Grus monacha

La Grue moine (Grus monacha) est une espèce d'oiseaux de la famille des Gruidae. Elle se reproduit principalement à l'est de la Russie et migre en Chine, en Corée et au Japon.

C'est un oiseau au plumage globalement gris ardoise, sauf la tête qui est blanche avec une portion de peau rouge à l'avant. Sa migration lui fait parcourir plusieurs milliers de kilomètres, de l'est de la Russie, autour de la Léna et de l'Amour, jusqu'à la Chine, la péninsule coréenne et le Japon. L'île Kyūshū, au sud du Japon, accueille 80% de la population mondiale en hiver.

Discrète et silencieuse durant la reproduction, la Grue moine niche dans des zones humides où elle peut se cacher dans la végétation. Elle construit un nid en plateforme constitué de végétaux et de tourbe agglomérés, puis donne naissance à un ou deux petits.

Durant l'hiver, les Grues moine se rassemblent en colonies à proximité de rizières, de prairies et de vasières. Elles y cherchent leur nourriture en petits groupes familiaux, qui comptent les parents et leurs petits, ou en groupes plus importants. Elles sont omnivores et se nourrissent de céréales, de baies, de plantes aquatiques, de petits amphibiens ou de larves.

Le nombre de Grues moine a augmenté de plusieurs milliers d'individus depuis les années 1990, notamment grâce au nourrissage artificiel des deux principales colonies hivernantes, à Izumi et dans la baie de Suncheon. Elles restent néanmoins vulnérables à la dégradation de leur habitat, aux dérangements et à la grippe aviaire.

La Grue moine est très proche génétiquement de la Grue à cou noir (Grus nigricollis), qui vit sur le plateau tibétain. Elle s'hybride parfois avec la Grue cendrée (Grus grus).

La Grue moine est un grand oiseau au plumage majoritairement gris ardoise. Ses rémiges primaires et secondaires, sa queue et ses plumes de couverture sont noires[1]. Seule sa tête est blanche, avec une zone de peau nue et rouge à l'avant, partiellement couverte de fines plumes noires au-dessus du bec[1]. L'œil est couleur noisette ou brun avec des reflets jaunâtres, et entouré de paupières couleur corne, comme le bec. Les pattes sont gris noir[1]. Elle est très légèrement plus petite que la Grue cendrée (Grus grus) et généralement d'un gris plus sombre, mais elle s'en distingue surtout par sa tête blanche[2]. C'est l'une des plus petites Grues, avec la Grue demoiselle (Grus virgo)[3].

Les juvéniles, pendant leur première année, ont des plumes noires et blanches sur le sommet de la tête, et des plumes brunâtres sur la tête et le cou[1].

Il n'y a pas de dimorphisme sexuel, bien que le mâle soit en moyenne légèrement plus lourd (3,9 kg contre 3,5 kg pour la femelle). L'aile pliée mesure environ 50 cm, la queue 15 à 20 cm, les tarses 21 à 22 cm et le culmen (ligne supérieure du bec) 10 à 11 cm[4].

Comme chez la plupart des Grues, la trachée de la Grue moine est enroulée dans son sternum, ce qui lui permet d'émettre un son trompettant qui ressemble beaucoup à celui de la Grue cendrée[2].

La Grue moine est un oiseau migrateur, qui se reproduit majoritairement dans l'est de la Russie et passe l'hiver en Chine et au sud du Japon et de la péninsule coréenne[5]. Au cours de sa migration, elle peut parcourir près de 3 000 km, en volant à une vitesse atteignant 108,9 km/h et à une altitude maximale de 2 440 m au-dessus du niveau de la mer[6]. Bien que la Grue moine occupe des zones humides, surtout en période de reproduction, elle y est moins attachée que d'autres espèces plus aquatiques, comme la Grue de Sibérie, la Grue du Japon et la Grue à cou blanc. Son habitat hivernal est varié et comprend également des prairies et des terres agricoles[7],[8].

La quasi-totalité des Grues moine se reproduit à l'est de la Russie, dans une zone ininterrompue entre le plateau de Sibérie centrale, en Iakoutie, et les monts Sikhote-Aline, à l'extrême-est du pays[9],[10],[11]. Les principales zones de reproduction se trouvent dans les bassins de fleuves ou de rivières : la Léna, l'Amour, le Viliouï, l'Aldan, et autour de cours d'eau de moindre envergure comme la Samarga (en) et la Bikine[9]. Deux petites populations se reproduisent au nord-est de la Chine : l'une dans le Petit Khingan, autour de la rivière Oussouri, l'autre à proximité des lacs Hulun et Buir en Mongolie-Intérieure[11]. On suppose qu'elle se reproduit également en Transbaïkalie, près du lac Baïkal, et en Mongolie, mais aucun nid n'y a été étudié[9],[10]. La majorité de son aire de reproduction est couverte par le pergélisol[11].

Quelques individus non reproducteurs passent l'été en Transbaïkalie, dans l'oblast de l'Amour, en Bouriatie, en Mongolie et dans la région chinoise de Mongolie-Intérieure[7].

Photographie d'un groupe d'oiseau en train de voler au-dessus d'une ville.
Des Grues moine en migration au-dessus de Seosan, à l'ouest de la Corée.

Lors de la migration automnale, de grands groupes de Grues moine font halte dans la réserve Muraviovka, dans l'oblast de l'Amour, pendant environ un mois et demi[9]. D'autres populations de taille variable font halte chaque année dans différentes zones humides de Chine, comme le lac Poyang, l'île Chongming (en), le lac Dongting et dans la province de Hubei[10], ainsi que dans la péninsule coréenne, notamment en Corée du Nord[12].

La plupart des Grues continuent ensuite leur migration par la péninsule coréenne, en longeant la côte ouest ou le Nakdong, pour rejoindre Kyūshū, une île au sud du Japon[9],[12]. Près de 80 % de la population mondiale hiverne sur l'île, principalement près d'Izumi. Certaines années, jusqu'à 15 000 individus peuvent s'y rassembler, dans une petite zone d'à peine plus d'1 km2[10]. Quelques individus hivernent également autour de Shūnan et Isahaya[7]. La baie de Suncheon, en Corée du Sud, accueille une colonie de plus en plus importante (entre 1 000 et 1 700 individus, voire plusieurs milliers), qui bénéficie de nourrissages artificiels[7],[10].

Une autre route migratoire, moins empruntée, suit la baie de Bohai pour rejoindre les sites d'hivernage chinois[12]. En Chine, l'espèce hiverne surtout à l'ouest du Yangtsé. Le lac Shengjin est la principale zone d'hivernage de l'espèce dans le pays, avec quelques centaines d'individus[13],[14],[12].

De jeunes individus erratiques sont parfois observés aux Philippines, au Pakistan et à Taïwan. En 2020, une jeune Grue moine est observée en Alaska, parmi une colonie de Grues du Canada qu'elle aurait suivies en migration[15].

Photographie d'un grand groupe de Grues en train de voler.
Des Grues moine en hivernage à Izumi, qui accueille 80% de la population mondiale.

Durant les migrations et en hiver, les Grues moine se rassemblent en colonies plus ou moins grandes, dont la taille est influencée par la disponibilité en nourriture et la fréquence des dérangements[16]. Son comportement est assez semblable à celui des autres Grues : la journée est occupée par la recherche de nourriture, puis les oiseaux rejoignent leur dortoir le soir, à la tombée de la nuit ou avant. Dans les dortoirs, les individus restent légèrement écartés les uns des autres, probablement afin de pouvoir s'envoler facilement[17]. En journée, les Grues moine se rassemblent en petits groupes familiaux comptant les parents et un ou deux gruaux, ou bien en groupes plus importants comptant plusieurs familles[18].

Une étude menée sur la population hivernale du lac Shengjin a montré que les Grues moine y fréquentent principalement les rizières adjacentes, les vasières et les marais[19]. Elles y passent la majorité de leur temps à rechercher leur nourriture, avec des pics d'activité en milieu de matinée et dans l'après-midi, et une pause entre 12h et 14h durant laquelle elles passent plus de temps à se reposer et se toiletter[19].

D'autres espèces peuvent être présentes sur ses aires de rassemblement, comme l'Oie des moissons (Anser fabalis), l'Oie rieuse (Anser albifrons) et l'Oie naine (Anser erythropus), avec qui elle peut entrer en compétition[16]. Elle rencontre d'autres espèces de Grues sur ses aires d'hivernage, notamment la Grue à cou blanc (Antigone vipio), dont 40% de la population mondiale hiverne à Izumi[20], et elle s'associe souvent à la Grue cendrée lors de ses migrations[21].

Photographie d'un groupe de Grues debout dans un champ moissonné.
Un groupe de Grues moine dans un champ, en hiver.

En période de reproduction, la Grue moine cherche principalement sa nourriture dans des rizières et dans des prairies[16]. Elle est omnivore et se nourrit entre autres de baies (canneberges, myrtilles) et d'autres plantes, d'amphibiens (Bombina bombina, Salamandrella keyserlingii, Rana limnocharis, Hynobiidae) et de larves de moustiques[22],[23]. La présence d'eau lui est nécessaire pour se nourrir et nourrir ses petits[23]. En hiver, elle se nourrit principalement de céréales qu'elle glane dans des champs, comme du riz, du blé et de l'orge[22], et également de plantes aquatiques (Vallisneria, Potamogeton) dans des vasières[24],[14]. Sa fréquentation des terrains agricoles résulte de l'adaptation de l'espèce aux nourrissages artificiels et à la réduction de son habitat naturel[8].

Dans les zones où les dérangements sont fréquents comme les rizières ou les abords de villages, les Grues passent plus de temps à surveiller les alentours, ce qui réduit le temps passé à se nourrir[24]. Dans les groupes familiaux, les parents sont très attentifs à leur environnement pendant que leurs petits se nourrissent, et passent donc moins de temps que les juvéniles à se nourrir[24]. La taille des groupes et leur dispersion sont variables selon la période et la disponibilité en nourriture. Par exemple, les Grues moine fréquentent principalement les rizières au début de l'hiver, puis à mesure que les ressources y diminuent et que le travail agricole commence, elles se déplacent vers les prairies[25].

La maturité sexuelle est probablement atteinte à partir de trois ans, voire plus[21]. La période de reproduction s'étend d'avril à mai[26]. Au début de cette période, les couples émettent des chants à l'unisson, qui sont des chants synchronisés entre les deux partenaires, accompagnés de danses et de postures spécifiques[21]. En général, le mâle émet un chant disyllabique, auquel la femelle répond par un chant long suivi d'un chant court[21].

La Grue moine est discrète en période de reproduction[7]. Son plumage lui permet de se camoufler parmi les jeunes bouleaux et mélèzes (mélèze de Sibérie et mélèze de Dahurie) qui entourent les marais où elle niche[21],[27]. Son habitat en période de reproduction est surtout constitué de zones humides reculées dans la taïga ou dans des vallées montagneuses[7],[21],[28]. Elle choisit principalement des marais en zones forestières, avec un sol gelé une partie de l'année et des îlots[29]. La dégradation de son habitat l'impacte moins que d'autres espèces, comme la Grue du Japon ou la Grue à cou blanc, car elle se reproduit dans des zones isolées et impropres à l'agriculture[7].

Le nid est une plateforme constituée de végétaux. La base est généralement un amas de sphaignes, de morceaux de tourbe et de rhizomes de carex, sur laquelle les Grues rajoutent des tiges et des feuilles de carex et des branches de bouleaux, parfois de mélèzes[21],[27]. Paul A. Johnsgard décrit un nid d'environ 20 cm de haut, un diamètre à la base entre 75 et 80 cm et au sommet de 40 à 45 cm[21]. Lors d'une étude comparative menée en Chine, les nids observés étaient tous entourés d'eau (des petits cours d'eau saisonniers ou des petites mares) et situés sur des hummocks de pergélisol[30]. Une certaine profondeur de l'eau autour des nids pourrait les protéger de mammifères potentiellement prédateurs, comme le Sanglier (Sus scrofa) et le Chevreuil d'Asie (Capreolus pygargus)[23]. La végétation environnante utilisée pour leur construction comprenait de la Spirée à feuilles de saule (Spiraea salicifolia), des morceaux de bouleau (Betula ovalifolia) et de mélèze, et des plantes herbacées (Carex schmidtii, Calamagrostis angustifolia)[30]. Il est possible que les couples réutilisent le même nid d'une année à l'autre[21], bien que durant l'étude menée en Chine, aucun nid n'ait été réutilisé[23].

Les parents restent très silencieux durant l'incubation, y compris en cas de dérangement, auquel ils réagissent en s'éloignant à travers la végétation ou en volant à plusieurs centaines de mètres[31]. La ponte a lieu entre fin avril et début mai[27]. La nichée compte généralement deux œufs qui pèsent entre 149,6 et 159,4 g[21],[32]. Ils sont couvés pendant 27 à 30 jours[8] par les deux parents, principalement par la femelle au début, puis le mâle y passe plus de temps la semaine qui précède l'éclosion[33].

Il faut 24 heures au gruau pour éclore, entre les premiers pépiements à travers sa coquille et son éclosion complète[33]. Il pèse en moyenne 89,3 g à l'éclosion[32]. Avant même l'éclosion, le gruau émet son premier son, un pépiement vibrant qui exprime la détresse. Un nouveau pépiement apparaît à l'âge d'un jour ou deux, plus fort et répété en rythme. Il subsiste durant toute la première année de vie[33]. À l'âge de trois jours, le premier gruau à avoir éclos (qui est aussi le plus lourd) peut s'éloigner d'environ 20 mètres du nid. Le mâle s'en occupe, pendant que le second gruau reste au nid avec la femelle[33]. À partir de leur cinquième jour, les gruaux peuvent suivre leurs parents sur 250 mètres, puis au bout d'une semaine ils peuvent parcourir près de 2 km. La famille s'installe alors dans des zones humides à l'écart du nid[33]. Les jeunes prennent leur envol au bout de 75 jours[33],[32],[8].

Photographie d'une Grue cendrée, une Grue moine, et deux jeunes Grues hybrides posées dans un champ.
Une famille hybride, avec deux juvéniles.

Elle s'hybride quelquefois avec la Grue cendrée (Grus grus) qui partage une partie de son aire de reproduction, notamment autour du Viliouï. La première observation documentée d'un couple hybride remonte à 1865[34]. Quelques couples interspécifiques sont observés chaque année en Russie[9] et à Izumi[21],[35].

Les effectifs de la Grue moine ont augmenté de plusieurs milliers d'individus en quelques décennies. Dans les années 1960, on ne recensait que quelques centaines d'individus[6]. La population est passée de 9 600 dans les années 1990 à 14 500 ou 16 000 à l'hiver 2014-2015[7]. Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), la population totale en 2025 peut être estimée entre 15 000 et 18 000 individus, pour une population mature estimée entre 9 750 et 13 500 individus[36].

Bien que la population totale de Grues moine augmente, il y a des disparités selon les populations locales. Elles sont de plus en plus nombreuses sur certains sites d'hivernage, notamment où elles peuvent bénéficier de nourrissages artificiels, comme à Izumi ou dans la baie de Suncheon, tandis qu'elles restent stables ou diminuent dans d'autres petites zones[36].

Les premières traces de la colonie d'Izumi remontent au XVIIIe siècle. Elle a commencé à se former lorsque les daimyos locaux, le clan Shimazu, a fait remettre en état des terrains agricoles à proximité de la ville[37], dans une zone humide baignée par plusieurs cours d'eau[20]. Après une augmentation dans les années 1920 et 1930, la population hivernante d'Izumi a drastiquement baissé durant la seconde guerre mondiale. En 1945, la construction d'un aéroport à côté de leur site d'hivernage a causé une nouvelle chute des effectifs[27]. La colonie accueillait 200 à 300 Grues dans les années 1950 et a été déclarée « Monument naturel » en 1952, puis un programme de nourrissage artificiel a été initié en 1963, ce qui a donné lieu à une augmentation constante de la population jusqu'à aujourd'hui[27],[20]. En 2021, plus de 15 000 individus hivernants ont été comptés rien qu'à Izumi[36] et le site a été inscrit à la convention de Ramsar[20]. La Grue moine partage cette aire d'hivernage avec la Grue à cou blanc, la Grue cendrée, la Grue de Sibérie, la Grue du Canada, la Grue du Japon et la Grue demoiselle[20].

Photographie d'un grand groupe de Grues serrées les unes contre les autres.
La forte concentration d'individus dans les zones d'hivernage augmente le risque d'épizooties.

Étant donné sa grande taille, la Grue moine a peu de prédateurs naturels. Il est possible que les œufs soient vulnérables à certaines espèces d'oiseaux comme le Busard tchoug (Circus melanoleucos), la Bondrée orientale (Pernis ptilorhynchus) et la Cigogne noire (Ciconia nigra)[17]. Les nids peuvent être piétinés par des grands herbivores comme le Wapiti Manchurian (Cervus canadensis xanthopygus) ou le Cerf élaphe (Cervus elpahus)[17]. Le Chevreuil d'Asie (Capreolus pygargus) et le Sanglier (Sus scrofa) représentent également de potentielles menaces pour les nids[23].

Dans sa zone de reproduction, la Grue moine a besoin d'un habitat bien précis : des zones humides forestières qui ne soient pas trop couvertes d'arbres, car cela l'empêche de s'envoler en cas de danger, mais avec suffisamment de buissons pour cacher son nid[23]. Cet habitat peut être détruit par les feux de végétation et l'exploitation forestière[28],[16]. La fonte du pergélisol, due au dérèglement climatique, déplace les limites de son aire de reproduction vers le nord[23].

Mais elle est surtout impactée par la dégradation des zones humides où elle peut hiverner. Son habitat est notamment dégradé par le drainage agricole, ainsi que par la construction de barrages et l'urbanisation des zones côtières en Corée du Sud et en Chine[16],[13],[28]. Dans le principal site d'hivernage de Chine, le lac Shengjin, la pêche intensive et l'élevage des Crabes chinois (Eriocheir sinensis) détériorent la flore aquatique dont l'espèce se nourrit[24],[14]. La construction d'un barrage a également modifié le niveau de l'eau dans les différentes parties du lac, ce qui impactent les oiseaux migrateurs qui y font halte[24].

Des infrastructures humaines comme les lignes à haute tension augmentent sa mortalité. Elle est parfois tuée illégalement par des agriculteurs lorsqu'elle se nourrit dans les champs de maïs[16], et peut être dérangée lors de sa recherche de nourriture par des passants, du bétail ou des véhicules[38].

Comme le nombre de sites diminue, les Grues moines se rassemblent en plus grand nombre sur de petites zones, ce qui favorise les épizooties[6],[39],[28] : la grippe aviaire a tué 221 individus à l'hiver 2022 dans la baie de Suncheon, et plus de 1 200 individus au total en sont morts entre 2022 et 2024 sur l'ensemble de la population au Japon et en Corée du Sud[16]. Une étude de 2012 menée dans quatre populations hivernantes a conclu que la diversité génétique de l'espèce s'affaiblit, ce qui pourrait impacter sa capacité à s'adapter aux changements environnementaux[16].

Photographie d'un bâtiment avec des statues de Grues devant.
Le musée consacré aux Grues à Izumi.

Malgré l'augmentation du nombre de Grues moine, l'espèce est classée comme vulnérable par l'UICN[36]. Sa population est en effet relativement petite et vulnérable à la dégradation de son habitat ainsi qu'aux épizooties[36].

Elle est inscrite aux annexes I et II de la CITES, qui régule le commerce d'animaux sauvages, et l'annexe II de la convention de Bonn qui vise à protéger les oiseaux migrateurs. Plusieurs sites de reproduction ou d'hivernage sont protégés[16]. Birdlife International et l'International Crane Foundation, des associations internationales de protection des oiseaux, mènent des actions auprès des associations locales pour améliorer la conservation de l'espèce[16]. L'International Crane Foundation cherche notamment à protéger les zones humides du bassin de l'Amour et du Heilongjang, un espace clé pour la Grue moine en hiver, ainsi que pour d'autres espèces de Grues — la Grue du Japon (Grus japonensis) et la Grue à cou blanc (Antigone vipio), qui s'y reproduisent, et la Grue de Sibérie (Leucogeranus leucogeranus) qui y migre[40].

Les colonies de la baie de Suncheon et d'Izumi sont nourries artificiellement. Bien que cette pratique favorise le risque d'épizooties, elle a aussi grandement contribué à l'augmentation de la population et à communiquer sur l'espèce auprès du grand public. Le nombre de bénévoles engagés dans des actions de conservation a augmenté, tout comme la couverture médiatique et les événements dédiés à l'espèce[16]. À Izumi, un musée comprenant un centre d'observation a été construit pour l'accueil des visiteurs[37],[20].

Illustration ancienne d'une Grue moine.
Illustration de Nicolas Huet le Jeune, dans le Nouveau recueil de planches coloriées d'oiseaux, 1838.

La Grue moine est une espèce monotypique, qui n'a pas de sous-espèce[9]. Elle fait partie de la famille des Gruidae, de la sous-famille des Gruinae, et du genre Grus, qui comprend sept autres espèces selon la classification de référence du Congrès ornithologique international (version 15.1)[41]. Cette classification est basée sur une étude phylogénétique menée en 2010 par Krajewski et al.[42]. Selon cette étude, la Grue moine forme un clade avec la Grue du Japon (Grus japonensis), la Grue blanche (Grus americana), la Grue cendrée (Grus grus) et la Grue à cou noir (Grus nigricollis). Elle est très proche génétiquement de la Grue à cou noir : les deux espèces se sont séparées il y a un peu moins d'1,8 millions d'années[43]. La Grue moine a également un comportement très similaire à celui de la Grue cendrée, avec laquelle elle s'hybride. Pour ces raisons, avant les avancées permises par la phylogénie, la Grue cendrée était parfois considérée comme l'espèce la plus proche[44].

La Grue moine est décrite par le zoologiste néerlandais Coenraad Jacob Temminck en 1835, sous le nom binominal Grus monacha[32]. Elle est parfois appelée Grus monachus[45],[46].

Son nom binominal est composé de Grus, le nom générique des Grues remontant au moins à Pierre Belon, et monacha ou monachus qui fait référence aux moines et s'applique à plusieurs espèces d'oiseaux qui semblent porter une capuche[47]. Elle s'appelle Hooded crane en anglais et Grou-de-capuz en portugais, ce qui signifie « Grue à capuche ». Dans plusieurs autres langues européennes, son nom fait référence aux moines : Mönchskranich en allemand, Grulla Monje en espagnol, Gru monaca en italien ou Monnikskraanvogel en néerlandais[48].

Elle est appelée Чёрный журавль en russe et 흑두루미 (heugdulumi) en coréen, soit « Grue noire »[48],[49]. Son nom japonais, 鍋鶴 (nabezuru), combine les kanjis pour « Grue » et « casserole », « marmite » ou « chaudron ». Ce nom vient du fait que la couleur de son plumage rappelle la suie déposée sur une casserole[50]. Son nom en chinois simplifié, 白头鹤 (Báitóuhè), peut se traduire par « Grue à tête cendrée »[51].

Pour le peuple Sakha, les Grues sont des oiseaux sacrés. Selon leurs croyances, les chamanes doivent se transformer en Grue moine pour atteindre le monde des esprits sombres, afin de prédire l'avenir et traiter les peurs[52]. À cause de son plumage sombre, elle est un symbole effrayant et est annonciatrice de mort[52].

Au Japon, qui accueille sept espèces de Grues, elles sont traditionnellement associées à la chance et sont présentes dans de nombreuses légendes[53]. Un double paravent décoratif du XVIIIe siècle, conservé au Minneapolis Institute of Art, représente cinq espèces de Grues dont la Grue moine[54],[55].

En Chine, les Grues en général ont une signification culturelle importante. Elles sont largement présentes dans la peinture, la céramique et le folklore, et sont considérées comme des symboles de noblesse, de sagesse et de longévité. Dans la mythologie chinoise, elles guident les âmes des défunts[40]. Grâce à l'importance culturelle des Grues, plusieurs dizaines de réserves ont été créées spécialement pour leur protection, notamment pour la Grue moine[40].

La Grue moine est représentée sur six timbres de quatre administrations postales différentes : le Japon (1992, 2007, 2015), la Corée du Nord (1965), la Mongolie (1985) et la Russie (1982)[56].

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