Wikipédia:RAW/2026-02-05 — Wikipédia
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Une page de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Wikipédia:RAW
RAW
Regards sur l’actualité du mouvement Wikimédia.
Infolettre mensuelle
289 — février 2026
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L'Édito
L'Océanie et le Wiktionnaire à l'honneur
Outre les rubriques habituelles, ce numéro hivernal des RAW accueille avec plaisir une riche analyse de Girart de Roussillon sur le Mois océanien, un wikiconcours dont il est un des principaux artisans depuis cinq ans. Les grandes interviews sont également de retour, à l'instigation de L'embellie, cette fois avec pour invité Richaringan, wikipédien et wiktionnariste. N'hésitez pas vous aussi à participer à l'élaboration des prochains numéros des RAW !
❖ Au menu de ce numéro ❖
— En bref —
— Analyse —
Un lustre de Mois océanien : l’heure du bilan
— L'interview —
Richaringan, un wiktionnariste face au temps
— Le Wik'hit parade —
— Le courrier —
En bref
Antimuonium
Jules*
Trizek
Yug
Échos francophones
2025, l'année du Baobab
— Le sondage annuel visant à choisir le
totem
de l'année écoulée s'est terminé mi-janvier. C'est le
Baobab
qui l'a emporté, loin devant le Tilleul et l'Olivier, d'après
les résultats officiels
. Un dessinateur ou une dessinatrice est
recherché(e)
pour créer une illustration de Baobab pour la boîte utilisateur
{{BU Ancienneté}}
, qui utilise pour le moment une image générée par IA (ChatGPT).
◼ Jules*
Un livre d'or pour les 25 ans de Wikipédia
— Comme nous l'
évoquions dans le dernier numéro des RAW
une campagne
de bannières a été affichée sur Wikipédia pendant quinze jours. Déployée à l'occasion des
25 ans
de Wikipédia, elle consistait en cinq bannières, une par
Principe fondateur
, menant chacune vers une page explicative (
). Ces pages ont été consultées
près de 300 000 fois au total
. Les lecteurs et lectrices se voyaient aussi proposer de déposer un message sur
un livre d'or
ouvert pour l'occasion. Ils ont rédigé plusieurs centaines de commentaires, véritable ribambelle de remerciements et d'encouragements. En voici deux extraits :
« Merci d'exister. Wikipedia est aussi bien par son contenu que par son fonctionnement collaboratif ! Cette encyclopedie doit survivre dans le siècle d'obscurantisme qui nous attend. »
~2026-64438-4
« […] Wikipédia m'a aidé à connaître le monde depuis mes 10 ans. Et ça continue.
A une époque où internet a beaucoup de trolls, de contenus en fait publicitaires, et de batailles informatives, je suis agréablement surpris du sérieux des auteurs de Wikipédia.
La déontologie est très très souvent respectée. La neutralité est folle. Tout ça est volontaire. et c'est beau.
C'est clair. Le mieux. C'est référencé, sourcé, classé, daté, actualisé ! […] »
~2026-61062-1
De quoi mettre un peu de baume au cœur dans les moments de découragement ?
◼ Jules*
Ailleurs dans le mouvement
Le plan annuel 2026-2027 de la WMF est en construction
— Comme chaque année, la Fondation Wikimédia est en train d'établir son plan annuel pour la période de juillet 2026 à juin 2027. Ce plan vise à définir, de manière concertée, les priorités que la WMF et les communautés entendent poursuivre au cours de l'année à venir. La WMF a ainsi publié des
questions directrices
aux communautés, afin de recueillir leurs
« espoirs, préoccupations, idées et demandes »
et d'éclairer ses choix quant à l'utilisation du temps et des ressources à sa disposition. Les thématiques abordées concernent notamment les tendances globales, l'expérimentation, les nouveaux utilisateurs, les utilisateurs disposant de droits avancés, la collaboration et la lecture. Les retours doivent être centralisés sur la
page de discussion idoine
Plus d'informations sur
(en)
m:Wikimedia Foundation Annual Plan/2026-2027/Product & Technology OKRs
et
(en)
Diff
◼ Antimuonium
Le code de conduite universel est en révision annuelle
— Le
code de conduite universel
(CdCU) est un document caractérisant les comportements acceptables et inacceptables des contributeurs aux projets Wikimédia, que ce soit en ligne ou hors ligne. Comme prévu dans la
charte
du comité de coordination du CdCU (U4C), le CdCU et les règles d'application font l'objet d'une révision annuelle. La
re
étape, qui se termine le
9 février 2026
, consiste à recueillir les retours des communautés pour d'éventuelles modifications sur la
page dédiée
◼ Antimuonium
Wikimania 2026 : présentez vos projets !
— La Wikimania aura lieu à Paris ; en cela, elle s’inspire d'une devise commue pour son thème : Liberté, Égalité, Fiabilité.
Vous avez jusqu'au
er
mars
pour proposer vos idées de sessions
◼ Trizek
La
Birthday Cake Song
, la chanson d'anniversaire des
25 ans
de Wikipédia.
Une chanson d'anniversaire pour les
25 ans
de Wikipédia
— Entre autres célébrations pour les
25 ans
de Wikipédia
, une
fête virtuelle
a eu lieu le
15 janvier
dernier. Vous pouvez retrouver le replay
ici
. Cette fête s'est terminée par une chanson d'anniversaire, la
Birthday Cake Song
, interprétée par des membres de
WikiOrchestra et de WikiChoir
. Elle combine des enregistrements vidéo de
personnes
qui chantent une musique listant des noms de gâteaux présents sur l'article
List of cakes
sur Wikipédia en anglais. De la traditionnelle
madeleine
aux moins connus
bánh bò
(Vietnam),
medivnyk
(Ukraine) et
mané pelado
(Brésil), ce sont
86 noms
de gâteaux du monde entier qui ont été cités. Vous pouvez retrouver la chanson en intégralité sur
Commons
◼ Antimuonium
De splendides photos de
Wiki Loves Earth
2025
— Chaque année, le concours photographique international
Wiki Loves Earth
est organisé dans le monde entier pour collecter des photos de sites du patrimoine naturel. En plus de divers concours locaux, une compétition internationale récompense
10 photos
dans les catégories «
macro
» (animaux, plantes, champignons) et «
landscapes
» (paysages). Les
résultats
de cette compétition, dont les deux gagnants sont présentés ci-dessous, ont été annoncés en
décembre 2025
Un
grage jacquot
dans le
parc national Carrasco
en Bolivie, gagnant de la catégorie «
macro
».
Un
hêtre commun
dans la
réserve de biosphère de la Rhön
en Allemagne, gagnant de la catégorie «
landscape
».
En 2025, cette compétition internationale a soutenu l'initiative
WikiForHumanRights
afin de sensibiliser le public à la protection de la nature et à l'impact de l'être humain sur celle-ci. Cela a donné naissance à une
catégorie spéciale
appelée
Human Rights and Environment
qui accepte des images illustrant l'impact de l'activité humaine sur l'environnement. À partir de plus de 11 500 photos reçues, les
3 membres
du jury ont sélectionné
14 photos
dont certaines sont présentées ci-dessous.
Transport d'aubergines à travers une rivière en crue au Bangladesh.
Accumulation de déchets à Douala au Cameroun.
Oisillon mort en tentant de manger du plastique en Allemagne.
Forêt victime d'un incendie en Ukraine.
Île entourée de pollution au Ghana.
Plus d'informations :
(en)
commons:Commons:Wiki Loves Earth 2025
(en)
commons:Commons:Wiki Loves Earth 2025/Winners
et
(en)
wikilovesearth.org
◼ Antimuonium
Wikimedia Enterprise signe un accord avec des géants de l'IA
— La fondation Wikimédia (WMF) a
annoncé
en janvier la signature d'un accord entre
Wikimedia Enterprise
et plusieurs grandes entreprises de la tech américaines et européennes, dont
Microsoft
Mistral AI
et
Perplexity
, pour citer les plus connues. Le partenariat prévoit qu'elles utilisent des infrastructures dédiées de Wikimedia Enterprise pour accéder aux contenus des projets Wikimédia, contre finances, plutôt que de récupérer gratuitement les contenus que nous produisons tout en sollicitant fortement les serveurs. Le sujet a donné lieu à des discussions sur
le Bistro
, où l'enthousiasme devant une source de revenus supplémentaire est modérée par une réflexion de
TomT0m
, dont voici le commentaire introductif :
« Reste à trouver comment cet argent pourra être utilisé pour vraiment contribuer à la bonne santé communautaire et pas juste à acheter une forme de pillage de contenu à relativement peu de frais qui étouffera à terme le projet. »
La création de Wikimedia Enterprise en 2021 avait elle-même suscité des craintes, comme
nous le relations à l'époque
. Les contradictions de la relation financière de Wikipédia aux géants de la tech sont probablement indépassables dans la mesure où la philosophie des projets Wikimédia est radicalement différente de la leur et où Wikipédia s'inscrit dans un contexte politique et technique qui lui est peu favorable, le web n'ayant dans son ensemble pas pris le chemin que nous avons emprunté.
◼ Jules*
Nouveautés techniques et outils
Animation montrant une proposition d'expérimentation de la recherche hybride. (
Ouvrez le fichier gif
pour l'activer.)
La WMF travaille sur l'amélioration du moteur de recherche de Wikipédia
— On le sait : la très grande majorité des utilisateurs tombent sur des articles Wikipédia non pas via son
propre moteur de recherche
mais plutôt via des moteurs de recherche externes tels que
Google
DuckDuckGo
Bing
et
Yahoo!
ou des intelligences artificielles. Ce phénomène est en partie dû au fait que la recherche de Wikipédia fonctionne par mots-clés et est donc performante quand l'utilisateur sait exactement ce qu'il recherche, par exemple «
Madagascar
». Mais elle devient bien moins performante lorsque l'utilisateur a une question comme «
Combien y a-t-il d'habitants au Madagascar ?
», contrairement aux moteurs de recherche intégrant des technologies d'intelligence artificielle. Ce constat est étayé par un
rapport
visant à comprendre la manière dont les lecteurs trouvent des informations sur Wikipédia. Celui-ci montre que très peu de vues (0,8 à 2 %) proviennent du moteur de recherche interne, que la plupart des recherches (80 à 95 %) utilisent l'
auto-complétion
et qu'entre 4 et 7 % des recherches sont formulées sous forme de questions.
Pour combler cette lacune, une équipe interdisciplinaire de la Fondation Wikimédia (WMF) travaille sur une approche hybride, qui combine la recherche par mots-clés et la
recherche sémantique
, un type de recherche qui s'intéresse au sens d'une requête plutôt qu'aux mots exacts saisis par l'utilisateur. À ce stade, la WMF n'a pas encore lancé d'expérimentation sur les wikis, mais sollicite des premiers retours des communautés, comme elle l'a fait sur
notre Bistro le
6 décembre 2025
. L'objectif est de lancer, dans les prochains mois, une expérimentation auprès d'un échantillon d'utilisateurs non connectés de wikis pilotes (Wikipédia en français, anglais et portugais) afin d'évaluer l'apport de la recherche sémantique à l'amélioration de la recherche d'informations sur Wikipédia.
Plus d'informations sur
(en)
mw:Readers/Information Retrieval
et
(en)
Diff
◼ Antimuonium
Créer des albums d'images de Wikimedia Commons, c'est possible
— De nombreux photographes ont l'habitude de se tourner vers des sites comme
Flickr
ou
pour partager leurs photographies. Ceux-ci permettent de créer des albums de photos qui sont modernes et facilement partageables, contrairement à Wikimedia Commons. Pour pallier cela, un outil externe simplement appelé
Commons Gallery
a été lancé en
version bêta
en
juin 2025
dans le cadre du projet
Wikiportraits
. Financée par
Wikimedia CH
, il s'agit d'une application web permettant d'explorer, de créer et de partager des albums et collections de photos provenant de Wikimedia Commons. L'outil peut par exemple être utilisé par des photographes souhaitant créer et diffuser leurs photos, par des
institutions GLAM
pour présenter leurs collections, par des groupes pour rassembler les photographies d'un événement, et pour bien d'autres usages. On peut par exemple retrouver les
photographies d'églises prises par l'utilisateur Abzeronow
, les
gagnants de
Wiki Loves Monuments
2022
, les
portraits des participants au WECUDI 2025
, les
photographies du thème « climat et météo » de
Wiki Loves Africa
2023
... ou des albums plus originaux et personnels comme une
compilation de
facepalms
, l'
évolution des cheveux de Donald Trump
ou encore des
photos avant/après
◼ Antimuonium
Migration de
Lingua Libre
: 3 000 wikipages précédemment hébergées sur lingualibre.org ont été déplacées vers
Commons:Lingua Libre
— Bonne nouvelle : la migration des pages wiki de
Lingua Libre
est achevée. Ce projet proposé de longue date, validé et financé par Wikimédia France au printemps 2025, vise à réduire la charge technique associée au maintien d'un
MediaWiki
indépendant. Les financements Lingua Libre réguliers de la
WMF
et de la
DGLFLF
pourront davantage être orientés vers des développements au service des usagers et linguistes, de la communication ou des actions de documentation avec des partenaires extérieurs.
Migration des wikipages de LinguaLibre.org.
Ce sont ainsi ~2 000 wikipages qui ont été migrées sous
Commons:Lingua Libre
Help:Lingua Libre
et
Category:Lingua Libre
, ainsi que 5 619 listes de mots à enregistrer, disponibles et éditables sous
Commons:Lingua Libre/List
Cette migration a impliqué le développement d'un
outil d'inventaire des wikipages sur LinguaLibre.org
code
) ; le filtrage à la main des pages obsolètes (pages d'utilisateurs, scripts locaux,
etc.
) ; l'exportation des wikipages via
lingualibre:Special:Export
; le développement d'un
script d'adaptation des XML
; l'import vers Wikimedia Commons via
Special:Import
, ainsi que l'adaptation ou création de nouveaux modèles et pages d'aide. Les wikipages sur Lingualibre.org sont désormais
automatiquement masquées
◼ Yug
Du côté de la recherche
Les articles de recherche rétractés : des sources peu fiables à corriger
— Un
article
en
prépublication
de chercheurs des universités
Northwestern
et du
Michigan
s'est intéressé à l'utilisation d'articles de recherche rétractés, c'est-à-dire présentant une erreur, des résultats non fiables ou des problèmes de crédibilité. L'utilisation de telles sources sans mention de leur rétractation peut impacter la fiabilité des informations présentes sur Wikipédia. L'analyse porte uniquement sur Wikipédia en anglais.
À partir d'une base de données d'articles scientifiques rétractés, les auteurs montrent que 71,6 % des références à ces articles sont problématiques car ajoutées avant la rétractation (51,5 %) ou après la rétractation mais sans en faire mention (20,1 %). Au moment de l'analyse, 32,9 % des références n'avaient toujours pas été corrigées, tandis que 54,9 % avaient été retirées et 12,2 % faisaient état de la rétractation. Ces références restent en place pendant 3,68 années (valeur médiane) avant d'être corrigées, avec des différences significatives selon le domaine : 0,62 année pour les sciences physiques, 1,98 année pour les sciences sociales, 5,05 années pour les sciences de la santé et 7,45 années pour les sciences de la vie.
L'article s'intéresse également aux facteurs associés à la rapidité des corrections. Certaines caractéristiques augmentent la probabilité d'une correction rapide : le signalement par un bot automatisé (RetractionBot), le fait que l'article scientifique soit en accès ouvert, une forte visibilité en ligne avant la rétractation (notamment sur
) ou le grand nombre de catégories. À l'inverse, des articles très cités académiquement — c'est-à-dire faisant l'objet d'une autorité scientifique établie — sont corrigés plus lentement.
Les résultats mettent en évidence un décalage entre la disponibilité publique des données de rétractation et les processus de travail collaboratifs de la communauté. Les auteurs proposent quelques solutions pour améliorer la réactivité face aux données scientifiques invalidées, comme l'intégration de signalements dans les modèles de références,
Citoid
, l'interface d'édition, les listes de suivi ou les tableaux de bord communautaires, l'augmentation de la maintenance des articles peu catégorisés ou le développement d'un outil
Retraction Check
(à la manière d'
Edit Check
). Peut-être y a-t-il de quoi nous inspirer pour notre wiki...
◼ Antimuonium
Exemple de réponses à deux questions sur le ressenti des nouveaux contributeurs vis-à-vis...
... de la contribution.
... de la communauté.
Une enquête pour mieux comprendre l'expérience des nouveaux contributeurs
— Afin d'améliorer les outils à disposition des nouveaux arrivants, la Fondation Wikimédia a lancé une
enquête
auprès des nouveaux utilisateurs qui ont plus de
25 contributions
sur Wikipédia en anglais afin de mieux comprendre quels outils et espaces communautaires ils découvrent au début de leur parcours de contributeur et lesquels pourraient nécessiter davantage d'attention. Bien qu'il ne s'agisse que de la Wikipédia en anglais dans un
er
temps, toutes ces données sont intéressantes pour mieux comprendre l'expérience des nouveaux et améliorer l'organisation des wikis.
À travers un questionnaire diffusé fin 2025, de nombreuses données qualitatives ont pu être collectées, notamment sur le contexte de l'inscription, la connaissance et l'utilisation des outils et espaces à disposition (liste de suivi, bac à sable, historiques, pages de discussion, pages utilisateur, préférences, wikiprojets, mentorat, forum des nouveaux,
etc.
), l'efficacité du mentorat, l'utilisation des versions pour mobile, l'interaction avec les autres utilisateurs (remerciements, messages, annulations), l'intérêt pour des activités existantes (lutte contre le vandalisme, amélioration d'articles, vérification des sources, participation aux débats d'admissibilité, mentorat, participation à des événements,
etc.
), le ressenti sur la contribution et la communauté, ainsi que des données démographiques,
etc.
Les résultats détaillés sont disponibles
ici
(en anglais).
◼ Antimuonium
Une étude à grande échelle sur les administrateurs de Wikipédia
— Un
article
de la Fondation Wikimédia en
prépublication
analyse le rôle des administrateurs de Wikipédia à partir des journaux de
284 Wikipédias
depuis 2018, de plus de 3 000 réponses à des enquêtes auprès d'administrateurs actuels et potentiels et de
12 entretiens
qualitatifs avec des admins actuels et anciens (dont WP:fr).
L'analyse montre que plus de la moitié des Wikipédias voient une augmentation du nombre d'admins actifs depuis 2018. En revanche, les deux-tiers des Wikipédias les plus actives enregistrent une diminution : Wikipédia en français connaît la
plus forte baisse, malgré l'un des taux de succès aux élections les plus élevés (71 % entre 2013 et 2023).
Cette diminution s'explique moins par des départs importants que par un recrutement insuffisant, dû à plusieurs freins :
une connaissance insuffisante du rôle d'administrateur parmi les contributeurs éligibles (64,5 % d'entre eux disent le maîtriser sur WP:fr) ;
des critères de candidature méconnus (53 % sur WP:fr disent les connaître) ;
un processus de sélection jugé trop complexe (44,8 % des admins actuels sur WP:fr l'affirment, contre 57,1 % sur WP:en et 71,4 % sur WP:es) ;
un intérêt limité pour une fonction jugée chronophage et exposée aux conflits (32,1 % d'intérêt et 14,6 % d'intérêt nul sur WP:fr, contre 18,9 % et 39,4 % sur WP:en, respectivement).
Du côté positif, les administrateurs actuels restent globalement très motivés et engagés, principalement par l'aide à autrui, la lutte contre la désinformation, la philosophie du wiki et l'appétence à corriger les erreurs. Les nouveaux candidats sont en outre perçus comme davantage qualifiés qu'auparavant.
Malgré sa forte diminution du nombre d'admins actifs, il faut noter que Wikipédia en français semble être davantage facilitante dans l'élection de nouveaux admins que d'autres versions linguistiques.
L'étude se termine avec plusieurs recommandations, telles que l'amélioration de la connaissance du rôle d'admin, la mise en place d'expérimentations, le développement du mentorat auprès des potentiels admins et la facilitation des processus d'élection.
◼ Antimuonium
Nature
consacre un éditorial à Wikipédia
— La célèbre revue
Nature
a rendu un hommage appuyé à notre encyclopédie en ligne dans un éditorial,
(en)
Wikipedia is needed now more than ever, 25 years on
»,
Nature
vol.
649,
8099,
28 janvier 2026
p.
1079–1080
ISSN
1476-4687
DOI
10.1038/d41586-026-00074-1
lire en ligne
, consulté le
28 janvier 2026
« De nombreux processus de Wikipédia correspondent à la manière dont l'acquisition, le perfectionnement et la communication des connaissances scientifiques devraient fonctionner »
, écrit la revue, qui incite les chercheuses et les chercheurs à contribuer davantage à Wikipédia.
« Wikipédia est, à tous égards, une réalisation remarquable. Elle mérite notre soutien par tous les moyens possibles »
, peut-on lire en conclusion de l'édito.
◼ Jules*
Analyse
Un
lustre
de Mois océanien : l’heure du bilan
Girart de Roussillon
Le
Mois océanien
a fêté cette année son cinquième anniversaire. C’est peu, certes, mais c’est à peine moins de la moitié de ma présence sur Wikipédia. C’est donc déjà beaucoup. L’analyse que je vous propose est le reflet de mon expérience personnelle car je suis l’un des initiateurs de cet évènement contributif et depuis lors le GO (Gentil organisateur) et non pas le GP (Gentil propriétaire), et parce qu’il prend tout de même chaque année une place dans ma vie malgré un entourage dubitatif. Mais je le vis très bien, ne vous en faites pas. De vous à moi, chers lecteurs, et, je vous le confie car nous sommes entre nous, je suis très dubitatif vis-à-vis de ceux qui ne contribuent pas à Wikipédia. Trêve de plaisanteries, entrons résolument dans le vif du sujet.
La genèse du wikiconcours
L’origine de ce wikiconcours est assurément à rechercher dans l’existence de ses illustres prédécesseurs, les Mois
asiatique
(créé en 2015),
africain
(créé en 2019) et
américain
(créé en 2019). Leur succès suscite en moi l’envie d’organiser un
« mois continental »
sur un espace géographique qui a toujours excité mon intérêt, l’
Océanie
. Collégien, j’y installai le siège de deux pays insulaires imaginaires dont j’établis la culture, l’économie, la politique y compris dans ses processus électoraux, dont je dessinai les timbres et les pièces de monnaie. Mon investissement dans Wikipédia à partir de fin décembre 2014 donne un exutoire plus concret à ce penchant.
Logo du Mois Océanien, œuvre de SyntaxTerror.
Au printemps 2020, l’idée de créer un nouveau concours thématique continental commence à prendre corps mais l’investissement nécessaire, que je devine important pour l’organisation d’un tel projet, me freine quelque peu. De son côté,
Rodelar
, un contributeur espagnol, a imaginé mettre en place ce wikiconcours et
demande
le
28 août 2020
sur
Wikimedia Commons
SyntaxTerror
, dessinateur de talent entre autres des logos des mois africain et américain, l’élaboration de la panoplie nécessaire (logo, bandeau, médailles), ce qu’il fait le lendemain. Il en avertit le bistrot français le
8 septembre 2020
et plusieurs wikipédistes se déclarent intéressés.
Daehan
prend contact avec Rodelar sur la page de discussion de SyntaxTerror sur Commons et la date de décembre 2021 est arrêtée, car elle correspond à une période sans wikiconcours sur les projets français et espagnols. La version hispanique de la compétition est repoussée de janvier à décembre pour une communion des événements. Entre-temps, ayant suivi ces discussions, j’ai créé les pages du concours le
12 octobre
suivant, décidé à m’y investir.
Quels modes de classements choisir ?
L’
analyse concurrentielle
ayant été conduite de main de maître par Daehan
, il convient maintenant de définir les
cœurs de cible
et donc l’offre du concours. En 2020, le Mois asiatique, comme depuis ses débuts, est un concours quantitatif. Le Mois africain, quant à lui, propose un prix de la quantité (nombre d’articles), un prix mixte associant quantité et qualité (nombre de points), un prix thématique et un prix du meilleur article. Chaque apport est noté selon un barème. Le gain du prix de la qualité nécessite donc de produire beaucoup et bien. Dans cette optique, la traduction d’articles de bonne tenue d’autres versions linguistiques est à privilégier. Le Mois américain est en 2020 calqué sur le prix mixte du Mois africain.
Exemple de compas des étoiles utilisé par le navigateur micronésien
Mau Piailug
Il m’apparaît intéressant de proposer des classements permettant de convenir à plusieurs profils de wikipédistes. Pour attirer l’attention, et parce que la participation à un concours sur Wikipédia doit aussi être synonyme de plaisir, quelques dénominations prêtant à sourire sont élaborées.
Le
prix du lagon poissonneux
, quantitatif, récompense la personne qui a désébauché ou créé le plus d'articles en les portant au niveau Bon Début.
Le
prix des terres accueillantes
est décerné au participant dont les apports, sur ses trois articles les mieux notés, sont les plus qualitatifs (meilleure moyenne de points). Étant donné le faible nombre d’articles labellisés sur l’Océanie, j’ai l’espoir qu’une contribution inédite et d’ampleur soit le plus souvent récompensée, notamment dans le cadre d’un projet de labellisation, associée à des apports à des articles annexes, comme il en apparaît généralement.
Le
prix thématique
, dont l’intitulé change chaque année, est décerné au contributeur dont l'apport sur le thème a été le plus important. Il peut consister en un ou plusieurs articles (classement = 2/3 moyenne de points, 1/3 nombre d'articles). Il s’agit d’un prix mixte dont le but est de combler un déficit de connaissance sur un domaine peu abordé ou d’une manière trop peu approfondie.
Année
Intitulé du prix thématique
Description
2021
Compas des étoiles
Navigation maritime, pêche et autres activités maritimes, y compris dans les lagons
2022
Taro
succulent
Pratiques agricoles, aliments et alimentation
2023
Pagne feuillu
Arts et artisanats
2024
Puissant
mana
Pratiques religieuses, divinatoires et magiques
2025
Ramage paradisiaque
Faune endémique
Le système de notation
La condition
sine qua non
à la validation des articles est un apport de 3 000 octets et de 300 mots ainsi qu'un avancement au stade
Bon Début
. Une fois ceci admis, les articles sont notés de 1 à 7 points de 2021 à 2024, de 1 à 8 points pour cette dernière édition, avec des paliers destinés à privilégier la qualité. Les notes les plus élevées sont destinées aux articles proposés aux labels BA ou AdQ.
Si lors des deux premières éditions, un total de huit articles sont soumis à la labellisation, et l’obtiennent, plus aucune proposition en ce sens n’est réalisée après 2022. Le postulat qui avait conduit à la création du
prix des terres accueillantes
se voit donc remis en cause. Les concurrents ciblant ce prix préfèrent s’attaquer à la traduction d’articles de très bonne tenue d’autres versions linguistiques. Est-ce bien grave ? Je ne le pense pas, une bonne traduction nécessite aussi de l’investissement et contribue tout autant à l’enrichissement de la connaissance.
L’ajout d’un point supplémentaire pour un apport en contenu original à partir de 2023 fait
suite à
des
retours
quant au déséquilibre existant dans l’évaluation entre les apports par traductions et les apports au moyen de la recherche de sources. La contribution dite originale ne provient pas d'un article dans une autre version linguistique, et par voie de conséquence est issue d’une recherche personnelle. Il est ainsi valorisé cet aspect pour les deux prix où le caractère qualitatif entre en ligne de compte.
Groupe de
docimologues
évaluant les évaluateurs. Il se murmure dans les cercles avertis que Wikimédia France prépare une formation en docimologie pour les futurs jury des wikiconcours.
Rien n’est plus difficile que de donner une notation qui puisse contenter quand on est confronté à une grande diversité de sujets, à des ajouts dont il n’est pas toujours évident de juger la quantité de travail qu’ils ont demandée. Le système de notation adopté est temporellement énergivore pour les membres du jury qui souhaitent bien faire leur travail, mobilise intellectuellement tant par l’analyse du labeur réalisé que par cette antienne : suis-je juste ? Si à force de participation en tant que membre du jury, j’ai appris à me prémunir de la lassitude avec des périodes de pause dans mes notations, je reste conscient que l’exercice est difficile pour les collègues et je suis donc pleinement reconnaissant aux wikipédistes qui m’ont accompagné dans cette activité bénévole durant ces cinq années. Ils sont pour moi les premiers gagnants de chaque édition.
La contribution
Le nombre de participants est relativement stable, entre 16 et 19 pour les quatre dernières années.
Un total de 937 articles ont été proposés au concours pour
in fine
, avec un taux d’admission de 94,2 %, 883 articles acceptés, soit une moyenne annuelle de 177. Les soumissions aberrantes d’articles auxquels les proposants
n’ont pas contribué ne sont pas décomptées. Le nombre d’articles soumis varie entre 102 et 293, l’année 2022 se révélant la moins prolifique, un contre-coup possible d’une première année record, mais une résultante probable également de l’absence de bandeau ou de message sur la liste de suivi — cette dernière possibilité n’existait pas encore — signalant l’existence de l’évènement tout au long du mois de décembre. La publicité faite autour du wikiconcours a une influence sur la production d'articles, mais cette dernière résulte également de la lutte qu'engagent parfois d'aimables participants pour s'accaparer le
prix du lagon poissonneux
Édition
Articles proposés
Articles acceptés
Participants (±)
Total (±)
Total (±)
Labellisés (±)
2021
293
282
29
2022
102
(-192)
98
(-184)
(+2)
16
(-13)
2023
183
(+81)
162
(+64)
(-5)
19
(+3)
2024
225
(+42)
215
(+53)
19
2025
134
(-91)
126
(-89)
17
(-2)
Total (moyenne)
937 (187,4)
883 (176,6)
8 (1,6)
100 (20)
* Articles créés lors d'un mois océanien puis labellisés.
Pour comparaison, sur la période 2021-2025, le Mois asiatique a accueilli 1711 articles et le Mois africain 1422 articles. Concernant le Mois américain, entre 2020 et 2024 — l’édition 2025 ne s’est pas tenue —, 712 articles ont été présentés. L’édition océanienne n’a donc pas à rougir, eu égard au nombre peu élevé de francophones issus de ce continent susceptibles de contribuer, et à la moindre quantité de sources disponibles qui tient pour partie de la faible population continentale.
Une approche superficielle du corpus d'articles produits révèle sans surprise la place prédominante des sujets se rapportant à l'Australie. La Nouvelle-Zélande arrive en deuxième position loin derrière. Les autres pays du Pacifique sont très peu abordés. Le poids démographique du pays-continent, qui se traduit par une diversité de sources et donc de sujets abordables largement supérieure, laisse peu de place. Les êtres humains, et particulièrement les femmes, sont un sujet de choix, de même que les lieux géographiques et les espèces animales.
Le Mois océanien est ou a été organisé dans quatre autres versions linguistiques. Les Wikipédia espagnoles et roumaines ont participé au lancement initial mais l'évènement, même si son existence a été prolongée jusqu'en 2024 pour le concours espagnol, n'a pas eu, pour des raisons qui me sont inconnues, un franc succès. Il en est autrement pour les versions allemandes et bosniaques initiées en 2025.
Année
Espagnol
Roumain
Allemand
Bosniaque
Articles soumis
Part.
Articles soumis
Part.
Articles soumis
Part.
Articles soumis
Part.
Articles soumis
Part.
2021
293
29
25
2022
102
16
2023
183
19
13 (
2024
225
19
21
2025
134
17
215
25
81
Total (moyenne)
937 (187,4)
100 (20)
47 (11,8)
13 (3,25)
Une première édition d'un
Mois antarctique
s'est tenue en janvier 2026 sur le Wikipédia en bosnien. Le Mois américain n'a été organisé qu'une seule fois en espéranto. Le Mois africain est ou a été mis en place sur quatre autres versions linguistiques. Il se tient de façon continue en portugais depuis 2019, en chinois depuis 2022, n'a connu qu'une édition en roumain, deux en espéranto, est prévu pour 2026 en japonnais. Le Mois asiatique, soutenu par une mobilisation internationale, est quant à lui organisé sur 30 à 64 versions selon les années avec une production totale de plusieurs milliers d'articles. Il est le seul mois continental auquel la communauté de langue anglaise participe.
Force est de constater que la communauté de langue française de Wikipédia est celle qui apprécie le plus l'idée de mois continentaux. Ceci tient certainement en partie à un phénomène d'émulation, à des motivations personnelles qui poussent certains à s'investir dans l'organisation de tels évènements. Une comparaison à plus grande échelle de l'importance des wikiconcours toutes thématiques confondues (littérature, science, biais de genre, etc.), sur un panel de versions linguistiques, permettrait de juger si telle ou telle communauté est plus friande que les autres de ce type d'encouragement à la contribution.
Faute d'avoir pu procéder à l'acquisition traditionnelle de
monnaies de pierre
, les participants sont réduits à recevoir une carte postale numérique. La possibilité d'un gain en monnaie de coquillage à l'image du
cauris
, beaucoup plus abordable, est à l'étude.
La participation à un concours s'accompagne d'une récompense qui peut être ouverte à tous sous réserve de l'atteinte d'un certain seuil, être limitée au(x) premier(s) de classement(s), être plus importante pour ces derniers que pour les autres participants. Il s'agit généralement d'une récompense au format numérique : une médaille, une carte-postale. Une version matérielle réalisée à mes frais comme je l'ai proposé jusqu'en 2024 pour le Mois océanien est peu fréquente. Elle a été abandonnée en raison de son peu de succès, la plupart des wikipédistes ne souhaitant pas, et cela est fort compréhensible, partager les données privées nécessaires à l'envoi postal. J'ai pu constater la progression régulière de ce refus au cours du temps, concomitamment à ce qui m'a semblé être un accroissement des atteintes au niveau international contre les contributeurs. Les wikiconcours en espéranto sont les seuls à avoir proposé des gains pécuniaires de plusieurs dizaines à une centaine d'euros, cumulables.
Quel futur ?
D'ici à ce que les îles du Pacifique fusionnent avec la quasi-totalité des continents dans 100 millions d'années pour former l'
Amasie
, il reste du temps pour participer à ce wikiconcours.
Le succès d’un wikiconcours tient à plusieurs facteurs.
Une dynamique enclenchée au niveau international, comme en témoigne le succès du Mois asiatique, semble avoir un effet même s'il n'est pas le plus déterminant à mon sens. J'ai tenté en 2020, aidé par la présidente de Wikimédia France, de contacter la direction du chapitre australien, il est vrai dans la seule perspective de l'obtention d'une récompense pour les gagnants. Le contact fut laborieusement établi mais les échanges cessèrent rapidement faute de retour de leur part. L'organisation du Mois océanien n'a pas suscité chez eux d'intérêt particulier et je n'ai pas persévéré, préférant garder mon peu de temps de libre pour des contributions. La version francophone du Wikiconcours peut très bien se suffire à elle-même. Toutefois, il conviendrait dans une perspective plus large de diffusion de la connaissance de tenter de fédérer des énergies pour diffuser le principe de cet évènement contributif.
L'investissement nécessaire dans l'organisation, dont font partie les membres du jury, est primordial. Malgré tout, la
« ressource humaine »
n'est pas inépuisable. Après la fatigue d'une journée à étudier, à travailler, à [
complétez selon votre envie
], il n'est pas toujours évident de se connecter à Wikipédia pour aller noter les articles que nos chers wikipédistes ont produit, même si c'est le plus souvent un plaisir. Cette problématique résulte essentiellement de l'existence d'un barème puisque dans le cadre d'un concours exclusivement qualitatif, le travail d'appréciation est bien plus rapide. Au contraire du concurrent qui peut stopper sa participation si l'envie lui vient, l'évaluateur a pris un engagement moral à exercer son sacerdoce. Il faut donc explorer des pistes pour faciliter la notation qualitative par le jury. Ceci n'est pas spécifique au Mois océanien étant donné la difficulté éprouvée par les jury d'autres wikiconcours à promulguer les résultats.
Les derniers facteurs de succès me semblent être la nécessité de règles claires, quand bien même la notation peut être perfectible, et la qualité des échanges entre les membres du jury et les participants, même s’ils peuvent comporter des critiques, pourvu qu’elles soient argumentées et constructives. Quel bénévole souhaiterait-il participer à un concours où règne une mauvaise ambiance ?
J’adresse mes plus sincères remerciements à tous ceux qui, pour être arrivés au bas de cet exposé pontifiant, que dis-je, de cette logorrhée, n’ont pas eu l’idée saugrenue de passer directement de l’introduction à la conclusion, prêts à lire l’envoi :
« _____Mettez ici votre citation préférée_____ »
L'interview
Richaringan, un wiktionnariste face au temps
Les RAW vous présentent ce mois-ci un entretien avec Richaringan, wikipédien et surtout wiktionnariste, que je remercie de s'être prêté au jeu :) Merci à Slzbg pour son aide dans l'agencement des questions ! J'espère que vous trouverez autant de plaisir à lire les mots de l'invité que moi. À très vite
L'embellie
Bonjour
Richaringan
. Merci d’avoir accepté cet entretien. Pour commencer, je vous laisse vous présenter.
Mais comment exprimer cette foule de sensations fugitives que j’éprouvais dans mes promenades ? Les sons que rendent les passions dans le vide d’un cœur solitaire ressemblent aux murmures que les vents et les eaux font entendre dans le silence d’un désert : on en jouit, mais on ne peut les peindre.
» —
François-René,
vicomte de Chateaubriand
René
, 1802
Chers lecteurs et rédacteurs des
Regards
, bonjour et merci à vous pour cette interview.
Au-delà de mes activités bénévoles auprès des projets wikimédiens, je suis un étudiant, romancier et orientaliste français vivant actuellement à
Vilnius
, en Lituanie. Il y a peu à dire sur mon humble personne à la vérité. Sans vouloir donner trop de détails, je suis lié — sans toutefois être subordonné — à l’ambassade de France. Selon la prophétie
ormessonienne
, un jour je m’en suis allé d’Angoulême sans en avoir tout dit.
Pour en revenir à la partie qui intéressera sans doute plus le lectorat, je suis un contributeur du Wiktionnaire et accessoirement, si ce n’est maintenant anecdotiquement, à Wikipédia, à Wikidata et à Commons. Bien qu’étant administrateur sur ce premier projet, je n’ai pas la prétention d’être le porte-voix de la communauté wiktionnariste : j’exprime ici, en toute indépendance, ma vision, mon expérience et mes réflexions sur un parcours qui m’est personnel.
Ma déontologie fait que je suis un contributeur indépendant : j’ai pris le soin de tracer une frontière nette entre vie personnelle et contribution, bien que les deux finissent généralement par se croiser ou s’entrechoquer par moments ; aussi est-il peu probable que je finisse par contribuer sur des sujets qui me concernent de près, je regarde ce principe comme relativement intangible.
Comment êtes-vous arrivé dans le mouvement Wikimédia ? Sur quel wiki en premier et comment avez-vous découvert les autres projets ?
Je dirais que mon arrivée sur les projets s’est faite en deux temps, et je ne dois pas être le seul dans ce cas : du contributeur occasionnel non enregistré jusqu’à la création de mon compte, et au-delà. Il n’y a rien eu, ou presque, de brutal dans mon odyssée wikimédienne.
Je ne saurais pas dire depuis quand je lis assidument l’encyclopédie, mais je dirais que cela a été une porte d’entrée : ma fascination pour les liens bleus — symbole de l’infinité humaniste du savoir, la quantité d’informations manquantes, la perfectibilité de ce qui existait déjà, les liens rouges — témoins de ce qu’il reste à découvrir encore, je me sentais comme un voyageur contemplant une mer de nuages idéaux comme empiriques. Une compilation incomplète des savoirs de l’humanité était à portée de main : en un battement d’aile de papillon, un grand livre s’ouvrait.
S’il fallait ériger un événement, une période qui marquait réellement le début de mes contributions, je choisirais sans doute le confinement de 2020. C’est naturellement une période encline à un certaine forme de renfermement, une libération plutôt massive de mon emploi du temps de l’époque, puis finalement la recherche d’une fenêtre sur le monde lorsqu’on est si longtemps privé de l’extérieur. Mon activité est somme toute anecdotique à cette période : je corrigeais l’orthographe, la grammaire ou la syntaxe là où je passais, sous IP. J’avais du temps et je voulais être utile. Accessoirement, je lisais quelques pages de discussion, mais je n’avais pas conscience, à ce moment, des rouages de Wikipédia. Sans doute la fin du confinement a-t-il mis un coup d’arrêt à mes contributions ; j’étais à nouveau occupé, mais je continuais à lire avec ardeur le contenu de Wikipédia, y compris en anglais et en espagnol.
J’aborderai cela plus en profondeur par la suite, mais avant de créer mon compte, je me suis mis à créer des cartes linguistiques : d’abord sans but et sans talent à la vérité, puis je me suis peu à peu fait à l’idée qu’elles pouvaient possiblement combler quelques lacunes. En parallèle, je me suis plongé plus intensément dans l’étude du passé des
langues altaïques
, en particulier les mystérieuses langues anciennes de Corée, un sujet jusqu’alors méconnu ou mal documenté sur Wikipédia.
Ma première carte (dans sa version actuelle), sur les
langues japoniques
Une dynamique wikipédienne s’est mise en place dans ma pensée, qui va de l’idée — que je regardais d’abord comme aberrante — de créer un compte pour me lancer à corps perdu dans le grand bain ; à la maturation de cette idée, qui débouche sur mon passage à l’acte : je crée mon compte le 3 mars 2022 et téléverse ma carte sur les langues japoniques le même jour. Ma première contribution s’est donc faite sur Wikimédia Commons, où j’ai poursuivi le téléversement des quelques cartes que j’avais créé plus tôt. Mes premiers travaux n’étaient pas fameux à la vérité, sans doute aurais-je honte de les voir à nouveau tant leur qualité est médiocre, sinon misérable.
Pendant ce temps, j’ai fait mes premiers pas dans la rédaction de Wikipédia sur l’article consacré aux
langues coréaniques
. Trois mois plus tard, j’ai créé mon premier article sur les
langues arunachales
, qui ne vaut pas grand chose. J’avais un souci de bien faire, mais pas encore la dextérité suffisante pour créer de la qualité, ce que je regrette encore sans avoir toutefois le temps ni l’énergie pour revenir sur ces travaux.
À cette époque : je percevais encore mal la distinction entre les différents wikis et leurs règles. Il s’agissait pour moi d’un tout. Je faisais donc des allers-retours fréquents entre Commons et Wikipédia, puis j’ai commencé à faire des ajouts sur Wikidata, à tâtons dans les ténèbres, c’est ainsi que j’étalais mes activités sur les wikis de manière éparse, plus insaisissable, tandis que je découvrais les mondes fabuleux du modélisme et de la patrouille. Je découvrais la galaxie Wikimédia par capillarité : de Commons j’en suis venu aux articles de Wikipédia concernés, puis des articles vers leurs entités Wikidata, du
projet Langues
vers les discussions wikipédiennes plus larges, y compris celles sur la patrouille.
Comment trouvez-vous les ressources pour vos contributions ? Avez-vous une organisation particulière ?
Voilà une question très intéressante à mon sens : elle permet d’articuler mon activité passée avec mes outils du présent, comment mes méthodes ont évolué au travers de ces quelques quatre ans d’activité, leur pluralité au regard de leur cohérence en fonction des tâches visées, mais aussi leurs limites, qui sont inévitables quoique compensables. Je fais donc ici un résumé de mes méthodes de travail sur l’ensemble des wikis auxquels j’ai contribué jusqu’ici.
Je vois comme utile de commencer par ce qui a le moins changé, mais aussi ce qui est devenu ma première activité sur les wikis : la création de cartes linguistiques. Je trouvais mes ressources, au départ, avant tout sur Wikipédia et dans les fichiers de Commons préexistants, qu’il s’agissait pour moi de synthétiser, parfois de corriger dans une certaine mesure, d’actualiser et de représenter sous un nouveau format. Le lecteur s’amusera sans doute du fait que j’utilise le logiciel
Paint
, à juste titre. Cela n’a pas été faute d’essayer de changer d’outil dans le but de créer des fichiers au format
SVG
, pourtant je n’y suis pas parvenu et ai conservé mes habitudes. Quant aux fonds de carte, j’utilisais souvent ceux qui existaient déjà sur Commons en créditant son créateur, mais je me suis rendu compte que leur résolution n’était plus adaptée à ce que je faisais, d’où le passage précoce à des fonds de carte tracés à la main, chronophages dans leur élaboration mais ô combien plus adéquats. Quant aux sources, j’ai préféré me tourner vers les papiers de linguistes et autres sources académiques relues par des pairs, afin de ne pas tourner en rond et assurer un certain sérieux de mon travail.
Concernant Wikipédia, il s’agissait d’abord pour moi de déterminer le sujet de l’article que je souhaitais créer, de m’imprégner de la littérature sur le sujet en essayant de rester généraliste, puis de construire un plan sur papier de l’article en devenir, au départ inspiré de la Wikipédia en anglais sans pour autant tenter de traduire leurs articles : ils sont en effet, souvent, incomplets dans le sens où certains points de vue ne sont pas abordés ou mal proportionnés. Je pourrais épiloguer un certain temps sur les lacunes de la Wikipédia anglophone, sur le manque de sources, sur la partialité, sur le manque de pédagogie de leurs patrouilleurs, sur l’accaparement d’articles par certains, sur les raisonnements parfois lunaires qui s’y déroulent, toutefois ce serait transgresser l’esprit de cet interview et aborder des points qui ne méritent, à mon sens, pas ou peu d’intérêt. Quoi qu’il en soit, j’ai fini par me détacher des paradigmes proposés par la Wikipédia anglophones pour rédiger des articles sur des sujets peu ou pas abordés là-bas. Certains de mes articles ont par ailleurs fini par être traduits en anglais, en indonésien ou en
bicol central
, à ma grande surprise.
L’exigence et la longueur des recherches me donnent parfois la sensation de prendre quelques années de plus dans le visage. Mais quel plaisir !
Je passe maintenant à ce qui intéressera peut-être le plus, à savoir mes contributions sur le Wiktionnaire. Mes ressources sont réparties en deux catégories principales : les sources académiques et mes « études de terrain ». Il y a peu de choses à dire sur cette dernière : internet m’a permis d’entrer en contact avec des locuteurs natifs des
langues ryūkyū
ou des universitaires spécialisés, à qui je peux poser des questions en cas de besoin. Je possède des listes et des plans, dont il me reste beaucoup à exploiter. En ce qui concerne les sources académiques, je les choisis avec soin : je prends le plus souvent des travaux de linguistes réputés, pour beaucoup japonais, mais pas uniquement (l’éminent Thomas Pellard est un linguiste français dont les publications sont de très bonne qualité). Certaines sources sont publiques, mais d’autres nécessitent des accès institutionnels dont une partie est fournie par la
Bibliothèque Wikipédia
. Je complète avec mes autres accès institutionnels, mais pour certaines sources, notamment antérieures à 1980, leur accès est fortement restreint et il me faut les demander en privé à des universitaires, parfois sans succès. Les sources sur les langues ryūkyū sont limitées (par leur nombre, peu d’entre elles sont disponibles en anglais et encore moins en français) mais éparpillées, ce qui complique mon travail. Lorsque j’en viens à créer des entrées sur le Wiktionnaire, je restitue le plus fidèlement possible les données fournies par la source, mais il arrive que quelque chose cloche ou paraissent incohérent, ce qui m’amène à vérifier d’autres sources. C’est un problème récurrent pour les
langues en danger d’extinction
: le faible nombre de publications sur le sujet fait qu’une erreur ou une donnée obsolète risque d’être reprise par les autres et finir par ne pas coller avec la réalité de ces langues. Le risque est d’autant plus accru par l’évolution rapide de ces langues : continuellement sous l’influence du japonais, elles empruntent parfois massivement et finissent par converger voire se fondre dans la langue dominante. Tout ceci m’invite à traiter les données avec la plus grande prudence.
En dehors des sources, je recommanderais à toute personne débutante qui souhaiterais contribuer au Wiktionnaire d’utiliser le gadget de création d’entrées, qui est adapté pour les nouveaux venus, avant de pouvoir créer ses propres patrons pré-remplis sur des fichiers de texte spécifique à chaque usage : entrée dans une langue en particulier, catégories, etc. Pour ma part, j’utilise surtout
Google Keep
pour les patrons,
Google Docs
pour mes
to-do lists
et idées de choses à faire et du papier pour certaines tâches plus complexes, comme la création de modèles de conjugaison. Il m’arrive aussi souvent de m’envoyer des documents par mail à moi-même pour les garder en « non lu » : c’est archaïque, peu écologique, mais ça m’aide. Cette organisation me permet de limiter mon éparpillement naturel et de rester assez flexible, de cette façon je peux aussi contribuer et ajouter des idées depuis mon téléphone lorsque l’ordinateur est hors de ma portée.
Au détour d’une discussion sur le
serveur Discord
de la communauté, vous écrivez :
De manière générale, je suis résolument mélancolique à la perte du patrimoine humain, quelle que soit sa nature. Cela s’inscrit dans une réflexion plus large de ma part, pouvant être résumée ainsi : les ruines — y compris linguistiques — sont aux cités ce que les souvenirs sont aux Hommes.
. Pouvez-vous nous exposer un peu plus votre réflexion et comment cela guide votre philosophie de contribution aux différents projets Wikimédia ?
Je dois bien avouer que je ne portais pas cette vision du savoir à son arrivée sur les projets. À tout le moins, elle n’était pas formalisée comme telle. Je me contente ici d’en tracer les contours actuels. Je développe ici point par point, de manière synthétique quitte à simplifier.
Ma vie personnelle a durablement été marquée par les voyages et les événements mondiaux que j’observais avec passion. Fort tôt je me suis rendu compte qu’il n’existait guère de constante que les bouleversements qui surviennent tout au long de nos vies. Rien qui n’existe sur cette planète n’est éternel, les choses naissent et disparaissent dans une valse parfois cataclysmique. Sans vouloir entrer dans des détails qui me sont trop personnels pour les dévoiler à quiconque, j’ai vu en cela une similitude entre mon histoire et l’Histoire. Autrement dit, notre existence est le reflet réduit du récit de l’humanité.
Les langues ne font pas exception à ce principe. Si leur naissance est encore mal connue, leur mort est de mieux en mieux documentée et permet de se rendre compte que la plupart d’entre elles y seront exposées à court et à moyen terme, ce qui constitue une perte indéniable pour le patrimoine humain en entier. Pourtant, la flexibilité de ce phénomène social que constitue la langue fait que des fragments, des traces se retrouvent parfois dans les autres langues, qui pour certaines les ont absorbées. C’est ainsi que malgré la disparition de la langue
taïno
, le français a gardé d’elle le mot
ouragan
, ainsi qu’un grand nombre d’autres.
Ce n’est pourtant pas le cœur du sujet, car ma participation ne se limite pas qu’à la conservation des mots, sinon de la langue toute entière. L’extinction massive qui se profile durant ce siècle ou le suivant accentue ma tristesse, pourtant je n’ai pas une posture catastrophique militante, à la place, je me veux plutôt archiviste, pour sauvegarder ce qui peut encore l’être. Il est clair que pour la majorité des langues en danger, rien ne pourra freiner leur déclin, avant leur disparition finale.
Cette tristesse n’est pas celle d’un collectionneur qui observe les bizarreries linguistiques, elle est plutôt celle de celui qui s’oppose à la domination sans conteste d’un unique modèle. Les langues ne sont pas qu’un système, ce sont aussi des visions du monde, des nuances, des éléments d’histoire qui sont encodées dans leur lexique, dans leur grammaire et dans leurs sons. Si l’
aymara
avait disparu sans laisser de trace, comment aurait-on pu savoir qu’une communauté avait conçue le passé comme connu et devant soi, tandis que le futur serait derrière, soit à l’inverse de la conception européenne du Temps ? De nombreuses langues autochtones des Amériques (exemples du
tuyuca
, du
pomo oriental
, du
shipibo
, du
nambikwara du Sud
), l’
évidentialité
est intégrée à la morphologie verbale. Cette caractéristique, ô combien faible en nombre de locuteurs, aurait pu être inconnue si elle n’avait pas été documentée à temps, son extinction future.
J’en viens au point principal : s’il n’est pas anormal que les langues évoluent, leur extinction l’est beaucoup moins, car elle résulte presque toujours d’une violence. C’est en cela que postuler un darwinisme linguistique selon lequel la disparition des langues est, sinon souhaitable, à tout le moins cautionnable, est impie et cruel. Cela serait oublier que derrière les langues, ce sont des communautés qui les parlent, pour lesquelles il s’agit d’un élément d’identité. Il ne faut pas rester indifférent aux souffrances vécues pour en arriver là. Le cas du Japon vis-à-vis des
langues ryūkyū
est un cas on ne peut plus éloquent : déjà fragilisées par la colonisation de l’archipel dès 1879, au cours de laquelle l’école imposait des
方言札
(en)
aux élèves, méthode inspirée de
vergonha
pratiquée en France à l’encontre de notre propre patrimoine linguistique, la
Seconde Guerre mondiale
a accentué le phénomène.
「でいごの
き、
た」
Les fleurs de
deigo
éclosent ; elles appelaient le vent, [mais] la tempête est arrivée.
» —
The Boom
(en)
Shima Uta
(en)
, 1992
Okinawa
, le printemps de 1945 est avant tout une saison de souffrances, tant pour les civils que les militaires impliqués dans la
bataille
. Il n’était en effet guère plus souhaitable d’être l’un de ces guerriers aériens errants au milieu des bombes, des nuages et des fantômes, que de faire partie de la famille sans abri dont la maison a été anéantie par les bombardements. Près de quatre-vingt ans après la fin des combats, malgré la façade paradisiaque affichée par la préfecture se vantant d’être le «
Hawaï
japonais », la mémoire du cataclysme plane toujours sur les consciences, car bien qu’il ne fût pas celui des jeunes de l’île, il fut certainement celui de leurs grands-parents. À juste titre, cette bataille fut la raison suffisante de la mort d’un tiers des civils d’Okinawa.
Là où, en tant que wiktionnariste, j’interviens, c’est sur la conservation du patrimoine linguistique. Okinawa porte, malgré elle, une mémoire collective encore trop souvent ignorée, de l’époque féodale des
aji
au traumatisme de la guerre. Avec une partie des locuteurs de l’
okinawaïen
, une partie de la mémoire de la langue s’est perdue dans le
typhon d’acier
. Les mots ne sont en cela pas que des mots, mais aussi les porteurs de souvenirs par leur origine, leur usage et leur sens. Les miens sont traversés par la hantise du temps et des destructions qu’il engendre. C’est cette conscience de leur fragilité qui guide mes choix éditoriaux : je les documente tel qu’ils sont, avec rigueur, sans élitisme ni volonté de concevoir un standard (ce qui n’est pas mon rôle), pour leur donner le même niveau de documentation que ceux d’une langue dominante, et ainsi amenuir la hiérarchie littéraire des langues qui lèse autant sur celles qui sont minoritaires.
J’en appelle donc à tous les contributeurs sur les langues en danger. Ne cessez point, continuez d’écrire pour l’éternité ; la documentation est un défi lancé à l’anéantissement de la mémoire, un outil de reconstitution du passé ; livrons-nous à ce mouvement de va-et-vient incessant entre le souvenir et la rédaction ; interrogeons-nous sur les métamorphoses dont nous prenons conscience. Parce qu’elle permet de faire la synthèse de la mémoire individuelle et collective de l’humanité, c’est peut-être en cela que l’écriture est salvatrice.
Vous affectionnez particulièrement les
langues ryūkyū
. Comment est né votre passion ou intérêt pour ces langues ?
Voici une carte des langues ryūkyū, parlées au sud du
Japon
. Comme vous pouvez le voir, c’est un ensemble très diversifié, sans pour autant être
hétérogène
du point de vue génétique.
Ironiquement, c’est sans doute l’un des plus grands mystères pour moi. J’ai cependant quelques éléments de réponse qui vont pouvoir éclairer la voie, mais ils se confondent avec l’histoire plus générale de mes intérêts en
linguistique
, que je résume ici, sans doute trop longuement. Je dirais, pour faire court, que les langues ryūkyū sont pour moi l’ultime jalon d’un voyage et non un attrait soudain par opportunisme éditorial, ou que sais-je encore. Je traite spécifiquement des langues ryūkyū dans le dernier paragraphe.
Je préfère garder pour moi les raisons qui m’ont insufflé la curiosité et le désir de liberté et de voyage qui m’ont mené à apprendre de nouvelles langues. Quoi qu’il en soit, j’ai commencé, je crois, comme un bon nombre de jeunes Français, l’apprentissage de l’
anglais
et de l’
espagnol
, qui m’ont déjà donné une base pour aller au-delà. J’ai ajouté à mon fragile carcan l’
italien
, qui m’attirait surtout dans le cadre de mon étude du
latin
, dans une
perspective comparative
. Le volet historique de la linguistique m’a très tôt attiré car il remettait en question ma vision d’alors, selon laquelle la langue était comme elle était et restait plutôt perméable au changement. Il faut dire que mon ignorance et mon manque d’expérience de ma propre langue ont joué un rôle non négligeable dans cette approche, que j’ai abandonné très vite à mesure que j’avançais dans mes lectures, que j’ai synthétisé dans des cahiers de linguistique, un œuvre de quelques centaines de pages dont je me surprends encore d’avoir eu le temps de les écrire.
En dépit de la faible
densité de population
qu’elle présente, la
steppe eurasienne
(vue sur cette photo depuis le
kraï de l’Altaï
) est le théâtre d’intenses
contacts linguistiques
, ce qui brouille les pistes quant à une possible
parenté
du fait du grand nombre d’
emprunts
et autres
Wanderwörter
Après l’italien, j’ai voulu apprendre le
roumain
et le
suédois
, toujours dans une perspective de voyager, à ce jour inaccomplie mais toujours vive. Je crois que c’est à ce moment que mon intérêt s’est accéléré : il s’est déplacé vers l’
Europe de l’Est
et plus précisément les
langues des Balkans
, avant de se poser un temps sur les
langues turciques
. À partir d’ici, mes lectures se sont élargies à la littérature concernant les
langues altaïques
et surtout la controverse qui entoure cette théorie. Naturellement, il a fallu que j’acquière quelques notions des familles de langues alentours, qui participent directement ou non aux discussions académiques, à savoir les
langues xiongnu-ienisseïennes
, les
langues youkaguires
, les
langues tchoukotko-kamtchatkiennes
, le
nivkhe
, les
langues ouraliennes
ou encore la riche
famille sino-tibétaine
Au moins deux à trois familles de langues auraient coexisté en Corée avant l’unification et la centralisation sous la dynastie
Goryeo
. La
langue de Silla
est généralement reconnue comme étant l’ancêtre du coréen moderne.
Plus tard, mon regard s’est resserré sur l’histoire de la
langue coréenne
et surtout les langues anciennes de
péninsule coréenne
. Sans rentrer dans les détails, car cela serait trop complexe, il y a une controverse sur l’appartenance phylogénétique des langues disparues des trois royaumes de Corée, sur laquelle est l’ancêtre du coréen et enfin il est grandement possible que les
langues toungouses
et japoniques voisines aient influencé son développement.
De l’autre côté du miroir, le passé des
langues japoniques
est relativement méconnu. S’il est maintenant généralement reconnu que les locuteurs du proto-japonique vivaient en Corée et ont
migré vers l’archipel
, la chronologie exacte des variétés japoniques actuelles et historiques pose toujours question, d’où l’importance cruciale des langues ryūkyū dans le travail de recherche, qui sont en plus des langues en danger d’extinction.
Le
kumi odori
(en okinawaïen :
) est un art des
îles Ryūkyū
reconnu au
patrimoine culturel immatériel
de l’humanité par l’Unesco.
Je me suis vraiment attaché à ces langues pour leur rareté (ce qui est rare m’attire naturellement comme l’orpailleur à sa pépite), leurs particularités qui font que chacune d’entre elles est une langue « bizarre » à sa manière et enfin, pour donner un critère plus subjectif, leur beauté : j’ai de nombreuses fois écouté les chants traditionnels, les opéras-théâtres (
kumi odori
) d’
Okinawa
et lu des versions glosées des poèmes (
Omoro Sōshi
et
Ryūka
(en)
). L’
okinawaïen
, particulièrement, a une saveur, une sonorité qui le rend à la fois doux et fort, à la fois expressif et taciturne, exprimant en peu de mots une riche histoire vieille de mille ans. Mon empressement à documenter ces langues est dû à leur
fragilité
: d’ici 2050, il est probable que toutes soient éteintes ou seulement connues par de petits groupes les ayant encore en seconde langue. À mesure que la diversité linguistique du Japon s’amenuise, il devient de plus en plus malaisé d’en reconstruire le récit. En 1771, un grand
raz-de-marée
frappe les
îles Yaeyama
, tuant les deux-tiers de la population de l’époque. Les
îles Sakishima
étant l’espace linguistique le plus diversifié de toute la famille japonique, avec l’extinction soudaine de cette diversité pourtant précieuse, ce sont autant de pièces du puzzle de l’histoire des langues japoniques qui ont disparu pour l’éternité, englouties dans les abysses.
Si on suit
votre histoire
, vous avez commencé par contribuer plus intensément au Wiktionnaire depuis
août 2023
. Qu’est-ce qui vous a plus attiré dans ce projet et vous a poussé à y rester plus longtemps ?
C’est exact, mais je préfère remonter un petit peu le temps pour décrire mon expérience sur le
Wiktionnaire
. Je commençais déjà à contribuer là-bas depuis février 2023, mois au cours duquel j’ai reçu en librairie mon premier dictionnaire d’okinawaïen. Je comptais déjà contribuer sur les langues ryūkyū auparavant, mais il me fallait déjà m’imprégner de celles-ci plus en profondeur avant de m’atteler à ce travail de grande envergure (je dis cela en raison de l’immense richesse lexicale de ces langues, en particulier de l’okinawaïen). J’ai commencé à créer quelques entrées modestement, me suis imprégné des règles et usages du projet, tout en continuant les contributions sur Wikipédia, en particulier la
patrouille
Pourtant, j’avais le sentiment désagréable que l’ambiance y devenait peu à peu détestable, avec un relâchement relatif du respect des règles de savoir-vivre de la part de certains, l’effacement de certains contributeurs que j’estimais, des personnes pratiquant une forme d’
ultracrépidarianisme
qui se permettaient d’intervenir partout et pour tout, en contraste avec l’atmosphère beaucoup plus apaisée que j’ai trouvée au Wiktionnaire, tout cela m’a découragé et a participé à ma volonté de passer à autre chose.
Partir véritablement de Wikipédia ? Pas tout à fait. Je continuais d’apporter ma vigilance à l’effort de lutte contre le vandalisme. L’événement qui a entériné ma défiance vis-à-vis de certains Wikipédiens a été ce que j’appelle « l’
affaire darmanin
sic
] » de septembre et octobre 2023. Je précise qu’à l’heure actuelle, cela ne m’importe plus, deux ans ont passé depuis ce coup d’éclat. Je n’évoque pas ceci pour rouvrir de vieilles plaies, mais pour rendre compte honnêtement des événements qui ont façonné mon choix. Pour le contexte, une entrée «
darmanin
» a été créée sur le Wiktionnaire sur la base de quelques attestations isolées, explicitement critiques du ministre
Gérald Darmanin
. Elle a fait l’objet d’un
rameutage
massif depuis le
Bistro
wikipédien, où des attaques plus ou moins dissimulées ont fusé, tandis que certains tentaient d’imposer leurs règles sur un projet auquel ils n’ont pas contribué. À l’origine opposé à l’existence de cette entrée, j’ai émis un avis favorable par esprit de résistance plus que par conviction. L’admissibilité de cette entrée a récemment été évoquée à nouveau, où elle a été présentée comme une évidence. Je ne suis pas de cet avis en raison du manque d’attestations hors de la période intéressée.
est un mot
japonais
désignant à la fois le
renard roux
et une
créature
du folklore japonais. Son entrée du Wiktionnaire est un contre-exemple fort à la croyance selon laquelle celui-ci n’est composé que d’articles de piètre qualité et sans aucune source.
Quant à ce qui m’a attiré sur le Wiktionnaire — puisqu’il s’agit quand même plus d’une entrée volontaire que d’une sortie forcée — ma réponse paraîtra dans doute simple, mais décrire des mots me paraît parfois plus intéressant que d’explorer le côté historique, grammatical ou sociologique de la langue sur Wikipédia, car il me semble qu’il n’y a rien de plus concret que des mots dans une langue, qui ont chacun une graphie, une histoire et des sens spécifiques, qui servent aussi le travail comparatif. De plus, la rédaction de Wikipédia demandait beaucoup de temps de recherche, le croisement de plusieurs sources, l’ouverture d’un onglet pendant un long temps, ce qui est devenu incompatible avec la charge de travail dans la vie réelle qui augmentait. Sur le Wiktionnaire, le travail est plus fractionné, plus strictement formaté et chaque entité demande moins de recherche pour sa création. Il ne faut pas y voir la volonté de créer de la quantité et léser la qualité, ce qui est un stéréotype malheureux porté par le Wiktionnaire depuis plusieurs années. Chaque entrée est susceptible d’être très fournie et abordée en profondeur, à l’image de l’entrée
きつね
que
CKali
et moi avons créé et enrichi dans le cadre du
Lexiconcours
. Il va sans dire que le côté humain du Wiktionnaire a joué un rôle décisif dans ma migration : l’accueil de la communauté est irréprochable, les conflits sont rares et je me suis attaché à plusieurs contributeurs là-bas. Je crois que l’aspect humain est trop souvent négligé, bien à tort puisqu’il permet aux personnes motivées de le rester et encourager les personnes qui se sentent bien sur le projet d’y rester.
Depuis
décembre 2024
, vous y êtes
administrateur
. Vous avez été patrouilleur sur Wikipédia et le Wiktionnaire. Comment s’est déroulé cette première année de fonction et y a-t-il une différence entre les tâches administratives sur le Wiktionnaire et Wikipédia par exemple ?
Après moins de deux ans de participation au Wiktionnaire, ce qui est court je l’admets, j’ai soumis ma
candidature au statut d’administrateur
en décembre 2024. Comme je l’y indique, j’y ai pensé assez tardivement, en raison de mon activité rédactionnelle qui était et restera ma priorité absolue. Pourtant, mon idée est arrivée à maturation lorsque j’ai pris conscience de ce que je pouvais apporter de ce point de vue sur le Wiktionnaire, avec des outils qui me permettraient entre autres de traiter plus rapidement les
demandes de SI
, qui représentent en fait l’immense majorité de nos actions administratives. Les
blocages
, les
protections
, les
masquages légers
… tout ceci est presque anecdotique en comparaison, car les cas de
vandalisme
récurrent et massif sont rares sinon presque inexistants, des mesures légères (blocage de trois jours, semi-protection courte et avertissement en page de discussion) suffisent généralement pour faire cesser les dégradations. Dans de plus rares cas de vandales coriaces et réguliers, des blocages indéfinis et des semi-protections plus longues sont mises en place. Mais tout cela n’est pas très différent de Wikipédia, et pour cause, la mise en application de mes prérogatives en est directement inspirée.
J’ai en effet participé à la
lutte contre le vandalisme
sur Wikipédia de 2022 à fin 2024. J’étais d’abord patrouilleur depuis la
liste de suivi
, qui reste un endroit confortable pour moi (lorsque je n’ai rien à faire ou que j’ai fini une tâche, c’est là que je reviens systématiquement). Par la suite, j’ai commencé à surveiller les
modifications récentes
. Au départ, c’était difficile : tout va très vite, il m’est arrivé d’entrer en
conflit de versions
avec d’autres patrouilleurs ou d’annuler injustement des modifications. Je m’en suis beaucoup voulu sur le coup, mais avec le recul, je me dis que cela fait partie de l’apprentissage, aussi je sais pardonner aux nouveaux patrouilleurs leurs erreurs. J’ai par la suite demandé une
première fois le statut de révocateur en 2023
, puis une
seconde fois pour une durée d’un an en 2024
afin de clarifier la confiance (ou son absence) des Wikipédiens à mon égard compte tenu de ma duplicité dans un temps où les relations entre le Wiktionnaire et certains Wikipédiens n’étaient pas encore pacifiées. Je n’ai pas représenté de candidature en 2025 et ne compte pas le faire en 2026.
Sur le sujet des mandats, je n’avais pas encore réfléchi à l’idée d’une application généralisée. Je ne détaillerai pas ma réflexion ici, mais pour faire court, je suis d’avis qu’un renouvellement des mandats sur les statuts d’
administrateur
et de
révocateur
sur Wikipédia. Je ne parle pas nécessairement d’une mise à jour annuelle, qui serait trop exigeante, mais plutôt d’un mandat de deux, trois ou cinq ans. Je n’y suis pas vraiment favorable sur le Wiktionnaire, même s’il y a à mon avis une mise à jour à faire compte tenu du nombre d’
administrateurs
et
patrouilleurs
inactifs, en raison de l’état d’esprit communautaire qui me semble différent : l’usage de la page de discussion pour contester une action d’administrateur y est plus courant et termine le plus souvent par un consensus ne nécessitant pas de passer par une
contestation du statut
. À juste titre,
elle n’a jamais été utilisée
, là où sur Wikipédia, j’ai connu un temps où elles étaient fréquentes. J’évoque à nouveau ce point dans la réponse suivante.
Pour rentrer dans le vif du sujet, je dirais que cette première année d’administration s’est bien passée. J’ai eu l’occasion de m’intéresser à plus ou moins tout, du traitement des
demandes de suppression immédiate
au conflit personnel. Je lisais déjà fréquemment les pages de
requêtes aux administrateurs
et du
bulletin
sur Wikipédia, ce qui m’a permis d’en faire une synthèse mentale des bonnes pratiques à mettre en place. Je suis aussi en contact avec des patrouilleurs en privé, qui me transmettent parfois des tâches simples (DSI, blocage d’un vandale, etc.) susceptible d’être traitées plus rapidement que sur le wiki. Les DSI se font via une catégorie ; l’avantage est qu’il suffit d’apposer un bandeau sur la page concernée pour qu’elle soit listée avec les autres ; le désavantage est que l’ajout d’une page n’apparaît pas dans la liste de suivi. Ce serait un sujet de discussion. Des boulettes, j’en ai fait : révoquer au lieu de remercier, supprimer la mauvaise page ou encore oublier une modification lors d’un masquage léger ; mais je ne manque pas de les réparer lorsque je les vois où qu’on me les signale. Cela, avec une menace de mort de la part d’un vandale dont j’ai supprimé la création et bloqué le compte temporaire, je suppose que cela fait partie du rôle.
En ce qui concerne les différences avec Wikipédia, j’en identifie deux grandes : sur le traitement des requêtes d’une part et sur les lacunes (je nuancerai après) du Wiktionnaire d’autre part. En effet, j’observe que sur le Wiktionnaire, une partie des choses se font de manière plus informelle, moins procédurales, plus souples mais parfois plus expéditives, à l’image de
ce qui avait été fait pour Chealer
(lequel a depuis fait l’objet d’un
bannissement global
). Je dirais que c’est un héritage d’un Wiktionnaire aux règles encore grandement coutumière, où encore peu de choses ont été formalisées par écrit, mais en faisant un peu d’archéologie dans les anciennes discussions, j’observe tout de même qu’avec le temps, la communauté du Wiktionnaire s’est pacifiée, les propos y sont moins crus, moins turbulents. On ne peut pas dire, pourtant, que ce soit un mouvement qui s’est fait avec douceur : il a parfois fallu que certains contributeurs partent ou soient bloqués indéfiniment et que de nouvelles personnes, soit tout à fait nouvelles et jeunes soit venues d’autres wikis (à mon instar). Ce côté bouillant tend à disparaître mais refait parfois surface, en particulier en ce qui concerne les blocages, les protections ou l’usage du
rollback
qui est moins encadré que sur Wikipédia. Malgré cela, je m’efforce, dans ma pratique, d’appliquer les règles wikipédiennes en matière de lutte contre le vandalisme et d’affirmer la primauté de la pédagogie sur la répression. Quant à ce que je qualifie de « lacunes », je fais référence aux procédures et instances que nous ne possédons pas :
DRP
(procédure de restauration),
DPP
(procédure de protection),
DDD
(procédure de déblocage),
DIPP
(procédure d’intervention sur une page protégée), etc. Tout est centralisé sur nos
demandes aux administrateurs
, l’équivalent des RA sur Wikipédia, le fait que nous en recevons peu nous permet de maintenir ce système sans difficulté et avec constance. Ce sont des éléments manquants, mais pas des lacunes en tant que tel. Ce que je considère vraiment comme des lacunes, c’est l’absence de
checkusers
(CU, vérificateurs d’utilisateurs) et d’
oversights
(OS, masqueurs de modifications). Ils seraient à mon avis très utile car la procédure actuelle impose de passer par les
stewards
pour les deux types de requêtes, alors que cela pourrait être géré de manière locale et autonome, notamment vu le caractère prolifique du
Redirectionneur Phou
entre autres.
Vous êtes d’un grand calme et d’une gentillesse dans les discussions sur les projets Wikimédia. Vous avez probablement été impliqué dans des situations conflictuelles ou en avez été témoin. Comment trouvez-vous les mécanismes de résolution de conflits sur les projets ? Des idées d’amélioration ?
Tout d’abord, je vous remercie pour le compliment, cela me fait plaisir
Cette remarque me surprend, car je ne crois pas m’exprimer souvent, et lorsque je le fais, j’entretiens des relations pragmatiques avec mes interlocuteurs. Aussi je ne serais pas surpris si certains me trouvent froid ou au style ampoulé.
Je n’ai pas été impliqué dans des situations conflictuelles en tant que partie prenante, de souvenir. Si j’intervenais, ce que je fais désormais rarement, c’était surtout comme observateur indépendant en vue de désamorcer la situation. De ce dont je me souviens, le résultat était variable : soit cela fonctionnait et le problème se résolvait peu à peu, soit j’ai juste… retardé une explosion ultérieure. Désormais, si j’interviens, c’est dans le cadre de mes fonctions d’administrateur du Wiktionnaire. Des désaccords éditoriaux, j’en ai eu, mais cela n’a jamais débouché sur un conflit personnel avec mon interlocuteur. Je me considère comme relativement chanceux de ce point de vue-ci.
En tant qu’administrateur, je ne suis intervenu qu’une fois, c’était sur le BA (
ici
). À mon avis, une résolution de conflits doit non seulement impliquer des tiers, mais aussi et surtout une volonté réciproque des parties de résoudre le litige. Sans cette volonté, toute tentative de résolution est vouée à l’échec et chacun perdra son temps à vouloir dialoguer. J’ai longtemps cru l’inverse, mais l’expérience m’a montré que les paix de façade ne tenaient jamais.
Début 2022, j’éprouvais avec intensité l’exaltation de l’imagination et du rêve wikipédien. Pourtant, j’ai été très vite témoin de tous les principaux conflits (entendre ici, les plus visibles) ayant eu lieu ici depuis l’année de ma venue. Il m’est arrivé de les analyser, de les commenter en privé. Je ceux qui m’ont le plus marqué ont été ceux qui se sont déroulés sur ou qui ont fait suite aux discussions sur les
conventions de style sur la transidentité
. Au départ optimiste quant à la résolution des conflits personnels, l’observation des trop nombreuses altercations, notamment sur le Bistro, impliquant bien souvent un même groupe restreint de personnes, m’a peu à peu rendu amer et sceptique, en particulier sur la présomption de bonne foi, qui s’est trop souvent vue infirmée, surtout par des
manières détournées ou malhonnêtes
qui laissent planer un doute, rendant le principe de
WP:FOI
encore opérant faute d’élément probant flagrant en faveur de la mauvaise foi. J’ai fini par me lasser de toujours voir s’affronter des hommes de pailles, qui s’estiment de taille, qui à la fin de la bataille finissent encore et toujours couverts d’entailles. Pire encore, il m’est arrivé de voir des personnes créer un conflit volontairement en parfaite connaissance de cause, à l’image de la fois où une personnalité publique, en parfait taureau blanc, s’est vue narguée d’un drapeau rouge par un membre de la communauté wikipédienne, qui s’est ensuite
prévalu de sa propre turpitude
, se faisant passer pour la victime. Quelle belle ironie.
Ces situations, qui à mon sens relèvent de la comédie, ne devraient pas inquiéter de trop le reste des contributeurs. Je veux dire par là que notre principal travail est de rédiger des articles, donc si certains ont une appétence certaine pour se déchirer entre eux sur des questions qui nous font une belle jambe, ne nous laissons pas décourager par cette mauvaise ambiance et servons-nous un café. C’est ce qu’il y a de mieux à faire tant il existe des cas qui ne seront résolus que par le débat de l’un des acteurs, bien malheureusement. Pourtant, si des conflits apparaissent en surface à la suite d’un différend éditorial, je suggère qu’il y a une cause plus profonde tenant plutôt d’une société malade, ce qui expliquerait l’exportation du conflit à l’origine éditoriale vers la sphère méta-communautaire.
Je crois en effet voir une part de l’origine des conflits dans une forme d’inconscient collectif visant à regarder les statuts, les procédures, les instances wikipédiens comme le reflet des institutions de la société, ou plutôt devrais-je dire les société desquelles est extraite la communauté wikipédienne. Ainsi la communauté, malgré son indépendance revendiquée, reste aliénée dans son inconscient aux sociétés qui l’ont vu naître et de ce fait, elle en représente une maquette, une représentation miniature, avec tous les avantages et inconvénients que cela implique. Je considère on ne plus inique la maxime qui consiste à dire que Wikipédia n’est pas politique, dans le sens premier du mot : relatif à l’organisation et à l’exercice du pouvoir dans la
pólis
, c’est-à-dire la cité. Les membres de la communauté, à l’image des représentations qu’ils ont de leur propre société, tendent à y voir inconsciemment les mêmes structures structurantes, c’est-à-dire un droit qui s’exerce sur eux comme dans la vie réelle, pour restreindre leur liberté mais aussi leur garantir des droits. Wikipédia a très tôt voulu formaliser le tout, comme s’il s’agissait d’un pays de
droit écrit
. Ainsi les
principes fondateurs
forment notre
Constitution
, les
recommandations
soumises à une prise de décision par la communauté sont nos
dispositions législatives
et les recommandation spécifiques à chaque projet adoptées par accord tacite entre les participants au projet concerné ont valeur règlementaire.
Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.
» —
Charles Louis de Secondat,
baron de La Brède et de Montesquieu
De l’esprit des lois
, 1748
Il y a plusieurs conséquences à cela. D’une part, une
hiérarchie des normes
(telle qu’envisagée par
Hans Kelsen
) se dessine naturellement : les règles spécifiques aux projets respectent les recommandations générales adoptées par la communauté, qui elles-même respectent les principes fondateurs, à ceci près que le contrôle de conformité s’exerce de manière très souple, ce qui est aussi une force. D’autre part, il résulte de notre mode d’exercice du pouvoir normatif, à savoir l’un des rares exemples au monde de
démocratie directe
, que la
séparation des pouvoirs
s’en voit réaménagée : le pouvoir normatif est détenu par l’ensemble de la communauté, tandis qu’une part du
pouvoir judiciaire
et administratif est détenu par les administrateurs. Bien sûr, cette comparaison n’a qu’une portée limitée : notre
droit civil
n’existe pas en tant que tel sur Wikipédia, les contributeurs réglant leurs différends éditoriaux par la discussion. Toutefois, les administrateurs gardent la responsabilité du
droit pénal
wikipédien, pour le dire plus clairement, la répression de ce que nous voyons comme des crimes (insultes, vandalisme, etc.).
Il en résulte que les membres de communauté feront l’association inconsciente entre les RA et nos juridictions, avec tous les effets pervers que cela engendre : si certaines plaintes sont déposées dans la vie réelle pour « faire chier » autrui, cela peut tout à fait être le cas pour les RA aussi. Pour peu qu’untel soit de mauvaise foi, ait de la rancœur personnelle envers son adversaire et faire traîner la procédure, la résolution du conflit peut s’en voir compromise, avec tout ce que cela implique : découragement de l’attaqué à contribuer et des administrateurs qui vont tenter de résoudre ce conflit. Les administrateurs sont aussi accusés, par moments, d’agir sur la communauté du haut de leur « tour d’ivoire » : il s’agit de la théorie du
gouvernement des juges
. Les administrateurs, perçus comme des représentants et détenteurs du pouvoir, peuvent faire l’objet de contestations, comme cela se ferait dans la politique. Je le dis ici franchement : la communauté francophone est surtout issue de France, cela ne fait pas de doute, où semble-t-il y a un problème inconscient des administrés vis-à-vis de la procédure qui fait partie intégrante de la vie des individus. Plutôt que de s’expliquer directement entre personnes dotées du bon sens, les individus se cachent derrière les procédures pour résoudre les litiges. Il va de soi que ce comportement n’est pas de nature à apaiser les tensions.
Toutefois, là où les RA triomphent sur tout autre mode de résolution de conflits, c’est en le sens où elles sont parvenues à garder l’illusion qu’il ne s’agit pas d’une audience. En effet, les RA couvrent de fait un large panel de situations nécessitant l’intervention d’un administrateur, allant de l’intervention simple n’incluant pas de tiers au conflit personnel pur et dur. J’y vois là l’échec du
Comité d’arbitrage
: en voulant offrir la possibilité de recourir à une instance très formelle, où le rôle de chacun est limité, où le nombre de caractères autorisé est soumis à un plafond, il n’a pas su appréhender convenablement toute la complexité du conflit personnel en voulant le confiner dans une procédure trop rigide incapable d’évoluer. Je salue les
tentatives de revitalisation
de cette institution dormante, mais je reste fondamentalement sceptique quant à une possible résurrection et à son effectivité tant que celui-ci n’a pas été revu en profondeur, voire renommé (car un nom n’est jamais anodin, il est porteur d’un sens et d’une histoire dont il peut être salutaire de se libérer). Les RA permettent d’atteindre une forme d’équilibre : elles sont plus souples, sans doute plus frontales et permettent de développer un long argumentaire sans qu’il n’y ait un temps de parole accordé à chacun, avec un délibéré formel à la toute fin. Le bon sens a une place plus prépondérante. Ainsi, il faut un peu de procédure, mais pas trop, et cette ambiguïté participe à la difficulté de résolution du conflit personnel, d’autant plus que celui-ci est profondément pluriel dans ses apparitions, ce qui complique sa prise en charge, qui ne peut pas être uniforme. Cela a aussi comme effet néfaste de personnaliser les décisions des administrateurs et de les exposer aux hostilités, donc de les décourager à intervenir.
À l’inverse, si la communauté du Wiktionnaire est aussi en grande partie issue de France, son fonctionnement est radicalement différent du fait de la taille réduite de la communauté. L’emprise des institutions de l’État y a été moins prenante, ce qui fait que s’il existe en effet une Constitution (nos principes fondateurs), des pages de recommandation ainsi qu’une page consacrée aux demandes aux administrateurs, une grande partie de nos règles sont restées coutumières. La mise en page spécifique à chaque langue, à l’exception du français, s’impose à tous sans qu’elle n’ait jamais été formalisée. Cela, ainsi qu’un certain nombre d’autres pratiques relèvent de l’habitude induite par la mémoire collective, qui évolue au gré des remplacements dans la communauté (certains contributeur anciens partent, des nouveaux arrivent) tout en assurant une continuité.
Nous sommes donc en quelque sorte un pays de
droit coutumier
, mais non sans lacunes : la petitesse de notre communauté fait que nous n’avons pas pu tout prévoir, nous n’avons pas pu anticiper des scénarii illicites par les textes. Ce problème s’est notamment posé lors de l’« affaire darmanin » : nous avons voulu contrôler le rameutage, que nous n’avions pas prévu, par l’ajout d’une règle en cours de procédure, ce qui est certes discutable d’un point de vue méthodologique, mais qui relève du bon sens en raison de l’urgence, mesure qui avait été mal comprise par les Wikipédiens, dont les règles avaient tout prévu, parce que précisément Wikipédia a tout vécu, ou presque. Enfin, un dernier point mais non des moindres, les litiges sur le Wiktionnaire se règlent en page de discussion, pas en RA. Là aussi, c’est l’effet « petit village » qui fait cela, nous sommes un peu contraints de bien nous entendre, sinon le Wiktionnaire devient extrêmement fragile. C’est un avantage, car à mon sens, l’hypocrisie est beaucoup moins présente que sur Wikipédia : les mots sortent plus facilement, on y dit tout ce que l’on pense, ce qui permet de connaître mieux les motivations de chacun, mais aussi d’être moins blessé sur le long terme. Peut-être que l’égo est froissé sur le coup, peut-être que l’on peut être vexé lorsque cela arrive, mais cela est bénéfique en ce sens que cela permet d’éviter l’effet d’accumulation qui s’ajoute à la procédure, qui a, dans l’imaginaire collectif, une dimension inquisitoire. Je prendrais, à titre d’exemple, une discussion sur le salon de
Discord
concernant le projet du mois de janvier, qui a été critiqué directement par une personne qui n’y voyait pas d’intérêt. C’était abrupt, mais que je sache, personne n’a été vexé et paradoxalement, je crois que cela renforce la confiance entre les contributeurs.
En définitive, je n’ai pas d’idée précise d’amélioration quant à la résolution des conflits, si ce n’est, en tant que partie prenante,
s’éloigner temporairement
. Cela suffit souvent à régler des situations de rancœurs en apparence sans issue. Pourtant, cela n’est pas si simple, car cela touche à un enjeu plus complexe, qui est celui d’avoir conscience d’être soi-même partie prenante à un conflit. Bien souvent, il y a un déni de la part des belligérants ou de l’un d’eux, de bonne ou de mauvaise foi, ce qui a tendance à prolonger encore cette situation de fait ô combien pesante pour les tiers.
Vos contributions sont bien documentées notamment sur vos pages utilisateurs sur le
Wix
et sur
Wikipédia
. Quel regard portez-vous sur votre
œuvre
sur l’ensemble des projets Wikimédia ? De quoi êtes-vous le plus ou le moins fier ?
Il est vrai qu’après un peu moins de quatre ans, il est temps pour moi de faire le point sur mon épopée, qui, je l’espère, n’en est pas à sa fin, et de loin. Tantôt je regarde derrière moi ce que j’ai accompli jusqu’ici avec une fierté certaine, à la fois celle des grands ouvrages et des pièces sculptées avec précision ; tantôt je ne puis m’empêcher d’y apercevoir les reflets d’une nostalgie mordante, le fantôme d’un temps perdu que je savoure avec passion. Mais de regret, je n’en ai point.
J’ai passé un certain temps à compiler mes créations dans ces listes pharaoniques, non pour regarder d’en haut toutes les marches que j’avais gravi, par un exercice d’orgueil mal placé, mais plutôt pour servir un double objectif : d’une part celui de montrer mon savoir-faire dans un large éventail de domaines et d’autre part pour faire état de ce qui avait été commencé et ce qu’il restait encore à faire. J’ai à ce jour créé 6 500 pages dans l’espace principal et plus de 13 000 tous espaces confondus. Si j’eus été éternel, qu’il m’avait été possible de contribuer toute ma vie et au-delà, j’aurais voulu documenter toutes les langues de cette planète avant qu’elles ne s’effacent. Pourtant je ne le suis. J’ai alors fait face à un dilemme de taille : dois-je documenter un peu de tout ou me concentrer sur un domaine à développer au maximum ? S’il m’arrive d’aborder d’autres langues que les langues ryūkyū de temps à autre, j’ai désormais opté pour la seconde option. Ainsi vous pouvez voir sur le graphique ci-dessous que je me suis amusé à composer le nombre d’entrées dans les différentes langues ryūkyū, dont je suis à l’origine de la quasi-totalité.
Dire ce dont je suis le plus fier dans mon parcours s’est d’abord présenté comme une tâche difficile. Je tente généralement d’écarter ce sentiment trop souvent vain pour me concentrer sur l’utile. Pour autant je citerais trois éléments principaux : la création d’un modèle de conjugaison exhaustif, rigoureux et approprié pour l’okinawaïen ; la standardisation de la mise en page et du traitement des entrées pour les langues ryūkyū (auparavent, c’était assez chaotique, et quant au Wiktionnaire anglophone, c’est encore assez hétérogène et les entrées manquent souvent de sources et de précision) ; plus important encore, j’ai participé à la revitalisation de la contribution sur les langues d’Extrême-Orient sur le Wiktionnaire, qui était avant mon arrivée, sinon à son point mort, en fort ralentissement. Je peux aussi mentionner la page
きつね
, qui m’a occupé l’esprit un mois durant et qui m’a permis, avec mon équipe, de gagner la première place du Lexiconcours de 2025.
Je suis en revanche mécontent vis-à-vis de moi-même au sujet de mes premières créations : il y a des notions que je n’avais pas et certains aspects que je croyais comprendre, mais pas vraiment en définitive. C’est le cas en
vieux japonais
, dont j’ai corrigé une partie du tir mais qui n’est pas encore au point. Enfin, en fin d’année 2023 j’ai voulu créer de nombreuses entrées dans des langues ryūkyū (pour être plus précis, j’ai créé des entrées en
kikaï
, en
toku-no-shima
, en
oki-no-erabu
, en
kunigami
et en
yonaguni
), mais je suis allé trop vite, si bien que j’ai oublié plusieurs éléments de mise en forme. Les entrées restent présentables, mais j’aurais pu mieux faire si j’avais attendu. Tout ceci, je le règle au fur et à mesure.
Comme le
projet du mois sur le Wiktionnaire
porte sur le bilan et la vision d’utopie, j’en profite pour vous demander comment vous voyez l’horizon de la contribution sur les langues qui vous intéressent dans le projet ? 🙂
Ce plaisir que j’éprouvais à sillonner les différentes planètes de la galaxie Wikimédia, comment pourrais-je le renier ? Pourtant l’infini du savoir qu’elle symbolise, les phares de cette nuit éternelle qu’elle instaurait, tantôt m’aveuglaient, me rappelaient mon éphémérité sur ce monde, comme ils me donnaient la sensation de pouvoir en créer de nouveaux. C’est ainsi que j’observe ce doux ciel de la connaissance de mon modeste télescope — j’aurais voulu suivre les astronefs que je voyais naviguer vers le large.
Il sera difficile pour moi de répondre à cette question. Tout d’abord, beaucoup de langues attirent mon intérêt sur le Wiktionnaire, il peut s’agir de langues qui continueront leur croissance sans difficulté (français, espagnol, japonais) comme de langues qui risquent de s’arrêter net si je pars du projet (typiquement, les langues ryūkyū risquent de tomber dans l’abandon, comme c’est le cas sur le Wiktionnaire anglophone). Je ne le dis pas par vanité, c’est un fait : certaines langues ne sont entretenues que par une ou deux personnes. Toutefois, heureusement, je ne prévois pas de partir de sitôt
Ce qui m’inquiète un peu plus, en revanche, c’est ma disponibilité future : s’il est clair que je reste motivé à contribuer sur le projet, mon temps libre a diminué et continuera de le faire. Logiquement, je devrai dédier moins de temps aux wikis si je souhaite accomplir tout mon travail, avoir une vie sociale et rester en bonne santé. En cela, les prochaines années seront peut-être pour moi une traversée du désert.
Quel(le) wikimédien(ne) souhaiteriez-vous voir interviewé(e) dans un prochain numéro et sur quel thème ?
Il y a toujours quelque chose d’intéressant à dégager de l’expérience de chaque contributeur, ce qui me rend plutôt indécis. J’ai tout de même fait un tri et voici trois contributeurs que je trouverais intéressants, chacun à leur façon, pour un futur numéro des RAW :
Àncilu
: outre le fait qu’humainement, il s’agit de quelqu’un d’agréable, il contribue surtout au Wiktionnaire francophone mais connaît bien les pratiques de Wikipédia et du Wiktionnaire italophones, ce qui permettrait de les mettre en perspective avec les nôtres ;
Cosmophilus
: pour lui aussi, je l’estime surtout pour sa grande sympathie, nos échanges chaleureux m’ont donné envie de rester sur Wikipédia les premiers temps. Toutefois, je le connais aussi pour trois éléments intéressants : son activité sur le
projet Langues
, ses contributions sur Wikidata et sa philosophie de la contribution ;
Poslovitch
: à mon sens, ses contributions sur
Wikisource
et le Wiktionnaire peuvent être intéressantes pour éclairer la manière dont les projets peuvent être mis en relation entre eux.
Y a-t-il un sujet particulier qui vous tient à cœur et qu’on n’a pas abordé dans cet entretien ? Vous avez carte blanche 🙂.
Le sujet que j’aborde ici n’a rien à voir avec mes contributions, il s’agit plutôt d’un froid retour à la réalité. Vous n’êtes pas sans savoir qu’à l’heure où j’écris ces mots, nous ne vivons plus dans le monde de paix apparente que laissaient présager les années 2000 : nous assistons peu à peu au retour de la
loi du plus fort
. Il va sans dire que l’inquiétude est d’autant plus forte dans les pays frontaliers de la Russie. À Vilnius, où je vis, à 35 kilomètres à peine de la
Biélorussie
, il n’est pas rare que des rumeurs circulent sur des attaques informatiques et des violations de l’espace aérien lituanien, témoin du tourment des habitants.
Je ne me veux pas alarmiste ou testamentaire sur ma situation — je suis protégé et les Lituaniens sont préparés à l’éventualité indicible d’une invasion. Je dirais qu’en dépit des apparences, la guerre a déjà commencé en France. Ce n’est bien sûr pas une
guerre régulière
, mais un affrontement qui se livre sur le terrain des idées : des partisans de la Russie tenteront de vous faire croire en une légitimité des actions menées depuis 2014 et 2022. Sachez qu’il est des temps et des espaces où l’Histoire avec sa
grande hache
s’accélère ; tantôt sous l’augure du droit international, en l’espèce sous celle du retour au chaos.
Avez-vous un message particulier à adresser aux lectrices et lecteurs du RAW ? Quel serait votre mot de la fin ?
Si je devais vous adresser une maxime, ce serait sans nul doute cette citation de l’écossais
William Hutchinson Murray
(en)
: «
Quoi que tu rêves d’entreprendre, commence-le. L’audace a du génie, du pouvoir et de la magie
».
Ce monde ne prête pas au rêve, je l’admets. Si toutefois le vent du destin vous mène en quelque endroit, en quelque divin terminus, n’en tenez pas compte et emparez-vous du pouvoir d’y parvenir.
Si j’ai pu avoir ce parcours éditorial ; si j’ai pu partir dès l’aurore vers ces horizons lointains, rien ni personne ne devrait vous empêcher de rêver. L’audace seule suffit parfois à transformer l’onirisme en avenir. D’une volonté de fer à l’ardeur flamboyante ; même dans ce monde, il reste des
États et Empires de la Lune
à conquérir.
Per aspera, ad astra !
Les grandes interviews des RAW
septembre 2024 :
Cantons-de-l'Est : Les RAW et son activité wikimédienne
octobre 2024 :
Noé : Les incitations éditoriales
novembre 2024 :
Warp3 : Ses activités wikimédiennes
décembre 2024 :
Jules* : La Wikilettre, ses contributions et les projets sur Wikipédia
janvier 2025 :
Kropotkine 113 : une aventure wikipédienne
mars 2025 :
Aelxen : un regard technique au service des sources
juin 2025 :
Gemini1980, à label étoile
septembre 2025 :
Florence Devouard, créatrice de #SheSaid sur Wikiquote
novembre 2025 :
Yasield : une Ivoirienne engagée de longue date
février 2026 :
Richaringan, un wiktionnariste face au temps
mai 2026 :
Milena, deux décennies au service des nouveaux
Le wik’hit-parade
Ælfgar
Articles les plus vus en
janvier 2026
Article
Av.
Vues
Image
Remarques
Nicolás Maduro
Bon début
891 422
L'année 2026 a commencé très fort sur le continent américain avec l'enlèvement du
président vénézuélien
et de son épouse
Cilia Flores
par les
forces armées américaines
dans le cadre de l'
opération
Absolute Resolve
et leur transfert aux États-Unis. Ils doivent y faire face à des accusations de
narcoterrorisme
, mais de l'aveu même du gouvernement américain, cette intervention est principalement motivée par le désir de contrôler les
réserves pétrolières vénézuéliennes
Rolland Courbis
560 560
Ce joueur de football français reconverti en entraîneur et consultant sportif, qui a notamment joué pour puis entraîné l'
Olympique de Marseille
, est mort le
12 janvier
à l'âge de
72 ans
Groenland
539 074
Juste après son intervention au
Venezuela
, le
gouvernement Trump
tourne son attention vers le nord et le Groenland, une île que
les États-Unis ont tenté à plusieurs reprises d'acquérir
Donald Trump
, qui prétend que le Groenland est vital pour les intérêts américains, menace l'
Union européenne
d'une guerre commerciale, voire pire, avant de reculer le
21 janvier
Coupe d'Afrique des nations de football
539 039
La
35
édition de cette compétition qui oppose les meilleures sélections nationales du continent africain s'est achevée le
18 janvier
(voir
9).
Brahim Díaz
525 480
La
finale de la Coupe d'Afrique des nations de football 2025
(voir
os
4 et 9) a été riche en rebondissements. L'attaquant
marocain
Brahim Díaz a eu l'occasion d'offrir la victoire au Maroc à la dernière minute du match, mais sa
panenka
est arrêtée sans mal par le gardien
sénégalais
Édouard Mendy
et c'est finalement le Sénégal qui remporte le trophée. Maigre consolation pour Díaz : il termine tout de même meilleur buteur de la compétition.
Incendie du 5-7
BA
471 287
Ce triste fait divers survenu en 1970 est revenu sur le devant de l'actualité en raison d'un fait divers tout aussi tragique, l'
incendie du bar
Le Constellation
survenu le
er
janvier
. Merci à @
Exilexi
d'avoir amené cet article au label « bon article » !
Donald Trump
430 169
Le
47
président des États-Unis
a été omniprésent dans l'actualité au mois de janvier, entre l'
intervention américaine au Venezuela
(voir
os
1, 12 et 20) et les
menaces d'invasion du Groenland
(voir
3).
Michel-Ange
429 883
La fréquentation de l'article consacré à l'artiste par excellence de la
Renaissance italienne
n'a cessé de croître depuis le début du mois de décembre, sur un rythme très particulier : des dizaines de milliers de visites quotidiennes du lundi au vendredi, mais beaucoup moins le samedi et dimanche, avec une chute drastique pendant les
vacances de Noël
. Y a-t-il un lien avec le programme scolaire ? Si vous avez une idée, n'hésitez pas à laisser un message dans le courrier des lecteurs.
Coupe d'Afrique des nations de football 2025
420 023
Le mois de janvier a vu se dérouler la phase finale de cette compétition remportée par le
Sénégal
au terme d'une
finale rocambolesque
(voir
os
4 et 5).
10
Sarah Knafo
Bon début
410 872
Cette femme politique française, membre du parti d'extrême droite
Reconquête
dirigé par son compagnon
Éric Zemmour
, a annoncé le
7 janvier
sa candidature à la
mairie de Paris
lors des
prochaines élections municipales
, qui auront lieu en mars.
11
Stranger Things
378 873
Les derniers épisodes de la
cinquième et dernière saison de cette série télévisée
étant sortis à la toute fin du mois de
décembre 2025
, c'est logique que la fréquentation de l'article soit restée importante en
janvier 2026
. Mais je n'ai pas plus de choses intelligentes à dire dessus que le mois dernier.
12
Venezuela
Bon début
339 435
Comme le
Groenland
3), ce pays d'
Amérique latine
a le malheur d'être dans le collimateur de
Donald Trump
7). Même si le régime de
Caracas
est en
crise
depuis plusieurs années, il est peu probable que l'
enlèvement
de son président
Nicolás Maduro
1) et l'ouverture du marché pétrolier vénézuélien aux intérêts américains améliorent beaucoup les choses.
13
Brigitte Bardot
321 352
Comme
Stranger Things
, c'est un événement de fin décembre qui continue à rejaillir sur les statistiques de janvier : en l'occurrence, la disparition de l'actrice, chanteuse et militante en faveur des droits des animaux le
28 décembre
14
Sadio Mané
271 227
Ce joueur de football
sénégalais
a été élu meilleur joueur du tournoi au terme de la
Coupe d'Afrique des nations de football 2025
remportée par sa sélection (voir
os
4, 5 et 9).
15
Saison 15 de
Danse avec les stars
Bon début
267 080
La diffusion de cette nouvelle saison de l'émission de divertissement française
Danse avec les stars
a commencé le
23 janvier
sur
TF1
16
Championnat d'Europe masculin de handball 2026
Ébauche
261 832
La
17
édition du
championnat d'Europe masculin de handball
s'est déroulée pendant la deuxième quinzaine de janvier en Scandinavie. Le
Danemark
remporte pour la troisième fois la compétition, tandis que ni la
France
, pourtant tenante du titre, ni la
Suisse
ne parviennent à atteindre le dernier carré.
17
François Mitterrand
258 697
À l'occasion du
30
anniversaire de la disparition du quatrième
président
de la
Cinquième République
France 2
a diffusé les
et
12 janvier
les quatre épisodes de la mini-série
Mitterrand confidentiel
, avec
Denis Podalydès
dans le rôle principal.
18
Saison 5 de
Stranger Things
Bon début
248 731
Voir
11.
19
France
AdQ
244 973
Contrairement à ce que laisseraient penser ses allées et venues dans et hors du wik'hit-parade, la fréquentation de cet article est assez constante dans le temps. C'est surtout la nature des actualités qui fait qu'il entre ou non dans le Top 20.
20
Hugo Chávez
244 883
Les événements récents au
Venezuela
(voir
os
1, 12 et 7, dans une moindre mesure) ont donné aux gens l'envie d'en savoir davantage sur l'initiateur de la
révolution bolivarienne
et prédécesseur de
Nicolás Maduro
à la tête du pays.
Méthodologie :
sur le modèle du
Top 25 Report
de Wikipédia en anglais, ce wik'hit-parade reprend les données fournies par l'outil «
Pages les plus vues
». Sont exclues les entrées clairement aberrantes comme
Cookie (informatique)
ou
XXX
, dont le nombre de visites élevé n'est pas le fruit d'un véritable intérêt des internautes : elles se distinguent par un taux très faible (moins de 5 %) ou au contraire très élevé (plus de 95 %) de consultations sur mobile.
C'est tout pour cette fois !
Notes et références
Notes
Références
Je me suis toujours demandé comment cela se prononçait ? Pas vous ?
La rédaction décline toute responsabilité quant à l'usage intempestif de cette locution prépositive.
Un "vieux" néologisme assez rare à propos duquel les dictionnaires ne sont pas d'accord concernant la présente acception. Un prochain sujet d'empoignade ?
Le courrier
Il nous fera plaisir de lire vos messages
en page de discussion
et, si nécessaire, d'y répondre dans les plus brefs délais.
Ajouter un sujet
Merci pour cette nouvelle fournée !
Encore merci et bravo à toute l'équipe, c'est toujours aussi intéressant, bien rédigé et beau. L'ampleur du travail effectué ne m'échappe pas, et l'ouverture qu'il permet est vitale pour notre communauté. Alors, encore merci ! —
Ornithorynque liminaire
laisser un message
(pronom :
iel
mode d'emploi
le
5 février 2026 à 12:50 (CET)
répondre
Merci à tous les rédacteurs! -
Framawiki
5 février 2026 à 18:43 (CET)
répondre
Je plussoie. Merci et bravo pour ce travail.
TCY
discuter
5 février 2026 à 20:35 (CET)
répondre
Merci pour l'entretien de
Girart de Roussillon
et pour l'analyse approfondie du Mois océanien et des mois thématiques en général ! C'était l'idée que j'avais, quand je disais lors du dernier numéro que je voulais en soumettre une. Je pense que c'est important de garder un focus sur nos activités collectives, en plus de toutes les actualités. Je découvre le travail de fond de Girart pour l'organisation, que je ne soupçonnais pas, merci pour ton implication, Girart ! Pour ma part, vu que l'organisatrice du Mois américain est partie, je pense que je prendrai le relais pour la prochaine édition (qui n'a pas eu lieu cette année). Je viendrai te demander des conseils
. Merci à tous pour ce très bon numéro !
Daehan
p|d|d
9 février 2026 à 17:10 (CET)
répondre
Partager des craintes
La question très légitime
de @
TomT0m
pourrait
avoir sa réponse dans la RAW. Y est mentionné
le plan annuel de la Fondation
, qui est l'endroit parfait pour aller (massivement) partager ce type de crainte. Plus c'est exprimé, plus c'est pris en compte. Et il serait bien, pour une fois, qu'à la fin, ce ne soit pas
les anglais
qui gagnent.
Trizek
bla
6 février 2026 à 18:12 (CET)
répondre
Petite correction possible
À l'admin de passage qui voudrait utiliser ses outils : corriger dans ce RAW « Je ceux qui m’ont le plus » en « De ceux qui m’ont le plus ». Cordialement, --
Warp3
discuter
21 mars 2026 à 05:54 (CET)
répondre
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