La crise du sujet moderne et son dépassement kinesthésique chez Proust Si nous partons de l'histoire que Proust fait raconter par son Je nar-rant, on peut voir qu'elle mène ce dernier par des chemins tortueux, des détours et des sentiers...
moreLa crise du sujet moderne et son dépassement kinesthésique chez Proust Si nous partons de l'histoire que Proust fait raconter par son Je nar-rant, on peut voir qu'elle mène ce dernier par des chemins tortueux, des détours et des sentiers égarés à travers la selva oscura d'une vie, tiraillé entre « souffrance » et « joie ». On a là d'un côté le besoin qu'a le Je en tant qu'écrivain de leur trouver une identité : c'est sa « vocation » (Recherche, t. IV, p. 478). Mais d'un autre côté, il est guidé dans cette entreprise par une exigence qu'il abandonne ensuite d'une manière mémorable : cette reconstruction littéraire devait faire du contenu de sa vie un « sujet philosophique » élevé au rang d'une « vérité abstraite » (Recherche, t. I, p. 176). En réalité, Proust met ici en scène un problème qu'il avait déjà écarté dans son étude préparatoire à la Recherche, dans Contre Sainte-Beuve 1. Mais, tel qu'il est repris ici, c'est précisément en tant que condition préalable nécessaire qu'il est mis en lien avec la réus-site de sa Recherche. Du début à la fin s'accomplit ainsi un processus par lequel, de manière exemplaire, une seconde époque moderne se substitue à une première. La Recherche se donne alors à voir comme un Discours de la méthode fondamental. Certes, elle ne s'exprime pas de manière aussi bruyante, impétueuse et provocatrice que les avant-gardes qui l'entourent. Pourtant, comme le montre l'attrait qu'elle exerce précisément sur les esprits à la pensée systématique du xx e siècle, elle a durablement fait entendre la voix d'une reconsidération fondamentale de l'époque. Elle stipule que le temps de l'orientation positiviste comme idéaliste de la pensée est révolu. La décadence est remplie de leurs chants d'adieu. Dès 1 Marcel Proust, Contre Sainte-Beuve précédé de Pastiches et mélanges et suivi d'Essais et articles, éd. Pierre Clarac et Yves Sandre, Paris, Gallimard, 1971, p. 211 sq. Par la suite, cité sous la forme CSB.