Books by Pierre-Jean Renaudie

Research paper thumbnail of D. PRADELLE, P.-J. RENAUDIE (éds.) Intentionnalité, sens, antipsychologisme

Georg Olms Verlag, 2022

Un siècle après l’acte de naissance officiel de la phénoménologie dans les Recherches Logiques de... more Un siècle après l’acte de naissance officiel de la phénoménologie dans les Recherches Logiques de Husserl (1900-01), les avancées enregistrées par la philosophie analytique du langage et de l’esprit dans la seconde moitié du 20ème siècle – de Quine à Putnam et McDowell – rendaient possible une réinterprétation et une réévaluation critique des thèses et des concepts fondamentaux de la tradition phénoménologique. En permettant de remettre en discussion certains des motifs cardinaux de la phénoménologie – qu’il s’agisse de son concept d’intentionnalité, de sa conception du sens et de la signification, des positions réaliste et idéaliste qu’elle a successivement endossées, ou de sa critique sans concession du psychologisme – cette variation originale sur les thèmes phénoménologiques devait contribuer à poser à nouveaux frais la question des rapports entre l’esprit, le langage et le monde, ainsi qu’en témoigne la réflexion philosophique de Robert Brisart (1953-2015), qui s’est consacrée à une telle relecture de la phénoménologie. Les études regroupées dans ce volume se proposent d’interroger le sens et de faire apparaitre les enjeux de cette démarche originale, afin d’en montrer la fécondité. //

One century after the official birth of phenomenology in Husserl’s Logical Investigations (1900-01), the philosophical outcomes that resulted from the progress made by analytic philosophy of mind and language within the second half of the 20th century – from Quine to Putnam and McDowell – legitimate a reinterpretation and critical reassessment of the main theses and concepts inherited from the phenomenological tradition. Not only does such a reappraisal provide the ground for a renewed discussion of some of phenomenology’s most fundamental insights, such as the phenomenological notion of intentionality, the analysis of meaning, the realist, then idealist claims that phenomenology has successively involved, or its uncompromising critique of psychologism; it also contributes in reopening the question of the relations between mind, language and reality, as demonstrate the works of Belgian philosopher Robert Brisart (1953-2015). The studies gathered in this volume interrogate the scope and meaning of this original approach of phenomenology, so as to highlight its philosophical fruitfulness. //

Ein Jahrhundert nach der offziellen Geburt der Phänomenologie in Husserls Logischen Untersuchungen (1900–01) ermöglichten die Fortschritte der analytischen Geist- und Sprachphilosophie in der zweiten Hälfte des 20. Jahrhunderts – von Quine bis Putnam und McDowell – eine erneute Interpretation und kritische Neubewertung der Thesen und Grundbegriffe der phänomenologischen Tradition. Da sie ermöglichte, einige der wichtigsten Motive der Phänomenologie neu zu diskutieren – ob es sich um ihren Begriff der Intentionalität, um ihre Auffassung von Sinn und Bedeutung, um die realistische und idealistische Thesis, die sie nacheinander eingenommen hat, oder um ihre scharfe Kritik an den Psychologismus handelt –, sollte diese neuartige Variation zu den phänomenologischen Themen notwendig dazu beitragen, die Frage nach den Beziehungen zwischen Geist, Sprache und Welt neu zu stellen. Davon zeugt die philosophische Besinnung von Robert Brisart (1953–2015), der sich einer solchen Rekonstruktion der Phänomenologie widmete. Die Absicht der in diesem Band zusammengefaßten Studien liegt darin, den Sinn und die Bedeutung dieses neuartigen Vorgehens ans Licht zu bringen, um ihre theoretische Fruchtbarkeit aufzuzeigen.

Contributions de : J. Benoist, R. Brisart, A. Dewalque, J. English, D. Fisette, B. Leclercq, M. Maesschalk, D. Pradelle, P.-J. Renaudie, D. Seron

Research paper thumbnail of P.-J. RENAUDIE, C. V. SPAAK (éds.) Phénoménologies de la matière

Editions du CNRS, 2021

La phénoménologie est née d’une interrogation critique sur la notion de « phénomène » et d’un eff... more La phénoménologie est née d’une interrogation critique sur la notion de « phénomène » et d’un effort pour recentrer l’analyse philosophique autour de la description des formes d’apparaître de ces phénomènes. Tout questionnement relatif au statut ontologique de la matière semblait ainsi avoir été d’emblée mis à l’écart ou secondarisé par cette orientation de l’analyse phénoménologique vers les modalités selon lesquelles les phénomènes apparaissent à la conscience.
Or, contre toute attente, la question de la matière a occupé une place très importante au sein de cette tradition philosophique, moins peut-être comme thème directeur que comme problème autour duquel elle s’est structurée et diversifiée. En dépit des divergences qui opposent les perspectives de Husserl et de Heidegger, de Scheler, Patočka, Sartre, Levinas ou Henry, la matière s’est imposée à chaque fois comme pierre de touche de la phénoménologie et de ses prétentions descriptives, lui imposant de ne pas arracher la description des vécus aux conditions concrètes et matérielles d’effectuation de l’expérience.
Le statut équivoque de la matière en fait ainsi le lieu privilégié d’une analyse des tensions constitutives de la méthode et de l’objet de la phénoménologie. Dans cette perspective, les contributions réunies dans ce volume, soucieuses de restituer toute la complexité des différents niveaux d’implication de la notion de matière, la prennent comme fil conducteur d’une relecture critique des moments essentiels de la pensée phénoménologique, tout autant que comme l’occasion de préciser et d’élargir le champ de ce qu’il est possible de décrire.

Research paper thumbnail of HUSSERL ET LES CATÉGORIES LANGAGE, PENSÉE ET PERCEPTION

Editions Vrin, 2015

« Mais de quoi parlions-nous ? » ne cesse de demander à sa fille Mme Armfeldt dans Sourires d'une... more « Mais de quoi parlions-nous ? » ne cesse de demander à sa fille Mme Armfeldt dans Sourires d'une nuit d'été, soulignant ainsi l'impossibilité de déterminer en toutes circonstances quel est l'objet visé aussi bien par notre discours que par notre pensée. C'est à cette difficulté que répond traditionnellement la théorie des catégories, nous permettant de comprendre comment les formes conceptuelles que nous of fre le langage peuvent articuler une référence à un objet déterminé, et établir un pont entre la pensée et la perception. C'est cette question que reprend à nouveaux frais Husserl dans l'ouvrage fondateur de la phénoménologie, les Recherches Logiques, où l'analyse des catégories se voit intégrée à une théorie originale de l'intentionnalité des actes de conscience de façon à décrire l'articulation du voir et du signifier, de la pensée et de la perception. A nouveaux frais, car la description phénoménologique renouvelle la question des catégories en la détachant des présuppositions métaphysiques qui en ont compromis l'analyse, et en refusant de projeter les structures du langage ou du jugement sur celles de la perception.

Chapters by Pierre-Jean Renaudie

Research paper thumbnail of The history of the phenomenological movement

The Routledge Handbook of Phenomenology and Phenomenological Philosophy (eds. Daniele De Santis, Burt C. Hopkins, Claudio Majolino), 2021

This chapter aims to draw a cartography of the phenomenological movement that presents the dynami... more This chapter aims to draw a cartography of the phenomenological movement that presents the dynamic specific to each of its main currents as well as their systematic and historical relation to each other. It presents the philosophical framework within which the ‘breakthrough of a newly grounded philosophy’, namely phenomenology, was made possible, and analyses the fundamental features that characterize this philosophical breakthrough. The chapter examines the different shifts that contributed to renewing the meaning and scope of phenomenology and constituted it as the tradition of thought that became the cornerstone of continental philosophy throughout the 20th century. The impact of Martin Heidegger’s hermeneutic shift on the phenomenological movement was strong enough to deeply modify the meaning, the scope and the goals of phenomenology. In order to describe the paradigmatic reversal of the intentional analysis operated by Emmanuel Levinas, Jean-Luc Marion coined the term ‘counter-intentionality’, which he later appropriated as a keystone of his own phenomenology of givenness.

Research paper thumbnail of The first breakthrough: psychology, theory of knowledge and phenomenology of meaning in the Logical Investigations 1

The Husserlian Mind (ed. H. Jacobs), 2021

The publication of the two volumes of the Logical Investigations at the turn of the 20th Century ... more The publication of the two volumes of the Logical Investigations at the turn of the 20th Century constituted, according to their author, the first breakthrough of an entirely new and original philosophical undertaking, which gave birth to the phenomenological movement. However, before Husserl’s later attempt to systematize the content and provide a unified interpretation of the methods of phenomenology, the strength of this breakthrough rested mainly on the new, though sometimes divergent, paths of investigation that phenomenology was able to open.
The purpose of this chapter is to present an overview of the main discoveries that gave rise to this phenomenological breakthrough and to provide a faithful account of its original philosophical claims – an account that resists the temptation of projecting onto the Logical Investigations an a posteriori interpretation based on a later stage of Husserl’s philosophical thought. The chapter will highlight the tensions inherent to Husserl’s phenomenological project, born from an original attempt to combine the resources of Brentano’s psychology with the logical expectations inherited from Bolzano’s philosophy and Frege’s antipsychologism. These tensions clearly appear if we pay attention to Husserl’s failed attempts to edit and rewrite the first edition of the Logical Investigations after he completed the first volume of the Ideas, which provides a transcendental and much more systematic framework for the phenomenological method. The chapter focuses in particular upon the ambiguities of Husserl’s early theory of meaning and points out the transformations of his conception of indexicals (or “essentially occasional expressions”) in order to shed some light on the tensions inherent to the Logical Investigations that the transcendental move towards a form of phenomenological idealism was expected to overcome.

A paraitre dans J. Farges, D. Pradelle (éds.) Husserl. La phénoménologie et les fondements des sciences, 2019

Ce chapitre analyse la relation problématique qui lie la phénoménologie à la psychologie afin de ... more Ce chapitre analyse la relation problématique qui lie la phénoménologie à la psychologie afin de déterminer la place spécifique qu'occupe cette dernière à l'intérieur du projet husserlien de fondation phénoménologique des sciences. L'hypothèse que ce texte s'attache à suivre et à démontrer est que c'est avant tout l'établissement d'une théorie phénoménologique de la signification qui a permis à Husserl de poser sur un mode essentiellement critique la question des fondements de la psychologie.

Phenomenologically Absurd, Absurdly Phenomenological

Performance Phenomenology—The Thing Itself, Palgrave Macmillan, 2019

Research paper thumbnail of P.-J. RENAUDIE: WAYS OF BEING GIVEN: INVESTIGATING THE BOUNDS OF GIVENNESS THROUGH MARION AND HUSSERL

in S. Lofts, A. Calcagno (eds.), Breached Horizons: The Work of Jean-Luc Marion, Rowman & Littlefield, 2017

Marion’s philosophical works extend the concept of givenness in order to provide new grounds to p... more Marion’s philosophical works extend the concept of givenness in order to provide new grounds to phenomenological description. Analyzing the breakthrough of phenomenology in Husserl’s Logical Investigations, Marion claims that phenomenology does not deal with the given but only with the very fact that the given is given, and relies on an absolute notion of givenness understood as a mode of phenomenality. Consequently, Marion’s third phenomenological reduction aims at bracketing everything but the pure “giving itself” of the phenomena, in order to reconduct the given (le donné) to givenness (la donation). Pointing out the limits of Marion’s reading of Husserl, this paper demonstrates the bounds of givenness and elaborates a phenomenological analysis of phenomena that does not need to presuppose a generalization of the concept of givenness. Husserl’s broadening of intuition must be understood as a way to make phenomenological description possible even when things are not strictly given.

à l'intuition, ou saisis dans l'immanence ; c'est donc à elle qu'il revient de fournir les gages ... more à l'intuition, ou saisis dans l'immanence ; c'est donc à elle qu'il revient de fournir les gages de cette transparence à soi de la conscience qui doit légitimer la description phénoménologique, et c'est encore sur elle que reposera la distinction capitale des Idées directrices entre les deux sens fondamentaux et irréductibles de l'être, l'« être comme conscience » et l'« être comme réalité ».

Research paper thumbnail of Sartre and Cavell on the opacity of self-knowledge

Pre-reflective Consciousness Sartre and Contemporary Philosophy of Mind (ed. Sofia Miguens, Gerhard Preyer, Clara Morando), 2015

Sartre’s famous claim that consciousness “is aware of itself in so far as it is consciousness of ... more Sartre’s famous claim that consciousness “is aware of itself in so far as it is consciousness of a transcendent object” commits him to an original and interesting version of the transparency model of self-knowledge. According to this view, experiencing a relation to a transcendent object is sufficient to make consciousness aware of itself, while reflecting on one’s experience diverts consciousness from itself. Reflection, Sartre argues, reverses the relation between consciousness and the Ego and conceals to consciousness its impersonal structure. One’s immediate awareness of her conscious experience is therefore unable to secure self-knowledge. On the contrary, Sartre establishes in Transcendence of the Ego a logical relation between the translucence of consciousness and the opacity of the Ego, the latter resulting from the former. The purpose of this article is to measure the consequences of this view on self-knowledge, and to show that this relationship between translucence and opacity makes the pursuit of self-knowledge both necessary and impossible. The last section attempts to address this paradox by drawing on Cavell’s analysis of the relation between first person narration and self-concealment.

Research paper thumbnail of L'être et le sens des états-de-choses chez Husserl

Propositions et états-de-choses (ed. Jocelyn Benoist), Vrin, 2006

Socrate : Quand on juge, n'est-ce pas en vérité « une » chose qui est l'objet du jugement ? -Théé... more Socrate : Quand on juge, n'est-ce pas en vérité « une » chose qui est l'objet du jugement ? -Théétète : Forcément -Socrate : Mais quand l'objet du jugement est « une » chose, n'est-il pas une chose « qui est » ? » Platon, Théétète, 189a 1 Ce qui, entre autres choses, fait la force des voies explorées par Husserl dans ses Recherches Logiques est bien souvent aussi ce qui confère à cette oeuvre son aspect assez labyrinthique et qui rend si délicate sa lecture -à savoir son caractère programmatique et inachevé. Les tensions internes de ce texte, qui nous empêchent de circonscrire sur certains points précis les réponses apportées par l'auteur, sont à la mesure des hésitations et des difficultés qu'il a pu rencontrer, et sans doute faut-il considérer que l'essentiel de son travail consistait encore à ce moment dans la mise en place des questions qui allaient devoir être celles de la phénoménologie naissante, et délimiter ce faisant un champ de problèmes à l'intérieur duquel devrait se situer une pensée proprement phénoménologique. C'est nous semble-t-il pour cette raison que les Recherches occupent une place unique dans l'oeuvre de l'auteur, dans la mesure où elles ne cherchent pas seulement à fournir des réponses mais d'abord et avant tout à définir quels sont les problèmes qui peuvent avoir un sens pour le phénoménologue et qui doivent orienter sa recherche (et en cela, elles rappellent de façon assez forte le geste philosophique inaugural de Wittgenstein dans le Tractatus).

Papers by Pierre-Jean Renaudie

Research paper thumbnail of LA FECUNDIDAD DE LA “QUINTA MEDITACIÓN CARTESIANA” O EL ARTE DE LA DISIMULACIÓN: LECTURAS CRUZADAS DE HUSSERL Y LEVINAS

Geltung, Revista de Estudos das Origens da Filosofia Contemporânea, 2024

Cet article propose une nouvelle lecture de la 5ème Méditation cartésienne fondée sur une réévalu... more Cet article propose une nouvelle lecture de la 5ème Méditation cartésienne fondée sur une réévaluation de la stratégie argumentative suivie par Husserl dans son traitement de la question d’autrui, et de son articulation à l’égologie phénoménologique des Méditations. Cette relecture s’appuie d’abord sur une distinction entre deux sens irréductibles du solipsisme donnant lieu à l’identification de deux problèmes distincts : le problème métaphysique du solipsisme que Husserl résout et écarte dans la 4ème Méditation, et le problème du solipsisme transcendantal, que ne saurait résoudre l’égologie phénoménologique des quatre premières méditations précédentes dans la mesure où il découle très précisément de la résolution idéaliste du solipsisme métaphysique. L’article montre ensuite que la position de ce problème en ouverture de la 5ème Méditation répond à une difficulté interne à l’égologie husserlienne : celle de l’injustifiabilité du mode de donation en première personne des vécus. Cette difficulté, qui affecte l’ensemble de la phénoménologie husserlienne, ne pouvait pourtant être formulée que dans le cadre d’une analyse du mode de manifestation d’autres egos révélant la possibilité d’une remise en cause de l’égologie. Faire apparaitre cette possibilité sans abandonner pour autant les principes de l’égologie phénoménologique est l’objet de la « réduction à la sphère du propre » accomplie par Husserl dans cette 5ème Méditation, de façon à rendre possible une forme d’échec de la relation à autrui qui garantit le succès de sa description phénoménologique.

El presente artículo propone una nueva lectura de la “Quinta Meditación cartesiana” basada en una reevaluación de la estrategia argumentativa seguida por Husserl en su tratamiento de la cuestión del otro, y su articulación con la egología fenomenológica de las Meditaciones. Esta relectura se basa, en primer lugar, en una distinción entre dos significados  irreductibles  del  solipsismo,  que  da  lugar  a  la  identificación  de  dos problemas distintos: el problema metafísico del solipsismo, que Husserl resuelve y descarta en la “Cuarta Meditación”, y el problema del solipsismo trascendental, que la egología fenomenológica de las cuatro primeras Meditaciones no puede resolver en la medida en que se desprende precisamente de la resolución idealista del solipsismo metafísico. El artículo muestra a continuación que la posición de este problema en la apertura de la “Quinta Meditación” responde a una dificultad interna de la egología husserliana: la de la injustificabilidad del modo de donación en primera persona de las vivencias. Esta dificultad, que afecta a toda la fenomenología husserliana, sólo podía formularse en el contexto de un análisis del modo de manifestación de otros egos, análisis que revela la posibilidad de poner en cuestión la egología. Hacer aparecer esta posibilidad sin abandonar los principios de la egología fenomenológica es el objeto de la “reducción a la esfera de la propiedad” que Husserl lleva a cabo en esta “Quinta Meditación”, de manera que posibilite una forma de fracaso de la relación con el otro que garantice el éxito de su descripción fenomenológica.

Research paper thumbnail of Intolérable altérité, L'intolérance transcendantale de l'ego selon Husserl - Renaudie

Les Etudes Philosophiques, 2022

It seems quite uncontroversial to claim that Levinas’ philosophical debt towards the founding fat... more It seems quite uncontroversial to claim that Levinas’ philosophical debt towards the founding father of phenomenology does not extend to Husserl’s analysis of intersubjectivity and description of the encounter with the other. Like most of his students and inheritors, Levinas developed his own approach to alterity on the basis of a critique of Husserl’s failed attempt to account for the relationship to the other in the 5th Cartesian Meditation. It is however possible to make a case for an alternate interpretation of the acute and meticulous analysis of the experience of the other that this text proposes. Beyond the seemingly disappointing reduction of alterity to the constitutive powers of the ego, which notoriously provoked the dissatisfaction of most of his successors, the 5th Meditation can be read as Husserl’s most accomplished attempt to account for the irreducible separation that provides the fundamental basis of one’s subjective life. The ego’s insuperable intolerance, its inability to access to the other without constituting her as its double, might then convey a positive meaning: rather than the ultimate failure of constitutive phenomenology and the demonstration of its insensitivity to radical alterity, the 5th Meditation might accordingly be interpreted as the starting point for the original analysis of the relationship to the other which constitutes the fundamental insight of Levinas’ philosophy.

Si Levinas a souvent affiché son admiration pour le père fondateur de la phénoménologie, le rapport de filiation qui les unit semble s’arrêter au moment précis où l’analyse phénoménologique pénètre sur le terrain de l’intersubjectivité et rencontre la question d’autrui. Comme beaucoup de disciples et lecteurs de Husserl, Levinas a construit son analyse de l’altérité dans le sillage de l’échec auquel conduisait la cinquième des Méditations cartésiennes de Husserl, dans son incapacité flagrante à établir une authentique relation à autrui. Il est pourtant possible de proposer une autre lecture de cette cinquième Méditation et de l’expérience de l’étranger que Husserl s’y attache à interroger et à décrire. Derrière la reconduction de l’altérité à l’ego qui en constitue le sens et en donne la mesure, ce qui se joue dans ces analyses, c’est d’abord l’effort de Husserl pour penser l’irréductibilité de la séparation depuis laquelle s’éprouve la vie en première personne du sujet. L’intolérance indépassable de l’ego, incapable de considérer autrui sans le ramener inévitablement à lui-même pour le constituer comme son double, peut alors prendre un sens positif : il ne s’agit plus du point d’achoppement ultime d’une phénoménologie constitutive en bout de course, incapable de prendre en vue la question de l’altérité, mais plutôt du point de départ d’une pensée originale de la relation à autrui à laquelle Levinas donnera toute sa mesure.

Research paper thumbnail of Appearing to Oneself (or not). Phenomenology and the Linguistic Turn

Phainomenon

Do we appear to ourselves in a specific way that requires a phenomenological description? Do we n... more Do we appear to ourselves in a specific way that requires a phenomenological description? Do we need a phenomenology of self-knowledge? Another way to raise this question about the legitimacy of a phenomenological approach to the Self is to ask whether a philosophical analysis of the linguistic use of the personal pronouns is able to provide a satisfactory account of self-knowledge. Does the linguistic turn make phenomenology superfluous? Discussing the respective merits of the linguistic and phenomenological approaches to the concept of the Self through a crossed analysis of Sartre, Ricoeur, and Descombes, this paper stresses the complementarity between a phenomenological approach that focuses on the way we appear to ourselves and a linguistic analysis of the first-person pronoun. It claims that this relation of complementarity makes both approaches necessary to put forward the paradoxes of self-knowledge.

Research paper thumbnail of Expression et description : remarques sur les limites linguistiques de la phénoménologie
Nee sous le signe d'une exigence descriptive radicale, la phenomenologie ne pouvait eviter ce... more Nee sous le signe d'une exigence descriptive radicale, la phenomenologie ne pouvait eviter cette confrontation entre langage et perception que toute description met en jeu. Cet article se propose d'examiner les ressources dont disposent les Recherches logiques de Husserl pour repondre aux difficultes que cette tension entre intuition et signification impose a toute phenomenologie. L'analyse de la "grammaire" propre a la description phenomenologique des vecus rend problematique l'opposition entre exprimer et decrire, et elle engage ainsi une reevaluation de la fonction methodologique de l'expression dans les Recherches. Loin d'etre simplement une partie de la theorie husserlienne de la signification, la theorie de l'expression doit nous donner la mesure des possibilites descriptives de la phenomenologie, dans la mesure ou c'est a elle qu'il revient de definir l'acces que nous pouvons avoir a nos propres vecus, ainsi que le "forma...

Research paper thumbnail of L'ambiguïté littéraire de la troisième personne: Théorie du roman et philosophie de l'esprit chez Jean-Paul Sartre

L'ambiguïté littéraire de la troisième personne: Théorie du roman et philosophie de l'esprit chez Jean-Paul Sartre

Revue Philosophique de Louvain, 2017

When he was asked in 1939 to write a review of François Mauriac's novel The End of the Ni... more When he was asked in 1939 to write a review of François Mauriac's novel The End of the Night, Sartre grounded his critique of the ambiguities inherent to Mauriac's literary style on an original theory of the literary usage of personal pronouns. Sartre establishes in this text the foundations of his literary realism, in which he rejects Mauriac’s use of the narrator’s omniscience to the benefit of phenomenological fidelity to the lived experience of human freedom. This article examines the philosophical roots of Sartre's theory of legitimate literary use of the third person pronoun and stresses its conceptual relations with the opaqueness of self-consciousness. According to Sartre’s view, the novelist must use personal pronouns in a way that reflects the limitations of self-knowledge and that fits the specific experience of human freedom. The strong coherence that ties together Sartre's theory of the novel and his phenomenology of consciousness does not merely justify his literary choices, but also casts light on his philosophy of mind.

Reseña del libro "La phénoménologie dans tous ses états

Revue philosophique de la France et de l'étranger, 2010

... | Ayuda. Reseña del libro "La phénoménologie dans tous ses états". Autores:... more ... | Ayuda. Reseña del libro "La phénoménologie dans tous ses états". Autores: Pierre-JeanRenaudie; Localización: Revue philosophique de la France et de l'etranger, ISSN 0035-3833, Nº. 3, 2010 (Ejemplar dedicado a: L'impuissance de Dieu) , pags. 422-423. ...

Research paper thumbnail of Rectitude et obliquité intentionnelle de l’Oratio phénoménologique : Remarques croisées sur McDowell, Brentano et Husserl
Les remarques qui vont suivre n’ont pas pour objectif de dire positive­ment ce qu’est l’intention... more Les remarques qui vont suivre n’ont pas pour objectif de dire positive­ment ce qu’est l’intentionnalite, et nous voudrions seulement, de facon plus modeste, contribuer a l’examen d’un des problemes fondamentaux que sou­leve cette notion, en posant la question de savoir ce que l’intentionnalite doit etre pour que nous puissions en parler, c’est-a-dire pour qu’un discours descriptif puisse se donner une prise sur elle. Cette question, nous l’emprun­tons de facon un peu detournee a un livre recent de John McDowell, Having the world in view, dans le contexte duquel il nous faut d’abord essayer de la resituer. Dans le dernier texte de cet ouvrage1, McDowell commente la lecture que Wilfrid Sellars avait proposee de la Critique de la raison pure, et il revient significativement a cette occasion sur les reproches que lui-meme avait adresses a Kant quelques annees plus tot, dans Mind and World. McDowell en vient alors a opposer, sur un modele qui rappelle tres fortement la distinction classi...

Research paper thumbnail of Appearing to Oneself (or not). Phenomenology and the Linguistic Turn
Do we appear to ourselves in a specific way that requires a phenomenological description? Do we n... more Do we appear to ourselves in a specific way that requires a phenomenological description? Do we need a phenomenology of self-knowledge? Another way to raise this question about the legitimacy of a phenomenological approach to the Self is to ask whether a philosophical analysis of the linguistic use of the personal pronouns is able to provide a satisfactory account of self-knowledge. Does the linguistic turn make phenomenology superfluous? Discussing the respective merits of the linguistic and phenomenological approaches to the concept of the Self through a crossed analysis of Sartre, Ricoeur, and Descombes, this paper stresses the complementarity between a phenomenological approach that focuses on the way we appear to ourselves and a linguistic analysis of the first-person pronoun. It claims that this relation of complementarity makes both approaches necessary to put forward the paradoxes of self-knowledge.

Research paper thumbnail of De quoi le zoocentrisme est-il le symptôme?

Philosophiques, vol. 47, n°2, pp. 493-502, 2020

De quoi le zoocentrisme est-il le symptôme ? Étude critique de l'ouvrage d'Étienne Bimbenet, Le c... more De quoi le zoocentrisme est-il le symptôme ? Étude critique de l'ouvrage d'Étienne Bimbenet, Le complexe des trois singes. Essai sur l'animalité humaine PIERRE-JEAN RENAUDIE Université Lyon 3 Nous sommes tous darwiniens : que nous le voulions ou non, les travaux de Darwin sur l'évolution ont reconfiguré le cadre à l'intérieur duquel nous pouvons comprendre la place de l'homme dans le monde, oeuvrant à substituer à une pensée métaphysique de la spécificité humaine une forme de continuisme qui nous a appris à repenser la différence entre l'homme et l'animal comme une différence de degré plutôt que de nature. Ce constat constitue le point de départ du dernier ouvrage d'Étienne Bimbenet (Le complexe des trois singes, Paris, Seuil, 2017) : un peu moins de cent cinquante ans après la publication de The Descent of Man (La filiation de l'homme et la sélection liée au sexe, publié par Darwin en 1871), c'est maintenant une cause entendue, nous sommes essentiellement des animaux, et seulement secondairement humains. Nous avons appris à reléguer notre humanité au second plan en la traitant comme un caractère seulement secondaire de l'espèce animale à laquelle nous prétendons désormais appartenir. Les thèses évolutionnistes de Darwin ont exercé une influence si profonde sur les cadres de pensée de l'anthropologie qu'elles ont contribué à définir la « nouvelle figure de notre humanité » qui est aujourd'hui la nôtre, enregistrant à ce titre une avancée (et dans une certaine mesure un progrès) sur lequel il ne peut plus être question de revenir. Nous sommes passés aujourd'hui d'un anthropocentrisme à un zoocentrisme, qui relativise la spécificité de l'humain en n'y voyant qu'une forme d'animalité particulière, et ce faisant nous avons changé de référent pour comprendre notre propre finitude : celle-ci ne nous est plus indiquée par l'infinité de Dieu à laquelle elle s'oppose, mais par notre proximité avec l'animal auquel l'homme s'identifie aujourd'hui pleinement. Ce constat de Bimbenet appelle d'abord un diagnostic précis, dont l'objectif consiste moins à remettre en cause le contenu de la thèse qui sous-tend ce zoocentrisme, qu'à en interroger la signification sur un mode permettant d'en déplier les enjeux théoriques. Le problème, en d'autres termes, est moins ce que le discours zoocentrisme affirme que ce qu'il