Papers by Raphaël Van Daele

From Nothingness to Nothing. Guō Xiàng’s Nominalist Reduction of the Ontological Performativity of Wú 無
Asian Studies, 2025
It is well-known that the Daoist tradition conceives the world as emerging from an unfathomable f... more It is well-known that the Daoist tradition conceives the world as emerging from an unfathomable first principle called Dào 道 or wú 無. Early medieval thinkers and commentators such as Hé Yàn 何晏 and Wáng Bì 王弼 played a key role in the elaboration of this tenet. However, their views were challenged at an early date, especially by Guō Xiàng’s 郭象 influential reading of the Zhuāngzĭ 莊子. Moreover, since the early 20th century, scholars have stressed the originality of Guō Xiàng’s rejection of the onto-generative power of the Dào. However, even in recent scholarship, readers tend to refer to a selected set of passages from the Zhuāngzĭ Zhù 莊子注, and to focus mostly on doctrinal statements. By contrast, this study aims at exploring the exegetical and argumentative strategies by which Guō Xiàng establishes his understanding of Dào and wú. I intend to show that Guō Xiàng’s rejection is based on a reduction of the meaning of wú to its verbal use, and on what I will describe as a nominalist attitude in the Zhuāngzĭ Zhù. By doing so, this study shall provide new insights into Guō Xiàng’s worldview, and the ways in which he construes his core tenet, namely the idea that all the myriad things are self-so (zìrán 自然), self-generated (zìshēng 自生), and lone transforming (dúhuà 獨化).
Monumenta Serica, 2025
This article focuses on Han Kangbo 韓康伯 (332-380/385 CE) exegetical works on the Zhouyi 周易, especi... more This article focuses on Han Kangbo 韓康伯 (332-380/385 CE) exegetical works on the Zhouyi 周易, especially his commentary on the Xici Zhuan 繫辭傳. It aims at developing a philosophical reading of three key terms of the Changes exegetical tradition: dao 道, taiji 太極, and shen 神. Although Han's works represent a major step within the history of Changes exegesis, he seems to have been an overlooked thinker, simply regarded as a follower of Wang Bi 王弼 (226-249). In this article, I intend to show that Han elaborates original reading of the above-mentioned terms. By stressing the inner complexity and the exegetical challenges these terms arise, the present article shall also contribute to a more detailed understanding of the impact Early Medieval Chinese thinkers had in the history of what I call dao-based metaphysics.
Laval théologique et philosophique, 2022
L’expression chinoise ziran 自然 s’entend aussi bien à propos de la « nature », cette région de l’ê... more L’expression chinoise ziran 自然 s’entend aussi bien à propos de la « nature », cette région de l’être dont l’émergence et les processus ne relèvent pas de la volonté ou de l’action humaine, qu’à propos d’un certain type d’agir humain. Le geste expert de l’artiste est l’exemple privilégié d’un tel agir. Loin de nuire à la cohérence de cette notion, le fait que celle-ci soit mobilisée dans le discours théorique sur l’art autant que dans le discours sur la nature témoigne d’un lien organique qui, dans la pensée chinoise, unit différents domaines de la réflexion. Le présent article propose d’esquisser une lecture philosophique de la notion de ziran. Pour ce faire, nous explorerons le rôle joué par ziran dans l’œuvre esthétique de Cai Yong 蔡邕 (133-192) et dans la pensée de Guo Xiang 郭象 († 312).

Laval théologique et philosophique, 2022
Peut-on parler de « philosophie chinoise » ? Existe-t-il dans l’histoire intellectuelle de la Chi... more Peut-on parler de « philosophie chinoise » ? Existe-t-il dans l’histoire intellectuelle de la Chine un phénomène identifiable à de la philosophie ? Si oui, quelles en sont les spécificités ? Quels sont les textes et les auteurs susceptibles d’entrer dans cette catégorie ? Si non, quelles raisons avancer pour cette exclusion ? Suivant une proposition faite par G.E.R. Lloyd, nous entendons déplacer ces interrogations. Plutôt que de nous interroger quant à l’existence de la philosophie chinoise, nous prendrons le parti d’un questionnement à l’aune de la catégorie du lieu : où se trouve la philosophie chinoise ? Par « lieux », nous entendons les formes et les genres textuels, les figures rhétoriques ou littéraires, ainsi que les domaines de la pensée et les problèmes qu’il s’agit de réfléchir. Par ce déplacement, nous entendons contribuer à une reprise du dossier de la place de la Chine dans la philosophie, tout en abordant cette question sous un angle différent.
Journal of Chinese Philosophy, 2021
RAPHAËL VAN DAELE
WHAT DOES IT MEAN TO BE SELF-SO?
A METAPHYSICAL READING OF GUO XIANG’S CONCEPT... more RAPHAËL VAN DAELE
WHAT DOES IT MEAN TO BE SELF-SO?
A METAPHYSICAL READING OF GUO XIANG’S CONCEPT OF ZIRAN
(Running Header: What Does it Mean to Be Self-so)
ABSTRACT
This article aims to understand Guo Xiang’s concept of self-so in the perspective of the metaphysical agenda of the Xuanxue movement. After reviewing the core features of this metaphysical agenda, I show that Guo Xiang’s original use of self-so could be understood as an exegetical tool to deal with the challenges addressed to language in the Zhuangzi, as well as with its conception of reality as ever-transforming. I attempt to show that although Guo Xiang dismisses the metaphysical quest for a first principle, his philosophy can nevertheless be read as an enquiry into the most fundamental feature of reality.

La dialectique résolutive dans le contexte de la quête des principes chez Damascius
La méthode de division de Platon à Jean Scot Érigène, 2020
Cet article étudie la conception damascéenne de la dialectique au travers d’une lecture de son Co... more Cet article étudie la conception damascéenne de la dialectique au travers d’une lecture de son Commentaire sur le Philèbe de Platon et du Traité des premiers principes. C’est en montrant comment Damascius, en dialogue avec Proclus, mais aussi avec l’ensemble de la tradition platonicienne, infléchit la méthode et la notion de division que nous mettons en lumière la position de Damascius quant au statut de la dialectique. Si Damascius demeure relativement fidèle au portrait classique de la dialectique comme science première, il opère également un subtil glissement par lequel la division devient non plus seulement l’une des méthodes de la dialectique, mais une composante ontologique de l’âme humaine. Ce point permet de souligner comment Damascius se livre à une critique de l’intelligence métaphysicienne et comment il oriente celle-ci vers une approche « extra-dialectique » des principes.

Introduction à l’ontologie de Guo Xiang. L’individualité radicale et l’univocité du monde
European Journal of Japanese Philosophy 3, 2018
Le présent article entend exposer certains axes centraux de la pensée de
la spontanéité développé... more Le présent article entend exposer certains axes centraux de la pensée de
la spontanéité développée par Guo Xiang dans son Commentaire au Zhuangzi. Nous proposons de décrire cette pensée comme une ontologie, terme auquel nous attacherons celui d’« ontogenèse », dans la mesure où la spontanéité désigne, chez Guo Xiang, autant le mode d’être des choses, que la manière dont elles viennent à l’être. Cet exposé adoptera une double perspective : d’une part, nous montrerons les amorces qui, dans le Zhuangzi, fournissent à notre auteur les prétextes de sa pensée ; d’autre part, nous expliciterons le caractère polémique de la pensée de Guo Xiang, en montrant qui sont ses adversaires et par où il s’inscrit dans les débats de son époque. Suite à cela, seront exposées certaines tensions résiduelles inhérentes à cette ontologie, ainsi qu’une voie possible de solution.
Thesis Chapters by Raphaël Van Daele
Penser l’origine et dire le multiple dans le néoplatonisme et l’étude du mystère (玄學 xuanxue). Approche comparative de la question des premiers principes chez Damascius et Guo Xiang 郭象, 2020
Table of content of my PhD dissertation: Fathoming the Origin and Expressing the Many in Neoplato... more Table of content of my PhD dissertation: Fathoming the Origin and Expressing the Many in Neoplatonisme and Dark Learning (玄學 Xuanxue) : A Comparative Approach of the Question of the First Principles in Damascius and Guo Xiang 郭象 (in French). Submitted at the Université Libre de Bruxelles (Belgium) and at the École des Hautes Études en Sciences Sociales (Paris, France).
Book Reviews by Raphaël Van Daele
Revue philosophique de Louvain, 2022
A review of J. Greig's book.

Philosophie antique, 2022
Le présent livre est audacieux et marque, à n'en pas douter, une avancée pour les recherches sur ... more Le présent livre est audacieux et marque, à n'en pas douter, une avancée pour les recherches sur la pensée de Damascius. Tiré de la thèse de doctorat de l'auteur, le livre interroge le concept de causalité comme procession dans le Traité des premiers principes (De principiis) de Damascius. Pelin entend se distancier de ce qu'il estime être une tendance dominante des études damascéennes (p. 32-33) : plutôt que de lire le De principiis dans une perspective épistémologique et d'y voir une enquête sur la nature de la pensée ainsi que sur la manière dont nous pensons les principes, Pelin adopte une perspective qu'il qualifie de métaphysique (p. 32) et soutient que Damascius n'interroge pas en priorité notre pensée des principes, mais plutôt leur réalité (p. 49). Ce faisant, Pelin développe une lecture du De principiis que nous qualifierions de réaliste : il considère les relations entre les trois principes que sont chez Damascius l'un-tout (ἕν πάντα), le tout-un (πάντα ἕν) et l'un-être (ἕν ὄν) comme des relations réelles entre des entités qui, quoique se référant à l'un comme à un même « substrat », comme le dit Pelin, n'en sont pas moins trois modalisations distinctes du principe. Cette approche contraste avec celle de nombre d'études. Pelin ne s'appesantit ni sur l'aporétique radicale du début du traité, ni sur les méditations de Damascius quant à l'ineffable. Il s'intéresse plutôt à la doctrine des principes et aux articulations que Damascius esquisse entre eux. C'est donc une étude d'envergure de zones jusqu'ici peu étudiées du De principiis que propose Pelin.
Laval théologique et philosophique, 2020
Le Mozi 墨子, le livre de Maître Mo, est un corpus étonnant. Composés entre le V e et le III e sièc... more Le Mozi 墨子, le livre de Maître Mo, est un corpus étonnant. Composés entre le V e et le III e siècle AEC, les textes compilés sous le nom de Mo Di 墨翟 (V e -IV e AEC) se révèlent d'une grande lucidité et d'une richesse philosophique indéniable, et ce malgré qu'ils puissent aussi être tantôt rébarbatifs en raison de leur style sec, souvent répétitifs et parfois mécaniques, tantôt frustrants du fait de leur argumentation occasionnellement sophistique ou de leurs considérations strictement pragmatiques. Soucieux de fournir et de légitimer les axes du bon gouvernement, le Mozi critique sévèrement les comportements dissolus et belliqueux des

Revue philosophique de Louvain 118 (1), 2021
Ce livre propose une lecture approfondie du début du grand ouvrage de Damascius : le Traité des p... more Ce livre propose une lecture approfondie du début du grand ouvrage de Damascius : le Traité des premiers principes (Peri Archõn ou De principiis). Le travail de M. Vlad gravite autour des réflexions de Damascius quant à l'ineffable. L'A. engage une analyse de la première section du De principiis, soit les p. 1-27 du tome I de l'édition établie par L. G. Westerink et J. Combès. L'A. développe une lecture forte du concept d'ineffable qu'elle interprète comme ce qui travaille la pensée et le langage depuis leurs conditions les plus profondes et comme le seul principe véritablement fondateur de la réalité. Le projet général du livre est de souligner l'originalité et la radicalité des réflexions de Damascius quant à l'ineffable et de montrer comment le dernier diadoque refonde toute la métaphysique néoplatonicienne en repensant l'ensemble de la hiérarchie des principes et de la réalité à l'aune de l'ineffable. Ce livre s'inscrit dans la lignée désormais importante des études consacrées au concept d'ineffable dans la métaphysique damascéenne. Les trois parties et les neuf chapitres de l'ouvrage reprennent les recherches doctorales de l'A. et s'inscrivent en parallèle de son travail de traductrice de Plotin, Damascius et Pseudo-Denys en Roumain. La manière dont l'A. mobilise une connaissance étendue du néoplatonisme afin de situer Damascius dans l'histoire longue de ce courant est particulièrement appréciable. La première partie de l'ouvrage traite du statut et du rôle des apories dans le De principiis. Suivant un schéma devenu classique dans les études damascéennes, l'A. analyse l'aporie qui ouvre le traité : l'aporie du principe et du tout. L'A. rappelle comment cette aporie révèle l'incompatibilité de ces deux concepts lorsqu'ils sont considérés absolument. Toute l'enquête du De principiis, de même que toutes les difficultés qu'affrontera la pensée en quête des principes premiers sont ainsi placées sous le signe de cette « mise en scène aporétique », pour reprendre le titre de cette première partie. L'A. innove en mettant l'emphase sur l'une des définitions que Damascius donne du tout, à savoir « la totalité de ce qu'il nous est possible de concevoir » (De princ., W. I, p. 2.4-5). En faisant graviter l'aporie autour du fait que le tout se conçoive comme le tout de la pensée, l'A. peut affirmer que, chez Damascius, la quête du premier principe du tout est en même temps la quête du premier principe de la pensée ellemême. Toutefois, on pourrait se demander ce qui justifie la priorité donnée à cette définition. Dès les premières pages du De principiis, Damascius donne en effet quatre autres définitions du tout : « ce à quoi absolument rien ne fait défaut » (p. 1.9), ce qui « veut être une pluralité limitée » (p. 1.11-12), « la pluralité des choses dont il y a une unique coordination » (p. 2.3-4) et « les choses qui subsistent dans la pluralité et la distinction » (p. 3.19-2). Pourquoi accorder la priorité de l'une de ces définitions sur les autres et comment celles-ci s'articulent-elles ? L'A. ne soulève pas cette question, laissant inexpliqué l'un des postulats fondamentaux du livre. La seconde partie de l'ouvrage porte sur la façon dont Damascius court-circuite la mutuelle relativité du principe et du tout. Il s'agira de s'intéresser aux voies par lesquelles Damascius, compte tenu de l'échec de la pensée à saisir le principe et du constat que le langage échoue toujours à le cerner, suggère un autre mode de relation au principe. La notion de divination, interprétée comme la « démonstration indirecte de l'existence d'un principe absolument incoordonné et, donc, impensable » (p. 71), fait l'objet d'une analyse détaillée. L'A. dégage le sens fort que Damascius donne à cette notion. Dans le De principiis, la divination devient le prolongement de la philosophie et une manière de toucher au principe ineffable sans pour autant en neutraliser la charge aporétique. Du fait que la divination tend vers le principe sans reprendre celui-ci dans la logique du tout, se faisant « divination de ce qui n'est jamais présent et objectivable en tant que tel » (p. 79), cette voie permet de concevoir le principe
Books by Raphaël Van Daele

Paris, Vrin, 2020
La méthode platonicienne de division a souvent été jugée sévèrement par les commentateurs moderne... more La méthode platonicienne de division a souvent été jugée sévèrement par les commentateurs modernes. Pourtant, dans l’Antiquité et au début du Moyen Âge, cette méthode a été prise au sérieux par de nombreux philosophes issus de courants divers, tantôt certes pour la critiquer, mais tantôt également pour se la réapproprier en l’adaptant au contexte de leur propre pensée. Ils l’appliquèrent à des domaines aussi variés que la zoologie, l’éthique, l’épistémologie, l’ontologie et la théologie, et ce qui pouvait de prime abord paraître un simple outil dialectique devint un puissant instrument philosophique, allant jusqu’à s’identifier, chez Jean Scot Érigène, au mode de fonctionnement de la pensée divine créatrice. L’histoire de cette réception n’avait encore jamais été écrite. Le présent volume cherche à combler cette lacune en insistant sur ses moments les plus remarquables. Contributions de M. Bonazzi, R. Chiaradonna, B. Collette, P. Crivelli, S. Delcomminette, J.-B. Gourinat, C. Tresnie, R. Van Daele et N. Zaks
Talks by Raphaël Van Daele

Les Maîtres chinois ont-ils constitué un logos ? Réflexions sur le discours philosophique en Chine ancienne
La question de l’existence d’une philosophie chinoise a fait couler beaucoup d’encre. L’introduct... more La question de l’existence d’une philosophie chinoise a fait couler beaucoup d’encre. L’introduction en Chine, au début du XXe siècle, de la philosophie en tant que discipline universitaire sera suivie par un effort nourri de la part des intellectuels chinois, au premier rang desquels Hu Shi 胡適 (1891-1962) et Feng Youlan 馮友蘭 (1895-1990). Cet effort visait à sélectionner, au sein de la tradition chinoise, des matériaux permettant de circonscrire un corpus philosophique proprement chinois, corpus qui serait le fil conducteur d’une « histoire de la philosophie chinoise ». Cette histoire devait faire pendant à l’histoire occidentale de la philosophie et, ce faisant, établir l’existence d’une philosophie chinoise. Hu Shi, par exemple, soutient que « en général, une discipline qui étudie les questions les plus importantes relatives à la vie humaine, une réflexion fondamentale qui cherche une réponse fondamentale à ces questions : cela s’appelle philosophie ». Si les récits construits par Hu Shi, Feng Youlan, et d’autres après eux, posent question, la conviction selon laquelle la tradition chinoise possède une philosophie est désormais majoritairement acceptée, tant dans le monde sinophone que dans les milieux universitaires occidentaux (particulièrement anglo-saxons). La tradition chinoise ne manque certes pas de réflexions philosophiquement profondes. Toutefois, le fait que ces réflexions aient pu être conçues, avant l’époque moderne, comme relevant d’une discipline n’a rien d’assuré. Le présent exposé a pour but de soulever cette question : plutôt que de nous interroger sur la possible existence d’un philosophie chinoise à partir de la mise en évidence de la portée philosophique des textes chinois anciens, nous voudrions réorienter le débat et mettre l’accent sur ce qui, dans ces textes, témoigne ou non d’un souci de constituer un discours spécifique, conscient de lui-même et nommé. Pour ce faire, nous prendrons comme base de nos réflexions certains passages d’un texte « philosophique » majeur de l’Antiquité chinoise : le Zhuangzi 莊子.

Il apparaît aujourd’hui légitime d’attendre de la philosophie qu’elle ouvre son activité et adapt... more Il apparaît aujourd’hui légitime d’attendre de la philosophie qu’elle ouvre son activité et adapte ses perspectives, afin d’inclure parmi ses objets de recherche des idées, des textes et des pratiques d’origine non-occidentale. Dans ce contexte, la Chine, avec sa tradition intellectuelle longue, riche, complexe et profonde, se présente comme un terrain particulièrement propice. Le philosophe trouvera là une pensée qui, jusqu’à une date relativement récente, « s’est développée indépendamment de l’occidentale, sur fond radical, culturel et linguistique radicalement différent », pour reprendre les mots par lesquels Jean-Paul Reding préfaçait son étude comparée des sophistiques grecque et chinoise. Or, s’il est désormais réducteur (et risqué) de considérer la philosophie comme une activité strictement occidentale – de ne pas la penser autrement que comme « une affaire occidentale », écrit Carine Defoort – il n’est pas pour autant évident qu’il faille qualifier sans autres nuances certains textes chinois anciens de « philosophiques », et ranger des figures telles que Confucius, Laozi, Zhuangzi, Mengzi, ou Mozi parmi les « philosophes ». Les pratiques chinoises de la pensée et du discours apparaissent en effet fort différentes de celles qui se sont structurées sous le nom de philosophia. La présente communication entend rappeler certaines spécificités de la pensée chinoise ancienne. Ce faisant, nous espérons souligner les difficultés inhérentes à la circonscription d’une pratique chinoise de la pensée et du discours qui puisse être tenue pour l’équivalent stricte de la philosophie. Notre question ne sera pas tant celle de l’existence d’une philosophie chinoise ; nous chercherons plutôt à cerner dans quelle mesure l’appellation « philosophie » permet de saisir les caractéristiques de la pensée chinoise ancienne.

Conférence présentée à L'Institut d'Études Anciennes et Médiévales, Université Laval, Québec.
Da... more Conférence présentée à L'Institut d'Études Anciennes et Médiévales, Université Laval, Québec.
Damascius (458/462-538), dernier scholarque de l’école platonicienne d’Athènes, est connu pour avoir donné l’une des formulations les plus complexes de la métaphysique néoplatonicienne. De l’avis des commentateurs, les traits les plus caractéristiques de la philosophie de Damascius sont, d’une part, son aporétisme et, d’autre part, le redoublement du premier principe néoplatonicien : recherchant le principe premier et absolu du tout, Damascius pose, au-delà de l’Un, l’Ineffable comme principe absolument premier et transcendant. En traitant de l’Ineffable, c’est l’échec de tout discours possible que Damascius met en scène. L’Ineffable, en effet, échappe si radicalement au langage et à la pensée qu’absolument rien ne peut être dit de lui, ni même qu’il est ineffable, ni même qu’il est principe. Or, ce dernier point semble souvent minimisé par les commentateurs. Notre exposé entend explorer les implications possibles de cet aspect du traitement de l’Ineffable dans le Traité des premiers principes de Damascius.

Limites et illimité chez Wang Bi 王弼 (226-249) et Guo Xiang 郭象 († 312) : recherche sur la notion de transformation dans l’étude du mystère
Journée Jeunes Chercheurs, Association française d'études chinoises (AFEC), 2021
Cette communication entend poser les jalons d’une étude de la notion de transformation chez les p... more Cette communication entend poser les jalons d’une étude de la notion de transformation chez les penseurs de l’étude du mystère (xuanxue 玄學). Nous montrerons comment Wang Bi et Guo Xiang ont pensé le monde comme un lieu de devenir permanent. Nous insisterons d’abord sur la manière dont Wang Bi pense le monde comme un espace limité, contenu entre le Ciel et la Terre et cependant susceptible d’être le lieu d’infinies variations. Ensuite, nous montrerons comment Guo Xiang met l’accent sur l’illimitation du réel et comment il pense le monde comme un continuum ouvert où les transformations sont ce qu’il y a de plus fondamental. En soulignant ce contraste entre les pensées de ces deux figures emblématiques de l’étude du mystère, nous montrerons que l’originalité de la pensée de Guo Xiang réside moins dans le rejet du dao 道 comme principe d’animation des transformations que dans la reconnaissance de leur imprévisibilité, questionnant ainsi les principes tirés du Classique du changement (Yijing 易經).
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Papers by Raphaël Van Daele
WHAT DOES IT MEAN TO BE SELF-SO?
A METAPHYSICAL READING OF GUO XIANG’S CONCEPT OF ZIRAN
(Running Header: What Does it Mean to Be Self-so)
ABSTRACT
This article aims to understand Guo Xiang’s concept of self-so in the perspective of the metaphysical agenda of the Xuanxue movement. After reviewing the core features of this metaphysical agenda, I show that Guo Xiang’s original use of self-so could be understood as an exegetical tool to deal with the challenges addressed to language in the Zhuangzi, as well as with its conception of reality as ever-transforming. I attempt to show that although Guo Xiang dismisses the metaphysical quest for a first principle, his philosophy can nevertheless be read as an enquiry into the most fundamental feature of reality.
la spontanéité développée par Guo Xiang dans son Commentaire au Zhuangzi. Nous proposons de décrire cette pensée comme une ontologie, terme auquel nous attacherons celui d’« ontogenèse », dans la mesure où la spontanéité désigne, chez Guo Xiang, autant le mode d’être des choses, que la manière dont elles viennent à l’être. Cet exposé adoptera une double perspective : d’une part, nous montrerons les amorces qui, dans le Zhuangzi, fournissent à notre auteur les prétextes de sa pensée ; d’autre part, nous expliciterons le caractère polémique de la pensée de Guo Xiang, en montrant qui sont ses adversaires et par où il s’inscrit dans les débats de son époque. Suite à cela, seront exposées certaines tensions résiduelles inhérentes à cette ontologie, ainsi qu’une voie possible de solution.
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Damascius (458/462-538), dernier scholarque de l’école platonicienne d’Athènes, est connu pour avoir donné l’une des formulations les plus complexes de la métaphysique néoplatonicienne. De l’avis des commentateurs, les traits les plus caractéristiques de la philosophie de Damascius sont, d’une part, son aporétisme et, d’autre part, le redoublement du premier principe néoplatonicien : recherchant le principe premier et absolu du tout, Damascius pose, au-delà de l’Un, l’Ineffable comme principe absolument premier et transcendant. En traitant de l’Ineffable, c’est l’échec de tout discours possible que Damascius met en scène. L’Ineffable, en effet, échappe si radicalement au langage et à la pensée qu’absolument rien ne peut être dit de lui, ni même qu’il est ineffable, ni même qu’il est principe. Or, ce dernier point semble souvent minimisé par les commentateurs. Notre exposé entend explorer les implications possibles de cet aspect du traitement de l’Ineffable dans le Traité des premiers principes de Damascius.