus syllabe, mais
se change en semi-consonne y. Les exemples sont trop nombreux
pour avoir besoin d'être cités. Le compte des syllabes prouve que
ce y existait déjà du temps de l'auteur.
8. L'adverbe ni a une fois la forme ni M 7, I) 7, et une fois la
forme ne, écrite net M 10, I) 10. Cette dernière est la prononcia-
tion ancienne, aujourd'hui disparue. Remarquez que ni et né ont
pu coexister, comme aujourd'hui du et dé (qu'a-t-i dé fé?, qu'i
n'est né de duo.
9. Signalons pour finir la forme diskia (jusqu'à) I) n5, qui est
jusqu'à dans M 117. Le dictionnaire de Lobetne donne que duska
et celui de Remacle diska.
Il va presque sans dire que l'idée de soustraire un corps pesant
à l'action de la pesanteur a l'aide d'un gaz plus léger que l'air
n'était pas une idée si ridicule en soi. L'expérience ne réussit pas,
parce «pie les conditions nécessaires pour en assurer la réussite
étaient inconnues. Aussi 1 s rieurs eurent beau jeu. En dépit
des railleries, cependant, il ne faut point pousser le scepticisme
ou le désir de justifier les Verviétois jusqu'à nier la réalité
du fait. Notre satire croque trop bien sur le vif les gestes, les atti-
tudes et les paroles des personnes qui participèrent à cette expé-
rience pour laisser aucun doute a cet égard. On a d'ailleurs
retrouvé dans les archives de l'époque les traces des personnages
cités. M. Henri Angenot dans Wallonia xvn, p. 002, les a
identifiés d'après le manuscrit De Sonkeux et d'après Renier,
Histoire de l'Administration communale de Verviers. M. le
Dr Lejear, qui connait à fond le dépôt d'archives de Verviers,
m'a fourni d'après ses notes les noms et dates qui suivent :
Lovegné, qui avait déjà été bourgmestre en i63o, prête serment
comme bourgmestre le 25 novembre ibJfi- H est mort le i5 juin
1649. La date du 24 novembre prouve qu'il est impossible que
l'événement ait eu lieu à l'époque de la dédicace, comme l'affirme
— 376 -
5), ou à la Pentecôte, comme le dit la pièce française
No1 1 •■ fête Bera de demain en huit jours (vers 75).
11 fallait se hâter à cause de la fête (v. 247).
Quoi ? n'est-ce pus le jour de votre dédicace ? (v. 4$4)-
Il ne sera pas dit qu'un jour de Pentecôte... (v. 619).
Tout le monde venu à notre dédicace... (v. 663).
-1 donc après le 25 novembre que l'affaire se passe.
Jehan Michel, cite seulement dans la pièce par ses prénoms,
selon l'ancien usage, s'appelait Jean-Michel Hanlet. 11 apparaît
comme commissaire à la date du 17 octobre 1637 et comme
bourgmestre au 9 novembre 1637. Il est mort le i\ avril 1666.
De Sonkeux cite Jean de Malempré, notaire à VervierS ; Jacob
Mangam, échevin.
Colin le dèmieu, appelé aussi Colline! dans la pièce française
vers . \ esl rite comme originaire de Sfcembert, ou, plus
exactement, de Keusy, qui dépendait alors de Stembert (v. 37).
lionne dans cette même pièce française comme l'inspirateur
«le l'expérience : niais n'est-ce pas un écho amplifié de la pièce
w allonne ?
Detrooz «lit que l'apothicaire chargé d'alléger le pauvre chat
par des clystères se nommait Saroléa.
M. Weber ;i démontré l'existence. d'un pharmacien Saroléa à
Verviers. Comme celui-ci s'est marié seulement en 1667 ('), il n'est
pas impossible, mais il est peu probable qu'en 1641 il exerçât déjà
les fonctions de pharmacien. M. Weber en conclut qu'il faut
reculer la date de l'événement. Mais la date de 1641 est trop bien
établie pur les notes historiques qui précèdent pour autoriser cette
solution. S'il y a incompatibilité entre la date de 1641 et le nom
de Saroléa, il tant plutôt renoncer au nom, lequel n'a d'autre
garant que l'affirmation de Detrooz. Dans notre pièce wallonne,
l'apothicaire est appelé Sitassin, Stassin, nom qui peut se défor-
mer en Tassin. Saroléa portait le prénom de Toussaint, écrit
Vossin dans le compte que cite M. Weber. Est-ce cette quasi-
ité de prénom qui a créé sur le tard cette identification de
roléa ? C'esl possible Ce point n'a d'ailleurs d'impor-
mee que relativement à la date de 1641, que le nom même de
isait contester. Ce nom devenant pins difficile à admèt-
rejeter, nous sommes dégagé vis-à-vis de lui et nous
liure citée île M. \\ eber, p. 7.
- 377 —
plaçons l'événement à la date où Lovegné était bourgmestre et où
Jehan Michel avait exerce des fonctions publiques.
II. — Texte.
LE VOL DU CHAT DE VERVIER
Chant Burlesque
Dju creû quu l'diâle est fou d'èfiè,
Qu'i-aprint tofêr des nous saqwès
A ces d'Vèrvi et ces d'Dinant. —
On d'vint tos lès djoûs pu met chant ! —
5 Â vi timps c'n'esteûl uin ainsi :
1-4. II esl nécessaire «le mettre on regard les deux débuts et de les
discuter :
I). M.
ju creu qul-dial et fou d'efiel sis fée la L'dial est fou d'aiufair
(pii âpre 11 toi le jou de novai saquoi < >n L'va vey, va scou qui flair,
a set dvervy et set tliuant Po set-d'Vervij po set dînant
Ou dvin tôt le jou pu mechan Qui dufnet to<li pu méchant ;
Dans M le second vers esl compose de deux chevilles, puis le troisième
suit cahin-caha sans signification précise. Absente aussi l'idée ironique de
faire passer la grosse sottise des Verviétois pour une inspiration malicieuse
du démon. Je crois donc (pie le texte de M a été refait sur ce thème : le diable
est hors de l'enfer, le seul qu'une mémoire peu fidèle eût retenu, et que I)
est plus proche de l'original. La forme èfièt comparée à ainfair milite dans
le même sens. Abstraction faite des graphies, qui sont mauvaises, èfiè ou
înfiè (inf ernuin) avec sa diphtongaison iè comme Slimbiè. Hombiè, Houbiè,
l.ambiè, boubiè, est la forme ancienne et populaire, détrônée aujourd'hui
par la l'orme d'origine religieuse infêr. C'est donc inf'êr qui a été substitué à
infiè, èfiè, et, par conséquent, la rime flair a été fabriquée à cause de iiifèr.
Donc la leçon de I) vaut mieux. — Mais le vers 2 est trop long dans 1).
Comment le rétablir par conjecture ? ("est tos lès djoûs, encore employé au
vers 4, qui a dû se glisser là par erreur de souvenir. Il faut lui substituer
todi ou plutôt tofêr qui est si verviétois. Enfin, comme le vers est encore
trop long et qu'on ne peut dire d'nooês pour dès nooês, je conjecture dès
nous. — M. Haust propose, en supprimant saquoi : qu'i-aprint tos les fyoûs
de no ne.
3. ces (ceux / n'existe plus a Ver\ iers, sauf en composition (cès-ci, cès-vo-ci).
C'est pourquoi J. Matthieu l'a remplacé. Aujourd'hui on dit lès ris, avec
l'article. Matthieu a cru qu'il pouvait contracter en l'cis, ce qui est
impossible. La concordance des deux mss. prouve que ces est la forme
usitée au xvnC siècle. — Le rapprochement établi entre les Verviétois et
les cogères de Dinant est également d'une bonne ironie.
4. Je choisis la leçon on d'oint, qui imite comiquement la poésie senten-
cieuse au moment où la morale n'est pas en situation. II faut prendre
méchant dans le sens de malicieux, diabolique.
5. M au vy-temps on nesteti-n'ainsi. D a vij lems on n'esteu nin ainsi. — a
est une vieille graphie traditionnelle, mais la présence d'un seul au prouve
contre tous les ;< l'existence de la prononciation â : nous inscrivons donc
partout â. Cf. Introd., Phonétique. — n'ainsi offre une contraction de deux
— 378 -
on n'saveûl çu quVèsteûi d'pârlî,
\, du scuvin, uè d'porcureû,
STè d'fcos ces diâles \ olaDts d'magneûs.
\,,- pères, qui d'raorinl a Stimbiè,
Qui-èstinl scuvius inte ces boubiès,
De vrry prirint-i ô foyan,
.... I! faudrait, pour rétablir la mesure, c'n'èsteût nin ainsi. <>n
pourrait croire que c'esl en mal lu qui a eréé on et par suite nainsi. On se
mihstituail d'autant plus facilement que la phrase suivante corrélative a
I •sujet on. Si "a objecte que l'auteur aurait écrit snesteu, je montrerai
qu'au vers suivant il écrit bien <•// et non su pour ç u.
\l (-;/ nsaveu. I) mi saveu. M parli. I) parly. — eu (ce) : les deux
textes donuenl toujours eu, à lire çu, et jamais çou, qui est la forme
ordinaire actuelle.
; S M. I).
du -kuviiis ni d 'ces porcureux «lu skuvin ny d'porkureu
net d'tol ces dial volans d'magueux net tôt se dial volant d'magneu
7. il manque une syllabe dans I), mais il n'est pas probable que ce soit
de M; la symétrie de rémunération et d'ailleurs la mesure demandent
plutôt ni du sfiii'in ni d'porcureû. Mais nr, qui se trouve sous la forme net
au vers suivant dans les deux manuscrits, doit être la prononciation de
l'original. Comme il serait étonnant que l'original eût ni et ne dans la même
éuumération, nous rétablissons né dans les deux vers.
i!< volant, tarare, où l'on engouffre la matière première à nettoyer,
grains, laine-,, etc. Cf. Lobet, p. i">o. Nous ne voyons rien, dans l'affaire du
chat volant, qui justifie ce développement contre les « parliers», échevins
et procureurs. I, 'auteur avait une dent contre les gens de loi.
1 !• porte no graupére, qui est synonyme, mais qui rompt la mesure. C'est
sans doute une mise au point d'un scribe de la génération suivante, qui
ercevait que les pères étaient devenus des grands-pères. — Ce vers
montre que l'auteur est stembertain. Au vers 14. il parle de son grand-
parrain dans l'affaire du foyan ètèré. Au vers 19, il dit w;.s- Vètèrins.
10. I» i/ui estin. M estin. La version de I) paraît plus favorable au sens,
ree qu'elle déchiqueté moins l'idée. Voici comment je comprends la suite
du raisonueineut : ■ Le diable inspire aujourd'hui des malices infernales
autrefois il n'en (Mail pas de me me ; on vivait naïvement, ne ronnais-
~"1' »i avocats, ni échevins, ni procureurs, ni autres sangsues (5-g). C'est
• qui explique l'aventure de la taupe enterrée vivante par nos
Stemhortaius. Bref récit, explicatif et justificatif de cette aven-
Mais cette affaire est anodine en comparaison de celle du chat
e Verviers, qui l'ut. elle, le fait de savants, qui fut une sottise sans
■' V "Il ~.
utins semble en contradiction avec le vers 7. si on ne le prend
le sens de chefs, car il n'y avait point d'organisation municipale
qui faisait partie de la commune de Verviers. Je comprends
cul des borgnes dan- le royaume des aveugles.
x' d'eoée. Je ne puis me résoudre a conserver ce texte
lui :« trouvé aucun sens, a corrigé en ine feye, correction
•' comprendrait pas que l'expression si commune one fèye
1 verviétois se fût transformée en quelque chosec d'in-
is dan- des copies aussi diverses que M et D. II faut
\ supposer que de née pût signifier t< en vie»,
mple, ce mot ferait encore double emploi avec tôt
- 379 -
Su Pètèrint-i tôt viquant,
Po çn qu'i-areût fait bècôp d'mâ
A in'grand pârain Lambiè Rauviaux,
i5 A te dès hauts d'têre è s'corti,
— Bècôj) pus' quu so leù plantchî ! —
oiquant du vers suivant. Je conjecture de urée, «à la vérité», en français « de
vrai », locution qui a une valeur logique, marquant une concession et éclai-
rant la suite des idées. Qu'un copiste ne l'ait pas compris, l'ait estropie, rien
d'étonnant. Cependant M. Ilaust me suggère une interprétation ingé-
nieuse : conserver iVèvée au sens de de iiwidia, « de colère ». Je l'adopterais
volontiers si je trouvais des exemples d'une locution d'enoie ou de inoidia
avec le mot envie au sens latin de ressentiment, colère.
— 1) pririn ti. M y prirint. — I> on foean. M 6 foëant.
ii>. M su leterreînt-il. I) su le terin ti.
i3. M po sut quiareu. 1) po su kiaveu. .le préfère le conditionnel, qui intro-
duit une nuance de plus (parce qu'il aurait, dit-on...) ci dont aveu parait être
une simplification. L'affirmation simple réparait au vers 19.
— 1) mau.
\\. M D paurin. Le grand-parrain doit être le père du parrain, par ana-
logie du sens de grand-père.
— M rauoiau. I) rauviaux. Ce nom n'existe ni dans l'ouvrage de A. Fassiu
sur Stembert ni dans le Foyau ètèrré de X. Poulet 1 Huit. île In Sor. liég. de
Littérature wallonne, t. 3), dont le récit est tout de fantaisie.
1."). I) qui feue de ho. M au fé des lios. — nu fé continue mieux la phrase, il
est moins affirmatif; et cet emploi île l'infinitif avec l'article était plus
répandu en ancien wallon qu'aujourd'hui.
i(i. M pus qu sot I) pu qu'so... Le sens de ce vers demanderait toute
une dissertation. Disons d'abord que plantchî dans le langage du paysan est
le plancher du premier étage, et par extension, la pièce du premier étage.
In enfant invite son condisciple à venir jouer -< so nosse plantchî », ou il le
repousse en disant <■ va-re-z-è so l' plantchî ! ». Quand il y a deux étages,
le premier s'appelle prumi plantchî, le second est Vdeûzinme plantchî. Mais
la connaissance de ce mot n'élucide rien. Que signifie leû plantchî ï Le plan-
cher de (pli .' Leur désigne plusieurs possesseurs, or. on n'a parlé (pie d'une
taupe, d'un propriétaire, d'un jardin. Dans tous les cas. leur est donc mis
par syllepsc. Ou peut comprendre « le plancher des Rauviaux » ou « le
plancher des taupes ... De là divers sens possibles : i° « La taupe prison-
nière avait fait beaucoup de mal à Lambert Rauviaux — à faire des taupi-
nières dans son jardin: — (à part) évidemment, elle en avait fait pins dans
son jardin (pie sur le plancher des Rauviaux ! » i>° «... à faire des bosses
dans son jardin. — (à part) beaucoup plus encore qu'il n'y a de hosses dans
le misérable plancher des Rauviaux. ce qui n'est pas peu dire ! » 3° «... à faire
des taupinières dans son jardin, ■•■ plus qu'il n'y en a dans leur plancher •>
celui des taupes, la prairie, où l'on peut admettre (pie les taupes sont dans
leur terrain 1. J'avais, dans la première édition, expliqué l'idée du vers i(i
en disant que c'était « une de ces plaisanteries genre La Palice, jetée en
sourdine ou en «7 parte, dans laquelle le défenseur se dédouble un instant
pour se moquer un peu de celui qu'il défend, par besoin de montrer qu'on
n'est pas dupe ». Cette explication peut s'adapter aux sens 1 et :>. — M.
Haust me suggère une 4e interprétation. Pour lui. il n'y a point d'n parte, il
faut prendre bècôp comme une reprise du vers i3, où il y a bêcôp d'mâ, et
reunir pus i/uu qui signifiera puisque au lieu de /dus </iie. De là le sens :
« Beaucoup de mal. puisque, sur leur plancher (= sur le sol, plancher des
- 38o —
I n'avcut n in si vite semé
oiiu toi s'corti 'nu' èsteût r'inouwé.
Vola poqwè qu'nos l'ètèrins.
Après l'djudjeminl d'tos lès souvins.
Vola poqwè qu'tos ces d'Vèrvî,
Tanl d'Hodîmonl quu d'so l'Martchî,
Nos ont loumé dèl luwègne tire.
taupes . il u'avail pas plus tôt semé que tout son jardin en était remué
i retourué par elles) ».
Je ue puis me rallier à cette ingénieuse hypothèse, pour trois raisons : i°
dans ce cas, le complément - sur leur plancher » n'a vraiment plus de sel et
n'a pas de raison d'être : 20 la reprise emphatique bêcôpet la coupe du vers
ainsi césure ne sont |>as «hms les habitudes populaires; 3° je puis certifier
que dans M il y ;i un point après cnrti et un point après plantchi ; le transcrip-
teur de M comprenait donc bien : « beaucoup plus que... ». Il n'y a jamais de
ponctuation dans I). m;iis I) a écrit : » baico /m qu'so... ». avec pu sans .s-.
preuve que lui aussi comprenait « bêcôp pu (= plus) qu'so (que sur)», car
puaqui ou pusquu > puisque) ne peut perdre l'a. M et 1) pouvaient faire contre-
sens, mais telle est leur interprétation, qui nie semble être l'interprétation
traditionnelle. Le sens 4 écarté pour ces raisons, c'est le sens 2 qui me sourit
le plus parmi les trois autres.
17. M 1)
ii u'aveu 11 i 11 -i vite semé «pion poleu riu de monde semé
qu tôt s'corti I uesteu r'moué qui n'aveu co pu toi rmoué.
Il faut interpréter le '/(/'de I) 17 par au point </ne. Au reste je choisis la
leçon de M pour une raison de style : le vers suivant commencera encore
par i/iiu ; cela formerait une enfilade de subordonnées horrible.
is. 11 faut transformer D en qui tï l'aveût ou adopter M en traduisant
nexleti eu 'un' estent, en était. Nos copistes ne sentent pas bien la réduplica-
tion d'une consonne, à preuve leur graphie set dinant pour ces d'Dinunt.
19. I) vola pokoi kno le terin. M vola poquoi qu'not leterreins. Aujourd'hui
ètèris. Cf. p. >74
D gumen. M jugmen. La graphie maladroite gumen provient de la
difficulté de figurer les dj.
•21. M et-oln poquoi lot set.
as. Le lieu dit le Marche était si tue devant l'ancienne église Saint Rem a cl e.
qui a disparu, sur le tertre de Sommeleville. où gisent aujourd'hui les bàti-
timeuts de l'Hôtel de ville. Toutefois il y avait une rangée de maisons entre
la place du Marché el celle de l'Église. Hodimont, l'ancien faubourg d'Es-
n'es( cité i'-i comme partie de Verviers qu'à cause de sa proximité II
aisait partie du Duché de Limbourg, dépendance de l'Espagne. Ou peut-être
-ii il que de la rue. le Hodimont.
Ilnengne-tyre, I) del luweugne tir. m des Iwegne tire. Traduction :
•m nommes enfants de la sotte engeance, tire est un nom abstrait
engeance, espèce, sorte ». Il est encore usité à Liège. Verviers,
On trouve èfnnt dèl sot tire dans les .[musettes de Michel l'ire pour
précisément « enfant de Stembert »: c'est une sorte de blason îles
i. (pie notre texte rappelle également. Il ne faut pas songera
11 pluriel comme l'a l'ait m. De plus Itoègne, luwègne (ane. franc.
me du soie de Michel Pire. <>n ne peut donc songer à
;. "îninc l'a l'ail II. Angenot dans Wallonia,
38i
Mais d'pô, diàle! n'ont pus rin a dire!
a5 I-oiit biu fait one pus ôte soterèye,
Hoùtez ô pô cisse luwègnerèye :
1-ont bin volou lé vol' on tchèt,
Sin éles, sins cawe, corne ô mollet.
Jamây lès compères du Dinant,
3o Qwand dj'direû même tos leûs èfants,
Ne même to lès ces di Stimbiè
N'ont volou le 'ne sufaite saqwè.
Vola poqwè nos è rîrans
t. xvii, p. 3oo. - Quant à la graphie luengne. el 1 1* est équivoque : on peut
comprendre en -j- gn on e -f- ngn. Aujourd'hui, bien qu'on rencontre souvent
les graphies Iwingne. siagne, bwingne, je n'ai jamais entendu que Iwègne,
bwègne, sègne ou s agne. II faudrait figurer le son par ? surmonté d'un a.
±\. I) mai dpodlal. M mais dpau : V dial. — I) ij non. M i' nont. Il y a deux
moyens de rétablir la mesure : i° supprimer dpô du diàle; 2" faire l'ellipse
«lu sujet i, qui n'est certes pas sans exemple, bien qu'assez dure.
25. I) yon bin volou fé one ôte pu soirée. M i -oui bin fuit mine pu grande
stotrea — volou fé brise la mesure, car le verviétois n'admet pas la réduc-
tion en vlou. Il y a eu confusion avec le volou fé qui est légitime au vers 27
ou bien il faut lire f'one par s\ nizese fé one. — pu, ajoute après coup entre
ôte et .soirée, est mal placé, mais il garantit la valeur de ôte : car, là où on
intercale un mot, l'esprit n'a pu manquer île l'aire attention aux mots avoi-
sinants Pus ôte (plus autre) est d'ailleurs très wallon.
2(i. I) mais honte est une l'orme initiale de phrase dont le mouvement ne
cadre pas avec le sens du vers 20. — I) ô po. M on po. — 1) cis lu toogree :
graphie maladroite. M sis luegnrée.
27. I) volé. M voV. L'apocope île é à l'infinitif devant la voyelle suivante
est assez dure, mais elle n'est pas sans exemples. — M et D onehet.
28. M sen <-ue sen zèles. I) sen :el sen kaive. Cawe, qui ne peut signifier ici
que la queue de l'oiseau est expliqué par éles. ("est pourquoi sins éles doit
précéder.
— M cain omohet. I) comme on moxhet. Yoy. note 3i.
29. M jamais. D jamauie. — compère dans les deux textes.
30. I) qu'an ju. — leùs èfants signifie-t-il leurs descendants, c'est-à-dire
toutes les générations de eopères réunies, ou bien leurs enfants en tant
qu'enfants et encore plus sots (pie les parents ?
3i. M ni même toi les luengnes du Stainbiet. 1) ne memeto se di Stenbiet.
J'écarte lioègne. car ce mot reviendrait pour la troisième fois et il est peu
probable que l'auteur ait si peu varié son boniment, et je suppose pour la
mesure l'existence d'une leçon primitive to le se. La similitude des graphies
le se et la possibilité de dire tos ces aura l'ait disparaître le. — On conserve
né comme forme plus ancienne, mais on résiste au désir de corriger di en du.
de même que corne en famé au vers 28. ne voulant pas introduire dans le
dialecte de it>4i une uniformité qui serait assez artificielle.
3a. D fé one... M fénn' su' faite.
33 L) vola, M et via.
- 38a —
( >n. après l'<>nt<' durant cinl ans.
èdjès djins tnèritèt bin
l ) èsse sucrits so' ne l'ave du pâtch'min,
Pusqu'i >' compté! les pus sûtis,
Qll'i a\ int lès SCU\ ins et p&rlîs.
\ o-lès-lu donc] bourtos essôle,
l'or mi, dj'n'î pou puiser qu'dju n'trôlel
Et, su v' n' avez mây rin vèyou,
Vos aléz vèy <>ue ban-ne du fous.
Siiiioiii Lovegnez, grand philosophe,
Qui-a ou esprit d' rôyeléye sutofe,
No- va LUOStrer sins contester
Cuminl qu'on tchèt pwèrè voler.
Rin qu'à i-'lompii s' philosophéye
L prouvera qu'avou des vèsséyes
On pont l'wert bin le vol' on tchèt
Toi ossi haut qu'on vrê mohèt.
\1 l nir. I) lonle : phénomène de nasalisation de o fermé. — I) durant.
M duoen. Il tant durant à cause de onc après l'unir qui marque la succession,
partant la durée.
.". 0 ce sege ci gen. M ces sege gens.
I) des sucrit d'ven de pagmin. M des-sucri (duven biffé) son [écrit au-
dessus de duven) nfae du pauchmin (li recouvrant un g), m so n' faute.
I • s'qu'ontet. M scontet.
> quiavin skuvin et parly. M quiauin les scuvins et paurli.
i es vers sont très différents dans les deux manuscrits. Ils repré-
sentent deux traditions diverses qui peuvent remonter à l'auteur lui-même,
• 1 ni peuvent aussi provenir d'une tradition orale incertaine, dont les étapes
sont nécessairement : oubli de certains passages de la pièce, invention en
sous-ordre pour réparer l'oubli, transmission de la version nouvelle. Pour
Faciliter l'intelligence de la discussion, mettons d'abord les deux versions
sous les \ eux du lecteur.
I) M
kir-tin la tourto essole [trole vos les la tôt rassol-essole,
o por mi ju ni juin pense qu'ju ne 4° l'"1' mi ju n'y pense-qu j'un' n
onque kia les prit cam t<> non et suf n'avé maue rin veous [trole
cenaveu .
jamais simou vos allé vée on'n banne du Tous.
Igner n..- grand philosophe sur tout Lofgné grand philosof
-prit du roelaie sutofe qui a onn esprit d roelée sutof.
onteu contesté 4"> nos va mostré sen contesté
On (diet poireu volé cumen qu'on cliet poiret vole.
•11 toi sescril
■ 'P.v
u philosuphée 47 rin qu'au r'iouqui s'filosophée
• ni deu xessée ii prouvret quavoudes vessee-
"ii cliet ..n pou foir bin te vol'on chet,
ropre mo*.het -,,, totê ossi haut qu'on vrai mohet,
— 383 —
Ons ala houki Mâlimpré
<<>iii-èst 1' pus grand diâle après Loveguez
Po saveur eu qu'i l'aleùt te
Po fé cisse bièsse è l'air voler.
Mâlimpré, estant arivé,
— Tôt t'nant lès deûs Inès' è costé, —
Dit qu'on lî dane dèl lisse èssez,
Eu examinant l'ensemble des deux versions, on voit que M ne contient
pas un seul vers faux. Dans I). sur 14 vers il y en a 6 faux, faux sans
remède, et 2 qu'où peut ramener par élisiou aux huit syllabes réglemen-
taires. En général M parait donc ici plus digne de foi. D'autre part, au
point de vue logique, il a été prouvé dans l'Introduction que c'est le ton de
l'imprésario montrant des grotesques qui fait l'unité «le la pièce. Or ce ton
n'est bien conservé que dans M : 'i<j vo-lès-la 4- "os alez-véye 4") no ua
mostrer 4^ ' proûoeret... 1) n'a aucun de ces mouvements, auxquels il
substitue le ton narratif, ijue contrarient d'autres passages. C'est donc
encore M qui doit rester notre base a ce point de vue.
>!) I) se rapporte à ce qui précède, avec deux interprétations possibles :
1" (j)uisj qu'ils étaient là tous rassemblés : 20 qui étaient là... Dans le 1e1 cas.
ils désigne les Verviélois; dans le second, qui désigne seulement les éche-
vius et avocats. .'}<) M au contraire est orienté vers la suite : « Les voilà tous
rassemblés, ces gens sages ! — cette idée me fait frémir — et, si vous n'avez
jamais rien vu, vous allez voir une bande <le ions! 0 ("est la thèse même de
l'auteur, ou, si l'on préfère, l'annonce du spectacle. 11 faut donc ce semble,
adopter ce texte, avec de légères retouches. rassôV essuie esi un vilain
pléonasme compliqué d'une vilaine élision. Nous empruntons tourtos à I).
Peut-être y avait-il rassoies : trôler, niais rien ne nous autorise à risquer
cette modification.
I) \i et 42 lie ressemblent à M 41-412 que par la rime. Ce sont deux
méchants vers boiteux. En outre, dans le premier, onk qui-a n'est guère
supportable; Vesprit sera caractérise encore trois vers plus bas. Le second
ne dit pas du tout ce qu'il veut dire: il faudrait comme sens : « son esprit
est tout neuf, on dirait qu'i7 ne s'en est jamais servi » et non : « qu'on ne
s'en est jamais servi ».
D 4"> est également corrompu : contester ne peut signifier soutenir, et
contester comment n'a pas de sens.
D 4? et 4^ sont encore un développement facile et pléonastique, sans
apparence de métrique. Si on les conserve, il faut les corriger comme suit :
i louqua d'vins tos ses « écrits »
i r' passa tourtos ses papis :
rin qu'au r'iouqui s'philosophéye...
5i. M 5i poc mainsy on houijue Maulenpré.^
5a. M 02 qu' iel. D qui et V.
")3. M 55 su qui faleu. I) cumen qui brise la mesure, cnmen est une mau-
vaise interprétation du en pourvu.
5G. Vers typique, retraçant une particularité du maintien du personnage,
et qui prouve que l'auteur connaissait bien les acteurs de cette scène bur-
lesque.
5~. M donne. D tissez.
— 384 -
Qu'on \ ièrè <;11 'l11' s^rr l('-
Lî toya deûs srèsséyes as reins,
Ami qu' volahe pus âkinainl :
A.lnn. an qualité d'notaire,
L acondjura <1'\ oler è l'air.
Dj'han Michaël, avou fcos l'a mites,
P&rla corne on \ i Aristote ;
S'm'a-t-on dit qu'i volent wadjî
(Jonte t os ces qui-estint so l'martcliî
Quu, d'vaut qu'i s'passahe treûs qwôrts d'eûre,
sèreût à Limbâr ou po d'zeûr.
Lu dèmieu djuréve« i'wè qu'dj'a Diè»
D sou qui aléoe fé. Il manque une syllabe. M su qui sarelfé.
... D On li loea deux oessée so le rein — afin qui volahe pus ahimen.
M "m( Vilement on ly loa deux vessées sos les reins. 60 afin qu sis bies la
volahe pus auheiemint. Ces deux vers «le 12 syllabes, qui seraient les seuls
île la pièce, doivenl cire le résultat d'un allongement involontaire du texte.
Mais, -i "ii supprime vitement du premier, qui est le seul mot superflu, le
vers reste trop long. Sans doute il y avait une version à rimes vitemint :
reins. et une autre à rimes reins : âhimint. D représente à peu près la
s mde, \1 est une contamination des deux. Notre vers 09 contient le mini-
mum de changements : on supprimé, as reins substitué à so lès reins.
D ahimen, précédé d'un auhe effacé, qui était le commencement d'une
graphie différente auheiemint. Si le transcripteur s'est ravisé, c'est évidem-
ment pour rester conforme à son original. Cette remarque n'a pas d'impor-
tance pour a, qui peut représenter a long (A) comme a bref, mais pour <•</</,
dont l'adverbe serait aujourd'hui àhèyemint. Conséquence, voy. VIntr. p. '{74.
• ■i. I) adon. M et puis. D qu'alité. — an qualité est une expression
d'emprunt.
I> laconjura de noie el l'air.
I» Juhan Michaël. M Juhan Michel. - M nvou L'tot L'zôte.
M paur la. 1> parla. — M vy. I) pti.
I> wogy. M woigy. Prononciation actuelle, wadji ou wèdji. dju wadje.
26 et I' Iulrod.. p. '{7 1 .
I) to ce. M tôt set.
G8 M et D qui sereu. Ce qui=qu'i (qu'il). La répétition de que est assez
ordinaire : mais, comme il \ a une syllabe de trop, et qu'on ne dit pas en
verviétois i s'reût pour i sèreût, il faut bien supprimer qu'i ou /<«. —
atthieu avait conjecturé Polleur au lieu de po d'zeur, mais indûment. Le
mbiè, qui suit, désigne un lieu qui est dans la même direction que
»ourg. Le veut soufflait donc de l'ouest a l'est au moment de l'aventure,
mis les détails du récit, qui ne semblent nullement inventes. Or
ur est dans une autre direction.
n n'est pas un nom propre, comme l'a cru .1. Matthieu, ("est le
- - 96 Colin l'dèmieû, c'est ledîmeurou décimateur,
électeur de la dime ecclésiastique. On nous le présente avec
tique de forme archaïque fine qu' dj' a Diè '., toi que j'ai
irte foi qu fat diet, 1) foi qui adiet qu'on pourrait aussi iiiler-
- qui- u Diè. foi qu'il a en Dieu .
385
70 Qu'i n'volereût mây pus Ion qu'Hombiè.
Hô, diâle ! eu n'est nin co tôt fait !
Djâcob Mangam, lu rwè des vês :
C'a stu lu qui l's a vindou l'tcbet, —
Ou qui l's a d'né — po deûs braquets, —
-5 (C'èst-onk dès deûs : vos tchûsih'rez !
C'est mâgré mi qwand m'fât boûrdèr !).
Mais, po raète fin a ciste affaire,
I faleût dèl cale du notaire.
Lovegnez n'saveût la qu'i-è troûv'reût.
8o I-ala d'iez Sitassin tôt dreùt,
Qui-èst- apoticaire a Vervî,
Qu'i lî-acomôdabe tôt so l'pî.
70. J'écris Hombiè sans t final, comme venant de Hoch-berg.
71. M 71 ho diul su net nen co tôt fait. I).. su nesteu... a une syllabe de
trop, èsteùt provient d'une version qui ramené inconsciemment tout à la
Corme narrative Mais ce ver- est d'un auteur qui procède par saccades,
passant d'un type a l'autre sans -'occuper de l'ordre chronologique. Voyez
V Introd.
72. jacob magam lu roi de uni. M jaucob mangam... des nuis.
73. D sa stu lu qu'il za vaidou. M vendou.
74. t> ou bien il zadnépo deu broquei. M .. br&quet (c'est le dernier vers
de la page : le coin est déchiré, niais l'a reste visiblej. Braquet -ignifie
couteau-scie à manche. Mâgam, qui est boucher, a livré le chat en échange
de deux instruments de son métier. Il est donc bien inutile d'y voir, comme
J. Matthieu p 14. n.), des épées ou des pièces de monnaie. — lès a vindou
les u dné : aujourd'hui on dit au datif lèzî.
75. D c'est ontjue de deu. M ses t'one des deux 76. 1) ce matigré... imfau.
M ces maugré... m' faut. Ces deux vers sout une parenthèse épiloguant iro-
niquement sur la question de savoir si le bouclier a vendu ou donné le chat.
77. D sis afaire. M sis' afaire. Je ne me suis pas cru autorisé à écrire
cisse quand le patois moderne emploie encore ciste devant voyelle.
78. D y faleu del cal. M it falleu d'el cal.
79. D Lofgné. M Louegné. — là que. pour où iuterrogatif indirect, est très
usité en verviétois.
80. D yala d'ié si tassin. M ialla dlé si tassin. si écrit par s longue a été
pris pour fi. De là dans Matthieu l'invention d'un fi Tassin qui est devenu
fi Tossaint. qui est devenu Toussaint Sarolea. parce que le pharmacien
Saroléa portait le prénom de Toussaint. Saroléa est d'ailleurs postérieur. Il
est donc probable qu'il n'y a pas de Saroléa dans l'affaire du Chat volant.
La forme si tassin revient encore au vers 92. Il faut nécessairement y voir
le mot Sitassin, forme élargie de S tassin, comme siteùle est une forme élargie
de steûle. Stassin est un dérivé de Stasse, Istasse, Istas, qui n'est autre que
le franc. Eus tache.
81. D quiest appoticaire. M bon apoticaire.
8a. D qui liet n'accommodahe. M qu'il L'iaccomodahe. - sol pi sur le
pied=sur le champ. On dit plus souvent sol pi sol tchamp.
a5
- 386 —
Mais, par malheur, i n' 'nn'aveût nin :
Dju creu qu"> prindronl de sèyin.
< \ne ordona d' lî onde lu tièsse,
Lès éles, les reins, lès prôpès fesses.
La, I >,jilt' Meurice lu parmètî
El l' grand Pièrôt, fcos deûs d' Vervî,
s'i'int passer po lès uiaisses dèz Doze,
go El mi, djèl rind po eu qu'i m' cosse!
Po ces deûs la dju nèl creû nin ;
Princip&lemint, po Sitassin,
hj' creû putwèt, s'i s'ènn' a mêlé,
Quu <;' n'a siu quu po s'è moquer.
I) po del ail du notaire in naveu nin. Nous avons choisi la leçon de M.
On pourrait aussi mettre : mais, po dèl cale, etc.
S4. M etj'crea. — M et I> ont prendront. Ce futur est dans le système de
l'auteur, qui voit ou qui annonce et prédit les actions. — M seyin, I) se-in,
avec un irait séparatif pour le distinguer de sein.
D on zordonnat doute. M on s'ordonna d'uf ionde.
86. 1> les zels le rein du sis pooe biesse. M les zèles, les reins, les propres
fesses. Nous préférons la leçon de M. Au reste elles peuvent provenir
toutes deux de l'auteur lui-même. Mais (pue signifie les ailes '! Il est vrai-
semblable que l'est un mot ironique pour désigner ici les pattes de devant.
— ■ prôpe csi très wallon dans le sens de l'adv. même.
87-91. M D
gille meurisse lu parmety yestin la pietrau dvervy
et l' grand pierrot tôt deux d' vervy et gille meurisse lu parmeti
su fin passe pol L' mais des doze yon dit quiestin le maisse de josse
et mi 1 el rend po su qu'im m' cose. por mi gel ren pou su quime cosse.
La leçon de I), qui fragmente la phrase, répète iestin. et qui ne sait plus
même ce que e'esl que les xu hommes, me parait inférieure.
B9. L'institution des xu hommes était encore florissante en 164.1, mais à
partir de 1 i,.,i elle déclina et elle fut supprimée en 1724. Elle n'existait plus
a l'époque des deux copies M et D. Sur cette institution, v. J.-S. Renier,
Hist. dr Vadministr. communale de la ville de Verviers, 1S98, p. i46-i5o.
9] 95. Les textes différent, ils représentent deux traditions inconciliables.
Nous les mettons en regard :
D M
po >•<• deu la gu nel creu nin Vos et creurez su' quf voiré
principaulmint po si Tassin
Peu putoi sis na mêlé et même su tassin s' na mellé
u »na stu qu* po ce moqué. qu c'esteu exprès men po rire
iaveu pu d'esprit con crompire.
a de M. avec un premier vers cheville, les deux autres boiteux, le
•mer en réflexion ironique d'un type déjà trop employé ici. me paraît la
bonne. I> est ici plus régulier, contient plus d'idées et mieux liées
!l >8- tl innocente les deux magistrats populaires et l'apothicaire lui-
ne, réservant ses lazzi pour les échevins et les avocats.
Sitassin, pour ce qui concerne S tassin.
— 387 -
g5 Par, diâle! dju roûvéye lu mèyeû :
C'est nosse contre Colin l'dèmieû ;
I n' s'è mêla, come on m'a dit,
Po aute tchwè quu po lès consî.
Et s' djuréve came on d'mé pièrdou
ioo Qu'i-ènn'aveùt pus d'deûs cints vèyou
Voler è l'air pus d' treûs qwârts d'eùre.
I fout de timps qu'i d'héve treùs eûres,
Et s'i-onlie èco parlé longtimps
1-onhe bin fait creûre a totes les djins
io5 Quu les tcbins bawèt po lès cawes,
Qu'lès tchèts volet came dès balawes.
Hô la! doûcemint, boutez tos bin,
Voci l'droleréye du ces grèdins.
Tôt a ç'ste eûre lu tcbèt va voler,
no Et v'ci l'consèy qu'on lès va d'ner :
Qu'i-atindèbe qu'i fasse ô grand vint
Afin qu'i vole pus âhèyemint.
Mâlimpré, qui pwèrtéve lu tchèt,
Siuta d'abord came i grètèt.
n5 Xu s' volant nin lèyî pwèrter,
95. I) ho dial gu rouoee lu [pu gros barré] meïeux [au-dessus]. M. par doit
sans doute être compris comme le por liégeois, par en verviétois : dju roû-
véye pur lu mèyeû.
96. D se nos conf'rer. — De ce que l'auteur appelle Colin le décimateur de
Verviers « son confrère », j'en conclus qu'il était lui-même le décimateur de
l'église de Stembert.
97. D in ce na mêlé.
98. I) qu po le consi. M qu pot les consyt.
99 D yjuréve.
100. D qui et naveu pu du. M qu'ien-n'aveu pu d'eux.
io3. D si yonhe. M et si' onhe. 104 I) yonhe, M ionhe. a et o longs liassent
souvent en verviétois à a et o mi-nasaux, par exagération du son fermé.
io5. D klel chins. — po le cawe. M pot les caës.
107-110. Ces quatre vers manquent dans D, et le vers suivant introduit
une phrase nouvelle : yon atteudou qui fi ho grau vent — afin qui volahe pus
auheemen. C'est la substitution du ton narratif au ton lyrique : ho, la .' voci,
voci, i va voler...
114. M [se]nta. le, coin inférieur est déchiré. D saita, graphie analogue à
celles de J.-S. Renier et autres vieux écrivains verviétois. D saita bin cam
y grettet, le vers est incomplet.
n5. M nus volan nin ley p. D l'chet nus voleu nin sli p. Nous préférons
l'irrégularité syntaxique de nu s'volant se rapportant à un autre sujet que
celui de fout à l'irrégularité de nu s'voleùt pour n'su voleùt ou de n'voleût
s' lèyî pour n'su voleût lèyî.
- 388 -
M&limpré foui très bin d'hité,
[-èsteûl d'hité djusqu'a V prôpe boke !
Qwand i Tout monté so lès clokes,
Vola qu'i-èl djète fou po V bawète :
iao Loukîz bin came i fait djirwète!
I borne, i crèye mawô, mawô,
\ \ ou les cwèdes âtoû du s'cô
El les deûs vesséyes so lès reins,
s' su sâva-t-i d'iez one boue djin.
[25 S'i-èl ratrapèt, i-èl front voler
A.vou deûs coqs as deûs costés. —
l > j h saveû bin qu'cès du Stimbiè
htarint leûs-honeûr po on tchèt,
El qu'tos <'ès bons messieûs d' Vervî
[3o N'aiiut pus rin a lès r'protchî.
117. I) y fou... dis kia. M iesteu (au-dessus de it fou barré). / fout est une
substitution du temps narratif au temps descriptif i èsteût.
1 iS. I) qu'ant y fou monté le cloque. M qu'an... sol les cloque.
1 ig-iao manquent dans D. ma changé girouette en j>irouette.
[ai [sa : passage massacré dans D : li chet tourna lauvau (ce dernier mot
ajoute au-dessus île la Ligne) to cam on vi gvo, — to ci huit mao mao nvon le
quoite autou de <<>. On a donc massé sans le savoir la matière de quatre vers
••h deux lignes. Mais lauvau (lava) ne rime pas avec djvô, la comparaison
cuuic (m vi dj'vô est bien mauvaise. Il faut donc adopter le texte de M.
[34. I* su sa la sauce udlé one bonne gen. M tôt sauvait d'ié. Le texte de M
il tombe, il crie en se sauvant) est peu logique. J'ai remanié la version de I)
.mi conservant s' lat. sic, et ainsi) et le singulier one bone djin, le pluriel
donnanl un sens louche au vers qui suit s'i-èl ratrapèt, si (les tortionnaires)
h' rattrapent.
127. I) sesi du Stinbiet. M set dus Stainbiet.
[38. M rarin leu honneur avou' on chet.
[39. 1) et (/n'Ict. M et qu'tot set.
ADDITIONS ET CORRECTIONS
Page i5, note : lire « tome I ».
P. 3o, ligne i>5 : lire vint au lieu de vin.
P. 137, ligne 3o : lire « des décorations ».
P 2<)S. article liseret, fin : lire lèsire au lien de lestre.
P 212, article nokerê, ligne 3 : lire nokerê au lieu de nokerè.
P. 230, ligne 33 : lire « est issu de cracher ».
P. 258, au milieu : lire « dèplouyi » avec i bref.
P. 261, lire ècafîr au lieu de écafîr.
P. 281, ligne 3 ab fine : lire hofstai au lieu de hofstaat.
P. 284, ligne 5 : lire « une chênaie ».
P. 284. ligne 23 : lire Tirhsteti au lieu de Tihr...
P. 33o, ligue 1 : il ne faut pas d' s à corchou (écorcheur).
P. 34", ligne 32 : lire scamnum avec mn.
P. i8(î : Bevercé parait être une transformation wallonne de Beverscheid.
Comparez Lorcé, Borcette.
P. 19G : Nous ne pouvons passer sous silence une opinion, d'ailleurs
phonétiquement indiscutable, que dosserè viendrait de doze, douze, parce
qu'il y avait 12 acolytes chanteurs.
P. 22i : birouche a bien le préfixe be-bi, mais il vient de l'allemand, qui l'a
emprunté à l'italien ; voyez le Deutsches Wôrterbuch de YVeigand, 5e éd.,
v° Barulsche.
P. 237 : M. Haust donne une autre étymologie de fer-, à savoir firmum.
dans Romania, t. XL (191 1), p. 325. Schnakenburg, dans son Tableau des
idiomes jiopulaires de la France (1840), p. 34, expliquait se fercompter par le
préfixe allemand ver-. Il y a donc lieu de faire un travail d'ensemble sur
fer-, far-, for-, four-.
P. 262 : après muchir, insérez nachir, fureter, ard. nacheter.
P. 349 : à canawè = *knawè, *canapè = *knapé, canif= * knif, ajoutez le
wall. guinàde = ail. gnade.
— 3go -
p [- ,, Nous avons omis de signaler les articles qui n'avaient point
para daiis le Bulletin du Dictionnaire wallon. Sont inédits les articles ca-,
p, 39u a '»- ; /'■(/• . 237-238 : -Aan, 238-257. Ce dernier parait simultanément
dans le Bulletin de la Soc verviétoise d'Arch. et d'Hist., t XI, 2e partie. La
majeure partie des articles d'étymologie et de sémantique ont paru, les uns
dans le Bull, du Dict. wall., les antres dans les Mélanges Kurth, mais ils ont
„,il,i ici des remaniements parfois importants. Sont inédits : clintch-bowe
6 . <-i;iyer, p, 33j : napê, p. 349 ; '//".•/<///).(, ]>. 35] : sing-ote, p. 35a.
INDEX
[Les mots wallons sont en italique, les mots latins en romain espacé, les
antres mot s en romain. — lue indication de langue ou de dialecte, en abrégé,
suit le mot, quand elle est jugée avantageuse — Nous n'ajoutons de traduc-
tion que pour distinguer des homonymes ou, en vue du lecteur étranger, pour
suppléer à l'absence de traduction dans le texte. — Nous avons évité la frag-
mentation trop grande d'un index rernm en groupant L'analyse des principa-
les questions traitées >oii> quelques chefs seulement : wallon, dictionnaire
loullon, orthograj>he wallonne, toponymie, anthroponymie, à préposition, ca-,
-Aan, -ster, -ir, Bethléem, Chat-Volant. — Nous n'avons pas repris les noms
d'auteurs et d'ouvrages cités, ni les noms propres cités à d'autres points de
vue que celui de l'explication philologique, ni enfin les mots dialectaux cités
en passant pour cause d'orthographe, ou comme traduction, ou comme
exemples dans de rapides énumérations] .
à. prépos., 290-31 3. — 1. Critique des
analyses des dict. ; classification
des sens du Dict. gén., 290 ; cette
classif. s'arrête aux apparences ;
de même celle de Littré, 291 :
réflexion sur les procédés d'analyse
et de comparaison : le vrai pro-
blème consiste dans la confronta-
tion de la logique et du langage,
il faut étudier des rapports, 293.
Deux termes. Théorie de Littré,
mal appliquée par lui, 293. Souvent
les termes du rapport ne sont pas
dans les mots exprimés, 293 ; à
prouver par l'examen de cas allant
du sens local aux sens dérivés'
294-295. N'est-ce pas ressusciter la
vieille doctrine de Sanchez ? 295-
296. N'est-ce pas sacrifier l'actue^
à l'archéologie du langage ? 296-
297. Contre l'objection que le
tableau des sens ne peut être histo-
riquement vrai, 298-299. — II. Ana-
lyse des cas difficiles. Définitions
préalables, 299 ; étude du second
terme, 3oo-3o2 ; étude du premier
terme, 3oa-3o5 ; les deux termes
obscurs, 3o5-3o8 ; principe de
classification des sens, 3o8-3og,
projet d'article à, 3og-3i3.
a = i 11, in d e, 89.
Aalst = Haeslaos ; aalst, 280.
abachi, gaum., 258.
abaltrîche, alb- , 182, 18G.
abandon-abandener, 3$o.
abastreû, âb-, 182.
abaterèce, - erèsse, 182-183.
abèrzir, -illé, 260.
âbète, 3i3.
abir, gaum. 260.
392
-, ner 60/0/1, abwèssener - bwèsson,
académie « allonne, \ 1 .
acdiner acdone,
aehonée, acAoner, -jauni.. 23 i.
omwèce, acmwède, ac-
mioêrder, acmioérs, 3 1 4-
aeongivèster, 228.
./. ouainmance, 228.
acquereccia, ii.. 197.
acramir, acrèmir, 258, 260.
adal-, Adalbert, 122.
\il.-lin, !•_;<)
ltdios\
adôraloire, \'<~.
;iilv:illt Z II'. 333.
.//'; it gui, afin ce que, 17"».
agaoir, 260.
agner = hagner, 235, 3i4-
Vgnès, 129, [60.
ahèsse. '<- n ; s'ahèssî, 220.
aheùkir, aheûkié, 258, 260.
aide, aider, aidier, i3i.
afn, ru, hameçon, 248.
ain :-a 0 a s, 1 27.
ain, suffixe hydronymique, n5.
aisance, aise, 1 15.
a i n il li a. aide, [3i.
aiut, aind, ajnt, ait, i3i-i32.
Uahstat,
\ll>ii. 120 Albiorix, 122. Albus, 121.
Vlciphrôn, 119.
Aldestede, 284.
aliso, ligure .*. m j .
M. .st. 381.
Uphonse, 160.
alsem, il.. 280.
stad, 277.
art, Imelot, 128, 129.
ameret, [83.
Vncillon, Anselme, 326.
aneduelh, aneuil, 4<>.
aneâ, 333, aneûtî, 258.
a n g n i s. anivei, 4<i.
Anse, Ancion, 326.
anthroponymie, n5-i3o. Les noms
propres ont un sens, nj ; noms-
étiquettes dégagés de ce sens. 1 16.
Objet désignéel qualité distinctive,
ou connotation et dénotation. Oubli
du sens. Avantage de cette oblité-
ration <lu sens, ii(>. Importance de
l'étude du sens, 1 1G-117. Plan d'une
étude sur l'origine des noms. Noms
génériques et noms individuels.
Quels êtres reçoivent un nom en
propre? Les noms propres sont-ils
primitifs? 117-118. Le nom propre
vient d'autrui, 1 18. Noms de baptê-
me, sobriquets, noms de l'état-civil,
nomen, praenomen, cognonien, 118.
Nommer, c'est classer, 119 A quoi
servent les noms patronymiques et
gentilices ? 1 19. Noms de clans ou
génies, 121. — Caractères des noms
propres chez diverses nations : poé-
tiques chez les Hindous et les Grecs,
1 if> ; ordinaux et satiriques chez
les Romains, 120 : noms rustiques
ou noms totémiques romains, 121 ;
chez les Celtes, 121 ; chez les Ger-
mains, 122. — Origines des noms
modernes. 12M. Difficulté de cette
étude; usage gallo-romain : apport
germanique. Le nom n'est pas
indicateur de la race. Surnom tiré
du fief. Différence entre la cou-
tume romaine et la coutume féo-
dale. Usage au xiie siècle. Création
des noms de famille. Différences de
noms cuire les frères. Change-
ments de nom du même personnage.
Noms /•(•c/.s- et noms personnels, 124.
Autres sources de noms : fonctions,
dignités, profession, lieux d'ori-
gine ou d'habitat ; noms tirés de la
- 393 -
nation, de la ville, de la rue, de
l'enseigne, 1 24-12'). Valeurs di-
verses de la particule de, 12U. Noms
provenant de sobriquets, 126-127.
Noms individuels, 127. Noms ro-
mains et germaniques ; transfor-
mations qu'ils ont subies, 127-130.
Suffixes les plus usités, 127. Noms
mis au féminin, 128. Apocope, 128.
Nombreux exemples wallons de
chaque cas, 127-129. Noms réputés
beaux ou laids : cause de ces pré-
occupations esthétiques el mora-
les ; rénovation des noms en Wal-
lonie, 129. Les noms gagnent des
attributs, comme ils en perdent,
i3o. — Vœu en laveur d'un Recueil
général d'onomastique ancienne de
la Belgique, 1 1">.
apidji, gaum., 209.
Apollodôros, Apollônios, 119.
apoyerèce, i83.
aran, gaum., 246.
Araustedi, 283.
arbalestre, arbastrie, 182.
-ard-ot, suff. de n. pr . 12S.
area = curtis — hofstat, 274.
arguei, an g uis, 4*>-
-aricia = it. -ereccia, 19.3.
-aricius , Le suffixe — en wallon,
176-221. Éloge de l'article de M.
Axx. Thomas sur ce suffixe, 17G.
But de notre travail, 177. Deux
suffixes wallons confondus sous la
graphie -erèsse. Sens et origine des
noms en -erèce, 178. Comment les
distinguer ? Cas douteux. Causes
de la confusion, 178. Mots nou-
veaux en -eresse, 179. Ce qu'est
devenu le masculin en -ercz. Con-
fusions avec -erê, -ère/, ereau,
-eret ; création de féminins en-ereZ/e,
-erette, 179^180. Remarques préa-
lables, 180, et lexique des mots
wallons, etc., en -aricius, 181-
221.
Ariste, Aristobule, 119.
-ariu -f- -issa, 177.
armerez, -eret, [83.
a r m o r a ce a , 280.
Arsène, 119.
Artigenos, 121.
Asbra, la Dendre, 25o.
-asco, -osco. -usco, suff. ligures ?.
114.
Asellio, Asinii. 121 .
Aspasie, 119.
Aspenstide, 283.
âsses, 3i6.
assonler, assonner, 235.
Astanetum, ti3.
-at, 127.
Athenadoros, 1 19.
-ator-j-issa, 177.
atortir, atrâtîr, gaum., 200.
Aubertin, 128.
aubette, 3i3.
Aubin, 129.
avalerèce, i83.
avant, dînant ; avant antan ; 333.
avant-ce que, 170.
averè, 184.
aveùr bon, — âhêy, etc., 3i.
Aviuster, Aviusteit, Avisteit, 269,
270, 271, 279.
«avoir bon», «avoir facile», etc., 3i.
aman, 333.
aweûr, awoureûs, 32.
Awisteti, 283.
aygreret, etc., 184.
ayu-ce qui, 175-176.
b-, préfixe, 221.
babay, bablame, babètch, 234>
bablou, 221.
bachebunge, 3 18.
bachereche, 184.
bacon, 34o.
badjowe, 221.
:.,j
Bâta H-, i a5.
l.:n\
•ci, -'■! i . ---•
Balbus, i
bald, bald . raa, 127.
baucherece, i-s4-
bannerece, erèche, -eresse eret,
177. [80, i85.
bar , aai.
birbi, barbierecb, -ieret, etc., [85.
Barbo, rao.
barlafe : barlong ; barloque, -quer ;
Barstel Berestat, Beristat, Berstadt,
baterel, batrel, bateroûle, [85.
Baudouin, 12a.
bauskir, gaum., 260.
Bausterl Bustat, 285.
baoerèce, -erète, bavette, etc., 180, i85.
batoi, batoyer, 326.
Bazin, [5.
be . étude sémantique, 221-222. For-
mes Franc, ci wa.ll. du préf ; opi-
aions de Diez, Grrandgagnage,
Darmesteter ; réfutation par l'ex-
plicatiou de bévue, berlue : filière
des sens ; origine du sens péjora-
tif : ce sens n'existe pas toujours ;
sens fréquentatif.
l kebunge, 3i8.
Beerst,
•-. bèguir, 260.
belgicus = flamand dans les ou-
es des anciens botanistes, m.
1 .;.
ret, erois, -erèce, i85.
bert, [22.
Berhtraban, Bertrand,
berlanguer, berlue, 221.
Bernardi, -dy, 12G ; -din, ius.
Berneville, 253.
Bernister, :jn<;.
bèrôler, bèroter, 221, i>i>i> .
Berstett, 282.
bertauder, 221.
Bertholet, 128.
bèrwète, 221.
bès-, bèr-, 221, 226.
bèsèce, 221 .
Bètehèm ■ Bethléem mon tois, 1 45 n
Bethléem verviétois, 133-174. Sur-
vivance d'art populaire, i33, à
classer dans le théâtre des marion-
uettes. Origines païennes de ce
théâtre. Poupées et pantomimes,
i34-i35. Il échappe aux foudres de
l'Eglise, [36. Que le théâtre chré-
tien des marionnettes a une origi-
ne religieuse, i.'lG-i3!S : époque de
création des statues chrétiennes,
137; «les statues mécaniques., 1 3 8 .
Leur introduction dans les céré-
monies religieuses, t38-i4o. La
crèche de Noël est le noyau du
Bethléem, i38-i3g. Le Bethléem
de François d'Assise. i3ç)-i4o ;
celui des théatins à Paris, 1 4 1 ;
le B. polonais, 141 ; le B. napo-
litain, 1 4- ; le B. en Franche-
Comté, 1 42-1 44- Drame liturgique
pour marionnettes à Besançon,
i43. Théâtres de marionnettes à
Liège, Dieppe, Montpellier, Mous,
i44-'4")- Hivers Bethléem vervié-
tois, 145-14^. — Analyse des élé-
ments du Bethléem : entablement,
toile de fond, éclairage, verdure;
tableaux juxtaposés, spectateurs
mobiles, 147 ; les accessoires,
décors, architecture. figurines,
costumes, mécanisme, (47-i5i. Le
langage, wallon et français mêles
ou juxtaposés, i5i . Les rois mages,
395 -
i5i. Ilérocle, 141, i5o, i53-i54.
1(19-171. L'interprète ou impré-
sario, i5i. L'élément comique, i52.
Les anaehronismes, 162. Quelques
types : pûrî bièrdjî, i5o, ir>2. 160,
ilii ; mâle Magrite. 1'^. i\\). 102.
1G0 ; cuzé Djîlèt, 102, 1G4. fré
Rènou, 161, 162. L'élément musical
tiré des noèls. i5i, i~>2. [6i-i63,
i65, 1G7, 1G9, 174.— Texte et com-
mentaires : version Bourguignon,
version Closset. version Poetgens,
texte recueilli personnellement en
1897. 156-176.
beuilli. -ite. gaum., 517.
beust, bos, 280.
Beverst, 280-281.
Bevresse, bèvrèce, 186.
Bevercé, 186, 389.
bévue, 221.
bia, beau, bellum. 89.
Bienhan, 253.
Bihain, Biban, 243.
Binet. 129.
Binsta, 281.
bir-, birlance, birloqne, birlôzer, bi-
roùler, 221 ; birouche, 221. 389.
bis- = bir-, 221, 226.
Bischoff, Biscop. i2">.
bisègue, 221.
l>jee, fl., = biais, 337.
Blanelie, 11G.
Blankenstat, 284.
Blavier, 126.
blet, bloetscb, 34<)-
bloeret, -erez, 186.
bluet, 11G.
Boduognatos, 121.
bôgne, gaum., 324.
Boban. -hon, -bain, -hang, -heang,
238, 240, 243.
-bois, 288.
bolant, boulant, 317.
boledji, -irèsse, 177.
bolèye, bouillie, 317.
bon (yèbe du -). bong,bunge, 3 17-318.
Bonjean, 126.
boquir, gaum., 2G0.
bor. bore, bôrer, boni, iiS: bord.
borde ( cabane), 3i8.
bordon bordiner, 34o.
borste, bursta, burstja, 323.
bos, beust, 280.
bosqueret, -erez, 18G.
Bosret, boserez. etc., 1X7.
botî-boterèsse, 177.
boton-abotener-botenîre, 34o.
boulant, bolant : boit, bouli ; boulie ;
'>■;•
boule, bouille, ltulle. 2^0.
bout-, bor (troue d'arbre), 3i8.
bourg-épine, bourgène, 3i8.
bourbier, 332.
bourdaine, bourde, 223, 3i8.
bourg, 288; boùre, ^17.
bourriche, boureschë, etc., 182, 186,
210.
bousbot, 143.
bouseret, -erez, 187.
boutcheré, gaum., 179, 18G.
bouterèee, 18G, 21G.
boutisse. 212.
bouton-boutonnière, 34o.
bouveret, -ereux. -eron, bouvier, bou-
vreuil, 180, 18G.
bouveret, -erot, Le Bouveret, 187.
bouioerèsse, bûrêce, 188.
bouve, -ote, -ète, -eter, 23o, 017.
bouyi, 233.
bovareza, boverèce, 187.
Bovegnister, -stier, -stir, -sty, 266,
269, 279, 28G.
bowerèsse, bouwerèsse, 188.
bozerez, bozeret, Bosret, 187.
bracel, -elet, bracello, bracciello,
bracciatello, 32i.
Brahmadatta, 119.
Brannogenos, 121.
brasserecb, -erich. 182, 186, 210.
brâtzel, brâzel, etc., 320.
- 39n -
i.iv- : l»er . beo . bis . aai.
i t-bricelet, 3i8 3ai.
brécin . 1)1*688111, 3a i .
Brédaustidi, 28 }.
breenibosch-brembust, a8o.
seau, bressin, 3ai.
bretzel, 3 ig ; bretzeln, 322.
breùsse, i>misti, 322.
B ri ah an, a4o.
brice, 3ig : bricelel , 3 i8-3aa.
briche-brisse, 3a6.
brijzelen, 3aa.
brihi, briser, brikan, 3 \<j.
briksel, 3iq.
/>/•;/-. gaum., -1'"
brôdi,
bronne, a5o.
broader, broster, brost, 322, 323.
brossa, broça, brossia, bros-
- <• 1 I 11 m . brocaria, brosse,
brosse-gade, 332, 3a3.
brosse-brosser, 323.
bronesse, 323.
broultea, 187.
broussin-broissin , broust, liront,
brouter, 323.
brâye, 217; /noyer. -1. 349.
bruereche, erèce, brurèche, etc , 180,
187.
b ru sca 1 1< . bru se i a . bruscus,
bru -lia, brustio, bru s tu m .
Bruxelles, io3.
Bu >' " I CUS, 121 ; B UCCO, 120
bucheret, buchière, 188.
buerê8se,bûrèsse, 17S. [88.
bureau,
bulle, boule, bouilli, a3o.
bure, burin, '» 1 s.
butteris, 2 to.
■
I ■ !
ca- (étude sur le suffixe-), 222-2,37.
< (pinioiis erronées de D armes te ter,
etc.; citation du § «lu Cours de
gram. hist. de Darm., 222. Noire
thèse, 22.3. Méthode, 223. — Exem-
ples montrant l'équivalence de
car-, er a-, c a - , r a c r a- , c a r a - ,
cari-, car a m-, cal-, cas-,
c a k - , 224-220. — Conclusions rela-
tives à cari-/eara-, à cari-
/car-, à c ar- / cra- , aux autres
variantes, 225-226. — Etude de
ca- : il est postérieur à l'époque
de palatalisation de ca- latin en
che-. Une exception. Ca- n'est pas
emprunté à l'étranger, il est le
résultat d'une déformation, 227.
Ca- vient de co-, latin coin-,
co - . — Les destinées du latin c o -,
228. Exemple de la transformation
de co initial en eti, de o en ;>, 228-
229. Mots dialectaux offrant ca-,
co-, cou-, 229-231. Intuition de
Grandgagnage à ce sujet, restée
inféconde. Cause de l'erreur des
philologues, 23 1. La sémantique
permet de rapprocher co- et ca-,
23 1. Analyse pour établir la séman-
tique du préfixe co-, 232-234. Ce
changement de co- en ca- est un
accident, 234. Phénomènes qui ont
pu exercer une action analogique,
234-235. Autres sources de ca-
péjoratif, 235. Autres transforma-
tions plus radicales de co en c, g,
23(1-237.
cabaret, 336.
cabirlancer, a34-
caboléye, 22<i.
caborgne, 222.
cabosser, 222-3, 234, 323.
cabossi = scabossî, 323-4, 33o.
caboûre, 22I).
- 397 —
cabouyer. -yi, 2.3 1, 234-
Cabre (La), a5i.
cabuser, anc. franc.. 234.
cacafolèye, 229.
caca-laids-oâys , 324-
câcarète, 191 .
caca y es, 234-
cacher, 234.
cachonée, 235.
caeoules, cacouyes, 234-
cadee, fl., = cadet. 338.
cafyolé, 224, 226.
Caesii, 120.
cafaim, 23<i: cafame, 235.
ca/ë, 78, 336.
cafiote, 2G1, 329.
cafkeure, cafkifoute, 2.35.
caf'oiigner, -i, 224. 23i, 234-
ca foule, 236.
cafouyer, -yi. 227, 234.
ca/'», 261.
cag-ne. 229 ; cagner, -èsse, 235.
cagouille, 228; cagoule, 229.
cahîr, gaum. , 260.
cahosser, a3i .
cailler, 234.
cajoler, 234.
cacàde = cocarde. 229.
cak'moussêfye, 225.
calandre = xôÀtvSpov, 229
calbote, 33o.
calèche, 229.
calembour, calembredaine. — - boux*-
daine, 222, 223.
calfurti, 226, 237.
caliborgne, -ou, 222. 223.
calicem = >c>Àixa, 228.
cali-fourchon, — maçon, — mande,
222. 22.3, 229
ralmousse, -er, -i, -èfy-e, -ète, -erèye,
225.
calôgne, calorgne, 222, 223, 324.
calouche, caloure, 223.
calougnard, 325.
calvaires. 147.
C a 1 v u s , 120.
(Jalùtehe. 2.35, 2.36.
cam, carnm, etc., 249.
Cam, Carnm (fleuve), 25o.
Camaracus; Camargue; C a ma-
ri c a ; 25o.
camb-, cam-, 24<(-
camba, 249; C a m ba in D i on an te,
2ÔI.
C a m b a r i a c u s , a5o ; Cam b a -
ronna , 25o, 254.
Cambiacum, 25o.
cambiar e, 249.
Cambier, 12."),
C a m b o d u n o n ; C a m b o r i t u s , 25o.
cambos, -a, -on, 248.
Cambrai; la Cambre; Cambrehout;
25o.
cambrer, -ure, 249.
Cambresier, 125.
Cambron, -oune, -ouille, 25o-25i.
c a m e r a , c a m i n u s ; camion ; 248,
249-
eamoissié, -ssi, camoussé, -sser, 227.
camouflet, 222.
C a m o u 1 o d 0 u non, 25o.
camousseau, -sser, -ssi, -ssadje, 224.
Campanie, io3.
Camulogeuos, 121.
cainuche, camussète, 224.
camus, camard, 249.
eanapé-xtovowreîov, 229.
canaro, 236.
canawè, carnawê, 349-
Canii. Canidii, 121.
canir, gaum., 260.
c an i s = liund, 3.
cant, canton, cantine, canthus, 249.
capére, capère, 227, 23o.
capîche, capichiè, 227, 23o.
Capitaine, 124 ; Capito, 120.
capôtier, -tyi, -tchî, 227, 23o, 234.
capougi, 235.
C a p r a r i i , 121.
caqwa, 352.
— 3o8 —
tboler, l'iissc, -bossi, -boudias,
coler, -mafyôyes; carambole,
■boler ; 224. aa6, -"• (•
carcaillôu, carcalou, 224-
carcole, aa \-
ennui, tiler, uleii. 226 U.
caribùdiiïs, bolèfye, -cote, -mafyoye,
a»4.
e.nir. uamii., 2*Si .
Carlemann, 122.
earmousse, -sser, -ssi -ssèfye, -ssète,
carmuchote, 224, 225.
c&rmuçon, cannichon, 23o.
carnapê, cârpê, carnaivê, 35o.
casmoussè /«. 225.
caspoye, caspouyi, 226, 227.
caster, 276.
castrètche, -èfe, -sse, 1N0, ig5.
Catalan, 112*).
ca/î, 2_>N.
Catin, ii2|).
catoûrner, 227. 2'>4. 235.
t latugnatos, maros, -rix, 121».
catware. 83.
caudrète, [88.
came, corne; cawelet. caivière, 22;).
èfe, I ;| I .
cawîr, gaum., 261 .
caye, cayî, 229.
câyî, càyis-oûys, 5^4-
cendresse, 188; cendrier, 332.
châfes, 261, 329; chafiotes 329.
Chaingj . /m.
Chai-, elutli-. 2!
chamb-, -"... ; Cha m bo . 23g, 240.
242, 25l.
Charabéry, Chambord, etc., 2~>o.
Cbambralle. 25 1 .
chambranle, chambre, 249.
chambrerèce, -èche, 180, r88.
ibron, -brun, Chauabyge, 25o.
p-près-Forges, 25i.
Champagne, to3.
chandelon, 112").
Chandregia = la Ilodrée, 2.">2.
change, changer, 249.
Changy, 25o.
chant (canto, -em, -et), i32.
chant, chanteau, 24;).
chanterel, -elle, 219.
chantier, chantourner, 249.
chaper, 329.
chapitré, 179; -treau, 219.
chapuis, 12").
char-, chari-, charivari, 222-223.
chàrder, chaurder, 329.
chardron, 197.
Chat volant, Le de Verviers,
satire en (liai. verv. de i(>4i. —
I. Introduction : le ins. et l'édition
Jules Matthieu, 3Gt. Critique de
cette édition, 36i-3. Nécessité d'une
édition nouvelle, 3(54- Découverte
d'une seconde copie, 304-5. Com
]t;iraison des deux textes anciens,
365-6. Mode de publication du
texte, 3(5(5. — II. Analyse de la pièce,
367-370. L'auteur, 370. Phonétique
et morphologie. 370-5. Note histo-
rique, 375-6. — III. Texte de la
satire et notes, 377-388.
chatou-satou, 357.
chauderet, -dret, -derette,-drette,i88.
chauferette, 180, 189.
chauder, chaye, châyer, chayon, chèle,
329.
chemin, cheminée, 249.
chèrbins, 325.
chère (bonne — ) -sire, 357.
chèrmoule, 357.
-chester, 27(5.
chète (esquille), 329.
cheumerète, 189, 204. 212.
cheûre, '>2<).
cheûoe, cheûverèce, 189, 2o3.
cheval-chevaux. 75.
chignon-signon, 357.
— 399
chimerèce. 204.
Cliin-, n3.
chiron-cirion, 32(3 11.
chite, chiteré. -tré. 179. 189.
chluquer. 3i>f).
Cklodoniir. Chlodovecus, Chlotarius,
25l .
Choio (Huy). 202.
chôpî-chôpier, 329.
chojune-sopène, 357.
chorir. 2<ii .
choucroute, 357.
choume, 329; choumerèce, 204. 212.
choâter, 328-9.
chover, 1 89, i2().
chimie. 329.
chwarner, 329.
Cicero. 121.
cierge, cire, cirion, .'>2">.
ciergeret, 180. 189.
<7/i,-/ (ceuail), 3"><t.
Cingetorix, 122.
cinsi, cinserèsse, 177.
cîr-ciel, cîr = .s//-, cire weaze, 3;")4-8.
cirion, 32 V
cirquemenage, 93.
f/.-i (/ cwaslrê, 1 ;i">.
Cl au di us, les Claudii, 120.
clintch, clintch-bowe, ">i>(> : clitchepate,
33o
clore, hlôre, 33o.
cloukter, -terê, -/mi. 179. 189.
Coblenz. io3.
Cobrues (sur les-), a5i.
cocrai. cocri\ coijuerè, 17;). 190.
cohoûtri. 264.
coi. coite, coie, coiement, 3o.
cokié. messin. 208. 2G2.
Colebunster. Colosteir, Colonster,
269.
colerèce,-erez. couleresse.-erette,iS9.
coli-, colimaçon, etc.. 222, 22». 229,
232.
Colin, Collin. 128.
Colonster, 2G9, 278. 286.
com-. comararfe, eombate, cominêye,
comsèdji, etc., 228-232.
Comblain, Combroux, Oombroye,
25l.
comunir. 259, 261 .
con-, com-. ki- (sémantique), 232
234.
condamine, 229.
(Onde, io3.
Condruscus pagus, 114.
confir, 261.
Congidunum, 240 n.
Conradin, 128.
c o usa. cousant, conser. consier. 33o.
consi. consyeû, cotisinti, 228.
consire. 327-33 1.
contrâlîr, 261.
côpé, 201 .
copère, 23o.
côjierèce. eo/jèsse, 178, 189, 21U.
côpereu-fiêr, 190.
copiclie, cojiicherie, 23o
copîr, 261 .
cotjuerez, -eret, -erette, -erel, etc ,
180, 190.
c o q u u s - queux, 125.
c o r - herz, 3.
curasse, corache, 191.
corbisier, 125.
côrchou. 33o, 389.
cure, côri, 3o, 191, corète, cûrète, 191.
coreû, coùrerèce, 177.
corge, 34G.
corgée, corihe, 33o.
Corman, 124.
corterèce, 192.
Cor vin us, Cor vus, is3.
cos\ coster, costindje, 228.
Coster, Coister, Koister, 124 : cf.
cuistre 191 .
costereau, -erè, -erèce. -eret, etc ,
179, 180, 191. 194, 190.
costenre, custi, costri, 228.
cotchreuy, 329.
cotîf cotieû, cotirèsse, 177.
— 400 —
....... ootreal, eoterel, i;;i.
cotret, coteret. i ■. » f
,-,,- coumére, coupére, cou-
piche, etc . a3o.
- i "• ■ M 7
couchiri, -eriu, -erieu, etc., 190.
couchons coss<
coucha, 32g.
coudrette raine), 191.
COUgllOt, -^2;|.
couleresse, eijette, erel, 189,
coumaci-coumèci, 25g.
Couuotte, 12S
counwote, s 1 .
couperet, 198.
coupiré, [79.
courerèee, [78, 191, ig2.
courge, 346, '<47
courseret, 192.
courterèsse, courtresse, -èche, 192.
oousteret, 191.
cous tire, 22N.
coustre, cuistre, 191.
coâterèce, 192.
couféy écouter), 'I29.
couverèsse, 17N.
couye, coye, caye, 22;).
cooeret, ig3.
coujoatri, u • '■ 4 .
224 225.
crabosse, 224.
craboayî, 226.
cracher, 236, 346, 389.
craajolé, 224 ; crafougné, 224.
crahê, crahelî, ">">^.
■
139 ; cramerèce,
crameû, [g3,
::i/iir>t'ile. ;■
kir, 2U1 .
1 77.
ao.
cratcher, -ot, -ote, 236.
craya, crayer, crayon, 332.
crènerèce, ig3, 21 G.
crèsse, crèsterèce, 194.
cresson, 'î ï S.
creux, 237.
cru*, 257,
Cri s pu s, 120,
croie, 329 ; croler, croller, crouler.
23".
crom/>ire, \r>.
crompou, 22N.
crosse, croule. 3o.
croit, hrou, 33o.
croufiêr, 329.
crouler, 237, 340 ; crouler, hroùler,
33o.
cuart = coart, i3i.
cubouyî, 2'ii .
C 11 CUll US, 22JJ.
Cugnou, 240.
cueilleret, 194.
cninére, 23o ; cumèsbrudjî, 349 ; ch-
pdli, 23o.
ctismir, 2G 1 .
ciii'niitri. envétrouyî, 2<i4-
cuoian, 329 ; cuvir, 261, 329.
cwastrê, 179. 181, 191, n»4 ; cwaste
rèce, 195.
cwèb'hî, 125.
cwéle (écuelle), 33o.
cwèsse, è cwèsse, 194 ; cwèsterê, etc..
191, 194, 195; cwêstî, 190.
Dadite (Marguerite), 160.
Daghe, Daghebert, Dagobert, dague,
122.
Dagodubnos, 121.
Dullemagne, 12").
dame, 234
dameret, [83.
Damnippe, 119.
Damseau, 124.
Dardenne, Dartois, Davignon, 125.
Daviha, 253.
Davister, 269.
— 4"i
de, del, du, de, dès. ii>(>.
dè-oii-ce qui, i 76.
<le Béranger, de Bernard. 12O.
dècafir. 2<i 1 .
Dechesne, 12J.
De c i m us, Ueci 11 s, 120.
de Cock, 12G.
dècrèmir, 261 .
Dedoyard, Defawe, [)efresne, 1-2',.
dèf'ir, 2 (il .
Deflaudre, Defrance, Degand, De-
gueldre, 112").
dègettîr, dègobîr, 261.
Dehasse, Deherve, n;J.
De jong, Dèdjon, i2(>.
De Keyser, De Ivouing, 125.
Del aigle, Del ancre, Delauge, 126.
Delbovier, Delbrouek, Delbruyère,
etc., 125-6.
Dêmètrios, 1 19.
dènaquîr, 2G1
Denis, Deniset, 12S.
Dentii), 120.
dèplouyi, 258.
Deru, Dery, Deruisseau, 12J.
Désiré, n(i.
Dethier, Détienne, 1 •->">.
Detrixlie, Detry, 12").
dêtortîr, 261.
Devolder, ia5. i2(i; Dewez, [25.
Dialectes. Langue française et dia-
lectes de France. 9. Degré de pa-
renté entre le français et le wallon,
9. Concurrence entre le français et
les dialectes romans de Belgique,
11-20. Dialectes wallons : terme
impropre de langue wallonne, 8, 62 :
multiplicité des dialectes wallons.
9. Richesse de nos parlers romans,
62. Complexité du travail dialecto-
logique, grammaire des dialectes
romans belges à faire. 70. Glos-
saires dialectaux, 4°- Cartes lin-
guistiques, 89. Partie dialectologi-
que du Dictionnaire wallon, 08 ; dif-
férence capitale entre le diction-
naire d'une langue littéraire et celui
d'un groupe de dialectes, 67-68.
Travail de délimitation linguisti-
que, 7, 8, 59. Monographies sur les
dialectes wallons. 40. 7,711. Limites
du wallon au sud : le gaumais, 40.
Dialecte liégeois. 54. Dialecte 11a-
murois, 86. Limites du rouchi et
du uamurois dans le Ilainaut, 80.
Phonétique et morphologie des dia-
lectes de l'Ouest- Wallon, 8.5-90 ;
caractère composite de la zone étu-
diée : sur les zones de transition,
s,i, 90 ; zone frontière et ligne-
limite. 90 : lutte pour la vie entre
des phénomènes convergents, 90 .
estimation des différences dialec-
tales, 86. Cours de dialectologie
wallonne à instituer, 33.
dicàyi. discauyi, 324.
Dictionnaire wallon. Sur l'utilité
du — — . 42-47, 47-^3. Rapport sur
les travaux du — jusqu'en 191 1,
53-72. Prétendues lenteurs, 53.
Quand la Société de Littérature wal-
lonne en a-t-elle conçu le projet ?
5457. Le vrai projet de Grandga-
gnage, son Dict. étymologique, pré-
face expliquant son but, 54-55. Idée
de constituer une langue wallonne,
55. Autres erreurs de but, 56-58.
Recherches premières, glossaires
technologiques et dialectaux, 56
58-6o. Quand s'imposa la concep-
tion d'un dictionnaire général ? 60.
Valeur des dict. wall. existants, 21,
47. Questions préalables : établis-
sement d'un système d'orthographe
24 (Cf. Orthographe) ; publication
d'un Projet spécimen, 20, 62 ; pré-
26
402 —
e l'mjct. -2o--2ô\ création
d'une Commission du Dict. million,
. pian 'lu Dict., a3. Organi-
sation du travail el «les enquêtes :
littérature à dépouiller, 63 ; sour-
œe orales, 64 ; enquêtes person-
nelles "H par correspondance, 41
4'j. 64 65 : création d'un groupe de
Correspondants, 24, (>4 ; instruc-
tions aux Correspondants, 4>"53 :
qui peut être correspondant ? 48,
5o ; méthode d'enquête à l'usagedes
correspondants, 5o-52 , sj stème de
riches, 5a. Questionnaires alphabé-
tiques el questionnaires synthéti-
ques sur des objets déterminés, 65.
1 ontrôle des matériaux, 65, \<).
Classemenl des fiches, 65-66. Eta-
blissement des articles, 67-68.
Mode de collaboration, 71. Modede
publication, 70. Budget <les voies
et moyens, 70 n., 71-72. 712 n.
1 destelle, Dieweg, 1 13
il i g i 1 u m -doigt, 80.
dignètier, 2<>i.
dihobier, 3 i4-
Diodôros, Diogenès, Diodotos, 119.
diployt, 258.
diseauyi, 324.
diseramier, u< • 1 .
dismeré, -eret, -eresse, 195.
dja, ">;•_•.
djamberèce, 1 95, 200.
Djan Rabat, j'!<< n.
■ lène, [60.
dj&wan, 332.
djèrberèce, i<)<>.
Djètrou, 129, [60; Djihène, \f><>; Djîle,
[ag.
iljiroii. ''•40.
^4-
djonderèce, [96.
Djuhan, 1129.
dobulrèce, 196.
Dohan, i>4<>, 253 ; Dolhain, i>4tJ- -46 :
Dornham, 253.
I) 0 rso, 120.
dosseré, -eret, -erèce, Dosseray, 179,
196.
</ot/, t32 ; doû, 35g ; d'où -ce -qui, 175.
Doucet, 127.
dour-dwam, 89.
r/o(i/ (doigt), 84.
Doyen, 124.
Drèze, Dresse, Dressen, Dries, Dries-
sen, 128.
Drossart, 124.
Dubnotalos, Dubnorix, 121.
duguètî, 2G1 .
Dubois, Dufour, Dumonceau, Dumou-
lin, Durieu, Duruy. Dussart, Dutil-
leul. Duvivier, ia5.
dunon, 200.
Durbu, i2;5.
Dusoleil, 12O.
duvant autan, 333.
dzi, 332.
c muet, 83 n.
-<;, suffixe -ellum, 34 1.
è, suffixe -etum, 341.
é nasal à Frameries, 78,79.
-eau, 127.
eauweresse, 197.
Eberstat, 283.
êcafîr, 208, 261 ; ècarquîr, 261.
écorcher, ècôchi, 259, i^iu.
écourgée, 33o.
écumète, 204.
échardrouner , -ête, 196.
èchwa, 333.
ècramier, ècramî, 257.
Eeksted, Eichstat, 283.
èffacerèce, 197.
eglie, 122.
egidehsa, eidehse. 332.
ègosir, 261 ; ègràjîr, 258, 261.
- 4<>3
-el, 127 ; -elat. -elin, -elot, 128.
els, flani.. 280.
empegier, 269.
encramié, 258.
ènê, aneù, 333.
enfernower, 238.
Enghien, 244-
engrahié, 258.
euunciator, i35, 14211.
éou- ce qui, i;*J.
èparpîr, 261.
Eporedorix, 122.
èpwèsoner, 3 40.
êquemôdre, 3iG.
-ereau, -erel, -eria, -erez. -erèce,
-erette,-erète, -erèsse, el. -a ri ci us.
Erlehan, 253.
êrtchi, 182.
escarbille. 325.
eschauferète, 189.
escofir. 261 .
e s c o 11 s a, 33o ; esconse, 33 1 ; escon-
ser, etc., 328.
escrevicerez, 197.
escumerèce, 180, i85 : escumète, 204.
esprit , 116, 337 ; estampe. 337.
estât, esta, 265 ; estaminet, etc.. 333-
342.
ester, estier, 267-8.
estessiner, 218.
estudiantin, 337.
Esugenos, Esunertos, 121.
-et, 127, 180.
étaim, étambot, étamine, etc., 333.
ètrîr ; ètudir ; 2U1.
Eudes, 126.
Eugénie, 119.
èwerèce, 180, 197.
Fabius, 121 : Fabri. 125.
fâche, fahe, fahète, faherèce. 197.
fagnerèce, 178, 197.
Fairon, Féron, Ferron, 12J.
falise, 125, 288.
faneret. 197.
fanténe, 328.
far-, farfèyer. farfouiller, farnowêy.
237.
faubourg, faufiler, faux-marcher, 238.
Favereau.faveret, -erez, -erois, -erèce,
fa vrai s, 197, 198, 180.
-fa ye, 289.
fecheret. fequeret, fètcheveû. fètchire.
198.
fènà-meùs, 197.
fènerèce, 189, 198.
fererez. ferrerez, ferez, 182, 198, 221.
terme, s. f., 274.
fèrnoke. 238, 389.
Feronstrée, 276.
fercjii. 327.
fâtir. 262.
feû. frèsse, 177.
finderè, -eret. -erèce, etc., 179, 198.
fîr, 262.
Flaccus, 120.
fiambir, 262.
Flandre, io3, xi3.
fleur di tonire, 3o.
Floricosse, Florilieid, -val, -vaux,
342-3.
flotcherèce ; fioterèce ; 199.
folerèche, tolérez, 180, 199.
fonderèce, 199 : fondrière, 33i.
fùne. 198.
forboûre, fordiner, 35 1.
forceret. 199.
forfyi, 25g.
-forest, -forst, -vorst, 281.
forfant, 35 1 .
forger, 25g ; forgeret, 199.
forgon, forguiner, 340.
formagni, 35 1.
fornouer, 238.
forpâl : forpougni ; 35 1.
forserèce, forsière, forcière, 200.
forsôlé, 35 1.
forsome, forson, 35o.
forteresse, 192.
fotche, 347-
fougnî, fougnis', 224.
- 4o4 -
Foulon, i
four . l'otïif. 'lorini. -mougni, -pou-
fourerèce, fueresse : foûre, fuerre,
iNj. 200.
ftillltUlll'iy. 238.
fourteheré, 199.
foûsserèce, foûrser, aoo.
".n. 200.
1 iste, 280.
Frahan, •jÎ" • 253.
Frai ki 11, 1 ^
France, Flandre, 7.
1 rancotte, Frankin, Frauquinet,
128-9.
Franssen, Franssînet. 128.
fré Reiiou ou Ernou, iiii .
Frédérici, 1 26.
-frid, [22, 127.
F ru m 1 1>. iao.
fron. frwè, 89.
froumir, 262.
frouyi, 260
Fui vii, 1 20.
1 m rc :t . [ u pc i f e r , 34.S.
furloricos', >4--
Fussestat, 283.
iw ane. i\\ ate '.'. 189.
ftoérnoke, 238.
222.
fade, 84 : a'.Wo/. 83.
gaille, gaye gailica uux), 3.
^-nll-. gallus, gaulois, vvalh-, 3.
retier, 226, 237.
gali-, -j'ju : galimafrée, -matias, 223.
' < :i I I u S , 121.
'■• ré, gambré, 196, 200.
consire, S28.
gar-, 222.
iuye, bressan, 22G.
- ispiller, 237. 262.
201.
gauferais, 220.
gaumais ou gaumet; gaumète, 5g n.
gebergste ou gebergte, 127;).
Gellerl = Jalhay, 289.
Gemùnd, io3.
Geningha Thriusca, 1 i4-
genesta. -ista , -istrum, ^inst.
giriste, ginster, 281.
gent, gens, 70.
gen u . genou, 3.
Géronstère 278.
Gertrude, 1 29.
Gestade, 270-,.
Gilkin, -inet, 128-9 ; Gillot, 128.
Gilmister, 278.
(J 1 :i b rio , 120.
Glycère, 1 1<).
Godefroid, 122.
gorge. 34<i ; goria, gorê, 348.
gos% goût, 3o.
Gouverneur, 124.
goy, goymérez, 200-1.
grabouyî, 226.
Grandcolas, 12G.
Grand-Han 2,38, 240, 253.
( rrandjean, 12G.
g r a n g i a = ster, 284.
grateré, erez, -ereau, -eron, -erèce,
180, 200-1.
grawîr, grawier, grawî, 2G2.
grimace, grimaud, grime, etc., 343.
Grimoald, Grimod, etc., 344-
grimperé, -erel, -ereau, -erez, iS<>.
201 .
grîr, 2G2.
grob, de gerop, 345.
Grosjean, Grospierre, 12G.
groua, provençal, 345.
groubié, -ici) s, -iule. 344-
grouiller, rouiller. 34"> : grouyer,
346.
growillé, mess. , 2G2.
groyerèce, 201 .
grubig, grubilon, 345.
Gruonstede, 284.
— A
400 —
gruyer, 201.
guètier. giwti. guètoyé, 2">S, 209, l;(>i>.
Guillaumet, Guillemin, 128.
-gund, 122.
Gustin, iiiS.
ha = han, 24").
Eïaam, 241, 247. 24.8.
haardstede, 274. 28.3.
habossi, A-2$. 33o.
hade, hadrê, hadrène, 201-2.
Hagiodotos, 119.
hagnî, 235, 3i5 n.
Haeslaos = Aa'st, 280.
hagedis, l'I.. !32.
haie, 288.
liai m , bain, hameçon, ^47.
-hain = heim, 240, 243, 244, 24b.
-hain = hagiii, 247.
halerasse, 202.
Haltert. 278.
liant, Ilainina. liants, llans, Han,
242-3.
Hain, Han, diverses localités, 240-1.
hain, fiant.. 247.
hâm, ail. lux., 247.
-hani des Iles britanniques. 250.
Hamba, Hainbach, ^54.
Harabden, 25o : Hambourg, 25o.
Hambosch, 254.
Hanibrei, 248.
Hambrui, 253.
Hambuche, 2i8.
hambutte, 248.
haine, chaîne, 347-
hameau, 24b; hametê, hametia, 247.
hameler, 247 ; hamelète, 248.
hamen, 247.
hamisch, 248; hamling, 247.
hamm (Eupen), 247
Hamm, diverses localités, 241.
h a mm a , 248.
hamme, ail., 247.
Hamme, div. localités, 241, 248.
hammel, hammling, 247.
hammer, fl., 248.
Hampteau, 247.
Hamwez, 241 , ^">4-
Han, étude sur le suffixe et préfixe
toponymique han, 238-207 : inter-
prétations antérieures de Prat, de
la Fontaine, Chotin, de Prémorel,
Jean d'Ardenne, Kurth, Roger, 238-
u4o. Constatation topographique
que les lieux de ce nom sont à
des courbes de rivières. 240-1.
Étude des formes anciennes. 24i-4-
Recours à la méthode compara-
tive. Han nom commun wallou et
lorrain ; ran, aran. hanter, hameau,
244-7- Etude des mots germani-
ques hain, hain, hamme, hammel,
hamen, 247-N : cam, camb, kamp,
en latin, en celtique, en grec, 248-
2~>i. Ham-han appartient au do-
maine germanique, 25 1 -3. Époque
de la fondation des localités en
han, 253-5 ; hypothèse conciliatrice
des faits, 255. Les ham des Iles
britanniques, 25G-7.
Han-devant-Marville, Ilan-sur-Lesse,
etc., 240, 253.
Han (la vieille-), féin., 253.
hanbossi, 324-
Hannert, 273.
hanter, 245, 24b, 247.
Hanweiler, weilerhan. 255.
harbote, 33o.
harcot, 347-
-hard, 122, 127.
Hardy, 127.
Hargister, 286.
harir, 262.
harke, hàrkê. 34b ; hàrkèye, 348.
harnais-harnacher, 5o. n.
Hasterhaf. 275.
hatcherê, -eré, -ereau, erèce, 177-9,
202.
haube, ail., 3i4-
-hausen, 286.
hausseret, 202.
— 4o6 -
ElauKtn, 281 .
a ; h a ue race, i s^, 202.
heid
Heillgenstat, :
lieim, hem, etc., to4, ' '4- 238-246.
Heinstet, Btert, etc., 272-3, 279.
in'iiii . -helra, 12-2.
Hein,
llCIIIll
hemel, io4-
ri tosg., ao3.
heniatê, strê, -strèce, 2o3.
her . lier, cas.
Héraklès, 1 19
Herbiester, 267.
hèrbin, 325.
/■. / on, 'i}"-
hêroê, 325.
hem c 0 r . 3.
hètcherê, -2K-2.
•Jlin.
heulenteer, huilteter, 280.
heùreci . [89, 2o3.
202.
hêyerèi ■ , hêyî, -2i>''>.
Heyst, 281.
heû, erèsse, erèce, 20';.
1 22.
himmelblau, hoch, -schôn, 355.
Iiim r. hinerê, 2o3.
tiir-t. horst. hui-si. 28] .
hiteré, 179, [89, 2o3. Cf. chîtré.
blode, blodo, Hlodovec, 1-2-2. -",1 .
hobe, hobète, *> r 4 -
Hofsté, 281.
Il- :ksteden, 27
!■. 269. Hodister, 271 . 279.
- ! ! !77, 279,281, -2K\.
hohstat,
lion, corne les hons, 245.
nbronx . •_• }",.
■ -
hossî, 23 1.
Hostaert, Hosteden, Hostert, Hoste-
ren, 275, 278.
hostert = hofstat, 104. 1273-4, 277-N,
284 5.
Hostert, Gd-Duché de Lux., 274-5.
hôte, -erez, -ereau, -erèce, iSo. 20'!.
hôtel-Dieu, 355.
Houard, 128.
houbote, '\i\.
Houbièt, Houbèrt, Hubert, 12;).
houdemint, -lemînt, -neznint', hou-
drèce, -lerèce, -lerèche ; hoûrd, hoûr-
der. -2ii\.
houmerêce, i9<>. -20$, -21-2.
houperé, -ein-, 179, 2o5.
hourlé, hoûrlê, 204. 33i.
houspîr, 2(>2.
Houstache, Housteau, Houstée, 2S1.
Hou tain, 24*).
hoûter, '{28.
houterê, ho ut rai, -treau, 17;), 205.
houvirète, >i4-
houx, huis, etc., 280.
hovestat, 274; Hovesteden, 275.
hoye, Jwuye, 45.
hraban, hrabe, rabe, 123 ; hramn, 122,
hrode, 122.
hûba, hûbe, 3 14.
Hubert, 129; Huberty, 120; Hubin,
[28, 129.
Hue, Hughe, 128; Hughes, 126.
huff, liuif. 3i4.
bug, 122.
hullereche, 204.
Hnllisteti, 283.
huis, hulst, hulzenbout, etc., 2P0.
hund - c an i s , 3.
huve, hove = mansus, 274.
huvéte, 3 1 4 -
-i acum , 289.
il ex, lioux, huis, 280.
-illon, -ion, 3aG.
immenstad, 277.
in I hameçon). 24.S.
— 4°7
-ingen, n4; -inger, 127 ; -inghem, 244-
-inel, inet. -inot, -inon, inat, 128.
inham, 248.
Iphianasse, Iphigénie, 119.
-ir (infinitifs gaumais eu-ir) 257-264.
Qu'ils sont de première conjug.,
257. Que ce sont des verbes en
y-are, 208. Quelle espèce de verbes
en y-are donne -/'/• à l'infinitif,
258-260. Exceptions apparentes,
260. Liste de verbes en -îr=i-y-a.re,
260-2(34.
Istasse, 12S.
-itia-ezza, 193.
Jalhay, 289.
Jau, Dj'ban. 12;).
jante, 249.
Jacquemot, -otte, -min, -minot, 12S.
Jeanniu, Jeannot, 128.
Jehanster, 2S2, 286; Jonster, 27s.
Joséphin, 128.
« jottrait », 20").
joug à porteur, 346.
Julsonnet, 12S.
Justert, 278.
A: en picard, en wall., 81.
Kamp, 25o.
Karl, 122.
kèkî, 262.
Kembs, 25o.
kemeroce, 204.
Kempten, 25o.
-ken, -kin, -quen, 126-7.
keume, 329; keumerèce, -ète, 204.
keusmeiller, 261.
ki- ==■ co-, 228.
kibate, 228.
kibouyi, kibouyetev. 23i, 233, 234.
kibrôdi, 233, 234-
kiehèrer, 234-
kifyèter, 233.
kieule (écuelle), 329.
kifènon, 34o.
kiheùre, 233: kihossî, 23 1.
kihoutri, kihoûtlriyer, 264.
kimére, 23o.
kimêstri, 262.
kiminer, 233.
Kinet, Kinon, 128, i2<j.
kinoye, 234.
kipiter, 233.
kipôtî, 23o, 233, 234.
kirmoiiwer, 225.
kirôler, 237.
kirompe, kirompi; kirompou, c'rom-
pou, 228.
kisinti, 228.
kitehéssi, 233.
kitoûrner, 226.
kitwèrtclii, 233.
kivont, 235.
knie -genu , 3.
Kokiester. 270.
I mouillé, 82.
L abe o , 120.
laceret, lasseret, 206.
Lagneau, 127; Lallemand, 125.
Lambertz, Lamberty, 126; Lambin,
128, 129.
lamé, 2o5, 348; lamerê, 2o5.
Lamotte, 125.
latierê, -eret, -erèce; lanier, 2o5, 206.
Langclaes, 126; Langlais, -ois, Lar-
dinois, 125.
Lardot, 129.
làrèce, 206.
Laroche, 125.
lasseret; lasset; laterè, -erech, -erat,
-erez, 206.
lâterèce, 206.
Latium, io3.
Laurency, -ty, 126.
laverè, lavrê, lavrai, 179, 206.
-lé, 104.
Lebeau, 127; Leblond, 116; Lebœuf,
Lebon, 127 ; et autres noms propres
formés avec l'article le, 125-127.
Legia, n3.
lèhe, lèherè, 179, 206.
Len tulus, 121 .
4o8
i
. leûoerè, i 7:1. 207, 208.
Libéhan, .
Licvars, i3o 1 .
rê, 1 79, 208.
Ligures, 1 1 i v
1 29.
/ inà, 1 29.
liugeret, 208.
Linon, 129.
liseré, eret, lisière, lisiette, 208.
listel, listia, listrê, listriau,
eau, [80, 208.
lileréy litre, etc., 1 79, 209.
linrtr. livrai*, li\ IV ;1. Ii\ ÎINI 11. lineielc.
liveriche, livriche, 17:1, 180, 182.
186, 209.
Li vi i , 1 20.
ii\ pe, 1 iU.
-lo, i"4-
loeeret, 20C
Lognaj , 127.
Lohan, 253.
lomberè, ■■ longrai », 12 10.
longues se, longuerèce, i<)2. 193, 210.
Lorentz, 12G.
lorgne, Iwagne, Iwègne, 3ao.
Lorint, 129.
lôroér, lôrvéj, on el . 4<>.
Lonis, 122.
louroéj, orvet. 4''.
louverez, -erèce, loorèce, lovresse-
■•-.
y . 210.
Ludvig, 122.
lumeineù, lumeinerèsse, 177.
Lurco, i2d.
1e, Iwègne, lorgne, 325.
ma te r i stert, 273.
magner, -1, 229.
magnin, i4:!-
Hfagrite, 12;), iiio.
main, 24"> n-
maïon, [60.
maisse-maître, '.io.
maître-queux, 125.
makerê, macrai, 210.
Malmendier, 12").
Manaihan, 244-
mancé, 328.
mane (brouillard), 35g.
mangon, manguinerèsse, 34o.
Marbaj', 253; Marbehan, 240. 241.
244. 253.
maquète (tête), 148.
maquîr, 2(>2.
Marcotte, 128.
Marôye, 12;). i<;<>.
marais, maraîcher, 59 n.
Marguerite, 129.
mariole, -ote, -ette, marionnette, i33-
134.
maspruim, matspruim, 280.
Massart, Massin, Masset, -illon, -eau,
■at, -enet, -inet, 128.
mâssaîve, mâssî, mâhaiti, 348.
mâssô, 23(>.
Masta, 281.
Mathijs, 128; Mathî, 1G0; Mathi-
Mathieu, 129.
matonî, 'i\o.
m a tri eu la, 1 13.
mâtrîr, 2G2.
Matugenos, 121.
mau, >48 : mauvi, main, ,'>48.
mawîr, mawyer, 262.
nieer, ii3.
mèfîr, 2<i2.
Mclanie. 1 10.
Mélart, -ot, -otte, 129.
M ento , 1 20.
menton-mentonnière, ">4o.
mèplotch, !49-
Merchoulj 1 1 3.
- 4<>9 -
Merevic, Mérovée, 122.
mesz-, miss-, 349-
mèsblotch, mèsbrufyi. mèsplèfyi, 348-9.
mèssètfi. erèsse, 177.
mes tri, 262.
métairie, 274.
Métivier, 120.
meulenstede, 284.
meuret, 211.
Michelet, -elot, -elin, 128, 129.
mi fou, 359.
minteur, -erèsse. 177.
miserète, 212.
Mîsta, 281.
moess, most, 280.
molenstede, 283.
monekehofstat, 274.
Monet, 129.
monsain, (malsain), 348.
monterèce, 212.
Moray, 127.
Morbihan, 238.
morfîr, 2G2.
niorgen. ail., 333.
Morsehan, Mortehan, 240. 243, 253.
nwssè, mosseré, mousseré, mossia.
mossèt, 179, 211.
moteret, an.
mouchir, 262.
moùderesse, an.
mougner, -i, 229.
mouman, 229.
mounerê, an.
mounin (marionnette), 1 43.
mousseré, -iré, pré le M — , 211.
moussi, 225.
Mouton, 127.
mund, 122, 127.
Munster, 276.
muralyer, muré, muret, 179, an.
muserèce, aia.
musquir, 262.
musser, 2a5.
mystères, i38, i53.
n guttural écrit », 77.
nachir, a58, 38g.
Naevius, iao.
Namur, ia5.
Xantister, -stay, 373, 379.
napê, napion, 349-
naquir, a6a.
N a so, 120.
natier, nèti, 258.
nawè, 34g-35o.
né, ne», nin, 76.
viyTuov, 349.
Nertomaros, 121.
nètir, nèti, nètier, a58, a59, a6a.
Neuraj .127.
nevi*ospastos, 1 34 ; -stie, i36.
Niaster, 271.
Nicaise, Nicodème, 129 ; Nicolaï,
ia(i; Nicolardot, 128; Nicolas, 129.
Niederham, 253, Niederstad, 277.
N i gidii, 120.
nir, 25g, 202.
Nisard, 129.
Niwerstat, 284.
Xizet, 128.
Noirfalise, 125.
noke, 238 n. ; nokeré, nokrai, 179,
aia.
Nohan, a4o, a53.
N" oniu s, iao.
Notesta, etc., 27a.
noukerê, aia.
noyerèsse, aia.
oan, ouan, 333.
Oberham, 252 ; Oberstad, 277.
obète, aubette, 3 14.
Octavus, -ius, 120.
oelst (houx), a8o.
ogan, prov., 333.
oi pour figurer wè, wé, wa, wà, wo,
80-81.
-on suff. ethnograph., 2.
•on, 137, 139.
orb, 46.
Orban, Urban, Urbain, 243.
orfèvre, 4^.
— 410 ~
irix, 122.
orpimenl . 46.
Orthographe wallonne. I. Prin-
cipes, 7a 74,76, 78 n»5, 80. Défauts
,1,. l'anarchie en orth. wall., 72 ; but
:, atteiudre, 73 ; cinq principes a
observer, :>:i ■ orth. historique,
phonétique el analogique : que l'orth.
doil tendre au phouétisme, 74. 83 ;
atténuations au phonétisme, 83 ;
analogie: ses [imites, 7 + . 80, 83;
imitation en wall. des graphies fran-
çaises, 73 :\ : fausses applications
de l'analogie, 711 : 'lu sentimenta-
lisme en orth., 83 : conservatisme de
l'Académie française, s<> ; représen-
tation 'le-- différences dialectales,
qu'est-ce qu'unifier l'orth., 73; point
.le système facile sans connaissances
gri aaticales, -\. -- II. L'orth. à
la Suri, -le de Littérature wallonne :
essai île .1. Delbœuf, 58 ; première
tentative «le l'auteur, Go ; Essai et
Règles il' or th. wall., 60-6 1 ; écono-
mie ilu système proposé, 61 ; cri-
tiques diverses, * > 1 - — ."> , 84-85 ; diffu-
sion du système adopté, (5i ; Com-
1 1 1 i - -> "n . 1 1 de l'orthographe, 60, 62. —
111. L'orth. du < liai ce te do Prameries,
74-85 . critique de divers cas : deux
graphies pour un mot, 73-76 ;
voyelles nasales. 76-79; consonnes
parasites, 79 ; la graphie oi. 80 ;
pour l'emploi de 10 et A-, 81 ; fré-
quence de w el /.■ en ancien picard,
valeur de y, 8i-83 ; consonnes
es et ,■ muet. .SS-84 ; tableau
iparatif de graphies, 84. — IV.
Utilité de la comparaison entre fran-
•■' w allon au point de vue de
■ franc., exemples pour l'ac-
• circonflexe, ".<>.
u*vet, 4<i.
rbour, hosterborn, 275.
ach, 275.
-ot, 127 ; -otte, 128.
ouan, 333.
ou ce qui, 175.
O v i c u 1 a, O v i d i i , 121.
P a e t u s, 120.
Paignard, 12").
pailler, 332.
palanche, >4,i-
panerèce, 212.
paradis, io4-
Parmentier, 12").
Parotte, 129.
parsome, parsoume, 35o.
/msser les marionnettes, 147.
passerèle, 180, 189, 212.
Pasté, 280.
Pasteger, 125.
pateré, pateureau, 179, 212.
patte, pauta, 280.
Paulet, 128 ; Paulin, 129.
Pavenstier, 279.
pé, pèy (pain), 240 n.
Pedo, 120.
pee, flam. dialectal (paix), 338.
Pepinster, 125, 270, 285, 287.
péronelle, 129.
personne, 35o.
pescheret, -erez, 212.
pèserê, pèse, 212.
pèterè, pètré, 179, 21 3.
jiclir, pétrir, 262.
Petit-Han, 238, 240, 253.
Petit-Jean, Petit-Simon, 126.
Petit- tier, io3.
petriau, -eau, -elle, 2i3.
peu, pencir, 262.
Pharamund, 122.
Philippet, -in, 128.
Philologie wallonne ; état de la
— — jusqu'en 1905, 34-42 ; son uti-
lité par rapport : à la phil. romane,
45 ; à l'enseignement de la phil.
classique, $(i ; à la phil. française,
45-4<> ; à l'enseignement du français
en Belgique, 25-34- exhortations et
4n
vœux. 27-34, 46-4~- La philologie
wallonne à l'Université, 33.
Philothée, 119.
Phlipotte, 128.
pice, pieerê, 2i3.
picrê, piquerè, -erez. -ereaa. -erot,
179, 2i3, 214.
piei, pincer, piheraa. piquer, 23o.
Pierkin, Pierrot, -otte, -et, -ette, 128.
piètrèce, lès P — s, 186, 2i3.
pilier d'estaminet, 34 1.
pilot, 2o3.
pincheriau, 21J.
pineresse, 2i3.
piou, 359.
pir. gaum. (marcher sur), 262.
Pirotte, 128.
piyer, pîr, 2t>2.
Place-à-1'aulnoit, 288 n.
plâdîr, 262.
PI ancus, 120.
planerê, 214.
piastre, 179, 2 14.
plat-boûrd, -bord, [95,196.
platrèce; plazeré; plènerèce; 214.
plétche (planche), 240 11.
Plomb du Cantal, n5.
plniikerê, -erou, -et, -eu, 21 4-
P 1 o t us. 120.
ploumion, 326
plouyi, 260.
poke, pokerê, pocré, 179, 210.
Porcheresse, 198, 2i5.
Porcii , 121.
pordjèter, pordjèterèce. 210, 217.
porson, porsome, 35c.
portemonee, flam. dialectal. 338.
porte-seaux, 346.
potasse, 2i5.
pote, potelé, 23o.
poterèce. 2i5.
poupa, popa, 229.
Poupehan, 240, 253.
poussier, 332.
Praile, Prailhon, Prayale, Préalle,
Presles, 35 1.
Prévôt, 124.
prîr, 262.
Probst, 124.
Proistet. Proiste, 27;).
Proyè, 35 1.
purerèce. 178, 2i5.
puteré, putré, 21 3.
pwarlchî, pwatcherèsse, 177.
pwaterè, pwèterè, 179, 21 5.
qu, graphie, 81.
quenouille, 234-
queux (c oqu us), 125.
quignon, 229.
Qui n tus, 120.
qwa-ce qui, 175-6.
qwarer, qwarerèce, 2i<>
quaqwa, qwaka, 352.
l'a- = r e-a d, 225.
rabbee, flam. dialectal, rabais. 338.
rabèrzir; rabir; 263.
racar, prov., 236.
racécir, 263.
ruera, -fougner, -fougneter. 224.
racràtir. -âtè, -ètié, 263.
racrèmîr, 263.
rad, 122.
-raet, -rode, -rut (essart) 289.
raf'ilerèce, 216.
rafistoler. 225.
rafiyer, rafir, 258, 25g, 263.
rafraîchir, 225.
râkion, 236.
ramenast, ramonasse, 280.
ramener, 225.
ramoussi, 225.
rampe, rampionle, 237.
ramuchîr, 225, 263.
ran (toit de porcs), 245, 246.
rand, 122.
Randuster, 270.
Rarapancé, 328.
rapporter -reporter, 225.
raquer, 236.
rasercîr, -ier, etc., 258, 263.
4ia
ratortir, s
rauguir, a
ra\ aler, sou.
. | ciller . 263.
;•<•. ré», n'n, 76-77.
i;..-.\ resse, 216.
Rechain, 2 i<>. 1244, -46-
refendrece, 217»
rehém'ter, 246.
Rehstett, 283.
rejoindrece, mf».
Reméhant .
Reniianster, 272, 2S5.
n-uc-coi-flf, -CÔrèce, 1 j)i .
Renînghelsf . 2X0.
réparerèce, 2 1 7.
rèper, rèperèce, i8ti, 2i<>.
reporter-ra pporter, 22f>.
rètchi, rètchoii, 236, '.\\\j.
rhabiller, 225.
Rhin, Rhône, io3.
ri-, //'-. 225.
ricèpe, ricèper, -eu. -ercre. 178, 216.
ricraner, -erèce, eq3, 2 i(i.
ter, erèce, 2i5-2i6.
rifindrèce, 217
rijs, rijst, 280.
rik..i22.
rilntrcs.se. 208, 2 17.
rnnrrri. •_•
riiiHHisst. riniotiwer, 22").
riparer, -erèce, 217; ripasserèee, 217.
riptoerter-rapwèrter, 22").
ritoûmer, 233.
robe, 3i4.
robèle, [52.
Robert} . [26 ; Robin, 12;).
rôchir, 21
. -;;; rode rt, 280,289.
ster, 269, 270.
k'Hiii-rw gg1 'J7",ii.
Romain, 12"..
romno, romna, s
Rosister, 278.
Roubaivaux, 16.
roubié, ronbyi, 344»
roublîr, 258, 2.">9, 260, 263.
rouiller-grouiller, 345.
rouler, 23~.
Rousseau, 117, 127.
roûvî, roûvier, 208, 259, 203.
rouyer, 345.
roj, (roi), 32.
rover, 34l>.
rubbel, rubbelig, etc., ail. dialectal,
345.
Rubiesté, 280.
ruciperèsse, 216.
rucopir, 263.
R u f i o , R u f i i , Rù f u s , R u t i 1 i i ,
120.
rumèrcîr, -eièy, 2G3.
runîr, 263; runouyi, 236.
s initiale de se- tombe, 329.
sabouré, 217.
sùbrir, 263.
Saint- Viteux, ia5.
S;ïli2;eiistadt, 284.
Salvador, jia.
same, samerèce, 217.
S an dr art, 129.
sanglier, 116.
Saute, Zante, 128, 129; Santkin, 129.
sârpîr, 263.
-surt, 104, 273, 289.
satou, chatou, 357.
sautrîr, 2G3.
Sàvitri, 119.
se- de exs-, exe-, se-, 329.
scabossî, 323, 33o.
scabinus, 124.
scafî, scafia, -iote, 329; scafier, 258,
261.
scamia, 329.
scarbote, 33o.
scarmoye, 357.
scaufion, scaugne, scauyi, 329.
suhepeu, 124.
seherbel, scherben, 325.
soliier. 356, 35g.
scluuchî; solide, 32g ; sclinbwagne,
33o.
seochi. 3 29.
sconsa. sconsîre, 3a8.
scorie, scorion, scorèye. 329. 33o.
scot, scotia, 329; scotons, io3.
scrdbîye, scramer, scrèper, 32g.
scrire. '.2.
serôles, scroter, scrufiêr, 329.
scumète, 204.
srùre. sciuarner. scwèle, 329.
seehereccia, -eresse, 192.
Sec 11 11 dus. 120.
sèmeû, sèmerésse, 217.
-sen, -son. 126, 127.
septembreche, 217.
Sei)tiinius, -11s. 120.
sur, sein- : seri ; 356.
sèrmoûze, 357.
Serwy, 125.
Sextius, Sextus, 120.
sier, sierplant, 11., 356
sigillar-icius, sigill-aricius
176.
signon, chignon, 'A5~.
Sinionet, -in, 128; Simonis, y. Si-
moiis, 126.
Sinet, 128.
single, 116.
singote, 352.
sir, sire, sîrès, 353-358.
sir et si avant, 354, 356.
sir (schnell), 358 ; sir (sehr), 358.
sire (bonne chère), 357.
sire (bien et — ), 357.
size, sîzeû, sizète, sizerèsse, sizène-
resse, sizerète, 217.
skète, 3a4-
slink, link, ail., 33o.
snoufer, 358.
sole, solelb, solo, sololh, soloter, 358.
Solwaster, 269, 286.
sopène, chopine, 357.
soperèce, 218.
Sopliie. 1 iii.
sorno, 123.
solcheri, 218.
sot), 197.
soiircronte, 357.
souyi, soyî, 80, 260.
spiron, 29.
spîterê, spitrai, 179, 218.
spiyer, spiyî, 25g.
sporon, 340.
sqwére, 32g.
-sf, 280.
-*/.-/. toponymie fluviale. 280.
staad, stad = gestade, 276.
Stabelasco, 1 1 4 -
Stabroeck, 281.
stad. stat, statt, etc., 27<i-7.
stad, stade, sk'de, stide. 277.
stade. 2IS 3.
staden, stayen, 281 .
stadon. stedon, stedun, 277.
stiidte, statte, stette, 277.
stadten, stetten, steten, stetin, 277.
stani-, 333.
stamm, 333 ; stainmenee, -gast, -tisch.
334-5.
s t a 111 e 11 , 333.
stamenee, 11., 337.
creajuv, (Tcafjitç, 333.
slaminai, 336 ; staminea, 336.
staminée, 335, 337.
staminée, -èye, 34o.
staminèt, montois, 335; picard, 337U.
stamini, 34o.
stamon, stamounire, 33g, 34o.
stare, starium, starrium, star
rum, 265.
stare et ster, 264-8.
s tari , 284.
Stas, Stasse, 128; Stasquin, Stassart,
Stassin, 12g.
stat, cf. stad.
stat, de bofl'stat, 274.
statbs, -dis, -this., got., 276-7.
- 4i4 -
-i.i\ en, -Si . 282.
■ste,
stetle « ail. pièce, 274.
le, stett, stee, -ste, -st, 279-281.
nk. 279.
-ici-, une. vvall., 265.
. Etude sur le suff. ster, 264-
ce qu'il 1:1111 penser de L'expl.
par stare, 264-8 : <l«'s noms comm.
stier, ester, estier, 267-8; hypothèse
de Kurtli, 268 : liste de formes
tirées des chartes, 269. Autre mé-
thode d'investigation, 270: liste de
formes en -stè, -stet, -steit, -stay,
271 : hoster-hostert démontrés iden-
tiques à hofstet, 127')-"); donc -ster,
stert = stet, st./t. etc., 270; staths
place ci staths rivage, 276; que
■«fer se rapporte au premier, 277;
phonétique îles variantes de ste^
et de ster, 277-282 ; recherche du
-.•11- exact de -ster, 28:2-4 ; époque
de création des établissements en
■ster, 284-9.
ster al tendre 1, 264.
ster g r a n gi a, 2S4.
ster, 1 1 3, 27s . -stère, 127s.
Steria, 267, 285, 28.).
Mer-, 270.
-stert, 277.
stessinerèce, 2 is.
sti, stou, stu, 266 n
-tiilc. --tic. 2X1 .
stiènoi, 263.
-lier, stir, 278, 27:).
-lier, m >in comm., 267.
11, stiermi, 263.
-. Micr-. 269.
enard, Stievenet, 128.
Stil.i. [20.
.
Iiestat, 283 ; Stockem, 244.
. 12...
straat, strasse, 9trata, strée 2-0.
Striiliu. 1 20.
sfrinde-étreindre, sfrumer-étrenner,
32.
stûdî, 359.
Su I 1 a . 120
Surister, 286
sinry (seuil), 84-
Swind, 122; Swindebald, Zweuti-
bold, 122.
szopka (bethléem polonais), 141.
Tanstettin, 283.
tant-ce qui, 1 — <i.
tapeû, taperèsse, 177.
tarnîr, 260, 263.
Tasquin, 12;).
tasson, 29.
t astre, tastrè, 179, 218, 219.
T aurus, 121.
tchak, tchakter, -erèce, -erèsse. 219.
tchambrîr, 263.
tchame, tchamelou, '2.\\).
tchamosser, -i, 227.
Tchan-dâ-oinl, 236.
Tchantchè, 160.
le ha nie ré, -eryè,-erê, 219.
tchapitré, 219.
tchàtchoùle, 234-
tchaudîr, 263.
tché. tchètt, tchin, 76, 77.
tchèfyerèce, 219.
tchèdron, 197.
tchèrfyi, -ér, 258.
tchèrîr, 2(>3.
tchèrpètî, tchèp'ti, 88.
tchètîr, 269, 263.
tchikèt, tchiketer, 2i<».
tchîr, 257, 260.
tchivrou, 359-
tchutchîr, 263.
/c/ie. tistre, 32.
tèssiner, 218.
testa, esta, 265.
Textor, i2.">.
Theis, 128.
Thémistoclês,Théodotos,Thérèse,iig.
- 4i5 —
Thijs, This. Theis,Thissen,Thisken,
-kin. -quin, -quen, 12S.
Thimister, Thinwister, Thiwister,
125, 169, 270.
Thomassin, 128.
tiène, tièr, tièrme. terme, 1 n ~> .
tike, 238 11.
Timothée, 1 19.
tinderé. tindrê, 179, 219.
Tirhstetti : Tiufstadum, 284.
tœmèy (tomber), 258.
tombeù, io\.
tonderèce, 220.
Tonnart, 129.
Toponymie. — 1. partie historique :
les diverses étape- des recherches
toponymiques en Belgique, <)8-io4 :
glossaires top. publiés. 104.-100 : la
prétendue banalité des noms de
lieux, io3-h>4 ; la prétendue insta-
bilité des noms de lieux, io3 ;
qu'est-ce qui est important dans
l'explication de ces nom- au point
de vue historique. 104 ; importance
historique de la toponymie wal-
lonne, 45 : noms géographiques et
noms toponymiques, iG ; toponymie
d'origine germanique en pays wal-
lon. i3; la toponymie démontre le
recul du thiois, 16. Des carte- :
cartes de l'Institut cartographique
militaire, 92: cartes, plans, atlas
cadastraux, 92. io3; cartes an-
ciennes, 93 ; exemples de caco-
graphie toponymique, 104.
II. partie pratique : comment il faut
faire la toponymie d'une commune.
90-98; but des concours de topony-
mie créés par la Soc. de Litt. wal-
lonne, 91 ; la top. relève de la
linguistique, 91 ; connaissances
nécessaires pour exécuter le tra-
vail, 92 ; a) partie topographique,
exploration des lieux, 92, 102 :
descriptions topographiques, car-
tes, 92, 108-112; point de vue
topographique et point de vue topo-
nymique, 107 ; b) partie historique,
exploration dans les archives, g3,
102 ; contrôle des matériaux : que
l'œuvre doit être surtout documen-
taire. 106: mettre en garde contre
les jongleries étymologiques, g3-
9") : conseil d'exécuter le travail en
collaboration, 94 : conseil aux lec-
teurs d'archives, 94. Plan de la
topographie d'une commune, 96 ;
pour et contre l'ordre alphabétique
des articles, 9G, iio-m; constitu-
tion de chaque article, 96-97, 108-
1 10 : contre les divisions trop nom-
breuses, m. Proposition de créer
un glossaire général de toponymie
wallonne. 97 ; le Dut. wallon doit
faire une place aux noms communs
toponymiques, 97: vœu en faveur
d'un recueil de toponymie ancienne
de la Belgique, 1 15.
Tordeur, 125.
toûbac, 220.
toûnerèce, 220.
toupîr, 1er : fourbir, 264.
toûrsiveûs, 248.
trait. 11 G.
traoa, 35g.
treuye ; treùtir. 264.
trifouiller. 237.
tripe dès poyes, 3 18.
tripoter, tripatouiller, 23o.
trir, 2Gt, 264.
triuve (trêve), 81.
trompereaux, 220.
troufion, 326.
truicerèce, 220.
Tubero. Turpio,i20.
twèrtchî, 233.
û (oculum), 35g.
û-ce qui, 175.
uchîr, 264.
Urban, -ain. Orban, 243.
— 4i6
nos, l U I •
\ ucuerosse, 198, 220.
1 :iill \. n.inlr.ti. I 7!). 220.
\ «reu, \ narengsl . ^s"-
\ u i- ro, \ a rus, 120
uatchi, oatcherès8e, ■ 77.
x .• h ère, \ «■ h i c u l u m, \\ agen, 3
\ ■>■ . \><.
uenterèci 230
\ ercingelorix, i 22.
\ erken, 127.
verloreubrod, -hoek, -kost, ^42
\ ernogenos, 121.
oèrou,
r, rlirc. 220.
\ en ier, 1 2">
- .-. oetrai, 1 79, ^ï».
t'ftrir, --1(14 ; «ryi. uîr, a < i 4 •
oi-toari, ui-ioarrease, 177
\ i;i h eg ; videre \\ issen, 3.
Vidugeuos, 12 1 .
ville, u(i ; ville, 104
oindeû, erèsse, 177.
rir, 264.
\ isitatîon, 93
\ e tell ii, 121.
\ oi tarais, 220.
ooteûr, oolerèsse, 177.
\ urst, 2S] .
- 201.
voutri, i^t ; 4 .
d ancien picard, Si .
8o-8i
SVaal le wallou |, waalscb (de Wal-
lon . 2.
.. vehieulu m, 3
- lel ter. Si .
••
:4-
e, 283-4.
Walenstad, 277.
walhnot. walnuss, 3
Wallenstedt, 283.
Wallon. — 1. Généralités, origine des
Wallons et «lu wallon, 1-11 ; senti-
iiicni du public ; U' mot wallon au
-eus de patois, 1-2; Valah, Gitlli,
<j;il,il;ii. Keltai, 12-4 ; les sens eth-
niques du mol wallon, $-(5 ; sens
historique. 7 ; sens linguistique res-
treint^; li mi les du dialecte dit wal-
lon. 7-8 ; 3 a-l-il une langue wal-
lonne.' S. — II La frontière linguis-
tique du côté germanique; cause de
la limite septentrionale, flamand =
francique, 5, i2-i3 ; limite orien-
tale, i3 ; adoption de nombreux
termes germaniques, i3 ; germani-
sation de la Wallonie allemande,
17 ; action du flamand sur le
wallon et du wallon sur le fla-
mand, 22 Lutte entre wallon et
français à l'intérieur : préjugé que
le w. est du français abâtardi,
2, 2b; désorganisation du w. et ses
causes, 19 ; compression du wallon
par l'instituteur, 19, 27 ; utilité du
w. dans renseignement connue
langue comparative, 28-33 : le w
supplanté par le français dans la
bourgeoisie, 18-19 > renaissance
littéraire du wallon. 20. La Bel-
gique bilingue, deux sortes de
bilinguismes, i^-iô; le mouvement
flamand dirigé contre le français
et le wallon, 7, 17-18 ; causes (pli
prolongeront la durée du wallon,
9. — III. Caractères du wallon, 44 ;
caractère concret de son vocabu-
laire. 27 ; sa parenté avec le fran-
çais, 10. 44 ! s;l parenté avec l'al-
lemand, 10 ; son importance dans
le cercle d'étude des langues roma-
ne-. 45.
Wàlsch, welscb, 2, 3.
4i: -
Waltrou. Waltrude, 129
warechaix, 1 i3
Warmosté, 280.
waucrer, waumoner, 81.
wauferê, waufret, 220.
iv n yen, N4 .
wazon, '>4<>.
ivé-gué, 81.
wech-wigch, 122.
weder-weer, 36i .
weg -v i a, ">.
-weiler, 1 14. 276.
Weisgerber, 12.V
Wenbister, -steit, 271. 279.
ivêre. minrc. '>"»<).
wérihas', i<>4-
Westphal, 1-"'.
mire. 1 7<>.
m iler. 33 1 .
Willemart, -met, -mot, etc.. 128.
Willerieken, 1 i3.
winre, wêre, 35g.
wisch, wisseii, wisten (saule), 280.
wissen -videre, 3.
wite. Witekind, 122.
Wolf, 127 ; Wolfsté, 279. 2S2.
Wouverstede, Wyverstede, 284.
y, 81-82.
y- a i'c. 267, 2")<).
Yadjnadatta, 119.
yèbe di pores. 29.
Youmblut, 24s.
Zabè, 129. 1G0.
Zander, Zannequin, 129.
zeer. 35G ; zier. zierde, 356.
Zwentibold, 122.
Table des Matières.
Avant-propos.
Liste des souscripteurs.
Bibliographie.
I. Articles de vulgarisation et d'organisation :
I. La race et la langue wallonnes i
II. Le français et les dialectes romans dans le Nord-Est. n
III. Avertissement pour le Projet de Dictionnaire wallon. 20
IV. Quelle place le wallon doit-il occuper dans rensei-
gnement en Belgique romane? 25
V. Rapport sur la philologie wallonne 34
VI. Discours sur l'utilité du Dictionnaire wallon ... 42
VII. Instructions à nos correspondants du Dictionnaire
wallon 47
VIII. Rapport sur le Dictionnaire wallon 53
IX. Principes d'orthographe wallonne 72
X. L'orthographe du dialecte de Franieries ~\
XI. La zone picarde-wallonne 85
XII. Pour la toponymie wallonne 90
XIII. L'état des études toponv iniques en Belgique ... 98
XIV Les origines et la signification des noms des per-
sonnes, spéc. en pays wallon n5
XV. Inscription de la Vierge de Walcourt i3o
XVI. Le Bethléem verviétois i33
II. Préfixes et suffixes 175-289
Afice-qui, 175 ; -aricius, 176 : be- 221 ; ca-, 222; far-, 237;
-han, 238 ; -ir, 20- ; -s ter, 264.
III. Articles d'étymologie et de sémantique 290-3G1
l'n projet d'article sur la préposition à, 290; — àbète, aubette, hou-
bote, dihobier : huvéte, honoirète, 3i3; — acmioêde, acmwèce, èc'mô-
dre, 3i4; — assez, 3l6; - beuilli, 817 ; — hièbe du bon, 317; —
bore, borer, boni ; beùre ; bure, burin, 3i8 ; — bricelet, 3i8; —
brosder, broster, brosse, broussin ; breûsse, breùsti, etc., 322; —
cabossi, 3a3 ; — caca-laids-oûys , 324 i — calôgne, 324 ! — chèrbin,
hèrvê; escarbille, 325; — cirion, clans de cirion, 325; — clintch-
bowe, 326; — cousîre, 327; — crayer, 33i ; d'zi, 332; — Sjâwan,
— 42o —
estaminet, staminé, stamon, slamonîre, staminée, etc., 333:
furloricosse, Floricosse, 3^s ; grimaud, grime, grimelin,
groubié, roubié, groubiote, groubieûs, 344 : — grouiller,
rouiller, 345; hàrkê, harke, harcot; coûbe, 34<i ; — maoi, 348 ;
mèsblotch, mèsplègi, mèsbrufyî, 34^; — napê, napion, nawê, canawê,
carnawê, cârpê, carpion, 34<) ; —porsome, forson, 35o ; — Prâyon,
proyé, etc . 35] ; qwaqwa, 35l : — si/igote, 352; — sir. 353: —
*.,/,.. 358 ; winre, 35g.
|\. l.i CHAT VOLANT DE VlKVIKKS 3(>3
Corrections et additions *Wç)
Index philologique 3gi
OCT 1 S '.567
PC Feller, Jules
30^2 Notes de philologie
*4 wallonne
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